200 METRES A BUDAPEST: L’IRRÉSISTIBLE ASCENSION DE SUN YANG : RECORD D’ASIE, IL EMPOCHE LE 200 APRÈS LE 400 ET SE QUALIFIE EN FINALE DU 800

Éric LAHMY

Mardi 25 Juillet 2017

200 mètres nage libre messieurs. Après les demi-finales, on se préparait presque à une consécration de la natation britannique. Les têtes de séries étaient british, Duncan SCOTT et James GUY, et le couronnement prévu pour 17h32, heure locale.

Mais rien n’était fait, quand on songeait qu’une seconde séparait le premier du dernier qualifié. La stratégie en natation exige d’y aller fort, désormais, dès les qualifications. Dans un lointain passé, il fallait vraiment s’endormir en séries pour ne pas se projeter en finale, pour les cadors. Maintenant, les valeurs sont tellement resserrées, il suffit de beaucoup moins, une petite carence de « motivation », deux virages un peu trop longs sur le mur, telle reprise de nage foirée, un trop de calcul dans son effort… Le droit à l’erreur n’existe plus.

Cela change tout, également, pour les finales. Les grandes courses de mal qualifiés, exilés dans les lignes du bord, donnèrent de grands classiques à la natation, mais elles ont tendance à se multiplier, et on a vu lundi la Japonaise Yu HOHASHI  se frayer depuis la ligne huit un chemin jusqu’au podium (argent, s’il vous plait) du 200 quatre nages. Se souvenir, également, de la finale olympique du 200 mètres brasse de Rio !

La surprise pouvait donc venir de chacune des lignes du bassin…

Mais derrière l’inexpérimenté SCOTT, benjamin de l’épreuve,  et GUY, il y avait surtout le champion olympique SUN Yang, 26 ans, né le1er décembre 1991, recordman du monde du 1500 mètres qui, depuis 2012, a peu à peu réduit les distances nagées pour aller de 400-1500 à 200-400.  Le sprint va bien d’ailleurs au grand Chinois, qui a toujours disposé d’une vitesse de base inusitée pour un endurant, se situant nettement sous les 50 au 100 mètres. N’enlevait-il pas l’argent du 200 déjà en 2012 à Londres ?

SCOTT ET GUY, BRITISH SANS ARMES POUR CONTRER LE FINISH CHINOIS

Depuis que Yanick AGNEL a gagné l’épreuve olympique en 2012 en 1’43s14, la course ne progresse plus. AGNEL encore, gagna sur une jambe, en 1’44s20, en 2013, aux mondiaux de Barcelone, et personne ne parvient plus à nager aussi vite.

SUN avait dominé la saison actuelle avec 1’44s91, comme la saison 2016 (1’44s63). James GUY avait trôné en 2015, en 1’45s14 (devant SUN, 1’45s20), et l’Australien Thomas FRASER-HOLMES en 2014, avec 1’45s08. Seul SUN, ces quatre dernières saisons, s’est retrouvé quelques fois sous les 1’45s depuis l’effacement progressif du Français.

Le « vieux » KOZMA, seul finaliste plus âgé que SUN, ne retenait l’attention que parce que, Hongrois devant son public, cet enfant de la balle (père footballeur à Bordeaux, Dunfermline, en Ecosse, etc.) avait nagé un 48s26 au start avant-hier, sur 100 mètres, ce qui améliorait de 4/10e son temps des Sept Collines, 48s66.  

Mais ça a été la classe et l’expérience qui l’ont emporté. SUN s’est joué des ambitieux sans s’inquiéter. Il est passé en septième position aux 50 mètres (24s87) tandis que KOZMA filait comme un dératé, 24s10 sur le mur, sans que nul n’en prenne ombrage.

Mais après, le Chinois respectait un rythme qui allait peu à peu détruire toutes les velléités. Aux 100 mètres, GUY (50s57) et HAAS (50s64) étaient totalement revenus sur KOZMA (50s68), et SUN appuyait, mais ne gagnait qu’une place, pointait en 6e position en 51s10. Duncan SCOTT, qui s’était lancé avec fougue en séries, modéra ici ses transports, nageant (peut-être ?) un peu contre son tempérament.

Comme il arrive souvent dans un grand 200, c’est dans la troisième longueur que SUN gagna la course. Non pas parce qu’il appuyait, mais parce qu’adossé à cette conjonction de vitesse et d’endurance qui le caractérise, il fut le seul à savoir maintenir le rythme qu’il s’était imposé. Aux 26s23 de sa 2e longueur succédaient les 26s35 de la troisième, et j’ai tout lieu de croire que dans le bassin chauffé à blanc, moins par l’accélération de SUN que par la décélération des sept autres, ses adversaires expérimentaient cette exigence qu’il leur imposait de tenir comme un supplice chinois.

Ultime virage, SUN n’avait plus qu’à finir, ce qu’il fit un poil plus vite que tous les autres. Ce ne fut pas une course de légende, ni à marquer dans les annales, rien qui rappelle les matches à trois PHELPS, THORPE, VAN DEN HOOGENBAND, ou qui approche le coup de massue donné par AGNEL sur la course olympique en 2012 ; mais SUN améliorait d’un rien son record personnel et asiatique. Et grâce à un finish qui ne le cédait que face à celui du vainqueur, le Russe KRASNYKH remontait de la 7e à la 3e place. SCOTT aussi finissait bien, qui passait deux nageurs pour finir 4; mais ce discret « exploit » pouvait-il satisfaire celui qui, avant le départ, passait presque pour un favori ? Dans ce 200 mètres, à coup sûr, le finish britannique n’avait pas valu le finish chinois !

SUN Yang,              24s87, 51s10 (26s23), 1’17s45 (26s35), 1’44s39 (26s94).

Townley HAAS,      24s36, 50,64 (26s28), 1’17s87 (27s23), 1’45s04 (27s17).

Aleks KRASNYKH,24s88, 51s28 (26s40), 1’18s26 (26s98), 1’45s23 (26s97).

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