Mois : décembre 2015

GARDERONT-ELLES LEUR TITRE OLYMPIQUE (2)

KATIE LEDECKY BIEN SÛR! RANOMI KROMOWIDJOJO  QUI  SAIT ?  ALLISON  SCHMITT,  OUH  LA  LA!

Eric LAHMY

Mercredi 30 Décembre 2015

MALGRÉ TOUS LES DISCOURS DE CEUX QUI PRÉTENDENT QUE L’OR OLYMPIQUE NE REPRÉSENTE PLUS L’ABOUTISSEMENT D’UNE CARRIÈRE DE NAGEUR, LE TITRE OLYMPIQUE RESTE LE GRAAL, L’ACCOMPLISSEMENT SUPRÊME. IL EST PLUS IMPORTANT QU’UN RECORD MONDIAL, PARCE QU’UN RECORD PEUT ÊTRE BATTU, ET LA COURONNE OLYMPIQUE EST TAILLÉE DANS UN OR IMPUTRESCIBLE. SA VISIBILITÉ LE REND DE LOIN SUPÉRIEUR AU TITRE MONDIAL…

Ayant examiné précédemment les possibilités des champions olympiques en titre de nage libre individuelle de Londres, en 2012, de conserver leur titre quatre ans plus tard à Rio de Janeiro, je continue ici avec les nageuses de libre… Comme chez les garçons, les championnes olympiques de Londres se trouvent dans des situations fort différentes les une des autres. Mis à part le vide cruel que provoque l’absence de Camille Muffat, on voit que Katie LEDECKY est la mieux placée pour redevenir championne olympique pour quatre années supplémentaires sur 800 mètres et ajouter celle du 400 mètres (et du 200 !). Après cela, la sprinteuse néerlandaise Ranomi Kromowidjojo, qui réussit le doublé du sprint, reste dans le coup, mais on ne peut dire qu’elle survole. Enfin, sur 200 mètres, Allison SCHMITT se trouve dans une situation assez grave, sinon désespérée, proche en fait de notre Yannick AGNEL chez les hommes.

DAMES

 50 mètres : Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 24.05

Chances : 20%

Quand Ranomi KROMOWIDJOJO réalise son doublé 50 et 100 mètres à Londres, elle devance l’Allemande Britta Steffen (championne olympique et recordwoman du monde), l’Australienne Cate Campbell, et surtout la Suédoise Therese Alshammar, championne d’Europe 2010 à Budapest et du monde 2011 à Shanghai. Ranomi, à Shanghai, a fini 2e (24.14 contre 24.27) et les Jeux arrivent au bon moment. Elle gagne donc, et mérite diablement son nom, qui, en sanskrit (son père est javanais), signifie « victoire parfaite » ou « victoire bien ordonnée ». Depuis, la Néerlandaise s’est bien comportée. Championne du monde 2013 (24.05) devant Cate Campbell, 3e du 100 derrière Cate Campbell et Sarah Sjöström, à Barcelone, vice-championne du monde 2015 derrière Bronte Campbell (24.12 contre 24.22) et devant Sjöström, 24.32 et Cate Campbell, 24.36. En revanche, à Kazan, elle avait perdu une partie de sa résistance et n’a pu finir mieux que 4e du 100 mètres, dans le battement de jambes de Bronte Campbell.

Il semble qu’elle ait changé de rythme et repris le hard labour à l’orée de la saison olympique. Elle a égalé ce 12 décembre son record du monde du 50 en petit bassin (23.24) lors du Duel in the pool, où elle a nagé un 100 mètres, lancé, en 51.1, mais été battue sur 100 par Simone Manuel, 51.69, et Lia Neal, 52.08. A Netanya, championnats d’Europe petit bassin, elle gagne le 50 (23.56-23.63) et perd le 100 (51.37-51.59) devant Sjöström. C’est donc bien face aux sœurs australiennes et à Sjöström (et peut-être Ottesen) que Ranomi va trouver à qui parler. A 26 ans, l’âge qu’elle atteindra le 20 août prochain, Kromowidjojo reste une nageuse « neuve ».

 100 mètres : Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 53.00

Chances : 10%

A priori, Ranomi est plus mal placée que sur 50 mètres. Entre les sœurs Campbell, dominatrices de la course, et les nombreuses filles d’Europe du Nord, emmenées par Sarah Sjöström, la compétition est très forte. Les Américaines Manuel, Neal et Franklin apparaissent pour l’instant hors-course… Sa propre compatriote, Femke Heemskerk, supérieure en valeur chronométrique, n’est pas une bonne compétitrice. Ranomi l’a devancée de 0.41 en finale à Kazan alors que Femke, sur le papier, valait presque une seconde de mieux. Le titre olympique risque de se jouer autour de 52:00 et 52:50. Et le haut du panier est constitué de la Suédoise Sarah Sjöström, des deux sœurs Campbell, formidables championnes du monde 2013 et 2015, d’Heemskerk et peut-être des Danoises Mie Nielsen et surtout Jeannette Ottesen. Si le malheur des uns fait le bonheur des autres, les ennuis de hanche de Bronte Campbell sont une « bonne » nouvelle pour toutes et donc pour Ranomi… Pour l’emporter, Kromowidjojo doit améliorer son record personnel, 52.75 le 12 avril 2012 à Eindhoven. Il est sûr que bien des choses vont changer d’ici Rio. Et que Kromowidjojo est inspirée par l’ambiance olympique…

200 mètres : Allison SCHMITT, USA, 1’53.61

Chances : 5%

Allison SCHMITT a souffert d’une remarquable conjonction de faits. Devenue championne olympique à Londres, puis passée professionnelle, elle n’a plus dominé, pas même participé aux grandes compétitions. Ses 1’53.61 représentent toujours le « record du monde » en maillot classique, à presqu’une seconde du « polyuréthane » en 1’52.98 de Federica Pellegrini, mais elle absente de toutes les compétitions internationales qui comptent, mondiaux 2013 et 2015, Pan Pacifiques 2014. Ses résultats aux championnats US 2014 parviennent cependant à la qualifier aux Jeux Panaméricains 2015 de Toronto avec une équipe B des USA, et elle remporte le 200 mètres nage libre en 1’56.23. Nagé aux mondiaux de Kazan, ce temps lui aurait donné la 6e place de la course individuelle et une position dans le relais US derrière Ledecky (championne individuelle à Kazan) et Franklin vainqueur en 2013 à Barcelone). La course olympique, pour ce qu’on puisse en suggérer à huit mois de distance, est ouverte entre Ledecky, Pellegrini, Hosszu, Franklin, voire Heemskerk si elle parvient à se dominer en compétition, ou Sjöström, si elle consent à nager la distance au cœur d’un programme compliqué pour elle, ou encore une Chinoise qui pourrait être Duo Shen, 18 ans, ou la toute jeune Yanhan Ai, 16 ans.

 400 mètres : Camille MUFFAT, France, 4’1.45

Le cruel décès de Camille Muffat, laquelle, de toute façon, avait abandonné la natation, remet le titre en jeu. Katie Ledecky, a condition de garder la santé, est bien entendu favorite de l’épreuve avec près de 100% des chances. Il faudrait un scénario catastrophe du type faux départ pour la priver du titre.

800 mètres : Katie LEDECKY, USA, 8’14.63

Chances : 99,9%

Victorieuse de la course longue du bassin olympique, devant l’Espagnole Mireia Belmonte, Ledecky a depuis empilé les exploits sur la distance et quelques autres, réussissant un quadruplé, 200, 400, 800, 1500 (cette dernière distance non-olympique) aux mondiaux de Kazan, voire un quintuplé si l’on ajoute le relais quatre fois 200 mètres. Sur 800 mètres, Ledecky na cessé de reculer les limites de l’espèce humaine, s’emparant du record du monde (Rebecca Adlington, 8’14.10), le portant à 8’13.86 en gagnant le titre mondial 2013 à Barcelone, avec 8’11.00 en juin 2014 au meeting de Shenandoa, aux USA, puis à 8’7.39 en enlevant le titre mondial 2015 à Kazan. Invaincue, portant toutes ses courses à un rythme qu’aucune autre ondine au monde ne peut suivre, elle est une nageuse à part, un peu comme Shane Gould le fut en 1971. Différence avec l’Australienne, nageuse amateur, qui avait pris sa retraite à 17 ans, début 1973 : avec elle, cela dure…

(à suivre)

GARDERONT-ILS LEUR TITRE OLYMPIQUE? (1)

NAGE LIBRE – FLORENT MANAUDOU: OUI, SUN YANG: PEUT-ÊTRE, YANNICK AGNEL: HUM!

Eric LAHMY

Lundi 28 décembre 2015

MALGRÉ TOUS LES DISCOURS DE CEUX QUI PRÉTENDENT QUE L’OR OLYMPIQUE NE REPRÉSENTE PLUS L’ABOUTISSEMENT D’UNE CARRIÈRE DE NAGEUR, LE TITRE OLYMPIQUE RESTE LE GRAAL, L’ACCOMPLISSEMENT SUPRÊME. IL EST PLUS IMPORTANT QU’UN RECORD MONDIAL, PARCE QU’UN RECORD PEUT ÊTRE BATTU, ET LA COURONNE OLYMPIQUE EST TAILLÉE DANS UN OR IMPUTRESCIBLE. SA VISIBILITÉ LE REND DE LOIN SUPÉRIEUR AU TITRE MONDIAL…

Pendant le 20e siècle, le nageur qui devenait champion olympique n’allait pas plus loin. Alors, on a prétendu que ce sport brûlait ses champions. En vérité, c’était les conditions qui entravaient les carrières. Les nageurs étaient tenus à un pur amateurisme. Ils nageaient, étudiaient, étudiaient, nageaient. Durer dans ce sport demandait un mode de vie monacal et de grands sacrifices financiers. Rien n’était organisé autour de celui qui voulait continuer à nager. En France, le sport études n’existait pas, aux USA il s’arrêtait à vingt-deux ans. Conserver un titre olympique, parfois même, seulement, tenter de le conserver, était chose difficile, et exigeait de gros sacrifices.

Le professionnalisme a changé la donne. Il n’a pas fait des nageurs millionnaires, à quelques exceptions près mais il a permis aux plus talentueux de perdurer en signant des contrats avec des marques désireuses d’utiliser leurs noms, leurs réputations. Les clubs paient les nageurs sans que ces derniers ne risquent de perdre leur statut, comme cela arrivait de par le passé. Alors les carrières se sont allongées. Dans le monde amateur, un Murray Rose, une Dawn Fraser, un Mike Burton, qui nageaient au plus haut niveau à 25, 28 ou 26 ans, étaient des exceptions. Aujourd’hui, la plupart des grands noms du sport ont trente ans et plus, et on a vu une médaillée olympique individuelle de nage libre de 41 ans…

Dans ce contexte, tenter de conserver un titre olympique est devenu plus courant, presque banal. Cela fait partie d’un profil de carrière habituel. Des « ancêtres « comme Therese Alshammar, Grant Hackett, Michael Phelps, Paul Biedermann, Bousquet, qui nageaient pour la plupart il y a quinze ans, restent ou retournent dans la course. Presque tous les vainqueurs des Jeux de Londres, en 2012, se préparent à « renager » aux Jeux de Rio. Conserver un titre olympique, une rareté au 20e siècle, reste certes un exploit, mais le fait est que, même s’ils n’auront pas toujours la tâche facile, les vainqueurs olympiques de Londres sont dans le coup !

MESSIEURS

50 mètres. Florent MANAUDOU, France, 21.34.

Chances de garder son titre : 75%

Commentaire :

La situation de Florent Manaudou est particulièrement florissante à l’orée de l’année olympique. Le vainqueur surprise de Londres a dominé les courses des championnats d’Europe 2014 et des mondiaux 2015 ainsi que les bilans. Il part super-favori, avec bien entendu la part d’impondérable, d’aléa que réserve le sport, surtout dans une course où tout se joue trop vite et aucune erreur n’est pardonnée. A Kazan, il a devancé Nathan Adrian, l’Américain, qui n’a jamais été aussi solide sur la longueur de bassin. Bien entendu, on s’attend à une « pression » des sprinters de nombreux pays, les Brésiliens à domicile, Bruno Fratus et consorts, n’étant pas les moindres. Mais si Florent, 21.19 cette saison, est à son top, il faudra être très, très fort pour le devancer ! Vue d’aujourd’hui, la tâche parait au-dessus des moyens de ses adversaires, parmi lesquels Adrian et Fratus (21.37), et les jeunes Caeleb Dressel (21.53) et Evgueny Sedov, 19 ans (21.84)…

 100 mètres. Nathan ADRIAN, USA, 47.52

Chances de garder son titre : 20%

Commentaire :

Adrian s’est particulièrement bien comporté dans l’ensemble, durant l’olympiade, sans dominer. A Londres, il avait battu l’Australien James Magnussen d’un centième. L’Australien avait été très mal inspiré pendant ces Jeux, qui ont fini par une réprimande collective, les nageurs du relais ayant utilisé un somnifère expressément interdit par leur Comité olympique et harcelé les filles de l’équipe qui finirent par se plaindre en haut lieu. Joli scandale. Nathan Adrian, de son côté, est un professionnel impeccable. 3e du 100 mètres des mondiaux de Barcelone, mais seulement 7e en 2015 à Kazan (où il finit 2e du 50 derrière Manaudou), il sera sous le feu des médaillés de Kazan, Ning ZeTao, le vainqueur surprise, et surtout le vrai dominateur du 100 mètres, l’Australien Cameron McEvoy. Adrian de même n’a pas toujours eu le dernier mot en face de Federico Grabich, l’Argentin vainqueur des Jeux Panaméricains, Santo Condorelli, le Canadien, et Marcelo Chierighini, nouveau ténor brésilien de la course.

Le plus fort potentiel, reste James Magnussen, 47.10, record du monde hors polyuréthane (mais un temps qui commence à durer : « the missile », récemment opéré d’une épaule et qui a changé d’entraîneur, ne reviendra pas facilement), devant Nathan Adrian, 47.52, Vladimir Morozov, Russie, 47.62, James Roberts, Australie, 47.63 ; Cameron McEvoy et Zetao Ning, Chine, 47.65, James Feigen, USA, 47.82 et Yannick Agnel, France, 47.84. Florent Manaudou pointe à 47.98, et son potentiel, présumé énorme, reste difficile à mesurer… Kyle Chalmers, un jeune Australien, est celui qui progresse le plus vite. Tous sauf Roberts sont en activité, mais un seul devrait être champion olympique à Rio !

200 mètres. Yannick AGNEL, France, 1’43.14.

Chances de garder le titre : 5%.

Commentaire :

Le Français n’a pas souffert moralement de sa rupture avec son entraîneur niçois. Mais en revanche, il a perdu ce qui faisait de lui un nageur dominateur. Il s’est enlisé aux Etats-Unis et a raté son retour en France. Il a opéré des choix qui ne paraissaient pas mauvais, mais ce sont avérés malheureux. Aux USA, il a fait confiance à Bob Bowman sur la bonne mine de Michael Phelps. En France, il s’est laissé racoler par le Directeur technique de l’époque, et s’est retrouvé à Mulhouse où pas un seul nageur olympique ne sort depuis Amaury Leveaux malgré des conditions remarquables. L’après-Londres de Yannick se lit aujourd’hui comme une lente, mais inexorable dégradation de sa position dans la hiérarchie. Encore champion du monde en 2013 à Barcelone, mais en une seconde moins vite qu’à Londres, où ses 1’43.14 représentent toujours le record du monde hors polyuréthane, troisième nageur Européen en 2014 à Berlin, dépassé cette année par Thomas Fraser-Holmes, 1’45.08, Kosuke Hagino, 1’45.23, Sun Yang, 1’45.28, Cameron McEvoy, 1’45.46, Velimir Stjepanovic, 1’45.78, Paul Biedermann, 1’45.80, Conor Dwyer, 1’46.45, Calum Jarvis, 1’46.53… Victime en 2015 d’une pleurésie dont certains, dans le landerneau de la natation, se sont risqués à dire qu’elle était diplomatique, Agnel a quand même signé la 8e performance de l’année avec 1’45.97 ;  au-delà des temps réalisés, les témoins vous disent qu’il n’est plus dans l’eau l’Agnel de Nice. Au-delà d’une politique de communication hyper-protectrice dont on ne sait si elle a été pensée par son club ou son agent, Agnel reste certes le garçon attachant qu’on a pu voir dès 2010. Il est aussi capable de sursauts comme dans le 200 mètres des championnats de France d’hiver, face à Jeremy Stravius, mais en 1’42.96 en petit bain, le moment n’est pas (encore ?) venu de pavoiser… Assez proche des tous meilleurs, sa seconde de retard sur le top du top n’est quand même pas un gouffre et laisse passage à un faible espoir.

 400 mètres. SUN Yang, Chine, 3’40.14

Chances de garder le titre : 50%

Commentaire :

Sun a vécu une drôle d’olympiade, à l’issue de laquelle il apparait comme l’un des personnages les moins attachants du sport. Comportement grossier, arrogant, incontrôlable, il a viré son entraîneur qui questionnait une relation amoureuse un peu envahissante et surtout exigeait de la discipline, a servi une semaine de prison ferme, ayant piloté une voiture sans posséder de permis et avoir provoqué un accident. Pour couronner le tout, il a été convaincu de dopage. Malgré cela, il est resté suffisamment lui-même pour remporter le titre mondial en 2013 et en 2015 et n’a rien perdu de ses qualités nautiques. Pas très aimable, mais pourrait bien conserver son titre. A Kazan, seul l’Australien MacKenzie Norton paraissait pouvoir le menacer, mais il a été victime d’un virus qui l’a considérablement affaibli.

 1500 mètres. SUN Yang, Chine, 14’31.02

Chances de garder le titre : 15%

A Londres, SUN Yang, c’est la classe à part. Il devance ses compagnons de podiums de huit et neuf secondes, bat le record mondial. Depuis, Sun a aussi été champion du monde en 2013 et vainqueur des Jeux asiatiques 2014. En 2015, ses frasques à répétition ont considérablement affecté ses performances au-delà du 400 mètres et il déclare forfait pour la finale du 1500 mètres des mondiaux de Kazan, après, dans sa série, la plus rapide, avoir été dominé en 14’55.11 par Gregorio Paltrinieri, 14’51.04, et Connor Jaeger, 14’53.34. Dans son échauffement, il s’énerve avec une nageuse brésilienne, Larissa Oliveira. Il se plaint de tachycardie (il a eu des précédents dans ce sens), mais on peut imaginer qu’il a refusé l’affrontement. Toujours un peu maladroit, sinon malotru, ni lui ni son staff n’annoncent son forfait, empêchant de prévenir à temps le premier remplaçant de l’épreuve, Pal Joensen des îles Féroé, pour qu’il puisse nager. On peut penser que, moins préparé que les saisons précédentes, il n’a pas voulu vivre une défaite. Romain Barnier aurait appeler cela: ne pas nager pour ne pas être battu!

Pas de nouvelles récentes de Sun. Favori du 1500 mètres ? Pas plus que Gregorio Paltrinieri, que Mackenzie Horton, ou que ce très fort finisseur (dans son genre) de Connor Jaeger. Il restera cependant un formidable adversaire…

(à suivre).

JEANNETTE OTTESEN PRÉFÈRE L’AUSTRALIE

LA DANOISE VA RETROUVER A CANBERRA

L’HOMME QUI LA FAIT NAGER PLUS VITE

Éric LAHMY

Samedi 26 décembre 2015

L’une des meilleures nageuses de l’année 2015 a sans doute été Jeannette Ottesen. La Danoise constitue la meilleure chance de son pays pour une médaille. Dès janvier et pour le moins jusqu’en mars, Ottesen sera à Gungahlin, au nord de Canberra, en Australie, où elle préparera les Jeux olympiques sous la direction de Shannon Rollason. Ce dernier, natif d’Australie, où il avait amené au titre olympique et aux records du monde la sprinteuse Jodie Henry, fut l’entraîneur du centre national d’entraînement danois, du printemps 2013 à septembre 2014, et donc de ce point de vue Ottesen ne sera pas dépaysée. Ottesen a été très claire. Même si l’Australie est un joli pays, elle n’y va pas par goût des voyages : « je vais rejoindre un entraîneur qui me comprend et qui comprend la façon dont j’ai besoin d’être entraînée. »

Rollason, au Danemark, avait travaillé ainsi avec les meilleures nageuses du pays, Ottesen, et Rikke Moeller Pedersen, qu’il avait amenée en août 2013 au record du monde du 200 mètres brasse. Il avait subitement donné sa démission, souffrant du mal du pays et désireux de se rapprocher de sa famille. Il dirige désormais l’entraînement d’un grand complexe nautique érigé au sein du Gungahlin Leisure Center par la communauté urbaine en relation avec le gouvernement de la capitale australienne (ACT).

Ottesen, qui n’a pas oublié un coach qui lui a particulièrement apporté, s’est déjà rendue plusieurs fois en Australie depuis février 2015. Pedersen est dans ce cas… Championne du monde du 100 mètres en 2011, Jeannette a également enlevé le titre de championne du monde du 50 mètres papillon en 2013. En 2014, elle réussit ce qui est peut-être son grand exploit, devançant d’un centième Sarah Sjöström au 100 mètres papillon des championnats d’Europe, à Berlin ; à cette même compétition, elle lançait un relais danois en 53.59, temps qui lui aurait donné l’argent au 100 mètres libres. En 2015, aux mondiaux de Kazan, Ottesen, médaillée d’argent des 50 mètres et 100 mètres papillon, gardait certes sa valeur, mais était nettement dépassée par les progrès de sa grande rivale suédoise.

RIKKE MOELLER PEDERSEN PERDUE SANS ROLLASON

Pedersen a peut-être plus qu’elle souffert de l’absence de Rollason. Aux mondiaux 2015. Recordwoman du monde 2013 du 200 brasse, double championne d’Europe 2014 sur 100 et 200 brasse, mais aussi au relais quatre fois 100 mètres quatre nages (record d’Europe) avec Mie Nielsen en dos, Ottesen en papillon et Pernille Blume en crawl, elle ne pouvait mieux que 4e du 200 mètres brasse et 12e du 100 brasse.

L’excellence du travail de Rollason, le formidable coaching de quatre nageuses qui avaient produit individuellement et collectivement des résultats sensationnels aux championnats d’Europe de Berlin, ont fait que son départ a été ressenti comme une catastrophe. Emmenées par lui, Nielsen, Ottesen et Pedersen possédaient toutes les trois des chances non négligeables de gagner l’or olympique à Rio! Et avec Blume, elles représentaient l’un des plus formidables relais quatre nages féminin, capable de menacer les USA, l’Australie, la Chine et tutti quanti! Il y avait un coup à la Fabrice Pellerin à Londres qui se préparait là… 

Le choix d’Ottesen a posé la question du Centre d’entraînement national danois: à quoi sert-il si les meilleurs n’en veulent pas? Pourtant, la décision de la nageuse a recueilli un écho favorable auprès des techniciens. L’actuel entraîneur du Centre national, l’ancien assistant de Rollason, Stefan Hansen, a humblement  admis qu’il n’avait pas l’expérience de son patron et prédécesseur. Mais peut-être ne l’aura-t-il jamais? Le relationnel entre un coach et un nageur (et plus encore une nageuse) est très important et il est aussi compliqué d’être un grand entraîneur qu’un grand nageur. 

On peut songer, à ce sujet, à la question actuelle concernant l’utilisation des installations de l’INSEP, qui ont abrité dès 1978 un centre national d’entraînement – lequel, pour résumer, n’a pas atteint ses objectifs, pour un ensemble de raisons complexes et, sans doute, pas très faciles à évaluer (mais que nous avions prédites dès 1976). Aujourd’hui, les conditions de travail à l’Institut sont les meilleures, mais d’autres éléments doivent être pris en compte qui peuvent jouer dans un sens favorable ou défavorable. Et notamment l’encadrement technique… Un entraîneur de valeur, ayant la confiance de ses nageurs.

comment ça? Ils ont oublié Katie Ledecky?

KATIE LEDECKY N’EXISTE PAS POUR SPORTS ILLUSTRATED? MAIS CE N’EST PAS NOUVEAU.

Eric LAHMY

Vendredi 25 décembre 2015

Un ami lecteur, l’entraîneur Jacky Brochen pour ne pas le nommer, me signale un article fort intéressant paru sur le site de BFMTV intitulé « pourquoi Katie Ledecky est l’oubliée des palmarès. » Son auteur, Alexandre Herbinet, s’étonne de façon fort pertinente de l’absence de Katie Ledecky parmi les douze finalistes au titre de champion(ne) de l’année 2015 de la revue Sports Illustrated.

Sports illustrated a désigné finalement Serena Williams (première femme depuis vingt-deux ans) mais n’a pas inclus l’extraordinaire nageuse. « Impensable après une année à cinq titres planétaires et trois records du monde pour la nageuse américaine » lance notre confrère.

« Début novembre, développe A. Herbinet, Sports Illustrated révélait ses 12 candidats au titre de  »champion(ne) de l’année 2015 ». Parmi eux, trois femmes : Serena Williams (tennis, lauréate finale du prix), Ronda Rousey (arts martiaux mixtes) et Simone Biles (gymnastique). » Or, même s’il est toujours difficile, voire impossible de comparer les résultats d’un sport à l’autre, il était difficile à Ledecky de passer la très populaire Serena Williams, gagnante cette année de deux tournois de Grand Chelem sur 4 (Roland Garros et Wimbledon) et l’une des sportives les plus riches du monde. En revanche, Ronda Rousey, à part sa blondeur et son job d’actrice, n’est qu’une banale combattante de cet ultra-violent show qu’on appelle l’ultimate fighting et qui est plutôt un business apparenté au catch. Un sport très Las Vegas, si vous préférez. Simone Biles, en revanche, sent moins l’esbroufe : elle est une vraie de vrai, qui intime le srespect, la meilleure gymnaste du monde, vainqueur du concours général, de la poutre et du sol.

Le moins qu’on puisse dire est que Katie Ledecky domine au moins autant son sport que les susnommées. Si vous voulez bien considérer comme moi que la nage libre est l’essentiel du programme de natation, le fait qu’elle ait gagné quatre des six courses individuelles de nage libre du programme, [le 200, le 400, le 800 et le 1500 mètres] des championnats du monde, cet été à Kazan, plaide en sa faveur.

Un autre fait – que son bilan soit sans précédent – plaise pour elle. Mais ce n’est pas tout. Les palmarès de la natation se sont tellement développés que le caractère d’exploit sans précédent n’a, littéralement, aucun sens. Il ne signifie rien, ne vaut rien, est non avenu.

Cela n’a, dis-je, aucun sens. C’est pourquoi je refuse d’admettre par exemple que Michael Phelps ou Ryan Lochte sont les deux meilleurs nageurs de tous les temps, en fonction des médailles remportées.

Je veux bien discuter de leur valeur sur d’autres paramètres, mais pas sur la ferraille qu’ils ont ramenée en trois ou quatre Jeux olympiques : Phelps, aux Jeux olympiques de 1912 à 1952, n’aurait remporté qu’une seule des 8 médailles d’or glanées par lui en 2008, celle du relais quatre fois 200 mètres, parce que les sept autres épreuves qu’il a disputées et gagnées n’existaient pas. Même chose pour Lochte.

C’est ce côté faux-monnayeur de la natation, qui fabrique des courses supplémentaires pour faire riche, qui a peut-être lassé l’équipe de Sports Illustrated. D’ailleurs, cette revue, célèbre pour ses photos, s’est centrée sur les « grands » sports populaires US, foot américain, basket, baseball, Nascar, tennis. On y est plus attaché au star system qu’à la valeur sportive pure.

L’affaire Ledecky a sous cet angle un lointain précédent. En 1978, Tracy Caulkins enleva cinq médailles mondiales à Berlin, qui plus est aux dépens des ondines sulfureuses de RDA. Cette année, Sports Illustrated couronna un golfeur quadragénaire légèrement ventripotent, Jack Niklaus, vainqueur cette année de l’Open de Grande-Bretagne. Des nageurs lui demandèrent des comptes au nom de Caulkins et la réponse fut insultante : la natation n’était qu’un sport d’adolescents mal stabilisé qui favorisait la réalisation de multiples exploits sans grande importance, et Tracy Caulkins n’était que dernier avatar de ces champions dont les rafales de records ne signifiaient rien.

Il ne restait à Tracy Caulkins qu’à aller se rhabiller !

Si la critique du sport n’était pas tout à fait fausse en 1978, je crois qu’elle ne pouvait s’appliquer au rapport athlétique entre les réalisations de Caulkins et celle du ventripotent Niklaus. [La vérité était ailleurs : les « unes » de natation ne vendaient pas, et il n’y avait pas besoin d’une autre explication]. Mais c’est ainsi : les adversaires de la natation au sein de Sports Illustrated, avaient mis en lumière cette spécificité du sport. Pas un nageur au titre de « sportsperson of the year » de la revue depuis sa création en 1954 ! Ils résistèrent même aux sirènes de Mark Spitz (furent élus, en 1972, année de son triomphe de Munich, un coach de basket, John Wooden et une tenniswoman, Billie Jean King) et ne cédèrent, en 2008, que devant Michaël Phelps.

Et aujourd’hui, si une critique équivalente peut être dirigée vis-à-vis de cette folie créatrice de la FINA, qui, multipliant les titres, a dévalué la portée individuelle de chacun d’eux, il est quand même dommage que Ledecky en soit la victime. En effet, à la différence d’autres nageurs qui multiplient des prestations dans des courses proches les unes des autres en termes énergétiques (ainsi les spécialistes dans les 50 mètres, ou bien dans les 200 mètres), Ledecky nage sur des distances qui nécessitent, au très haut niveau où elle se pose, des talents différents au plan physiologique ; elle possède un registre tout à fait phénoménal.

Mais pas sans précédent. Dans les cinquante années passées, j’ai vu deux nageuses au registre équivalent: Debbie Meyer (1968) et Shane Gould (1971). Et deux ou trois autres se sont exprimées plus tôt dans le siècle… La différence avec Ledecky, c’est qu’il est aujourd’hui plus difficile de dominer que dans le passé.

Il est un autre point qui rend difficile la nomination d’un nageur. C’est cette idée de « sportsperson », de personnalité du sport. Difficile à assumer pour une (trop) jeune fille à leurs yeux, dont l’histoire n’a rien de remarquable. Mais Katie Ledecky, qui ne cherche certes pas la consécration d’une grande revue en perte de vitesse, aura de quoi se satisfaire en visant le Sullivan Award. La plus haute consécration sportive aux USA. Qui, elle, n’a jamais oublié les nageurs : à preuve Anne Curtis (1944), Sammy Lee (plongeon, 1953), Patricia McCormick (plongeon, 1956), Don Schollander (1964), Debbie Meyer (1968), John Kinsella (1970), Mark Spitz (1971), Tim Shaw (1975), John Naber (1977), Tracy Caulkins (1978), Greg Louganis (plongeon, 1984), Janet Evans (1989), Michael Phelps (2003), Jessica Long (2006), Missy Franklin (2012).

Et Sports Illustrated ? La revue nommera qui elle voudra. Ce qui est sûr, c’est que le sportif de l’année, dans toutes les revues du monde, est moins une affaire de performance sportive que de marketing. Regardez la « une » provocante de Sports Illustrated offerte par l’icône Serena Williams. Vous aurez tout compris…

MICHAEL PHELPS CHANGE DE SPHERE AQUATIQUE

ADIEU SPEEDO BONJOUR AQUA SPHERE

Vendredi 25 décembre 2015

Michaël PHELPS ne repartira pas avec la marque de maillots Speedo, qui l’a accompagné pendant l’essentiel de sa carrière. S’il se qualifie pour les Jeux olympiques de Rio 2016, l’Américain portera une tenue produite par Aqua Sphere.

Considéré comme le nageur américain de l’année, suite à ses résultats des championnats des USA, en août dernier, quand il remporta les titres de 100 et 200 mètres papillon et de 200 mètres quatre nages avec des performances équivalentes à celles des champions du monde Kazan, Phelps, connu pour être le nageur le plus décoré de l’histoire.

Phelps, qui avait pris sa retraite, avait effectué son retour après quelques ennuis (conduite en état d’ivresse). Dans un premier temps, il s’était remis à nager pour lutter contre une importante prise de poids. Puis il s’est entraîné plus sérieusement, au point de retrouver un niveau approchant celui de ses meilleurs jours. Dès l’annonce de son retour, toutes les entreprises liées au marché de la natation l’ont contacté, faisant concurrence d’offres censées l’intéresser.

On lit ce 24 décembre sous la plume de Liam Morgan, du site Inside the Games, que Phelps «  a aidé à dessiner une collection de maillots pour Aqua Sphere », Dans le style communiquant qui règne à notre époque, cela signifie bien sûr qu’il a signé les modèles produits par des dessinateurs de modes comme Shannon Michaelson, et qu’il recevra un gros chèque pour sa participation.

La marque, relativement obscure, créée en 1998 à Gènes en Italie, et qui se contentait au début de commercialiser des lunettes de nage, remonte plus loin dans le temps, puisque Aqua Sphere est issue de Technisub (groupe AquaLung international), entreprise qui a développé des matériels de plongée depuis les années 1970 et mis au point des masques de nage très performantes utilisées notamment par les triathlètes.

Outre les maillots de bain, la collection comprendra donc des lunettes de nage et des bonnets, griffés des initiales du (dix-huit fois) champion olympique, et qu’il portera à la condition bien sûr qu’ils soient approuvés par la Fédération Internationale. Phelps entend établir la marque sur le marché mondial. Leur relation est censée durer jusqu’en 2020. Les données financières du contrat ne sont pas connues.

On savait en fait depuis août 2014 que Phelps ne resignerait pas avec Speedo. Il semble que son accord avec Aqua Sphere était à plusieurs étages. Maintenaient qu’il se trouve en position de nager aux Jeux de Rio, on allume le deuxième étage. Il est fort possible, par ailleurs, que l’accord de Michael Phelps a été obtenu parce que le contrat avec Aqua Sphere implique son mentor et ami Bob Bowman, qu’il a suivi de Baltimore à l’Université d’Arizona. Vous avez peut-être déjà deviné que Phelps est un grand sentimental !  Eric LAHMY

LA FINA, L’ANTIDOPAGE ET LE BENEVOLAT

CES CONTRÔLES, C’EST DU PROPRE

Eric LAHMY

La Fédération Internationale de Natation vient de réaffirmer sa politique de « zéro tolérance » vis-à-vis du dopage, insistant sur sa volonté de devenir le sport olympique le plus propre, nous révêle notre confrère Daniel Etchells dans le blog anglo-saxon Inside the Games de mardi 22 décembre 2015.

Il convient de signaler qu’une telle déclaration va à l’encontre de la perception de plusieurs personnalités du sport, qui ont émis de sérieux doutes quant à l’effectivité des contrôles de dopage dans les compétitions FINA.

Les déclarations d’intention de la FINA arrivent à la fin d’une année compliquée, en terme de crédibilité des contrôles. Une commission indépendante de l’Agence Mondiale Anti-dopage n’a-t-elle pas confirmé un système de dopage étatique au sein de l’équipe russe d’athlétisme ?

A la suite de ces révélations, Mr. John Leonard, le directeur exécutif de l’Association Mondiale des Entraîneurs de Natation (World Swimming Coaches Association), qui depuis toujours se montre très vigilant pour ce qui concerne les risques de dopage dans la natation, n’a-t-il pas déclaré que la probabilité de compétitions de natation « propres » aux Jeux olympiques de Rio était de l’ordre de « zéro » ? « Tout ce qui a posé souci dans l’athlétisme russe pose souci en natation » a-t-il ajouté.

Plus tôt dans l’année, le Néerlandais Jacco Verhaeren, qui coache depuis deux ans l’équipe australienne, s’est inquiété d’une perte de confiance des nageurs dans le système. Selon lui, le manque de transparence est un facteur d’incertitude.

L’un des révélateurs de l’opacité du système qui provoque des inquiétudes exprimées, surtout, semble-t-il dans le monde anglo-saxon, à ce sujet, le fait que le Chinois Sun Yang ait été voté nageur des championnats du monde de Kazan, alors qu’il revenait d’une interdiction de nager de trois, suite à un contrôle de dopage à un produit stimulant, la trimetazidine, en mai 2014. La FINA n’annonça cette décision que sept mois plus tard.

Au cours des deux années écoulées, deux autres nageurs, le Coréen Park Tae-Hwan, champion olympique du 400 mètres aux Jeux de Pékin en 2008 et doublé médaillé d’argent à Londres en 2012 ; et la championne du monde du 200 mètres brasse de Barcelone en 2013, Julia Efimova. Celle-ci a écopé d’une réduction de peine qui lui a permis de nager à Kazan, aux mondiaux 2015, où elle a gagné le 100 brasse, au grand dam de la Lituanienne Ruta Meilutite, très agacée de découvrir que la fort sympathique Russe a beau être charmante, elle n’est pas parfaitement clean ; et Park devrait pouvoir se présenter aux Jeux olympiques de Rio, si sa propre Fédération ne refuse pas de le sélectionner (chose toujours possible selon ses règlements).

A la suite du scandale de l’anti-dopage russe, la FINA a annoncé qu’elle transférait les échantillons prélevés sur les nageurs du labo de Moscou à celui de Barcelone. Auparavant, du 24 juillet au 9 août, pendant les mondiaux de Kazan, 645 échantillons (457 d’urine et 188 de sang) furent prélevés sur les participants sous la supervision du Professeur Andrew Pipe et du Conseil de contrôle de dopage de la FINA. A quoi s’ajoutèrent parallèllement 418 tests de dépistage sanguins liés au programme de passeport biologique de l’athlète. Tests analysés à Moscou sous la supervision d’observateurs indépendants des labos accrédités de Barcelone et de Londres.

Entre-temps, le rapport très critique de la commission indépendante présidée par Richard Pound, concernant le laboratoire moscovite, a conduit à la démission de son directeur, Mr Grigory Rodchenkov, accusé de couvrir contre rétribution les cas de dopage des athlètes, et d’avoir détruit 1417 échantillons avant la visite des inspecteurs.

Jusque là, peut-on vraiment faire porter le chapeau de ces agissements aux dirigeants de la FINA ? Celle-ci se défend par tout un blabla lénifiant, affirmant avoir conduit un « combat sans pitié contre la triche, pour la sauvegarde des intérêts des sportifs honnêtes, aux côtés de l’Agence mondiale contre le dopage. » A défaut d’encourager le dopage, plusieurs incidents, touchant Sun Yang, Park Tae-Hwan ou l’Australienne Kyle Palmer (où la FINA avait tenté d’oublier le contrôle positif, forçant la WADA, après plus d’un an, à le révéler), montrent que l’organe faîtier de la natation mondiale ne se passionne guère pour le problème.

Sommé par les entraîneurs d’opter pour une plus grande clarté dans sa gestion, la FINA, après avaoir fait la sourde oreille, a reconduit PricewaterhouseCoopers (PWC) une entreprise d’expertise comptable et de service aux entreprises, en tant qu’auditeur externe. Il est assez frappant de constater que PWC, une énorme entreprise financière est elle-même sur la sellette pour ses pratiques opaques et l’une des vedettes de ce qu’on a appelé les « Luxembourg leaks. » On comprend que ces gens-là vont diablement bien s’entendre avec les intègres parmi les intègres qui dirigent la FINA.

Dès avril dernier, la FINA avait fait savoir que ses plus hauts dirigeants étaient des volontaires qui ne recevaient pas le moindre salaire. Si le fait est avéré, rappelle encore une fois Daniel Etchell dans Inside the Games, il convient d’ajouter que ces bénévoles de luxe reçoivent, outre leurs dépenses de déplacements et d’hébergement, des défraiements de l’ordre de €366 par jour quand missionnés par la FINA. A ce prix là, c’est vrai, on veut tous être des bénévoles !

JACCO VERHAEREN DIRIGERA LES DOLPHINS JUSQU’EN 2020

L’AUSTRALIE À L’ÉCOLE DU HOLLANDAIS SANS PEINE

Mardi 22 décembre 2015

Ce 17 décembre, Swimming Australia a annoncé l’extension du contrat d’entraîneur national de Jacco Verhaeren jusqu’à la fin du cycle olympique de 2020, lit-on dans le site de la Fédération australienne. Les dirigeants australiens sont visiblement satisfaits des résultats obtenus par les Dolphins sous la direction du Néerlandais, en place depuis deux saisons, autant aux Jeux du Commonwealth, aux championnats du monde en petit bassin, aux PanPacifics (2014) qu’aux mondiaux de Kazan (2015) et aux championnats d’Australie en petit bassin où pour la première fois depuis 2009, des records mondiaux individuels ont été battus. Les sept médailles d’or, trois d’argent et six de bronze des mondiaux de Kazan ont donné à l’Australie les meilleurs résultats derrières les USA. 

La PDG de Swimming Australia, Mark Anderson, a souligné la valeur ajoutée que Verhaeren a apporté au sport : « en prenant contact avec lui en 2013, nous étions convaincus que Jacco apporterait un grand plus à l’équipe des Dolphins et à notre unité de haute performance, et il a répondu absolument à ces attentes ces deux années. Sa vision a été reçue et acceptée par les entraîneurs, les nageurs et l’équipe. Il a un style qui amène les gens à le suivre dans son périple. Il veut réussir d’autres choses et il est l’homme qui convient dans son rôle de coach national en chef. » Anderson a associé dans son éloge le manager général de l’équipe, Wayne Lomas. John Bertrand, président de Swimming Australia, a affirmé qu’il avait pleinement confiance dans les capacités de Verhaeren.

Fort de cinq Jeux olympiques, entraîneur de Marcel Wouda, de Kirsten Vlieghuis, de Peter Van Den Hoogenband et de Inge de Bruijn, et, plus tard, de Ranomi Kromowidjojo, de Marleen Veldhuis, de Sharon Van Rouwendaal, etc., Verhaeren est à 46 ans l’un des coaches les plus performants du monde. Comme les grands entraîneurs, il est doté d’une personnalité riche et affirmée. En août dernier, à la demande des media qui lui demandaient son avis sur la place de l’Australie aux mondiaux, il répondait ceci : « la natation n’est pas une question de nombre de médailles. La natation, ce sont des individualités qui travaillent très dur pour leurs performances. Le danger de compter les médailles, c’est de faire disparaître les grandes performances derrière de supposées batailles entre nations. Et ces batailles n’existent pas. »

LA NATATION DE DEMAIN- DEUXIEME EPOQUE

UN CATTEAU DE FIN D’ANNÉE

Mardi 22 décembre 2015

Marc Begotti a eu l’obligeance de nous signaler la nouvelle édition du livre de Raymond CATTEAU La Natation De Demain, et nous garanti que « c’est du solide. » On peut lire dans la présentation de l’ouvrage (éditions Atlantica, Grand Prix de technique et de pédagogie en 2008) ce qui suit : « Cette seconde édition ne se caractérise pas seulement par un changement de couverture. Elle se présente comme une œuvre plus aboutie et plus accessible que la première.

La structure de l’ouvrage comporte de nouveaux chapitres et de nouvelles annexes qui viennent agrémenter et compléter l’ensemble.

Sept années après la première édition de « la natation de demain », cette seconde édition revue et corrigée s’enrichit d’une importante iconographie et d’un chapitre inédit sur la connaissance des nages. On sait que les conceptions relatives aux apprentissages, à l’enseignement, aux techniques sont interdépendantes. En cohérence avec une pédagogie de l’action se trouve ici développée une analyse fonctionnelle des techniques de nage qui devrait intéresser tous les intervenants dans le domaine de la natation. L’utilisation d’un référentiel prenant en compte les actions du nageur dans l’eau en même temps que son propre déplacement permet de lire et interpréter autrement les nages. Voici un nouvel outil pour mieux observer les nageurs et intervenir plus efficacement pour les faire progresser.

Le nouveau contenu et les annexes, particulièrement « l’incursion dans le cadre de référence », devraient inciter et aider le formateur et l’entraîneur à expérimenter le plus souvent avec le sentiment de dépasser l’exercice ou la recette. »

Dès réception du livre, je m’efforcerai d’en donner un compte-rendu plus développé. E.L.

KATIE LEDECKY, USA, ET ADAM PEATY, GBR, NAGEURS 2015 SELON SWIMVORTEX

LE PLÉBISCITE DE KATIE LEDECKY

Éric LAHMY

21 décembre 2015

Les lecteurs du site SwimVortex ont désigné Katie LEDECKY et Adam PEATY nageurs de l’année 2015. Un choix incontestable. LEDECKY a été nommée également « nageur » de l’année, indépendamment de l’appartenance sexuelle. LEDECKY a tellement dominé la natation féminine cette année qu’elle n’a aucune rivale. Il est vrai que l’an passé la FINA avait plébiscité Katinka HOSSZU, parce qu’elle se base sur des critères spécifiques, en fonction des résultats enregistrés dans les meetings « World Cup ». Comme quoi, il n’y a pas qu’à Las Vegas qu’on se trompe de miss Univers… Mais les Coupe du monde sont loin de peser le poids que rêvaient pour eux les dirigeants internationaux, ne sont pas reconnus de façon indiscutable, et ne regroupent pas tous les meilleurs du monde (et de loin). Déjà en 2014, Katie LEDECKY était la nageuse (et le nageur) numéro un.

Le Britannique PEATY est le seul garçon à avoir amélioré un record du monde (sur 100 mètres brasse). Il a de plus remporté le titre mondial à Kazan. Si LEDECKY a enlevé 100% des voix, PEATY en a ramassé 82% devançant le dossiste australien Mitchell LARKIN…

Les autres classements de SwimVortex nous paraissent très orientés « anglo-saxons », ce qui n’étonnera personne pour un site anglo-saxon, mais ils méritent la citation : meilleur junior garçon, Kyle CHALMERS, Australie, meilleure junior filles, Viktorya GUNES, Turquie ; course de l’année, 200 mètres nage libre des mondiaux à James GUY ; 200 mètres dos dames des mondiaux à Emily SEEBOHM, Australie ; meilleurs mentor-coach, Bruce GEMMEL, coach de Ledecky, et Mélanie MARSHALL, coach d’Adam PEATY ; meilleurs relais 4 fois 200 mètres messieurs de Grande-Bretagne et 4 fois 100 mètres d’Australie ; équipe en progrès, Grande-Bretagne, et côté féminin la Suède.

 

MANAUDOU EST CHAMPION (DES CHAMPIONS ?)

… ET LARA GRANGEON, JOLI PAPILLON 

Eric LAHMY

Dimanche 20 décembre 2015

Dernière journée du meeting de Nîmes. On note quand même l’absence au départ du 200 mètres de Yannick AGNEL, entre un stage aux Canaries et un autre Sierra Nevada…

Les meilleures performances du meeting restent donc, et de loin, celle de Florent MANAUDOU, sur 50 et 100 mètres. 47.98 représentent son record personnel égalé, ce que je n’avais pas signalé. Bien entendu, le Marseillais doit valoir mieux. Quelques lecteurs se sont demandé s’il méritait d’être champion des champions (de « L’Equipe »), s’il pouvait être considéré comme le meilleur sportif français tous sports. Ils se basaient notamment sur son comportement aux championnats de France d’hiver.

C’était poser beaucoup de questions en une seule. Il y a d’abord la subjectivité inhérente à ce genre de classements, et ensuite les adversaires qu’on a en face. Manaudou était indiscutablement le sportif qui a réussi le meilleur parcours. Bien entendu, des gens dans mon genre sauront que certains titres obtenus en sprint pur sur des épreuves non olympiques n’ont pas la signification d’autres titres. Mais d’un autre côté ces épreuves existent et il faut quand même les gagner.

Un de mes correspondants estimait même qu’en natation, le retour de Camille Lacourt, champion du monde du 50 dos, vice-champion du monde du 100 dos, après sa tumeur (bénigne) à la hanche, était plus « grand » que les résultats de Manaudou. Pourquoi pas ? Je crois qu’ils sont très proches l’un de l’autre.

Retour à Nîmes. A environ une seconde de ses temps des France et des mondiaux de Kazan, Charlotte Bonnet enlève le 100 mètres, devant son équipière niçoise, Santamans, laquelle réalise un bon temps, relativement à sa valeur sur 100 mètres (distance un peu longue pour cette « pure » sprinteuse). Les Niçoises dominent le sprint féminin un peu comme les Marseillais le masculin (mais à un niveau moins élevé). BONNET gagne aussi le 200 quatre nages. Pauline MAHIEU fait le « triplé » en dos, et la perf du jour est le fait de Lara GRANGEON sur 200 mètres papillon. Côté garçons, à noter la régularité à un niveau correct de Benjamin STASIULIS, 54.68 au 100 mètres dos.

MESSIEURS

200 mètres : 1. Jordan POTHAIN, Alp’38, 1’49.62 (en séries, 1’49.04).

1500 mètres : 1. Joris BOUCHAUT, DTOEC, 15’14.83.

100 mètres dos : 1. Benjamin STASIULIS, CN Marseille, 54.68 ; 2. I ;Gede-Siman SUDARTAWA, Indonésie, 56.04

200 mètres brasse : 1. Quentin CALLAIS, Canet-Font-Romeu, 2’15.31

100 mètres papillon : 1. Triady-Fauzi SIDIQ, Indonésie, 54.15 (en séries, 54.11) ; 2. Thomas VILACECA, Montauban, 54.21.

400 mètres 4 nages : 1. Jeremy DESPLANCHES, Nice, 4’24.20

DAMES

100 mètres : 1. Charlotte BONNET, Nice, 54.75 ; 2. Anna SANTAMANS, Nice, 55.05 ; 3. Cloé HACHE, Nice, 56.02 ; 4. Assia TOUATI, DTOEC, 56.12 ; 5. Marie WATTEL, Nice, 56.47.

400 mètres : 1. Coralie BALMY, Montpellier-Antibes, 4’8.07

200 mètres dos : 1. Pauline MAHIEU, US Saint-André-Font-Romeu, 2’15.24

100 mètres brasse : 1. Adeline MARTIN, Antibes, 1’10.43 ; 2. Fanny DEBERGHES, Montpellier, 1’10.75.

200 mètres papillon : 1. Lara GRANGEON, CN Calédonien-Font-Romeu, 2’11.10 ; 2. Marie WATTEL, Nice, 2’14.49.

200 mètres 4 nages : 1. Charlotte BONNET, Nice, 2’15.55