AUSTRALIE : CATE CAMPBELL MAIS AUSSI HORTON, MCLOUGHLIN, TITMUS ET CHALMERS, ON PREND LES MÊMES ET QUELQUES JEUNES ET ON RECOMMENCE

Éric LAHMY

Jeudi 1er mars 2018

Dans cette deuxième journée des championnats d’Australie sélectifs pour les Jeux du Commonwealth qui se tiennent au Centre Aquatique de Gold Coast (ex-Southport Pool), appelé aussi Optus Aquatic Centre, dont le bassin recevra les courses de natation des Jeux, on attendait certaines courses particulièrement intéressantes, et on n’a pas été déçu.

Les 400 mètres étaient très attendus. L’Australie s’est de mémoire d’homme bien comportée sur les longues distances, et, si elle ne domine plus comme il fut un temps, elle reste très attachée à cette tradition d’excellence.

Dans la course masculine, c’est bien le favori qui a gagné. Mack Horton, champion olympique de Rio (devant Sun Yang) et vice-champion du monde de Budapest (derrière Sun Yang) s’est en effet imposé, mais on ne peut dire qu’il a survolé la course. Disons qu’il l’a dominée en rase-mottes. 5e au premier virage, 4e aux 100 mètres, à la lutte pour la 3e place avec le jeune espoir Elijah Winnington à mi-course, il était encore, à l’ultime culbute, un mètre derrière Jack McLoughlin, qu’il réussit finalement à dépasser de justesse à l’issue d’un sprint féroce. Le podium 2018 était le même que celui de l’année précédente, si ce n’est que McLoughlin et David McKeon intervertissaient leurs places et que Horton s’était montré plus rapide en 2017 (3’44s18).

Les passages des deux premiers trahissent l’âpreté de la course. Pour Horton, 55s16, 1’52s90, 2’49s85, 3’45s41, soit 55s16, 57s74, 56s95, 55s56, et un effort en negative split avec une forte accélération finale. Pour McLoughlin, 54s45, 1’51s06, 2’48s55 et 3’45s80, soit 54s45, 56s61, 57s49 et 57s25, course déséquilibrée, peut-être trop ambitieuse? Mais bien souvent cette stratégie de courage a donné la victoire.

McLoughlin, gabarit léger (1,83m, 75kg) coaché par Vince Raleigh à Chandler, a remporté également des championnats australiens sur 5 kilomètres et un bel exemple de nageur fanatique, qui, raconte-t-on, dort avec un métronome qui lui donne, tic tac, le tempo de ses courses, ce qui, prétend-il, le travaille au niveau inconscient. Allons bon! C’est un spécialiste des 1500 mètres, et il pourrait inquiéter encore Horton sur cette distance.

Une petite déception avec Elijah Winnington, un jeune (17 ans) nageur de distances moyennes, entraîné par Richard Scarce au Bond University Swimming Club, que hantent Cameron McEvoy, Alexander Graham et Madison Wilson). Médaillé de bronze des championnats du monde juniors à Indianapolis, avec un temps de 1’46s81, il avait battu, le mois dernier, aux championnats des Nouvelles Galles du Sud, Cameron McEvoy sur 200 mètres (1’48s59) et Mackenzie Horton sur 400 mètres (3’49s96).

La veille du 400, Elijah a terminé 4e du 200 en 1’47s28, et raté de seize centièmes une place dans la course individuelle, son équipier de Bond, Alexander Graham nageant 1’47s13, mais il est entré dans le relais australien… L’an dernier, à seize ans, il n’était que le 13e des championnats en 1’50s40 (1’50s12 en séries). Sur 400, l’an passé, sur cette distance, il avait fini 6e en 3’54s65. Ici, après deux cents mètres de course où il tenta de se mêler à la bagarre des vieux pros qui lui étaient opposés, il a fini comme il a pu. Le voilà rendu à la 4e place avec un temps de 3’50s tout juste. Donc déception d’un côté, mais de l’autre gros progrès.

 CATE REPREND SA QUÊTE: L’AÎNÉE DES CAMPBELL LIBRE COMME UN PAPILLON

Cate Campbell a établi en séries un nouveau record national du 50 papillon dames, avec 25s47 (ancien Marieke Guehrer, 25s48 en 2009), avant de se qualifier haut la main (53s22) dans le 100 devant sa jeune sœur Bronte (53s98), Emma McKeon (54s33) et Emily Seebohm (54s45). Le soir, elle a commencé par empocher le titre du 50 papillon en 25s51, devant la vieille (30 ans) Holly Barratt, 25s94, Madeline Groves, 26s35 et Emily Seebohm qui, n’ayant aucune course en dos cette journée, nageait 26s63 avant de s’aligner au 100 crawl.

Cette seconde épreuve revenait comme la première à Cate, dans un très bon temps, 52s37, ce qui est assez près de son record personnel, 52s06, et pas si éloigné de l’intimidante marque mondiale de Sarah Sjöström, 51s71. Personne ne put la suivre dès le départ, et Campbell, malgré un temps de réaction le plus lent de la finale (en raison de son gabarit, cela parait normal), sans pour autant avoir l’air de se presser, virait nettement en tête (et en 25s40) devant Emma McKeon, 25s79, qui tentait de la suivre, et Shayna Jack, 25s90, à la lutte avec Bronte Campbell, 25s94.

Au retour, on ne vit plus que des Campbell. Cate touchait, donc, détachée, en 52s37, Bronte en 52s96. Troisième, McKeon, en 53s49, était clairement devancée par les « sisters », mais précédait tout aussi nettement Briana Throssel, 54s19, Shayna Jack, 54s20, Brittany Elmslie, 54s43 et Emily Seebohm, 54s69…

Le 50 papillon messieurs revenait à Cameron Jones, 23s74, devant William Yang, 23s86 et David Morgan, 23s94. Jake Packard et Georgia Bohl gagnaient les 100 brasse en 59s74 et 1’7s22.

QUAND LA NOUVELLE LUNE EFFACE LA VIEILLE: ARIARNE TITMUS DOMINE L’ÉPATANTE JESSICA ASHWOOD ET BAT LE RECORD AUSTRALIEN DU 400

Sur 400 mètres, Ariarne Titmus, 17 ans, a gagné le 400 mètres et amélioré son record d’Australie d’une demi-seconde exactement, en 4’2s36. Dès les séries, elle gagne la guerre des générations, en face de Jessica Ashwood, 24 ans. A peine sortie de l’eau avec le meilleur temps, 4’8s35 contre 4’10s22 à Ashwood, Ariarne explique qu’elle s’est réservée pour la finale.

Là, elle part sans trop s’inquiéter des autres. Après 100 mètres prestement enlevés en 57s57, elle s’installe dans son rythme, entre 30s5 et 31s5 par longueur. A l’arrivée, cela donne un train assez déséquilibré, avec deux moitiés de course en 1’58s72 et 2’4s64 et un probable coup de barre entre 200 et 300. Mais une jolie performance, puisqu’Ariarne nage ici deux secondes plus vite qu’à Budapest oiù elle avait fini 4e en 4’4s26.

2e en 4’7s73, Ashwood est un cas clinique, car elle est fortement scoliotique (1). Plus jeune, elle a refusé une opération pour rectifier l’anomalie. Cette colonne vertébrale en S prononcé lui interdit parfois de courir, ou encore d’effectuer un travail au sol comme des mouvements culturistes (musculation) ; mais elle ne l’a pas empêchée de devenir une des meilleures demi-fondeuses du monde. Il lui a fallu s’adapter, ayant quelque peine au départ à nager droit ! Elle a pour cela développé une technique un peu particulière destinée à compenser la disparité de forces entre les appuis du bras gauche et du bras droit et une position forcément hétérodoxe dans l’eau.

Ashwood, native de Sydney mais qui s’entraîne à Chandler, faubourg de Brisbane, avec les sœurs Campbell, doit se rendre, deux fois par semaine, chez le kinésithérapeute afin de réaligner cette colonne récalcitrante. Cette courageuse, qui a détenu les records australiens du 400 et du 800 et qui a étudié la criminologie et la justice criminelle, est une nageuse et une personne exemplaire…

Elle a nagé aux Jeux de Londres et de Rio, été médaillée olympique dans le relais 4 fois 200m (où elle a nagé en séries), a tenu le flambeau du demi-fond australien à Kazan, aux mondiaux 2015, finissant 3e du 400, 4e du 800, 5e du 1500…, et 6e avec le relais quatre fois 200m. Finaliste sur 400 et 800 aux Jeux de Rio, elle n’a pas nagé en 2017, après avoir dû s’absenter aux mondiaux petit bassin, victime d’un virus. Devancée désormais sans appel par Titmus, elle reste un modèle de courage et d’amour de son sport.

Toujours en séries du 400, une très jeune Lani Pallister est d’abord une étonnante surfeuse. A deux reprises, à quatorze et à quinze ans, Lani a tout raflé et enlevé six victoires aux Australian Surf Life Saving dans sa catégorie d’âge : ironwoman, nage, nage par équipe, sauvetage à la planche, relais planches et « cameron event » (relais à quatre avec un surfeur, un nageur et deux coureurs). Lani est bien née ; c’est la fille d’une championne australienne, Janelle Elford (finaliste sur 400 et 800 mètres aux Jeux de Séoul, en 1988, recyclée hôtesse de l’air), et d’un crack de la nage sur vagues, Rick Pallister. Son frère Owen est aussi un surfeur précoce et confirmé. Lani est coachée moitié par sa mère et moitié au centre de haute performance australien par Chris Mooney. La seule menace réelle concernant sa carrière de nageuse vient du fait qu’elle n’a pas encore décidé de choisir entre nager ou surfer… Comme ici elle a été nettement dominée…

En séries du 100, chez les femmes, Cate Campbell a montré qu’elle avait une classe à part, mais côté messieurs, Kyle Chalmers a « frôlé la correctionnelle », septième temps ex-aequo, 49s17. A 49s22 ; il ne serait pas passé !

En finale, il a été le plus rapide, depuis sa ligne extérieure. Quatre hommes viraient dans le même souffle, James Roberts23s18, Chalmers, 23s21, Cameron McEvoy, 23s26 et James Magnussen, 23s27. Puis Chalmers faisait la différence, touchait en 48s16, nettement devant Jack Cartwright, 48s60 et McEvoy, 48s62. L’un des intérêts de cette finale est d’avoir promu les deux benjamins de 19 ans, qui ont devancé des nageurs de 23 ans (McEvoy) et 26 ans (Magnussen en Roberts).

(1). Le plus fameux athlète scoliotique du monde est sans doute Usain Bolt, le multi-champion et recordman du monde du 100 mètres plat. Il a expliqué que cela ne le dérangeait pas, à condition de « rigidifier » son dos pendant la course.


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