Mois : septembre 2018

MEETING D’EINDHOVEN (6) : SARAH SJÖSTRÖM CONTRE TOUTES, GRATTE ET RE-GRATTE POUR UN DOUBLÉ GAGNANT

EN DEUX COURSES ENTRE 40 MINUTES, LA SUÉDOISE A DÛ DÉJOUER LES FOUGUEUSES TENTATIVES D’UNE AMÉRICAINE ET DE QUATRE NÉERLANDAISES DE LUI FAIRE BOIRE LA TASSE.

Éric LAHMY

Dimanche 30 Septembre 2018

Double victoire suédoise. Pour, vous l’avez deviné, Sarah SJÖSTRÖM.

Elle l’a d’abord emporté sur 100 papillon, mais ça aurait pu être chaud. La Suédoise s’est employée, nageant à exactement 0s30 de son record du monde (54s91 contre 54s61), vieux de quatre ans, puisqu’il avait été établi aux championnats du monde 2014, à Doha…

Elle a battu d’un bras l’Américaine Kelsi DAHLIA (WORRELL), qui, larguée dans la première longueur, 25s66 contre 26s12, lui reprit ensuite la moitié de l’avance.

Ranomi KROMOWIDJOJO, le matin, s’était qualifiée avec le troisième temps, mais ne prenait pas le départ dans la finale. La Chinoise Yufei ZHANG, 2e du 200 papillon il y a deux jours, derrière Katinka HOSSZU et devant Kelsi DAHLIA, était ici 3e.

Si KROMOWIDJOJO n’avait pas disputé la finale du papillon, c’est qu’elle méditait un coup dont SJÖSTRÖM serait la victime dans le 100 mètres libre. L’idée lui en était venue parce que la Suédoise avait paru, depuis quelques jours, un peu plus fragile que d’habitude. Ranomi sait que SJÖSTRÖM est au-dessus d’elle en papillon, mais espère en crawl… Comptant aussi sur le fait qu’elle-même serait reposée et que SJÖSTRÖM n’aurait pas récupéré totalement du 100 mètres papillon, un style réputé (peut-être à tort) pour son aspect fatigant, elle lança cette finale à grande allure. SJÖSTRÖM, qui part en général plus vite que tout le monde, se vit déborder d’entrée. Non seulement KROMOWIDJOJO virait en tête, seule de la finale à atteindre les cinquante mètres en moins de 25 secondes (24s81), mais SJÖSTRÖM culbutait, elle, derrière toutes les Hollandaises : HEEMSKERK, 25s04, Kim BUSCH, 25s21, Kira TOUSSAINT, 25s22. Cela ressemblait à une stratégie collective, comme si ce quatuor s’était passé le mot, décidé à bousculer l’idole qui osait venir les défier dans leur jardin.

C’était sans doute aussi une volonté stratégique de SJÖSTRÖM, anxieuse de ne pas se griller d’emblée afin d’en garder pour la fin. La Suédoise, qui peut passer en 24s5, savait aussi que sa réserve de vitesse outrepassait celle de toutes les autres, et qu’au moment où elle appuierait, elle les reprendrait. En revanche ajouter les douleurs d’un départ canon à l’acide lactique de son effort précédent qui trainait encore dans ses muscles aurait pu s’avérer fatal.

Comme dans une poursuite de western où le cavalier fuyard ferait le pari que dix chevaux ne vont pas plus vite qu’un seul, ou comme dans la vie sauvage où quatre lionnes ne reprendront jamais un guépard, la belle idée que nourrissaient les quatre Néerlandaises qui caracolaient ainsi n’atteignit pas son objectif.

SJÖSTRÖM démontra que 40 minutes lui avaient suffi pour refaire ses réserves de glycogène, et reprendre les fuyardes une à une, pour parvenir finalement, in extremis, à coiffer (d’un bonnet, bien évidemment) la plus coriace de toutes, Ranomi, sur le mur d’arrivée.

Le temps final ? Plus qu’honorable. Les 51s21 de la Scandinave restaient cependant éloignés du record mondial de Catherine CAMPBELL, 50s25, comme du record de Suède (qui fut record du monde), et qu’elle détient avec 50s58.

QUAND CHAD LE CLOS CASSE SON RYTHME, BLAKE PIERONI SOIGNE LE SIEN

Le 200 libre messieurs fut remporté par Blake PIERONI après que Chad LE CLOS eut mené le train pendant l’essentiel de l’épreuve. LE CLOS effectua un effort d’une bizarrerie consommée car après être passé loin devant aux 50 comme aux 100 mètres (22s71 et 48s66). Puis il dut ressentir le besoin de respirer et laissa PIERONI revenir. Quand l’Américain appuya son effort, LECLOS ne put rien lui opposer. Mais 53s54 derrière 48s66, Chad n’avait pas pondu là un chef d’oeuvre d’égalité d’allure !

En revanche, PIERONI fut assez remarquable, qui aligna successivement quatre 50 mètres en 23s81, 26s20, 25s99 et 25s83. Si l’on tient compte des éléments techniques, départs et virages au pied, arrivée à la main, PIERONI a passé brillamment son examen de métronome humain. Sans compter son apparente indifférence en face de la stratégie du Sud Africain…

Kathleen BAKER gagna pour sa part un 200 mètres dos assez huppé, en jeune professionnelle avisée, devant les vieilles gloires que sont Emily SEEBOHM et HOSSZU. Elles auraient dû se retrouver toutes trois sur 200 quatre nages, mais BAKER ne passa pas les séries. Là, HOSSZU devança Melanie MARGALIS et SEEBOHM…

Plusieurs finales, dans ces compétitions étiquetées Coupe du monde, donnent des impressions de déjà vu, et on ne sait pas combien de fois cette année, Ryosuke IRIE a-t-il été battu d’un rien pour un titre, se faisant souffler un haut de podium, sur 100 ou 200 dos? Cette fois, c’est Mitchell LARKIN qui lui a brûlé la politesse. Sur 200 brasse, PRIGODA l’emporte de 0s11 face à CHUPKOV qu’il avait devancé sur 100 brasse de 0s13.

MESSIEURS.-  200 mètres : 1. Blake PIERONI, USA, 1’41s83 ; 2. Chad LE CLOS, Afrique du Sud, 1’42s20 ; 3. Mackenzie HORTON , 1’43s63 ; 4. Vladislav GRINEV, Russie, 1’44s03 ; 5. Pieter TIMMERS, Belgique, 1’44s06; 6. Kyle STOLK, Pays-Bas, 1’44s18 (en séries, 1’43s97).

100 dos : 1. Mitchell LARKIN, Australie, 50s08 ; 2. Ryosuke IRIE, Japon, 50s22 ; 3. Grigory TARASEVICH, Russie, 50s79.

200 brasse: 1. Kiril PRIGODA, Russie, 2’1s59; 2. Anton CHUPKOV, Russie, 2’1s70 ; 3. Daya SETO, Japon, 2’4s19.

50 papillon : 1. Nicholas SANTOS, Brésil, 22s08 ; 2. Chad LE CLOS, Afrique du Sud, 22s09 ; 3. Vladimir MOROZOV, Russie, 22s42 ; 4. Jesse PUTS, Pays-Bas, 22s74 ; 5. Michael ANDREW, USA, 22s78 ;… 8. Mehdy METELLA, France, 23s02.

400 4 nages : 1. Daya SETO, Japon, 3’57s25 ; 2. David VERRASZTO, Hongrie, 4’3s14; 3. Maxime SHEMBEREY, Azerbaïdjan, 4’6s98 ; 4. Yizhe WANG, Chine, 4’7s50.

DAMES. 100 mètres : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 51s21 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 51s42 ; 3. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 51s73; 4. Kim BUSCH, Pays-Bas, 52s86; 5. Michelle COLEMAN, Suède, 53s08.

800 mètres : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 8’3s86 (record du monde junior, ancien par elle-même, 8415s35) ; 2. Leah SMITH, USA, 8’15s42 ; 3. Anna EGOROVA, Russie, 8’21s83 ; 4. Mireia BELMONTE, Espagne, 8’22s28. ; 5. Jimena PEREZ, Espagne, 8’25s63.

200 dos : 1. Kathleen BAKER, USA, 2’0s85 ; 2. Emily SEEBOHM, Australie, 2’1s91; 3. Katinka HOSSZU, Hongrie, 2’3s76; 4. Daryna ZEVINA, Ukraine, 2’5s06; 5. Michelle COLEMAN, Suède, 2’5s34.

50 brasse: 1. Alia ATKINSON, Jamaïque, 29s18; 2. Julia EFIMOVA, Russie, 29s50.En séries, Molly HANNIS, USA, 29s76.

100 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 54s91 ; 2. Kelsi DAHLI, USA, 55s21 ; 3. Yufei ZHANG, Chine, 55s87 ; 4. Kimberly BUYS, Belgique, 56s73 ; 5. Tayla LOVEMORE, Afrique du Sud, 57s41 ; 6. Yui OHASHI, Japon, 57s63.

200 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 2’5s06 ; 2. Melanie MARGALIS, USA, 2’6s04; 3. Emily SEEBOHM, Australie, 2’6s82 ; 4. Yui OHASHI, Japon, 2’7s37 ; 5. Min ZHOU, Chine, 2’8s37 ; 6. Rika OMOTO, Japon, 2’8s64. En séries, Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 2’8s12.

MEETING D’EINDHOVEN (5) : JIANJIAHE WANG, SOUVERAINE DU DEMI-FOND, RECORDWOMAN DU MONDE JUNIOR DU 800 METRES

MEETING D’EINDHOVEN (5) : JIANJIAHE WANG, SOUVERAINE DU DEMI-FOND, RECORDWOMAN DU MONDE JUNIOR DU 800 METRES

Éric LAHMY

Dimanche 30 Septembre 2018

Troisième et dernière journée de meeting à Eindhoven. Dès la deuxième course de l’après-midi, la grande et jeune Chinoise Jianjiahe WANG pulvérisait son record du monde junior du 800 mètres dames, en 8’3s86 : l’ancien record, 8’15s35, datait du 4 octobre 2017.

WANG atterrissait assez près du record mondial petit bassin de Mireia BELMONTE, 7’59s34 (en 2013 à Berlin).

Les passages de WANG démontrent la classique égalité d’allure de la nageuse de distances moyennes, mais une moindre accélération terminale, qui parait indiquer qu’elle s’employait au seuil physiologique. Comme elle n’était guère menacée par l’Américaine Leah SMITH, on peut donc penser qu’elle visait le record qu’elle a battu, voire celui de BELMONTE ; bref, qu’elle nageait pour réaliser le meilleur temps possible…

50m, 27s84. 100m, 57.89 [30s05]. 150m, 1:28s34 [30s45]. 200m, 1:58s98 [30s64]. 250m, 2:29s71 [30s73]. 300m, 3:00s24 [30s53]. 350m, 3:30s77 [30s53]. 400m, 4:00s94 [30s17]. 450m: 4:31s26 [30s32]. 500m, 5:01s81 [30s55]. 550m, 5:32s51 [30s70]. 600m, 6:03s02 [30s51]. 650m, 6:33s69 [30s67]. 700m, 7:04s44 [30s75]. 750m, 7:34s83 [30s39]. 800m, 8’3s86 [29s03].

Les finales avaient été lancées en fanfare, sur 400 mètres quatre nages, par une belle performance chronométrique de Daya SETO. Le double champion du monde japonais, qui a l’air d’un vieux pro tant on l’a déjà vu mais n’est âgé que de vingt-quatre ans, ne dételle pas, qui améliore son record de Coupe du monde en petit bassin de 0s41. Il laisse loin derrière David VERRASZTO, loin de sa meilleure forme. Au troisième quart de son effort, SETO s’est trouvé plus rapide que le record du monde de Ryan LOCHTE. Il passait en (50m) 24s94 (100m) 53s61 [28s67], (150m) 1:23s41 [29s80] 200m 1:52s95 [29s54] 250m 2:26s54 [33s59] 300m 3:00s35 [33s81] 350m 3:29s39 [29s04] pour conclure en 3’57s25 [27s86].

Dans son record mondial en 3’55s50 établi à Dubaï le 16 décembre 2010, LOCHTE avait nagé ses parcours en 54s62, 1’53s73, 3’1s14.

MESSIEURS.- 400 4 nages : 1. Daya SETO, Japon, 3’57s25 ; 2. David VERRASZTO, Hongrie, 4’3s14; 3. Maxime SHEMBEREY, Azerbaïdjan, 4’6s98 ; 4. Yizhe WANG, Chine, 4’7s50.

DAMES.- 800 mètres : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 8’3s86 (record du monde junior, ancien par elle-même, 8415s35) ; 2. Leah SMITH, USA, 8’15s42 ; 3. Anna EGOROVA, Russie, 8’21s83 ; 4. Mireia BELMONTE, Espagne, 8’22s28. ; 5. Jimena PEREZ, Espagne, 8’25s63.

MONDIAUX DE CHINE: LES CANADIENS CHINOISENT

Éric LAHMY

Dimanche 30 septembre 2018

Les nageurs canadiens représentatifs, entre les Jeux du Commonwealth et les championnats Pan Pacific, ont-ils eu leur plein de compétitions internationales cette saison ? Ils ne seront pas présents aux championnats du monde en petit bassin, les 11-16 décembre prochain à Hangzhou. Cela n’est pas dû au manque d’intérêt des nageurs, mais aux procédures de qualification adoptées par les dirigeants de la natation canadienne.

En effet, de façon disons originale, la natation canadienne a décidé d’exclure de la sélection pour les mondiaux en petit bassin les nageurs qui ont été sélectionnés dans les compétitions Pan Pacific et Pan Pacific junior. Autant dire, explique Loretta Race, l’entraîneur des Cincinnati Marlins et de SwimSwam Canada, que cela exclut, entre autres, tous les gros bras de la natation canadienne, qu’il s’agisse de Taylor RUCK, Kylie MASSE, Kennedy GOSS, Sydney PICKREM, Kierra SMITH, ou encore de Markus THORMEYER, Javier ACEVEDO, Mack DARRAGH, Richard FUNK et Yuri KISIL.

La sélection canadienne est de ce fait composée de parfaits inconnus au plan international, Alex LOGINOV, Alexandre PERREAULT, côté messieurs, Sophie ANGUS, Haley BLACK, Aelia JANVIER et Ingrid WILM côté dames.

Alors, aberrant ou judicieux? Si Race s’est contentée de l’information sèche, des commentaires désabusés de lecteurs ont salué cette décision. « Interdire de nager à des éléments qui étaient en droit de se qualifier est une totale fumisterie », commente celui-ci. « Profite bien de tes zéro médaille, Canada », ajoute tel autre. « Voilà qui se qualifie pour la pire décision de l’année… Ô Canada », conclut un troisième. Les Canadiens avaient remporté huit courses aux mondiaux 2016, qui s’étaient tenus à Windsor, près de Toronto, chez eux, et ils sont bien partis pour n’en rapporter aucune de Chine. Je ne sais pas s’ils auraient été contents, si d’autres natations avaient joué le même jeu qu’eux et n’avaient délégué que des équipiers B à Windsor.

Ce qui est clair, c’est que les responsables canadiens ne tiennent pas en assez haute estime les mondiaux en petit bassin pour y déléguer leurs éléments de pointe, même si, en 2016, ils avaient annoncé l’émergence de leur propre natation. Ils ne sont pas les seuls. Une compétition sommitale fin décembre parait assez aberrante. Katinka HOSSZU mise à part, les nageurs ont besoin de se reposer et de s’entraîner de temps en temps. Mais allez l’expliquer à la FINA !

SARAH SJÖSTRÖM HÉSITE : L’ARGENT DE LA COUPE OU L’OR DU CHAMPIONNAT ?

SARAH SJÖSTRÖM HÉSITE ENTRE L’ARGENT DE LA COUPE ET L’OR DU CHAMPIONNAT. LE CŒUR DE LA MEILLEURE SPRINTEUSE DU MONDE BALANCE EN EFFET ENTRE ACHEVER LE LUCRATIF PARCOURS DES MEETINGS COUPE DU MONDE ET PRÉPARER LES CHAMPIONNATS DU MONDE. ALORS, L’OR OU L’ARGENT ? OU LES DEUX ?

Éric LAHMY

Samedi 30 Septembre 2018

Sarah Sjöström pourrait bien couper dans son programme hivernal. Certes, elle a été des trois premiers rendez-vous de la Coupe du monde 2018 (qu’elle domine), Kazan en Russie, Doha au Qatar, Eindhoven aux Pays-Bas, et sera également présente à Budapest, le week-end prochain, mais elle ne décidera pas avant la réunion hongroise de se rendre ou non en Asie, où se disputeront les autres meetings estampillés FINA World Cup (à Pékin, les 2-4 novembre, Tokyo, les 9-11 novembre, et Singapour, les 15-17 novembre).
Dans son esprit, elle hésite entre être présente à ces rendez-vous ou disputer les championnats du monde, qui auront lieu en Chine les 11-16 décembre.

Son souvenir de l’an passé la décourage d’embrasser le programme dans son entier. Pour sa première apparition en Coupe du monde depuis 2014, elle a tout nagé jusqu’aux championnats d’Europe 2017 en petit bassin, à Copenhague, et elle a fini l’année sur les rotules.

Au Danemark, entre le 13 et le 17 décembre 2017, en effet, elle avait certes gagné le 50 libre et le 100 mètres papillon, mais son état de forme lui avait valu quelques déboires, comme finir 9e ex-aequo en séries sur 50 papillon (et rater la finale gagnée par Ranomi Kromowidjojo), ou encore être battue sur 100 libre par la même Kromowidjojo. Bien entendu, mille nageuses seraient fières d’un tel parcours, mais pas la supposée meilleure nageuse du monde.

Si Sarah avait éclipsé Katinka Hosszu dans la coupe du monde 2017, la Hongroise, dans la Royal Arena de Copenhague, lui avait rendu la pareille, enlevant pour sa part les six courses de son programme, trois en dos et trois en quatre nages.

Sjöström n’avait pas jugé bon de nager le mondial en petit bassin en 2016, et il semble qu’elle préfère cette compétition aux attraits du circuit de Coupe du monde. Même si les mondiaux en petit bassin restent une compétition subalterne, la World Cup FINA se situe beaucoup plus bas dans la hiérarchie, et elle n’est pas généralement considérée comme faisant partie de la haute compétition, à laquelle appartiennent les Jeux olympiques, les championnats du monde et (à la rigueur) les championnats continentaux en grand bassin.

Elle ne s’adresse qu’aux professionnels et les trois quarts des champions la dédaignent, parce qu’elle n’est pas adaptée aux réalités de la natation et aux nécessités de respecter des phases dédiées à l’entraînement – et au repos. Elle n’est même pas placée convenablement (et d’ailleurs elle serait difficile à être placée, le développement des compétitions a littéralement mangé le calendrier). Le petit bassin n’a pas réellement décollé, même s’il offre des compétitions attrayantes. On y effectue plus d’acrobaties et de glissées sous-marines que de nage. D’ailleurs, sous cet angle, en poussant à peine, les seuls vrais nageurs se trouvent dans l’eau libre…

La fascination du petit bassin en général et des meetings en particulier est essentiellement monétaire. Sjöström n’a jamais gagné autant d’argent à nager qu’au cours des derniers mois de 2017 : plus d’un millions de Couronnes : « ça aide à payer le loyer », se marre-t-elle ! Et les locations sont chères à Stockholm…

Alors, essaiera-t-elle de repousser la fatigue en raison de ces données lucratives ? A voir. L’acier suédois parait moins résistant, sous cet angle, que le fer hongrois…

ericlahmy@yahoo.com

MEETING D’EINDHOVEN (4) : KATINKA HOSSZU PERD LE 100 DOS CONTRE BAKER ET SEEBOHM, GAGNE LE 400 QUATRE NAGES CONTRE OHASHI ET ZHOU

Eric LAHMY

Samedi 29 Septembre 2018

Lors de la deuxième journée du meeting d’Eindhoven dominé par le doublé de Sarah SJÖSTRÖM, Vladimir MOROZOV a archi-dominé le 100 mètres nage libre, où Blake PIERONI a terminé deuxième, comme sur 400 mètres derrière HORTON, ce qui démontre quand mètres un beau registre, qui fait de lui, on ne sait trop, un sprinteur résistant ou un stayer rapide.

Mehdy METELLA, qui s’était « bronzé » sur 100 papillon, n’a pas connu le même bonheur, et, 12e des séries, n’a pu se qualifier en finale.

On note un honnête 200 papillon de Chad LECLOS qui était tombé malade et qu’on croyait convalescent et n’était même pas annoncé dans ce meeting.

Coïncidence, Daya SETO a réalisé le même temps, 1’51s09, sur 200 quatre nages, que LECLOS sur la distance en papillon. Même temps, mais valeur supérieure ! SETO laisse très loin ses suivants. Il est vrai que LARKIN, qui aurait pu lui porter la contradiction, a opté plutôt pour un  50 dos : choix paresseux, mais rémunérateur puisqu’il a gagné…

Le 100 mètres dos dames opposait trois des quatre meilleures ondines du monde sur la distance, HOSSZU, BAKER, SEEBOHM, soit les deux premières du podium olympique de Rio et la championne du monde 2015. Il ne manquait que Kyle MASSE pour que la fête soit totalement réussie. BAKER l’a emporté devant SEEBOHM et la Hongroise « en reconstruction »,  

Autre match à trois, pour HOSSZU, sur 400 quatre nages dames, cette fois, dans une finale directe. La Japonaise OHASHI a été dominante cette saison, qui a triomphé aux Jeux asiatiques de Djakarta et réussi le meilleur temps de l’année, en l’absence de la recordwoman du monde hongroise. Mais celle-ci reste une valeur sure et le montre. Katinka HOSSZU, qui changé d’entraîneur et s’est débarrassé d’un embarrassant époux par-dessus le marché, est décidée à redevenir la meilleure, et cela se présente pas mal ; elle mène en papillon, d’un rien devant la Chinoise ZHOU, laquelle n’est pas un faire-valoir. ZHOU passe, également d’un rien, devant, à l’issue du parcours de dos ; HOSSZU doit être totalement relaxe dans ce parcours, étant l’une des toutes meilleures dossistes du monde ; elle attaque et fait la différence en brasse, lequel constitue le parcours le plus délicat du quatre nages, celui où se construisent bien souvent les écarts, pendant qu’OHASHI, encore 3e, passe ZHOU, mais ne peut rejoindre la Hongroise qui, bien au contraire augmente son avance.

La performance n’a rien de miraculeux. Nos trois belligérantes restent à 7-12 secondes du record en petit bassin de Mireia BELMONTE, qui avait « fait » 4’18s94, dans ce même bassin d’Eindhoven, il y a treize mois, et qui termine ici très loin, méconnaissable, en 4’36s27 ! Elle vient de reprendre sa préparation, et a effectué il y a une semaine la traversée du lac de Banyoles…

Quoi d’autre ? Un bon 100 brasse féminin où EFIMOVA retrouve son éternelle rivale de Coupe du monde ATKINSON et la défait.

MESSIEURS.- 100 mètres : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 45s69 ; 2. Blake PIERONI, USA, 46s45 ; 3. Vladislav GRINEV, Russie, 46s58 ; 4. Pieter TIMMERS, Belgique, 46s97 ; 5. Kyle STOLK, Pays-Bas, 47s02. En séries, Mehdy METELLA, France, 12e en 48s24.

1500 mètres : 1. Maxime SHEMBEREV, Azerbaïdjan, 14’45s17.

50 dos : 1. Mitchell LARKIN, Australie, 23s34 ; 2. Vladimir MOROZOV, Russie, 23s42.

50 brasse : 1. Felipe LIMA, Brésil, 25s92 ; 2. Peter STEVENS, Slovaquie, 26s10 ; 3. Kiril PRIGODA, Russie, 26s30; 4. Nick FINK, USA, 26s49; 5. Michael ANDREW, USA, 26s51.

200 papillon : 1. Chad LE CLOS, Afrique du Sud, 1’51s09 ; 2. Yuya YAJIMA, Japon, 1’51s87 ; 3. Joeri VERLINDEN, Pays-Bas, 1’53s88 ; 4. Laszlo CSEH, Hongrie, 1’54s02 ; 5. Maarten BRZOSKOWSKI, Pays-Bas, 1’54s20.

200 4 nages : 1. Daya SETO, Japon, 1’51s09 ; 2. Ryosuke IRIE, Japon, 1’55s61 ; 3. Kiril PRIGODA, Russie, 1’55s71.

DAMES.- 200 mètres : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 1’52s25 ; 2. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 1’52s98 ; 3. Jianjiahe WANG, Chine, 1’53s40; 4. Melanie MARGALIS, USA, 1’54s30; 5. Michelle COLEMAN, Suède, 1’54s85; 6. Barbora SEEMANOVA, Rép. Tchèque, 1’56s25 ; 7. Leah SMITH, USA, 1’56s37 ; 8. Zsuzsanna JAKABOS, Hongrie, 1’56s58. En séries, KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 1’56s25.

100 dos : 1. Kathleen BAKER, USA, 55s91 ; 2. Emily SEEBOHM, Australie, 56s07; 3. Katinka HOSSZU, Hongrie, 56s32; 4. Kira TOUSSAINT, Pays-Bas, 56s63 (en séries, 56s28) ; 4. Mariia KAMENEVA, Russie, 57s74.

100 brasse : 1. Julia EFIMOVA, Russie, 1’3s41 ; 2. Alia ATKINSON, Jamaïque, 1’3s74 ; 3. Molly HANNIS, USA, 1’5s65 ; 4. Jingyao YU, Chine, 1’5s71.

50 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 24s61 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 24s67 ; 3. Kelsi DAHLIA, USA, 25s14 ; 4. Kimberley BUYS, Belgique, 25s41 ; 5. Yufei ZHANG, Chine, 25s49 ; 6. Maalke DE WAARD, Pays-Bas, 25s68. En séries, Kim BUSH, Pays-Bas, 25s69.

400 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 4’25s15 ; 2. Yui OHASHI, Japon, 4’27s42 ; 3. Min ZHOU, Chine, 4’30s26 ; 4. Catalina CORRO, Espagne, 4’32s30.

MEETING D’EINDHOVEN (3): SARAH SJÖSTRÖM MUSELLE DEUX NÉERLANDAISES DOPÉES PAR L’AIR DU PAYS

PARCE QU’À EINDHOVEN, DANS LES EAUX NÉERLANDAISES, LES DEUX LOCALES DE L’ÉTAPE, RANOMI KROMOWIDJOJO ET FEMKE HEEMSKERK, ÉTAIENT SOUCIEUSES D’OBTENIR DES SUCCÈS DE PRESTIGE SUR SARAH SJÖSTRÖM QUI AVAIT TRÉBUCHÉ DEUX FOIS LA VEILLE. MAIS LA REINE DE SUÈDE A MIS DE L’ORDRE DANS SON ROYAUME. 

Éric LAHMY

Battue vendredi, dans la deuxième  journée du meeting d’Eindhoven, sur 50 mètres, par Ranomi KROMOWIDJOJO (et sur 100 mètres quatre nages aussi, mais ce n’est guère une spécialité pour elle), Sarah SJÖSTRÖM apparaissait fragiliséea, ce qui a donné quelques idées de coup d’Etat à ses principales adversaires. Elle a  vite remis les choses en place – et sa robuste personne, sur la plus haute marche du podium, a paru moins fragile que jamais.

Deux fois plutôt qu’une d’ailleurs, puisqu’elle a gagné ce samedi le 200 mètres nage libre, malgré une fière résistance de Femke HEEMSKERK, et le 50 mètres papillon, devant la même KROMOWIDJOJO qui l’avait surprise la veille sur 50 libre en retentait le coup sur 50 mètres papillon. Sans les deux cas, cela n’a pas été facile.

Ranomi ne s’est jamais intéressée beaucoup au papillon jusqu’ici, mais, même six ans après son doubé olympique en nage libre, on se dit qu’il « vaut mieux tard que jamais »; et on constate que, quand elle s’y met, ce n’est pas pour rien. Cette fois, elle a touché 0s06 derrière SJÖSTRÖM, autant dire qu’elle a essayé de lui faire des misères…

Dans le 200 mètres, HEEMSKERK n’a pas été moins virulente que sa compatriote ne l’avait été en papillon. Les Néerlandaises ont tout essayé pour faire couler sa majesté la reine de Suède. Femke a viré aux 150 mètres à égalité avec SJÖSTRÖM qui réussit cependant à imposer ses facultés de sprinteuse. L’amirale de la flotte, c’est elle!

En revanche, on attendait plus de la Chinoise WANG. Si l’on additionne ses quatre 50 mètres les plus rapides (les trois premiers et le huitième) dans son 400 mètres record du monde juniors de la veille, on parvient à un temps de 1’54s52 ; et elle n’a pas réussi à nager qu’en 1’53s40 son 200 mètres.

Un peu surprenant aussi: alors que ses derniers 50, sur 400 mètres, avaient été expédiés en 28s82, elle effectue sur 200 mètres sa fin de course en 28s86, un soupçon moins vite. On a observé les mêmes paradoxes dans les courses de son compatriote SUN Yang.

 DAMES.- 200 mètres : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 1’52s25 ; 2. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 1’52s98 ; 3. Jianjiahe WANG, Chine, 1’53s40; 4. Melanie MARGALIS, USA, 1’54s30; 5. Michelle COLEMAN, Suède, 1’54s85; 6. Barbora SEEMANOVA, Rép. Tchèque, 1’56s25 ; 7. Leah SMITH, USA, 1’56s37 ; 8. Zsuzsanna JAKABOS, Hongrie, 1’56s58. En séries, KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 1’56s25.

50 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 24s61 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 24s67 ; 3. Kelsi DAHLIA, USA, 25s14 ; 4. Kimberley BUYS, Belgique, 25s41 ; 5. Yufei ZHANG, Chine, 25s49 ; 6. Maalke DE WAARD, Pays-Bas, 25s68. En séries, Kim BUSH, Pays-Bas, 25s69.

MEETING D’EINDHOVEN (2) MOROZOV S’APPROPRIE LE SPRINT, METELLA 3ème DU 100 PAPILLON

Éric LAHMY

Samedi 29 Septembre 2018

Mehdy METELLA a fini 3e du 100 mètres papillon du meeting d’Eindhoven. Il n’a pesé à aucun moment sur la course, en raison de son profil de course très équilibré – trop équilibré, vu qu’il ne s’agissait que d’un meeting ? – et s’il revint plus vite que tout le monde, cela ne lui permit pas de menacer Chad LECLOS, vainqueur, ni Nicholas SANTOS, 2e.

Vladimir MOROZOV a amélioré le record du monde du 100 mètres quatre nages, distance exclusivement nagée en petit bassin, avec un temps de 50s26. L’ancien record lui appartenait depuis l’an dernier, en 50s30. En fin d’après-midi, le Russe gagnait le 50 mètres libre avec une nette avance.

Julia EFIMOVA a nagé un joli 200 brasse, en 2’15s62, à une seconde du vieux record de Rebecca SONI, 2’14s57 en décembre 2009. Elle creusait une avance de deux secondes, à mi-course, sur l’Espagnole Jessica VALL, sa compatriote Vitalina SIMONOVA et la Chinoise YU, et l’emportait de deux longueurs de corps.

En revanche, le 200 dos messieurs fut âprement disputé entre Mitchell LARKIN et Ryosuke IRIE. L’Australien, qui nageait pratiquement de concert, quoique très légèrement derrière le Japonais, parvint à le devancer dans l’enlevage final.

Sur 400 mètres, Blake PIERONI, dont les distances fétiches sont sur 100 et 200 mètres, venait défier sur 400 rien moins que le champion olympique australien, Mack HORTON. L’Américain s’était qualifié avec le meilleur temps, mais il décida pour une course d’attente, surveillant « Mac The Knife », espérant peut-être le déborder avec sa vitesse de sprinteur prolongé. Mais celle-ci devait être bien usée quand il tenta de revenir après les 325 mètres !

 

SARAH SJÖSTRÖM BATTUE SUR 50 METRES : ÇA SENT LA FATIGUE !

Sur 100 brasse, CHUPKOV, qui avait dominé les meetings précédents, ne put renouveler son succès sur 100 brasse. Kiril PRIGODA le devançait. Katinka HOSSZU, elle, fidèle à son éclectisme, gagna le 100 quatre nages et le 200 papillon tandis que SJÖSTRÖM chutait sur 50 mètres face à Ranomi KROMOWIDJOJO, dans un temps quelconque (pour elle)….

La diva suédoise avouait qu’elle ressentait une certaine fatigue, et qu’elle n’envisageait pas forcément d’achever le programme qu’a concocté la FINA. La Coupe du Monde pourrait se passer d’elle. « Je n’avais pas pris de décision définitive pour la suite de l’automne, et je prends les choses comme elles viennent, expliquait-elle en début de semaine. Sa compatriote Michelle COLEMAN, qui revenait de blessure, a nagé, mais sans succès…

MESSIEURS.- 50 mètres : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 20s69 ; 2. Bradley TANDY, Afrique du Sud, 21s19 ; 3. Blake PIERONI, USA, 21s34 ; 4. Jesse PUTS, Pays-Bas, 21s35. En séries, Kosuke MATSUI, Japon, 21s38.

400 mètres : 1. Mackenzie HORTON, Australie, 3’39s52 ; 2. Blake PIERONI, USA, 3’41s79 ; 3. Poul ZELLMANN, Allemagne, 3’43s50 ; 4. Daniel DUDAS, Hongrie, 3’44s02.

200 dos : 1. Mitchell LARKIN, Australie, 1’49s75 ; 2. Ryosuke IRIE, Japon, 1’50s15

100 brasse : 1. Kiril PRIGODA, Russie, 56s88 ; 2. Anton CHUPKOV, Russie, 57s01 ; 3. Felipe LIMA, Brésil, 57s14 ; 4. Hayato WATANABE, Japon, 57s55 ; 5. Lizhuo WANG, Chine, 57s70 (en séries, 57s48) ; 6. Arno KAMMINGA, Pays-Bas, 57s75.

100 papillon : 1. Chad Le Clos, Afrique du Sud, 49s56 ; 2. Nicholas SANTOS, Brésil, 50s22 ; 4. Mehdy METELLA, France, 50s31

100 4 nages : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 50s26 (record du monde ; ancien, 50s30 par lui-même) ; 2. Daya SETO, Japon, 51s40 ; 3. Michael ANDREW, USA, 51s76 ; 4. Kosuke MATSUI, Japon, 52s56; 5. Kyle STOLK, Pays-Bas, 52s72.

DAMES.- 50 mètres : 1. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 23s26 ; 2. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 23s67 (en séries, 23s62) ; 3. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 23s97 (en séries, 23s91) ; 4. Maria KAMENEVA, Russie, 24s07 ; 5. Kim BUSCH, Pays-Bas, 24s09 (en séries, 23s99).

 400 mètres : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 3’54s63 (record du monde junior petit bassin, ancien Bingjie LI, Chine, 3’59s14) [Passages, 56s03, 1’55s45, 2’55s71, derniers 50 mètres en 28s82] ; 2. Leah SMITH, USA, 4’1s31 ; 3. Anna EGOROVA, Russie, 4’4s65 ; 5. Catalina CORRO, Espagne, 4’6s15 ; 6. Mireia BELMONTE, Espagne, 4’7s51. En séries, Katinka HOSSZU, Hongrie, 4’2s50.

50 dos: 1. Etiene MEDEIROS, Brésil, 26s07; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 26s10; 3. Kira TOUSSAINT, Pays-Bas, 26s13 ; 4. Emily SEEBOHM, Australie, 26s18 ; 5. Mariia KAMENEVA, Russie, 26s30; 6. Kathleen BAKER, USA, 26s44 (en séries, 26s43); 7. Maalkje DE WAARD, Pays-Bas, 26s66.

200 brasse: 1. Julia EFIMOVA, Russie, 2’15s62 (31s51, 34s27, 34s48, 35s38); 2. Vitalina SIMONOVA, Russie, 2’19s65; 3. Jessica VALL, Espagne, 2’20s06 ; 4. Melanie MARGALIS, USA, 2’20s29 ; 5. Jingjyao YU, Chine, 2’20s30 ; 6. Marina GARCIA, Espagne, 2’21s49.

200 papillon : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 2’2s87 ; 2. Yufei ZHANG, Chine, 2’3s09; 3. Kelsi DAHLIA, USA, 2’3s31

100 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 57s44 ; 2. Kathleen BAKER, USA, 58s14; 3. Emily SEEBOHM, Australie, 58s36; 4. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 58s42 (en séries, 58s30); 5. Femke HEEMSKERK, Pays-Bas, 58s59 ; 6. Melanie MARGALIS, USA, 59s05 ; 7. Kim BUSCH, Pays-Bas, 59s18.

MEETING D’EINDHOVEN (1) : ÇA DÉMARRE FORT AVEC UNE JIANJIAHE WANG DE GROS CALIBRE SUR 400 MÈTRES, À 12/100e DU RECORD DU MONDE

Éric LAHMY

Samedi 29 Septembre 2018

Dès la première finale du meeting d’Eindhoven, hier, Jianjiahe WANG, une Chinoise de 16 ans, a amélioré le record du monde juniors en petit bassin du 400  mètres nage libre. Avec un temps de 3’54s63, elle a amélioré l’ancienne marque, que détenait sa compatriote Bingjie LI, de quatre secondes et demie. WANG a surtout approché de très près, onze centièmes de seconde, une vraie misère, le record mondial  SENIOR, 3’54s52 (en 2013), de Mireia BELMONTE, qui était dans cette course et a fini loin derrière, 5e, en 4’7s51.

WANG prit un  départ très rapide et se trouva tout de suite livrée à elle-même. On ne peut pas dire qu’elle équilibra sa course puisqu’elle passait en 1’55s45 pour une seconde moitié de course en 1’59s18. Mais ce sont surtout ses premiers 100 mètres, avalés en 56s03, qui déséquilibrèrent son effort.
Malgré son jeune âge, WANG a déjà très bien nagé. Elle a gagné le 400 en 4’3s18, le 800 et le 1500 mètres des Jeux asiatiques de Djakarta, fin août dernier. Son record de la saison en grand bassin est de 4’3s14 (meeting d’Atlanta). C’est une fille de haute taille, 1,82m, et cette année elle a bien dominé LI, qui la devançait l’année dernière.  

Il n’est pas sûr que 3’54s en petit bassin soit nettement meilleur que 4’3s en grand, avec huit virages et coulées supplémentaires et une distance nagée d’autant moins grande. Mais WANG n’en est pas moins l’une des toutes meilleurs nageuses de demi-fond du monde !

Katinka HOSSZU, qui s’était qualifiée dans ce 400 avec le deuxième temps des séries, s’est abstenue pour la finale. La Hongroise a retrouvé une de ses habitudes, qui revient à nager un nombre considérable d’épreuves, dans les séries du matin, en guise d’entraînement, puis de « piquer » les finales qui lui conviennent pour tenter de gagner, ce qui demande alors un effort maximum…

DAMES.- 400 mètres : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 3’54s63 (record du monde junior petit bassin, ancien Bingjie LI, Chine, 3’59s14) [Passages, 56s03, 1’55s45, 2’55s71, derniers 50 mètres en 28s82] ; 2. Leah SMITH, USA, 4’1s31 ; 3. Anna EGOROVA, Russie, 4’4s65 ; 5. Catalina CORRO, Espagne, 4’6s15 ; 6. Mireia BELMONTE, Espagne, 4’7s51. En séries, Katinka HOSSZU, Hongrie, 4’2s50.

LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KATINKA HOSSZU, FEMME DE PASSION, FEMME DE FER, FEMME D’AFFAIRES (2)

LA DÉCENNIE PRODIGIEUSE DE LA NAGEUSE LA PLUS VORACE DU MONDE

Éric LAHMY

 Vendredi 28 Septembre 2018

Ceux qui se souviennent de l’audience qu’eurent en France les exploits de Laure MANAUDOU au cours de l’olympiade d’Athènes ne peuvent imaginer qu’en partie la déferlante émotionnelle et médiatique que provoque depuis des années Katinka HOSSZU dans son pays. La fille fait la première page des journaux, ses faits et gestes ouvrent les journaux télévisés, Victor Orban, l’homme fort du pays, ne cache pas que son sportif préféré n’est pas un footballeur, mais Katinka HOSSZU.

Cette énorme réputation n’a pas eu que des avantages (même si, on l’imagine, les avantages l’emportent et de loin). Son inconvénient est de faire parler…

Le caractère sensationnel, par certains côtés iconoclaste des succès de la Hongroise, la capacité presqu’anormale (et en tout cas sans pareille) de récupérer de ses efforts d’une course à l’autre et à répétition, en ont fait une nageuse à part.

L’incompréhension que ces aptitudes produisaient chez les techniciens, l’a faite salement attaquer, surtout dans des media anglo-saxons, où on l’a carrément soupçonnée de se doper.

C’est dans les compétitions de Coupe du monde que Katinka Hosszu a développé cette capacité sans précédent d’enchaîner des séries d’efforts proches des limites. Avant elle, on avait vu certains nageurs se présenter dans plus d’une course par jour. Mais elle se mit à TOUT nager, et parfois même à TOUT gagner, ou presque…

Des entraîneurs expérimentés se sont étonnés qu’elle puisse rebondir ainsi sur cinq ou six courses dans une après-midi, en gagner la plupart et se médailler dans les autres.

Bien sûr, la fille est extraordinaire, admettaient-il. Mais une autre chose les dérangeait. « Je comprends la supériorité de Kathy Ledecky, pas celle d’Hosszu » disait à peu près Fred Vergnoux.

Ledecky avait dans ses records une génération d’avance. Hosszu, elle, était hors-normes d’une autre façon. Mireia Belmonte, l’élève de Vergnoux, qui s’entraînait à raison de 4000 kilomètres par an, apparaissait incapable de récupérer entre deux courses comme la Hongroise…

A partir de ce mystère à leurs yeux impénétrable, John Leonard (président de l’association mondiale des entraîneurs) et la revue Swimming World, à travers la plume d’un de ses journalistes, Casey Barrett, décrétèrent que la Hongroise trichait.

C’était aller vite en besogne. Il n’y avait pas le moindre commencement de preuve et dans certains pays, on a suggéré que pour ses accusateurs, Hosszu trichait surtout parce qu’elle n’était pas américaine, australienne ou britannique, les trois seule natations où l’on a le droit de produire des résultats sans être soupçonnés.

Soyons honnêtes. S’ajoute ce phénomène humain (autant que félidé) qui veut qu’un chat échaudé craigne l’eau froide. Les nageurs anglo-saxons et de l’ouest européen pour ne parler que d’eux, se sont tellement fait plumer par les Allemands, les Russes et les Chinois sans parler de leurs affidés, qu’ils ont développé des réflexes soupçonneux !

Jusqu’à preuve du contraire, cependant, Katinka n’est pas dopée. C’est une super-pro de la natation qui s’est élevée grâce à une préparation fanatique qui, par chance, ne l’a jamais conduite aux blessures.

Et cela lui a donné un plus. Bien sûr, rien n’est garanti, mais j’aime croire cela. J’aime croire en son honnêteté.

FACE A FACE AVEC GYARFAS, L’HOMME FORT DE LA NATATION HONGROISE

La natation hongroise est un monde dur, parfois jusqu’à l’étrange, où se passent souvent des événements assez décalés par rapport à ce qu’on imagine être le sport. Cela tient beaucoup à certaines personnes qui y ont prospéré.

On m’affirme que c’est le deuxième sport le plus populaire de Hongrie, derrière l’inamovible football (et la natation inclut là-bas le water-polo).

Le premier champion olympique de natation de l’ère moderne est un Hongrois, Alfred Hajos. Il enleva, aux Jeux d’Athènes, en 1896, le 100 mètres et le 1200 mètres. Lorsque le roi de Grèce lui demanda « où il avait appris à nager », – « dans l’eau » fut la réponse de l’étudiant en architecture !

Le siècle fut constellé de champions hongrois de natation, ainsi Zoltan Halmay ou encore Ferenc Csik, champion olympique du 100 mètres en 1936 et médecin, tué pendant la guerre alors qu’il portait secours à la victime d’un bombardement ; Eva Szekely, championne olympique du 200 mètres brasse en 1952 et auteur de trois livres aux titres épatants : « Seul le Vainqueur a le Droit de Pleurer », «Je Suis Venu, J’ai vu, j’ai Perdu », et « Je l’ai nagé ; j’ai survécu ».

Dans la deuxième moitié du 20e siècle, deux entraîneurs essentiels, Tamas Szechy et Laszlo Kiss, apportèrent leur marque, à la limite de la férocité ; ils fermèrent la natation hongroise sur des concepts spécifiques, et produisirent en vase clos des bataillons de nageurs (parmi lesquels l’incontournable Krisztina Egerszegi).

Cette dernière exceptée, il semble bien que Katinka les a tous dépassés par l’ampleur de ses conquêtes.

Celles-ci n’ont pas été facilitées par le contexte ; les nageurs hongrois ont souvent nagé à contre-courant, et la vie n’a pas toujours été rose pour Hosszu.

Elle nage avec application, mais ne trouve guère d’encouragements, en-dehors de la passion sportive qui traverse sa famille de part en part et l’adoration d’une mère qui ne cesse de la soutenir.

En 2010, Katinka a 21 ans quand elle rencontre le président de la Fédération hongroise, un journaliste monté en graine, Tamas Gyarfas. Demande-t-elle ce jour là avec un peu trop d’insistance qu’on l’aide dans son projet ? Gyarfas (que j’ai bien connu dans les années 1980) lui conseille d’arrêter de nager. Gyarfas ne plaisante pas. Ce n’est ni un pince-sans-rire, ni un boute-en-train. Jeune, c’est un assez bel homme, aux attitudes fières, assez hiératique, voire glacial ; Apparatchik à l’évidence et self-made man, il a conduit son ascension sociale selon la technique alpine bien connue de l’opposition, dans cette cheminée dont une des parois et le parti communiste, l’autre les mafias locales ! Il n’est pas impossible d’ailleurs que ces deux institutions emploient les mêmes hommes…

Tamas arbore cette réussite, brillante et terne à la fois, du nomenklaturiste au visage fermé, que les scrupules n’étouffent pas, qui, cerise sur le gâteau, ajoute la mesquinerie à ses nombreux agréments. Il est millionnaire quand, racontent ses employés, détestant qu’une lampe soit allumée en vain, il les contraint à traverser des couloirs obscurs pour rejoindre leurs bureaux.

KATINKA DÉCOUVRE L’AMÉRIQUE ET QUE LA NATATION PEUT ÊTRE AMUSANTE

Hosszu ne comprend pas la réfrigérante proposition de son président. Elle vient de conquérir quatre titres de championne d’Europe à Budapest cette année (200 papillon, 200 et 400 quatre nages, relais quatre fois 200 mètres) plus que les autres grands nageurs hongrois, Laszlo Cseh et Daniel Gyurta, réunis. La moitié des médailles hongroises, c’est elle. Elle croyait avoir montré sa ferveur, son ambition, et gagné le droit d’être prise au sérieux. Devant cet Harpagon glacial qui la congédie comme une malpropre, elle prend conscience qu’elle n’a rien à attendre de sa fédération. Elle se croyait championne et découvre qu’elle n’est qu’un pion, une particule élémentaire, sans valeur, interchangeable, superflue dans le jeu que pratiquent des dirigeants cyniques et sans âme.

Que faire ? Il reste une solution : étudier dans un Collège américain. Ce sera l’Université de Californie du Sud (USC), où Dave Salo, qui a pris la suite du légendaire Peter Daland, a réuni une équipe multinationale où les Européens sont légion.

Salo est un iconoclaste, et l’un des premiers coaches américains à s’être rebellé contre le hard labour, cette religion du kilométrage sans fin.

A USC, Hosszu étudie la psychologie. Et elle apprend qu’on n’a pas besoin de se fader dix-sept kilomètres par jour à longueur d’année, que les séances peuvent être courtes, intenses, innovantes, amusantes. « Dave Salo nous mitonne des séances dont on saisit la dureté le lendemain matin au réveil », dira-t-elle. Une fois, ce sont des battements jambes, couchés sur des ballons suisses. Une autre fois, les nageurs, mis deux par deux, se poussent et luttent dans l’eau pendant une heure et demie. « Après deux ans, j’étais encore étonnée par ce qu’il inventait », dira-t-elle.

CE TERRIFIANT TAMAS SZECHY

Ces méthodes sont une révélation pour une fille enseignée par celles, unidimensionnelles et répétitives, qu’a imposées Tamas Szechy. Ce coach à la formidable réputation n’était pourtant pas le plus original qui ait été. Des entraîneurs français qui ont allés observer son travail à Budapest ont témoigné qu’il s’agissait des séances les plus emm… – pardon, ennuyeuses – auxquelles ils avaient jamais assisté. Du long, et interminable, et lent. C’était aussi un tyran qui pratiquait les punitions corporelles, insultait ou cravachait ses nageurs.

Il a expliqué à des entraîneurs français qu’il choisissait systématiquement des enfants pauvres, orphelins ou laissés pour compte. Des jeunes pour qui la natation était la seule voie de salut, prêts à tout pour s’en sortir. On comprend pourquoi !

Un jeune Français, spécialiste des quatre nages, était revenu chaviré de Budapest, où son père l’avait envoyé en stage. Le « président » du club, un bien étrange personnage, l’avait convoqué dans son bureau pour lui demander un service aussi  explicite qu’inattendu ! Retour des Jeux de 1996, on s’aperçut que ce dirigeant s’était enfui avec la caisse du club en compagnie d’un champion olympique… Un peu plus tard, on le découvrit considérablement refroidi.

Que pendant trente ans, les Hongrois ne sortirent pas un seul sprinteur, seulement des as des quatre nages, peut paraître anecdotique au regard de ce qui précède ! Pas étonnant que pour survivre, à l’issue de sa carrière, la belle Tunde Szabo, médaillée d’argent du 100 mètres dos derrière Krisztina Egerszegi, paraisse effeuillée dans des revues légères. Aujourd’hui, elle s’est sortie d’affaire : elle est devenue sous-secrétaire aux sports du ministère des ressources humaines…

Mais revenons à Katinka. La fille n’est pas une géante. Sa taille varie selon les sources biographiques, de 1,72m à 1,75m. En revanche, elle a sans doute reçu les bons gènes de son père, Istvan, sélectionné à 200 reprises dans l’équipe hongroise de basket-ball.

Elle doit le virus de la natation au grand-père maternel, qui la manage à ses débuts, entre cinq et dix ans. L’aïeul s’extasie sur les talents de la petite. « Elle est douée », dit-il. Des moues un peu sceptiques accueillent ses propos. Le grand-père trouve sa petite-fille douée, comme c’est original…

DE LA PEUR DE PERDRE A LONDRES AU TRIOMPHE DE RIO

Barbara Bakos, sa mère, ne croira aux dons de Katinka qu’en 2009, quand celle-ci arrache l’or dans une course de Coupe du monde.

Katinka, encore gamine, n’est pas qu’une nageuse. Elle aime la musique, joue de la flute, passe au basket. Mais peu à peu, la passion de la natation s’installe en maîtresse et dévore son emploi du temps. Elle arrête l’école, étudie par correspondance, dort, épuisée, les après-midis, récupère comme elle peut.

Automne 2010. Devenue américaine, Hosszu continue de nager bien, dans des conditions psychologiques difficiles… Elle est loin du cocon familial, il lui faut s’occuper d’un tas de choses et maîtriser la langue. Tout va bien cependant, jusqu’aux championnats d’Europe de Debrecen, en Hongrie, qui précèdent de deux mois les Jeux olympiques. Katinka gagne ses trois courses : le 200 papillon et le 400 quatre nages devant sa grande rivale hongroise Zsuzsanna Jakabos, le 200 quatre nages devant une Britannique et une autre Hongroise, Evelyn Verraszto.

On attend d’elle de grandes courses à Londres, aux Jeux olympiques, mais elle finit 4e du 400 quatre nages, sa première course olympique, implose sur 200 quatre nages (dernière de la finale), et, désemparée, finit 9e du 200 papillon. Une douche glacée ! « J’avais tellement peur de perdre à Londres », dira-t-elle. 

UNE RAZZIA SANS EXEMPLE NI PRÉCÉDENTS SUR LES TITRES ET LES RECORDS

S’ensuit une forme de dépression. Hosszu pense arrêter de nager. Elle retourne à Los Angeles, questionne Salo. Pourquoi ai-je perdu, qu’est-ce qui a foiré ? Le coach ne lui répond pas, ou ne lui donne pas une réponse satisfaisante…

Elle a rencontré aux USA un nageur, Shane Tusup, mi-hongrois, mi-US, qui jette son dévolu sur elle. Il semble vouloir la prendre en mains. Elle est fragilisée, elle laisse faire, et lui demande de devenir son entraîneur. Leur union dépassera vite le cadre technique et ils se marient.

Cette association va faire d’elle la nageuse extraordinaire qui règne sur les grands championnats, les meetings, les Coupes du monde, démolit les records, s’approprie TOUS les records de Hongrie féminins en petit bassin du 50 libre au 400 quatre nages, et finit par enlever trois titres olympiques aux Jeux de Rio, sur 100 dos, 200 et 400 quatre nages, et conquérir l’argent du 200 dos (où elle sera battue, surprise!, par Maya Di Rado.

Quand la capricieuse Fédération Internationale de Natation limita le nombre d’entrées des nageurs dans sa Coupe du monde, tout le monde a compris qu’il s’agissait d’une règle visant essentiellement Katinka Hosszu, dont la supériorité menace le principe du tournoi. Les organisateurs se plaignaient d’une fille qui s’engage dans TOUTES les courses, en gagne la plupart et rafle l’essentiel des prix en argent…   

C’est à cette occasion qu’elle forme une Association Globale des Nageurs Professionnels (GAPS) dont on n’a plus entendu parler depuis. Katinka devient la première, et jusqu’ici la seule « millionnaire » sur la base de ses seules victoires en course.

Mais Katinka ne se contente pas de ces prix. Avec Shane Tusup, elle monte une société qui emploie 50 personnes sous une marque, Iron Lady, qu’on me dit être omniprésente dans les boutiques de vêtements hongroises. En outre, elle lance son école de natation.

Le nombre et l’importance de ses affaires mérite qu’on en parle. La Hongrie jase beaucoup à ce sujet, comme sur les accointances politiques sur lesquelles Katinka s’appuie pour changer la donne de la natation de son pays et transformer le fer de son nom en argent comptant… L’appui d’un Premier ministre tout puissant, Victor Orban, lui donne une enviable capacité d’action dans tous les domaines où elle s’exprime.

(à suivre)  

LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KATINKA HOSSZU, FEMME DE PASSION, FEMME DE FER, FEMME D’AFFAIRES

(1) LE PARI FOU ET SAGE D’ARPAD PETROV, DERNIER PYGMALION DE L’IRON LADY

Éric LAHMY

Vendredi 28 Septembre 2018

Le succès n’est jamais assuré. Celui qui dit cela s’appelle Arpad Petrov. Ce Hongrois de 35 ans est devenu l’entraîneur de Katinka Hosszu depuis un peu plus d’un mois, quand, le 4 septembre, il évoque pour Erika Kovacs, de Nemzeti Sport, son travail avec sa fameuse élève.

L’Iron Lady s’était fâchée avec son mari et précédent coach, Shane Tusup, et après une sorte d’apparente réconciliation, leur différend est reparti de plus belle.

Shane Tusup n’est pas soupe au lait. Il est pire que ça. Ce hurleur caractérisé s’est fait remarquer dans toutes les piscines de la planète par ses capacités à péter les plombs quand il estime que la mesure est comble. Et comme sa patience est très limitée…

Alors cette séparation n’a rien de discret, les accusations volent. En outre, il y a beaucoup d’intérêts communs à démêler. Tusup a monté les affaires de l’Iron Lady et ils ont créé ensemble ce business, en bons pros de la natation, sans s’appuyer sur les grandes marques, avec beaucoup d’habileté et pas mal de hardiesse, semble-t-il. C’est lui qui tenait le site Facebook de la nageuse, et il l’a fermé par rétorsion! 

Les résultats dans l’eau s’étaient ressentis de cette rupture. En 2018, Hosszu a beaucoup moins bien nagé que les cinq années qui précédèrent. Et au lieu de s’associer à un grand nom de la technique, elle s’en est allée récupérer un coach hongrois inconnu bien peinard qui officie en Suisse…

Trop, c’est trop. S’il faut en croire Erika Kovacs – et en effet on peut la croire – la position de Petrov, miraculeux héritier de Tusup, est des plus délicates, au moins moralement. « Beaucoup de gens croient qu’il est facile de réussir avec une telle nageuse, » reconnait l’intéressé. Lui pense le contraire. On le comprend. Non seulement la moindre rouille qui attaquerait l’ondine de métal lui sera imputée, mais ses réussites ne vaudront aucune facile reconnaissance de son dernier Pygmalion dans l’opinion  !

Autant dire que cela va être le stress.

Arpad Petrov fait partie d’une famille impliquée jusqu’aux yeux dans la natation hongroise. Son père, Anatolij Petrov, est un technicien, journaliste, homme de science et entraîneur (branché paralympiques) ukrainien, né à Saint-Pétersbourg (en 1940), diplômé (sports) à Moscou en 1968, et qui s’est installé en Hongrie depuis 1980 où vivait son épouse et leurs enfants.

Installé dans la ville de Pecs depuis 1984, ce patriache s’est dédié à la rééducation des enfants blessés, il a soutenu sa thèse de doctorat sur le « développement physique et du mouvement chez l’enfant de 5 à 7 ans. »

Anatolij Petrov coache depuis toujours. Arpad a aussi un frère jumeau, Ivan, qui a épousé la même profession, et par-dessus le marché, l’an passé, sa nageuse vedette, Zsuzsanna Jakabos, dont la particularité, année après année, est d’être plus ou moins (et plutôt plus que moins) reconnue, non sans quelques raisons, comme la plus belle nageuse au monde et la plus jolie femme de Hongrie…

Le passage de Katinka Hosszu sous la coupe de Shane Tusup l’avait éloignée quelque peu de Zsuzsanna, qui était une bonne copine. Peut-être aussi, le passage de Katinka à une dimension supérieure avait-il rendu les relations entre les deux filles un peu moins chaleureuses ? Après tout, toutes deux sont des compétitrices, et, dans l’eau, ne se sont jamais fait de cadeaux.

“COACH DE NATATION, UN JOB OU LE STANDING ET LA SÉCURITÉ DE L’EMPLOI SONT AUSSI RARES QUE LE BLANC CORBEAU.”

Depuis, Katinka et son coach de mari se sont séparés, on l’a dit, non sans amertume, crocs-en-jambes  et noms d’oiseaux. Tusup a un grand mal à maîtriser ses émotions, et ses pétages de plomb, mêlés d’insultes et de menaces, sont devenus des sources d’embarras.

Ses hurlements, pendant les courses de sa femme, ont fait aussi l’objet de commentaires désobligeants… Content ou furieux, il fait grimper les décibels. Ce qui se conçoit dans un stade de foot est mal perçu dans le milieu assez conservateur, pudique et retenu, des nageurs…

Il s’était attiré en outre quelques haines tenaces en Hongrie, on y reviendra, et il n’est pas impossible que la décision de Katinka de se débarrasser de ce trublion d’époux soit née du sentiment qu’il lui portait préjudice…

Dans un premier temps, l’ondine de fer s’est entraînée aux USA avec son ancien coach américain Dave Salo, et celui-ci, qui était venu faire son marché à Glasgow, put croire que son ancienne élève lui revenait. Mais Hosszu avait d’autres idées en tête. Elle lorgnait du côté de Petrov… Il se trouvait aux championnats d’Europe de Glasgow où il assistait son père auprès de ses nageurs paralympiques.

Arpad, sans sa jeunesse, avait poursuivi une carrière d’ingénieur du génie écologique, avant de s’en détourner. Cette profession avait cessé de lui plaire.

C’est vers 2010 qu’il s’intéressa au métier d’entraîneur de natation, “un job où le standing et la sécurité de l’emploi sont aussi rares que le blanc corbeau.” Il a trouvé une niche en Suisse, pas très loin de notre Jean-Christophe Sarnin, où il entraîne (notamment la fille de Guennadi Touretski).

Petrov connaissait Hosszu depuis les championnats d’Europe de Marseille, en 2010. « J’étais un des rares coaches hongrois à pouvoir lui parler – elle est restée enfermée dans sa coquille pendant des années. » Ce qu’il ne dit pas, c’est que tous deux sont de la même ville, Pecs, où Katinka a passé toute sa jeunesse…

Et, comme on l’a dit, que le frère d’Arpad est devenu l’époux de Jakabos, sa meilleure amie avant que le mariage avec Tusup ne les distancie ? N’y avait-il pas dans ces coïncidences un côté « trop beau pour être vrai », le sentiment de voir les étoiles s’aligner? Cela a-t-il pu jouer dans l’esprit d’Hosszu, ou est-elle restée totalement professionnelle dans son approche ? Et, d’ailleurs, être professionnelle interdit-il de tenir compte de tels facteurs ? Elle seule peut le dire.

« COMME ON AIME BIEN FAIRE LES IDIOTS, JE ME SUIS DIT QU’ON POUVAIT TRAVAILLER ENSEMBLE »

Le rapprochement fatal eut lieu cette année. « Notre première conversation fut assez maussade et purement professionnelle. Mais quand je raccrochais le téléphone, ma main est restée crispée sur le combiné. »

Katinka recherchait une personne de confiance. Elle découvrit qu’ils « parlaient le même langage, » assure-t-elle, au cours d’échanges aux championnats d’Europe de Glasgow : « Arpad est aussi fripouille que je puis l’être. On aime faire les idiots. Quand j’ai compris ça, je me suis dit qu’on pouvait travailler un petit peu ensemble. » A croire que la nageuse la plus appliquée du monde aime mettre de la joie dans l’implacable rigueur de ses séances aquatiques.

Parler métier avec l’une des deux ou trois meilleures nageuses au monde apparut particulièrement alléchant au coach helvète dont la meilleure nageuse, jusqu’ici, était Alexandra Touretski : « elle me parlait avenir, stratégie, j’étais terriblement flatté qu’elle m’ait choisi pour l’écouter, même si mon rôle dans ce processus n’était pas encore défini. Deux jours plus tard, à notre troisième conversation, elle m’a proposé de travailler avec elle, et je n’ai pas attendu, ça a été oui tout de suite… »

Ne se mettait pas dans une situation où il ne pouvait que perdre? « c’était une folie d’acceper, dira Petrov, j’en conviens. Mais c’eut été une folie bien pire de refuser une telle offre. Donc je n’avais pas le choix. Un jeune homme [Shane Tusup]. a « tiré » trois médailles d’or olympiques de Katinka sans admettre que c’était un succès. J’aimerais connaître ses normes de réussite, à Tusup, car il n’a eu de résultats comme entraîneur qu’avec une seule compétitrice et il n’a pas travaillé dans un système construit, continue-t-il. S’il a raté Katinka, alors il n’a jamais rien fait dans sa vie! »

« Si j’ai une réputation professionnelle en Hongrie, il est certain qu’elle ne sera pas renforcée avant que Katinka ne gagne plus d’ors olympiques qu’avant, trois, cinq ou huit. Je me suis préparé à ça, en commençant à travailler pour elle. Et elle est très décidée. « Ça ne sera pas difficile de me faire travailler, m’a-t-elle dit ; le difficile, ce sera de me freiner… »

Arpad apprécie déjà de travailler avec Katinka : « elle est totalement engagée, et son retour, après le travail, est toujours honnête. Elle veut redevenir performante le plus tôt possible. Si elle sent que cela ne peut pas marcher, je le saurai très tôt, et c’est mieux que de vivre des mensonges. »

A savoir ce qu’il pense de Tusup, et s’il entend s’inspirer de son travail, « Tusup est un chef de projet dont j’ai hérité le projet. Il n’y a pas de quoi être surpris. Nous avons tous, en Hongrie, hérité d’un projet similaire de Tamas Szechy (1), et nous savons tous qu’aucun nouveau Tamas n’est né. » 

Arpad dit avoir donné à sa protégée cinq directives : être déterminée, professionnelle, souriante, décontractée et drôle. « Cinq ou quatre, précise-t-il. Être souriante et drôle, c’est un peu la même chose ; Katinka a perdu du poids ; je dirais qu’elle est devenue une plus jolie fille, mais elle est surtout très décidée à être à nouveau une championne olympique. Et surtout, le plus important, c’est mon exigence qu’elle soit déterminée. »

« IL N’Y A PAS DE SAVOIR PROFESSIONNEL POUR UNE TELLE SITUATION »

Et lui-même ? Il se sent jalouser, mais en prend son parti. Cela n’est-il pas inévitable? Et ne vaut-il pas mieux attirer la convoitise que la compassion ? « Beaucoup de gens se demandent pourquoi elle m’a choisi. Qui est cet Arpad Petrov pour avoir reçu cela ? »

Est-ce sa compétence technique ou sa personnalité qui a gagné la confiance d’Hosszu ? Petrov n’hésite pas. C’est sa personne. « Il n’y a pas de savoir professionnel pour une telle situation. Je me laisse mener par mon intuition. Je me base sur les vues de Katinka et les miennes ; nous voici sur la route, nous progressons sans certitude de réussite – rien n’est garanti. Si le meilleur entraîneur du monde – je ne sais pas si un tel titre existe – nous glissait entre les mains un plan d’entraînement, nous n’aurions aucune garantie de succès. Non pas tant parce que des filles de 29 ans ne songent plus trop à gagner des 400 mètres que parce qu’elles peuvent se trouver des excuses, devenir maladroites, ou être brûlées. Pour l’instant je ne puis en dire trop, je n’ai pas de puissance derrière moi. J’en suis au stade du type qui traîne un trésor qui ne lui appartient pas. Mais plus le temps je passe, plus j’en prends possession et en deviens responsable. »

(1) Tamas Szechy (1931-2004). Entraîneur hongrois emblématique des années 1960-1990.

(à suivre)