ALEXANDRE POPOV, SUPER TSAR DU SPRINT

Par Eric LAHMY                                                 Lundi 12 Mai 2015

Cet article a été rédigé voici quelques années en grande partie à partir de l’autobiographie d’Alexandre Popov, adaptée par Alain Coltier, intitulée « Nager dans le vrai », publiée par les éditions du Cherche-Midi. Je l’ai juste légèrement remanié. En ce qui concerne cette autobiographie, elle a été assez mal jugée dans les milieux de natation. Ce livre souffre il est vrai un peu du fait qu’il vise à la fois le grand public et les connaisseurs, ce qui ne satisfait au bout du compte personne complètement. Mais on y apprend beaucoup de choses et il reste un bon livre de référence en ce qu’il présente  le meilleur nageur de la fin du 20e siècle et les méthodes d’un entraîneur original et très créatif, Guennadi Touretski. C’est pour cela que vous trouvez cet article dans les biographies et dans les critiques de livres…

Vous aurez remarqué (ou pas) que j’appelle Popov Alexandre et non Alexander. Aucune originalité de ma part. Quand, l’ayant rencontré aux Goodwill Games de 1994, à Saint-Pétersbourg, je l’interrogeais, j’inscrivis sur mon calepin « Alexander », Popov me reprit et épela son nom. Je dirais donc qu’Alexandre en est l’orthographe officielle! 

C’est Touretski, l’un des personnages les plus chaleureux et les plus intéressants de la natation, avec toujours des histoires, des anecdotes à raconter, et que je connaissais depuis les Européens d’Athènes en 1991, qui me présenta Popov, me disant à peu près ceci: « il peut devenir ombrageux quand il ne te connait pas, mais c’est moi qui vais te le présenter, et après tu pourras lui demander ce que tu voudras. » Et en effet, tout se passa bien avec Popov, garçon courtois, posé et très représentatif, qui incarne à tous égards, dans mon souvenir, la classe et la séduction à l’état pur. Dans l’eau, et hors de l’eau. E.L.

POPOV [Alexandre Vladimirovitch « Sacha »] Natation. (Lesnoï, Sverdlovsk, 16 novembre 1971-). Russie.

Le grand sprinteur des années 1990. Entraîné par Guennadi Touretski, qu’il suivra en Australie, s’installant à Canberra, quand celui-ci s’y exilera en 1993. Popov connait des débuts dans la vie assez difficiles. Il est né en novembre, au cœur de l’Oural, où le thermomètre descend souvent sous les – 20°, et dans la première année de sa vie, sa mère a cru le perdre à quatre reprises, en raison de fortes pneumonies. Ses parents vivent à Lesnoï, une ville « interdite » (on y fabrique des tanks) de 60.000 habitants, dans un appartement collectif de trois pièces, chacune occupée par une famille, où l’isolation thermique, des plus sommaires, n’empêche pas le froid de s’engouffrer. Ses parents l’emmènent à six ans et demi à la piscine. Après quelques mois d’initiation, il est inscrit au Fakel (Flambeau) Club, où le maître-nageur, Galina Witman, une jeune débutante, qui l’a déjà remarqué, le prend sous sa coupe bien qu’il ne sache pratiquement pas nager. Il progresse, malgré une grande peur de l’eau, mais à huit ans, il se met à sécher la piscine pour s’amuser avec des copains.

L’été 1980, il voit les Jeux de Moscou à la télé, et décide de devenir un nageur sérieux. Dès sa première compétition, il gagne un 200 mètres 4 nages (en 3’9’’1). Il ne jure que par le dos, mais, se souvient-il, Galina affirme qu’un jour le crawl sera sa spécialité. Sérieux, une fois dans l’eau, il ne songe qu’à la technique. Il a 14 ans, nage un 100 mètres dos en 1’8’’, quand son père lui demande d’arrêter de nager pour se concentrer sur ses études. Mais il continue, conciliant les deux activités. Il a seize ans, a amené son record du 100 mètres dos à 59’’.

En 1988, bachelier, il devient pensionnaire de l’université de culture physique et des sports de Volgograd (ex-Tsaritsyne, ex-Stalingrad) afin de préparer le professorat d’éducation physique (une sorte de sport-études qui lui permet d’échapper au service militaire). Il partage sa chambre avec le dossiste Vladimir Selkov, de six mois et seize jours son aîné. L’atmosphère empestée de la ville industrielle ne lui vaut rien, il est continuellement malade. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que, quelques mois après les Jeux olympiques de Séoul, le chef de la délégation de natation aux Jeux, le rameur Leonid Drachevsky, ayant demandé à Guennadi Touretski, l’entraîneur vedette de l’équipe, quel Soviétique serait champion olympique à Barcelone, Touretski lui a répondu : « Alexandre Popov. » Il a remarqué ce parfait inconnu, qu’il a vu nager l’année précédente en finale B des nationaux juniors. Mais il ne l’insère pas encore dans son groupe d’élite : il le juge trop tendre. Et le laisse sous la responsabilité d’Anatoli Tchuikov, qui l’utilise comme faire-valoir de son protégé Selkov, avant que Gleb Petrov, l’entraîneur en chef de l’Université, lui annonce qu’il passera au crawl avec Guennadi Touretski.

Alexandre ne tarde pas à découvrir les méthodes originales de cet homme passionné de mécanique du mouvement. Le premier jour, marche de trois heures en montagne le matin ; l’après-midi, échauffement dans l’eau en se passant un ballon de basket, et seulement trois mille mètres dans l’eau. Un jour, huit heures d’escalade de la montagne, sans pause, descente rapide. Pas de fonte, de musculation, seulement quelques abdominaux. Fin 1990, à la Coupe de l’Union soviétique, Popov passe sous les 23’’ au 50 mètres où il gagne plus d’une seconde, gagne le 100 mètres. Mais Touretski ne l’envoie pas aux mondiaux de Perth, en janvier 1991 ; il préfère le garder avec lui pour de véritables « leçons particulières. » Si le kilométrage annuel atteint de 1800 à 2000 kilomètres, les nageurs ont une grande liberté concernant l’échauffement, la préparation physique.

COMME KAHANAMOKU ET WEISSMULLER

 Popov va dominer le sprint mondial entre 1992 et 1998, sinon par sa taille (1,97m, 90kg), du moins par son talent. Il est le troisième nageur de l’histoire à conserver un titre olympique du 100 mètres, après Duke Kahanamoku (1912-1920) et Johnny Weissmuller (1924-1928), dans un contexte international bien plus difficile que celui du temps de ces précurseurs. Il enlève son premier titre international majeur, sur 100 mètres libre, aux championnats d’Europe 1991 avec 49’’18, un temps qui égale le record d’Europe de Stefan Caron et le meilleur temps mondial de l’année de Matthew Biondi. En une course, Popov s’est hissé au niveau des deux nageurs emblématiques de la distance des huit dernières années. En 1992, aux Jeux de Barcelone, quoiqu’il donne des signes d’usure, Biondi, parce qu’il a tellement dominé, est donné favori du 100 mètres olympique, mais on n’a pas mesuré que le grand Américain, devenu un précurseur du professionnalisme moderne, s’entraîne tout seul, sans la structure dont il disposait à l’Université, et le résultat est navrant : il a perdu une partie de sa technique et de sa forme. Même ses fameux départs ne sont plus ce qu’ils étaient.

Dans ce contexte, Popov se montre imbattable. Il maîtrise parfaitement la course des Jeux, et l’emporte en 49’’02 – donnant l’impression de « contrôler » et de pouvoir nager plus vite – ; il gagne aussi le 50 mètres en 21’’91, ce qui surprend tous ceux qui ont vu pendant des années Biondi et Jager s’y partager les honneurs. Mais le Russe impose sa longue glissée sous-marine et sa nage précise. Guennadi Touretski, qui n’attend que ça, signe à l’issue des Jeux un contrat de quatre ans à Canberra, en Australie. Il propose peu après à son protégé, avec l’autorisation du directeur de l’Institut national de sports, l’ancien marathonien Rob de Castella, de le rejoindre en Australie. Popov a coupé l’entraînement pendant six mois, mais n’a pas laissé là ses moyens. Il réussit le doublé 50 mètres-100 mètres dans tous les événements majeurs des années 1993-1997 : championnats d’Europe 1993, 1995 et 1997, championnats du monde de Rome en 1994 (devant Gary Hall, 49’’12 contre 49’’41, puis 22’’17 contre 22’’44).

Il s’étonne d’avoir battu le record du monde de Biondi à Monte-Carlo avec 48’’21 contre 48’’42. Aux Jeux olympiques de 1996, à Atlanta, il vient à bout de l’Américain sans paraître s’inquiéter des déclarations musclées, agressions verbales et autres danses du scalp de celui-ci. Fidèle à son personnage de fêlé de la toiture, Hall lance la finale des 100 mètres sur des bases terribles, mais faiblit à la fin et Popov l’emporte de justesse en 48’’74 contre 48’’81 ; même scénario sur 50 mètres, Popov, 22’’13, Hall, 22’’26. « A Barcelone, je voulais tout simplement gagner ; à Atlanta, la donne était un peu différente, note Popov dans ses mémoires ; l’enjeu était plus psychologique, car le souvenir de Barcelone me travaillait. Il fallait se battre contre l’Amérique entière. Et l’organisation défaillante : les athlètes n’ont pas eu la part belle à Atlanta. »

A DEUX DOIGTS DE LA MORT

Quelques jours après, le 24 août 1996 à Moscou, Popov est victime d’une rixe, où il est frappé d’un caillou à la tête et poignardé. Le temps d’être hospitalisé, il a perdu deux litres de sang qui se sont accumulés dans la région du cœur, et menace de crise cardiaque, Le poignard a en outre endommagé un rein et un poumon, percé le diaphragme, sectionné une artère. Opéré par un as de la chirurgie, Avantdil Manvelidze, qui évite l’ablation d’un muscle et d’un rein, Popov pourra renager. L’événement crée une certaine émotion à travers le monde. Popov est hospitalisé au Kremlin, la Suisse veut l’accueillir, prendre en charge sa convalescence, et le CIO se propose d’affréter pour le transporter un avion privé. Il est guéri, mais perd sept kilos pendant sa convalescence, pèse 83kg contre 90kg.

Impressionné par un rêve prémonitoire, cinq jours avant l’agression, qui lui a pratiquement détaillé son agression, il accepte la proposition d’un ami, le lutteur Alexandre Karéline, triple champion olympique de gréco-romaine des 130kg, et se fait baptiser. Popov retrouve Canberra, cette fois accompagné de sa fiancée, la nageuse Daria Shmeleva, qu’il va épouser. Il se remet à l’eau assez vite. Non sans mal. Touretski lui cite en exemple un rameur russe, blessé de guerre, qui a retrouvé son niveau. Mais quand lui plonge, il ne peut s’allonger dans l’eau. Le ventre est comme noué par les atteintes du poignard et l’opération qui a suivi. Il doit suivre des séances de physiothérapie. Peter Blanch, du service médical de l’AIS, l’Institut des Sports Australien, le masse et pratique des étirements sur la cicatrice, deux fois par semaine. Dans l’eau, Popov alterne dos et crawl. Peu à peu, sa ligne de flottaison s’améliore. Il est moins plié dans l’eau. « Le travail d’étirements avec Blanch porte ses fruits, témoigne Popov. En l’espace de deux mois mon torse gagne six centimètres de périmètre entre l’inspiration et l’expiration. »

En revanche, il ne reprend pas de poids, ou trop peu. Touretski décide de changer son approche : il utilisera les « blocs de travail » : « trois semaines intensives où le volume d’effort augmente de 30% à condition bien sûr que l’organisme soit capable d’encaisser, suivies par quinze jours de repos actif. Et ainsi de suite. » Deux mois après, sa masse musculaire est revenue intégralement. Touretski affirme : « je n’aurais jamais imaginé tous les bénéfices que pouvaient procurer deux semaines de repos enchaînées à trois semaines intensives. Je crois que pendant la période intensive, le corps absorbe l’énergie avant de la relâcher en abondance dès que tu lèves le pied. »

Il nage parfois des 5 kilomètres d’une traite, sans un arrêt, méthode qui l’aide, dit-il, à produire un bon mouvement dans l’eau. Le 26 mars 1997, il se marie… l’après-midi, après sa séance du matin, 7 kilomètres dans l’eau. Il s’attelle à la préparation des championnats d’Europe, qui se déroulent à Séville mi août, en enchaînant des meetings. Le premier à Santa Clara. Puis à Sao Paulo, où il trouve en face de lui des nageurs affûtés et rasés de près. « Un guet-apens digne des Brésiliens. » Il est battu par Gustavo Borges. Et ne fait valoir aucune excuse, quand les Brésiliens attendaient Dieu sait quelle réaction. Pour Popov, rester de sang froid est important dans la lutte psychologique que les Brésiliens mènent contre lui. « Mon attitude déboussole mes rivaux. Sans le savoir je marque des points dans la perspective du Mondial, programmé en janvier prochain, à Perth. »

GYM ET DANSE CONTRE LA CYPHOSE DU NAGEUR

A Séville, une compétition qu’il affectionne, sans doute en raison des moindres tensions qu’elle lui procure, en raison d’un environnement plus tranquille que les Mondiaux ou les Jeux, il attend l’arrivée de Touretski, qui a accompagné les Australiens au tournoi Panpacifiques. « L’essentiel, lui assène celui-ci, est de rechercher la perfection dans l’eau. » Or c’est là que le bât blesse, et le matin des séries du 100 mètres, s’il signe le second temps, il lui semble que sa technique l’a abandonné. Touretski lui demande tout de suite après de faire des sprints, avant la finale, pour retrouver de bonnes sensations : vingt-cinq minutes de sprints. Il ne comprend pas où son entraîneur veut en venir. L’après-midi, il l’aide à visualiser sa technique avec un travail de coordination : un exercice qui porte sur le relâchement, un autre sur l’amplitude du moulinet des bras. Il lui demande de bien nager plutôt que de nager vite. Forlancer, le Suédois, un redoutable compétiteur aguerri dans les courses en yards américaines, a nagé plus vite en séries, en 49’’67 contre 49’’87, mais en finale, Popov l’emporte nettement, 49’’09 contre 49’’51 au Suédois. Touretski qualifiera cette course de « perfection technique ». Sur quatre fois 100 mètres, Popov lance le relais russe en 49’’02, contre 49’’65 à Forlancer, et ses co-équipiers portent l’avance russe à deux secondes. Sur 50 mètres, il domine séries (22’’57) et finale (22’’30). Enfin, sur quatre fois 100 mètres 4 nages, la Russie, favorite, l’emporte. Quand Popov s’élance en crawl, ses équipiers lui ont ménagé 1’’7 d’avance. Il assure en 49’’02 lancé pour un temps final de 3’39’’67. Ce retour, impensable onze mois plus tôt, rassérène Popov et son groupe. Ils « nagent dans le vrai. » Lui se dit que si son organisme n’était pas en mesure de nager en 49’’, sa tête, en revanche, était prête. A la reprise, lors d’un stage, Guennadi trouve que quelque chose cloche dans la nage de Popov. Et en trouve la raison : il a perdu du poids dans le haut du corps Ces kilos en moins ont créé un déséquilibre que les jambes essaient en vain de compenser. Une affaire vient menacer la présence même des Russes aux championnats du monde 1998. Lors d’un stage à Chypre, Vladimir Pychnenko, sa femme, Natasha Mesheryakova et Olga Kochetkova sont contrôlés positifs aux anabolisants à compter du 18 octobre. En cas de récidive avec un produit identique, les règlements de la FINA prévoient l’interdiction de toute l’équipe. De plus, la sérénité du groupe est menacée par la rivalité de Popov et de Klim, qui ne cache pas son ambition de gagner le 100 mètres. Même après avoir battu le record du monde du 100 mètres papillon aux sélections australiennes pour les mondiaux, Klim affiche clairement ses prétentions sur la « distance reine », au ravissement des médias locaux, qui adorent asticoter Popov à ce sujet. Les mondiaux 1998 ont lieu à Perth. Popov jugera sa course des séries calamiteuse, mais elle lui donne le 2e temps, 49’’57, derrière Klim, 49’’33, et devant un nouveau venu, Van Den Hoogenband, 49’’61. Touretski s’inquiète, son nageur a paru indolent, paresseux, ou éteint. Le soir, il ne lui donne qu’une consigne : « Songe avant tout à activer ton système nerveux, et surtout ne songe pas à la technique. » Popov, qui s’attend à être mené par Klim, spécialiste des départs canon, se retrouve en tête au virage, mais la fin du parcours lui parait interminable. Il l’emporte d’assez peu, mais nettement quand même, en 48’’93 contre 49’’20. Sur 50 mètres, en revanche, il restera légèrement scotché au départ et ne pourra reprendre l’avance qu’il consent à l’Américain Bill Pilczuk, 22’’43 contre 22’’29. L’année suivante ne lui parait pas excitante, et il décide de se faire opérer d’un genou. Un problème qu’il traîne depuis ses seize ans. Il s’est fait une entorse à un genou en jouant avec un chien, un berger de l’Europe de l’Est (une race de chiens qu’apprécie le KGB), sa rotule est restée bloquée sur le côté. Il racontera que cette blessure a été provoquée par la chute d’une branche d’arbre, et cela deviendra la version officielle. L’aventure a laissé des séquelles, et la multitude de plongeons départs qu’il a effectués dans sa carrière n’a pas arrangé les choses. L’état de son genou s’est détérioré au point que des bouts de cartilage flottent. Une arthroscopie est pratiquée. La rééducation est longue. Il nage long, en aérobie, comme un nageur de demi-fond, 2000 kilomètres par an. Un autre problème se pose, pour Touretski. Les épaules de Popov sont de plus en plus en dedans, le dos voûté en point d’interrogation. C’est la cyphose du nageur, provoquée par la nage : un développement déséquilibré des muscles. Il faut redresser tout ça. Il se souvient des nageurs des débuts, qui allaient faire de la danse au Bolchoï, de Sulamith Mikhailovna Messerer (27 août 1908-3 juin 2004), qui détint le record d’Union soviétique du 100m crawl de 1927 à 1930, étudiait à l’Ecole des Ballets de Moscou et dansa au Bolchoï de 1926 à 1950. Il charge un gymnaste, Andrei Kravtsov, de le prendre en main, trois fois par semaine, pendant le mois d’août, après quoi Popov s’aperçoit qu’il a redressé son dos, éliminé ses problèmes de vertèbres et récupéré deux centimètres sous la toise.

TOURETSKI AVAIT PRONOSTIQUE 47 »71!

Aux championnats d’Europe 1999, en Turquie, la nouvelle génération s’installe. Le nouvel avatar du « Hollandais volant », Pieter Van Den Hoogenband enlève 50 mètres en 22’’06, 100 mètres en 48’’47 et 200 mètres en 1’47’’09, démontrant d’ailleurs un registre supérieur à celui de Popov, qui, lui, fait 3e du 50 mètres en 22’’32, étant devancé aussi par l’Italien Lorenzo Vismara, 22’’21, et 2e du 100 mètres. En fait, le Néerlandais en le devançant sur 100 mètres, lui a infligé sa première défaite significative sur la distance reine, en 48’’47 contre 48’’82. Il a gagné également le 50 mètres papillon, et permis au relais quatre fois 100 mètres des Pays-Bas de devancer largement le Russe, 3’16’’27 contre 3’19’’49, et le quatre fois 100 mètres quatre nages, 3’39’’52, l’emporter devant l’Allemand, 3’40’’15, et le Russe et le Suédois, ex-æquo, 3’41’’18. Van den Hoogenband a donc devancé quatre fois Popov, et se présente donc comme le plus dangereux rival du Russe à un an de ses troisièmes Jeux olympiques.

En janvier 2000, Popov nage en camp d’altitude à Thredbo, altitude 1400 mètres, dans les montagnes neigeuses des Nouvelles-Galles-du-Sud. Touretski veut se servir du 50m comme rampe de lancement sur 100m, à condition de surveiller son mouvement de bras. Depuis six ans, Popov mouline en surrégime, appliquant, croit-on savoir, trop de force dans l’eau. Lors d’un test d’entraînement, à Colorado Springs, il nage un 50 mètres en test : 21’’42. Le record du monde de Tom Jager est de 21’’81 (certes chronométré par Touretski, qui a le pouce catatonique au départ et hypertonique à l’arrivée ! Michael Klim et les coaches américains pâlissent. A Melbourne, il ouvre la saison olympique sans être affûté avec 22’’3 et 49’’5.  A Moscou, aux sélections olympiques, Popov se qualifie en 21’’91, prend le meilleur départ de sa vie en finale, mais les nageurs sont rappelés : faux départ. Il gagne finalement en 21’’99. Il demande une tentative de record, qui a lieu le lendemain, 1er juin. Il réussit 21’’64, un record qui ne sera pas battu avant huit ans par Eamon Sullivan. Le lendemain, il se lance dans sa série, sur 100 mètres, se relâche à la fin de course et signe un 48’’27 qui approche son record mondial de 6/100e.  Sans ce relâchement, on ne sait trop le temps qu’il aurait obtenu !… Touretski avait pronostiqué un temps de 47’’71.

En finale, il ne retrouve pas cet état de grâce, cherche à contrôler la course, accélère un peu son mouvement, et gagne en 48’’59. Il n’empêche, il a montré qu’il n’était pas fini. En 2000, son record du monde est battu deux fois pendant les Jeux olympiques : d’abord par Klim, 48’’18 au départ du relais australien champion olympique, le 16 septembre, puis par Van Den Hoogenband, 47’’84 trois jours plus tard en demi-finales de la course individuelle. Popov est aussi battu par les premières combinaisons qui maintiennent les abdominaux et placent les hanches bien haut sur l’eau. Popov ne les utilise pas. En finale, Popov parvient à nager près de son meilleur niveau, en 48’’69, mais il est battu par le Néerlandais, qui reste à une demi-seconde de sa meilleure valeur, mais dont les 48’’30 ont suffi à assurer le titre. Popov sauve l’argent par un fort retour, une arrivée extraordinaire, pour respectivement quatre et cinq 100e, devant Hall, 48’’73, et Klim, 48’’74. Klim le grand battu, 4e, floué du bronze pour un centième ! Sur 50 mètres, le surlendemain, Popov est 3e des séries (22’’25), 4e des demi-finales (22’’17), 6e de la finale (22’’24). Sur le podium, deux Américains co-paradent, Ervin et Gary Hall, ex-æquo en 21’’98. Ils ont coiffé VDH, 22’’03.

On pourrait alors croire Popov sur le déclin quand, en 2003, à près de 32 ans, il réussit à nouveau le doublé sur 50 (21’’92) et 100 mètres (48’’42) aux championnats du monde de Barcelone, devançant chaque fois le « patron » VDH, 48’’68. Il participe (47’’71 lancé) au relais russe vainqueur. Est-il reparti pour les Jeux ? On peut le croire, mais à Athènes, il finit 18e ex-æquo sur 50 mètres (22’’58). Qualifié pour les demi-finales du 100 mètres, ses 49’’23 lui donnent la 9e place. Il est évincé de la finale, deux centièmes derrière Ian Thorpe, dernier qualifié. C’est la fin d’un long règne. Au bout du compte, Popov a battu sept records du monde, dont le plus prestigieux reste le 48’’21 sur 100 mètres, qui a tenu six ans debout. En petit bassin, il a nagé la distance en 46’’74, une marque qui a résisté dix années avant d’être effacée par Ian Crocker. Il a raflé quatre titres olympiques, six médailles d’or mondiales, 21 titres européens de 1991 à 2004. En juin 2014, il Alexandre Popov a nagé en 52’’25 sur 100 mètres à Monaco. Son fils, 17 ans…

*Alexandre Popov a écrit une autobiographie, Nager dans le vrai, Le Cherche-Midi, 2001).

*Ronald Cohn Jesse Russell Alexander Popov, Swimmer.

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