Catégorie : Billet

Marion Bartoli, le courage d’arrêter

Billet

16 août 2013

Savoir partir aussi est une affaire de volonté. A vingt-neuf ans, ayant trouvé son Graal, Marion Bartoli s’arrête. Intelligence, vivacité d’esprit, courage, ténacité, rage de vaincre, et un amour qu’on n’ose imaginer, tant il fut exigeant, l’ont amenée tout en haut. C’est ce même mental qui lui dit de ne pas s’accrocher, quand ses os, ses tendons et ses muscles se refusent à l’emploi, quand son corps cesse de lui obéir. Le haut niveau est un Dieu dévorateur, et les anciens sportifs ne sont pas les plus beaux vieux. La championne de Wimbledon a toute une vie devant elle, et elle cessera de torturer son corps. Un corps replet, beaucoup moins déplaisant que ne l’ont suggéré d’aucuns, d’ailleurs, qu’on n’imaginait pas habité par une telle championne, et qu’elle a su transcender. On trouvait, en écoutant les propos de Marion, au moment où elle disait « stop », un sentiment mêlé de défaite, et d’apaisement; une lucidité, une élégance aussi,  dans cette épreuve douloureuse qui consistait à tourner la page, à dire: c’est ici et maintenant.

Eric LAHMY

La part du hasard

15 août 2013

Billet

Aux championnats du monde de Barcelone, des nageurs français qui étaient attendus par la machine à positiver, seul Jérémy Stravius a réussi son parcours. Florent Manaudou et Frédéric Bousquet, qui ne pouvaient pas perdre, Camille Muffat, qui était favorite, n’ont pas fait ce qu’ « on » attendait d’eux. Les succès et les médailles sont venus de là où on ne les attendait pas. Yannick Agnel sur 200 mètres, les relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages, Camille Lacourt sur 50 mètres dos, Fabien Gilot qui redevenait notre « signor uno » du sprint, remettaient à l’honneur la notion d’aléa, d’incertitude (oui, la « noble incertitude » du sport). On pourra toujours trouver des explications à ces surprises, dire qu’elles n’ont rien de surprenant. En repensant aux têtes que nous présentions quand les faits ont parlé, nous serons quand même tentés, au lieu de dire que tout cela était logique, de la jouer modeste.

Eric Lahmy

Enorrrme déception

Billet.

Hier, sur une chaine de télévision d’informations, cette présentatrice a évoqué une « énorme déception. » Finalement, il s’agissait de la médaille d’argent de Renaud Lavillenie au saut à la perche. J’imagine la difficulté de graduer les émotions si être deuxième constituait un tel désastre. La victoire aurait-elle été qualifiée de normale ou d’exceptionnelle ? En sens inverse, quel terme aurait-on pu employer si Renaud avait terminé 5e, ou, blessé, n’aurait pu achever son concours. Peut-être notre présentatrice se serait-elle roulé à terre, déchiré les vêtements ?

Il en va ainsi dans le sport spectacle qui ne peut respirer que de l’irrespirable, dans une atmosphère fanatique, et se repaitre d’extrêmes sensations. Les excès du sport pâliraient au regard de ces façons, dramatiques, de le commenter…

Eric LAHMY, 14 août 2013