Category: Billet

JACQUES FAVRE ET LE SYSTEME D

Vendredi 13 Février 2015

Par Eric LAHMY

La nomination de Jacques Favre au poste de Directeur technique a eu l’effet de mettre en avant un système D indien appelé le Jugaad.

Curieux, le hasard. Agacé depuis quelques années par l’angle étroit couvert par nos medias en France, j’avais décidé d’aller ailleurs pour respirer l’air du large, et fini par jeter mon dévolu sur deux sources, l’International Herald Tribune et The Times of India.

Ce second titre (que je vous recommande, son e ;journal est gratuit et analyse depuis l’Asie qui est devenue aujourd’hui le centre du monde) ? Grâce à lui, j’en sais un peu plus sur l’Inde, terre de contrastes (ce n’est pas seulement un cliché), qui a eu une femme présidente de la République quand la France ratait cette opportunité, où les vaches sont sacrées et où le yoga dispose d’un ministère, récemment créé par le ‘’Premier’’, Narendra Modi, auprès duquel Marine Le Pen passerait pour excentrée à gauche.

A la lecture des pages économiques du Times of India, je ne pouvais éviter longtemps le jugaad auquel se réfère notre tout nouveau tout beau Directeur technique national de la natation. Référence originale et toute à l’honneur d’un esprit curieux.

Le Jugaad ne pouvait que naitre en Inde : le pays est très pauvre, son économie a stagné et la compétitivité y est faible. Mais le terme n’est pas bien difficile à traduire. C’est une approche frugale et flexible de l’innovation, peuplée de solutions débrouillardes, improvisées et peu coûteuses née d’une situation de pénurie. Il y a un côté « à la guerre comme à la guerre » dans ce concept.

On pourrait sans trop forcer associer cet esprit à l’action de Muhammad Yunnus, génial créateur bengladais du micro-crédit et banquier des pauvres, honoré par le Prix Nobel de la Paix en 2006.

Les Indiens reconnaissent dans le jugaad une attitude positive (on peut le faire) mais un côté qu’ils trouvent moins recommandable de bricolage, ou si vous préférez de bouts de ficelle.

Le terme dans son évolution a pris valeur un peu péjorative de compromission sur la qualité assez proche finalement de ce qu’on a fini par comprendre des produits made in China. Ça ne coûte rien, mais ça ne vaut guère plus. Un responsable économique a proposé un autre concept, le jhakkaas, terme de l’argot hindou de Bombay, qui signifie « cool », superbe, géant, et qui désignerait une création économique peu coûteuse mais de qualité.

L’Inde ne se débarrassera pas aisément de l’esprit du Jugaad, mais comme j’ai pu le lire dans un article un peu ironique, le concept ne gagnerait pas à être employé dans  l’envoi d’une fusée indienne sur la planète Mars. La conquête spatiale exige des ambitions tournées non vers la facilité, mais vers l’excellence. Elle ne peut se permettre d’économiser des bouts de chandelle, ou de remplacer le sas de la fusée par une porte de réfrigérateur. Il est des domaines où le Jugaad, cette approche des conquêtes de petits riens, n’a pas d’avenir.

Traduit en termes de compétition sportive, le Jugaad est bien sympa. L’Inde ne s’en séparera pas avant longtemps et un certain retour à la rareté nous oblige à y recourir, à penser frugal. Mais… la haute compétition peut-elle user de Jugaad ?  S’agit-il de l’arme secrète des Marseillais? Je n’ai qu’à voir la liste des succès sportifs de l’Inde pour en douter. Mais Jacques Favre, qui doit être plus malin que ça, va sûrement nous en dire plus.

Si vous voulez voir le jugaad en action (et en photos), je vous recommande parmi d’autres l’adresse suivante :

http://www.bajiroo.com/2013/02/funny-innovations-jugaad-by-indian-people-25-images/

CLIN D’OEIL DE COURBEVOIE

Par Eric LAHMY

Mardi 21 Janvier 2014

Un peu tard pour parler du meeting de Courbevoie, qui s’est tenu, piscine Charasse, du vendredi 16 au dimanche 18 ? Vous trouverez toutes les informations entre le site du SFOC et les résultats de la FFN. Les retours de deux « éclopés », Yannick Agnel et Frédéric Bousquet, leur rencontre sur 50 mètres, la courte victoire du nouveau Mulhousien sur le vieux Marseillais. Un 100 mètres d’Agnel tout près des 50’’. Quelques autres jolis résultats de ci de là. Pas de grande performance, normal dans un meeting de reprise en début d’année.

L’un des plaisirs, quand on assiste à la compétition, se situe au niveau des sensations. Voir la chose elle-même. La vivre de l’intérieur. La soupeser.

Un bon poids d’ailleurs : 2290 engagés, 996 filles et 1294 garçons. D’innombrables séries dans les courses phares, 100m et 200m nage libre, et un peu partout ailleurs. La compétition est la logique du sport, la justification de l’entraînement, la mesure de la valeur du travail accompli.

Courbevoie, pour les spectateurs, cela a été je crois un réel plaisir. La piscine ne se donne pas facilement. C’est je crois la seule piscine de France dont je n’arrive jamais à trouver la position, et le niveau d’entrée, du premier coup. Pourtant, elle ne m’est on ne peut moins étrangère. Je l’ai parcourue avant qu’elle ne soit ouverte au public, en compagne de Marc De Herdt, aujourd’hui président des Internationaux de natation, qui en fut le premier directeur, vers 1970. Il n’y avait pas eu encore l’accord entre le Stade français et la ville de Courbevoie qui allait créer le SFOC, présidé par Robert Marot. Le quartier de la Défense était balbutiant, une zone de rêve froide, pas encore tout à fait vivante, un Manhattan parisien au berceau. Pas de commerces, seulement ces grandes tours de métal et de béton, dans ce qui avait été un village horizontal farci de commerces locaux.

Elle avait encore plein de défauts, mais je crois que la plupart ont été corrigés. Pendant tout le meeting, pas un seul moment à ressentir une atmosphère étouffante de serre, pas une fois à essuyer la buée sur mes lunettes. L’acoustique, souvent le talon d’Achille des meetings de natation, a été tout simplement parfaite. On pouvait entendre le speaker effectuer ses appels sur un fond musical en comprenant tout ce qui se disait, et ceci sans risquer l’implosion des tympans. Le tableau électronique (bleu) est très lisible (même si, à ce qu’il parait, le jaune sur fond noir est le top en la matière) et manœuvré habilement…

En se promenant au bord du bassin, pendant les courses, on voit tout un comportement qui fait la natation moderne. Des tas de filles et de garçons effectuent leurs exercices, musculation et « gainage » le long des plages. Parfois, on ressent presque l’impression d’un danger avec ces jeunes gens qui « moulinent » des épaules et à tour de bras. C’est une jeunesse studieuse, qui répète ses gammes. Je retrouve la même ambiance, extraordinairement studieuse et affairée, dans le bassin annexe…

L’invasion de la natation, qui procédait du demi-fond, par le sprint, a amené des physiques différents. On dirait qu’une plus large palette de morphologies s’y exprime. Je vois cette fille qui effectue d’interminables séries de « deltoïdes », de « tirages » aux élastiques, puis de sauts à la corde, avec des mollets ronds et puissants qui n’avaient pas cours dans la natation de grand-père. Je la vois mal sur un 400 mètres…

En revanche, le tout venant des présents ne présente pas autant de grands gabarits qu’on aimerait en voir. C’est un fait qui me frappe dans les meetings auxquels j’assiste. Il y a trois ans, à Rouen, où l’équipe de Marseille s’était déplacée, les Florent Manaudou, William Meynard, Fabien Gilot, Camille Lacourt, frôlent pour certains les deux mètres. Mais ceux qui les entourent sont beaucoup moins grands. L’augmentation des gabarits n’est pas une tendance qui s’est généralisée. Michel Pedroletti me disait récemment à ce sujet qu’on ne sait pas garder les grands, qui vont dans les autres sports.

SAVOIR NAGER ET TALENT

Ce qui me frappe aussi, c’est l’amélioration générale de la technique de nage. Je dirais que ça nage joli. On trouve de bons exemples de « glisse » même dans des séries faibles : des jeunes qui n’ont pas de métier, mais auxquels on a déjà instillé les bons principes. Ce sont des types de « glisse » qu’on ne voyait pas souvent dans les années d’où je viens. Et qui n’apparaissaient que pour signaler des talents exceptionnels. Là, c’est presque tout le monde qui parait avoir été touché par la grâce. A force d’imiter le talent, on est parvenu à le mimer. Pour beaucoup, ils n’iront pas tellement plus loin, parce que d’autres éléments les rattraperont, parce qu’au choix, il sera préférable de choisir les études, ou parce que leur technique ne peut gommer des limitations morphologiques ou physiologiques. Mais ils auront pratiqué un sport, connu la vie de club, su ce qu’est bien nager… Cette expérience les nourrira leur vie entière…

La natation progresse donc aussi par le bas. En élevant le niveau des plus faibles. Cette évolution généralisée abaisse la position individuelle de chacun. En compétition, l’enfer c’est les autres ! Elle masque donc partiellement l’étonnante élévation du savoir nager. On banalise l’exploit. Au fond, dans cette joyeuse pantalonnade que fut le « défi » sur 50 mètres entre Moscato et Agnel, l’intérêt fut de voir la différence énorme qui existe entre un bon pousseur d’avant de rugby, bâti en force et maîtrisant sa nage au niveau de monsieur tout le monde et un champion olympique. Ayant laissé son compère franchir trente cinq mètres, Agnel se lança à sa poursuite et fut « battu » de quatre secondes ! Moscato avait nagé en 49 secondes. L’auteur de la dernière des 81 performances réalisées par les filles sur  50 mètres, Margot André, 13 ans, est de 33’’87…

Revenons à notre sujet. Il existera toujours une différence entre le savoir nager et le talent. C’est ce qui apparaissait, par exemple, à Courbevoie, à chaque apparition de Fanny Lesaffre, une grande fille de vingt ans, longue et très fine, presque diaphane, dont je crois qu’elle a commis de graves dégâts dans les records des catégories d’âge, ces dernières années. Nageuse de quatre nages, à l’aise presque partout, et ce week-end particulièrement inspirée en dos comme en brasse, elle présente, une fois immergée, semble-t-il, quelque chose en plus. Je n’ai pas bien vu à quoi elle ressemble les pieds au sec, mais… très belle dans l’eau !

YANNICK AGNEL PROPHETE LIBERTAIRE

Par Eric LAHMY

Lundi 12 Janvier 2015

Et si aujourd’hui, on ne parlait pas de natation ?

Alors que les terribles attentats de mercredi dernier ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo, des personnalités se sont mobilisées pour sauver le journal, et Yannick Agnel  a fait entendre sa voix. Yannick, a décidé de faire don d’une prime et appelé les sportifs français à le suivre.

« J’ai décidé de reverser ma prime de participation au meeting de Courbevoie intégralement à Charlie Hebdo, a écrit sur son compte Twitter le triple champion olympique avant d’inciter ses collègues professionnels ou amateurs à en faire autant. J’encourage tous les petits et grands sportifs à faire un geste, symbolique ou non, pour les soutenir ! Restons unis. »

Yannick a ajouté qu’il voulait « permettre que l’esprit frondeur et libertaire du journal satirique ne meure pas. » Mais son propos vise évidemment plus loin.

En effet, il y va de notre société. Nous sommes attaqués par un terrorisme, et là, il n’y a aucun doute. Ce terrorisme a quelque chose d’effroyablement sinistre en ceci qu’il réfute tout autre mode de vie que celui qu’il promeut. C’est un totalitarisme. Tout comme le nazisme ou le communisme russe ou nord-coréen.

Sa différence, en tant que terrorisme, c’est d’être religieux. Dieu, c’est au fond le nom que nous donnons à notre réponse individuelle, faite en conscience, parmi d’autres possibles réponses, à nos questionnements, nos angoisses ou nos aspirations. Quand Dieu devient autre chose qu’une aspiration personnelle, on entre en religion. La religion, c’est des gens qui vous disent : « vous vous posez des questions ? Nous avons la (ou les) réponse(s). » Ceux qui le veulent se regroupent autour de ces cultes, de ces fois, et on passe par besoin de communion de l’individuel au collectif. Malheureusement, le risque est qu’il existe une phase suivante; la phase suivante est celle de l’intolérance, qui consiste, une fois entre nous, à regarder de travers ceux qui sont en-dehors du cercle. Si tu ne crois pas ce que je crois, si mon idée de Dieu n’est pas la tienne, ça va barder pour ton matricule, et, dans le cas de l’islamisme, tu ne mérites pas de vivre. On est donc passé de l’interrogation, disons métaphysique personnelle, à une réponse qui vise à être collective, enfin à une tyrannie.

L’Europe, jusque vers le 18ème siècle, était peu ou prou sous la tyrannie chrétienne. Elle s’en est sortie. Or voici une tyrannie allogène qui s’introduit chez nous et entend faire respecter ses volontés par la violence, le crime, l’abjection. L’Islamisme n’est pas une question de religion, c’est une question de pouvoir. Il s’agit d’étouffer dans  une société tout ce qui ne lui convient pas. Les femmes sont la cible. Les Juifs sont la cible. Les Hindouistes sont la cible. Les Chrétiens sont la cible. Le rire est la cible. La joie de vivre est la cible. Les Islamistes sont le projet musulman de prendre le pouvoir. Ils ne se posent même pas la question de savoir si les Musulmans sont d’accord. Ils les égorgent de la même façon! C’est la méthode nihiliste face à ceux qui préfèrent la vie.

L’évolution du Christianisme ces deux ou trois derniers siècles nous donne l’espoir d’une évolution de l’Islam, qui doit étouffer son « isme », sous peine d’une guerre mondiale, contre le reste de l’humanité, dont personne ne sortira vainqueur.

Je n’ai pas envie d’imaginer ce que deviendrait la natation si les Islamistes prenaient le pouvoir parce que la question qui se pose est d’une toute autre dimension. Il ne s’agit pas ici de la natation, mais de la nation, de la civilisation. Toujours est-il qu’une fois de plus, cet étonnant Yannick Agnel a posé avec son petit air désinvolte la question qui fait mal et répondu tout en même temps. Derrière lui, ou avec lui, je suis Charlie, je suis Elsa Cayat, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Ahmed Merabet, Franck Brinsolaro, Bernard Maris, Stéphane Charbonnier, Jean Cabut, George Wolinski, Bernard Verlhac, Philippe Honoré, Clarissa Jean-Philippe,Yohan Cohen, Yohav Hattab, François-Michel Saada, Philippe Braham.

Et vous?

STEPHANIE RICE ET CLEOPATRE

Samedi 8 Mars 2014

2008: deux médailles d’or olympiques. 2014: deux opérations esthétiques du nez destinée à améliorer son estime de soi et éviter quelques ennuis de santé. Voici un raccourci (c’est le mot qui convient) de la carrière de Stéphanie Rice, la double championne des quatre nages des Jeux olympiques de Pékin. Sans doute l’une des vraiment belles filles de la natation (qui n’en manque pas) mais qui n’aimait pas son nez, cassé à la suite d’un accident dans une piscine.

Un appendice certes un peu atypique quoique très éloigné de celui de Cyrano, et qui la rendait très reconnaissable dans le bon sens du terme, mais (osera-t-on dire: néanmoins?) dont elle a demandé qu’on le reformate. A 25 ans, Stephanie Rice a présenté son nouveau look et on ne la reconnait plus tout à fait, elle s’est banalisée avec un nez passe-partout, bien sous tous rapports, qu’elle pourra promener glorieusement dans les cocktails, faudra s’y faire, mais dans l’ensemble, à mon humble avis,elle était très jolie avant et elle est très jolie maintenant.

L’essentiel, c’est qu’elle soit enchantée, et c’est le cas: “mes amis et ma famille trouvent cela bien, mais les autres pourront s’étonner a-t-elle déclaré, ajoutant: en voyant la nouvelle version améliorée de mon nez, j’ai saisi combien cela m’avait affectée.”

On s’attend à une réponse de Rebecca Adlington, autre championne de Pékin qui s’est fait agresser par des mufles sur Internet pour son nez cassé (lequel, pourtant, se trouve bien au milieu de la figure). S’il eut été plus court, avait dit Pascal, le nez de Cléopatre aurait changé la face du monde. C’est parce qu’on ne connaissait pas la chirurgie esthétique !

Les mondiaux de Barcelone ont été bien vus.

BILLET

Eric LAHMY

9 novembre 2013- Dans la panoplie des records en tous genres, on apprend que les Championnats du monde de natation de Barcelone ont été les plus vus de l’histoire de l’épreuve (débutée en 1973). D’après Kantar Media, une officine ad hoc, spécialisée dans les comportements des consommateurs, l’audience télévisée globale des mondiaux de Barcelone s’est élevée à 4,487 milliards de spectateurs. Certes, vous ne croirez pas plus que moi que 60% de la population de la planète était collée à son écran, vu que vous, moi et quelques millions d’autres étions comptabilisés chaque fois que nous allumions notre poste sur l’événement. A raison de deux sessions pendant seize jours, en additionnant les directs, les différés et toutes les formes d’exposition des événements ça chiffre vite. Bien entendu, ensuite, ce genre d’évaluation est on ne peut plus aléatoire, il n’empêche, … La FINA s’est empressée de relayer cette vague évaluation présentée sous forme d’information exacte. Le chiffre est un progrès par rapport à Shanghai 2011 et à son audience supposée de 3,7 milliards de personnes. Bref, on a été plus nombreux à être assis devant le poste au lieu d’aller nager.

Cette évolution peut d’ailleurs s’expliquer par une couverture totale de 5.156 heures dans 185 « territoires », supérieure à Shanghai (4.448 heures).

« La » Flamme sur orbite spatiale

8 novembre 2013

La flamme olympique a atteint les sommets. Lesquels ? A vous de juger. Toujours est-il qu’une fusée Soyouz TMA-11M lancée du cosmodrome de Baïkonour, dans le Kazakhstan, transportant la flamme olympique, a rejoint la Station Orbitale Internationale, le 7 novembre au matin. La flamme, partie un mois plus tôt d’Athènes, trottinait en direction des Jeux d’hiver de Sotchi à vitesse d’homme. Les trois membres de l’équipage de la fusée, le Japonais Koichi Wakata, l’Américain Richard Mastracchio et le Russe Mikhail Tyurin, après que la flamme et son porteur aient été arrimés en mode automatique, ont passé la torche à deux autres cosmonautes déjà sur place dans la station, Oleg Kotov et Sergey Ryazansky. La cérémonie sera retransmise à la télévision. On espère seulement que les supporters du Partizan n’y mettront pas le feu… La flamme se consumera là-haut pendant deux jours avant d’être ramenée par un autre cosmonaute, Fedor Yurchikin. Dans le top des nouvelles dont on se fout, celle-ci n’est pas peut-être pas la première, mais surement celle qui a pris le plus d’altitude. On espère quand même qu’elle ne sera pas perdue en route. Il y a déjà suffisamment de débris spatiaux  (8500 de plus de 10 centimètres) abandonnés sur la seule orbite basse où se situe la station.

Eric Lahmy

LA CONFITURE AUX COCHONS

Par Eric LAHMY

13 octobre 2013

La conférence de presse de rentrée de la Fédération française de natation est devenue une tradition dont on se demande quelle est l’utilité si ce n’est de manger deux petits fours et de boire un verre de jus de fruits en parlant de la pluie et du beau temps.
Le travers de cette conf’ (vendredi dernier matin au siège de L’Equipe) est qu’elle se déroule, pour ce qui est des présentations, de façon assez confuse. Francis Luyce la démarre à une vitesse de croisière assez élevée pour qu’on ait vite perdu le désir de prendre de notes. Puis le DTN, Lionel Horter, suit, et pérore en doublant presque la fréquence de l’élocution présidentielle, ne laissant guère aux journalistes le temps d’intégrer ce qui leur est dit. Il suffisait d’entendre, à la fin de l’exercice, le silence qui suivit avant que n’accouche la première question pour appréhender la sidération de la gent journalistique en face de ce déballage en vrac d’une « politique fédérale » dont le nombre de directions suivies laisse désorienté, entre les divers bilans sportifs, les calendriers, l’horizon Rio de Janeiro, celui de Tokyo (2020), le nombre de licenciés, et les divers concepts (Nat’ Events, école de natation française, Eveil aquatique, Nager Forme Santé, Nager Grandeur Nature, la Nuit de l’Eau, et on en passe). D’autant que le journaliste lambda aura bien du mal à « vendre » à sa rédaction d’autres informations que celles qui commencent par : Yannick Agnel, Camille Lacourt, Bob Bowman, Jérémy Stravius, etc. A la fin, en prenant l’ascenseur suite au happening, entendre dire par un ami que « rien d’intéressant » n’avait été annoncé à cette conférence nous semblait à la fois un peu injuste et pas loin de la vérité. Trop d’annonces tue l’annonce, et en l’occurrence il ne convient pas d’oublier que dix petites annonces, pour les média, n’en valent pas une grande ; les fustiger, année après année, pour ce travers bien connu, ne les fera pas changer d’avis. C’est peut-être malheureux à dire, mais une bonne utilisation des média consiste à s’adapter à leurs desiderata, non de les gaver de nourritures qu’ils ne savent métaboliser. Ne donnons pas de verdure au lion, de bifteck à la vache, ni de confiture au cochon.

Tous dopés, sauf moi

Billet

24 septembre 2013

Ben Johnson, le vainqueur éliminé du 100 mètres plat des Jeux olympiques de Séoul, en 1988 (il avait battu le record du monde avec 9’’79, mais la performance avait été effacée quand son dopage fut avéré), a exprimé des sentiments bienveillants envers  Lance Armstrong, le vainqueur déchu de sept Tours de France, qui, après une vie de mensonge et de cynisme, paie au prix fort ses turpitudes. On aimerait les laisser se cajoler et réconforter, ils vont si bien ensemble ! Mais l’état moral dans lequel se trouve le sport (et en loccurrence, le cyclisme et l’athlétisme)  est tel que, dans un cas comme dans l’autre, le sentiment que justice est faite ne prévaut pas. Un journaliste anglais, a interrogé un à un les sept autres finalistes de ce fameux 100 mètres de Séoul, Carl Lewis, Linford Christie, Calvin Smith, etc. Et chacun d’entre eux a exprimé sa conviction que tous les autres que lui-même étaient dopés. Fonctionnant dans un état d’esprit équivalent, les organisateurs du Tour de France n’ont pas voulu désigner vainqueurs des Tours de France les seconds d’Armstrong les années où il l’avait emporté. D’où cette incongruité du Tour qui fait que, disputé à cent reprises, il n’a été gagné que quatre-vingt-treize fois.

Eric Lahmy

CRÉNOM DE NOM

Billet

19 août 2013

Ayant trébuché sur le prénom de Tamgho, le tout nouveau, tout beau champion du monde du triple saut, qu’elle a appelé Thierry au lieu de Teddy, Valérie Fourneyron a provoqué les ricanements d’ailleurs horriblement mal orthographiés d’hyènes/ternautes de tout poil. M’étant de tous temps mélangé dans les prénoms, voire les noms, et m’étant ainsi par étourderie trouvé dans des situations cocasses (je ne cesse ainsi d’embrouiller les noms de deux championnes de natation, Hyman et Franklin, que j’identifie pourtant parfaitement, parce que leurs surnoms sont très proches, ‘’Misty’’ pour Hyman, ‘’Missy’’ pour Franklin), je ne me gausserai pas de ces lapsus de la ministre. Ces sortes d’imprécisions me sont négligeables. La ministre Fourneyron aime et vit le sport, son passé de médecin du sport en Normandie et de maire à Rouen, ses décisions au Ministère, nous rassurent à ce sujet. Pour Tamgho, il pourra méditer sur la fragilité de statut médiatique d’un triple sauteur. Car enfin, ce n’est pas sur le prénom de Zinedine Zidane que madame Fourneyron aurait trébuché.

ÉRIC LAHMY

Marion Bartoli, le courage d’arrêter

Billet

16 août 2013

Savoir partir aussi est une affaire de volonté. A vingt-neuf ans, ayant trouvé son Graal, Marion Bartoli s’arrête. Intelligence, vivacité d’esprit, courage, ténacité, rage de vaincre, et un amour qu’on n’ose imaginer, tant il fut exigeant, l’ont amenée tout en haut. C’est ce même mental qui lui dit de ne pas s’accrocher, quand ses os, ses tendons et ses muscles se refusent à l’emploi, quand son corps cesse de lui obéir. Le haut niveau est un Dieu dévorateur, et les anciens sportifs ne sont pas les plus beaux vieux. La championne de Wimbledon a toute une vie devant elle, et elle cessera de torturer son corps. Un corps replet, beaucoup moins déplaisant que ne l’ont suggéré d’aucuns, d’ailleurs, qu’on n’imaginait pas habité par une telle championne, et qu’elle a su transcender. On trouvait, en écoutant les propos de Marion, au moment où elle disait « stop », un sentiment mêlé de défaite, et d’apaisement; une lucidité, une élégance aussi,  dans cette épreuve douloureuse qui consistait à tourner la page, à dire: c’est ici et maintenant.

Eric LAHMY