Mois : juillet 2015

STEPHANE LECAT PASSE LA BOUEE EN TÊTE

LA NATATION DE COURSE

SE CHERCHE (OU PAS) UN DIRECTEUR

Eric LAHMY

Vendredi 31 Juillet 2015

La démission de Patrice Cassagne, le 3 juillet dernier, de son poste de directeur de la natation de course – une dénomination récente, il s’agissait, avant la DTN de Lionel Horter, d’un adjoint au DTN chargé de la natation – intervient à un moment inhabituel, aux trois quarts de l’olympiade. Après s’être démené pour occuper cette position et élargir ses prérogatives à celle de responsable de la logistique des compétitions internationales (aux dépens, soit dit en passant, de Philippe Dumoulin, qu’il réussit avec la complicité active de Lionel Horter, à faire écarter), Cassagne a décidé que le jeu n’en valait pas la chandelle. Il a donc jeté l’éponge.

D’aucuns s’en lamentent. Du moins officiellement, comme Jacques Favre, son supérieur hiérarchique, qui a dû faire un bel effort (lire L’Equipe) pour avoir l’air de regretter le départ d’un tel phénix. Ce qui est merveilleux, c’est, un, qu’il y ait des journalistes pour diffuser des déclarations de ce genre, deux, qu’ils se disent encore journalistes après ça ! Mais enfin, il est vrai que ce qu’il reste de cette profession se réduit aujourd’hui lamentablement à des porte-micros.

Mais bon, le costume était sans doute trop grand pour Cassagne, dont la gestion de ses rôles, en communion avec les deux DTN, Donzé puis Horter, dont il avait gagné la confiance, avait quelque chose d’éliminatoire. N’avait-il pas, avec Christian Donzé, réussi à qualifier plus de nageurs aux Jeux olympiques de Londres que le règlement ne le permettait, faute d’avoir pris la peine de lire ou de comprendre le dit règlement (en anglais)?

ZÉRO EN ANGLAIS ET GOÛTS DE LUXE

Leur ignorance de la langue de Shakespeare, et d’avoir fait semblant de le lire, créa en l’espèce un pataquès que seul le ministère des sports parvint à dénouer. Par ailleurs, les deux années qui suivirent, ne mit-il pas les aides personnalisées en déficit ? Puis n’a-t-il pas laissé un pôle (France ou espoirs) sur quatre perdre son label et les aides associées à cette labellisation ?

Peut-être pour fêter son départ, s’il faut en croire quelques membres du staff, Patrice Cassagne avait tenté d’imposer la Côte d’Azur comme point du dernier regroupement de l’équipe de France avant les mondiaux de Kazan, et il s’en est fallu de peu qu’il en soit ainsi. Finalement, les nageurs se sont retrouvés à l’INSEP, disposant d’installations pointues, des équipes de soins de l’institution, voire d’instruments de pointe comme sa fameuse chambre de cryothérapie (moins 110°, les veinards, j’aurais bien aimé m’y installer la semaine passée), mais aussi d’une atmosphère plus propice à la concentration qu’un hôtel, fut-il de cinq étoiles, à deux pas ou non de la Croisette. Ajoutons que la solution INSEP coûtait diablement moins cher qu’un palace. Mais, est-il vrai, leurs chambres n’avaient pas le label cinq étoiles et le Bois de Vincennes est plus éloigné que la villa Rothschild du casino de Cannes La Bocca ou de la plage privée, à Vallauris, du roi Salmane d’Arabie Saoudite !

STÉPHANE LECAT : PISCINE, EAU LIBRE, OU LES DEUX ?

Mais trèfle de plaisanterie, comme dirait un lapin dans un carré de luzerne. Le départ de Cassagne (au crédit duquel il faut cependant ajouter qu’il est parvenu à aider à conserver le culte de la gagne des équipes de France en grands championnats: on verra si Kazan sera ou non une réussite) crée un vide de l’organigramme, et par nature, les organigrammes ont horreur du vide… Au niveau fédéral, il en est un certain nombre qui verraient bien le directeur actuel de l’eau libre, Stéphane Lecat, occuper le poste. Ancien champion, homme de caractère, responsable d’une discipline qui se défend plutôt bien, Lecat est apprécié pour ses qualités et serait l’homme du poste. Il se sent, croit-on savoir, très attiré par ce défi. Certes, l’eau libre n’est pas la natation de course, mais on ne peut nier que ces deux spécialités n’en font qu’une, et que le 1500 mètres est plus proche du 10 kilomètres que du 50 mètres. Ces deux spécialités en une, entre mille exemples, ont partagé, entre les Jeux de Pékin et ceux de Londres, un champion olympique, le Tunisien Mellouli, vainqueur du 1500 mètres en 2008 et du 10.000 mètres en eau libre en 2012.

Nous évoquions la semaine passée la possibilité d’Eric Boissière – qu’avait évoqué devant nous M. Henri Wachter, le vice-président de la Fédération – de prendre en mains l’eau libre. Ce qui, malgré les dénégations venues depuis de la Fédération, n’est pas tout à fait exclu, sauf que Boissière, le cas échéant, resterait au bord du bassin. L’homme déteste tout ce qui est administratif et ce serait un gâchis de l’emmener derrière un bureau (d’autant qu’il ne se laisserait pas faire).

LECAT-LUCAS MÊME COMBAT

Alors ? Après les résultats d’Aurélie Muller, d’Aubry, (voire de Codevelle, malgré sa blessure), l’homme de la situation serait Philippe Lucas ! Défense de sourire. Mais le jeune marié – avec Camilla Potec, s’il faut en croire une rumeur saisie avant-hier au siège de la Croix Catelan -, le jeune marié de Narbonne, dis-je, est peut-être moins à même que Boissière d’aller s’asseoir rue Scandicci, à Pantin (une assez mauvaise adresse, d’ailleurs, pour passer sa lune de miel). Dommage, on aurait aimé l’entendre dire « et pis c’est tout » à Francis Luyce…

D’ailleurs, la solution que souhaite Lecat, serait de conserver ses fonctions à l’eau libre tout en phagocytant la natation de course, ce qui pourrait ne pas être une trop mauvaise idée. Mais rien ne dit que Favre, tout nouveau DTN pas encore fermement établi parce qu’assez étranger à la « culture » de sa profession, verrait d’un bon œil un pro de la carrure de Lecat à un poste aussi fondamental, puisqu’il représenterait, autant en nombre, 80%, et en visibilité, 99% de la Fédération !

Comme en outre la Fédération cherche à récupérer dans ses locaux l’entraîneur actuel de l’INSEP, Jean-Lionel Rey, mission encore à définir, ça cogite ferme pour savoir qui fera quoi, dans les douze mois qui précèdent les Jeux olympiques de Rio.

KAZAN (7) HORTON A L’ASSAUT DE SUN YANG ET DE PALTRINIERI

MACKENZIE VA-T-IL RÉUSSIR

LE DOUBLÉ DU DEMI-FOND ?

Eric LAHMY 

Vendredi 31 Juillet 2015

Cette année, il se pourrait bien que le meilleur nageur du monde soit (comme il est arrivé souvent dans le passé) un Australien. Je pense à Mackenzie Horton, un jeune Melburnian qui a, au pied des compétitions de Kazan, établi ainsi sa position : 1er sur 400 mètres avec 3:42.84, assez nettement devant le Britannique James Guy, 3:44.16 et un autre Australien, David McKeon, 3:44.28 ; et 2e des 1500 mètres en 14:44.09, 0.22 derrière l’Italien Paltrinieri, 14:43.87 et très loin devant le 3e de l’année, le Japonais Ayatsugu Hirai, 14:56.10… (1)

Par ailleurs, Horton trône sur la distance intermédiaire, des 800 mètres avec 7:47.36, devant le double champion olympique chinois, Sun Yang, 7:47.58. Une distance non-olympique pour les hommes, mais disputée aux mondiaux, quoique tout à fait redondante vis-à-vis du 400, et surtout du 1500 mètres (dans neuf cas sur dix, le meilleur nageur de quinze est aussi le meilleur sur huit), ce qui lui confère un statut mineur. Je ne serais pas étonné de voir Horton nager, s’il se présente à son meilleur sur l’épreuve, qui ne l’a jamais trop intéressé jusqu’ici, en moins de 7:40.

 Champion du monde junior, Mackenzie Horton est donc perçu en Australie comme l’héritier d’une tradition et le futur grand nageur de demi-fond d’un pays qui s’est fait une spécialité séculaire d’en produire.

Une spécialité séculaire, mais parfois terriblement frustrée. Voici deux années, ce que le pays compte de passionnés de natation n’avait pas trop de compliments vis-à-vis de Jordan Harrison, qui, doté d’un étonnant battement à six temps qu’il conservait tout le long d’un 1500 mètres, et lui permettrait de « rattraper » énormément, s’était qualifié pour les mondiaux de Barcelone en claquant le « mur » des 1500 mètres. Coaché par Dennis Cotterell (l’entraîneur d’Hackett), Harrison, avec 14:51.02, était alors devenu alors le 2e « jeune » du pays de tous les temps, derrière Perkins, 14 :50.58, et devant Hackett. Déjà, on voyait là l’homme du futur du demi-fond des Antipodes, mais Cotterell lui-même n’était pas impressionné par les comparaisons avec les anciens : « ce sont les programmes qui font la différence, et non pas les performances réussies à tel ou tel âge. » Harrison entra dans trois finales à Barcelone pendant qu’Horton enlevait toutes les courses du 200 au 1500 d’où quatre médailles d’or aux mondiaux juniors de Dubaï.

Or aujourd’hui c’est Horton qui mène la danse, et apparait même comme un double, voire triple, favori des courses des championnats du monde de Kazan…

Horton s’est escrimé tout le long de cette année à déjouer ce genre de prédictions optimistes, orgueilleuses parfois jusqu’à la fanfaronnade, dont les Australiens sont friands. Avec ses lunettes d’écaille, son sourire dévastateur, ce jeune et grand (1,90 mètres pour 2 mètres d’envergure) sympathique, martèle calmement qu’aux mondiaux de Kazan, le 400 mètres et le 800 mètres, courses sur lesquelles il est engagé, ne serviront en quelque sort que de canters, ou d’échauffement, à son seul objectif réel, le 1500 mètres nage libre.

« Le fait d’être en tête des palmarès sur 400 mètres n’ajoute aucune tension », expliquait-il le 20 juin dernier aux journalistes alors que l’équipe se préparait à s’envoler en direction du stage de préparation finale, tenu à Doha, la capitale du Qatar. « La plupart des gens savent que je serai à Kazan, essentiellement pour le 1500 mètres, aussi le 400 mètres pourra-t-il n’être plus ou moins qu’un coup de bol. »

Ceux qui l’ont vu nager aux championnats d’Australie, imposant un style d’une rare puissance, à la technique épurée, entièrement revue et corrigée depuis les deux dernières années, et à l’impressionnante efficacité, pourront penser que le coup de bol n’a rien à voir en l’affaire. Ses 3:42.84 représentent la 2e performance nagée sur 400 mètres depuis les Jeux olympiques de 2012, derrière le résultat de Sun Yang, 3:41.59 en 2013, année où le Chinois a remporté les championnats du monde à Barcelone. Mais en 2014, Sun a connu de gros soucis, et pour 2015, son meilleur temps, 3:44.53, certes très respectable, reste un peu en dessous de lui-même.

Cependant, si Horton est en forme, Sun Yang, pense-t-on en Australie, est certes celui qui, plus que tout autre, peut l’accompagner dans son périple en direction du titre mondial. Yang, à Barcelone, en 2013, avait réussi le triplé 400 (3:41.59), 800 (7:41.36), 1500 (14:41.15). Le 800 mètres n’tant pas olympique, Sun avait aussi réussi le doublé du demi-fond classique, 400-1500, aux Jeux de Londres.

 LA SUPER COURSE, ENTRE HORTON, PALTRINIERI ET SUN YANG

Avant lui, un Australien, Grant Hackett, 35 ans, qui, à l’issue d’un come-back retentissant, a réussi à se qualifier pour les mondiaux de Kazan au titre du relais quatre fois 200 mètres, avait réalisé ce triplé, en 2005, aux mondiaux de Melbourne, nageant 3:42.91, 7:38.65 (record du monde) et 14:42.58. Hackett, ayant vu Horton nager aux championnats d’Australie, se montra extrêmement enthousiaste, et se déclara persuadé qu’il battrait le record du monde, 14:31.02 ; voire les 14:30. Et donc, bien entendu, son vieux record australien, 14:34.56, établi en 2001 aux championnats du monde de Fukuoka. Dans un premier temps, Horton sembla être embarrassé par une marque de confiance assez lourdement assénée, mais depuis, ces paroles de l’aîné ont fait leur chemin, et il a avoué qu’elles lui ont fait grimper sa confiance.

Yang mis à part, reste le défi que pose le recordman d’Europe italien, Paltrinieri. Mais les 0.22 de différence entre les deux hommes risquent de ne guère peser lourd dans la balance le jour où ces deux hommes vont s’affronter. Horton estime disposer de quelque fonds de progrès dans la façon qu’il a eu de nager aux championnats d’Australie. « Si vous voyez mes 400 premiers mètres de Sydney, ils étaient très rapides, passage en 3:49.88, presque trois secondes plus vite que le rythme du record du monde, mais nagé avec beaucoup d’effort, ce qui m’a fait très mal à la fin de la course. A Kazan, je veux passer presque aussi vite, mais être beaucoup plus relâché, et cela devra faciliter la deuxième moitié de course. Il y a beaucoup à améliorer à partir de cette course. »

De façon récurrente, quand le 1500 mètres australien va moins bien, les entraîneurs expliquaient doctement que les jeunes ne veulent plus faire l’effort de la compétition la plus difficile du programme. Horton, lui, précise que c’est pour cela que la distance l’attire : « c’est tellement difficile, qu’elle fait la différence entre les enfants et les hommes. »

« LA RÉUSSITE, CE SERA DE GÉRER MA TÊTE »

 Pour ses premiers championnats du monde (seniors), Mack Horton, qui, l’an passé, avait fini 2e du 1500 mètres des Jeux du Commonwealth (derrière le Canadien Ryan Cochrane), aura de quoi faire. Dans l’ordre, 400, 800 et 1500. Il pourra être appelé à nager le relais quatre fois 200 mètres… Il affirme être tout à fait serein à l’approche des échéances, et avoir mesuré, à une époque de l’année où les nageurs ont du mal et souffrent dans l’eau, des progrès dans sa nage qui le rendent confiant. On dirait aussi qu’il essaie, vis-à-vis de l’attente des Australiens, de dégonfler la dimension des mondiaux en termes de médailles, et prévient : « la réussite, pour moi, reviendra de gérer ce qui me passe par la tête ; [pour le reste], ce sera une grosse semaine, je vais la nager et, quel que soit le bilan, ce sera la fête. La natation, ce n’est pas que la course aux médailles. Il y a une dimension liée aux expériences à très haut niveau que l’on vit. La réussite, ce sera pour moi de tenir et de me bien comporter mentalement à ce niveau élevé. » Bref, même si l’on peut imaginer qu’il y pense, forcément, avec beaucoup d’intensité, il ne ressent aucune obligation de résultats, à ce qui lui apparait comme une « répétition générale » des prochains Jeux olympiques…

Hackett, qui est passé par le chemin, donne un avis éclairé sur la question : « arriver en numéro un ne signifie pas que vous allez gagner. Cela vous désigne, vous place sous une certaine lumière, mais il est essentiel de ne pas se laisser influencer par cette position, de ne pas la laisser perturber vos propres attentes. Les rankings vous renseignent sur vos chances, mais sans plus. Maintenant, certes, il vaut mieux y être le premier que le dixième. »

 LE NAGEUR DE TRAIN SOUS LA MENACE DES FINISSEURS ?

Alors, tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Oui et non. Horton a un problème. C’est un « pacer » quand la course moderne privilégie le « racer ». Ques aco ? Un pacer est un nageur de train, c’est-à-dire un homme qui peut aligner dans une course régulière, lancée vite, ses longueurs à une vitesse moyenne élevée. Le racer est celui qui va suivre le pacer… et le déborder à la fin de la course : il dispose d’un finish. Dans le passé, des « pacers » ont dominé parfois, ainsi Mike Burton, le champion olympique américain du 1500m en 1968 et 1972, ou encore Salnikov. Ils écœuraient leurs adversaires au train. L’Australien Stephen Holland, autre « pacer » phénoménal, devint champion du monde en 1973, vainqueur des Jeux du Commonwealth en 1974, recordman du monde, mais il fut finalement dominé, en 1976, aux Jeux olympiques de Montréal, par un racer, l’Américain Brian Goodell, dans une course où les trois premiers battirent l’ancien record du monde !

Horton s’est toujours comporté comme un pacer… pour l’instant. Aux championnats d’Australie, il est parti très vite et a fini comme il l’a pu. Rééditer ce genre de course en face de Paltrinieri de Sun Yang, sans doute le meilleur finisseur du 1500 mètres qui n’ait jamais vécu, serait risquer de se faire doubler dans les deux dernières longueurs de bassin… En revanche, Paltrinieri, avec un style très différent, nage assez laide, en fréquence sur les bras avec un boitement à la Janet Evans, et zéro battement, mais un corps bien aligné et une technique peu fatigante, adopte un profil chronométrique proche de Mack, départ à fond, et on cherche à tenir…

28 COUPS DE BRAS PAR CINQUANTE MÈTRES

Horton est encore jeune, il approche mais n’a peut-être pas encore atteint sa pleine puissance (Kazan va nous indiquer ses progrès). En revanche, à ce détail près, quel prodigieux nageur. Son mouvement est d’une amplitude équivalente à celle de Sun Yang (28 coups de bras en moyenne par 50 mètres dans le « corps » d’un 1500 mètres contre 27 au Japonais, et… 40 pour Paltrinieri). Son relâchement dans l’eau me parait encore plus impressionnant que celui du Chinois. Sa glisse est exceptionnelle. Il y a deux ans, il était doté d’un battement relativement faible, économique. Mais depuis, il a nettement progressé dans ce secteur, dans les virages aussi. Son mental est incroyable. Horton attaque bille en tête, il semble faire de ses courses des parties de bras de fer qu’il engage d’emblée. Très certainement, c’est en raison de cette tactique qu’il a mal fini ses grandes courses des « trials » olympiques et mondiaux en 2012 et 2013, laissant finalement la victoire à Jarrod Poort et Jordan Harrison et ratant chaque fois les minimas drastiques exigés par la Fédération australienne. Mais n’oublions pas qu’il est très jeune, et c’tait encore un gamin.

LE PHYSIQUE DU NAGEUR IDÉAL

Il est amusant d’entendre Horton parler de la dureté du 1500, parce qu’avec ses binocles, son air doux et rêveur. Il a vraiment une touche de joyeux garçon, ouvert et sympathique, et rien de la dureté que portent Harrison et Poort sur leurs visages. Ayant amélioré ses virages et son battement, il ne lui reste plus qu’à se fabriquer un finish (un changement de rythme, quelque chose qui se travaille à l’entraînement) il va être très difficile à battre. L’ancienne championne de dos Nicole Livingstone, devenue journaliste, et très investie dans la politique fédérale, estime que l’arrivée d’un groupe de joyeux conquérants, dont Mackenzie Horton, venus de l’Etat de Victoria, a été obtenu par un certain nombre de paramètres : l’amélioration du standard des entraîneurs, la création de bourse d’études de natation dans les écoles privées de l’Etat. « Mais, ajoute Livingstone, si, étant sorcier, vous sachiez préparer la potion parfaite qui donne un corps idéal de nageur – grand, longs membres, larges épaules – vous obtenez Mack Horton ».

(1). Bon, je ne me fais pas de souci, après les courses de Kazan, la vox populi retiendra je ne sais quel quatre nageur qui aura fait partie de deux, trois ou quatre équipes médaillées, on additionnera les pommes et les poireaux, et on le bombardera super crack, comme on honora en 2012 à Londres Ryan Lochte alors que Sun Yang avait (presque) marché sur l’eau et, en valeur nautique, avec son 400 et son 1500, valait facilement, aux Jeux, Lochte et Phelps empilés l’un sur l’autre. Mais n’anticipons pas…

ÉRIC BOISSIÈRE SE RÉGALE

COMMENT COACHER LES NAGEURS 

DU 100 MÈTRES AU 25 KILOMÈTRES

Éric LAHMY

Jeudi 20 Juillet 2015

Éric BOISSIÈRE, dont nous annoncions la nomination, n’a jamais été consulté au sujet d’une mission de responsable de l’eau libre. L’entraîneur du pole (et des Vikings) de Rouen, qui, atteint par la limite d’âge, devait partir à la retraite en février prochain, a vu son contrat prolongé après une intervention fédérale. Cette prolongation (jusqu’en août 2016) devrait lui permettre de suivre ses nageurs jusqu’aux Jeux olympiques de Rio. « De toutes façons ce qui me passionne c’est l’entraînement et je me verrais mal dans un travail de bureau» nous a-t-il affirmé. La question concernant le remplacement de l’actuel directeur de la natation, Patrice Cassagne, pourrait être plus compliquée que ça. Si Stéphane Lecat, l’actuel responsable de l’eau libre devrait le remplacer (il est très nettement favori à cette succession), la Fédération s’emploie aussi à accueillir un autre technicien, Jean-Lionel Rey, l’ancien entraîneur de Maria Metella, qui partirait prochainement de l’INSEP, dans un poste qui semble n’être pas encore défini.

Si Boissière, que les questions d’administration ont toujours suprêmement ennuyé, peut être intéressé par quelque chose, c’est donc par ce qu’il a toujours fait : le bord du bassin. On sait qu’après avoir honoré un atavisme d’entraîneur de sprint inculqué par son père, Guy (1929-2005), lequel « coachait » entre autres Michel Rousseau, Xavier Savin et Stephan Caron, Eric s’est trouvé embarqué dans l’aventure de l’eau libre.

« Cela a été un peu par hasard, quand, vers 2006-2008, ayant perdu à la suite Grégoire Mallet, Fabien Gilot, Xavier Trannoy, Diana Bui-Duyet, je me suis retrouvé avec un groupe de nageurs ont le meilleur élément était Damien Cattin-Vidal. Il venait d’obtenir du bronze sur 400 mètres quatre nages aux championnats de France. Très bon crawleur, il a fait des progrès qui ont fait de lui un nageur de 1500 mètres très compétitif. Un jour, son ancien coach de Sens, Frédéric Elter-Laffitte, le fils de Jacques Laffitte, à Troyes, lui a demandé de nager un 5000 mètres pour le club, à Montargis. Damien détestait l’eau libre, pour lui, c’était le 25 kilomètres, qui devait le repousser, et le 5000 mètres en piscine que je faisais faire à mes nageurs, chaque année, pour XXX leur travail de distance. Je l’ai encouragé à nager pour son ancien club, cela me paraissait être un bon retour d’ascenseur, et il s’est qualifié pour les nationaux en battant deux spécialistes reconnus. Encouragé à continuer, il a nagé les France à Mimizan et a fini 3e du 10.000 mètres. Je n’y connaissais rien, et quand j’ai vu les autres entraîneurs amener du ravitaillement, je me suis dit, pas besoin, pour 10 kilomètres, et vers la fin il a connu un coup de moins bien. Du coup, je me suis documenté… »

L’homme qui fabriquait des sprinteurs en piscine a trouvé la voie du large, ou plus exactement du long, et depuis il n’a cessé de sortir de bons éléments. Il n’est pas parti à Kazan parce qu’il n’y avait aucun de ses nageurs, Damien Cattin Vidal étant blessé (double conflit des hanches, une traumatologie assez spécifiques du nageur de longues distances), et il a donc accompagné les jeunes aux championnats d’Europe juniors. Là, un de ses jeunes nageurs, Logan Fontaine, 16 ans, qui, jusqu’en 2014, appartenait à l’Aquatic Club Honfleurais, a effectué des progrès étonnants, remportant début juin les championnats de France cadets contre-la-montre et sur 5 kilomètres (et terminé 2e des seniors), chose jamais vue chez un cadet première année ; il a ensuite gagné les 5 kilomètres des championnats d’Europe, à Tenero, en Suisse, où il nageait avec d’autres élèves de Boissière, Corentin Rabier, Valentin Bernard et Claire Lemaire (championne de France juniors des 5 et des 5 kilomètres).

Boissière, on le voit, ne s’est pas arrêté à Cattin-Vidal. Yann Corbel, fils d’un autre nageur, Christian Corbel, a nagé aux Universiades, David Aubry, aujourd’hui à Cannes, Marc-Antoine Olivier, qui nage maintenant à Narbonne, Antoine Gozdowski sont passés par les Vikings. Avec Philippe Lucas et Magali Mérino, le voilà solidement installé comme pourvoyeur de l’équipe de France. Quoi d’autre ? « Je me régale », dit-il. Joli mot de la fin !

KAZAN (6): LES CAMPBELL VOIENT DOUBLE

CATE ET BRONTE SOEURS TOUJOURS, 

ENNEMIES LE TEMPS DES COURSES

Eric LAHMY

Récemment la revue Australian Magazine a réservé sa une, sous le titre de « Double Trouble » au duo des sœurs Campbell. Cate et Brontë. Dont chacun sait qu’elles représentent le cas presque unique de frères ou de sœurs capables de monter sur le même podium de natation. Leur domaine de prédilection est le sprint, 50 mètres et (ou) 100 mètres.

Les sœurs partagent un appartement à Brisbane, et Brontë a calligréphié et collé sur un mur les vers du fameux poème de Rudyard Kipling intitulé « tu seras un homme, mon fils ». « Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front », voilà des mots à forte résonnance pour une jeune fille de 21 ans qui envisage une année olympique à la poursuite du trophée suprême, l’or du 100 mètres nage libre, et passe l’année présente l’examen que constituent les championnats du monde de Kazan, en Russie.

L’un des aspects les plus inédits de l’aventure est que, sans doute, sa plus redoutable rivale, celle qui peut, plus que toute autre, s’interposer entre elle et son rêve, est une majestueuse, impériale jeune femme de deux ans son aînée : sa soeur Cate Campbell. Pour l’emporter, Brontë devra donc devancer la personne la plus essentielle de sa vie, celle qui, depuis quatorze ans, partage sa vie et ses entraînements en piscine, sa meilleure amie, sa seule confidente, sa grande sœur. « Savourez la plaisanterie. Je suis la troisième nageuse du monde et seulement la deuxième de ma famille. Je trouve ça ridicule. Absolument pas normal. »

Bien sûr, Cate vit elle aussi, en miroir, cette étrange aventure, nœud gordien émotionnel, où sa plus grande adversaire est sa meilleure amie, mieux encore, sa chair et son sang. Personne plus d’elle ne désire le succès de sa jeune sœur, mais ce succès représente son échec personnel car toutes deux partagent exactement le même projet : remporter 100 mètres et 50 mètres libre. Depuis les Jeux olympiques de Londres, où elle participa au relais champion olympique du quatre fois 100 mètres, mais tomba salement malade (mononucléose) avant les courses individuelles, Cate s’est régulièrement imposée comme la plus rapide sprinteuse du monde. « La battre me met mal à l’aise, mais pas pendant que nous nageons, » dit-elle.

C’est une destinée partagée ; toutes deux sont extrêmement proches, même pour des sœurs, et se considèrent « un peu comme des sœurs siamoises. » Elles ne vivent pas avec leurs parents, mais ont pris un appartement à Bowen Hills, à cinq minutes à pied de la célèbre Valley Pool de Brisbane, siège du Commercial Swimming Club qui abrita les carrières de Kieren Perkins, Libby Lenton Trickett, Susie O’Neil, Hayley Lewis, Samantha Riley. Elles s’entraînent ensemble deux fois par jour, mangent ensemble et il n’est pas rare que l’une achève la phrase que l’autre a commencée. Au Malawi, en Afrique, où elles commencèrent à nager, c’tait leur mère qui leur enseignait le programme, à la maison.

A l’addition, leurs forces forment un tout plus grand que la somme de ses parties. Le succès de l’une catapulte l’autre. Selon le coach Simon Cusack « Cate ne serait pas aussi bonne sans Brontë et Brontë ne serait pas aussi bonne sans Cate. Si les deux sœurs finissent 1 et 2 à Rio, ce sera l’histoire des Jeux. 1 et 3 sur 100 mètres, 1 et 2 sur 50 mètres, il n’y a aucun précédent australien… Dans le sport, seules les sœurs Williams, Venus et Serena, présentent une similitude dans leur parcours… »

C’est une histoire dont la natation australienne a désespérément besoin, après une série d’incidents qui ont terni son image : les accusations d’agressions sexuelles pesant sur l’entraîneur Scott Volkers, les déficits d’image de Ian Thorpe (alcool et bisexualité) et de Hackett (alcool et violence), les violences de Nick d’Arcy (brutalités sur des co-équipiers), les prises de Stilnox, un somnifère prohibé, par les six membres du relais quatre fois 100 mètres des Jeux de Londres et le dopage de Geoffrey Huegill ont rendu le citoyen vigilant sur le prix de revient d’une natation de compétition qui coûte cher. L’Australie est en manque d’une championne admirable dans le bassin et dans la vie, et il se pourrait bien que les sœurs Campbell leur en offrent deux.

« Nous avions sept et neuf ans, étions assises dans la voiture qui nous emmenait à l’entraînement, et nous parlions de ce que nous ferions après les Jeux olympiques », se souvient Cate. « Ce n’était jamais l’une de nous deux, toujours les deux ensemble. Le meilleur moment de ma vie fut le championnat national d’Australie 2012, quand le mur afficha 1 et 2 à côté de nos noms, au 50 mètres libre. Y penser me file toujours la chair de poule. A cet instant notre rêve se réalisa. » Toutes deux furent retenues pour le voyage à Londres.

Mais elle admet que ça a été dur pour sa sœur. « Brontë a toujours été tellement compétitive et tellement forte pour son âge, et alors qu’elle progressait, les gens disaient, c’est la sœur de Cate. C’est seulement l’an dernier qu’elle s’est affirmée au niveau mondial. » Et si elle gagne de façon régulière ? « J’espère accepter cela gracieusement, mais si elle se mettait à me battre régulièrement, ce serait dur. Mais je ne laisserai jamais quelque chose comme une épreuve de natation nous séparer. Ce ne sera jamais qu’une course de natation. »

Aux championnats d’Australie 2014, Cate battit Brontë de près sur 100 mètres. « J’ai touché le mur et j’ai dit à Brontë : je suis désolée, je t’aime beaucoup. » Dans le 50 mètres, Brontë vit qu’elle avait battu sa grande sœur de façon inattendue dans une épreuve majeure, se tourna vers elle, l’étreignit et lui dit qu’elle l’aimait. Une façon se se retrouver à égalité… Loi du sport. Tout faire pour se battre et après coup, être dérangé d’avoir tant voulu gagner ! Cela peut paraître étrange, mais c’est comme ça, et la natation ne permet d’ailleurs pas de laisser gagner l’autre car il y a six autres nageuses dans les finales et que cela ne se contrôle pas !

La question de savoir ce qui se passera si c’est l’une ou l’autre qui gagne à Rio n’effleure pas leur entraîneur : « Si elles font une et deux, Cate et Brontë, leur ordre d’arrivée est la moindre de mes préoccupations. »

En pleine saison automnale, il fait frais à Brisbane, posée assez près du tropique du Capricorne dans l’Est de l’Australie, dans les 15° en mai, les 12° en juin. Les filles nagent, s’étirent. Leurs compagnons d’entraînement, Jayden Hadler ; Tommaso D’Orsogna, Christian Sprenger. Les garçons sont solides, secs, et affectent des musculatures d’écorchés ; les filles nerveuses et anguleuses. Brontë est grande avec son 1,79m, mais Cate la surplombe avec 1,86m. Son surnom à l’école était haricot grimpant (beanpole). Elle parle avec un fort accent australien tandis que des sonorités d’Afrique du Sud Est parsèment la voix de sa sœur. La taille de Cate lui donne un avantage naturel sur la plupart de ses adversaires. Il en va des nageurs comme des maxi-yachts, ils vont plus vite dans l’eau et des bras plus longs offrent un plus aux arrivées. Cate Campbell parcourt un bassin en 33 coups de bras, contre 39 ou 40 pour sa sœur. En fait, aux mondiaux 2013, elle nage l’aller en 30 attaques de bras, 38 au retour.

Cate Campbell, (30+38)           68 coups de bras  52’’34

Sarah Sjöström, (33+43)           76                          52’’89

R Kromowidjojo, (35+44)           79                          53’’42

Missy Franklin, (37+43)             80                          53’’47

Femke Heemskerk (35+41)      76                          53’’67

Britta Steffen (39+44)               83                         53’’75

Ty Yang (34+39)                       73                          54’’27

Shannon Vreeland, (38+43)     81                          54’’49

En termes de physique de nageuse, Cate Campbell pourrait représenter un canon idéal. Larges épaules, presque pas de hanches et très longues jambes. Ses retours de blessure (elle a été arrêtée l’an passé pour une opération d’une épaule) et de maladie sont merveilleux, mais c’est Brontë qui est peut-être la plus motivée des deux.

Après leurs étirements, les nageuses, cachées par une serviette (grand classique des piscines), enfilent leurs costumes de bain et s’échauffent. Même pour des yeux de béotiens, d’ignorants, il y a une grande différence entre elles et leurs équipiers. Les garçons utilisent leur puissance pour se frayer un chemin dans l’eau, qu’ils traitent comme une adversaire à dominer. Les Campbell, elles, paraissent glisser à travers l’élément, et chaque coup de bras est placé et précis. C’est comme si elles chuchotaient à l’élément, et que celui-ci acceptait de se fendre pour leur laisser le passage. La propulsion semble se faire sans effort. L’élégant spectacle qu’elles offrent, longueur après longueur dégage quelque chose d’hypnotique.

« Elles ont une sensation de l’eau très intime, dit Cusack. Elles ressentent l’eau dans leurs mains et leurs membres, et c’est une qualité instinctive, presqu’impossible à enseigner. Cusack les instruit depuis qu’à sept et neuf ans, toutes nouvelles arrivées dans le pays, elles l’ont rejoint. Elles ne présentaient alors aucune certitude de devenir des championnes, affirme-t-il. Trop de jeunes présentent des éléments de ce qui peut faire un bon nageur, et n’y parviennent pas. C’est qu’il faut passer par un trop grand nombre de phases avant de devenir une championne de natation et les qualités ne se dévoilent pas toutes forcément dès le départ. L’un des éléments, par exemple, est la discipline. Chez les Campbell, elle est innée. « Elles se sont poussées toutes seules, ce ne sont pas leurs parents qui les ont poussées. Elles se rendaient à l’entraînement elles mêmes, déjà toutes jeunes. Elles se levaient le matin de leur propre initiative. Nager, c’était leur rêve, et non pas celui de leurs parents. »

Le virus n’a pas atteint le reste de la famille : ni Jessica, 19 ans, ni Abigail, 13 ans, moins encore Amish, 17 ans, qui est sévèrement handicapé, très malade, de paralysie cérébrale, ne nagent. « Du fait d’Amish, la famille, pour survivre, se devait d’être très disciplinée, parce que beaucoup de temps était réservé au frère paralysé sur sa chaise. Chacun d’eux devait pousser ce poids. Il n’y avait aucune issue. »

D’après lui, les filles ont un sens de leur valeur qui ne se mesure pas en termes de victoires. « Cela peut paraitre banal, mais elles se satisfont d’avoir fait de leur mieux. » A la différence de bien d’autres sportifs, tout ne tourne pas autour de leurs succès sportifs. Toutes deux étudient à l’université, Brontë le commerce et les relations publiques, Cate media et communications. Cusack est sûr que leurs succès dans la vie iront au-delà de leurs carrières sportives, qu’elles ne vivront aucune affreuse transition, ni rien qu’on retrouvera dans les tabloïds. « Je vous le garantis. »

Cusack voit Cate et Brontë plus que leurs parents, ce qui est classique en sport, mais il ne les côtoie que très rarement en-dehors de la piscine. Leur relation est très professionnelle. Tout ce qui n’est pas du ressort de la natation ? « Je ne suis pas leur père, c’est le boulot de leur père » dit-il. Eric Campbell, le père, semble répondre en écho : « je ne comprends rien à la natation. Je laisse cela à Simon. »

Eric et Jenny vivent à une demi-heure de Brisbane dans une maison d’immeuble du bush à une demi-heure du centre business de la ville. On ne trouve aucun trophée des filles dans la maison. Il sont enfermés « quelque part. On a toujours essayé de mettre les choses en perspective. On a vu des familles où ils ont trois enfants, mais on ne le devinerait pas. Leur maison ressemble à un temple consacré à l’enfant qui fait du sport. Vous pensez alors : n’avez-vous pas un autre enfant ? A la maison tout ne peut pas tourner autour de Cate et Brontë. Les médailles olympiques sont rangées dans le sous-sol quelque part. »

Eric et Jenny, deux Sud-Africains, se sont rencontrés à Johannesburg. Ils voyageaient de par le monde et décidèrent de s’installer au Malawi, où Eric avait obtenu un job de comptable. Partis pour y rester deux ans, ils y vécurent une décennie. « Nous avions des dindes, des lapins, des cochons d’Inde, des chiens, des chats et des poulets. Chaque matin ressemblait à une chasse aux œufs de Pâques, les poules lâchaient leurs œufs à travers la maison, » raconte Cate. Ils avaient aussi une piscine. Jenny, infirmière, ancienne nageuse synchronisée de compétition en Afrique du Sud, leur apprit à nager. Elles se firent des copines dans la communauté des expatriés et Jenny joua les institutrices à domicile. Plusieurs gens de service, mais jamais un sentiment de droit. La mère achetait beaucoup plus de pain que nécessaire pour en distribuer : beaucoup de pauvres au Malawi. « Beaucoup d’enfants vivent des vies tragiques au Malawi. Voir ce qui s’y passe vous donne un sentiment de gratitude pour les privilèges que vous avez. »

Les possibilités pour les enfants étant limitées, les Campbell s’installèrent en 2001 à Brisbane – Jenny était alors enceinte de leur 5e enfant et travaillait à plein temps. Cate et Brontë nagèrent à Indooroopilly et tombèrent sur Simon Cusack qui retournait à la natation après avoir travaillé dans un ranch. Cet homme de peu de mots les prit en mains, leur enseigna la meilleure technique afin qu’elles acquièrent ce « feeling » de l’eau.

Au début, Brontë était la meilleure et la plus appliquée. Elle revint d’une réunion avec toute une série de médailles. Elle n’avait pas le triomphe modeste et se pavanait au petit déjeuner avec ses médailles autour du cou. Cate lui vola ses médailles, que leur mère retrouva sous son lit : « si tu veux des médailles comme Brontë, tu n’as qu’à faire les mêmes efforts qu’elle, » lui dit-elle. Elle comprit ce qu’il lui restait à faire.

Moins de cinq ans après, en 2007, Cate bat son premier record du Commonwealth. Membre de l’équipe australienne elle fête ses seize ans peu avant les Jeux de Pékin. Elle estime y avoir mal nagé, mais elle a aidé quand même l’équipe à enlever le bronze du 4 fois 100 mètres. Sur 100 mètres, elle nage en-dessous de sa valeur : l’ampleur des Jeux la dépasse. Cusack lui demande alors de se calmer, et Cate décide de « prendre du plaisir. » Plus relâchée, elle effectue un excellent 50 mètres, enlève le bronze. Dès lors, elle sait qu’elle est capable de mener une course parfaite, mais aussi de se rétablir d’une situation dépressive.

En 2010, une mononucléose la met sur le flanc pendant de longs mois. Elle passe tout son temps à dormir. Elle se remet à nager vite seulement vers la fin 2011. Brontë et elle se qualifient pour les Jeux. Dès le premier soir, Cate fait partie du relais champion olympique sur 4 fois 100 mètres. Immédiatement après ça elle tombe gravement malade, nage mal sur 50 et ne prend pas le départ du 100, course dont elle était l’une des favorites. On diagnostiquera plus tar une pancréatite, une affection qui atteint d’habitude des vieillards alcooliques !. Pour achever le désastre, elle se casse une main après s’être pris les pieds dans un câble de télévision. Malgré cela, au milieu de ce dsastre, les Campobell apprennent à elativiesre, car pendant ce temps, le petit frère, Hamish, a atterri en urgence à l’hôpital, où il est resté entre la vie et la mort.

En 2013, aux championnats du monde de Barcelone, les sœurs ont terminé 2e (Cate) et 5e (Brontë) du 50 mètres, 1ere (Cate) et 11e (Brontë) du 100 mètres. Elles ont participé au relais quatre fois 100 mètres médaillé d’argent. Et Cate a assuré l’argent du relais quatre nages.

Aux Jeux du Commonwealth de Glasgow, Cate et Brontë ont fini 2e et 3e du 50 mètres derrière Francesca Halsall, 1e et 2e du 100 mètres. Elles ont aidé le relais quatre fois 100 mètres à battre le record du monde. Au relais quatre nages, Cate a pris le dernier départ, lancée, derrière Halsall, qu’elle devancera à l’arrivée d’un mètre cinquante. Un mois plus tard, Cate Et Brontë réussissent le doublé sur 50 mètres, puis sur 100 mètres, torchent les Américaines dans le relais quatre fois 100 mètres, et Cate enlève le relais quatre nages où elle réalise un temps de 1 seconde 6 dixième plus rapide que Simone Manuel !

Kazan va représenter l’opportunité de s’imposer, cette fois, au niveau mondial. Leur barrent le chemin deux Nord Européennes. Ce sera un duel au sommet. « Je veux savoir jusqu’où je peux aller vite. Jusqu’où je peux encaisser de la douleur. Tu conquiers un instinct, en quelque sorte, » dit Cate. De certaines courses, elle n’a ramené aucun souvenir : « je suis dans une sorte de nirvana. C’est comme si je me regardais d’en haut et mon subconscient prenait les choses en charge. » Cet état ne dure pas et parfois, après la course, l’excès d’acide lactique dans son organisme l’amène à vomir. C’est comme cela que certains êtres vont jusqu’au bout d’eux-mêmes. On a baptisé ces personnages hors-normes d’un nom évocateur : les champions.

KAZAN (5): TOUTES DERRIERE, ET MULLER DEVANT

AURELIE MULLER ET VAN ROUWENDAAL

RETOUR EN GLOIRE  DE PHILIPPE LUCAS

Eric LAHMY

Mardi 28 Juillet 2015

Depuis hier, devant la relativement modeste prestation des nageurs d’eau libre français à Kazan, après deux jours de compétition, je me demandais ce que je devrais écrire pour leur sauver la mise. Il me semblait tellement hors de question d’aller chercher des poux sur la tête de gens aussi sérieux, courageux, épatants, que la petite escouade entrevue un vendredi dernier à l’INSEP, que j’étais en train d’exciter mes neurones à la recherche d’excuses pour le cas où leurs affaires tourneraient mal.

Le premier alibi qui me venait à l’esprit tenait au caractère finalement assez aléatoire de la compétition. Le résultat garanti sur facture n’existe pas. Mais je savais aussi que l’argument ne tenait pas la route, il suffisait de voir comment l’Américaine Haley Anderson avait éliminé le hasard de la course, enlevant l’argent olympique, puis l’or mondial à Barcelone et à Kazan. Et tant de glorieuses carrières, entre les Lutz, les Mellouli, sans oublier Stéphane Lecat, le patron de l’équipe de France, me disaient que les grands champions éradiquent les contingences.

Mais voici qu’une certaine Aurélie Muller vient de rompre mes réflexions et met un terme à mes recherches d’arguments assez mal goupillés dans le style : « c’est la faute à pas de chance. » En devenant championne du monde, elle venait à défendre son équipe beaucoup mieux qu’une armée de gens comme moi n’auraient pu le faire! Ce fut une course incroyable de panache, d’héroïsme et de volonté, de talent aussi, une phénoménale, presqu’insolite de hardiesse, échappée solitaire, deux heures de la vie d’une jeune femme de vingt-cinq ans dotée d’un cœur invincible et administrant une effarante leçon de courage…

Muller, je l’avais entrevue voici deux vendredis à l’INSEP, quand elle m’a serré la main en se présentant. Il y a une façon chez certaines personnes de vous regarder droit dans les yeux qui vous assure de leur intégrité et de leur loyauté. Aurélie, c’était tout à fait ça. Il ressortait de son expression une sorte de force tranquille sans aucune arrogance qui ne me laissait aucun doute à son sujet. La fille était crâne et digne de foi. Et tous les autres de ce groupe avaient cette lueur dans l’oeil qui indique un courage sans présomption ni suffisance.

Un peu après l’interview, c’était l’entraînement, auquel les responsables eurent la grâce de me laisser assister. Muller était là, et, je ne sais si le propos qui suit vous paraitra approprié, mais tant pis, je ne puis cacher ce qui m’a frappé à cet instant. En la découvrant dans son maillot de bain rouge alors qu’elle s’apprêtait à plonger, j’ai dû avoir le souffle un peu coupé. Je crois qu’en cinquante ans de natation, dans l’eau et hors de l’eau, j’ai tout vu, mais je ne me souvenais pas avoir vu une fille mieux balancée. Ce physique sculpté dans des longueurs de bassin pouvait être, me sembla-t-il, une publicité gagnante, une incitation à faire nager les populations de jeunes et de moins jeunes filles !

Il parait qu’au début du siècle dernier, je ne sais quel jury de praticiens ou de thérapeutes avait déclaré qu’Annette Kellermann, championne de natation, de plongeon, de danse aquatique, et première star de cinéma de l’histoire, avait le plus joli corps de femme au monde. Dans les piscines, aujourd’hui, les Annette Kellermann ne manquent pas. Aurélie Muller, même avec ses traits émaciés, comme cernés par ses énormes entraînements, me parut en être une !

Cette même Aurélie est donc devenue aujourd’hui la première championne du monde 2015 en eau libre, sur la distance olympique par-dessus le marché et, de ce fait, la première nageuse au monde qualifiée pour les Jeux olympiques de Rio en 2016. La totale. Fromage et dessert ! Depuis que l’eau libre existe, la France avait jusque là remporté trois médailles d’argent et trois de bronze en mondiaux, y compris l’argent qu’Aurélie avait remporté en 2011 à Shanghaï.

La course était saluée par un temps clément. Avec une température extérieure à 26° et une eau à 23°, les conditions, dans l’eau morte, privée de courants, du quadrilatère creusé sur les rives de la Kazanka dans lequel les nageuses allaient s’expliquer, les conditions étaient « humaines » pour un test physique qui l’était moins ! Depuis cinq mois, Aurélie avait rejoint à Narbonne une autre championne de longues distances, Sharon Van Rouwendaal, et son coach, Philippe Lucas. Van Rouwendaal, l’an passé, avait été sacrée championne d’Europe et constituait une menace pour tout le monde en raison de son talent, bien sûr, mais aussi de sa remarquable intelligence de la course.

Le premier tour de circuit fut effectué à un train de sénatrice. 30 minutes 33.9 pour les 2500 premiers mètres, du 18 minutes et 20 secondes en moyenne par 1500 mètres. Un rythme intenable pour neuf nageuses sur dix, mais que toutes ces filles réunies ici, produites par une impitoyable sélection de talents, auraient pu soutenir en guise d’apéritif…

Jusque là, tout le monde nageait dans le paquet, derrière la Hongroise Eva Risztov et l’Italienne Aurora Ponselé, leaders de hasard, vu que personne ne voulait alors trop mener, l’air presque de se faire des politesse « vous d’abord – je n’en ferai rien, passez la première », ce qui peut parfois s’avérer compliqué, en raison des frottements que s’occasionnent les nageuses. On avait vu, trois jours plus tôt, Axel Reymond succomber sous l’avalanche des gifles et autres battements de pieds parfois inspirés du karaté qui se distribuent dans ce genre de promiscuité. Avec Aurélie, il n’y avait trop rien à craindre, la fille n’étant pas de celles qui se laissent impressionner, et on se souvient qu’elle fut elle-même, bien au contraire, disqualifiée dans une sorte d’échauffourée où les juges la trouvèrent un peu trop à même à plutôt bien se défendre, voire à attaquer. A Kazan, elle évita soigneusement ce genre d’incidents, nageant à part d’un groupe où les coups de bras pouvaient se transformer en coups de poings et les battements en fouettés. Ce qu’elle perdait en restant à l’écart, elle le regagnait en économisant son énergie.

A Kazan, la bouée passée, Muller se glissa vers la tête commençant à déployer sa nage d’inoxydable, cadencée, retour des bras tendus, et se positionna en tête d’éventail. C’était un choix hardi, et déjà, autour d’elle, se positionnaient de formidables concurrentes, comme la championne olympique magyare, Eva Risztov, et l’Allemande Isabelle Franziska Harle, championne d’Europe en titre des 5 kilomètres à Berlin. A la moitié de son effort, Muller passait en 1 heure 21 secondes et 3 dixièmes. Cela signifiait qu’elle avait imprimé une nette accélération, abattant chaque cents mètres deux secondes plus vite qu’à la première bouée. Rizlov suivait à trois mètres, Harle à six…

Muller, décidément en verve, poursuivait son inflexible échappée. Il fallait pour cela qu’elle soit forte dans sa tête et dans ses muscles, car à aucun moment elle ne pouvait trouver l’ombre propice d’une concurrente et utiliser sa traînée comme s’il s’agissait d’un courant favorable, pour s’y refaire une santé. La hardiesse de son affaire apparut clairement quand, Risztov étant incapable de relancer et perdant du terrain, elle fut immédiatement remplacée dans le sillage de Muller par l’Italienne Rachele Bruni, dotée d’un formidable palmarès européen, surtout il est vrai sur cinq kilomètres, et la Grecque Araouzou Kalliopi. Bruni avait été la nageuse de pointe, toute cette saison, accumulant trois victoires dans des 10 kilomètres en Coupe du monde, à Viedma, en Argentine, Abou Dabhi et Setubal, au Portugal. Mais peut-être est-ce avoir trop nagé ; toujours est-il qu’à son tour, elle ne put résister au terrible travail de sape que constituait le rythme de Muller, accrochée héroïquement à son poste de leader. Ce n’était plus Kazan, mais bel et bien « Verdun, on ne passe pas », que nous jouait là la Française.

Finalement, la seule adversaire qui put approcher le train d’Aurélie fut sa copine d’entraînement, Sharon Van Rouwendaal. La Néerlandaise, qui avait envisagé voici quelques années de nager pour la France, où elle vit et s’entraîne depuis presque toujours, s’était retenue de suivre – quand Muller s’était lancée bravement, foin des calculs et des stratégies, et ceci pendant les trois quarts de la course -; Van Rouwendaal, donc, s’était maintenue dans une sorte de no woman’s land, quelque part entre la tête de l’épreuve et une prudente réserve, à l’abri d’un premier peloton de suiveuses formé de Riztov, qui paraissait encore dans le coup, d’une Brésilienne, Poliana Okimoto Cintra, tenante du titre, conquis par elle en 2013 à Barcelone, de la Britannique Ken-Anne Payne, et, à peine plus loin, de la grande Haley Anderson, gagnante trois jours plus tôt des 5 kilomètres. Il n’y avait là que du beau monde, des noms qui résonnent, qui signifient et qui font peur, du haut de gamme, à la poursuite d’Aurélie. Mais ce qu’on ne savait pas encore, c’est que tous ces énormes moteurs de marathoniennes aquatiques étaient menacés d’imploser, comme érodés par une fatigue mortelle, détruits par l’énorme, entêté travail de sape de la Française.

Quand Van Rouwendaal décida qu’il fallait aller chercher le titre, elle le fit avec toute la bravoure nécessaire, dans ce qui aurait pu ressembler à un remake de sa victoire européenne de Berlin, l’an dernier, mais Muller lui opposait une implacable volonté, lançait ses ultimes forces et l’emportait. Elle gagna de peu, mais comme confortablement, sans jamais donner l’impression d’être sérieusement menacée. Peut-être au fond n’en menait-elle pas large! Mais Aurélie avait bien maîtrisé son affaire, et ce soir là la hardiesse avait déjoué les calculs. Cela ne va nous rendre plus fiers pour autant, mais en ce beau jour d’été, dans le pays des Cosaques, une Française avait allié le panache, le courage, le talent, et diablement mérité sa victoire.

« J’ai vécu une année compliquée, déclara Aurélie Muller, interrogée après la course par l’AFP. J’ai décidé de partir 6 mois au Canada, et ça a été 6 mois pendant lesquels j’ai vraiment galéré et c’est pour ça, je pense, que je suis championne du monde. Je suis arrivée après chez Philippe (Lucas). Il a cru en moi, j’ai vraiment travaillé comme une dingue pour arriver là où je suis aujourd’hui. C’est l’année la plus dure que j’ai vécue depuis que je fais du sport. Philippe m’a surtout rendue plus forte mentalement, parce que j’avais du mal à avoir confiance en moi. Il a cru en tout ce que je pouvais faire et voilà, aujourd’hui je suis championne du monde. »

NOUVEL AXE NATATION COURSE EAU LIBRE EN 2016

STEPHANE LECAT, FUTUR 

DIRECTEUR DE LA NATATION COURSE

 Eric LAHMY

Mardi 28 Juillet 2015

Réorganisation à la FFN. Patrice Cassagne s’en va à la fin de la saison 2015, ayant donné sa démission. Mieux placé pour reprendre le poste de directeur de la natation qu’occupe Cassagne, l’ancien champion des longues distances, devenu le directeur de l’eau libre, Stéphane Lecat. Lequel laissera la place de l’eau libre à Eric Boissière, qui a été ces dernières années l’un des pourvoyeurs, sinon le pourvoyeur numéro 1 de l’eau libre en France. Boissière s’apprête à quitter les Vikings de Rouen après une longue et riche carrière qui l’a vu passer du sprint au fond. Au moment de prendre sa retraite, il reprendra donc du service au niveau national où nul ne doute que sa compétence sera appréciée. Selon nos informations, c’est déjà chose faite…

Selon d’aucuns, cette nouvelle structure pourrait représenter pour la FFN une stratégie alliant l’eau libre avec le 1500 mètres, et faire jouer plus largement les vases communicants entre ces disciplines cousines. Une certitude, en tous cas, il s’agit là de promotions de qualité.

KAZAN (4) WILIMOVSKY SUR 10 KILOMETRES SPRINT

OLIVIER A SON BILLET POUR RIO, REYMOND NON

 Eric LAHMY

Lundi 27 Juillet 2015

MESSIEURS.- 10 kilomètres: 1. Jordan WILIMOVSKI, USA, 1h49 :48.2 ; 2. Ferry WEERTMAN, Pays-Bas, 1h50’0.3 ; 3. Spyridon GIANNOTIS, Grèce, 1h50:0.7 ; 4. Sean RYAN, USA, 1h50:3.3 ; 5. Jack Rex David BURNELL, Grande-Bretagne, 1h50:5.8 ; 6. Marc-Antoine OLIVIER, France, 1h50:6.4 ; 7. Simone RUFFINI, Italie, 1h50:9.1 ; 8. Richard WEINBERGER, Canada, 1h50:19.9 ; 9. Allan DO CARMO, Brésil, 1h50:23.1 ; 10. Federico VANELLI, Italie, 1h50:23.1 ; 11. Yasunari HIRAI, Japon, 1h50:28.3 ; 12. Axel REYMOND, France, 1h50:28.4 ; 13. Gergely GYURTA, Hongrie, 1h50:37.6.

Jordan Wilimovsky, nageur de Santa-Monica, qui avait commencé de se déchaîner un peu après la mi-parcours, était dans un tel état de nerfs qu’il réalisa une erreur de parcours, virant autour de la dernière bouée comme pour effectuer un autre tour au lieu d’aller droit au but.

Le fait est qu’il n’arrivait pas à discerner la ligne d’arrivée et nagea quelques instants un peu au hasard. Le truc à se mordre les doigts jusqu’aux poignets et jusqu’à la fin de ses jours ! Puis, voyant que personne ne le suivait, il réalisa son erreur et revint sur le bon rail à la vitesse d’un TGV…

Vraiment, ils devraient mettre des panneaux directionnels ! Et pas en cyrillique, s’il vous plait.

Sa chance de distrait c’est que personne ne pouvait soutenir son allure. Sa course fut un exercice d’accélération permanente, comme s’il était aspiré invinciblement vers cette ligne d’arrivée qu’il avait failli rater, comme aimanté de plus en plus à mesure qu’il en approchait ! Par quart de 2500 mètres, sa course fut accomplie en 28 minutes 49.4, 27 minutes 31.8, 27 minutes 24. Et, pour finir, erreur de direction comprise, 26 minutes 3 secondes. Autant dire qu’il acheva son effort à un rythme de 15 minutes 36 au 1500 mètres !

Mais le plus fou, c’est que malgré ce délire d’accélération, Weertman et Giannotis terminèrent quasi aussi vite. Mais en fait, Wilimovsky avait perdu du temps dans son instant de confusion et tout porte à croire qu’il nagea ses derniers quinze cents très près de 15 minutes juste ! Après huit kilomètres et demi de nage…

Gyergely Gyurta, le petit frère du champion olympique de brasse hongrois, avait lancé la course comme son statut de crack du 1500 mètres le lui permettait, et fonçait, virait en tête aux 2,5km, puis aux 5km. L’étudiant américain prenait vers le sixième kilomètre les choses en mains.

Lui-même remarquable nageur de 1500 mètres, 3e des championnats US en 2014 et prétendant à une place aux Jeux de Rio sur la distance reine du programme de natation en juin prochain et est donc lancé dans la course autant dans la piscine que en eau libre…Médaillé en 2006 en mondiaux juniors sur 7,5 kilomètres, c’est un jeune fondeur, comme son second, le Hollandais Vreeman, 6e des 10km à Barcelone et qui est ici remplaçant du relais quatre fois 200 mètres néerlandais. 3e, le Grec Giannotis était champion du monde de la distance en 2011 à Shanghai et encore à Barcelone en 2013, et rêvait manifestement au triplé. Quoiqu’il en soit, à 35 ans, plus vieux participant de ce 10.000, il s’était qualifié pour ses cinquièmes « et dernier », a-t-il promis, Jeux olympiques…

Un Français a également obtenu son billet, et c’est Antoine Olivier, qui s’est octroyé une méritoire 6e place, à 18 secondes du vainqueur. Axel Reymond, lui, n’a pas réussi son pari, d’assez peu, autant de par sa place, 12e (dix retenus) que de par le temps réalisé. Peut-être a-t-il eu tort de nager sur 5km l’avant-veille ? Stéphane Lecat avait averti : il ne serait pas facile d’entrer dans ces dix premiers…

KAZAN (3): BELMONTE ABSENTE

MIREIA TRAHIE PAR SON EPAULE

Eric LAHMY

C’est par le canal assez laconique de twitters que Mireia Belmonte a annoncé qu’en raison d’une blessure récurrente à une épaule, elle ne nagerait pas aux mondiaux de Kazan. Un nouveau forfait d’une nageuse essentielle, dans la mesure où elle représentait une favorite, ou du moins une rivale potentielle pour les meilleures dans les courses de long, mais aussi en raison de la popularité de cette nageuse dont on admire communément le sérieux et le professionnalisme exceptionnel. Ses ennuis d’épaule avaient conduit déjà Belmonte au forfait dans quelques meetings en juin dernier.

Belmonte, d’un gabarit moyen, 1,68m, 60kg, a réussi à se hisser, à force de travail, au plus haut niveau. Elle a été médaillée d’argent aux Jeux olympiques de Londres, en 2012, sur 200 mètres papillon et sur 800 mètres nage libre. L’année suivante, aux championnats du monde de Barcelone, elle était encore 2e du 200 mètres papillon, échangeait son argent sur 800 mètres contre le même métal sur 400 mètres quatre nages et du bronze sur 200 mètres quatre nages. En nage libre, elle finissait 9e du 400 mètres, 5e du 800 mètres en 4e du 1500 mètres. Elle est aussi quadruple championne d’Europe

Elle a cependant réussi l’essentiel de son palmarès sur des courses de petit bassin, où elle a accumulé entre les mondiaux 2010 à Dubaï et 2014 à Doha, sept médailles d’or, deux sur 200 mètres papillon, deux sur 400 mètres quatre nages, une sur 400 mètres, une sur 800 mètres et une sur 200 mètres quatre nages.

KAZAN (2): ANDERSON, LE RETOUR D’HALEY

A L’ARGENT OLYMPIQUE, L’AMERICAINE AJOUTE DESORMAIS DEUX TITRES MONDIAUX

Eric LAHMY

Au 5 kilomètres féminin, exploit assez rare, c’est la championne du monde en titre, l’Américaine Haley Danita Anderson qui l’emporte. La vitesse est le mot le plus beau des courses, le mot de la fin, et au sprint, Anderson reste la championne du monde. Cela s’appelle la classe! Elle devance la Grecque Kalliopi Araouzou. La course avait été lancée par notre presque française Sharon Van Rouwendaal qui suivit les indications de son coach et se lança en avant. Elle était pointée en tête à mi parcours, en 30:24.2, devant Ashley Twitchell, 30:26, et l’Australienne Melissa Gorman et, à égalité, Anderson et la Russe Anastasia Krapivina. Araouzou suivait de près.

Au final, la pointe de vitesse décidait, arme maîtresse parmi les ultra-résistantes. A ce jeu, Anderson apparut la mieux armée, qui se défaisait d’Araouzou, 58:48.4 contre 58:49.8, seules deux autres nageuses finissaient en-dessous des 59 minutes, l’Allemande Finnia Wunram, 58:51., et Sharon Van Rouwendaal, 58:55.5. Douze autres filles s’étageaient sous l’heure, dont quelques grands noms comme Gorman, Martina Grimaldi, l’Italienne, et la championne olympique Eva Risztov, onzième et douzième, que séparait un dixième.

Anderson, 23 ans, après s’être exprimée pendant des années avec un talent incontestable sur 800 mètres et 1500 mètres, s’est lancée en 2012 dans le marathon, enlevant d’emble la médaille d’argent olympique derrière Eva Rizlov. En 2013, la grande (1,78m) Californienne, qui affecte un faux air de Natalie Coughlin, surtout avec son sourire dévastateur, a une sœur d’une championne olympique dans le relais quatre fois 200 mètres, gagnait l’or sur 5 kilomètres la voilà de nouveau sur la plus haute marche du podium. Trois jours plus tôt, elle avait resigné un contrat de commandite avec son sponsor Arena.

La course masculine on l’a dit, est revenue à Chad Ho, « the Shadow ». Le Sud-Africain réglait pour quelques centimètres l’Allemand Rob Muffels, tout nouveau dans le concert mondial. On a vu aussi que Axel Reymond, qui s’était bravement maintenu dans le paquet de tête, passant 6e à la bouée des 2,5km, à cinq secondes du Britannique Celeb Hugues, mais qui était ensuite comme noyé dans le goulet d’étranglement où virait le peloton.

Malgré la déception que constitue sa 22e place au final, le fait qu’il ait pu se maintenir très haut, d’entrée, dans la course, est une bonne nouvelle pour le Français dont les 25 kilomètres représentent la spécialité, qui pourrait bien avoir gagné en vitesse de base, et dont, de ce fait, les chances de finir dans les 10 premiers sur 10 kilomètres (places sélectives pour les Jeux olympiques) restent élevées.

En water-polo, les Françaises se sont inclinées face aux Russes buts 16 à 5.

En plongeon à 10m synchro mixte : 1. CHINE SI Yajie et TAI Xiaohu 350.88 ; 2. CANADA BENFEITO Meaghan et RIENDEAU Vincent 309.66 ; 3. AUSTRALIE BEDGGOOD Domonic et WU Melissa 308.22 ;… 7. FRANCE AUFFRET Benjamin et MARINO Laura 295.35

 En Water-polo, l’‘équipe de France féminine s’est inclinée face à la Russie 16 buts à 5. Prochain match des Bleues mardi à 17h30 contre la Chine. Déclarations de Louise Guillet, capitaine de l’équipe de France : « On a attaqué par un gros morceau, les Russes qui sont chez elles en plus. Je pense qu’il y avait beaucoup de pression pour nous vu le contexte. C’était un match dur et j’espère que ça ira mieux au fur et à mesure de la compétition. On va analyser ce match et on verra dans deux jours face aux Chinoises. Au sein de l’équipe, j’ai un rôle à jouer car je suis la plus expérimentée. Il va falloir dire aux filles de ne pas se démotiver, c’est juste un match, le premier des championnats du monde. Il faut leur faire comprendre qu’on a le potentiel et qu’on peut faire quelque chose. Il va falloir se remotiver, ne pas baisser les bras et continuer à travailler ».

KAZAN (1) CHAD HO, L’OMBRE QUI NAGE

LE SUD AFRICAIN A DÛ PAYER SON BILLET

 Eric LAHMY

26 Juillet 2015

Le vainqueur sud-africain du 5 kilomètres mondial n’a été sélectionné qu’à condition de participer à son déplacement en Russie.

Chad Ho, vainqueur du 5 kilomètres eau libre des mondiaux de Kazan, était suivi comme son ombre, dont il aurait bien voulu s’en débarrasser.

Cette ombre, c’était l’Allemand Rob Muffels. A moins que Chad Ho n’ait été l’ombre de Muffels qui, près du groupe compact des chefs de file à mi-course, recolla et joua la gagne dans les tous derniers mètres.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, sur une distance de 5000 mètres, il est aujourd’hui extrêmement difficile de faire la moindre différence. On dirait que la diffusion des méthodes d’entraînement et des modes de travail dans l’eau a nivelé les valeurs au point où un rien peut faire basculer une course. Il y a aussi que dans un parcours tracé en eau morte, la ligne droite est le chemin le plus court d’un point à un autre, et chacun de l’emprunter. Il y a enfin que tout leader attire immédiatement dans son sillage un équivalent aquatique des suceurs de roue. Il est une distance idéale, quelque part sur le flanc, au niveau des hanches du prédécesseur, que tout nageur connait, et à laquelle on glisse littéralement sur la traînée du meneur qui, dès lors, n’en mène pas large et ne peut pas décoller ses suiveurs que dope sa traînée aquatique. Le nageur ainsi « aspiré » devrait mériterait d’ailleurs l’appellation de tire au flanc ! Une de ces aspirations, passée au rang de mythe, nourrit depuis les Jeux de Pékin, en 2008, les cauchemars des nageurs français, c’est celle que s’offrit l’Américain Lezak aux dépens d’Alain Bernard, et qui se termina par le triomphe US et la déconfiture tricolore…

Sur la Kazanka, Chad Ho et Muffels lancèrent tous deux ce qu’il est convenu d’appeler une main de vainqueur. En natation, c’est le centième qui départage. En demi-fond, le centième n’est pas retenu, mais en revanche la photo-finish fonctionne et c’est la technologie qui détermina l’identité du gagnant…

Un peu plus tôt, l’Allemand avait légèrement dévié et au moment du sprint, il se retrouva en train de ‘’poursuiter’’ Ho et l’Italien Matteo Furlan. Le Sud-Africain, lui, avait trouvé une trajectoire quasiment idéale pour franchir la ligne le plus tôt possible. Les caméras fixées sur la tour terminale, haute de 27 mètres (laquelle accueillera les plongeons de très haut vol), ne perdirent rien de la lutte furieuse des dix derniers mètres !

Ho, six ans après la médaille de bronze, conquise sur la même distance à Rome en 2009, enleva l’or, au grand dam d’un Muffels qui se voyait irrésistible. Il avait reçu mission de gagner de Lutz, le héros du grand fond allemand, une vingtaine de médailles de championnats, aujourd’hui jeune (ou presque) retraité, et s’efforçait d’obéir à ce commandement. Ayant mis Furlan à l’ouest, il se mit en devoir de dévorer invinciblement le Sud-Africain. Les deux hommes furent crédités de 55 minute 17 secondes 6 dixièmes… Si la ligne s’était située trois mètres plus, loin, qui sait ce qui se serait passé. Furlan, 55 minute 20 secondes, n’était pas loin, mais bien battu, en revanche.

Derrière, ce fut un peloton qui déboula. Qu’on songe seulement qu’Aubry, le premier Français, avec 55 minutes 28 seconde 5/10, était 17e, et Alex Reymond, 55 minutes 31 seconde 8, écopait de la 22e place !

Avec Ho, l’eau libre héritait d’un premier vainqueur mondial 2015 original. Non seulement le Sud-Africain, né (à Durban, en 1990) un 21 juin – comme Jean-Paul Sartre, Jacques Goddet (l’historique directeur du journal L’Equipe) et Michel Platini – est d’un gabarit vraiment banal, avec ses 1,69m pour 69 kg, mais sa Fédération nationale sud-africaine, à court de moyens, n’avait pas jugé bon de lui payer son déplacement. Ses commanditaires, les maillots de bain Speedo, avaient ouvert une souscription, pour trouver les 1500 dollars qui lui permettraient de concourir. Je ne puis m’empêcher de songer que cette humiliation a joué dans la victoire la finale de notre héros, qui, à l’instar de Jules César préférait sûrement être premier à Kazan que troisième à Rome.

Chad Ho est aussi premier dans son village, et pas qu’une fois. Il s’est fait un devoir de remporter à six reprises le Midmar Mile, qui se tient le mois de février au barrage de Midmar, au nord de Pietermaritzburg, près de chez lui. Déjà, dans une Antiquité, qui remonte aux années soixante, dans le Vingtième Siècle, le légendaire Steve Clark prétendait ne s’intéresser qu’à deux courses : la finale olympique et la traversée du lac de son village.

Pour ce qui est des Jeux, l’ennui, pour Ho, c’est que la distance olympique, 10 kilomètres, est trop longue pour lui. Deux fois trop longue. En 2008, à Pékin, dûment qualifié, il termina 9e à vingt et une seconde du colossal Néerlandais Marrten ven der Weijden, 2,02m. A Rome, en 2009, outre sa médaille de bronze sur 5000 mètres, il fut 23e des 10 kilomètres. En 2010, il enleva la Coupe du monde surtout en raison de sa fidélité, gagnant une étape, celle de Hong-Kong, mais étant présent à tous les départ. Et fut proclamé nageur d’eau libre de l’année… Cela ne l’empêcha pas de ne pouvoir se qualifier pour les Jeux olympiques de Londres.

AXEL REYMOND VICTIME D’UN ACCIDENT DE TRAIN…

Admirateur, s’il faut en croire une interview de son sponsor, de Lance Armstrong (oui!) et de Michael Phelps, Ho, qui s’entraîne dix fois par semaine et ajoute à son programme aquatique de la musculation (d’où peut-être ce corps râblé ?), devrait avoir, à Kazan, achevé son destin… On ne devrait plus le revoir aux avant-postes, ni, non plus, l’an prochain, au sommet du podium olympique.

Il aura mangé son pain blanc…

…Tandis qu’Axel Reymond, dans ce même 5000 mètres, avalait son pain noir, qui plus est de travers. Au virage de la bouée, sous des rafales de vent qui soulevaient des clapots sur la rivière Kazanka, le « train » des finalistes lui est carrément passé dessus et l’a recraché vers l’arrière. Sur une distance beaucoup trop courte pour ce spécialiste des 25 kilomètres, un retour en tête du peloton était quasi interdit… Lui-même a raconté plus tard qu’il n’avait jamais pris autant de coups, chose fort déconseillée si l’on n’est pas prêt à en rendre à bon escient. Stéphane Lecat, directeur de l’eau libre et ancien leader mondial de la spécialité, s’est promis de le chapitrer sur le sujet suivant : l’art de se faire respecter. En termes de pugilat, dans l’eau libre, en water-polo ou en boxe, il est recommandé de suivre la doctrine chrétienne selon laquelle « il vaut mieux donner que recevoir. »