Mois : septembre 2014

Où l’on reparle d’Agnel, Muffat, Pellerin, etc.

Par Eric LAHMY

Montréal, 30 Septembre 2014

Résumons : Yannick Agnel ne pourra pas réussir ailleurs qu’à Nice. Opinion de Fabrice Pellerin, exprimée lundi dernier dans ‘’L’Equipe’’ et reprise sans autres commentaires dans la presse, une profession où, manifestement, en dehors d’ouvrir des guillemets, il y a longtemps qu’on ne se fait plus d’idées sur aucune question.

Pour Pellerin, cité par Olivier Chauvet dans ‘’sports.fr’’, c’est l’évolution des mentalités qui a fait partir ses deux nageurs vedettes (Yannick Agnel et Camille Muffat) à une saison de distance. « On vit une mutation profonde de notre sport (…) le nageur façonne à son image l’environnement qui va l’aider à performer, il va consommer des coaches comme au tennis, » dit-il, sans paraître provoquer une réaction.

Une réaction qui doit être celle-ci : QUI Pellerin vise-t-il ? Camille Muffat s’en est allée sans idée de retour après avoir passé toute sa carrière auprès de Pellerin. Donc l’analyse du coach ne la concerne pas. Elle est restée fidèle à Pellerin jusqu’au bout. Jusqu’au clash. Et elle ne cherche pas un autre entraîneur.

Yannick Agnel, maintenant ; lui, est parti suite à un différend, après sept années passées avec le même entraîneur, non pas parce qu’il cherchait quelqu’un qui l’aiderait à performer, mais parce qu’il ne pouvait plus, à tort ou à raison, supporter le comportement de Pellerin. S’il quitte Bowman, c’est parce qu’il n’est pas content, à juste titre, des résultats de son entraînement, et qu’il ne semble pas avoir eu des explications satisfaisantes de la part de Bowman. Là encore, ce n’est pas à son cas que peut se référer sérieusement l’entraîneur de Nice. Prenons aussi Lotte Friis, qui ne fait pas d’échos en France. La Danoise vient à Nice fin 2012, est diablement bien entraînée par Pellerin, réussit de somptueux championnats du monde où seule Katie Ledecky, une nageuse phénomène comme on en trouve une par génération, la devance. A la rentrée 2013, elle s’apprête à repartir pour une saison niçoise, s’entend répondre par Pellerin qu’il ne la veut pas, et se fait alpaguer par Agnel qui lui dit : « viens avec moi à Baltimore ! » Doit-on conclure avec Pellerin que Friis « va consommer des coaches comme au tennis » ?

Au fond, quand il reproche au nageur de « façonner à son image l’environnement qui va l’aider à performer », Pellerin, primo, regrette que le nageur puisse demander quelques aménagements, comme le ferait tout adulte responsable ; secundo, feint de croire qu’il soit possible de façonner l’environnement à son image. Je crois, moi, que le nageur choisit le meilleur environnement possible, mais ne le « façonnera » jamais !

Pellerin évoque aussi un « problème de fond pour un sport qui demeure amateur ». « Quand Florent, Yannick ou Camille arrondissent leurs fins de mois, l’argent vient des shampoings, des rasoirs, pas de la natation. Le nageur, c’est juste un footballeur qui n’a pas encore d’argent. Ce système va faire des dégâts. » Là, le coach niçois nous semble être beaucoup plus près de la vérité des choses. Dès qu’il pose des questions de caractère général, il pense juste. Non seulement il touche juste, mais il touche le cœur du problème d’une natation professionnelle qui n’existe pas. Le système ne va pas faire des dégâts. Il en a toujours fait et continue d’en faire. La plupart des nageurs de compétition qui ne suivaient pas parallèlement un cursus universitaire ou professionnel ont dû se débrouiller à la fortune du pot. Cela ne date pas du professionnalisme dans le sport olympique, ce miroir aux alouettes, cela remonte aux débuts de l’activité sportive.  Une chose qu’il faut savoir. Le jour même de sa retraite, l’ancien champion n’existe plus pour son sport. L’opportunisme, la chance, une bonne implantation locale jouent un rôle dans la période délicate de sa réinsertion (que très souvent personne, lui-même y compris, n’a préparée, ni même prévue). Allez au siège de la Fédération Française de Natation, deux étages d’un immeuble à Pantin. Cherchez le bureau chargé de la réinsertion des anciens champions de natation, et venez m’en parler.

Certains s’en sortaient bien, d’autres moins. Beaucoup d’entre eux ont payé assez cher la passion qui fit d’eux des champions et la naïveté avec laquelle ils s’y abandonnaient.

« Professionnellement, continue Pellerin, j’ai fait une erreur. Je n’ai pas défendu mes propres intérêts égoïstes. Si j’avais été pragmatique, je me serai assis sur certaines choses. Ma faute, c’est une justesse éthique. L’enjeu, ce n’est pas le nageur, c’est la performance. »

Là, je ne sais pas à quoi se réfère Pellerin. Il est vrai que je ne sais pas tout. Je n’ose comprendre ce que signifie « l’enjeu n’est pas le nageur mais la performance. » Ques aco ? Imagine-t-il une performance sans nageur ? C’est quoi cette bête curieuse ? Imaginez une finale olympique de 200 mètres nage libre messieurs où on verrait apparaître des performances, 1’43’’12, 1’44’’95, 1’44’’95, et pas les noms des nageurs, puisque l’enjeu, ce n’est pas eux. C’est le meilleur des mondes vers quoi se dirige la natation ?

Bon, il y a de bonnes chances qu’il s’exprime mal, ou qu’il oublie de dire quelque chose. L’enjeu c’est la performance, bien entendu, mais la performance est la réalisation du nageur. C’est peut-être d’oublier cela que Pellerin a perdu ses champions. Bien, Muffat, quand elle a claqué la porte, était atteinte un peu par la limite d’âge ou par de longues saisons de compétition, elle avait réalisé ses objectifs. Et donc elle vise d’autres « enjeux ». Mais Agnel, c’est ça la limitation de Pellerin, semble-t-il.

On comprend d’autant moins que Pellerin affirme que son erreur ait été de ne pas avoir défendu ses intérêts égoïstes qu’on croit savoir qu’il savait parfaitement défendre ses intérêts, lors des déplacements de l’équipe niçoise. Quant à la « justesse éthique » qui consiste à fabriquer des champions sans que leur soit reconnue la respectabilité d’acteurs de leur carrière, je n’en vois pas la queue. Les embarquer pendant toute leur carrière dans une aventure dans laquelle ils seront enchaînés à fond de cale, à souquer sans avoir d’avis sur ce qui arrive, cela s’appelle de la réification… et dans la bouche des philosophes qui ont inventé ce concept, c’est quelque chose de très vilain!

La relation entre l’entraîneur et l’entraîné est réifiée, c’est-à-dire « chosifiée », Pellerin (puisque c’est de lui qu’il s’agit en l’occurrence) ayant changé le processus d’entraînement des nageurs en un système indépendant, qui revient à nier le rapport social. Pour résumer, puisque l’enjeu n’est pas le nageur, celui-ci devient l’esclave, le serf, l’objet, le cobaye, de la performance.

Le nageur est donc entravé dans la logique de l’entraîneur. Une bonne comparaison nous est donnée par le sport automobile. Le nageur se prend pour un pilote, Pellerin lui assure qu’il n’est qu’un moteur de voiture. Un moteur de voiture ne pense pas, ne sent pas, n’a pas d’états d’âme. On le règle, on ne lui demande pas son avis. On le fait tourner à tant de tours minute. Il répond ou casse. Même pas mal! Mais voilà, en général, le nageur, qui refuse de n’être qu’un moteur, au-delà de treize ans d’âge mental, commence à se révolter.

Un jour, on avait attribué à Alfred Hitchcock la phrase : « les acteurs sont du bétail. » Lui-même s’est récrié : « je n’ai jamais dit cela. J’ai dit qu’on devait les traiter comme du bétail. »

Hitchcock était un humoriste à la direction d’acteurs intraitable. Mais la performance d’acteur était soumise à la performance du film. On ne peut comparer. On a aussi le droit de plaisanter. Mais… Ce n’est pas comme ça que je vois le sport…

De son intransigeance, continue le coach « j’ai payé le prix fort, j’ai perdu des nageurs qui me faisaient exister et me donnaient une force professionnelle. Je passe pour l’emmerdeur, mon image n’est pas épargnée et je dois me justifier. » Ce dernier n’entend pas pour autant revoir sa méthode: « Si une fois qu’on a été champion olympique, on doit rentrer dans le 100% négociable, ça ne fonctionne plus. Soit on gère des égos, soit on gère des résultats », assène-t-il.

C’est sans doute là où le bât blesse. Pellerin semble ne pas comprendre qu’on ne peut pas entraîner un jeune et un adulte de la même façon. Il n’est pas le seul dans son genre. Il est taillé dans le bois qui fait les coaches qui ne savent pas négocier, ou tempérer. Un peu instit du temps passé. C’est assez bluffant, parce que, quelle que soit l’idée (pas très bonne) que je me suis faite de son livre, je ne peux nier que cet homme a des nuances, des réflexions, du vocabulaire, beaucoup de travail intellectuel derrière lui. Mais son intransigeance, de la façon dont elle s’exprime, c’est un mystère, un vrai rébus, déroutant. Qui a eu des enfants sait très bien qu’il faut peu à peu lâcher du lest, si on veut obtenir au bout du processus des adultes. Est-il possible que Pellerin préfère avoir des champions olympiques d’âge mental de bébé ? Peut-on tellement exiger que ses nageurs se plient à son idéal de perfection glacée ? Un entraîneur m’a raconté que, fonctionnant un peu de cette façon (« ne pas faire de prisonniers », expliquait-il), il a peu à peu changé en ayant un enfant. Quitter le statut de célibataire endurci signifie-t-il qu’on devient un père ramolli ?

Si travers il y a dans cette approche rigide, il se situe dans l’esprit de l’entraîneur, dans ses propres angoisses et dans ses certitudes que son travail seul pourra payer. Et c’est vrai, le travail paie, « le métier rente ». Mais quelquefois, on trouve des exceptions, et elles sont nombreuses. En 2013, après avoir manqué de longues semaines d’entraînement, Yannick Agnel, ayant un peu fait piscine buissonnière, un peu travaillé seul, un peu préparé le mondial à Baltimore, devient champion du monde du 200 mètres. En 2014, après avoir travaillé, dit-il, comme un fou, plus que jamais, fait plein de musculation, développé ses quatre nages, il se plante aux championnats de France, puis aux championnats d’Europe et n’est plus que l’ombre de lui-même. Avec Bowman, c’était du travail mal fait. Mais qui aurait osé proférer une telle insinuation avant d’avoir les dégâts empilés devant lui.

Mais la question que pose Fabrice Pellerin n’est pas de cet ordre. Elle est dans sa certitude de la prééminence totale de l’entraîneur, de son savoir absolu, de son autorité indiscutable, et, quelque part, dans son refus de plaider, de négocier ou de laisser la moindre latitude à ses nageurs. Il a du parent abusif en lui. Du parent qui provoque ces révoltes d’adolescents chez leurs enfants. Si ces révoltes d’adolescents arrivent à vingt ans chez Agnel et vingt-cinq chez Muffat, ce n’est pas parce que les sportifs de haut niveau sont des attardés, mais parce qu’en fonction des objectifs qu’ils poursuivent, il leur arrive d’obéir jusqu’à la déraison à la personne en qui ils croient.

Les entraîneurs [au moins les entraîneurs de champions] ont-ils des personnalités abusives ? J’aurais tendance à dire oui. Mais il y a des degrés, dans les excès, qui vont de ceux inhérents à la discipline (et la natation est une discipline tellement contraignante) à ceux qui relèvent de la personnalité. Je pourrais citer des entraîneurs que je classerais inévitablement parmi les « abusifs » au regard des normes sociales actuelles en admettant qu’ils respectent leurs nageurs, même s’ils ne les respectent pas comme vous et moi. Seulement, ils savent par quoi ils font passer leurs nageurs, sont convaincus qu’ils doivent passer par là, et les respectent pour cette raison même des « souffrances » nécessaires qu’ils leur font endurer.

La rigidité que défend Pellerin a fait fuir Yannick Agnel, mais est indispensable selon son ancien mentor qui ne voit pas son ex-protégé s’épanouir ailleurs: « Yannick, j’aurais bien aimé qu’il revienne, je le lui ai fait savoir. On n’a pas la science infuse ici, mais il a grandi sept ans sous mes yeux, par un travail quotidien. Il y a une lecture qui ne peut pas s’apprendre par la suite. Ça ne s’improvise pas. Ni à Baltimore, ni ailleurs. » Après une expérience américaine mitigée à Baltimore, le double champion olympique a décidé de rejoindre Lionel Horter à Mulhouse. Retrouvera-t-il sa réussite de la période niçoise ?

Je n’ai aucune prescience et je ne lis l’avenir ni dans les étoiles ni dans le marc de café, mais je crois, moi, à la différence de Pellerin, qu’Agnel pourra réussir à Mulhouse quand il a échoué à Baltimore parce que je sais qu’il aura des entraîneurs qui vont surveiller sa technique, son efficience dans l’eau (et on dirait bien que c’est cela qui lui a manqué). C’est ce que faisait Pellerin avec un talent, une réussite, incontestables. Pour le reste, il faudra respecter la devise britannique : Wait and See.

En ce qui concerne Pellerin, sans doute le plus fin technicien et le plus remarquable entraîneur, le plus exigeant, le plus passionné et le plus digne d’estime qui soit, on dira, avec une certaine mélancolie, que la perfection n’est pas de ce monde.

Génération natation à Chalon-sur-Saône

30 Septembre 2014 

La Fédération française de natation, avec le soutien de son partenaire EDF, mobilise les nageurs de l’équipe de France autour d’un programme de promotion de la natation, Génération Natation.

Après un franc succès lors des deux premières étapes à Marseille, le 10 mai, et à Mulhouse, le 21 juin, la tournée Génération Natation reprendra à Chalon-sur-Saône ce samedi 4 octobre 2014, à l’Espace Nautique du Grand Chalon.

Cette troisième étape sera la première occasion de la saison pour nos nageurs d’aller à la rencontre des enfants passionnés de natation. A commencer par le champion d’Europe des 25 kilomètres Axel Reymond et la championne olympique du 400 mètres Camille Muffat, prête à plonger avec les enfants pour la première fois depuis l’annonce de sa retraite sportive en juillet dernier.

Mathilde Cini, Claire Polit et NosyPelagie seront également au rendez-vous pour partager avec l’appui de l’équipe technique du Club Natation Chalon un après-midi exceptionnel avec une soixantaine d’enfants.

 

Hagino n’est pas tout seul

Jeux Asiatiques, Incheon, Corée

25 Septembre 2014

Il nous faudra un jour dans ces colonnes revisiter le phénomène de la natation japonaise. Elle créa les premières compétitions de l’histoire des siècles avant que l’Occident, l’Angleterre plus précisément, ne s’en préoccupe. Elle a inventé le modèle de la nage moderne, avec un crawl révolutionnaire, très en avance sur les modèles occidentaux, dans les années 1930, quand le seul frein à la diffusion de ces idées, avant que la Deuxième Guerre mondiale ne vienne tout balayer, était que leurs livres étaient rédigés en Japonais et qu’il manquait de traducteurs. Elle a régné parfois, en fait de 1930 à 1940, et aujourd’hui, elle se porte on ne peut mieux.

Ces trois derniers jours, à Incheon, où se tiennent les Jeux asiatiques, les Japonais se trouvent aux prises avec les Chinois et ni l’une, ni l’autre équipe, n’a la vie facile. Si les résultats des Chinois sont très impressionnants, les Japonais ont à nos yeux deux avantages, la force que donne la tradition et l’élégance de leurs nageurs, bel hommage à l’approche technique raffinée de leurs entraîneurs. Je me demande s’il ne pourrait exister un parallèle entre la japonaise et la française sur ce point (à cette différence que la natation française est trop exclusivement axée sur le sprint en nage libre).

Aujourd’hui, les Japonais nous ont donné à penser qu’Hagino, leur homme protée des Jeux asiatiques d’Incheon, n’était plus seul. Il n’est plus seul, parce que Ryosuke Irie, leur grand dossiste, a fait fort. Sur 200 mètres dos, Ryosuke a délivré un temps de 1’53’’26, 2e temps mondial « textile  derrière Ryan Lochte, 1’52’’96. Irie est aussi le détenteur du 2e temps en combinaison, 1’52’’51, derrière les 1’51’’91 d’Aaron Peirsol, record mondial. Le temps d’Irie est largement le meilleur parmi les temps des vainqueurs des quatre grandes compétitions internationales, PanPacifiques, 1’54’’91, Jeux du Commonwealth, 1’55’’83, championnats d’Europe, 1’56’’02

Irie réalisa un vrai cavalier seul, passant en 26’’80, 55’’52, 1’24’’64 et restant le seul de la finale à pouvoir finir (largement), en moins de 29’’, avec 28’’46. Deuxième, le Chinois Jiayu Xiu, 1’55’’05, et le héros de ces Jeux, Hagino, 3e en 1’56’’36. Hagino aurait eu le droit d’être déçu. Il a nagé, cette saison, deux bonnes secondes plus vite, en 1’54’’23.

Autre grande performance de ces Jeux asiatiques, les 47’’70 au 100 mètres nage libre du Chinois Zetao Ning, 21 ans, qui, la veille, avait laissé entendre le niveau de sa forme quand il avait frôlé les 47’’ pile, lancé, pour finir le relais quatre fois 100 mètres. Ning passait avec près d’une mètre cinquante d’avance sur le Coréen Park (48’’75) au virage, 23’’02 contre 23’’76, et augmentait son avance au retour. Park, lui, reprenait reprenait le Japonais Shinri Shioura, bronze en 48’’85. Ning améliorait son meilleur temps, record d’Asie, 48’’27 depuis l’an dernier et entre dans la phalange mes « moins de 48’’ » qui désigne les grands sprinters de notre époque. Ning, positif aux contrôles en 2011, effectue donc un retour qu’on espère des plus propres… Il est le 3e sprinteur de l’année derrière deux Australiens, James Magnussen, 47’’59, Cameron McEvoy, 47’’65 et devant Florent Manaudou, 47’’98.

Au relais quatre nages dames, le Japon gagnait en 4’0’’94, devant la Corée, 4’4’’82 et Hong-Kong, 4’7’’15. Sur 800 mètres dames, doublé chinois, Yiron Bi, 8’27’’54, devant DanLu Xu, 8’33’’89, et la Japonaise Asami Chida, 8’34’’66. La Chinoise Yang Shi l’emporte sur 50 papillon en 23’’46, la Japonaise Satomi Suzuki au 50 mètres brasse en 31’’34.

Kozuke Hagino, le Phelps qui nous vient du Japon

Jeux asiatiques à Incheon, Corée

24 Septembre 2014

Le Japonais Kozuke Hagino est-il le meilleur nageur du monde 2014 ? Craig Lord le suggérait dans son site Swim Vortex et je ne vois pas quel nom on pourrait opposer au sien (sauf bien entendu si Sun Yang bat le record du monde du 1500 mètres, ce qui n’est pas mince affaire pour le Chinois). En tous cas, Hagino vient de rafler sa sixième médaille consécutive aux Jeux asiatiques, sur 400 mètres quatre nages, et son 3e or après le 200 mètres et le relais 4 fois 200m, l’argent du 400m et du relais 4 fois 100 m et le bronze du 100 m dos. A l’issue d’une course férocement disputée, Hagino a devancé le Chinois Zhixian Yang et le champion du monde actuel, Daiya Seto, talonné lui-même par le deuxième Chinois, Chao sheng Huang, qu’il devançait d’un dixième. En gros, Hagino, mena à l’issue du premier parcours en papillon, fut dépassé par Chao à l’issue du dos, se retrouva quatrième après la brasse, mais il avait repris la tête dès les 350 mètres et finit d’écraser la concurrence par un très fort dernier parcours de crawl en 55’’75. Notons cependant que dans le 400 mètres nage libre, poursuivant le Chinois Sun Yang vainqueur final, il nage ses deux dernières longueurs de bassin olympique en 54’’35 (et Sun effectua son parcours en 53’’97). Les trois premiers de ce 400 mètres quatre nages amélioraient le record des Jeux asiatiques de Yuya Horihata, 4’13’’35 à Guangzhou en 2010. Hagino frôla son record d’Asie, 4’7’’61, établi l’an passé, en 4’7’’75 ; 2e  Zhixian Yang, 4’10’’18 ; 3e Daya Seto, 4’10’’39 ; 4e Chao Sheng Huang, 4’10’’49. Hagino, qui s’inspire des hauts faits de Michael Phelps, en a la diversité des talents.

Temps de passage :

Hagino, 26’’26, 56’’63, 1’29’’14, 2’0’’77, 2’35’’90, 3’12’’, 3’40’’84, 4’7’’75.

Yang, 26’’91, 57’’10, 1’29’’70, 2’1’’80, 2’36’’69, 3’11’’92, 3’41’’36, 4’10’’18.

Seto, 26’’33, 56’’79, 1’29’’63, 2’1’’53, 2’36’’11, 3’11’’61, 3’42’’91, 4’10’’39.

Huang, 27’’04, 57’’20, 1’29’’11, 2’0’’17, 2’25’’34, 3’11’’19, 3’41’’66, 4’10’’49.

Sur 100 mètres papillon, l’événement fut créé par Joe Schooling, de Singapour (entraîné aux USA), qui remporta le seul titre qui ne revenait pas aux rivaux des deux côtés de la mer du Japon. En 51’’76, il devançait dans l’ordre Zhuhao Li, Chine, 51’’91, Hirofumi Ikebata, Japon, 52’’08 et Takuro Fujui, Japon, 52’’09. Zhuaho Li, quinze ans, améliorait le tout nouveau record mondial des quinze ans. Mais le « vrai » record du monde 51’’10, appartient à Michael Phelps, depuis 2003, aux mondiaux de Barcelone (la jeunesse est chose toute relative en natation).

Comme le laissait prévoir le relais quatre fois 200 mètres disputé précédemment, le 200 mètres dames devait être une affaire chinoise, et Chen Duo, en 1’57’’66, première de bout en bout, finit nettement devant la Japonaise Chihiro Igarashi, 1’59’’13, auteur d’un retour énergique, devant la deuxième chinoise, Yi Tang, 1’59’’34.

Sur 100 mètres brasse, après sa tonitruante révélation sur la distance double, le succès du Kazakh Dimitryi Balandin en 59’’92 confirma sa grande forme. Yasuhiro Kosecki, Japon, 2e en 1’0’’23. Après ça, autre Chinoise, Yuanhui Fu empocha sans émotion le 100 mètres dos en 59’’95.

Au relais quatre fois 100 mètres, les Japonais menèrent le temps des deux premiers relais de Shinri Shioura, 49’’03 au start, puis de Ramaru Harada, 48’’49 lancé. Mais Yang Sun , 48’’55, prit un extremis la tête qu’un excellent Zetao Ning, , 47’’08, face auquel Katsumi Nakamura, 47’’94 ne put rien. Chine, 3’13’’47, devançait Japon, 3’14’’38 et Corée, 3’18’’44

Sun Yang et Shiwen Ye, empereurs de Chine

23 Septembre 2014

Jeux Asiatiques à Incheon, Corée

Quoiqu’ait pu être dit et écrit au sujet de ses deux doigts blessés pour avoir boxé le mur d’arrivée sur 200 mètres sans avoir pris la précaution de mettre des gants (une blessure qui l’avait écarté du relais quatre fois 200 mètres avant-hier), le Chinois Sun Yang a gagné le 400 mètres des Jeux asiatiques hier à Incheon, en Corée. Il n’a pas gagné d’un doigt, ni d’une main, mais d’une longueur de corps (et on sait qu’il est grand). C’est dans la deuxième moitié de la course qu’il a accéléré et s’est montré un peu trop fort pour ses adversaires désignés, le Japonais Hagino et le Coréen Park Tae-hwan, qui a eu le privilège relatif d’essuyer une nouvelle défaite dans la piscine qui porte son nom. Le temps final de ces trois compères? 3’43’’23 pour le vainqueur, 3’44’’48 pour Hagino et 3’48’’33 pour Park qui confirme qu’il n’a pas retrouvé ses somptueux pics de forme des dix derniers mois, et dont la petite satisfaction d’amour-propre pourra être de dominer, in extremis, le bilan de l’année de la distance avec 3’43’’15 (aux  »PanPacs » le mois dernier). Park a dû trouver difficile de nager au top à deux distances de temps si rapprochées… Il en va ainsi des Japonais et des Coréens, qui se désignent comme appartenant à la fois aux entités asiate et océanique.

[Au sujet de la blessure de Sun Yang. Il arrive qu’on puisse nager avec un doigt endommagé, Tyler Clary, aux Jeux olympiques 2012, à Londres, se trouva dans ce douloureux cas de figure à l’issue des demi-finales du 200 mètres papillon. Le journaliste Mike Gustafson évoque dans le site de la Fédération américaine, USA Swimming, les cas de Katie Meili et d’Emily Silver qui, blessées, ont nagé, l’une aux Jeux olympiques de 2008, l’autre aux sélections US en 2012. Kyle Chalmers, le jeune phénomène Australien de quinze ans qui a battu le record de la catégorie d’âge qui appartenait à Ian Thorpe, en 49 »68 contre 50 »21, réussit cette performance alors qu’il s’était cassé un doigt deux jours plus tôt, au début de l’année. Après, tout dépend de ce qu’on appelle fracture. Ce n’était pas le cas pour Sun Yang, peut-être pas pour Chalmers. J’ai vu un champion olympique hongrois, Attila Czene (que j’emmenais moi-même à l’infirmerie), se fracturer un doigt, le majeur me semble-t-il, à une arrivée de 200 mètres dos au meeting du Canet en 1991. Mais là, il dut mettre une attelle et ne nagea pas le reste du meeting. Qu’aurait-il fait si cela avait été des mondiaux ?]

Le résultat de ce 400 mètres d’Incheon frôle mais n’atteint pas les sommets, Sun Yang se retrouve à trois secondes du record du monde de Bielderman, 3’40’’07 et de son record d’Asie, 3’40’’14, et assez loin du record des Jeux établis par Park en 2010 avec 3’41’’53. Il convient donc de relativiser. On a pu lire de ci de là, des affirmations selon lesquelles Sun Yang n’était pas en forme. L’intéressé a affirmé qu’en grande forme à l’entraînement en Australie, il se serait un peu mélangé les pinceaux à l’approche des Jeux. Mais il est possible qu’on ne mette pas le paquet de la même façon en l’absence d’un rendez-vous olympique ou mondial et qu’on se réserve plus ou moins volontairement les années sans.

Les trois hommes nageaient de concert pendant la première moitié de la course, Hagino s’efforçant de mener le train ; les deux autres l’observaient. Yang appuya, et c’est entre les 200 et les 350 mètres qu’il s’imposa peu à peu à Hagino, lui grappillant deux à trois dixièmes par longueur. La course pouvait encore paraître indécise, mais le champion olympique chinois avait pris l’ascendant. Pendant que Park jetait l’éponge, Hagino lançait un sprint formidable, terminant en 26’’51, mais Sun, dont c’est la spécialité, finit encore plus vite, en 26’’44. Le temps d’Hagino restait inférieur aux 3’43’’90 (5e temps mondial de l’année) qu’il a signé aux championnats du Japon

Le 200 mètres brasse a vu le fort inattendu Dimitry Balandin, 19 ans, du Kazakhstan, l’emporter. Avant les Jeux, le record de Balandin était de 2’13’’53. Il l’amena à 2’11’’11 en séries, puis en finale, il nagea un impressionnant 2’7’’67, balayant le vieux (2002) record des Jeux, 2’9’’97, de Kosuke Kitajima. 2e Kazuki Kohinata, Japon, 2’9’’45. 3e Yasuhiro Koseki, Japon, 2’9’’48.

Sur 100 mètres papillon dames, une jeunesse de 16 ans, Xinyi Chen (Chine) l’emporta très largement en 56’’61, devant sa compatriote Ying Lu, 58’’45, et Li Tao de Singapour, 59’’08. 4. Natsumi Oshi, Japon, 59’’21.

Au 50 mètres dos dames, Yunhui Fu (Chine), gagne en 27’’66 ; 2e Yekaterina Rudenko, Kazakhstan, 28’’04 ; 3e Miyuki Katemura,Japon, 28’’27.

50 mètres libre messieurs, Zetao Ning, Chine, 21’’95 ; 2e Shinri Shioura, Japon, 22’’11 ; 3e Kenta Ito, Japon, 22’’16.

Eric LAHMY

Sur 400 mètres quatre nages, Shiwen Ye, la championne olympique et recordwoman du monde en titre, conserve le titre de championne d’Asie, enlevé à quatorze ans en 2010. 1. Shiwen Ye, Chine, 4’32’’97 ; 2. Sakiko Shimuzu, Japon, 4’38’’63; 3. Thi Anh Vien Nguyen, Vietnam, 4’39’’65.

Les Chinoises enlèvent finalement sans surprise le relais quatre fois 200 mètres, en 7’55’’17, malgré un beau baroud des Japonaises qu’on ‘imaginait pas si proches, 7’58’’43. Hong-Kong est 3e en 8’4’’55.

Hagino, discret vainqueur de bataille navale

22 Septembre 2014

Par Eric LAHMY à Montréal

Jeux asiatiques 2014 à Incheon (Corée)

Avant que ne commencent les compétitions des Jeux asiatiques, à Incheon, en Corée du Sud, l’entraîneur japonais avait été clair. N’attendez pas trop d’Hagino. A 20 ans, Kosuke, fort de ses beaux résultats de la saison en général et des Jeux Panpacifiques en particulier lui paraissait trop  »attendu », et l’entraîneur avait tenu à faire réviser les prévisions à la baisse, à dégonfler au passage les épithètes.

Après avoir enfariné la veille Sun et Park dans le 200 mètres et fini 3e du 100 mètres dos, Hagino-dont-il-ne-faut-pas-trop-attendre n’en a pas moins dominé de la tête et des épaules, aujourd’hui, le 200 mètres quatre nages (trois secondes d’avance à l’arrivée) et participé en 2e position au relais quatre fois 200 mètres japonais vainqueur des Chinois où Sun ne s’était pas présenté, s’étant blessé un pouce la veille à l’arrivée du 200 mètres. Hagino, lancé en deuxième position, était le plus rapide des relayeurs en 1’44’’97, temps qui se compare presque à son 1’45’’23 au start de la veille. Selon son habitude, il nageait au train avant d’appuyer terriblement en finissant, réussissant 26’’13 dans son dernier 50 mètres, à peine moins vite que son étonnant 26’’ juste de sa fin de course individuelle. Le relais nippon nageait en 7’6’’74, laissant les Chinois à dix secondes (un différentiel que, de toute évidence, Sun n’aurait pas pu combler)… L’absence de Sun laissait en outre un doute sur la suite des opérations. Avait-il pris un jour de repos, ses dirigeants estimant que de toute façon le quatuor japonais était le plus fort, ou bien ne sera-t-il pas en mesure de s’aligner, demain 23 septembre au départ du 400 mètres dont les favoris dès lors seraient Hagino et Park, ni non plus sur 1500 mètres ?

Les exploits d’Hagino ont aidé le Japon, après deux jours, à mener la danse aquatique, en face des Chinois, 7 médailles d’or contre 5, statistique de classement des nations dont on semble faire grand cas autour des plages d’Incheon ou du moins dans les rédactions des médias aquatiques. « On va les rattraper », a promis un des bosses de la natation chinoise, Mr Lu Yi-fan, tandis que les Nippons continuent de faire confiance à leur technique de communication taillée dans un tissu de modestie. Plus exactement, après la conférence de presse, Hagino s’apprêtait à quitter la salle quand Lu Yi-fan lui enjoignit de se rasseoir, aboyant : « Le Japon peut mener maintenant, mais nous n’avons eu que deux jours de compétition. Oui, le Japon dispose d’une forte équipe, mais nous allons les rattraper très vite. » Propos rapportés par le quotidien Japan Times d’après un mix de dépêches des agences AFP et JIJI. Si ces termes sont exacts, il faut admettre que Sun Yang n’est pas le seul Chinois à comprendre la natation comme une autre façon de faire la guerre (la situation est assez tendue, depuis des années, entre Chine et Japon, en raison de différends sur l’appartenance de huit îlots – les Senkaku, dans l’archipel Ryukyu – aujourd’hui nippons que revendiquent leurs voisins continentaux, et aussi Taiwan). D’un autre côté, on pouvait comprendre sinon l’arrogance, du moins la nervosité chinoise. L’Empire du Milieu a depuis longtemps maintenant dominé les courses de natation des Jeux asiatiques, et récolté en 2010 à Guanzhou,  où le Japon avait fini lointain second, 24 des 38 médailles d’or mises en jeu…

Hagino, qui après le 200 mètres nage libre, n’avait toujours pas l’air de se prendre pour le torpilleur léger qui avait coulé un cuirassé lourd (Sun Yang en l’occurrence), prit la parole et botta en touche : « nous menons actuellement et si nous prenons soin de nos objectifs, nous devrons finir en bonne place, » se contenta-t-il de dire. J’ai encore trois courses ici et je veux les gagner. » Zen, Hagino, qui restait fort civil en face de discours militaires…

ROYAL SUR QUATRE NAGES

Hagino, attendu comme le loup blanc sur 200 mètres quatre nages après le succès de prestige obtenu sur Michaël Phelps au Jeux Panpacifiques, a nagé son épreuve à Incheon en 1’55’’34. Si Phelps, le mois dernier, donna un instant l’impression d’avoir gagné, tant la course avait été serrée, ici en revanche, Hagino a dominé comme on ne le voit plus tellement souvent dans les grandes rencontres internationales. Pas agressif devant les micros, mais déchaîné dans l’élément liquide ! Son second, son compatriote Hiromasa Fujimori, 1’58’’56, a fini six bons mètres derrière lui. 3e, Shun Wang, Chine, 1’59’’10. Hagino détient ainsi le meilleur temps mondial de l’année et nul n’a nagé les quatre longueurs quatre nages plus vite que lui depuis les Jeux olympiques de Londres.

Pendant que les dirigeants chinois, si l’on se permet l’expression, se mettaient la pression, les Nippons empochaient sereinement les titres. Avec le programme très étendu des courses de natation tel qu’il existe aujourd’hui, il faut autre chose qu’un seul nageur, fut-il un nageur protée, pour dominer. Et les Chinoises avaient commencé leur programme en fanfare, précédant partout leurs seules rivales asiatiques sérieuses, les Japonaises. Mais le lendemain, la Nippone Kanako Watanabe, qui ne se pardonnait pas d’avoir échoué d’un rien la veille sur 100 mètres brasse où elle avait été devancée par la Chinoise de douze centièmes, prit une revanche éclatante sur 200 mètres brasse, une course elle aussi âprement disputée (mais cette fois avec son équipière japonaise Rie Kaneto) en 2’21’’82. Watanabe lança sa course sur des bases élevées, passa en 1’8’’55, presqu’une seconde devant Kaneto, 1’9’’44, et parvint à la désespérée, dans une dernière longueur en 36’’96, à conserver l’avantage sur Kaneto qui finit dans un sensationnel 36’’34 (temps final 2’21’’92. Jingling Shi enleva le bronze avec 2’23’’58.

JAPONAIS CONTRE CHINOISES ?

Sur 50 mètres dos, les Japonais Junya Koga (grâce à un départ explosif), vainqueur en 24’’28, et Ryosuke Irie, 24’’98, devancèrent le Chinois Xu Jiayu, 25’’24. En revanche, c’est à la Chinoise Shen Duo, recordwoman du monde junior avec 53’’84, que revint le titre asiatique, en 54’’37, tout juste devant la seconde Chinoise Tang Yi, 54’’45 et la Japonaise Mike Uchida, 54’’66. Lu Ying, Chine, déjà détentrice du record d’Asie, gagna le 50 mètres papillon en 25’’83 ; elle devançait la Singapourienne Tao Li, 26’’28 (Tao avait gagné cette course il y a quatre ans en 2010) et la 2e Chinoise, Liu Lan, 26’’72.

Si le plan d’eau de la piscine Park est le spectacle d’une guerre sino-japonaise, elle pourra être gagnée par les garçons du Japon, ou les filles de Chine !

Le Japonais sans peine

Par Eric LAHMY

Jeux Asiatiques à Incheon, Corée

Le 21 Septembre 2014

D’aucune attendaient sur 200 mètres, épreuve lançant la première journée de natation des Jeux Asiatiques d’Incheon, un duel entre Park et Sun, les héros coréen et chinois de la course, mais c’est Hagino qui enlève l’épreuve. Les Chinois, qui croyaient arriver en terre conquise, les Coréens, qui se croyaient les plus forts à domicile, ont de quoi se faire des sushis !

Cette bonne blague, le 200 mètres nage libre des Jeux asiatiques gagné par le Nippon Kosuke Hagino. Vous me direz : et alors ? Et vous aurez raison. Hagino est un merveilleux nageur. Sauf que les medias du continent le plus peuplé du monde (j’ai pas compté mais plus peuplé, semble-t-il, que le reste de la planète) se régalaient à l’avance du duel entre le Chinois Sun Yang (meilleur nageur du monde aux Jeux olympiques de Londres) et le Sud-Coréen Park Hae-Hwan, champion olympique 2008 du 400 mètres et son plus fier rival asiatique et mondial.

S’il faut en croire le site de la chaîne indienne NDTV (New Dehli Television Limited), le niveau d’échauffement des esprits, autour de ce qui était manifestement pour beaucoup d’esprits un match à deux, s’était considérablement élevé ces dernières semaines. Sun Yang y était pour quelque chose. Ce garçon qui apparait de plus en plus comme l’un des nageurs les plus arrogants jamais vus dans une piscine, aurait déclaré qu’il ne considérait pas Park comme un rival sérieux. Toujours selon NDTV, Sun aurait participé à des spots commerciaux humoristiques pour le compte d’un équipementier chinois, dans lesquels il ironise sur le statut héroïque conféré au sud coréen. « Mr Park, vous êtes le héros du peuple Coréen. Vos fans sont innombrables. Même ce complexe aquatique porte votre nom. Mais, Mr Park, et alors », dit-il dans l’un d’entre eux avant d’effectuer une « bombe » dans le bassin. Dans un autre spot, flottant allongé sur un matelas à air, il raille, remerciant Park de ne pas avoir quitté la natation pour devenir un chanteur ou une star de la télé, puis ajoute : « maintenant, ne me laisse pas gagner trop facilement. »

Par essence, une finale de course comprend huit nageurs. Mettre l’accent sur un duel est souvent idiot, toujours risqué, car les six autres finalistes peuvent ne pas être d’accord. C’est une forme de racolage médiatique qui abaisse d’un ton le sport pour le mettre au niveau du catch… Kosuke Hagino, que les Nippons appellent « Michael Phelps made in Japan » en raison de son talent et de sa faculté de briller dans tous les styles, a réussi à assaisonner dans un finish positivement monstrueux les deux favoris de l’épreuve. Park lança la course, menant aux 50 mètres, Sun attaquant fièrement aux 100 mètres. Hagino revint dans l’ultime longueur, annihilant les espoirs du chinois en répondant à chacun de ses démarrages par un démarrage supérieur, et l’emporta d’un rien, mais l’emporta. Il lui fallait non seulement finir plus vite que le géant chinois (1,98m) mais aussi être assez devant pour ne pas se faire voler la victoire à la touche, lui qui mesure 1,75m, comme il se l’était faite voler aux derniers PanPacifics, le mois dernier, quand, devançant tout son monde, l’Australien Thomas Fraser-Holmes, 1,94m, plaqua sa main au bout de ses longs bras un dixième plus tôt…

Certes, les Jeux asiatiques ne sont pas finis, et le 400 mètres et le 1500 mètres sont au moins aussi importants que ce 200 mètres…

L’ensemble des résultats a démontré une autre faille, cette fois dans l’analyse du reporter de NDVT selon qui la natation, à Incheon, se résumerait à un duel sino-coréen. C’était oublier la meilleure natation asiatique, la Japonaise. Côté garçons, enlevez Park et la Corée n’a pas grand’ chose, enlever Sun, et la Chine devient la nation la moins peuplée du monde ! La richesse de la natation japonaise, en revanche, est confondante… Outre Hagino, le 100 mètres dos est revenu à Ryosuke Irie, Japon, dans l’excellent temps de 52’’34, devant Xu Jiayu, Chine, 52’’81, et Kosuke Hagino, encore lui, qui, quoique sans doute encore sonné par son 200 mètres libre, nagea 53’’71. Sur 200 mètres papillon, on put assister à un doublé japonais Daiya Seto, 1’54’’08, Kenta Hirai, 1’55’’47, la troisième place revenant à Hoseph Schooling, de Singapour, en 1’57’’54.

Il parait que la Chine manque de filles, mais certainement pas dans la piscine! Les Japonaises furent en dessous de leurs équipiers masculins, et tous les succès dans les courses féminines furent Chinois. Sur 400 mètres Zhang Yuhan, 4’7’’67, devança sa compatriote Bi Yirong, 4’8’’23 et la Japonaise Chihiro Igarashi, 4’9’’35 ; Sur 100 mètres brasse, cela se joua d’assez peu, mais la Nippone Kanako Watanabe, 2e en 1’6’’80, s’intercala entre les deux Chinoises, Shi Jingling, 1’6’’67, record des Jeux, et He Yun, 1’8’’11. Succès chinois aussi sur quatre fois 100 mètres, où, lancé par Ye Shiwen, la double championne olympique de quatre nages de Londres, leur quatuor, en 3’37’’25, vint aisément à bout des Japonaises, 3’39’’35, menacées par les Hong Kongaises, 3’39’’94.

aucune terre à l’horizon

François-Bernard Tremblay, L’Aventure de l’eau libre, éditions Phoenix, 206 rue Laurier, l’Île-Bizard, Montréal, Québec, Canada, H9C2W9. Prix : 11,95$.

www.editionsduphoenix.com

Par Eric LAHMY

Un soir d’été 2005, Bernard Tremblay téléphone à sa mère comme chaque semaine. Celle-ci lui raconte que dans la journée, le mauvais temps l’a amenée à préférer son fauteuil de salon à sa promenade quotidienne dans le quartier de la Malbaie, au Québec, où elle habite. C’est alors qu’elle « tombe sur les images diffusées au bulletin de nouvelles de Radio-Canada montrant l’athlète saguenéen Michel Dufour, atteint de poliomyélite », plongeant « dans les eaux à dix-huit heures du soir pour tenter rien de moins qu’une traversée aller-retour du lac Saint-Jean. » Voilà un garçon que le mauvais temps n’a pas amené à remettre son raid qui représente, en cas de réussite, un minimum de 64 kilomètres en vingt heures de nage… Piquée au vif, un peu honteuse, cette brave femme prend son châle et s’en va faire sa promenade quotidienne.

L’incident, si c’en est un, a un autre effet à plus longue échéance. Il pousse Bernard à se lancer dans l’aventure, à trente-cinq ans, avec une fougue de cadet. Tremblay vit sur le bord du lac Saint-Jean, assiste chaque année à l’une des traversées mythiques de la longue distance, et a toujours admiré les nageurs de marathon sans jamais participer, passant sa vie sportive entre handball, football et softball… Aujourd’hui, il compte plusieurs descentes du Saguenay (42 kilomètres, dans le sens du courant certes mais quand même…) d’innombrables traversées d’entraînement avec des copains.

Neuf ans plus tard, Tremblay (nom de plume, François-Bernard Tremblay) a signé un petit livre intitulé « L’aventure de l’eau libre », modestement sous-titré : guide à l’intention des nageurs et des triathloniens. Une guide, peut-être, mais mieux que ça. Tremblay, professeur de littérature au collège d’Alma, une agglomération de 33.000 habitants opportunément (pour un nageur d’eau libre) posée le long des rives du lac Saint-Jean, est un graphomane impressionnant, créateur d’un fanzine, Clair Obscur, chroniqueur littéraire à Radio-Canada, auteur de plusieurs livres englobant autant de genres, poésie, roman policier, fantastique, science-fiction. Il sait écrire et s’ajoute au côté guide ce léché, cette valeur ajoutée que représente un ouvrage BIEN rédigé.

L’idée de ce texte nait le soir d’une arrivée de Lac Saint Jean, où le fameux Bulgare Petar Stoychev, après avoir gagné à Roberval, n’a attendu personne, provoquant ainsi une polémique en raison d’un comportement que l’on trouve cavalier. Tremblay, qui veut comprendre, le rencontre et l’interroge longuement. Que faire de ce long interview ? Il agit comme déclencheur. Tremblay rencontre des flopées de nageurs, canadiens, puis français, ainsi Loïc Branda et Stéphane Gomez avec lesquels il s’entretient. Il retient neuf témoignages (dont le sien) d’aventures en eau libre, qui soulignent tous le caractère exceptionnel, limite, quelque part inhumain ou à tout le moins surhumain de ce sport auprès duquel le marathon terrestre ferait presque figure de promenade récréative.

Avant d’en venir à ces entrevues, Tremblay évoque les côtés techniques et pratiques du raid de pleine eau. Conseils pratiques, différents plans d’eau, matériels et équipements, alimentation… Tout y est, on n’oublie rien.

Après ça, neuf courtes histoires de grand frisson (normal, de l’eau, parfois, à 10 degrés), courses, raids aquatiques, tentatives de records. Particularité de ces courses à part et à faire peur : la ligne d’arrivée est derrière la ligne d’horizon… Je suis sans doute bon public, mais rien que de lire : « Cossette plonge dans le Piegouagami ; autour d’elle les yachts, sur le lac, font entendre leur klaxon en guise d’encouragement », puis de la suivre dans la descente d’une rivière au nom merveilleux de Péribonka, j’éprouve des frissons tout partout. Ou quand Loïc Branca, qui gagnera la course, prend le départ, dans le canyon mexicain de Sumidero, de l’épreuve du même nom, qui traverse le Chiapas et le Tabasco, dans un canyon infesté de crocodiles et que les organisateurs rassurent les concurrents, puisque « les crocodiles ne chassent pas s’ils ne sont pas en mesure de toucher le fond de l’eau », je me dis que, décidément, j’aurai mauvaise figure, demain, de me plaindre que l’eau de la piscine de Côte Saint-Luc (dans laquelle les crocos n’attaquent pas eux non plus) est plus froide d’un degré, ce matin !

Au bout de tout cela, un remarquable petit livre, qui fleure bon l’accent délicieusement particulier, ancien et royal, du Québec.

François-Bernard Tremblay, L’Aventure de l’eau libre, éditions Phoenix, 206 rue Laurier, l’Île-Bizard, Montréal, Québec, Canada, H9C2W9. Prix : 11,95$.

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AGNEL-HORTER : UNE AFFAIRE QUI TOURNE

Par Eric LAHMY

Montréal, le 19 Septembre 2014

C’est par le communiqué suivant que la Fédération française de natation a fait connaître ses décisions concernant ce que j’appellerai ici pour simplifier « l’affaire Agnel – Horter ».

COMMUNIQUE FEDERAL

« Lionel Horter, mobilisé sur l’accompagnement de Yannick Agnel.- Le Président de la Fédération, Monsieur Francis Luyce et le Directeur Technique National se sont rencontrés pendant quelques heures hier soir pour échanger directement sur les missions de Monsieur Lionel Horter. La démission au poste de Directeur Technique National a été confirmée et entérinée. Il quittera ainsi cette fonction à la date du mercredi 1eroctobre 2014. La Fédération, en coordination avec le Secrétariat d’Etat de tutelle, organise dans les meilleurs délais sa succession, en menant notamment l’appel à candidature adéquat. Monsieur Lionel Horter reprend ses activités de Directeur technique au sein du Pôle France et du club de Mulhouse. Il accompagne à ce titre Yannick Agnel dans sa quête olympique. La Fédération Française de Natation remercie et salue Monsieur Lionel Horter pour son action en tant que Directeur Technique National. Elle lui souhaite naturellement des vœux de pleins succès dans le nouveau défi qu’il s’est lancé. »

COMMENTAIRE

Je ne sais qui disait : « quand les événements nous échappent, feignons de les organiser. » C’est la pensée que nous suggère le communiqué fédéral. Plaisanterie mise à part, on ne voit quelles autres décisions auraient pu être prises par des dirigeants responsables, et seul un entêtement coupable aurait pu enraciner Francis Luyce dans une position du style « Horter restera DTN qu’il le veuille ou non. » La Fédération, nolens volens, a décidé ce qu’il fallait décider. En outre, cette façon de présenter les choses coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui hurlaient déjà au scandale dans la démission d’Horter. Il y a du « passez, il n’y a rien à voir », dans ce communiqué fédéral.

ET CASSAGNE ?

Aparté : il est étonnant de voir le déroulé des événements. 1) Il y a quelques mois, Yannick Agnel signe à Mulhouse, fief du Directeur technique de la natation française Lionel Horter ; 2) Horter crie au scandale au sujet des menaces visant son adjoint, Patrice Cassagne ; pour secourir ce second qu’il déclare apprécier, il démissionne et rentre à Mulhouse ; 3). Yannick Agnel annonce que, n’ayant pas obtenu ce qu’il attendait auprès de Bowman (?), il rentre en France, à Mulhouse ; normal, c’est son club ; 4). Voici donc Horter et Agnel à Mulhouse, sachez que ce n’est pas une coïncidence, et encore moins une coïncidence fortuite ; 5). Francis Luyce et Lionel Horter se rencontrent, ça dure des heures, on imagine le dialogue ; 6). La démission d’Horter est entérinée et il reçoit la mission de s’occuper d’Agnel.

… Long silence…

Rien ne vous dérange ? Ah ! oui : que devient Cassagne ? Le communiqué n’en parle pas. Oublié… Zappé… Ce technicien, séparé de son bouillant et intrépide protecteur, après avoir connu son quart d’heure de célébrité, et désormais seul à la Fédération, est-il condamné à trouver le chemin de la sortie ? Faudra-t-il sauver le soldat Cassagne ? Ou admettre que, dans toutes batailles, il y a des pertes humaines…

AGNEL MANQUAIT-IL DE SOLUTIONS ?

Je ne crois sincèrement pas que Lionel Horter aurait été le seul technicien capable de relever le défi d’assumer le retour d’Agnel, non seulement en France, mais aux sommets de la natation mondiale, parce que c’est de ça et de rien d’autre qu’il s’agit. Et c’est peut-être pour cela qu’Horter s’est un peu précipité pour arranger son affaire. S’il ne démissionnait pas vite fait, le champion olympique du 200 mètres pouvait lui passer sous le nez.

En tant que personnalités, je pourrais citer facilement dix entraîneurs en mesure d’assumer la charge. Si je vous dis Denis Auguin, Frédéric Barale, Romain Barnier, Marc Begotti, Eric Boissière, Michel Chrétien, Lucien Lacoste, Sylvie Le Noach, Philippe Lucas, Patricia Quint, vous pourrez pinailler pour des points de détail, un tel est trop vieux, un autre trop jeune, tel ou telle autre n’a pas les disponibilités. Mais voilà des gens qui peuvent… qui auraient pu. Ils ne sont pas seuls, j’imagine quelques assistants seulement un peu jeunes, aux dents pas encore assez aiguisées, qui auraient pu faire l’affaire. Il y a bien entendu Fabrice Pellerin himself, sans doute le top du top de la technique française et mondiale et qui a si bien travaillé (et continue de le faire) malgré certaines scories dont il se débarrassera, mais bon, lui et Agnel…

L’HONNEUR DE L’ ‘’ECOLE’’ FRANÇAISE…

En parcourant la listes des techniciens français, honneur à l’école de la natation française d’aujourd’hui (et aux trente-cinq années d’un travail de fourmis des équipes des DTN de Garoff à Fauquet), j’en vois d’autres que je ne connais pas assez ou pas du tout, comme Patrice Carrier ou encore Richard Martinez, ou que j’ai perdu de vue, comme Pierre Andraca, faites votre liste !

Je puis vous dire qu’il y a quarante ans, quand je commençai à scribouiller sur la natation, on aurait eu du mal à en trouver deux…

ALLER VERS CE QUI BRILLE

Mais bien entendu, dans l’entourage d’Agnel, il n’a jamais été question de choisir un anonyme de talent, et la tendance est d’aller vers ce qui brille. C’est un travers mineur? Oui, mais un travers qui a conduit notre champion olympique chez Bowman. Il était difficile de critiquer ce choix à l’époque, Michaël Phelps oblige, mais sans connaître de façon approfondie la natation américaine, Bowman n’aurait été ni mon premier ni même mon dixième choix.

Seules des raisons ‘’diplomatiques’’ ou psychologiques empêchaient Agnel de rester en France, mais, USA pour USA, Agnel aurait mieux fait d’entrer dans une Université. Berkeley et l’UCLA, en raison de la qualité « européenne » de leurs techniciens, respectivement Teri McKeever et Dave Salo, auraient eu ma préférence. Mais j’aurais demandé son avis à Romain Barnier avant de choisir…

Bien entendu, Agnel est un nageur professionnel, et on connait l’intransigeance du système universitaire US à ce propos… Il aurait été rejeté. Mais je crois qu’il aurait pu récupérer un statut amateur convenant aux exigences de la NCAA, l’organe régissant les compétitions des collèges US. Il aurait dû mettre entre parenthèses ses activités rémunérées liées à la natation.

L’admirable Melissa Franklin a accepté de perdre un million par an, au bas mot, pour nager NCAA. Les avantages de ce système ? Vivre les grandes compétitions universitaires, très supérieures en prestige et en intensité à celles de la natation civile ; être libéré de l’Université courant mai, et revenir en club, en France pour Agnel, travailler sa saison d’été. Economiser une bourse d’études de Berkeley, c’est dans les 15 à 29.000 dollars par an pendant quatre ans, en fait 52.000 dollars par an, tout compris (chiffres donnés par Berkeley) ; cela vaut bien de perdre quelques contrats de ci de là sur lesquels on paie, vive la France, des impôts lourdingues ; dernier avantage, et non le moindre, à condition de tenir quatre ans, un diplôme de Berkeley, qui, entre nous, vaut de l’or !!

Si Yannick avait choisi cette option dès octobre 2012, au sortir des Jeux olympiques (comme son sponsor de l’époque le lui conseillait), il aurait évité la crise de nerfs de 2013 et serait encore avec Fabrice Pellerin…

AGNEL, FRIIS, SCHMITT: QUEL BILAN POUR BOWMAN!

Cela n’a pas été fait, pourquoi ? Sûr, Pellerin ne voulait pas. Mais ce n’est pas tout. C’est sans doute parce que son agent (celui d’Agnel et de Pellerin) n’a pas poussé dans cette direction. Bowman, c’était la possibilité de rester pro, de continuer de signer des contrats sur lesquels son agent, sa seconde maman, parait-il, pouvait continuer de toucher ses pourcentages !

Vous me direz : un peu facile d’écrire ça après le fiasco. Entendons-nous bien. Malgré quelques signes inquiétants (la façon dont il a raté en 2013 Allison Schmitt, la championne olympique du 200 mètres, réduite cette année, en championnats US, aux finales B sur 100 et 200 mètres et 35e du 400 mètres), je ne pouvais imaginer que Bowman ferait un aussi mauvais job avec Agnel. Il a aussi raté d’ailleurs, même si chez nous on n’en a pas fait une affaire, Lotte Friis, que Pellerin avait mitonnée aux petits oignons l’an passé ; la Danoise s’est plantée grave aux Européens (bon, elle avait eu une intoxication alimentaire, mais sur l’ensemble de la saison, dans son passage de Pellerin à Bowman,  Friis a perdu 10 secondes sur 800 mètres et 22 secondes sur 1500 mètres!).

N’AVOIR PAS NAGE NCAA!

Mais même si je ne pouvais prévoir tout cela, l’an dernier, jamais je n’aurais choisi Bowman, ni un club. J’aurais choisi une Université, la meilleure possible pour un nageur. Quand on est aussi brillant qu’Agnel, on ne passe pas sa vie à nager ! (1) Bien, cela dit, le vin est tiré. Il faut le boire. Tout peut toujours arriver, et même si aujourd’hui, Agnel a choisi d’aller vers ce qui brille, ce n’est pas sans une grande confiance qu’on le voit aujourd’hui prendre le départ d’une nouvelle aventure !

  1. Je suis très conscient du caractère paternaliste de ce que j’écris là. Pour aggraver mon cas, je dirai que je considère le paternalisme plutôt comme une qualité que comme un défaut.

Professionnels, mon oeil

Montréal le 18 Septembre 2014

Par Eric LAHMY

D’abord le prétexte: Le quarterback de l’Université Texas A&M Johnny Manziel, seul étudiant de première année (freshman) de l’histoire à avoir remporté un précieux trophée, le Heisman, qui récompense le meilleur joueur de football universitaire NCAA des USA (depuis 1935), Johnny Manziel donc a été suspendu pendant un demi-match, trois jours après avoir signé des autographes. Bien que n’ayant pas demandé d’argent, il a été « puni » pour n’avoir pas réalisé que des « courtiers » pourraient faire de l’argent avec ces signatures.

Time a relevé le 16 septembre dernier cette incongruité apparente, qui fait que les grands joueurs universitaires, dans une société basée sur l’argent roi, doivent bien être les seules célébrités à ne pouvoir monnayer leur réputation. Et la première revue américaine de ressortir une étude de 2013 selon laquelle, dans le seul football universitaire, si les étudiants joueurs recevaient des émoluments selon les partages effectués dans le sport pro, chacun des 85 joueurs de football de l’équipe de Aggies (de Texas A&M) ayant des bourses d’études devrait recevoir en moyenne 225.000 billets verts par saison (et beaucoup plus pour un Manzies).

Les universités se font en effet beaucoup d’argent avec leurs équipes d’amateurs. Contrats de télévision opulents (ainsi $3 milliards sur douze ans entre Pacific 12 Conference et ESPN et Fox en 2011). Pour résumer, les entraîneurs, les bureaux d’admission et les opérations d’anciens élèves de l’université tirent profit des stars du sport. En outre, ces bénéfices diffusent bien au-delà des limites des Universités, et entre toutes les activités générées par le sport universitaire, rien qu’autour de Texas A&M, dans la commune de Brazos, on estime à 86 millions les mouvements financiers générés chaque saison.

Si le sport universitaire reste quand même amateur, c’est pour une simple raison. Ceux qui détiennent le pouvoir dans la NCAA, présidents d’universités, directeurs athlétiques et autres commissionnaires de « conférences » le veulent. L’idée de base, c’est que la bourse universitaire – qui peut largement excéder les 100.000 dollars en quatre années d’études est en quelque sorte le salaire des joueurs boursiers. Bien entendu, d’autres points de vue existent, qui contredisent celui-ci, et certains bons esprits voient dans les règlements NCAA « des mesures désuètes qui assurent une exploitation grandissante des athlètes. »

Parmi les grands vainqueurs des affaires générées par les talents sportifs, se trouvent les coaches. Alors que Manzies, pendant quatre ans, ne touchera pas une thune (mais aura ses études payées), l’entraîneur chef Kevin Sumlin, en raison des succès de son joueur, a vu son salaire revu à la hausse, pour dépasser les 3 millions en 2013. Un peu moins du double des salaires annuels moyens des coaches des grandes équipes de football universitaire, 1,64 millions en 2013 (source USA Today). Dans l’ensemble, ces coaches sont mieux payés que les présidents des Universités auxquelles ils appartiennent ! S’ils sont si bien rétribués, c’est en raison des enjeux liés à l’excellence de l’équipe. Et pendant ce temps, les joueurs n’ont droit à rien de rien…

Personne ne me demande mon avis, et pourtant je n’arrêterai pas de le donner : je dirai que la politique intransigeante de la NCAA vis-à-vis de l’argent est la meilleure. Au-delà de tous les paradoxes nés de cette situation, l’Université, c’est fait pour les études, et non pas pour le sport. Savez-vous pourquoi le sport est-il entré si profondément dans l’Université ? C’est parce que voici bientôt deux siècles, la société américaine s’ennuyait tellement qu’elle se passionna pour les rencontres sportives inter universitaires, que celles-ci furent encouragées au prétexte du caractère éducationnel du sport, mais qu’en vérité il fallait amuser le bon peuple. Un point c’est tout.

C’est cette fonction d’éducation, ce prétexte peut être un peu hypocrite, qui est restée prioritaire et il me semble sain qu’il en soit toujours ainsi. Comme une sorte d’hommage du vice à la vertu. Foin du pognon, il y en a assez dans le monde, et aux USA en particulier, et dans le sport pro encore plus en particulier. Si Manzies et tous les autres universitaires ne sont pas contents de la donne, ils peuvent toujours payer leurs études ; ils auront au bout de quatre ans le beau diplôme qui leur revient, à condition de passer de classe chaque année. Après tout, aucune loi ni aucun règlement n’interdisent à un professionnel du sport de poursuivre des études supérieures si ça lui chante. Il touchera les millions que son talent sportif lui octroie et frottera ses culottes sur les bancs des auditoriums. Cela sera peut-être même aussi enrichissant (mais sans doute moins divertissant) que de sortir avec les groupies, de boire des bières ou de se shooter après les matchs. Or si les talents du football, du basket, continuent de se presser pour suivre des études et jouer quatre ans à l’université, c’est qu’ils estiment que ce n’est pas une perte de temps. Certains ne vont pas au bout de leurs études, d’autres finissent leur curriculum mais ne disputent plus les compétitions NCAA, ayant perdu  la fameuse « éligibilité » pour raisons de professionnalisme, mais entretemps, ils ont joué à très haut niveau dans un contexte moins redoutable en raison des pressions financières que le sport pro, ce qui ne doit pas être une mauvaise chose, et représente, sans rire, là aussi, une forme d’éducation…

Enfin si l’Université a profité du sport, qui niera que le sport a profité pleinement de l’Université ? Quel Français, quel Européen, ne peut être admiratif devant ce que l’Université US a donné au sport américain, ses champions, ses vainqueurs olympiques, cette capacité qu’ils ont eu de former des esprits sains en même temps que des corps sains alors que chez nous, nous entendons dire, à notre effroi, que si peu d’années après avoir brillé au plus haut niveau, tel champion olympique français, et pas des moindres, « n’a plus rien ? »

Quand, il y a vingt ans, je cherchais la piscine de l’Université de Californie du Sud, « laquelle, il y en a quatre », me répondit une gracieuse étudiante. Je m’imaginais posant la même question à la Sorbonne!

En dehors de stars des jeux populaires, football, basket, golf, hockey, qui peuvent être grassement payées, les données sont différentes; les seuls professionnels de natation dignes de ce nom des USA s’appellent aujourd’hui Michael Phelps et Ryan Lochte et aucun autre ne gagne un salaire décent (pour un champion s’entend). 400.000 nageurs, deux professionnels, vous avez dite : bizarre ?