AU F.I.N.A.L, L’EUROPE SE FAIT-ELLE TONDRE LA L.E.N. SUR LE DOS ?

Éric LAHMY

Mercredi 27 Septembre 2017

Battu à l’élection à la présidence de la Fédération Internationale de Natation, Paolo BARELLI, le président italien de la Ligue Européenne de Natation, se persuade que son combat contre les sombres magouilleurs internationaux qui ont fait de la gestion de ce sport le marigot qu’on sait est le bon.

La LEN a publié un texte, intitulé « L’Europe mérite plus », reprenant les critiques de Barelli à l’encontre de la FINA et, en l’occurrence, du traitement déloyal vis-à-vis de l’Europe.

« Les athlètes et les fédérations nationales de l’Europe ont replacé ce continent à la tête des autres continents en termes de médailles et de finalistes dans les six disciplines, lors des championnats du monde 2017. L’Europe a aussi accueilli quatre des cinq dernières éditions des championnats du monde, mais aucun effort ne parait suffisant pour lui valoir un traitement juste de la part de la FINA.

« Lors de la distribution des sièges dans les différents comités et commissions techniques de la FINA, l’Europe a reçu bien moins que la part correspondant à son poids dans le monde aquatique. Les Fédération européennes à succès, investissant beaucoup pour produire des athlètes de qualité pour le bénéfice du monde aquatique, ont été négligées tandis que des pays d’autres continents privés de résultats et de traditions peuvent envoyer par poignées des membres pour suivre à l’avenir les activités futures de la FINA.

« Il ne s’agit pas là seulement d’un manque d’appréciation, mais d’une mise en danger des succès futurs au niveau global. »

Selon Barelli, si l’on se réfère aux tables et aux statistiques présentées en annexe à son texte, « il est évident que la direction de la FINA ne respecte pas les principes de base d’une « bonne gouvernance », et ne respecte ni n’apprécie le fait que les athlètes ou les fédérations d’Europe méritent d’être traités de façon équitable. » Barelli, à travers la LEN, analysant les résultats des mondiaux 2017 à travers le poids politique de la LEN au sein de la FINA, ne peut que constater, dit-il, « une douloureusement claire image de cette bien triste situation. »

Les points-clés de la démonstration sont les suivants: l’Europe, dans son ensemble, a enlevé 46% des médailles, et placé 49% des finalistes ; ses nations représentent 55% de celles qui ont enlevé des médailles et 59% des finalistes ; en sens contraire, se plaint l’Europe à travers son président, l’Europe a obtenu 25% des sièges disponibles dans les comités et commissions de la FINA, moins que les Amériques, 26% de sièges à la FINA, qui ont « enlevé 28% des médailles et conquis 25% des places de finalistes ». L’Asie, elle, toujours selon les comptes de la LEN, dispose de 22% des sièges, contre 19% des médailles et 18% des finalistes ; l’Océanie a 11% des sièges, avec seulement 5% des médailles et 7% des finalistes ; l’Afrique a eu droit à 16% des sièges, ce qui peut paraître luxueux pour un continent qui a raflé 2% des médailles et compté moins de 1% des finalistes.

Les chiffres qui précèdent ne me paraissent pas particulièrement scandaleux. Je ne crois pas un seul instant que le nombre de dirigeants doive absolument coller exactement à celui des médaillés. Fallait-il, pour donner un exemple à peine caricatural, offrir des places dirigeantes au Zimbabwe après les médailles de Kirsty Coventry et les renvoyer à la maison dès que cette grande nageuse eut pris sa retraite ?

Mais, selon l’expression, le diable se cache dans les détails…

« Plusieurs fédérations nationales européennes qui ont enlevé des médailles autant à Budapest qu’à Rio ne disposent d’aucune place en comités ou commissions. La Suède, pays de la meilleure nageuse du monde, n’a pas un membre dans la commission de natation et un seul en tout (en plongeon). La Serbie, l’actuelle championne du monde de water-polo messieurs, invaincue depuis trois saisons, qui remporté en water-polo toutes les grandes rencontres, de 2014 à 2016, a perdu son siège en Comité de water-polo. La Grèce compte un membre dans le comité des athlètes, l’Ukraine (9 médailles), natation de pointe en synchro et en plongeon, n’a qu’un membre, en synchro. »

Ni la Belgique, ni la Lituanie, ni la Norvège, pays de grandes traditions aquatiques qui ont placé des finalistes à Budapest, ne disposent de sièges en comités ou en commissions. Et la lettre de la LEN d’ajouter : « il ne s’agit là que d’exemples. Plusieurs autres fédérations européennes n’ont été considérées de façon appropriée. »

LE DIRIGEANT FINA TYPE EST CELUI QUI N’A PAS DE NAGEURS. NORMAL : IL NE SERT PAS, IL SE SERT

Après avoir salué l’émergence de nations, sinon dans la pratique sportive, du moins dans l’activité dirigeante, et admis qu’il fallait bien encourager cette émergence, la LEN appuie là où ça fait mal : « certains points clé qui soulignent l’incohérence des décisions de la FINA dans l’allocation de telles positions. »

« En Europe, les fédérations qui ont le plus de membres dans la FINA sont la Hongrie et l’Espagne, avec 7 membres chacune – les USA dominent pour les Amériques, avec 23 membres ; l’Australie, pour l’Océanie, en compte 17.

« Au total, en Asie, 15 fédérations membres placent trente membres dans les comités et commissions de la FINA sans placer le moindre finaliste aux mondiaux de Budapest. Même situation en Afrique avec 13 fédérations membres, lesquelles envoient trente membres dans les comités et commissions, pour zéro finaliste dans les compétitions. Onze fédérations américaines placent 24 comitards et commissionnaires sans parvenir à une place de finaliste en compétition mondiale, tandis que seulement quatre nations européennes (7 membres) se trouvent dans cette situation.

« Quelques autres exemples soulignent le manque d’honnêteté dans la politique suivie par la FINA dans sa désignation de ses membres (ce qui est mis en cause n’est pas la valeur des personnes désignées, mais la façon dont les fédérations nationales sont traitées, sans tenir compte de leurs achèvements. L’Afrique du Sud a onze membres et deux médailles et sept finalistes ; l’Egypte a cinq membres, contre un seul finaliste et médaillé. Le Koweit, une fédération suspendue, dispose de quatre membres et n’a emmené aucun finaliste dans les compétitions. Argentine, quatre membres, zéro finaliste. Oman, trois membres, zéro finaliste. Inde, 3 membres, zéro finaliste. Arabie Séoudite, 3 membres, zéro finaliste. Uruguay, 3 membres, zéro finaliste. Nigéria, 3 membres, zéro finaliste.

En contrepoint, le texte de la LEN note : « Suède, 1 membre contre 4 médailles et 7 finalistes ; Ukraine, 1 membre contre 9 médailles, 22 finalistes ; Danemark, zéro membre, mais 1 médaille, 4 finalistes à Budapest, 2 médailles à Rio ; Pologne, 0 membre pour une médaille et six finalistes ; la Serbie, zéro membre contre une médaille en water-polo. »

LA FINA N’A PAS DE PROBLÈME : ELLE EST DEVENUE LE PROBLÈME

Que penser de ce brûlot ? Qu’il confirme un évident problème avec la FINA. Entendons-nous. L’institution internationale n’A pas de problème. Elle EST un problème. Elle est la catastrophe de ce sport. La politique de son directeur, Cornel Marculescu, le philistin en chef, qui ne voit dans son sport que l’argent qu’il peut rapporter sans aucun souci d’une quelconque authenticité sportive ; ses atermoiements honteux vis-à-vis du dopage institutionnel ; la manipulation aussi méprisable que scandaleuse de l’institution orchestrant la disparition de la limite d’âge (à 80 ans !) pour permettre au grigou présidentiel de se représenter ; la captation des leviers du pouvoir par une caste de suceurs qui se coopte, se perpétue ; tout cela, allié au temps, qui a permis à toute une vermine de s’incruster, a fait disparaître tout semblant de démocratie, et, forte de sa légalité olympique et des confortables sommes qu’elle lui procure, n’a que faire d’une authentique légitimité sportive ; tout cela, dis-je, mène à cette étrange arithmétique mise en lumière par Barelli.

Pour tenir la baraque, ces braves gens de la haute direction de la FINA sont en effet très occupés à ne coopter que des personnes » manipulables à plaisir. Ces personnes doivent être soit des paillassons, soit des politiques. Politiques, on les acoquine, elles mangent à l’auge collective. Paillassons, le seul fait de se rendre aux réunions de la FINA, de dormir dans les grands hôtels, de toucher les copieuses compensations quotidiennes, les fameux « per diem », suffit à leur bonheur : ces dirigeants-sic sont achetés à peu de frais. Regardez les nationalités des cooptés par la FINA. On y trouve des très riches (comme le Koweit, ou les dictatures pétrolières d’Oman et d’Arabie séoudite) ou des très pauvres. Dans les deux cas, des gens faciles à mener : quand ils sont trop riches pour être corrompus, ils ne pèsent rien sportivement, le savent, et sont trop contents d’être mis dans le coup. Ces zéros cherchent les honneurs qui consistent à se la jouer dirigeants. Issus de nations pauvres, ils réagissent de la même façon, sauf qu’ils se font acheter par les voyages et l’argent. Et comme ce ne sont pas leurs vertus dirigeantes, mais bien un mélange de flagornerie et d’égoïsme qui les a amenés là, ils vont servir admirablement les intérêts de la caste… A noter que nombre de ces dirigeants-sic ainsi cooptés viennent de nations autocrates.

La FINA adore les dictatures. Enfin, elle ne les déteste pas. Elle parle leur langage. Marculescu, qui a prospéré sous Ceaucescu, doit s’y trouver à son aise… Ceux qui ont vécu dans une dictature sont très dépolitisés ; ils ont le culte du chef, savent courber la tête devant un médiocre adossé à un pouvoir. Ils font de parfaits larbins du régime. De tout régime.

Ce dévoiement de l’organisme faîtier du sport n’est pas nouveau. Pendant 80 ans, de 1908 à 1988, la FINA a été menée par des présidents issus de grandes nations de natation : USA, France, Grande-Bretagne, Suède, Allemagne, Belgique, Argentine, Pays-Bas, Australie, Mexique, Yougoslavie ; depuis bientôt trente ans, ses présidents viennent de nations qui n’ont pas produit un seul grand nageur : Algérie, Uruguay. Deux présidents de la FINA aux personnalités plus ou moins sympathiques, mais dont on se demande bien ce qu’elles ont apporté à la natation de leurs pays…

On n’est pas sorti de l’auberge.

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