LE DOCTEUR FERENC CSIK AVAIT SOIGNÉ SON 100 MÈTRES

Par Eric LAHMY                                                           Lundi 27 Avril 2015

CSIK [Ferenc] Natation. (Caposvar, 12 décembre 1913-Sopron, 29 mars 1945). Hongrie. Étudiant en médecine, il fut le surprenant vainqueur du 100 mètres nage libre des Jeux olympiques de Berlin, en dépit du handicap que constituait le fait de nager dans une ligne extérieure, la 7, et donc de n’être au contact d’aucun des favoris, et devança les trois favoris japonais et le recordman du monde américain. Sa victoire, radiodiffusée, connut un impact extraordinaire dans la population hongroise, prenant les accents d’une victoire d’un David contre les Goliath du sport, les favoris américains et japonais, au cœur de l’Allemagne nazie (et vociférante). Csik n’était pas pourtant un inconnu. Il avait été champion et recordman d’Europe à Magdebourg, vainqueur du prestigieux Grand Prix de Paris adornée du précieux vase de Sèvres bleu en 1934, et sera dans sa carrière, treize fois, champion de Hongrie. A Magdebourg, dominé individuellement par les exploits du Français Jean Taris, intraitable vainqueur du 400 mètres et du 1500 mètres (cette dernière course avec une minute d’avance) et de la Néerlandaise Rie Mastenbroek, il avait devancé deux Allemands, et s’était défait in extremis d’Helmuth Fisher, en 59’’7 contre 59’’8, Otto Wille 3e en 1’1’’2. Il avait joué un rôle essentiel dans la victoire sur 4 fois 200 mètres, en 9’30’’2 contre 9’31’’2 aux Allemands. Csik, avec son entraîneur Jozsef Vertesy, aurait contribué grandement à une amélioration méthodologie de l’entraînement (au moins en Hongrie), par exemple en étendant la saison à toute l’année. Ce surcroit de préparation paya dans les vingt derniers mètres de la course, où Csik ramassa tous ses concurrents. C’est aussi un nageur protée, dont on retrouve la filiation aujourd’hui. Dans ses 17 titres de champion de Hongrie, on trouve autant des courses de nage libre (100, 200, 400), de brasse (100 et 200) et de trois nages (le papillon n’existait pas)…

Physiquement, Csik représentait la silhouette typique, archétypale, du nageur, comparable aux personnages de la statuaire égyptienne, qu’on a retrouvée en France, avec notre champion d’Europe, Michel Rousseau, qui lui ressemblait étrangement, ou encore Fabien Gilot. Grand, mince de jambes, taille et hanches serrées, forts abdominaux et très large d’épaules. En qualifications, Csik n’avait guère été dominateur. Battu dans la première série par Peter Fick, USA, 57’’6 contre 58’’3, il n’était que 6e au temps. En demi-finale, à nouveau battu, dans une course plus serrée, par Masaharu Taguchi, 57’’9 contre 58’’1, il est 4e au temps. Avec les règlements actuels, il aurait hérité de la ligne 2. Mais se retrouve à l’extérieur, à la 7. Fort handicap pour Csik, aggravé par le fait  que, particularité assez peu usitée, il respirait alternativement à gauche et à droite (respiration alternative) ce qui lui permettait de contrôler les positions des autres nageurs. La course, qui devint longtemps un classique de la littérature et du commentaire sportif hongrois, se déroula ainsi selon les commentateurs : de sa ligne extérieure, Csik prit le meilleur départ, se propulsant nettement en tête. Aux 50 mètres, utilisant une fréquence folle, un des Japonais le précède, un autre fait jeu gal avec lui au virage. Aux 75 mètres, quand la course semble jouée, Csik parait changer de rythme, il accélère, remonte, efface les Américains et Fisher et c’est à un (Hongrois) contre trois (Japonais) que Csik, 57’’6, défait Yusa, 57’’9, Arai, 58’’, et Taguchi, 58’’1. Je dois dire cependant que les images de la course offertes sur You Tube par le Swimming Hall of Fame, quoique difficiles à lire en raison des erreurs de parallaxe et du fait que Csik « sort » des images, notamment au virage, montrent des détails un peu différents. Ce qui est sur, c’est qu’on voit bien Csik respirer alternativement à gauche ou à droite, et aussi que la course parait se circonscrire entre lui à la 7 et Arai, tout à fait de l’autre côté du bassin, à la 2 ! Lors du fatidique retour, j’ai compté 52 coups de bras pour Arai, 50 pour Csik et 48 pour Fick. Csik avait rejoint le club BEAC de Budapest alors qu’il étudiait la medecine. En Hongrie, sa préparation fut disséquée, copiée… Comme les champions de l’ère amateur, il ne s’enfermait pas dans ses lauriers sportifs. Capitaine de son club, journaliste, il effectua son internat en médecine, puis une spécialité comme cardiologue et médecin du sport. Enseignant au collège d’éducation physique. Il fut tué à 31 ans pendant un bombardement aérien allié, sans doute l’un des derniers, dans la ville de Sopron, à l’extrême ouest de la Hongrie, alors qu’il administrait des secours à un blessé.

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