2017 : L’ANNÉE DE TOUS LES… (3) PROJETS.

2017 : L’ANNÉE DE TOUS LES… PROJETS : AUX FRANCE PETIT BASSIN DE MONTPELLIER, UNE NATATION FRANÇAISE À LA DÉRIVE ?

Éric LAHMY

Jeudi 30 Novembre 2017

Après la relative sortie de route des Jeux de Rio (Florent Manaudou, 2e sur 50 mètres, le relais quatre fois 100 mètres 2e  Pothain et Joly finalistes sur 400 et 1500 mètres), et surtout après les départs à la retraite de la génération des Agnel, Gilot, Stravius – d’aucuns particulièrement usés – on ne pouvait s’attendre à une grande année 2017. Mais il faut admettre qu’elle a été pire que prévu. Le club phare, Marseille a grillé quelques spots, Pothain et Joly se sont plantés aux championnats de France de Schiltigheim, et n’ont pas été sélectionnés aux mondiaux de Budapest, sommet de la saison; et le relais quatre fois 100 mètres a été victime de minima trop élevés pour sa valeur actuelle.

Les jeunes ? Ils n’ont pas plus été là.

Il est impossible, à la veille des championnats d’hiver petit bassin de ce week-end à Montpellier de mesurer les dégâts, la révision des systèmes informatiques et leur adaptation aux nouvelles régions ont empêché la parution de statistiques qui auraient permis de connaître ce qui pourrait marcher, ce week-end aux championnats de France de Montpellier.

Pour des raisons d’adaptation au calendrier mis en place par les phénomènes qui dirigent la natation mondiale, lesquels ne se sentent jamais aussi inventifs que quand ils ne respectent rien, pas même les saisons, et concluent l’hiver sportif avant qu’il ne démarre au calendrier, les championnats d’hiver se tiennent donc début décembre, alors que pratiquement aucun nageur en dehors des quelques-uns qui suivent un programme de professionnels, lequel consiste à ne rien faire que nager, ne peut se trouver en forme à ce moment et espérer s’en sortir lors de la saison estivale dont le sommet, pour ce qui concerne le vieux continent, se tiendra à Glasgow, en Ecosse, les 12-20 août prochain.

Et les Européens d’hiver ? Ils se dérouleront du 13 au 17 décembre à Copenhague, au Danemark, dans deux semaines. C’est dire qu’ils se terminent, je me permets d’insister, quatre jours avant le début officiel de l’hiver !

Si je lis bien le site fédéral, les 26 nageurs qualifiés pour Copenhague sont déjà désignés, mais quand on répond à l’invitation du système d’avoir plus d’info, rien n’apparait.

Bref, pour présenter ces championnats, vaut-il mieux demander à madame Soleil ? Pour la première journée, aujourd’hui, sur 100 papillon messieurs, première épreuve, sachant que Mehdy Metella est blessé (cheville), les mieux engagés sont trois plus ou moins vieilles connaissance : Jérémy Stravius, 29 ans, d’Amiens, crédité de 50s29 ; Jordan Coelho, 25 ans, Stade de Vanves, engagé à 51s66, et Nans Roch, 21 ans, Antibes, 51s76.

Sur 400 libre, Jordan Pothain, du Nautic Club Alp’38, engagé à 3’39s31, domine nettement sur le papier. Le mieux disant derrière le finaliste olympique de Rio est à quatre secondes, et c’est le Toulousain Joris Bouchaut avec 3’43s18. Quelques ténors de l’eau libre, Aubry, Olivier, Reymond, viendront mettre du piment dans ces séries, mais ils devraient manquer de vitesse et ne pourront pas être avantagés par les virages.

Au 200 mètres dos, tient la corde Oleg Garasymovich, Avignonnais de 20 ans, avec 1’53s12 ; il précède Maxence Orange, Nantais de 19 ans, 1’53s21, et le champion d’été 2017 clermontois Geoffroy Mathieu, 20 ans, 1’55s59.

Sur 200 quatre nages, Charlotte Bonnet (2’8s97) vient braconner sur les eaux de Fantine Lesaffre (2’10s69) tandis que Cyrielle Duhamel, 17 ans, de  Béthune, va aiguiser les bords de sa médaillée mondiale junior de la course aux deux actuelles cheftaines d’une épreuve, qu’elle a d’ailleurs dominées dans le bilan 2017 en grand bassin avec 2’13s31 contre 2’13s58 (Lesaffre) et 2’17s55 (Bonnet). Toujours Bonnet, qui la joue Iron Lady version française se retrouvera en tête de gondole sur 100 libre (52s95 devant Marie Wattel, la Montpelliéraine de Loughborough, 53s54 et Margaux Favre, d’Aqualove, 53s76, en l’absence de Béryl Gastaldello toujours dans ses études texanes. Sur 1500 mètres, les mieux armées sont Adeline Furst, Obernai, 16’7s71, la Belge de Denain Eva Bonnet, 16’11s06, et Margaux Bernard, Montpellier, 16’18s02.

Charlotte Bonnet, Nice, engagée à 30s74, part favorite du 50 brasse dames, Mélanie Hénique, de Marseille, devance sur le papier Mathilde Cini, Valence : 26s56 contre 27s05 sur 50 papillon tandis que le Suisse de Nice Jérémy Desplanches devrait gagner la course masculine du 100 quatre nages.

 Ces France en petit bassin sont plus intéressants en termes de « fun » que d’importance réelle. Ils représentent u n premier pas, encore une fois assez hors saison. Tout un chacun pourra en tirer des « enseignements », et les nageurs vont s’entrebattre pour des titres nationaux, toujours bons à prendre… Mais à part une surprise…

FIN DE CYCLE OU CLAP DE FIN? 

Récemment, parlant natation, je me suis laissé aller à cette réflexion : « finalement, la natation française, sa représentation internationale, depuis toujours, cela n’a jamais été plus d’un club à la fois. »

A ce moment, j’élucubrais autour des résultats de la saison passée… Encore une fois, à Budapest, la natation, enfin la natation de piscine, c’était Metella plus Lacourt, et Metella plus Lacourt égalent Marseille. Pour le reste, rien, enfin rien de significatif.

Je ne venais pas d’inventer l’eau chlorée, mais disons que cette idée – à l’international, la natation française n’a presque jamais été portée par plus d’un club à la fois – je l’avais sans doute pensée, mais jamais avec une telle netteté. Frédéric Delcourt, avec qui s’essayais cette idée, me disait hier au téléphone que je caricaturais… un peu.

Vrai. Un peu, mais pas beaucoup. Il en a été toujours, plus ou moins, comme cela. La natation française, c’est une petite locomotive et des wagons derrière.

C’est une pensée désabusée. 100, 200 puis 300.000 licenciées, 1300 clubs, dix, vingt, puis 72 techniciens (DTN, adjoints au DTN, adjoints aux adjoints du DTN, CTN , CTR, EN, coordonateurs, directeurs, directeurs adjoints, reliés aux pôles, à la recherche, directrices – il en faut – coordonateurs (–trices), attachés, détachés, chargés de mission, passionnés et branleurs, acharnés au boulot ou attendant le week-end en famille), et au bout du compte un lieu ou deux, rarement plus, de l’hexagone, où ça fonctionne au top, où ça accroche les podiums.

Et ça a quelque chose de vaguement déprimant…

Car ça interroge. Notre natation ne décroche-t-elle pas ? Pourquoi par exemple plus un seul nageur de haut niveau n’émerge-t-il de l’Île-de-France, région la plus riche de France, population 12 millions d’habitants, pourquoi la moitié des régions sont-elles désormais trouées de déserts de natation ? Pourquoi Nice, après l’embellie de 2012, a perdu tout élan ? Pourquoi son entraîneur, Fabrice Pellerin, après être apparu comme le technicien numéro un, mondialement connu, a-t-il replongé et n’attire-t-il presque plus de nageurs alors qu’il fait nager dans « sa » piscine ? L’ambition de nager (et de faire nager) n’existe-t-elle plus ? Les vocations d’entraîneur sont-elles en train de s’éteindre ?

Pourquoi aussi en 2017, ceux dont on pouvait attendre quelque chose, Pothain et Joly, ont-ils été « plantés », pourquoi le groupe de demi-fond de Marseille s’est-il raté aussi, pourquoi les Mulhousiens ont-ils dû repartir de zéro après avoir imprudemment tout misé sur un Yannick Agnel malheureusement carbonisé (et après l’expérience ratée avec Laure Manaudou ?), pourquoi entends-je parler à tort ou à raison du TOEC, d’Antibes, du Racing, et de tant d’autres, comme de clubs en échec ? Pourquoi a-t-on été tout ébaubis de la course sur 200 dos des championnats de France de Geoffroy Mathieu, alors que les 1’57s04 et des poussières de cet espoir ne pèsent pas très lourd au plan mondial, et pourquoi cet élève clermontois de Bruno Verweirde n’a-t-il pas été capable de les reproduire alors qu’ils lui auraient offert une place de demi-finaliste aux mondiaux de Budapest, où il a nagé deux secondes moins vite en séries ? Pourquoi  ne peut-on attirer dans les installations de l’INSEP autre chose que de « bons petits nageurs » et n’a-t-on pas répondu à l’époque aux souhaits de Philippe Lucas de faire de l’Institut parisien une machine de guerre pour la natation d’Île-de-France ? Pourquoi a-t-on tellement tardé à actualiser les installations de Font-Romeu ? Pourquoi a-t-on raté à nouveau les négociations avec Vergnoux ? Pourquoi ne semble-t-on pas vouloir donner sa chance à Robin Pla, au profil intéressant de coach scientifique, sur le site pyrénéen ?

Pourquoi la nageuse fanion française n’est-elle plus Laure Manaudou ou Camille Muffat, voire Coralie Balmy, mais Charlotte Bonnet, qui va faire un carton au niveau national ce week-end mais peine à atteindre les finales à l’international et ne joue pas le jeu des relais, et pourquoi ne voit-on plus personne derrière percer la surface des eaux ?

A-t-on pensé à ce qu’est un entraîneur de haut niveau ? A la difficulté du job, voire à son caractère quasi-impossible ? Doit-on laisser ces gens fonctionner au hasard, dans leur boulot compliqué ?  

Notre natation a-t-elle achevé un cycle où à force d’ambition, d’analyse des facteurs de la performance et grâce à une génération d’entraîneurs aujourd’hui vieillissants, ou fatigués, elle avait donné l’impression d’exister et parfois de s’imposer ? Va-t-on replonger dans la médiocrité triomphante des années 1955-60 et 1970-1990 ?

Qui relèvera le défi – toujours plus difficile, individuellement et collectivement – de la haute compétition ? Et avec quels moyens ?

La natation française est-elle à la dérive ? Ou prête à rebondir ?

Que de questions ? Qui saurait y répondre ?


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