À L’INTERNATIONAL SWIMMING HALL OF FAME, C’EST PARTI POUR 2018, AVEC UN FRANCAIS DANS LE COUP!

Éric LAHMY

Vendredi 8 Décembre 2017

Hier, alerté par Ivonne Schmid, la directrice adjointe de l’International Swimming Hall of Fame (membre du jury de l’ISHOF, je n’avais pas rendu ma copie), j’ai bachoté sur les candidatures 2018 de l’institution, que je n’avais pu lui envoyer.  Ivonne Schmid, pardon, le Dr Ivonne Schmid, est une épatante personne qui, tout juste diplômée en éducation physique de l’Université Martin Luther en 2003, avait été recommandée à l’ISHOF en raison de son sérieux et de ses compétences.

Grâce à Bruce Wigo, à Bob Duenkel, et à Ivonne, qui faisaient alors tourner la boutique de l’ISHOF, je pus ramener voici un peu moins de dix ans des trésors de l’iconographie des débuts des ballets nautiques et de la natation synchronisée qui se trouve dans « Ballets Nautiques ».

Voir la jeune, charmante et très compétente directrice adjointe de l’ISHOF se charger de scanner, des jours durant, avec une patience d’ange, tous les documents que j’exhumais dans la considérable banque de données de l’institution, m’emplissait d’humilité. Pour moi, Ivonne, Bruce et Bob (sans oublier Buck Dawson, le fondateur de l’institution, que je rencontrai, sympathique octogénaire) sont indissociables de l’ISHOF et de l’incessant travail de popularisation de notre sport fourni par cette institution. Ce sont eux qui m’ont encouragé l’an passé à présenter la candidature de notre regrettée Camille Muffat au Hall of Fame. Je croyais devoir attendre encore un an pour des raisons règlementaires, mais Bruce me dit d’y aller. Le décès de Camille avait rendu obsolète, en l’occurrence, la règle des cinq ans. Je proposai aussi dans la foulée les noms d’Alain Bernard et de Georges Vallerey.

C’est à l’occasion de mon séjour de 2008 que Wigo me bombarda membre du jury de l’ISHOF ; depuis, je m’évertue à mériter cet honneur en aidant à choisir celles et ceux qui, chaque année, seront intronisés dans ce Temple de la Renommée nautique.

J’avoue peiner quelque peu dans les catégories « masters » où je mesure mal les valeurs relatives, et avoir quelque mal avec le water-polo (choisir un individu dans un sport collectif, dur-dur) mais décider entre les nageurs, marathoniens, plongeurs, poloïstes, nageuses synchronisées, sans oublier les contributeurs (catégorie qui englobe des mécènes, des dirigeants) me plait beaucoup, malgré quelques inquiétudes quant à la justesse de mes choix.

L’ISHOF a isolé une nouvelle catégorie, les pionniers, pour promouvoir des nageurs d’un passé lointain, dont les palmarès pâlissent par rapport aux modernes, en raison du manque de compétitions dans le temps passé, surtout avant la création des championnats du monde (en 1973).

ALFRED NAKACHE AU DEPART

Je vous annonce que, au départ de la cuvée 2018, se trouve le nom d’Alfred Nakache, le recordman du monde de brasse des années 1930, dit le nageur d’Auschwitz. L’ayant moi-même présenté, je ne peux faire moins que voter pour lui, et je crois qu’il a une bonne chance de passer, malgré une concurrence sévère : Joy Cushman, une dirigeante de ballets nautiques ; Du Du, plongeur, coach et historien du plongeon chinois des années 1960 ; Ann Fairlie, une dossiste sud-africaine, numéro un mondiale en 1966 ; Dana Kunz, un plongeur de très haut-vol spécialiste des plongeons de falaise, d’hélicoptère, et autres hauts faits périlleux et de cirque à vous faire dresser les cheveux sur le crâne ; Yoshihiro Yamaguchi, champion japonais qui ne put s’exprimer pendant sa période de grande forme en raison de l’interdiction du Japon de nager aux Jeux olympiques de Londres en 1948…

Ce qui m’étonne, après 52 ans de promotions, c’est la qualité des nageurs, plongeurs et autres poloistes qu’il reste à promouvoir. Pour l’année prochaine, les membres du jury auront du mal à départager. Rien que pour la natation de piscine, comment choisir, par exemple, entre Rebecca Adlington, la britannique championne olympique du 800 et du 1500 mètres des Jeux de Pékin ; l’étoile de la brasse US Amanda Beard ; l’une des meilleures dossistes du siècle, également formidable crawleuse et papillonneuse, Natalie Coughlin (USA) ; Brendan Hansen, distingué champion et recordman du monde US de brasse ; Misty Hyman, championne olympique US du 200 papillon et auteur d’une coulée costale de papillon unique en son genre ; Otylia Jedrzejcak, une Polonaise dont les affrontements avec Laure Manaudou furent légendaires ; Michael Klim, recordman du monde du 100 libre et médaillé olympique du 100 papillon ; John Nelson, recordman du monde du 400 célèbre dans les années 1964 et suivantes pour ses affrontements avec Don Schollander ; Stephanie Rice, la double championne olympique australienne des quatre nages de 2008 ; Jon Sieben, célèbre pour avoir tombé sur 200 mètres papillon Michael Gross avec son record du monde : Britta Steffen, double championne olympique allemande des 50 et 100 mètres nage libre ; Daichi Suzuki, champion olympique japonais du 100 dos ; et Libby Lenton-Trickett, multi-médaillée de sprint australienne.

Vous comprendrez que dans une pareille panoplie, vous voulez mettre tout le monde. Mon choix (douloureux) a été, dans l’ordre : Adlington, Suzuki, Rice et Coughlin… Mais bien entendu, je n’en suis pas particulièrement fier, parce que laisser de côté Klim, Nelson, Sieben, Hyman et Jedrzejczak, voire Hansen, ne me parait pas être particulièrement réconfortant, que peut-être Coughlin aurait dû être devant Adlington, que j’ai choisi Suzuki surtout parce qu’il est devenu un grand dirigeant, bref, gros mal de tête. D’autres membres du jury vont j’en suis sûr, rectifier mes choix subjectifs et je ne puis vous dire qui passera.

Même difficulté pour ce qui est des cracks de l’eau libre : les nageurs présentés cette année sont Fran Crippen (mort à 26 ans pendant une course) ; la Canadienne Marilyn Bell, qui a été à 16 ans la première personne à réussir la traversée du lac Ontario (en 20h59’, dans des vagues de 4 mètres de haut et une eau à 20° qui forcèrent les autres nageurs à l’abandon ; Marcella Mc Donald, qui a traversé le lac de Loch Ness (exploit monstrueux s’il en est), quinze fois la Manche, et autres interminables traversées ; le britannique et sud africain Lewis William Gordon Pugh, qui a effectué les traversées dans les condition extrêmes de froid ou dans des eaux mal fréquentées (crocodiles, requins, ours polaires), et nagé dans tous les océans ; enfin le Bulgare Petar Stoychev, champion du monde 2015 des 25 kilomètres.

Mon choix s’est tourné vers Stoychev et Bell.

L’ETRANGE MESAVENTURE DE JOHN NELSON

En lisant scrupuleusement les biographies présentées par le Hall of Fame, je suis tombé sur une anecdote fort intéressante concernant John Nelson. Je me souviens particulièrement de ce nageur, parce qu’il fit partie de la première génération de ceux dont je suivis la carrière, et mes premiers souvenirs de la natation sont restés très vivaces. A seize ans, il se qualifia dans l’équipe US des Jeux olympiques de Tokyo sur 400 et 1500 mètres. Aux Jeux, Nelson resta en-dessous de son temps des sélections, 4’14s9, qui lui aurait donné l’argent ex-aequo avec l’Allemand Wiegand, mais sur 1500 mètres, après avoir été distancé de plus de cinq secondes par les Australiens Windle et Wood, auteurs d’un départ rapide, il remonta, passa Wood et enleva l’argent avec 17’3s contre 17’1s7 à Windle.

L’année suivante, Nelson enleva le titre de champion des Etats-Unis sur 400, et en 1966, il battit en séries du championnat US, avec 4’11s8, le record du monde de Don Schollander, lequel reprit le record en finale avec 4’11s6 (Nelson finit second, avec 4’12s2). Nelson se fit un peu oublier pendant deux saisons, avant de se qualifier, aux Jeux olympiques de Mexico, sur trois distances : 200, 400 et 1500 mètres. Mais aux Jeux, il resta loin de ses temps des sélections et, outre un bronze sur 200 mètres, remporta seulement l’or avec le relais quatre fois 200 mètres.

Quarante-cinq ans plus tard, Peter Daland, le fameux entraîneur d’USC proposa Nelson à la nomination au Hall of Fame, et je pense que beaucoup s’étonnèrent. Compte tenu de l’abondance des grands nageurs aux formidables palmarès qui se pressent à l’entrée, Nelson, un titre de champion des Etats-Unis, un titre olympique en relais et une médaille d’argent sur 1500 mètres, n’a certes pas à rougir de son palmarès, mais se situe un peu en-dessous. Peter Daland expliqua son choix :

« Aux Jeux olympiques, les entraîneurs olympiques étaient Peter Daland et George Haines. Tous les deux pensaient qu’il était impossible pour Nelson de nager avec succès à l’altitude de Mexico sur les trois épreuves. Haines avait un nageur qui avait fini 4e au 1500 des sélections ; Daland avait un nageur qui avait fini 4e du 400 des sélections » (il s’agissait de Andrew Strenk) « tandis que George Haines avait un nageur 4e du 1500 mètres »  (Mike Wall).  « Selon Peter, au camp d’entraînement précédant les Jeux olympiques, Nelson fut entraîné différemment par les coachs, Daland le poussant sur 1500 mètres et Haines le préparant sur 200 et 400 mètres. » Nelson, qui, issu de Pompano Beach, nageait à l’Université de Yale (comme Schollander), que coachait Phil Moriarty, était licencié libre (individuel, unattached) en Floride, se trouva ainsi ballotté entre des calculs d’entraîneurs qui cherchaient plus ou moins consciemment à favoriser leurs ouailles. « Chaque entraîneur cherchait peut-être à faire Nelson abandonner une course au profit de son nageur… »

Aux Jeux, Nelson refit un temps (1’58s1) correspondant à celui des trials (1’56s64), perdant 1s5, ce qui correspondait à l’effet handicapant de l’altitude de Mexico. Mais sur les distances plus longues, son entraînement erratique lui coûta cher, et il perdit neuf secondes sur 400 (4’17s2 contre 4’8s15) et presque une minute et demie sur 1500 mètres (18’5s1 contre 16’40s25).

Daland qui resta longtemps persuadé de « l’égoïsme » de Nelson, changea d’avis sur le tard et admit qu’il avait peut-être ravi à Nelson la possibilité de remporter une médaille dans les trois courses où il était engagé. Dans les courses féminines, d’ailleurs, Debbie Meyer, gagnante des 200, 400 et 800 mètres, avait montré que c’était possible.

Ce revirement amena Daland à proposer le nom de John Maurer Nelson à l’ISHOF…


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