Mois : octobre 2017

SCOTT VOLKERS RETOURNE SUR LE BANC DES ACCUSÉS

SCOTT VOLKERS RETOURNE SUR LE BANC DES ACCUSÉS

Scott Volkers, l’un des entraîneurs vedettes australiens, vient d’être arrêté dans son pays et accusé d’agressions sexuelles sur des enfants.

Rien de nouveau. La plainte trainait depuis des années.

Volkers, en effet, avait été arrêté en 2002 ; suspicion de comportement indécent vis-à-vis de moins de seize ans. Plus exactement de trois d’entre elles : Julie Gilbert, Kylie Rogers and Simone Boyce, âgées de respectivement 12, 13 et 14 ans lors des faits, qui l’accusèrent, pendant que Volkers déniait vigoureusement tout méfait. Il était également accusé des mêmes faits par une jeune fille de dix-huit ans. Finalement, les poursuites furent abandonnées (manque de preuves) mais Volkers y perdit plus ou moins son job : à deux reprises, on ne lui accorda pas la « carte bleue » qui lui aurait permis de travailler avec des nageurs de moins de seize ans. Compte tenu de l’âge moyen des nageurs, c’était une situation très pénalisante.

Volkers est un entraîneur de l’élite qui a obtenu certains succès. Il a ainsi dirigé la carrière sportive de Susan O’Neil, la double championne olympique (200 mètres papillon en 1996 et 200 mètres nage libre en 2000) et l’une des nageuses les plus médaillées de l’histoire de l’Australie, et de Samantha Riley, une championne de brasse.

Rendu incapable de travailler dans la natation en Australie, Volkers s’exila finalement en 2011 au Brésil, et se mit à entraîner au club Minas Tenis de Belo Horizonte. Il eut vite fait de s’imposer par ses compétences et se retrouva à la tête d’une équipe de nageurs qualifiés pour les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, qu’il put encadrer dans les stages préolympiques de l’équipe brésilienne.

Mais il fut interdit d’accès au bord des bassins et privé d’accréditation pendant la durée des Jeux, à la suite d’une requête de John Coates, président du comité olympique australien et vice-président du CIO, lequel se fendit d’une lettre à Carlos Nuzman, alors président de Rio 2016, demandant d’interdire Volkers de Jeux olympiques.

Revenu dans son pays, Volkers est détenu dans sa maison du Queensland. Les plaignantes ont-elles mieux établi les charges qui avaient dû être abandonnées, par manque d’évidences, ou récolté d’autres témoignages ? Scott est accusé de cinq faits de « traitement indécent » d’un enfant et apparaitra devant la cour de justice de Maroochydore le 13 novembre prochain. Il s’est déclaré désireux de se défendre contre des charges qui, a-t-il expliqué, le « poursuivent depuis quinze ans. » Sa force ? Sa parole contre celle des accusatrices. Leur force ? Elles sont trois…

 

THOMAS DAHLIA ET KELSI WORRELL, MARIAGE

La maman de Thomas Maryvonne DAHLIA, me l’avait annoncé à l’avance et je ne me souvenais plus de la date. ça y est, Son fils Thomas, notre champion de France du 200 brasse, a épousé sa nageuse préférée, Kelsi WORRELL, l’une des meilleures nageuses américaines de sprint. C’était le 27 octobre, à Lexington City, « une merveilleuse journée pour un mariage d’amour et d’émotion. »

Alors bien entendu, tout plein de bonheur pour les jeunes époux et leurs familles. Qu’ils ne cessent jamais de nager dans la joie

 

RUTA MEILUTYTE SUR 1500 METRES, ÇA DURE LONGTEMPS

Éric LAHMY

Dimanche 29 Octobre 2017

Braden Keith, du site Swim Swam, signale, dans le 1500 mètres dames des championnats d’hiver d’Australie en petit bassin, qui se sont tenus de jeudi à samedi à Adelaïde, une présence inattendue. Celle de Ruta Meilutyte.

Il fallait avoir l’oeil affuté du confrère pour la découvrir: la championne olympique et recordwoman du monde du 100 mètres brasse a terminé sixième et dernière de l’épreuve que remportait Ashwood en 15’52s29, et nageait pour sa part la distance en 18’13s25. Elle a donc mis le temps qu’il fallait (et il ne semble pas qu’elle l’ait nagé en brasse).

On sait que Ruta Meilutyte fut l’enfant prodige des Jeux olympiques de Londres où, à quinze ans, elle défit en finale du 100 brasse la super-favorite américaine Rebecca Soni. On se souvient que la lituanienne fit sa carrière en Grande-Bretagne, à Plymouth. On sait moins qu’elle s’intéressait avant tout au crawl, et se voyait nageuse de libre. Sa distance de prédilection était le 100 mètres, et son explosivité, sa vitesse de réaction et sa science du départ (il me semble qu’elle est la meilleure « partante » au monde, il suffit de voir ses photos de départ des grandes courses où, les pieds encore sur les plots, elle semble disposer déjà de cinquante centimètres à un mètre d’avance sur ses concurrentes !) lui assurèrent, aux championnats du monde juniors de 2013 de remporter le 50 mètres en 25s10 et de finir 2e du 100 mètres en 54s94 (à ces championnats, elle remporta également 50 brasse, 100 brasse et 200 quatre nages).

C’est à Gold Coast, cité située à quinze ou vingt kilomètres au sud de Brisbane, au beau milieu de la côte orientale de l’Australie, et qui regarde, à quinze cents kilomètres au large (il faut avoir de bons yeux), la Nouvelle-Calédonie, que Meilutyte a décidé de poser pendant quelques temps ses bagages de nageuse itinérante, ayant abandonné ses pénates, le collège de Plymouth et son entraîneur de toujours, John Rudd. Elle y a trouvé le printemps austral, et au lu de ses tweets et autres instagram, ça lui plait.

Elle s’y est donc préparée depuis trois semaines sous la sévère autorité de Michael Bohl. Lequel Bohl, ayant sévi pendant des décennies à Saint-Peters Western (Inglewood, à l’ouest du pays continent) – où une certaine Stephanie Rice, double championne olympique du quatre nages des Jeux de Londres, assura sa réputation un peu comme Laure Manaudou fit la gloire de Philippe Lucas (et vice-versa) – Michael Bohl, donc a traversé d’ouest en est le pays continent pour assurer l’entraînement de l’équipe de l’Université Griffith. Parmi ses élèves, outre sa fille Georgia, les médaillées olympiques Emma McKeon et Madeleine Groves, David McKeon.

Coïncidence, sans doute, elle a aussi rencontré le Japonais Daya Seto (le nageur de 400 quatre nages le plus constant des cinq dernières années, champion du monde 2013 et 2015, 3e des Jeux olympiques 20°16 et 3e des mondiaux 2017), qui a bossé avec Bohl et s’est distingué aux championnats d’hiver du week-end où il s’est emparé des titres du 200 brasse, du 200 papillon, du 100 et du 200 quatre nages.

Meilutyte sur 1500 mètres, si projet il y a, c’est un projet sans suite. L’anecdote me rappelle l’aphorisme du mari de Shane Gould, Milton Nelms, concernant ces coaches qui « entraînent les chats comme des chiens. » C’était au sujet de Dara Torres et de Natalie Coughlin, préparées à rebours de leurs capacités, qu’il avait fait cette remarque. Ruta est un félin. Il serait dommage que la plus rapide nageuse de brasse du monde se change en une quelconque nageuse de 1500 mètres. Mais, direz-vous, un 1500 mètres ne fait de mal à personne. Sauf peut-être à une nageuse de 100 brasse ?

AUSTRALIE PETIT BASSIN: SANS CATE CAMPBELL, LA SOUPE MANQUE DE SEL

Eric LAHMY

Samedi 28 Octobre 2017

Les championnats d’Australie en petit bassin se sont terminés sur une note discrète, à Adelaïde, après une première journée (jeudi, tonitruante) et une seconde soirée (vendredi) relevée par les exploits de Catherine CAMPBELL.

Mais CAMPBELL ne nageait pas samedi, et on a ressenti un manque. A part elle, personne, parmi les vedettes de la natation des antipodes, ne s’était soucié de se présenter en grande forme dans une compétition mal placée, en plein travail foncier et loin des échéances du grand bassin, les seules qui valent la peine pour les Australiens. 2018, c’est l’année des Jeux du Commonwealth, et pour un Aussie, cela vaut presque les Jeux olympiques !

Le papillon reste la technique où les nageurs restent attachés à un départ rapide. Il semble très difficile pour eux de parvenir à nager en égalité d’allure. L’impression de plus mal équilibrer sa course est augmentée par le fait que les virages en papillon, comme en brasse, se font « à la main », et non pas au pied comme en dos et en crawl, ce qui change les données chiffrées de la course…

Nouvel exemple de ce déséquilibre avec Emma McKeon, qui, pour gagner son 200 papillon, passe en 27s8, 59s37 et 1’31s67 pour toucher en 2’4s35. Par 50 mètres, cela donne 27s8, 31s57, 32s30 et 32s68, ou encore 59s37 et 1’4s98. Et encore, était-elle celle de la finale qui tenait le mieux son rythme.

McKeon avait préféré le 200 papillon au 200 crawl, laissant la voie libre de cette deuxième course alors qu’elle en détient le record australien avec un temps de 1’51s66 (assez vieux il est vrai parce qu’établi en 2013, et réédité en 2014). Dès lors, c’était laisser la voie libre à la grande (1,80m) Madison Wilson, dont la carrière tire des bordées entre le crawl et le dos (elle a été médaillée d’argent du 010 mètres dos des mondiaux de Kazan en 2015).

A Adelaïde, les deux premiers jours de ce week-end, elle avait respectivement nage 53s56 au 100 mètres (6e) et 4’4s54 au 400 mètres (2e), temps qui lui donnaient l’alliage de vitesse et de résistance le plus élevé de la finale. Et en effet, elle devançait Mikkayla SHERIDAN qui l’avait battue au sprint sur 400 mètres mais ne dispose pas de sa vitesse de base. Le 200 mètres fut la grande course de cette dernière journée, mais disons que le temps de la gagnante n’a rien d’extraordinaire. Les courses masculines ont été marquées, elles, par la double victoire du double champion du monde du 400 quatre nages japonais Daya SETO, sur 200 brasse et 100 quatre nages, tandis que David MORGAN gagnait le 50 libre, le 50 et le 100 papillon.

 

MESSIEURS.- 50 libre : 1. David MORGAN, 21s46.

1500 libre : 1. Joshua PARISH, 14’45s29; 2. Jord WILIMOVSKY, USA, 14’45s67; 3. Jack MCLOUGHLIN, 14’53s18.

100 dos : 1. Bobby HURLEY, 51s76.

200 brasse : 1. Daya SETO, Japon, 2’4s57; 2. Zac STUBBLETY-COOK, 2’5s69.

50 papillon : 1. David MORGAN, 23s04.

100 papillon : 1. David MORGAN, 50s55.

100 4 nages : 1. Daya SETO, 52s81.         

400 4 nages : 1. Travis MAHONEY, 4’7s15; 2. Thomas ELLIOTT, 4’7s73.

DAMES.- 200 libre : 1. Madison WILSON, 1’54s69 ; 2. Mikkayla SHERIDAN, 1’55s36; 3. Carla BUCHANAN, 1’55s70; 4. Gemma COONEY, 1’55s62; 5. Leah NEALE, 1’56s22; 6. Brittany ELMSLIE, 1’56s35 (en séries, 1’55s96); 7. Shayna JACK, 1’56s40.

50 dos : 1. Minna ATHERTON, 26s23; 2. Holly BARRATT, 26s43; 3. Emily SEEBOHM, 26s48 (en séries, 26s15).

50 brasse : 1. Georgia BOHL, 30s57.

200 papillon : 1. Emma McKEON, 2’4s35; 2. Brianna THROSSELL, 2’6s52.

100 4 nages : 1. Emily SEEBOHM, 1’0s21.     

200 4 nages : 1. Emily SEEBOHM, 2’7s90; 2. Kaylee MCKEOWN, 2’8s12; 3. Blair EVANS, 2’8s65.

PLAIDOYER POUR LA FIN DES HARICOTS ET LE RETOUR DES NAGEURS DANS LES PISCINES

Éric LAHMY

Samedi 28 Octobre 2017

C’est quoi une piscine ? Pour les nageurs, c’est une concavité, creusée ou non dans un stade nautique, emplie d’eau à une profondeur variable et dédiée à la nage. Un lieu de sport.

Définition. Évidence.  Élémentaire. Mais parfois oubliée. « Dans les années 2000, explique Basile Gazeaud, responsable fédéral équipements et territoires de la Fédération française de natation, on a eu l’époque des piscines haricots, et de toutes formes. » Une piscine, c’est devenu un plan d’eau utilisé pour tout autre chose que nager. Quelquefois, on n’y a plus vu, au mieux, qu’un terrain de jeu, une surface de loisirs. On en était à se demander si nager n’était pas en train de devenir démodé, anachronique.

PARADOXE : PLUS LA NATATION S’IMPOSE COMME LE SPORT FITNESS RÊVÉ, MOINS LES PISCINES SE TOURNENT VERS L’ACCUEIL DES NAGEURS

La natation est devenue pour des raisons complexes, partiellement liées à la fascination de l’eau, le sport qui maîtrise peut-être le moins son lieu d’expression naturel (et en l’occurrence artificiel). A ce que je sache, le football a son terrain de foot où personne ne vient pratiquer l’accrobranche, le vélo sa piste cyclable où les patineurs en ligne ne s’égarent pas, l’athlétisme son stade dont les pom-pom girls n’ont jamais revendiqué un bout de terrain ni les pêcheurs à la mouche la fosse du steeple ; le judo a son dojo et ses tatami n’ont pas à se défendre de l’invasion des trampolinistes, le ski a ses pistes, qui ne paraissent menacées que par le réchauffement climatique…

…Mais la piscine, l’endroit où l’on nage, est revendiquée, elle, par des légions d’envahisseurs, et j’avoue avoir été étonné par l’afflux du kayak dit de piscine, du step et du vélo immergés, des palmeurs de tous poils, de la planche à voile, du ski nautique et du hockey subaquatique !

Bien entendu, d’autres utilisations surprenantes a priori peuvent se développer en piscine

Bref, comme dirait Dupont la Joie, on n’est plus chez soi…

 

« CES BASSINS DANS LESQUELS IL NE MANQUAIT PLUS QU’UN PANNEAU INDIQUANT UNE INTERDICTION DE NAGER… »

Une telle tendance parait illogique, voire absurde. Elle devient surtout invivable pour les 314.000 nageurs licenciés et le million de non licenciés.

Si l’on ne savait pas combien une société est compliquée, on s’étonnerait de voir que le développement de la piscine où on ne peut pas nager s’est orchestré alors que la grande mode du sport mettait en avant les vertus de la natation, sport pour tous, sport complet, sport santé, sport fitness, sport quasi-parfait, pratiqué à toutes les saisons de la vie, depuis les « bébés-nageurs » à l’âge où on ne sait pas encore tenir debout, jusqu’au troisième voire au quatrième âge, où l’on ne sait plus marcher sans une canne.

Toute une population a été alors invitée par un complot de concepteurs de piscines et d’édiles à faire trempette sans surtout se fatiguer ! La piscine qui pouvait aider à combler le déficit d’activités physiques dans lequel sombre l’être humain du 21e siècle, fut invitée à accueillir une autre forme de paresse. Le plausible mammifère marin se pétrifie en inerte bouée… Pour soigner sa sédentarité terrestre, l’air du temps l’encourage à l’immobilité aquatique.

Que les piscines, en tant qu’ornements de jardin des personnes privées, aient pris cette allure, est le problème de ceux qui font un tel choix. Grand bien leur fasse. Et d’ailleurs, peu de gens disposent d’assez de mètres carrés de jardin pour accueillir une piscine assez grande pour nager.

Que le détournement de fonction envahisse le secteur public et les piscines municipales en revanche intéresse tout le monde. Il peut avoir des résonnances inquiétantes pour le sport, et, surtout, ajouterai-je, pour la santé et la forme physique de générations. Bref, il importe qu’on interroge ce trend lamentable.

Or, me dit-on, « ces quinze dernières années, la Fédération française de natation a entériné ces bassins dans lesquels il ne manquait plus qu’un panneau indiquant une interdiction de nager… »

Celui qui m’affirme cela, Stéphane Bardoux, est un ancien entraîneur du Racing Club de France qui, depuis 2004, s’est recyclé dans la construction de piscines en France à travers Mission H20, un bureau d’études techniques expert de la programmation de piscines, qu’il a créé de concert avec Olivier Leroy, directeur technique du CNO Saint Germain en Laye entre 1991 et 2004. D’après Stéphane, Francis Luyce, le président de la FFN, avec une certaine naïveté, entérinait tous les projets qu’on lui soumettait sans distinguer les piscines où l’on nageait et les piscines ludiques à toboggans.  

POURQUOI TOUS LES SERVICES MUNICIPAUX ONT-ILS UN BUDGET, QUAND CELUI DE LA PISCINE S’APPELLE UN DÉFICIT ?

On est en train, d’aucuns m’affirment, de revenir sur cette fascination exercée par le « tout ludique » qui a culminé dans le bassin multiforme. Le haricot tendrait-il à flageoler, et se dirige-on vers la fin des haricots ? Oui et non, selon les personnes interrogées.

Ces piscines qui contingentent ou refoulent les nageurs ont été et continuent d’être vendues comme « originales et ludiques ». Je reconnais qu’elles proposent une esthétique souvent plus séduisante que le bassin rectangle. C’est mignon, un jet d’eau ! Mais leur originalité a été assez malmenée par le nombre considérable de bassins bâtis selon cette forme. Après que 1.000 bassins aient partagé la même originalité, on découvre qu’ils ne font autre chose qu’illustrer un autre conformisme.

Et leur caractère ludique ? Il reste à prouver. En quoi s’immerger dans une piscine haricot est-il plus amusant que de plonger dans un quadrilatère ? Y nager droit, effectuer des longueurs, devient impossible, c’est sûr. Sa forme d’humble légume  lui ôte donc une fonction essentielle. Et, à mon avis, elle ne lui en ajoute aucune. Quels enfants n’ont pas joué dans une piscine classique ? Avec des copains, dans un autre temps, on s’amusait dans une piscine « coque », rigoureusement rectangulaire, qui se trouvait être le bassin municipal (25 mètres) d’Issy-les-Moulineaux. On se disputait la propriété d’un pneu de camion et on « nageait » avec le chien de Christine Caron qui pesait 80 kg (pas Christine, le chien). Le bassin vient d’être reconstruit récemment. Et il est ? Ludique !

Donc tout ce que vous faites dans une piscine haricot, vous pouvez le faire aussi bien dans une « coque », mais vous ne pouvez pas faire dans un haricot tout ce que vous pouvez faire dans une « coque », et pour mon argent, son seul avantage est un inconvénient : pour y nager proprement, il faut être une loutre ou un poisson rouge. L’activité de piscine la plus normale, intelligente et formatrice y est interdite.

Mais je constate qu’il en est qui pensent différemment. Historiquement, ce sont des directeurs de piscines, souvent anciens nageurs ou entraîneurs, qui ont imaginé des bassins aux formes variées.

Du moins d’aucuns le prétendent. Unis dans un syndicat (dont le premier président fut Gilbert Seyfried), ils phosphoraient pour combler le « déficit » des bassins qu’ils exploitaient. A mon avis, l’un des malentendus qui sévit autour de la piscine est lié à ce qu’on appelle son « déficit. » C’est en regardant un budget de mairie que j’ai trouvé cette notion de déficit des piscines. Or elle me parait assez douteuse, voire disputable…

Mais les maires en font des cauchemars. Je me rappelle essayant dans une autre vie de suggérer à André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux, que sa piscine ne lui coûtait que le prix de l’enseignement obligatoire de la natation aux élèves du primaire, et qu’il était injuste d’appeler déficit les 300.000 francs qu’elle coûtait annuellement en termes d’entretien, de personnel et de chauffage, alors que le service des fleurs et jardins, qui revenait à peu près au même prix, ne creusait pas un déficit, ô qu’en termes choisis, mais donnait lieu à un budget !

Les affaires culturelles, le patrimoine, l’animation des quartiers, les affaires sociales, la santé, le handicap, l’éclairage public, la circulation, la voirie, la police municipale, tout ça bénéficiait de budgets dont certains étaient des plus conséquents. Mais cette horrible, cette ignoble piscine, elle, souffrait d’un déficit !

 Santini n’en disconvint pas, mais le prix du fuel ayant grimpé démesurément suite à un conflit moyen-oriental, le maire n’en donna pas moins, un peu plus tard, la gestion de sa piscine à Forest Hill.

Pourquoi parle-t-on de déficit, et non de budget d’une piscine ? Parce qu’il y a un public, une caisse et des rentrées. La terminologie liée à un mécanisme comptable a eu raison de la notion de service rendu par une piscine en remplaçant la noble notion de budget dépensier par celle, intolérable, de déficit !

Revenons à la FFN. On ne sait trop ce qui bouillait dans la marmite de Francis Luyce, dont l’intérêt personnel gouvernait la pensée. En revanche, Gilles Sezionale a saisi l’importance de l’enjeu et entend utiliser le bras de levier fédéral pour remédier à la situation dans laquelle les piscines de la génération où l’on en a le plus construit sont menacées d’obsolescence.

Stéphane Bardoux a l’impression que « Sezionale a des idées, mais ne se rend pas compte de la difficulté de construire des équipements. C’est une question de culture. En Espagne, vous pouvez construire en utilisant des investissements privés concurremment à des investissements publics. En France, dès qu’il y a de l’argent public, vous êtes contraint à l’appel d’offre. Ce qui s’est passé pour Mulhouse ou pour Nice n’est pas reproductible facilement. Les seuls exemples de construction de piscines qui n’ont pas été aidés publiquement, c’est Marseille et le Racing. Au Racing, la construction du second bassin de la rue Eblé a été payée par les leçons de l’école de natation. A Mulhouse, ils ont réussi à disposer d’un centre d’entraînement remarquable, mais il y a eu beaucoup d’argent de la Fédération française de natation et un partenariat avec la ville.

« A Nice, ville riche, il y a de gros moyens financiers. Pellerin rêvait – comme tout entraîneur rêve – d’avoir une piscine où il pourrait entraîner en toute tranquillité et le maire Estrosi a suivi. Philippe Lucas avait réussi à capitaliser à Melun. En 1991, il y a eu des problèmes à Rouen : la ville avait consenti de gros travaux pour permettre à Stéphan Caron de s’entraîner, et c’est alors qu’il a choisi de partir étudier à Paris. La municipalité ne l’a pas facilement pardonné »

UN SUPER PROJET À SAINT MALO, À UN DÉTAIL PRÈS

Doit-on comprendre par là que le scénario niçois n’est pas facile à reproduire ?

Certes. Mais d’autres scenarii se développent, et d’ailleurs il n’est pas sûr que le président de la Fédération n’a pas compris de quoi il retourne. Récemment, M. Sezionale a reçu le maire d’une ville moyenne, Saint-Malo, pour ne pas la nommer. Le projet de la mairie était (et reste) flamboyant, en ce que la volonté du maire Claude Renoult est de réaliser une piscine capable d’accueillir des compétitions internationales – ou des championnats de France. Mais – un mais qui se trouve au cœur de notre sujet –, ce projet, baptisé « centre aqualudique, que M. Renoult présente comme « le projet-phare de la nouvelle équipe de Saint-Malo agglomération » avait pour ambition d’être « une référence parmi les équipements aquatiques en Bretagne et en France » et comme on va le voir ne l’était pas tout à fait…

Bassin sportif modulable, 2000 mètres carrés de plans d’eau sur 5 hectares et demi (coût :  trente millions d’euros), bref du solide. Les Malouins avaient travaillé depuis deux ans le bel objet dans ses moindres détails, pour recevoir les grandes compétitions, prévu même la salle antidopage, et la part du ludique n’était pas oubliée, avec  un bassin de nordique (utilisable en toutes saisons).

Et alors ? Il s’avère que les concepteurs ignoraient ou avaient oublié que la compétition aujourd’hui, à un certain niveau, exige la présence d’un bassin de récupération. Sezionale a dû expliquer que ce centre aquatique, tel qu’il était conçu, tout magnifique et rutilant, ne pourrait jamais recevoir de compétitions du niveau championnats de France ; que, pour cette raison, lui Sezionale ne puiserait pas dans les fonds de l’agence de développement fédéral (non encore existante) ou n’interviendrait pas auprès du CNDS pour subventionner ce projet (les espoirs de Saint-Malo s’élevaient à 4 millions).

LE VRAI PUBLIC DE LA PISCINE, C’EST DES FEMMES D’ÂGE MOYEN QUI VEULENT NAGER

Quoique déçu d’apprendre que son centre, ouverture prévue en 2019, ne pourrait jamais, tel quel, recevoir les France, M. Renoult a bien compris qu’il devrait revoir le projet et on sent qu’il va revenir à la charge (un breton ne se décourage pas aussi facilement).

Peut-être le nordique incriminé perdra-t-il sa forme de crapaud ludique, et s’inspirera-t-on du rectangle pour le transformer en un – irrésistible – bassin de récupération ?

Revenons à H²O. « Nous aidons à produire 10 piscines par an, explique M. Bardoux, qui brosse à grands traits la problématique. Une piscine, c’est de 2 à 30 millions d’Euros. A la construction, c’est entre 2300 et 3000€ au m². Ce n’est pas seulement là qu’elle coûte cher. L’eau, le chlore, abîment, et il faut entretenir et réparer. Le coût réel est important.  

« Maintenant, une piscine découverte économise la structure halle-bassin. En contrepartie, on va dépenser plus en énergie. D’où une nécessaire prudence sur le montage financier. Ce qui est cher, c’est au quotidien : coûts, charges, frais. Il est donc nécessaire de bien caler son business plan. La FFN, sous sa forme juridique d’association, bénéfice d’avantages, elle peut inverser le mouvement. Après quinze années de laisser-aller, on sent une réaction. »  

Bernard Boullé, qui enseigne aujourd’hui à Montpellier (et aura du mal cette année à défendre ses titres de champion de France master des 50 et 100 papillon, s’étant méchamment brisé deux métatarses dans un accident) avait créé en 2005 le service que dirige aujourd’hui M. Gazeaud. Il est sévère pour les Innovations des bassins ludiques, qui ne sont, défend-il, « derrière le concept de piscine, que des attrape-nigauds. Le populaire n’est pas intéressé par ce qui lui est vendu en l’occurrence. Le vrai public de la piscine, c’est des femmes d’âge moyen (disons autour de 50 ans), qui veulent nager. La piscine toboggan est une hérésie. Combien de fois n’a-t-on pas hésité, en outre, à faire déboucher le toboggan en plein milieu du bassin olympique ? Cette disposition  flingue bien sûr toute possibilité de nager sur les lignes concernées, et quand on sait le prix du mètre carré de bassin, c’est une aberration sans nom. Imagine des montagnes russes sur une piste d’athlétisme ! Il y a derrière ces fantaisies une capacité de n’importe quoi… »

Bernard Boullé partage le sentiment de plusieurs personnes impliquées dans cette réflexion sur un point : Francis Luyce ne différenciait pas les divers types de piscines qui se créaient. Il soutenait également la construction de bassins ludiques ou sportifs, sans en mesurer la différence fondamentale. Il s’agissait d’une piscine, c’était tout bon. La FFN appuyait le projet, cela signifiait que des subventions venaient au secours, par la Fédération, le Centre National de Développement du Sport. C’est comme ça que les Grecs s’introduisirent à Troie en utilisant le mythique cheval.

Gilles Sezionale, lui, voit clairement la différence de concepts, et, on l’a compris, les projets ludiques ne devraient plus compter à l’avenir sur l’aide et les moyens dont dispose la FFN…

Bien entendu, tout le monde ne pense pas pareil.

Il y a trop d’intérêts divergents.

Personnellement, le principe de l’Aquaboulevard me sidère en ce qu’il offre au public me parait, sous les jets d’eaux, appauvrissant. Les jours de grande chaleur, j’y vois à travers les larges baies vitrées, toute une jeunesse assez inerte, les pieds dans l’eau jusqu’aux genoux et jamais plus haut ou piétinant en file indienne avant de glisser sur le toboggan.

Je vous dis ce que j’en pense, mais pourquoi interdire à qui que ce soit d’aimer ce lieu privilégié de drague, Luna Park faiblement inondé ? Surtout que c’est vraiment pour rien : hors l’accès à des tarifs préférentiels, l’entrée d’un adulte est à 29€ et celle d’un jeune 15€. Seulement de trois à six fois plus cher que la piscine lambda. A ce tarif là, on a envie d’y aller en famille tous les week-ends et d’amener aussi les grands parents ! Un mois d’Aquaboulevard coûte à peine plus cher que deux ans de cotisation au CNP ou au Racing.

70% DES CLUBS ENTRAÎNENT DANS DES PISCINES OBSOLÈTES ET QUI MENACENT D’ÊTRE FERMÉES

Et l’avenir? Il n’y a pas lieu de pavoiser. Basile Gazeaud confirme la vétusté et le rabougrissement du parc piscines. « On estime que 72% des piscines sont à la limite d’âge, menacées de vétusté, chose qui en moyenne survient à partir de 30 ans d’existence. Et 70% des clubs entraînent dans des piscines de cet âge.

« En 2000, la part du ludique dans les piscines, avec les haricots (toutes formes), ou ces équipements tournés vers les loisirs, les toboggans, les glisses, a atteint son sommet…

« Aujourd’hui, détaille M. Gazeaud, on comprend qu’au prix où sont les piscines, il faut absolument proposer des plans de nage. Il est très rare désormais que l’on construise un bassin privé d’un quadrilatère de nage. Par rapport à ce qui s’est construit dans les mille piscines, on ajoute maintenant au bassin classique, de vingt-cinq ou cinquante mètres, des offres diverses. On s’aperçoit d’ailleurs que la dimension sport est ce qui coûte le moins cher dans un bassin. »

Si l’on entend bien ce que dit M. Gazeaud, les fameuses « piscines cathédrales » ne coûtent pas aussi cher qu’on le dit. Une part très importante du prix de construction, c’est ce qu’on greffe autour : « le restaurant, la patinoire, etc. C’est ainsi qu’à Chartres, le sportif ne représente qu’un tiers du prix total, la remise en forme un autre tiers, le reste est représenté par la patinoire. La politique de la démesure a un autre effet, dans sa rentabilisation. Chartres, par exemple, c’est un million d’utilisateurs par an. Cela peut être rentable, et représente une réussite incontestée, mais attention, plusieurs Chartres se concurrenceraient et s’empêcheraient d’être rentables.

« D’un autre côté, l’on a les solutions proches de celle de Nice, avancée par Sezionale. Des clubs comme Nice, Mulhouse, le TOEC qui nage à Castex. La région carencée en piscines d’entraînement, c’est la Nouvelle-Aquitaine.

« Les fameuses 1000 piscines sont 750 qui arrivent aujourd’hui à saturation. Vu le boom démographique, les besoins doivent être vue à la hausse, or on en est en France à 70 ou 80 bassins par an dont une quarantaine sont couverts par la Fédération.

« Les piscines deviennent obsolètes au maximum au bout de trente ans, et les changements de normes rajoutent à cette obsolescence. Lors de leur construction, dans les années 1970, tout un ensemble de règles, ainsi concernant l’accès des handicapés, n’existaient pas. Tout cela fait qu’on ne peut plus se contenter de bassins de 25 mètres quatre couloirs. »

Les questions liées à la construction de piscines sportives et ludiques passent aussi par la formation de directeurs de piscines. Si la natation sportive veut continuer d’exister, il lui faudra également qu’on arrête de donner la gestion des bassins à des délégataires (privés) de services publics, lesquels sont menés par une politique purement économique, pour ne pas dire mercantile, éloignée de tous soucis de sport, de bien-être, de santé publique, et trop occupée à exploiter pour entretenir les bassins.

Mais ceci est une autre histoire…

CATE CAMPBELL ENCORE. CETTE FOIS SUR 50 METRES : 23s19, RECORD DU COMMONWEALTH

Éric LAHMY

Jeudi 27 Octobre 2017

Après le record du monde du 100 mètres nage libre en petit bassin battu lors de la première journée des championnats d’Australie en petit bassin, à Adelaïde, on imagine que Catherine CAMPBELL était, largement, favorite du 50 mètres. Elle a en effet dominé l’épreuve la plus courte du programme de façon assez écrasante. A l’arrivée de son effort, sa seconde pouvait se targuer d’avoir une vue imprenable sur son battements de pieds. Cate était passée en 11s50 dans son 100 mètres, là elle passait en 11s25.

Son temps final, 23s19, améliorait une série de records : d’Australie, par elle-même en 23s47 ; du Commonwealth par Francesca Halsall, Grande-Bretagne, en 23s44. Seul résistait le record du monde, détenu depuis le 7 août dernier par Ranomi KROMOWIDJOJO avec 22s93, quand elle avait battu Sarah SJÖSTRÖM, 23s00.

A la différence de son 100 mètres, Catherine a plus sprinté que nagé son 50 mètres. Elle s’est plus battue dans l’eau, mais sans perdre de son efficacité, bien au contraire. Jusqu’ici, l’aînée des Campbell a sauvé ces championnats en petit bassin d’une certaine médiocrité. Il faut dire que les Australiens n’ont pas la vie facile avec l’obligation qui leur est faite de nager vite quand cela convient à l’hémisphère nord. Aux débuts de leur domination, cela ne leur était pas difficile, en raison de la supériorité physique et technique qu’ils affichaient. Même à 50% de leur rentabilité, une Dawn Fraser, un John Konrads se jouaient de leurs adversaires américains. Aujourd’hui, ce ne sont plus deux ou trois programmes de natation supérieurs qui existent dans le monde, mais dix, quinze ou vingt.

D’autres facteurs jouent de façon négative pour les nageurs des antipodes. Le développement d’un trop grand nombre de courses dans le programme ne peut avantager une nation dont la population reste faible, avec 24 millions d’habitants recensés. En face, la Chine, 1.386.000.000 d’habitants, le Japon, 126.000.000, la Russie, 146.000.000, le Brésil, 207.000.000, et les USA, 326.000.000 d’habitants, qui disposent des programmes de natation les plus développés, entrent dans les dix nations les plus peuplées du monde. Il reste qu’avec 50 fois moins d’habitants que la Chine et treize et demi fois moins que les USA, l’Australie a placé aux Jeux olympiques de Rio les champions olympiques du 100 et du 400 libre.

Un autre facteur négatif pour l’Australie tient à la perte de prestige de la natation, qui, dans le courant du XXe siècle, était plus qu’un sport. A la concurrence des autres sports s’est ajoutée la perte d’image née des mini-scandales qui ont entaché l’équipe australienne ces dernières années.

La deuxième journée d’Adelaïde n’a donné aucune grande performance en-dehors du 50 de Campbell. Le 100 dos dames a été de bonne qualité, avec une courte victoire d’Emily Seebohm devant Minna Atherton et Kelly McKeown, et Emma McKeon a gagné un 100 papillon serré où elle fut talonnée par Brianna Throssel, une blonde de 20 ans extrêmement photographiée en Australie pour son sourire et son abattage, mais qui pourrait bien, grâce à ses progrès, se faire connaître aussi pour ses perfs… Une ancienne « enfant prodige » de la natation des jeunes, Mikkayla Sheridan, a attendu sa vingtième année avant de s’imposer enfin, sur 400. La championne d’Australie, Jessica Ashowwod, n’était que cinquième de la course ! Côté messieurs, la meilleure performance est revenue à l’invité japonais Daya Seto, large vainqueur du 200 quatre nages.

MESSIEURS.- 200 libre : 1. Zacchary ATTARD, 1’45s89. 200 dos : 1. Travis MAHONEY, 1’52s54. 100 brasse : 1. Liam HUNTER, 58s27.  200 4 nages : 1. Daya SETO, Japon, 1’53s33; 2. Travis MAHONEY, 1’55s28; 3. Kazimir BOSKOVICS, 1’55s77.

DAMES.- 50 libre : 1. Cate CAMPBELL, 23s19 (record) ; 2. Shayna JACK, 24s01; 3. Bronte CAMPBELL, 24s08; 4. Holly BARRATT, 24s63. 400 libre : 1. Mikkayla SHERIDAN, 4’2s ; 2. Madison WILSON, 4’4s54; 3. Kiah MELVERTON, 4’5s23; 4. Jordan WHITE, 4’6s04; 5. Jessica ASHWOOD, 4’7s01. 100 dos : 1. Emily SEEBOHM, 56s80; 2. Minna ATHERTON, 57s07; 3. Kelly MCKEOWN, 57s11; 4. Holly BARRATT, 57s53; 5. Sian WHITTAKER, 58s16. 200 brasse : 1. Taylor MCKEOWN, 2’20s55. 100 papillon : 1. Emma MCKEON, 56s79 ; 2. Brianna THROSSEL, 57s11.

CATE CAMPBELL, 50s25, RECORD DU MONDE PETIT BASSIN SUR 100 MÈTRES

PRINTEMPS AUSTRAL POUR CATHERINE CAMPBELL, AVEC RECORD DU MONDE PETIT BASSIN SUR 100 MÈTRES, 50s25

Éric LAHMY

Première des trois journées des championnats d’Australie, petit bassin (Hancock Propecting short course championships), qui se tiennent à Adelaïde, sud australien.  L’ancien record (pas si ancien, puisque vieux de deux mois et demi), avec 50s58, appartenait à Sarah SJÖSTRÖM.

On se souvient que la grande Suédoise, au meeting d’Eindhoven en petit bassin, le 11 août dernier, s’était offert, entre autres, deux records du monde, dont celui du 100 mètres, en 50s58. L’ancien datait du 3 août. À Moscou, toujours en meeting et toujours SJÖSTRÖM avait nagé la distance en 50s77. À Eindhoven, pour faire mieux, SJÖSTRÖM était passée en 24s49, deux centièmes plus vite qu’à Moscou, et avait terminé encore plus fort, en 26s09 contre 26s28. Pour l’emporter, SJÖSTRÖM avait dû se débarrasser de Ranomi KROMOWIDJOJO, laquelle avait signé un temps de 51s17 de toute beauté. Et la troisième de la course se trouvait être… Catherine CAMPBELL, en 51s75.

Hier, en conférence de presse, Campbell, qui masquait mal sa joie, se souvenait de cette course où la Suédoise l’avait laissée à une longueur de corps : « je nageais à ses côtés, et en respirant, je voyais ses pieds, et c’était assez démoralisant. Mais c’est en même temps très motivant, et j’étais très motivée pour revenir et donner cent pour cent à la natation – je ne suis pas finie dans ce sport. »  

Onze semaines plus tard, la grande Catherine, ayant, retour de Jeux olympiques vécus comme catastrophiques ou presque, achevé sa saison 2016-2017 semi-sabbatique (marquée par des présences aux championnats d’Australie et à divers meetings) est repartie du bon pied sur le sentier de naguère.

Car son grand retour commence fort : 50s25 au 100 mètres, record du monde en petit bassin, battu au cours de la première journée des championnats d’Australie (de printemps) en petit bassin, quand on songe qu’il y a trois mois le record du monde était de plus de 51 secondes…

Campbell est passée à mi-course en 24s21, soit 0s28 plus vite que Sjöström en août, et a terminé avec un tout petit peu plus de vitesse dans la seconde moitié de son effort (26s04 contre 26s09). Autant dire qu’elle a construit l’essentiel de la différence avec l’ancien record mondial dans le premier 50 mètres, sans le rien perdre dans le retour.

« C’est bon de nager vite, exultait Catherine. J’ai quelques semaines de bon entraînement derrière moi, à travailler très dur. C’est bon de voir que cela commence à payer. Par deux fois, je me suis rendue à l’entraînement en me disant, oh là là, le retour est dur. Mais le corps a de la mémoire, et comme je nage maintenant depuis longtemps, le fait de couper a sans doute été la meilleure chose que je n’ai jamais faite. Cela m’a rafraichie et redonné un amour pour ce sport, une nouvelle perspective. Je sui plus motivée que jamais pour les Jeux du Commonwealth. »

On ne se risquera pas à chercher une équivalence de ce temps avec le grand bassin ; les différences de dextérité entre les nageuses dans les virages et les coulées, voire les divergences de fonctionnement, pour une nageuse, entre telle et telle course, rendent très aléatoires, personnelles, incertaines et variables d’une course à l’autre les valeurs relative en grand et en petit bain. La seule chose qui est sure, c’est que ça a nagé vite: l’aînée des Campbell est en forme !

Pendant trois longueurs, elle a montré cette supériorité déconcertante, à la fois physique et technique, cette beauté de style, cette longueur de nage et cette précision du mouvement qui en font une des nageuses les plus esthétiques dans l’eau – même si, hors de l’élément liquide, sa taille et sa structure physique déconcertent un peu… Sa dernière longueur, en revanche, a été conduite à la cravache (seize attaques de bras contre huit dans la première longueur !).

Il ne faudrait pas commettre l’erreur de croire l’Australienne invincible au regard de cet exploit. Catherine Campbell détenait le record du monde du 100 mètres (grand bassin) en 52s06, quand elle se présenta aux Jeux de Rio, ce qui ne l’empêcha pas de se faire démolir en finale olympique, 6e en 53s24. Campbell est revenue au plus haut niveau, certes, mais il lui reste encore à démontrer que sa fragilité mentale, étalonnée par une série de contre-performances depuis les Jeux olympiques de 2008 ne lui jouera pas encore de vilains tours…

KYLE CHALMERS VAINQUEUR DU 100 METRES, PAS MAL POUR UN CARDIAQUE

…Neuf minutes après ce 100 mètres à retenir, où la « petite sœur » Bronte finissait une grosse longueur derrière, surpassant de peu Emma McKEON qui ne cesse d’achever et de parachever son passage du demi-fond au sprint (prolongé), se jouait le 100 masculin. Il était remporté par le champion olympique, Kyle CHALMERS, dans un temps anodin, en l’absence des autres ténors australiens de la distance, comme Cameron MCEVOY. Il s’agit quand même d’un beau résultat pour le jeune Chalmers, retour d’une délicate opération, en juin dernier, exigée par des ennuis cardiaques…

Sur 400 messieurs, on notait également une absence de marque, celle du champion olympique (et médaillé d’argent mondial) McKenzie HORTON. David McKEON l’emportait en menant de bout en bout. Temps quelconque.

200 dos dames, Emily SEEBOHM est redevenue solitaire. Il y a deux ans, le dos féminin australien était devenu probablement le premier du monde, avec Madison WILSON, Holly BARRATT, Hayley BAKER et des gamines de 14 à 16 ans comme Minna ATHERTON qui s’entrebattaient au niveau des records mondiaux juniors. L’époque semble révolue : SEEBOHM, seule pro australienne en dos, passe en 59s23, avec une longueur d’avance sur Sian WHITTAKER et toutes les autres loin. Après, elle conserve l’avance. Mais elle reste à trois secondes du « top » mondial (Katinka HOSSZU, 1’59s23 en décembre 2014 et elle-même, 1’59s49 en novembre 2015).

100 brasse dames : La Lituanienne Ruta MEILUTYTE  n’a que vingt ans, mais on a l’impression qu’elle a toujours été là. La championne olympique de Londres, en 2012, et du monde à Barcelone en 2013 ne domine plus aussi bien, et, sans que je puisse dire si c’est un souci d’ordre physiologique ou psychologique, elle ne sait toujours pas équilibrer son effort. Cela se voyait un peu quand elle gagnait, mais ça crève les yeux quand elle perd, confère sa finale perdue dans le 100 brasse des mondiaux de Kazan où elle est dévorée par le retour de la Russe EFIMOVA. Ici, après sa mise en action d’une efficacité inchangée, elle passe avec 50 centimètres d’avance sur Jessica HANSEN au premier virage, presqu’un mètre au deuxième, mais l’Australienne la devance d’un rien à la touche.

Le roi japonais du quatre nages mondial, Daya SETO, a dominé le 200 papillon, en tête de bout en bout, malgré un finish couci-couça, 15s13 dans les derniers vingt-cinq.

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Kyle CHALMERS, 47s72 ; 2. Andrew ABOOD, 48s06.

400 libre : 1. David McKEON, 3’42s79 ; 2. Joshua PARISH, 3’44s25

50 dos : 1. Bobby HURLEY, 24s02.

50 brasse : 1. Grayson BELL, 27s03.

200 papillon : 1. Daya SETO, Japon, 1’51s60; 2. David MORGAN, 1’53s37; 3. Nicholas BROWN, 1’53s66.

DAMES.- 100 libre : 1. Catherine CAMPBELL, 50s25 (record du monde, ancien Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 50s58 ce 11 août 2017 ; record du Commonwealth, ancien C. Campbell, 50s91 le 27 novembre 2015) ; 2. Bronte CAMPBELL, 52s01 : 3. Emma McKEON, 52s25 ; 4. Shayna JACK, 53s17; 5. Brittany ELMSLIE, 53s29; 6. Madison WILSON, 53s56.

Temps de passage:

  1. Cate Campbell, 11s50, 24s21 (12s71), 37s20 (12s99), 50s25 (13s05).
  2. Bronte Campbell, 11s95, 25s03 (13s08), 38s51 (13s48), 52s01 (13s50).
  3. Emma MCKEON, 11s98, 25s31 (13s33), 38s93 (13s62), 52s25 (13s32).

800 libre : 1. Jessica ASHWOOD, 8’20s41; 2. Kiah MELVERTON, 8’21s49; 3. Madeleine GOUGH, 8’23s86

200 dos : 1. Emily SEEBOHM, 2’2s72; 2. Sian WHITTAKER, 2’5s05.

100 brasse : 1. Jessica HANSEN, 1’5s61; 2. Ruta MEILUTYTE, Lituanie, 1’5s69.  

50 papillon : 1. Cate CAMPBELL, 25s56; 2. Emma McKEON, 26s14

400 4 nages : 1. Blair EVANS, 4’29s20; 2. Émily SEEBOHM, 4’33s65; 3. Barbora ZAVADOVA, Tchécoslovaquie, 4’33s78

 

PLUS DE 10.000 DOPÉS EN CHINE ENTRE 1980 et 1999. LE SPORT CHINOIS, C’EST UN POUR TOUS, TOUS POURRIS?

Éric LAHMY

Lundi 23 Octobre 2017

C’est une madame Xue Yinxian, 79 ans, ancienne médecin de l’équipe olympique chinoise qui le dit : toutes les médailles remportées par les sportifs de son pays lors des années 1980-1990 ont été obtenues à travers un dopage systématique qui s’étendait sur l’ensemble des sports.

Installée en Allemagne où, ayant demandé l’asile politique, elle s’est installée après avoir quitté son pays voici deux ans, elle a expliqué dans une interview recueillie par la chaîne allemande ARD que dès l’âge de onze ans, les jeunes sportifs étaient engagés dans un système de dopage obligatoire qui s’étendait sur tout le pays.

Plus de 10.000 athlètes de tous les sports, « football, volleyball, basketball, tennis de table, badminton, athlétisme, natation, plongeon, gymnastique et haltérophilie » étaient inclus dans ce merveilleux programme d’excellence.

« Dans les années 1980-90, les athlètes chinois de toutes les équipes nationales firent un usage extensif de toutes substances dopantes ; toutes les médailles, or, argent, bronze, ont été teintées de dopage. Toutes les médailles internationales remportées par les athlètes chinois de l’époque devraient être rendues. Plus de 10.000 athlètes ont été ainsi impliqués. Les gens ne croyaient à rien d’autre qu’au dopage, tous ceux qui prenaient des substances dopantes étaient considérés comme engagés dans la défense du pays. Toute personne qui s’opposait au dopage des athlètes nuisait au pays et se retrouvait en prison. »

Les sujets de ce vaste programme – tous les internationaux chinois – étaient testés régulièrement jusqu’à qu’ils soient négatifs au contrôle, après quoi seulement ils étaient envoyés en compétitions internationales. Le signe « grand’mère est à la maison » était poétiquement appliqué à ces athlètes, dès qu’ils n’avaient plus de traces des produits dans leurs organismes.

« Si vous refusiez de doper, vous deviez quitter l’équipe », ajoute Xue. « Au départ, les jeunes groupes d’âge utilisaient les produits – les plus jeunes avaient onze ans. »

« La Chine enregistra des progrès énormes dans ses résultats sportifs après sa première apparition aux Jeux olympiques, après 32 années d’absence, en 1984 à Los Angeles, note Nick Butler, du blog Inside The Games. Ils finirent 4e avec 32 médailles dont 15 en or. Mais ils ne furent que 11e  à Séoul en 1988, avec cinq médailles d’or. Puis ils remontèrent à 16 médailles d’or à Barcelone en 1992 et Atlanta en 1996. Le chiffre atteignit 28 médailles à Sydney 2000 et 32 à Athènes 2004. A Pékin en 2008, ils finirent premiers avec 100 médailles dont 48 d’or, 22 d’argent et 30 de bronze. »

La chute de 1988 s’explique par le fait que ces Jeux avaient été marqués par un boycott de toutes les autres nations de l’est, autres consommatrices friandes de la potion magique systématique. Les Chinois n’étaient pas les seuls à considérer le sport comme la continuation de la guerre, et la victoire comme devant être atteinte à n’importe quel prix.

L’accusation du docteur Xue YinXian ne fait que corroborer les soupçons qui ont constamment accompagné les succès chinois, marqués par la vitesse avec laquelle ils ont été obtenus; on s’étonnait d’entendre tel entraîneur d’athlétisme vanter les mérites du sang de tortue, d’une moisissure de chenille, ajoutés à l’interdiction des relations amoureuses et des cheveux longs, autant de secrets censés permettre de courir plus vite les sportifs. Il rejoignait entraîneur bulgare expliquer les barres que soulevaient ses jeunes élèves par la consommation de « lait d’abeille » (sans doute de la gelée royale ?). C’était poudre de perlimpinpin et poudre aux yeux. Ah ! Il est beau le sport !

En février dernier, une lettre de Wang Junxia, qui aurait été écrite en 1995 a été finalement publiée… après 22 ans donc. Wang, en 1993, avait battu le record du monde des 10.000 mètres de quarante-deux secondes. Elle détenait les records mondiaux ou asiatiques du 3000 m au marathon, et faisait partie d’une équipe qui cette année là avait battu 66 records nationaux et du monde.

Dans cette lettre, elle reprochait à son entraîneur de l’avoir dopée.

Wang s’était élevée aussi contre le comportement de sa fripouille d’entraîneur, Ma Junren, qui, odieux sur toute la ligne, s’accaparait les primes et gains financiers de ses athlètes, n’hésitait pas à les battre comme plâtre quand cela ne marchait pas comme il lui convenait, et avait mis la main sur les Mercedes attribuées par la IAAF à chaque vainqueur des mondiaux de Stuttgart ! Dans sa lettre, publiée originellement dans Tencent Sports, Wang se révoltait : « nous sommes des êtres humains, pas des animaux. Pendant des années, nous avons été forcées de prendre de fortes doses de drogues illégales – c’était vrai. »

 En 1994, onze Chinois, nageurs et cyclistes, totalisant 15 médailles d’or des Jeux asiatiques d’Hiroshima, au Japon, furent disqualifiés après avoir failli à des tests de dopage : ils avaient pris de l’androstanolone, un stéroïde anabolisant. En fait, des dizaines de sportifs chinois ont été contrôlés positifs, laissant deviner une pratique importante du dopage, si l’on admet que ceux qu’on attrape ne forment que la partie émergée de l’iceberg !

Récemment la chute d’une haltérophile chinoise, championne olympique, Xiexia Chen (48kg), qui avait gagné aux Jeux de Pékin en 2008, s’ajoutant à celles de Chun Hong Liu (69kg), et de Lei Cao, (75kg), autres athlètes démasquées par les progrès des contrôles, a conduit au bannissement de toute l’équipe chinoise par la fédération internationale d’haltérophilie. Neuf pays ont été bannis de la même façon, dont la Chine et la Russie/ Ce n’est pas un souci de propreté de la part de l’institution internationale (l’haltérophilie est vérolée par le dopage anabolisant depuis soixante années sans que rien n’ait été fait, notamment par le sempiternel président hongrois Tamas Ajan, secrétaire général puis président de la Fédération internationale depuis 42 ans), mais la crainte pour son statut olympique, souvent menacé, qui la fait agir.

Si Chen Zhanghao, le médecin chef des équipes olympiques chinoises des Jeux de Los Angeles 1984, de Séoul 1988 et de Londres 2012, a avoué au The Sydney Morning Herald, en 2012, qu’une cinquantaine d’athlètes chinois avaient ingéré diverses substances pendant ce temps, les affirmations de Xue Yinxian remettent en cause ce petit nombre. Des milliers de sportifs de haut niveau ont été FORCES de se doper pendant des dizaines d’années…

…Je serais étonné qu’il n’y ait eu que 50 NAGEURS dopés pendant ces années, il pourrait y en avoir des centaines, car il semble que la pratique était généralisée, comme calquée sur le système également cynique (et criminel)  d’Allemagne de l’Est…

Xue affirme avoir été écartée quand, en 1988, travaillant avec l’équipe de gymnastique, elle refusa de doper une gymnaste des Jeux de Séoul. Elle travailla une autre dizaine d’années avec d’autres organisations en Chine mais fut inquiétée vers 2008, année des Jeux olympiques de Pékin, recevant de menaçantes visites d’officiels du gouvernement pendant que des voitures de police stationnaient ostensiblement devant sa maison. « Ils m’avertirent que je ne devais pas parler du dopage. Après la mort de mon mari, ils venaient me voir constamment avant une compétition sportive, et téléphonaient parfois à 5heures du matin. Mes deux enfants ont perdu leur travail, » a-t-elle dit aussi, reliant ces événements à son opposition au dopage systématique chinois.

Comme cinq Chinois ont été, sont, ou seront annoncés positifs en 2017, on voit que le problème reste actuel…

Heureusement, la natation est défendue par les sublimes dirigeants Marculescu et Maglione, personnages lumineux qui ont réintroduit dans le circuit, en 2015, les dopés russes et chinois, permettant ainsi aux champions du monde du 400 messieurs, SUN Yang et du 100 brasse dames, Julia EFIMOVA, d’enlever leurs titres alors qu’ils auraient dû être bannis, tandis que le vainqueur du 100, NING Zetao avait été positif au clenbutérol en 2011. Grâce à la FINA, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles, l’intégrité du sport est protégée, quoique sans doute un peu moins bien que ses comptes en banque.

COUPE DU MONDE D’EAU LIBRE, PROPRIÉTÉ ITALIENNE

Éric LAHMY

Dimanche 22 Octobre 2017

Le classement de la Coupe du monde d’eau libre 2017 a été remporté par les Italiens, à l’issue du dernier meeting, celui de Hong-Kong. Arianna Bridi de l’Esercito-RN Trento, et Simone Ruffini, des Fiamme Oro-CC Aniene.

Ces deux nageurs ont terminé respectivement 1ère et 7e à Hong-Kong.

Ruffini, 28 ans, un gabarit léger, 1,73m, 67kg, est apparu à l’international dès 2007 et est monté en quelques années des 5 au 25 km ; il a été vainqueur de l’universiade 2011 (sur 10 km avec deux minutes d’avance sur le second), champion du monde à Kazan en 2015 sur 25 kilomètres et a gagné aussi la traversée du lac Saint-Jean (entraîneur Emmanuele Sacchi).

Arianna Bridi, qui aura 22 ans le 6 novembre prochain, est un talent qui s’affirme, révélée aux championnats d’Europe 2016 sur 10 km et encore bronzée en 2017, aux mondiaux de Budapest sur 10 et 25 km. Sur 10 km, elle avait terminé à 3s5 d’Aurélie Muller, la Française, détachée, et dans un paquet serré de trois nageuses que séparaient deux dixièmes : Samantha Arévalo, Equateur, 2e, et elle-même troisième ex-aequo avec la Brésilienne Anna Marcela Cunha. C’était aussi pour elle la première fois qu’elle devançait sa compatriote Rachele Bruni, cinquième de la course, qu’elle avait rejoint à l’entraînement en début de saison ! Sur 25km, toujours dans les eaux du lac Balaton de Budapest, Bridi, battue par Cunha et Sharon Van Rouwendaal, devançait une autre « vieille gloire » (de 28 ans) italienne, Martina Grimaldi. Arianna a été formée au Rari Nantes Trento.

Présente au rendez-vous des mondiaux, elle a aussi marqué par sa présence tout au long de la saison. Dans la baie de Hong-Kong au large de la plage de Repulsa Bay, Bridi a défait au sprint Ana Marcela Cunha, 2h2’12s6 contre 2h2’12s7 et laissé l’Allemande Finnia Wunram, 2h2’14s7 et Rachele Bruni, 2h2’14s8.

Elle sera l’une des nageuses de pointe que rencontrera Aurélie Muller quand elle reviendra de sa saison « semi-sabbatique » à étudier la diététique…

Côté messieurs, la course partie lentement s’accélère après 5km sous l’impulsion de du champion du monde et olympique néerlandais Ferry Weertman, et de l’Allemand Rob Frederik Muffelss. Finalement, Muffelss devance au sprint Weertman et le Brésilien De Carmo.

FINAL DE LA COUPE DU MONDE D’EAU LIBRE A HONG-KONG, AVEC DES FRANÇAIS, MAIS NI MULLER, NI AUBRY

ERIC LAHMY

SAMEDI 21 OCTOBRE 2017

Il fut un temps où la terreur, en eau libre, était incarnée dans les méduses. A l’époque où la natation française de marathon se résumait en un nom de naïade, celui d’Anne CHAGNAUD, j’avais découvert à travers sa personnalité et ses évolutions une spécialité qui sortait lentement de l’époque du mythe sauvage pour se diriger vers cette compétition domestiquée, quoique toujours extrême par les distances parcourues, qu’on connait aujourd’hui.

Lorsqu’Anne disputa sur 25 kilomètres les championnats du monde de Perth, la course se déroulait au large, et la réputation des eaux australiennes mettait en avant la menace de bestioles dotés d’ailerons dorsaux assez intimidants, mais ces prédateurs se montrèrent très inférieurs à leur sale réputation et ne firent nullement acte de présence.

D’ailleurs, insistaient les Australiens, quand un requin rencontre Shelley Taylor-Smith (la gagnante de la course), c’est le requin qui s’enfuit. C’est très raisonnable, de la part des sélaciens, car si trois ou quatre hommes sont tués chaque année par un requin, cent millions de requins sont massacrés chaque année par l’homme, et le fameux aileron parfume une soupe au goût que j’ai toujours trouvé extrêmement décevant.

En revanche, Anne (4e) se plaignit, entre autres, d’un encombrement de méduses qui, pour quelques-unes, luxe dont elle se serait passée, s’étaient introduites sous le maillot de bain.

Aujourd’hui, les courses de grand fond se sont donné le nom d’eau libre depuis qu’elles ont pour la plupart quitté le grand large pour arborer des profils domestiqués.

Et la grande terreur de cette eau libre, désormais, c’est le nageur français… Non seulement il collectionne les titres et les médailles avec ses fers de lance Aurélie Muller, David Aubry et Axel Raymond, mais, du fait probablement de l’organisation mise en place par Stéphane Lecat, et aussi de la carte eau libre jouée par d’intrépides entraîneurs – Philippe Lucas, Eric Boissière, Magali Mérino et quelques autres, l’avenir s’annonce souriant. Ma correspondante Germaine Nécaire me signale le déluge d’exploits réalisés par les jeunes Français à la compétition COMEN, qui s’est tenue ce week-end à Eilat, Israël…

Son message est clair, qui se lit ainsi :

« 10km :

Chez les garçons, 1er. Aubin Coccordano ( US St André et Pôle de Rouen), 3ème, Jean-Baptiste Clusman, (US St André et pôle de Rouen), 7ème Swann Plaza, (Dauphins Aix-Sur-Vienne) ;

Chez les filles, 2ème ex-æquo, Margaux Guillaume, (ASPTT Toulouse), 6ème,

Ilona Maille, (ES Massy Natation), 7ème, Sarah Moreau, (EN Tours)

5km :

Chez les garçons, 1er, Jean-Baptiste Clusman, (US St André et pôle de Rouen), 2ème, Swann Plaza, (Dauphins Aix-Sur-Vienne), 3ème, Aubin Coccordano (US St André et Pôle de Rouen).

Chez les filles, 1ère, Ilona Maille, (ES Massy Natation), 4ème Sarah Moreau, (EN Tours), 9ème Margaux Guillaume, (ASPTT Toulouse).

Relais 4x1250m mixte : 1. France, Sarah Moreau, Swann Plaza, Ilona Maille, Baptiste Clusman. »

Mais revenons à Hong-Kong, où se jouent une autre série de courses Coupe du monde. Cette fois, Lara GRANGEON, Oceane CASSIGNOL, Lisa POU, Adeline FURST, Logan FONTAINE, Clément BATTE, Axel REYMOND, sont présentés par l’équipe de France.

Les Français ne sont pas des fanatiques de cette Coupe du monde, considérée au pays de Voltaire, je crois à juste titre, comme une formule un peu factice, agrégeant des meetings que rien ne relie vraiment, en-dehors de la volonté de la FINA d’en faire une compétition majeure par le simple fait qu’elle y a imprimé son sceau et introduit un « sponsor » (Hosa – Health Occupations Students of America) comme, pour la Coupe de natation « piscine », dont le commanditaire s’appelle « Airweave » – matelas japonais).

Les Français n’étaient pas représentés lors de l’étape précédente, le 15 octobre, à Chunan, en Chine.

Depuis que Aurélie MULLER a remporté l’épreuve d’Abu Dhabi, le 11 mars, (où David AUBRY et Marc-Antoine OLIVIER ont fini 3 et 4 de la course masculine), les Français, en fait, ne se sont rencontrés que de façon épisodique sur le circuit. Le 4 février, déjà, AUBRY avait terminé 3e. Ayant schtraté le rendez-vous de Setubal, au Portugal, le 24 juin, et celui du lac Saint-Jean, au Canada, le 27 juillet, et encore du lac Megantic, le 12 août, les Français n’ont guère changé leur attitude en face de ces meetings

Les Italiens, en revanche, paraissent avoir fait de ces rencontres siglées FINA/HOSA le socle de leur preparation. Simone RUFFINI, 77 points, et Arianna BRIDI, 104pts, mènent la danse et veulent achever la Coupe en beauté. C’est aujourd’hui et, parait-il, il y a peu de suspense…