AUSTRALIE : MITCHELL LARKIN ESPÈRE AVOIR TROUVÉ UN BON RÉMOULEUR

Éric LAHMY

Vendredi 2 Mars 2018

Troisième soirée de championnats d’Australie, à Gold Coast.

Dans les séries du 200 dos messieurs, on voit apparaître du neuf avec Bradley Woodward, meilleur qualifié en 1’59s05, qui devance Mitchell Larkin. Mais en séries, c’est autant l’intention que la valeur qui fait la différence, et Larkin s’est peut-être économisé. Comme quatre nageurs ne sont séparés que de 0s16, les paris demeurent incertains.

La finale délivre son verdict. Larkin l’emporte. Il part vite, mène devant Woodward d’un mètre aux 50 (26s83 contre 27s44), d’une seconde toute ronde aux 100 (56s13 contre 57s13), ne peut ensuite empêcher Woodward de remonter un peu.

Larkin, 1’56s60, l’emporte mais sans répondre aux interrogations le concernant. Double champion du monde 2015, ses records, 52s11 et 1’53s17, sont vieux de 28 mois, et il n’a cessé de voir sa position se dégrader. A Rio, aux Jeux olympiques de 2016, il termine médaillé d’argent du 200 dos derrière Ryan Murphy, en 1’53s96 contre 1’53s62, et seulement 4e du 100 dos derrière deux Américains dont Murphy, vainqueur, et un Chinois ; en 2017, il est éliminé sans gloire en demi du 200 dos, se classe 6e du 100 dos à Budapest, et ne pèse plus au plan mondial, on ne sait trop pourquoi, usure d’un vieux pro ?

Semblant d’explication : déçu par ses résultats olympiques, où finir 2 et 4 ne le satisfait pas, il abandonne son entraîneur de neuf années Michael Bohl, à St Peters, et se confronte à plusieurs entraîneurs avant de choisir Simon Cusack, un coach plus orienté vers le sprint que Bohl et dont il espère qu’il va renouveler son intérêt pour le dos ; mais si Cusack est l’homme qui a « fait » Cate et Bronte Campbell, il pourrait bien être l’homme qui a « défait » Larkin, lequel sombre, très loin de ses succès passés.

Cusack l’a bien averti avant de le prendre sous son aile. Il lui a dit qu’il faudra plus d’un an pour s’adapter à la brutale intensité de sa méthode.

Après réflexion, Larkin prétend que l’approche de Cusack, « trop éloignée dans l’autre direction » de celle de Bohl, ne convient pas à son tempérament. Il insiste sur un point, notamment, celui concernant l’affutage final, avant les mondiaux, trop radical à son goût, qui eut un effet pernicieux sur sa nage : « plus je me reposais, plus je perdais mes sensations dans l’eau. »

Il est assez étonnant qu’aujourd’hui encore, des entraîneurs soient aussi attachés à leurs procédures qu’ils n’adaptent pas en fonction des particularités et des goûts de leurs nageurs quelque chose d’aussi personnel que l’affutage, et ne cherchent pas à individualiser cette étape finale qui précède la compétition.

Larkin est du type de nageur (assez commun en demi-fond) qui doit se soumettre à un fort volume d’entraînement jusqu’au jour J, celui de la compétition, pour des raisons physiques et psychiques. Des nageurs, lorsqu’ils sont mis au repos, perdent leur énergie et leur sommeil ; d’autres, tout au contraire, semblent appeler de leurs vœux ce repos, en rajoutent dans d’énormes siestes, et se mettent à voler le jour de la compétition. Question de tempérament (et de distance nagée). Jonty Skinner gagna près de quatre secondes sur 100 mètres dans le mois qui précéda son record du monde du 100 à 49s44 (1976)…

Après avoir soupesé plus d’une option au cours de conversations, retour de Budapest, avec l’entraîneur national Jacco Verhaeren, Larkin s’en alla rejoindre au collège St Peters Lutheran un ancien assistant de Bohl, Dean Boxall, dont la réputation monte très vite en Australie, vu qu’il entraîne Ariarne Titmus, Jack Cartwright et Clayde Lewis. Boxall, 37 ans, a été élu « coach des jeunes » australien de l’année 2017 A ce moment, Bohl quitta St Peters pour Griffith, à Gold Coast, et Boxall se retrouva head coach.

Sa victoire d’aujourd’hui n’éclaire guère au sujet de Larkin. Son temps de 1’56s60 est pratiquement le même que celui de l’année passée (1’56s66). Il faudra attendre les résultats des Jeux du Commonwealth, en avril, pour savoir s’il a rétabli la situation. Espérons que son nouveau rémouleur sache l’affuter et lui rende son tranchant.

À LA POURSUITE D’EMMA MCKEON, MADELINE GROVES CHERCHE FORME OLYMPIQUE DÉSESPÉRÉMENT

100 papillon : Emma McKeon reste la patronne, tandis que Madeline Groves, la vice-championne olympique du 200 de Rio, après avoir mis, semble-t-il, la pédale douce et nagé, un peu étudié, s’être amusée, aux USA, mais aussi être tombée malade (endométriose, comme Emily Seebohm) et avoir été ratée par un contrôle anti-dopage, – erreur que les contrôleurs s’empressèrent de mettre à son compte, alors qu’elle put faire la preuve que c’était eux qui n’avaient pas bien fait leur boulot – revient. Mais un étage plus bas.

Emma McKeon l’emporte mais un temps éloigné d’une seconde de son record d’Australie. L’an passé, elle avait nagé 56s81 en séries pour ensuite contrôler la finale en 58s11. Ici, elle exécute le même schéma, emmène Groves et Throssel, se détache peu à peu après le virage, termine en 57s13. Throssel la talonne, en 57s42. Groves, larguée en fin de course, 58s45, devance une gamine de 15 ans, Michaela Ryan, de St Peters, issue du néant (elle en était à 1’0s51 en décembre) et qui nage 58s96.

Sur 200 dos dames, Emily Seebohm, bien sûr, affronte ses habituelles Némésis : Hayley Baker et la benjamine de la course Kaylee McKeown, 16 ans. La patronne trébuche, McKeown passe, de rien mais elle passe, 2’8s23 contre 2’8s24. Baker est tout près, 2’8s66 !

Sur 200 4 nages messieurs, Clyde Lewis, 20 ans, lui, reste très seul. Champion du monde junior en 2015, il n’a pas encore totalement effectué sa mutation en nageur adulte. Mais c’est un bon dossiste et crawleur également. Il nage pour Saint Peters (Indooroopily, Brisbane), et l’entraîneur Michael Bohl. En 2017, après une série prometteuse, aux mondiaux, et un temps de 1’58s06, 6e, contraint de viser plus haut, il implose en demi, se retrouve avec 1’59s90, 15e au classement. Et 21e du 400 quatre. Le voici champion d’Australie avec1’58s36, devant… Mitch Larkin, qu’il se permet le luxe de larguer dans le parcours de dos, effectué en 29s25 contre 30s54 pour le champion du monde 2015 ! Lewis s’impose dans la première moitié, papillon-dos, et ne sera pas rejoint.

Sur 200 4 nages dames, on n’a pas remplacé Stephanie Rice, ni même Alicia Coutts; Blair Evans, 26 ans, 2’12s81, et Taylor McKeown, 22 ans, 2’13s55, ne paraissent pas devoir rappeler les neiges d’antan.

50 brasse dames : Leiston Pickett, c’est pas de la piquette ? Gagnante de deux Commonwealth Games sur 50 brasse,  en 2010 à Dehli et en 2014 à Glasgow. Nageuse à plein temps et réceptionniste à mi-temps, 30s60 en finale. Bof !

50 brasse messieurs : records de lenteur pour Jake Packard, 27s33, et Jameson McKechnie, 27s35.

100 papillon messieurs : Irvin Grant est le seul nageur australien de stature mondiale avec ses 51s, mais à 26 ans, il assure sans pouvoir projeter beaucoup plus haut… Des jeunes essaient de secouer le cocotier, McCarthy, Benehoutsos, Temple, Cough, voire Brown, donc du renouvellement mais pas encore mûr.


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