Mois : février 2016

GBR: BENJAMIN PROUD, 21s73 SUR 50, AIMEE WILLMOTT, 4:36s21 EN 4 NAGES

Lundi 29 Février 2016

Benjamin Proud, le sprinteur anglais de UCP Marjon, a nagé un 50 mètres en 21s73, 4e performance mondiale ex-aequo cette année derrière Fratus, Brésil, 21s37, Adrian, USA, 21s56, Manaudou, France, 21s57, et à égalité avec McEvoy, Australie. Il avait dominé largement les séries en 21s89. C’est un record britannique pour Proud (ancien, 21s76) qui a été finaliste sur 50 mètres aux mondiaux de Kazan. Proud a également été chronométré en 49s10 sur 100 mètres, à quatre dixième de son record, 48s70. Deux performances de valeur ont été enregistrées par Aimée Willmott, de East London. D’abord sur 400 mètres quatre nages dames, en 4:36s21, ensuite sur 800 mètres avec 8:36s00, et devancé la jeune Camille Hattersley, de Glasgow, 8:41s31. Sur 400 mètres quatre nages, elle avait déjà nagé 4:34s82 (2e performance de l’année) ce 23 janvier. Sur 1500 mètres messieurs, Tim Shuttleworth, de Loughborough, signe un honnête 15:19s57. A noter aussi Nicholas Grainger, de Guest, 3 :50s62 au 400 mètres, devant Max Litchfield, de Sheff Hallam, 3:51s99, et  Anthony James, de Plymouth, 52s77 au 100 papillon. Toutes ces performances ont été réalisées aux Championnats des Universités et des Collèges britanniques, les 19 et 20 février aux bassins de Ponds Forge, à Sheffield.

UNE FORFAIT PEU EN CACHER UN AUTRE

CUBA JETTE L’ÉPONGE EN WATER-POLO FÉMININ: SIX DÉFECTIONS

 Lundi 29 Février 2016

Cuba s’est retire du tournoi de qualification pour les Jeux olympiques, aux Pays-Bas. Cinq joueurs et un entraîneur ont « choisi », comme on dit, « la liberté » et fui le pays pour le Mexique, où elles se trouvaient pour un camp d’entraînement.

“C’est une honte, parce que nous avions une bonne équipe, n’a su que dire le commissionaire national cubain, Eduardo Medina. Peut-être n’avions-nous pas le potentiel pour gagner un billet pour Rio de Janeiro, mais étions prêtes à jouer à notre meilleur contre nos rivales du groupe B.

Cuba, qui avait gagné sa place dans le tournoi de qualification de Gouda en finissant 4e du tournoi des Jeux Panaméricains de Toronto, vont être remplacées par l’Allemagne dans un groupe où l’on retrouvera les équipes de France, d’ Italie, Nouvelle-Zélande, Russie sans oublier l’hôte des Pays-Bas.

Ce forfait de dernière minute peut lui valoir une sanction de la part de la Fédération Internationale. Ce genre de défections est comme qui dirait une habitude à Cuba. L’an dernier des joueurs de son équipe de football s’installa aux USA, lors du tournoi Gold Cup qui se jouait sur le sol des Etats-Unis.

LeGroupe A opposera les USA, le Grèce, le Canada, l’Afrique du Sud, l’Espagne, Japon.

Le Brésil, la Chine, la Hongrie et l’Australie sont qualifiées.

 

PAUL POWERS A LA POURSUITE DE CAELEB DRESSEL

Dimanche 28 Février 2016

Quand on voit défiler les meetings universitaires, dames ou messieurs, on prend conscience de la « puissance » et de la capacité de renouvellement de la natation US. Les « BIG-10 » qu’a accueilli l’Université de Purdue, une de ces unités géantes () qui ont commencé petites : six enseignants et trente-neuf étudiants en 1874 ! Les Ten sont une institution qui a été lancée depuis Purdue en 1895, deux ans avant que ne soit délivré le premier diplôme de philosophie ne soit décerné, ce qui montre bien quelles sont les priorités de l’Université US…

Cent vint et un ans plus tard, les Big Ten de natation ont vu Dylan Bosch de l’Université de Michigan, réaliser un triplé classique, sur 200 papillon et les deux courses de quatre nages, tandis que Blake Pieroni doublait 100 et 200 yards libre. En valeur pure, la grosse performance a été le fait de Paul Quinn Powers (Michigan), 18s85 sur 50 yards, 12e performance tous temps de Marcelo Chierighini égalée. Powers, lit-on dans la biographie de lui publiée sur le site Swim Swam (site excellent que tout fan de natation devrait fréquenter, on y trouve aussi les rankings mondiaux de Tyr), s’est exprimé relativement tard (pas tellement d’ailleurs, étant né le 17 novembre 1995, il a tout juste 20 ans) parce qu’il jouait plutôt au basket. Cet étudiant en ingénierie mécanique a déjà gagné des médailles aux PanPacifics juniors en 2014 et du bronze sur 50 mètres aux mondiaux universitaires en 2015. Invité pour participer à cette compétition, il s’était étonné que Caeleb Dressel ne lui ait pas été préféré. Il contacta Dressel qui le rassura : il avait été convié, et avait refusé. Aujourd’hui, entraîné par Mike Bottom à Michigan, il a suivi un stage avec Jason Lezak (le ‘’bourreau’’ d’Alain Bernard dans le relais quatre fois 100 mètres français des Jeux de Pékin) qui lui enseigna comment se préparer dans les jours précédant une compétition. Grand, surpuissant (1,93m, 95kg), il a terminé 8e des championnats US sur 50 et ne s’en glorifie que pour une raison : seulement cinq freshmen en cinq ans ont atteint la finale A de la course. Powers n’est certes pas Dressel. Il n’en a pas les formidables qualités de « glisses » subaquatiques, et sa nage est basée sur une « rotating action » assez frénétique. Mais il va quand même fort vite !

Blake Pieroni, de deux jours l’aîné de Powers, et qui a gagné 100 et 200 yards, est un nageur batailleur. L’an passé, il a devancé deux fois Caeleb Dressel dans des courses où ce dernier partait largement favori. Ici, battu dans le relais sur 200 yards par Nielssen, il a pis sa revanche dans l’individuelle. Dylan Bosch est un international sud-africain, médaillé aux Commonwealth Games…

50y : 1. Paul Powers, Michigan, 18s85; 2. Ali Khalafalla, Indiana, 19s27

100 y: 1. Blake Pieroni, Indiana, 42s27.

200 y : 1. Blake Pieroni, Indiana, 1:32s33 ; 2. Anders Lie Nielssen, Michigan, 1:33s03.

500 y : 1. Anders Lie Nielssen, Michigan, 4:12s83.

1650 y: 1. Patrick Ransford, Michigan, 14:36s61.

100 y dos: 1. Matt McHugh, Ohio, 45s07.

200 y dos: 1. Tristan Sanders, 1:41s81.

100 y brasse: 1. Ian Finnerty, Indiana, 51s75.

200 y brasse: 1. Marat Amaltdinov, Purdue, 1:52s67 ; 2. Cody Taylor, Indiana, 1:52s70.

100 y papillon : 1. Matt McHugues, Ohio, 45s46 ; 2. Vinicius Lanza, Indiana, 45s64.

200 y papillon: 1. Dylan Bosch, Michigan, 1:40s86 ; 2. Evan White, Michigan, 1:42.36; 3. Vinicius Lanza, Indiana, 1:42s38.

200 y 4 nages: 1. Dylan Bosch, Michigan, 1:43s02.

400 y 4 nages : 1. Dylan Bosch, Michigan, 3:41s61.

4×50 y : 1. Indiana, 1:16s93. Au départ, meilleur temps, Powers, Michigan, 19s06.

4 x 100 y : 1. Indiana, 2:50s51. Meilleurs temps en départ, Paul Powers, Michigan, 42s82 ; Anze Tafcar, Indiana, 42s83, Matt McHugh, Ohio, 42s92

4×200 y : 1. Michigan, 6:15s04 ; 2. Indiana, 6:16s28. Au start, Nielssen, 1:32s36 devant Blake Pieroni, 1:32s71

4×50 y 4 nages : 1. Michigan, 1:24s12

4×100 y 4 nages: 1. Indiana, 3:5s61. Lancé, Blake Pieroni, Indiana, 41s84

VOUS REPRENDREZ BIEN UN PEU DE BILQUIST

AMY BILQUIST SECOUE LE DOS FÉMININ AMÉRICAIN

Éric LAHMY

Dimanche 28 Février 2016 

Sur 200 yards dos, Elizabeth Stewart, qui détient le record des USA, avec 1:47.84 (elle devance Missy Franklin et ses 1:47s91) s’est retrouvée devancée par quatre filles et c’est Amy Bilquist, une « freshman » (en l’occurrence fraiche woman) qui a réglé tout le monde, à la rencontre féminine des PAC-12. Absente jusqu’ici de la liste des 25 premières Américaines sur la distance, Bilquist a accroché ici un 1:49s90, 7e temps US derrière, donc, Pelton, Franklin, Bartholomew, 1:49s35, Coughlin, 1:49s52, Beisel, 1:49s82, et Kylie Stewart, 1:49s85. Elle nage en compétition, dit-elle, depuis l’âge de quatre ans, passant de son Minnesota natal (née à Edina, le 11 août 1997) en Illinois, en Arizona puis en Indiana, et a randonné jusqu’à la dernière année de high school entre volley-ball et  natation avant que la passion natation ne l’emporte. Son arrivée au lycée de Carmel fut reçue comme une bénédiction par une autre nageuse, Claire Adams. Claire insistait pour que toutes deux se promènent ensemble dans les rues de la ville. Pour le plaisir d’entendre dire: « regarde ce que cette fille est grande » en sachant que ce n’était pas moi, avoue-t-elle. Claire Adams mesure 1,80m, Bilquist 1,88m. C’est une teigneuse dans le bon sens du terme : « mon truc préféré, comme nageuse, expliquait-elle à Katlynn Emaus, propos recueillis dans Swimming World le 4 octobre 2015, consiste à me pousser jusqu’à mes derniers retranchements, à l’entraînement comme en compétition, jusqu’au point d’inconfort, puis de choisir de passer au-delà de la douleur, et découvrir tout ce dont je suis capable. »

Bien entendu, de telles déclarations ne doivent pas toujours être prises au pied de la lettre. Mais en ce qui concerne Amy Bilquist, cela ne semble pas être du bla bla… L’été dernier, on lui diagnostiqua plusieurs fractures de fatigue dans les jambes. Pas le genre de soucis qui arrivent quand on fait de la chaise longue, même si une croissance rapide (elle appartient à une famille de grands, père et frère de 1,96m, soeur ainée de 1,83m) a pu aider à compliquer les choses. Il lui était interdit de culbuter voire même seulement de pousser dans les virages, ce qui est assez pénalisant dans la natation d’aujourd’hui, où l’on « joue » autant avec le mur qu’on ne nage. Dans ces conditions, aux championnats US d’été 2015, elle a terminé 6e du 50 mètres en 25s26 alors qu’en 2014, à 16 ans,  elle avait nagé 25s04 ; toujours aux championnats, elle a remporté la finale C du 100 mètres en 55s38 et fini 11e du 100 dos. Son programme inclut typiquement 50 et 100 crawl, 100 dos, et des incursions sur 200 libre et dos. Ici, outre son notable 200 dos, elle a lancé le relais de sprint de Cal-Berkeley en 48s02, un temps qui lui eut donné la 5e place dans la course individuelle ; la veille, toujours en libre, lancée, elle avait signé un temps de 47s40, après s’être ratée sur 100 yards dos, en 50s81, alors que son temps des séries, 50s50, 6e performance tous temps, lui eut donné une nette victoire. Jeudi, Bilquist avait terminé 7e du 50 en 22s14 avant de nager le meilleur temps lancé, en relais, 21s46, et d’aucuns prédisent pour elle des succès à la Caeleb Dressel, au féminin.

A part ça, Lia Neal a nagé un solide 100 yards pour devancer Farida Osman, tandis qu’Ella Esatin a complété son triomphe en quatre nages par un succès sur 200 papillon.

Le classement final a donné la victoire l’Université de Californie du Sud, 1481pts, devant Stanford, 1344pts, California Berkeley, 1306pts, Arizona, 1125pts, California Los Angeles, 995pts…

100 y : 1. Lia NEAL, Stanford, 46s97 ; 2. Farida OSMAN, Cal, 47s20; 3. Anika APOSTALON, USC, 47s77; 4. Katarzyna WILK, USC, 47s93 (séries, 47s61)

1650 y : 1. Elizabeth STINSON, USC, 15:59s13 ; 2. Sammy HARRISON, Oregon, 16:6s13 ; 3. Allie WOODEN, USC, 16:8s42

200 y dos: 1. Amy BILQUIST, Cal, 1:49s90; 2. Kathleen BAKER, Cal, 1:50s74 ; 3. Janet HU, Stanford, 1:51s46 (série: 1:50s48; 4. Ally HOWE, Stanford, 1:51s47; 5. Elizabeth PELTON, 1:52s68 (série : 1:52s46 ; 6. Kendyl STEWART, USC, 1:52s70

200 y brasse : 1. Sarah HAASE, Stanford, 2:7s69 ; 2. Riley SCOTT, USC, 2:8s84 ; 3. Emma SCHOETTMER, Arizona, 2:8s98 (séries, 2:8s88).

200 y papillon: 1. Ella EASTIN, Stanford, 1:52s01 (en séries, 1:51s96) ; 2. Noemie THOMAS, Cal, 1:53s85; 3. Kelly NAZE, Cal, 1:53s98

4×100 y: 1. Stanford, 3 :11s44 (Janet Hu, 47s94, Ally Howe, 48s62, Ella Eastin, 47s97, Lia Neal, 46s91); 2. USC, 3:11s87; 3. Cal, 3:11s95

UN YANNICK AGNEL SANS ETINCELLES

Samedi 27 Février 2016

Yannick Agnel a gagné samedi à Chalon-sur-Saône le 200 mètres nage libre du meeting national du Grand Chalon. Privé d’adversaire, il a été chronométré en 1’48.94. Passages en 25.43, 52.87, 1’20.84 et a fini avec quatre longueurs d’avance sur son équipier Igor Dupuis, 1’53.77. Difficile de tirer le moindre enseignement d’un temps de cet ordre, en l’absence d’un clair point de vue subjectif (intentions au départ, fatigue à l’arrivée) ou de notations techniques précises. Mais il ne trouvera là rien d’autre qu’un épais brouillard pour se rassurer, à cinq semaines des sélections françaises (à Montpellier) pour les Jeux de Rio, et vu d’ici, nul ne peut dire si Agnel a tiré avantage de son long stage asiatique. Les affaires sérieuses, c’est à Marseille, le meeting Golden Tour, la semaine prochaine. Là, on devrait savoir ce qu’il reste du champion olympique de Londres et champion du monde de Barcelone.

Au 400 mètres quatre nages, Fantine Lesaffre, 4’42.32. Sur 100 mètres dos, K-Ryls Miatti, 56.60. Sur 1500 mètres, Julie Berthier, 16’53.31 et Théo Cacheux, 15’49.06 (tous de Mulhouse). Margaux Verger Gourson, de l’AC Boulogne-Billancourt, gagne le 200 libre en 2’3.57

ELLE EASTIN, NOUVELLE NAGEUSE COMPLÈTE, ET QUATRE SPRINTEUSES DE STANFORD

Samedi 27 Février 2016

Ella EASTIN, 3’59.30 au 400 yards quatre nages, a confirmé son apparition au sommet de la natation universitaire US, lors de la troisième journée du PAC-12 féminin, à Federal Way, Etat de Washington. Ce temps n’a été devancé, aux USA, que par cinq filles dans le passé, Katinka HOSSZU, 3’56.54, Caitlin LEVERENZ, 3’57.89, Maya DI RADO, 3’58.12, Julia SMIT, 3’58.23, et Elizabeth BEISEL, 3’58.35.

L’Université de Californie du Sud mène aux points, 951, devant Stanford, 946 et Berkeley, 890,5pts

D’autres performances notables : Lia Neal a grappillé 0.15 sur son record pour devancer tout son monde, dont Elizabeth PELTON, 3e, qui a pourtant nagé deux secondes plus vite dans le passé. En dos, Ally HOWE elle aussi a battu une  star de l’épreuve, Rachel BOOTSMA, 50.03 l’an dernier et ici 50.81. En brasse, Sarah HASE a amélioré son temps, 58.02 contre 58.19. Même chose pour Farida OSMAN, dont les 50.53 effacent ses 50.94 de la saison dernière.

Stanford a archi-dominé le relais de sprint. Les temps de passage n’ont pas publiés, alors qu’ils auraient pu être fort intéressants.

200 yards : 1. Lia NEAL, Stanford, 1’42.50; 2. Kirsten VOSE, USC, 1’44.19; 3. Elizabeth PELTON, Cal, 1’44.59; 4. Chelsea CHENAULT, USC, 1’44.82. Finale B: 1. Katarzyna WILK, USC, 1’44.44

100 yards dos: 1. Ally HOWE, Stanford, 50.71; 2. Rachel BOOTSMA, Cal, 50.76; 3. Amy BILQUIST, Cal, 50.81; 4. Kathleen BAKER, Cal, 51.05

100 yards brasse: 1. Sarah HAASE, Stanford, 58.02; 2. Scott RILEY, USC, 59.31; 3. Emma SCHOETTMER, Arizona, 1’0.32.

100 yards papillon : 1. Farida OSMAN, Cal, 50.53 ; 2. Kendyl STEWART, USC, 51.17 ; 3. Noemie THOMAS, Cal, 51.40 (en series, 51.15).

400 yards 4 nages : 1. Ella EASTIN, Stanford, 3’59.30 ; 2. Kelly NAZE, Cal, 4’6.56

4 fois 100 yards 4 nages : 1. Stanford, 3’26.25 ; 2. Cal, 3’30.17 ; 3. USC, 3’30.31

 

MARC-ANTOINE OLIVIER ET AURÉLIE MULLER SE DORENT À ABOU DHABI

LA NATATION FRANÇAISE SAISIT L’OPPORTUNITÉ DE L’EAU LIBRE

ÉPREUVE RELATIVEMENT NEUVE DU PROGRAMME OLYMPIQUE MAIS NÉE D’UNE TRADITION SÉCULAIRE ET VENUE DU FOND DES ÂGES, L’EAU LIBRE RESTE UN « CONTINENT » PEU EXPLOITÉ. LES FRANÇAIS S’Y ENGOUFFRENT AVEC APPETIT. ET TALENT ! APRÈS SON TITRE MONDIAL A KAZAN, AURÉLIE MULLER GAGNE A ABOU DHABI, MARC-OLIVIER ANTOINE AUSSI, ET LES FRANÇAIS SONT PARTOUT.

La délégation française au « marathon » nautique d’Abou Dhabi n’était pas seulement la plus fournie, onze garçons, sept filles, mais également la plus costaude. Les deux courses – 10 kilomètres – sont tombées entre les mains des « Tricolores ». A Marc-Antoine Olivier la course masculine, à Aurélie Muller la féminine. Un vrai hold-up. Ces deux-là sont entraînés par Philippe Lucas

Il est toujours intéressant de savoir qui l’on a battu. C’est même essentiel pour apprécier la valeur de la performance. Jack Rex Burnell, devancé d’une trentaine de mètres par Marc-Antoine Olivier, est la deuxième nageur de 1500 mètres et le premier nageur d’eau libre de Grande-Bretagne. Il s’est qualifié pour les Jeux olympiques de Rio en entrant dans les dix premiers du 10 kilomètres des mondiaux de Kazan. A noter qu’il y a fini cinquième devant un certain… Marc-Antoine Olivier. Le Français lui a donc, si l’on veut, rendu la monnaie de sa pièce. Alors, c’est tout ? Non, Olivier a également devancé le Néerlandais Terry Weertman, 8e ici, mais qui avait obtenu la médaille d’argent à Kazan, et le Grec Spyridon Giannotis, également sur le podium de Kazan (3e), qui a fini ici 12e , juste devant Damien Cattin-Vidal. Le 3e de la course d’Abou Dhabi n’est autre que Jack Burnell, champion du monde des 25 kilomètres. Que du beau monde ! Quant à Axel Reymond, toujours aux avant-postes et qui menait même aux alentours du dernier passage de bouée, il manquait tout simplement de vitesse à l’emballage : on a noté quinze nageurs plus vite que lui dans les 2000 derniers mètres. C’est dans la portion finale de l’épreuve qu’Olivier, en revanche, éparpillait ses adversaires et gagnait nettement détaché.

La victoire d’Aurélie Muller ne souffre elle non plus d’aucune contestation, et d’ailleurs, comme elle est la championne du monde en titre du 10 kilomètres, n’a même pas besoin de justifier de la qualité de ses adversaires. Une fois encore la meilleure a gagné ! Il suffit de dire qu’Aurélie s’est montrée une nouvelle fois intraitable. Je ne sais si mener comme elle l’a fait est se conduire comme une grande championne ou comme une ambitieuse outsider, les deux sans doute, mais Muller a été constamment aux avant-postes, bataillant pour commencer avec l’Allemande Sveja Zihsler, vite dépassée, et Eva Risztov, hongroise championne olympique, entrant dans un interminable bras de fer avec Risztov, toutes deux comme accrochées l’une à l’autre dans le paquet de tête où apparaissait Poliana Cintra (Brésil) et auquel s’étaient jointes la rapide Italienne Rachele Bruni, triple championne d’Europe sur 5 kilomètres, et l’infatigable marathonienne brésilienne Anna Marcela Da Cunha. Bruni, se sentant au bout de son rouleau, tenta-t-elle de jouer de sa vitesse de base en attaquant au passage de la bouée des huit kilomètres ? Elle était en tête à ce moment, Aurélie sur ses talons. Ce fut le sprint, un long douloureux implacable sprint de deux mille mètres, mais Muller les laissa toutes loin derrière, à quatorze secondes.

Aurélie s’étonnait d’avoir gagné, se sachant en pleine préparation sur de gros kilométrages et donc pas reposée. Mais sans doute, si elle avait mesuré la fatigue des autres, elle aurait convenu qu’elles étaient toutes à ce même niveau. Derrière elles, les Brésiliennes finissaient dans l’ordre, pratiquement dans le même coup de bras, devant Payne et Bruni.

Au résultat final, les Français ne laissaient d’impressionner par leur densité. Côté filles, on trouvait Adeline Furst, 15e, Océane Cassignol, 16e , Ophélie Aspord, 26e, Caroline Jouisse, 32e et Lisa Pou, pour deux jours la benjamine de la course, elle est née le 28 mai 1999 contre le 26 mai pour Cassignol, et Charlyne Secrestat, 35e.  Et, derrière Olivier, les Français ? Reymond, l’a dit, 5e, Damien Cattin Vidal, 13e, Logan Fontaine, 17e, David Aubry, 22e, Yann Corbel, 42e, Benjamin Brantu, 46e, Farid Zitouni, 53e, Hugo Chopineau, 58e et Valentin Bernard, 62e. Après ça vous ne direz qu’il ny a que des sprinters en France.

YANNICK AGNEL EN LÉGERS PROGRÈS SUR 400 MÈTRES

CE N’EST QU’UN DÉBUT CONTINUONS LE COMBAT ?

Éric LAHMY

Vendredi 26 Février 2016

Un temps intéressant, 3’52s87, en ce qu’il marque un petit progrès, mais loin d’être mirobolant, sur 400 mètres, pour Yannick Agnel, ce vendredi après-midi à Chalons. Si le champion olympique du 200 mètres a depuis près de cinq saisons abandonné toute ambition sur la distance double de celle sur laquelle il remporta l’honneur suprême aux Jeux de Londres, en 2012, le 400 mètres n’en représente pas moins une pierre de touche, un témoignage d’une base d’endurance indispensable sur 200.

Regardez les temps de 400 mètres de tous ceux qui peuvent envisager de gagner le 200 mètres aux Jeux olympiques de Rio. James GUY, le champion du monde sortant sur 200 mètres a réussi 3’46s76 ; Kosuke HAGINO, le vainqueur des Jeux asiatiques, 3’47s61 ; Velimir Stjepanovic, le champion d’Europe du 200 mètres en 2014, a réalisé 3’47s75 à Dubaï ; Sun Yang, qui mène les bilans mondiaux sur 200 mètres cette saison avec 1’45s79, n’en parlons pas : même s’il ne s’est toujours pas exprimé sur 400 mètres en 2016, il convient de se souvenir qu’il en est le champion olympique et champion du monde 2013 et 2015 (ainsi que le recordman du monde du 1500m). Les seuls ténors du 200 mètres à ne pas avoir fait d’éclat sur 400 mètres, à l’instar de Cameron McEvoy (qui, de vous  à moi, ne me parait pas le mieux placé pour gagner le 200 à Rio – à la différence du 100 mètres), Sebastiaan Verschuren ou à la rigueur Jeremy Stravius sont les nageurs de « 100-200 mètres » – ce qu’Agnel prétend être aujourd’hui (mais sans encore en avoir formellement apporté la preuve).

Il eut été intéressant de voir, comme il était annoncé, Agnel au départ des 50 mètres, ce qui eut permis de tenir les deux extrémités, 50 et 400 mètres, d’un registre, qui aurait donné une certaine idée de ses possibilités sur les deux courses intermédiaires du dit registre, le 100 mètres et le 200 mètres – celles sur lesquelles il parait diriger ses ambitions…

A défaut de cela, on devra attendre demain, et le 200 mètres, pour avoir une réponse concrète. En attendant, Agnel, livré à lui-même dans un meeting privé de nageurs à sa mesure, s’est d’abord qualifié luxueusement, en 3’56s70, avec dix mètres d’avance sur le second, son collègue d’entraînement à Mulhouse Igor Dupuis.

Temps de passage de 27s27, 56s92, 1’26s69, 1’56s73, 2’26s86, 2’57s30, 3’27s37, soit, 50 par 50 mètres, 27s27, 29s65, 29s77, 30s13, 30s44, 30s06, 29s33… On retrouve là un profil de nage de Yannick, marquée par un départ énergique sans qu’on puisse remarquer un net affaiblissement en fin, d’où une assez bonne égalité d’allure.

Mais bien entendu, la finale est beaucoup plus parlante.

27s14, 56s23, 1’25s85, 1’55s54, 2’24s63, 2’54s29, 3’23s90, 3’52s87, ce qui donne, par 50 mètres: 27s14, 29s09, 29s62, 29s69, 29s09, 29s66, 29s61 et 28s97. Une bonne égalité d’allure, un profil marqué par un coup d’accélérateur juste après le mur des 200 mètres…Et une seconde moitié de course bien équilibrée.

Au bout du compte, tout cela reste insuffisant pour nourrir de fortes ambitions, mais rien n’interdit d’espérer une montée en puissance dans les prochaines semaines. Espérons donc…

Entre-temps, on annonce Yannick Agnel (et Jeremy Stravius) au meeting de Marseille, la semaine prochaine. Les affaires reprennent…

DAMES.- 200 mètres dos : 1. Fantine LESAFFRE, Mulhouse, 2’15s49 en séries.

A FEDERAL WAY, LE PAC-12 DÉBUTE BLACK (CHENAULT) BLANC (EASTIN) BEUR (OSMAN)

FARIDA OSMAN ÉGALE SIMONE MANUEL

Éric LAHMY

Vendredi 26 Février 2016

A Federal Way, dans l’État de Washington, tout au nord-ouest des USA, collé juste en dessous de Vancouver, les 12 équipes du Pacifique (PAC-12) féminines se disputent les oripeaux des vainqueurs de l’an passé, California (pour l’instant menées aux points voire malmenées, derrière Southern Californie, Stanford, Berkeley et Arizona) !

Pas par la faute de leur Égyptienne de service, Farida Osman, qui a terminé le 50 yards libre avec une avance inhabituelle de plus d’un yard sur une des stars du sprint américain actuel, la brune Lia Neal, en 21s32 contre 21s88. Effort qui égale la 2e performance américaine « tous temps » de Simone Manuel, derrière le vieux chrono polyuréthane de Lara Jackson, 21s27, réalisé en finale des NCAA le 19 mars 2009. Farida ne fit pas le détail : elle a mis plus de distance entre elle et sa seconde qu’entre celle-ci et la onzième du classement.

Farida, nationalité sportive égyptienne, est plus américaine que les Américaines. Née à Indianapolis, elle nage depuis toujours aux USA. Elle n’est pas très grande, 1,71m, mais ses muscles sont bourrés de fibres rapides. Au plan mondial, ses hauts faits sont une 5e place au 50 papillon et une 10e au 100 papillon des mondiaux de Kazan. Il ne faut pas tirer trop de conclusions de sa performance par rapport aux Jeux de Rio, le sprint féminin américain n’étant plus ce qu’il a été il fut un temps au plan mondial et Simone Manuel, la plus douée dans l’exercice des cinquante États, dont elle a égalé le temps, reste pour l’instant inférieure aux grandes Australiennes (Bronte et Cate Campbell) et Européennes (Sjöström, Kromowidjojo)…

Simone Manuel ? On cherchera en vain son nom dans les résultats. Simone, en accord avec ses coachs de Stanford, a décidé à l’automne de mettre entre parenthèses sa saison sportive 2015-2016 pour se concentrer sur l’entraînement en grand bassin en vue des Jeux olympiques de Rio. Cette pratique d’étalement des études, dite « redshirting » lui permettra d’effectuer sa scolarité sur cinq années…

CHELSEA CHENAULT, UN ARC-EN-CIEL

ILLUMINE LES 500 YARDS

Autre sujet digne d’être noté, Elle Eastin (Stanford) gagne sur 200 yards quatre nages en 1’52s77. L’intéressant, c’est que cette fille de bientôt dix-neuf ans – le 28 mars prochain – est une valeur montante ; elle a battu son record, 1’54s53, en séries, avec 1’53s33, et en finale maîtrise très difficilement une tête d’affiche certifiée de la distance, Kathleen Baker (Cal Berkeley), 1’52s80, tandis qu’Elisabeth Pelton (Cal Berkeley), la plus décorée de cette finale (elle avait l’an passé fini 2e des NCAA derrière Missy Franklin), s’est liquéfiée, 6e en 1’56s19. Eastin est à une seconde juste de la meilleure performance américaine de Caitlin Leverenz, 1’51s77 en 2012 (celle-ci avait devancé dans la douleur une certaine Katinka Hosszu, 1’51s80).

Les passages des deux filles trahissent une lutte intense, où Baker prend l’avantage en brasse et Eastin reprend tout le terrain perdu en crawl : Eastin, 24s46, 51s89, 1’25s29, 1’52s89 ; Baker, 24s50, 52s04, 1’24s26, 1’52s80.

Sur 500 yards, Chelsea Chenault, Southern California, l’emporte en 4’38s13. La victoire de cette championne du monde de Kazan, avec le relais quatre fois 200 mètres, confirme la montée des ondines de couleur, après les performances des Manuel, Neal, Hinds. A son sujet, on devrait dire : de couleurs, au pluriel, car elle résume et enjolive le terme de « melting-pot » (creuset) à elle seule, avec un père d’ascendance africaine et japonaise et une mère germano-croate. Un arc-en-ciel!

AGNEL PÈSE-T-IL ENCORE AU PLAN MONDIAL ?

MAIS IL FAUDRAIT QUAND MÊME

QU’IL RELACE SES CHAUSSURES

 Éric LAHMY

Jeudi 25 Février 2016 

YANNICK AGNEL NAGE CE WEEK-END À CHALON-SUR-SAÔNE. MAIS PAS LE 100 MÈTRES. IL PEUT PARAITRE ÉTRANGE QU’IL NE SOIT PAS ENGAGÉ SUR CETTE DISTANCE, ALORS QU’IL S’ANNONCE SUR 50, 200 ET 400 MÈTRES.

A regarder le programme, on est moins étonné. Les organisateurs ont placé le 100 mètres dimanche soir, dont il constitue l’épreuve finale (et sans doute dans leur esprit l’apothéose), 44e du programme (fort long) de l’après-midi. Le meeting débutant dimanche à 15h30, celui qui a nagé les séries le matin, vers 11 heures, doit attendre sans doute autour de 18 heures de se mettre à l’eau. Pourquoi pas pour les locaux de l’étape, mais quand on doit rentrer à Mulhouse, avec le dernier Chalon-Colmar en train à 16 heures 42, à moins de disposer d’un jet privé, c’est presque 300 kilomètres de route de nuit.

Quel est l’enjeu pour Agnel, à Chalon ? Il est de valider le travail effectué pendant un stage, long d’un mois, en Thaïlande. Selon l’importance de l’affutage consenti, on devrait peut-être même être informé de son état de forme à la veille des sélections olympiques, qui vont se jouer à Montpellier du 29 mars au 3 avril.

Pour l’instant, la saison 2015-2016, qui mène aux Jeux de Rio, s’inscrit en quelques chiffres pour Yannick : 22s87 au 50 mètres, 49s33 au 100 mètres et 1’47s28 au 200 mètres. Son temps sur 50 mètres a été réalisé à Doha, le 3 novembre ; les 49s33 en font le 3e Français derrière Florent Manaudou, 47s98, et Jeremy Stravius, 48s34.

Le 200 mètres parait rester sa meilleure distance, dans l’absolu et surtout par rapport à la France, où seul Stravius, 1’47s10, apparait au niveau international. A Dubaï, où Agnel a établi ses meilleures performances de l’année sur 100 et 200, c’est d’ailleurs Stravius qui l’a précédé, dans son 200, « à la touche ».

A Doha, Agnel a aussi nagé un 400 mètres sans gloire, en 3’54s12. Ce début de saison, 22 nageurs ont réalisé moins de 3’50s00 sur la distance.

En 2012, Agnel atteint le sommet de sa carrière. L’entraînement féroce auquel l’a soumis Fabrice Pellerin à Nice paie. Depuis, on assiste à une sorte d’érosion. On ne peut tricher avec les temps. Mettons de côté le 50 mètres, distance sur laquelle il n’effectue que des tentatives de circonstance.

UN 100 MÈTRES COUCI-COUÇA

Sur 100 mètres, donc, en 2012, le voilà à 47s84 ; avec 48s62 en 2013, il est passé par trois Marseillais, Gilot, 48s21, Manaudou, 48s41, Meynard, 48s53, ainsi que par Stravius, 48s53, mais il dispose de circonstances atténuantes, sa rupture avec Pellerin, un flottement d’un mois et son départ aux USA où il a choisi d’être entraîné par Bob Bowman. Mais en 2014, il doit déchanter, l’expérience Bowman a été catastrophique, sans qu’on puisse dire si la faute revient à l’entraîneur ou au nageur : forme envolée, il nage seulement 49s25, à Chartres, et n’entre pas dans le relais des championnats d’Europe ! Installé à Mulhouse, partiellement remis en selle par un temps de 48s68, 5e temps français de l’année, patatras, une pleurésie l’élimine en cours de saison. Le 6 novembre dernier, on l’a dit, Agnel inscrit une première performance pour sa saison olympique, 49s33, sur laquelle on ne peut pas anticiper sa valeur à venir. Ni très bon, ni mauvais, mais toujours dans le coup en France et hors du coup mondialement.

COMMENT PERDRE QUATRE SECONDES EN QUATRE ANS SUR 200 MÈTRES

Sur 200 mètres, Agnel, après une montée en puissance impressionnante, trouve son apex à Londres, 1’43s14, record du monde hors polyuréthane ! Seules des combinaisons ont nagé plus vite ! Admirons la pente ascendante : 1’50s48 en 2008, 1’47s02 en 2009, 1’45s83 en 2010, 1’44s99 en 2011, 1’43s14 en 2012.

Mais après le divorce d’avec Pellerin, la désescalade est aussi parlante. Reprenons : 1’43s14 en 2012, 1’44s20 en 2013, 1’45s63 en 2014, 1’45s97 en 2015 et 1’47s28 maintenant…

Sur 400 mètres, une distance dans laquelle Agnel pouvait ambitionner le titre suprême mais qu’il a abandonnée, même profil : 3’54s55 en 2008, 3’48s17 en 2009, 3’46s17 en 2010, 3’43s85 en 2011, 3’46s14 en 2012, 3’49s65 en 2014, 3’51s06 en 2015 et 3’54s12 à l’orée de 2016 (pas de 400 nagé semble-t-il en 2013). Comme disait Cécile Sorel, ayant atteint le bas de l’escalier Dorian, à Mistinguett: « l’ai-je bien descendu? » Mais ici nous ne sommes pas au Casino de Paris!

A noter que l’inversion de pente sur 400 se situe un an avant les Jeux. Si l’on s’amuse à reproduire sur 400 mètres ses progrès du 200 mètres au cours de l’année des Jeux olympiques de Londres, on arrive à 3’40s15 (le titre olympique est gagné en 3’40s08)…

À UNE SECONDE ET DEMIE DU LEADER… SUR 50, 100 ET 200

Mais que pèse aujourd’hui Agnel dans la course aux Jeux olympiques ? Sur 50 mètres ses 22s87 sont loin des 21s37 (en départ de relais) de Bruno Fratus, leader brésilien de la saison. Disons qu’il n’existe pas, sur cette distance particulière. Le 25e du monde a nagé 22s33…

Ses 49s33 sont un peu plus significatifs, quoique pas trop. Le leader mondial, Cameron McEvoy, a nagé 47s56. Se trouver à 1s77 sur 100 mètres, c’est être plus près qu’à 1s50 sur 50 mètres. Mais Agnel reste hors du coup. Le 25e des rankings de la saison établis par Tyr et le magazine Swim Swam est à 49s18.

C’est mieux sur 200 mètres : Agnel trône à la dixième place dans le monde, à distance respectueuse (1s47) de Sun Yang, 1’45s78, Velimir Stjepanovic, 1’46s10, Cameron McEvoy, 1’46s44, Guy James, 1’46s60, etc.

LE SOUCI, C’EST [AUSSI] SA TECHNIQUE

Plus ennuyeux peut-être a été la dispersion d’une certaine technicité. Coincé entre l’exemple de Camille Muffat et l’assujettissement à Pellerin, Agnel a acquis une nage de qualité dont l’apex s’est situé aux Jeux olympiques de 2012. Le coach l’a mis au point avec une rigueur obstinée, ne laissant passer des foucades de son poulain qu’une étrange et inventive entrée de virage dans laquelle il s’enfonce légèrement sous l’eau en appel de culbute ! Pour le reste, Agnel, champion d’exception, doit être constamment remis sur le rail de la bonne technique. Pellerin l’a dit, et écrit même dans son livre (1), ce qu’on prend alors pour une arrogance de pygmalion, il ne voit dans son nageur que des erreurs techniques à corriger

C’est sûr, c’est ce qu’on a noté de plus inquiétant dans l’Agnel de 2014 et de 2015, cette moindre précision. Un nageur certes puissant et talentueux, mais dont la nage est relâchée, défaite, il y a là-dedans quelque chose d’une chaussure mal lacée, qui flotte légèrement dans toutes les directions. Certaines données permettent une quantification du « problème » tel qu’li s’est posé retour d’Amérique. Agnel a perdu une partie de son efficacité propulsive. Cela n’a l’air de rien, mais, toutes choses étant égales par ailleurs, un nageur qui passe de 40 à 41 coups de bras par longueur de bassin va perdre le temps de ce coup de bras supplémentaire. Si à 40 coups de bras, son 200 est nagé en 1’43s14, à 41 coups, il va passer à 1’45s71. Certes, un élément tempère cet effet : dans un 200 mètres, en grand bassin, près de 40 mètres ne sont pas « nagés » mais sont formés par les élans du nageur au sortir du mur (départ et virages). Un autre élément peut le contrecarrer, et c’est le rythme de la nage : un nageur qui va perdre, donc, ici, un quarantième, c’est-à-dire 2,5% de son amplitude de nage, s’il augmente dans le même temps de 2,5% sa cadence, réalisera à l’arrivée le même temps.

Le problème, pour Agnel, est que la déperdition en termes d’amplitude de nage est beaucoup plus prononcée que ça. Dès avril 2014, Marc Begotti avait cherché à mesurer l’étendue des dégâts. Il ressortait de l’analyse comparative des performances du nageur aux Jeux olympiques de 2012, à Londres et aux championnats de France de Chartres les faits suivants. Sur 100 mètres, Agnel, 4e de la finale olympique en 47’’84, avait accompli la distance nagée en 69 coups de bras. A Chartres, Agnel n’avait pu finir plus vite qu’en 49’’59 et a utilisé 76 coups de bras pour achever sa course. Un mouvement beaucoup plus rapide n’avait pu compenser la détérioration de plus de dix pour cent de l’efficacité propulsive des bras !

Même constat sur 200 mètres. Aux Jeux olympiques de Londres, Agnel utilise 123 attaques de bras pour conclure en 1’43’’14, vainqueur, et vingt et un mois plus tard, 138 mouvements de bras, soit quinze de plus, pour effectuer la course en 1’45’’63.

Alors, à Chalon, va-t-on pouvoir noter si Agnel a relacé ses chaussures ?

(1). Fabrice PELLERIN, Accédez au sommet le chemin est en vous (Michel Lafon).