AGNEL A ENCORE DES CARTES EN MAINS

Par Eric LAHMY

Yannick Agnel a repris l’entraînement à Nice. Mettant fin à trois semaines à jouer les poissons hors de l’eau, il réaligne des longueurs dans son bassin fétiche. Tout n’est peut-être pas perdu dans la saison du double champion olympique de Londres, et il se pourrait qu’il reste un candidat sérieux sinon au titre, sans doute à une médaille, aux prochains championnats du monde de Barcelone.

Il est possible que le « coup de grisou » niçois qui l’a conduit à se séparer de son entraîneur Fabrice Pellerin n’affectera pas autant que cela la suite des événements. Après son éclat, Agnel n’a pas nagé pendant une vingtaine de jours, mais on l’a revu aligner des longueurs à Nice. Lionel Horter, le DTN, a tenté de lui rappeler où se trouvait son intérêt. Même en limitant son ambition à nager les relais, ce souhait pourrait ne pas être agréé s’il n’était pas prêt. Mais en reprenant ici et maintenant sa préparation, il peut être en l’état de défendre ses chances individuelles. A condition de le vouloir ! Après tout, quelqu’un qui a nagé comme il l’a fait aux championnats de France avec une gastro-entérite peut se sortir de situations où tout autre coulerait corps et biens.

Le « divorce » entre l’entraîneur Fabrice Pellerin et son nageur Yannick Agnel a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. C’est pourtant une histoire classique, au goût de déjà vu. Combien de nageurs, parvenus à un point de leur parcours, ont eu besoin de changer d’eau. Il y a là un air d’adolescent désireux de s’affranchir de la tutelle de ses parents.

A l’issue de son triomphe olympique de Londres, la question se posait, autour de lui, de savoir ce qu’Agnel pourrait faire désormais. Ses parents, son agent, lui-même s’interrogeaient à ce sujet. Dans quelle direction aller ? Son premier sponsor avait avancé l’idée que son avenir se situait aux Etats-Unis. Logique. L’Université nord-américaine représente depuis toujours le modèle de ce qui se fait de mieux pour qu’un champion puisse marier études et pratique de son sport. Certes, Yannick est désormais un professionnel de la natation, et selon les règles d’éligibilité de la NCAA (la fédération du sport étudiant aux USA), ne peut donc pas disputer les compétitions universitaires.

Mais à la rentrée, Agnel a choisi de rester à Nice ; on imagine qu’il n’avait pas encore coupé le cordon ombilical avec un entraîneur qui l’avait propulsé aux sommets.

TROP, C’EST TROP

Nous nous étonnions déjà cependant de certains mantras du système Pellerin. Exiger de ses nageurs un retour dans le bassin seulement deux semaines après leur retour de Londres, était-ce bien raisonnable après l’incroyable effort consenti par Agnel, Muffat, Lefert and co pendant les mois qui précédaient la compétition ? Ces jeunes gens ne cachaient pas qu’ils approchaient du point de rupture physique et psychologique. Alors que les post modernes de la natation essayaient dans tous les pays d’alléger et de raccourcir le programme d’entraînement, Pellerin, lui, l’avait rallongé. On nageait du lundi au lundi, en quelque sorte. Il estimait avoir brisé un tabou ! Ne pas pouvoir sortir la tête de l’eau est peut être le meilleur moyen d’obtenir le maximum d’un nageur, mais à condition que cela ne dure pas indéfiniment, car  c’est aussi le meilleur moyen de raccourcir sa carrière par écœurement. Comme dit le bon peuple, trop, c’est trop.

Repartir trop tôt après les Jeux, enchaîner sur une saison hivernale de très grosse qualité (records du monde en petit bassin, sur 400 mètres pour Agnel, sur 800 mètres pour Muffat) c’était rajouter des contraintes excessives à celles, extraordinaires, qui avaient conduit aux résultats de Londres. On aurait compris une telle approche pour des nageurs qui auraient raté leur objectif londonien (comme la Hongroise Katinka Hosszu, furieuse de ses performances aux Jeux, qui s’est écartée de son entraîneur américain Dave Salo et a ravagé les podiums des compétitions cet hiver). Pour nos Niçois, un bon coup de frein, puis une reprise progressive en saison auraient été bienvenus.

Cela dit, quand les grosses performances sont tombées aux championnats de France d’hiver puis à Chartres, aux championnats d’Europe en petit bassin, il était difficile de faire la moue !

Assez rapidement, cet hiver, dans l’esprit d’Agnel, l’image de son entraîneur s’est détériorée, et les deux hommes ne se supportaient plus. L’extrémisme un peu fanatique de l’entraîneur lui pesait. Agnel a aussi évoqué un manque d’empathie. Pellerin a rassemblé de son côté tous les souvenirs de ce qu’il avait fait pour son nageur. Il ne s’agissait pas de cela, mas du peu de sympathie que l’entraîneur avait témoigné lors d’un deuil cruel. Agnel en a été affecté de façon émotionnelle et sa perception non pas technique, mais humaine, de Pellerin, en a souffert.

Il est arrivé au couple Agnel-Pellerin ce qui est arrivé au couple Manaudou-Lucas quelques années plus tôt. Agnel n’avait que quatorze ans quand leur tandem s’était forgé. Il ne pouvait plus être le même homme, à vingt ans, héros reconnu des Jeux, sollicité de toutes parts. Autant Agnel que Manaudou avaient accédé à un statut où le tais-toi et nage (qui n’a jamais lieu d’être) n’est plus du tout de mise.

Ces entraîneurs auraient dû comprendre, un, qu’ils devaient inventer une nouvelle façon de diriger ces gens là, deux, que la carrière d’un nageur, quels que soient les sacrifices consentis par son entourage, lui appartiennent, et n’appartiennent qu’à lui. Mais le caractère excessif de ces meneurs d’hommes les a empêchés – au moins à ce point de leur histoire – de négocier, de comprendre, d’admettre, de patienter. Ce qui est remarquable, c’est que le même destin a frappé le couple des « primaires » Lucas et Manaudou et le couple des « intellos » Pellerin et Agnel. Ce qui tend à démontrer que le problème se situe ailleurs que dans l’intellect.

 

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