CAELEB DRESSEL NOUVEAU PRINCE DE CENT DEVANCE NATHAN ADRIAN ET MEHDY METELLA

Éric LAHMY

Samedi 29 Juillet 2017

La victoire de Caeleb DRESSEL, 21 ans le 16 août prochain, dans le 100 mètres des championnats du monde de Budapest, dans un temps pour le moins flatteur, 47s17, record US, qui en fait, en outre, en quelque sorte, le recordman du monde « hors polyuréthane », cette victoire ne devrait pas étonner.

Le couronnement du jeune Américain était attendu, depuis l’hiver 2016, quand il commença de faire fort dans les compétitions NCAA. Il y faisait montre d’une supériorité chronométrique qu’on ne voyait plus beaucoup, ces dernières années, avec le nivellement des valeurs qui semble se généraliser quand un leader incontestable ne s’impose pas. L’été venu, il n’avait toujours pas complété sa mue en exposant une maîtrise équivalente en grand bain. C’est chose faite, on peut admirer les dégâts.

Mais, quel que soit le resserrement des valeurs, l’apparition d’un grand patron n’est guère impossible en soi de nos jours, et Adam PEATY, Sarah SJÖSTRÖM, Katinka HOSSZU ou Katie LEDECKY, voire SUN Yang ne cessent d’en administrer la preuve. L’an dernier, le couronnement, champion olympique, du junior australien Kyle CHALMERS, 18 ans, présumait une nouvelle ère du sprint – mais surtout en fonction de l’âge du vainqueur. CHALMERS, blessé, opéré d’une tachycardie supra-ventriculaire et hors-course, reviendra-t-il? Peut-être. Il se pourrait que le colossal Dolphin trouve la place prise…

On me suggère ici que DRESSEL – je résume en caricaturant un peu – est en train de créer une nouvelle façon de nager le 100 mètres. Pourquoi ? Parce que le 100 nage libre autour de 47s exige autre chose qu’à 47s6, « un engagement à très haute fréquence avec des rééquilibrations corporelles autour d’une structure extrêmement docile et dynamique. »

SPRINT PROLONGÉ OU DEMI-FOND COURT: THE NEVER ENDING STORY

Cela suggèrerait que plus le niveau de performance monte, sur 100 mètres, plus le 100 mètres se nagerait comme un 50 mètres et moins comme un 200 mètres, ce qui parait clair pour McEVOY et DRESSEL quand il nagent près de 47 secondes.

On suggère aussi que le raccourcissement de la durée, de 48 (record du monde textile en 2000) à 47 secondes, implique un léger déplacement des contributions métaboliques. L’augmentation de la vitesse implique une augmentation exponentielle des résistances à l’avancement, ce qui rend la propulsion plus difficile, mais augmente aussi les décélérations entre les actions propulsives de chaque coup de bras, ce qui « nécessiterait d’élever la fréquence pour les réduire. »

Comme en outre les coulées de départs et de virages, anaérobies puisqu’en apnées, permettent d’atteindre une  vitesse plus rapide que la nage, elles « impliqueraient aussi la capacité à maintenir cette vitesse en sortie de coulée (et non plus d’en recréer en milieu de longueur). » Et donc l’évolution des records – comme les données techniques de la course – nous projetterait « vers des épreuves à dominante anaérobie et à fréquence élevée. »

Cette analyse, sur le moyen terme, apparait très solide. L’augmentation des fréquences a été recherchée, on le sait, à partir d’une analyse effectuée par Paul BERGEN  des courses de Janet EVANS, dont le style, apparemment « impossible » (et difficilement lisible) d’un petit gabarit qui avait l’air de très « mal nager » mais avançait comme un bolide, a donné lieu, après étude, à l’adoption du retour des bras tendus, lequel facilite une fréquence élevée. On a vu l’Australien KLIM adopter cette technique qui s’est généralisée depuis (Florent MANUDOU, etc).

Elle implique aussi que ce sont, partiellement, les coulées, qui « tirent » le 100 mètres plus vers l’anaérobie. Il ne s’agit pas là, d’ailleurs, d’une évolution si récente, puisqu’elle est en place depuis plusieurs olympiades maintenant… Quoiqu’un DRESSEL l’exécute avec une perfection remarquable.

Maintenant, il est certain que le 100 mètres a presque toujours, au niveau olympique, opposé des nageurs de sprint et des nageurs de demi-fond court. Sans remonter à Mathusalem, on citera le 100 mètres des Jeux d’Athènes en 2004, remporté par Pieter VAN DEN HOOGENBAND. On a plus retenu les affrontements, victorieux ou non, sur 200 mètres, entre VDH et POPOV, THORPE ou PHELPS. On évoque moins son extraordinaire 100 mètres des Jeux d’Athènes, en 2004, qui donna lieu à un duel incroyablement serré contre Roland SCHOEMAN, lequel mena tout du monde et ne fut battu, à la touche, que de quatre centièmes. SCHOEMAN, ce soir là, passa en 22s60, c’est-à-dire qu’il aurait été 4e, avant-hier, derrière DRESSEL, 22s31, MCEVOY, 22s56 et METELLA, 22s58. Et VDH, plus lent à l’action et vainqueur à Athènes, il fut le dernier grand de 200 à imposer sa loi aux sprinteurs sur 100 mètres.

A Budapest, en finale du 100 mètres, avant-hier, on ne trouve qu’un seul nageur de 100-200, et c’est le Britannique Duncan SCOTT (5e du 100 mètres en 48s11, 4e du 200 mètres en 1’45s27). Tous les autres, même MCEVOY, sont nageurs de 50-100 prioritairement. Est-ce à dire que la race des WEISSMULLER, des HENRICKS, des SCHOLLANDER, des SPITZ, des GAINES, des VDH, est éteinte ? SCOTT est jeune, à 20 ans, et apte à reprendre le flambeau. Et, il est vrai, il est bien seul…

Derrière le grand exploit de DRESSEL, qui devance le sprinteur le plus régulier de ces dernières années, Nathan ADRIAN, bien entendu, les Français seront heureux du bronze de METELLA. Le Marseillais a réussi un parcours impeccable : 2e des séries en 48s18 (derrière MCEVOY, 47s97), leader des demi-finales en 47s65 devant DRESSEL, 47s66, 3e en finale en 47s89, juste derrière ADRIAN, 47s87, et devant MCEVOY, 47s92, il n’a réellement été dominé que par un DRESSEL imprenable (et ses 47s17). Le voilà donc homme de bronze et deuxième « podiumisé » mondial de la famille derrière sa grande sœur! En outre, il continue la tradition du sprint français. Bravo donc à lui.


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2 comments:

  1. Aigues

    Petite remarque: le record du monde hors combi serait toujours la propriété de McEvoy (47.04). Magnussen a aussi nagé 47.10.

    Par contre c’est la première fois qu’on voit un tel temps dans un grand championnat, avec une course relevée.

    En termes de mécanique des fluides, j’imagine qu’il est un peut-être peu plus facile de nager vite quand on est 3m devant les remous des adversaires. Les meilleurs temps de Magnussen et de McEvoy ont été réalisés dans ces conditions, celui de Campbell aussi, et Sjostrom était aussi assez tranquille au départ du relais. Je crois que c’est aussi le cas de la meilleure perf d’Heemskerk qui doit être autour de 52.7 et qui en faisait à l’époque la n°2 mondiale.

    1. Eric Lahmy *

      Oui c’est vrai, je me suis laissé embarquer par des commentaires de je ne sais quel site sans vérifier (et en sachant que c’était paresseux de ma part). Mais je suis d’accord avec votre appréciation concernant le distinguo à faire entre nager dans un championnat, titre en jeu et nager en départ de relais, sans enjeu, un peu plus relâché. En 1961, Dos Santos bat le record mondial, 53s6, dans une « tentative », quand il n’a jamais nagé moins de 55s (55s4 aux Jeux olympiques); en 1964, Alain Gottvalles nage 52s9, record du monde, en départ de relais, quand, la veille, il a nagé 53s9 dans la course individuelle à… Budapest; en 1981, « Rowdy » Gaines nage 49s36 dans une tentative de record, temps qu’il ne fera plus jamais alors que Jonty Skinner, en 1976, avait établi le record du monde à 49s44 en finale des championnats US; en 1988, Matt Biondi nage 48s42, record du monde aux trials US, et six ans plus tard, Popov bat ce temps avec 48s21 sans adversaires notables à Monte-Carlo. J’ai toujours pensé que, d’une certaine façon, en grande compétition, Popov n’avait jamais battu chronométriquement Biondi… On en pense ce qu’on veut, bien sûr, mais nager très vite pour gagner en finale mondiale ou olympique, c’est autre chose…

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