Catégorie : Biographies

BIO – TOM DOLAN, CHAMPION DANS L’ASTHME

 

DOLAN [Thomas Fitzgerald « Tom »]. Natation. (Arlington, Virginia, 15 septembre 1975-). États-Unis. L’un des plus grands champions américains, Tom enlève à deux reprises, en 1994 et en 1998, (comme Johnny Weissmuller soixante dix ans plus tôt), quatre titres individuels aux championnats (de printemps) des États-Unis. Sur sa grande épreuve, le 400 mètres quatre nages, il est champion du monde à deux reprises (en 1994, à Rome, où il établit un nouveau record du monde, en 4’12’’30, l’ancien ayant été établi par le Hongrois Tamas Darnyi avec 4’12’’36 trois années plus tôt ; il devance le Finlandais Sievinen, 4’13’’29 ; en 1998, à Perth, Dolan conserve son titre, avec un temps de 4’14’’95 ; il est aussi champion olympique de l’épreuve à deux reprises : d’abord à Atlanta en 1996 en 4’14’’90, devant Erik Namesnik, puis à Sydney, en 2000, en 4’11’’76, record du monde, à l’issue d’un duel serré avec un autre Erik, Vendt.

Il réussit également 1’59’’77 au 200 mètres quatre nages, temps qui lui donne la médaille d’argent aux Jeux de Sydney 2000.

Il montre toute l’étendue et la diversité de ses talents aquatiques en 1995, quand, non content de dominer les bilans américains dans les deux courses de quatre nages, il est 2e nageur des USA au 200 mètres dos et 3e du 400 mètres et du 1500 mètres. Ses styles de prédilection sont le crawl (records : 3’48’’99 au 400 mètres, 7’56’’33 au 800 mètres, 15’18’’18 au 1500 mètres) et le dos (1’59’’28 au 200 mètres). Très grand, maigre (1,99m ou 2,01m, 84 ou 86kg selon les sources), il commence à nager à l’âge de cinq ans au Washington Golf and Country Club pour suivre sa sœur aînée… et la battre. Plus tard, il rejoint le club de natation Curl-Burke, devenu depuis le Nation’s Capital Swim Club (où nage Katie Ledecky), et suit les préceptes sévères du coach Rick Curl, qui enjoint ses élèves à suivre l’éthique de travail de Mike Barrowman et la dureté de Mark Spitz. Il devient l’un des meilleurs nageurs de groupes d’âge des USA.

Au sortir de l’école secondaire, la Yorktown High School, en 1993, il décide d’étudier à l’Université du Michigan (coach Jon Urbanchek), où nage Erik Namesnik, lequel domine le 400 mètres quatre nages américain. La légende veut que, malgré la fréquentation du même bassin, sous le même entraîneur, pendant des années, les deux hommes ne s’apprécient pas. Dès 1994, Dolan, aux championnats US, enlève le 400 et le 800 mètres libre et bat le record américain du 400 quatre nages que détenait Namesnik, en 4’13s52. Plus tard en saison, le voilà champion et recordman du monde.

Sa course des mondiaux 1994, au Foro Italico de Rome, lui permet de s’imposer devant le Finlandais Jani Sievinen, dont le record du monde du 200 quatre nages, 1’58s16, établi ans la capitale italienne, résistera neuf années avant que Michael Phelps lui fasse un sort. Ce temps assure à Sievinen une supériorité en vitesse assez impressionnante, mais Dolan, pour l’emporter, va s’élever au niveau du défi : il bat le record du monde en 4’12s30 et devance Sievinen, 4’13s29. Erik Namesnik est 3e en 4’15s69.

Aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996, la course la plus dure du programme après le 1500 mètres, est le théâtre d’un affrontement entre les deux élèves d’Urbanchek. Affrontement incertain de bout en bout, comme en témoignent les « passages » des deux hommes : Dolan, 58s36, 2’2s87, 3’15s73 pour un temps final de 4’14s90 ; Namesnik, 58s51, 2’2s87, 3’15s29, 4’15s25. Ils passent ex-aequo à mi-course, et si Namesnik prend l’avantage en brasse, Dolan, champion américain du 400 libre, même s’il n’a pu faire mieux que 8e et dernier de la finale d’Atlanta, le repasse imparablement en crawl…

Aux mondiaux 1998 de Perth, en Australie, Dolan est opposé principalement, cette fois, au Néerlandais Marcel Rainer Wouda, dont une particularité est de disposer d’un plus grand gabarit que le sien, avec 2,03m pour 92kg. Les deux hommes se connaissent bien. Wouda, coaché à Uden, après des débuts olympiques modestes, à 20 ans, qui l’ont vu finir 22e du 400 quatre nages, est venu nager à Ann Arbor, siège de l’Université de Michigan, sous la férule de Jon Urbanchek, où ses équipiers s’appellent Gustavo Borges, Erik Namesnik et… Tom Dolan. Il a beaucoup progressé en six ans, et le 17 janvier, il gagnera le titre mondial du 200 quatre nages devant le Français Xavier Marchand. Quatre jours plus tôt, cependant, c’est Dolan qui l’emporte, en 4’14s95 contre 4’15s53.

Aux Jeux olympiques de Sydney 2000, Tom est toujours sur la brèche et cette fois, il lui faut évincer Erik Vendt, dont l’une des particularités est d’être encore plus fort que lui en nage libre. Mais Dolan surplombe le 4 nages, et améliore le record mondial avec un temps de 4’11s76 après être passé en 58s02, 2’1s12 et 3’13s06. Vendt est près de deux secondes derrière à l’issue du papillon (59s94), et ne reprendra jamais rien : 2’4s73, 3’15s62 et 4’14s23 pour finir.

Dolan souffre d’un asthme sévère, dont on ne peut dire pourtant qu’il aura contrarié la réussite de sa carrière. Entraîné par Rick Curl à Volverine, il abat de 85 à 105 kilomètres par semaine. Une aggravation de sa condition l’amènera à prendre sa retraite en 2002.

Entré dans la vie active, il crée deux écoles de natation, à Dulles et Falls Church, en Virginie.

(20 Janvier 2019)

BIO MARJORIE DISTEL

19 Janvier 2019

DISTEL [Marjorie]. (Nice, 8 octobre 1977-). Entraînée à Obernai puis, à partir de 1999, à Melun-Dammarie par Philippe Lucas, et aux côtés de Nadège Cliton, qu’elle suivra sur le podium du 400 quatre nages, elle est championne de France 1997 du 100 mètres brasse (1’13s38), 1999 (4’56s04), 2000 (4’52s47) et 2001 (4’50s98) du 400 mètres quatre nages, et 2001 du 200 mètres brasse (en 2’34s) présente sur divers autres podiums nationaux. Elle dispute trois championnats d’Europe. En 2006, à 29 ans, elle est encore 2e des 100 et 200 mètres brasse des championnats de France derrière Anne-Sophie Le Paranthoën et Sophie De Ronchi.

Marjorie Distel a 27 ans quand Le Parisien a l’idée de lui demander de conter un déplacement à Vienne, en Autriche, aux championnats d’Europe 2004 (en petit bassin), où elle sera 30e et 24e des 100 et 200 brasse.. Présentée comme « la copine de Laure Manaudou », la grande nageuse, star de la natation mondiale, qui a déclaré forfait tout comme son entraîneur Philippe Lucas, Distel « ne veut pas rater ses derniers championnats internationaux », tout en se déclarant solidaire de son coach et de Manaudou.

GARY DILLEY, USA: DOSSISTE D’ARGENT

DILLEY [Gary J.]. (Washington, Columbia, USA, 15 janvier 1945-). 2e du 200 mètres dos des Jeux de Tokyo, en  1964. Qualifié sur 200 mètres dos pour les Jeux de Tokyo, Dilley, qui était totalement inconnu – la vedette du dos mondial était alors le recordman du monde (2’10s9) Tom Stock, lequel ne s’était pas qualifié pour les Jeux –  améliora le record olympique en séries (2’14’’2) et en demi finales (2’13’’8). En finale, son compatriote Jed Graeff (1,97m), qui menait de deux dixièmes à mi-course, 1’3s1 contre 1’3s3, le devança d’une main, avec un nouveau record du monde, 2’10’’3 contre 2’10’’5. Dilley (1,86m, 75kg) fut aussi champion du monde universitaire du 200 mètres dos en 1965 à Budapest (Hongrie). Cette année là, beaucoup plus lent qu’aux Jeux olympiques de Tokyo, avec un temps de 2’13s7,  il réalisa un rare ex-aequo pour la première place avec le Russe Viktor Mazanov, et tous deux devancèrent de peu Thompson Mann, 2’13s9. Dilley enleva par deux fois les deux titres universitaires de la NCAA en dos (100 et 200 yards) en 1965 et en 1966, en respectivement 52s6 et 52s39 au 100, 1’56s2 et 1’56s41 sur 200. Diplômé de l’Université de Michigan, où il nageait avec les Spartans, Dilley est devenu dentiste en pédiatrie et orthodontiste, diplômé des Universités d’Indiana et de Caroline du Nord.

PAUL BEULQUE: QUAND LA CAPITALE DE LA NATATION FRANçAISE ETAIT TOURCOING

BIOGRAPHIES

BEULQUE [Paul Louis Désiré] (Tourcoing, 29 avril 1877-1er novembre 1943). Son portrait a été tracé par Christian Dorvillé, qui, dans son ouvrage sur les Grandes figures sportives du Nord-Pas-de-Calais, reprend un texte de Patrick Pelayo : « De 14 à 21 ans, il occupe plusieurs emplois dans l’industrie textile florissante à cette époque à Tourcoing. Après les longues journées de travail, il fait de la gymnastique à la société locale « L’Union Tourquennoise » où il remporte de nombreux trophées individuels. Il fera même partie des dirigeants de cette société », écrit cet auteur.

« Dès l’âge de quinze ans, avec ses amis Henri Papin, Paul Bossu (qui furent avec lui les fondateurs du club des Enfants de Neptune), il va se baigner dans les fossés de la « cense » (ferme) Montagne, où il devient le champion de la « patte de chien » qui devait devenir le crawl. Il se rend aussi le dimanche à la piscine des bains Roubaisiens, rue Pierre Motte ou mieux encore à l’école de natation du pont Morel.

Devenu un bon gymnaste, sachant lire, écrire et nager, il réussit à faire son service militaire aux Pompiers de Paris où il découvre la méthode suédoise et une gymnastique dite analytique. Libéré du service militaire en septembre 1901, rentré à Tourcoing, le voici qui fait partie des sapeurs-pompiers de la ville.

En 1902, il passe avec succès l’examen de professeur de gymnastique de l’école normale de Douai. Les programmes de formation sont basés sur la gymnastique suédoise et sur les travaux de Georges Demeny, originaire de Douai. Il se retrouve moniteur de gymnastique dans les écoles communales de Tourcoing.

En 1904, Paul Beulque fonde la société de natation des « Enfants de Neptune de Tourcoing. » L’assemblée générale du 24 juin de cette année relate la présence de vingt-quatre membres; Paul Beulque et son ami Florent Laporte sont désignés par acclamations comme moniteurs-chefs. Beulque conservera ce « grade » toute sa vie.

1904-1909 : les débuts sont laborieux mais l’environnement est favorable au water-polo. Les Pupilles Neptune de Lille sont les premiers champions de France en 1900; en Belgique, l’Antwerp Swem Club, jumeléaux Enfants de Neptune, joue au water-polo depuis longtemps.

Le 28 août 1909, les ENT sont champions de France. Beulque fait lui-même partie de cette équipe championne de France en 1910, 1911, 1912, 1913, et, encore en 1920 (il a alors 43 ans), après l’interruption provoquée par la guerre.  Beulque est sept fois international de water-polo, capitaine de l’équipe de France en 1921 et deux fois international de natation en 1913.

En 1911, le députe-maire Gustave Dron, accompagné par son adjoint le docteur Lagache, visite la piscine et déclare : « la natation est obligatoire pour tous les élèves de la ville. » Dron, docteur en médecine et homme d’action, joue un rôle essentiel dans le développement du sport et des activités sociales de la ville. Paul Beulque, lui, se révèle un professeur infatigable et ingénieux. En octobre 1911, quelques classes sont convoquées et l’étude de la brasse élémentaire voit le jour. Paul Beulque aime l’efficacité, mais se trouve devant un problème compliqué. Prendre un élève à la fois, lui montrer les mouvements, les lui faire exécuter en se mettant au besoin à l’eau avec lui, c’est bon pour une leçon individuelle. Comme on va lui amener 40 à 60 élèves à la fois, il faut trouver autre chose. Il imagine de toutes pièces un appareillage collectif qui va, par suspension par câbles et poulies, permettre d’enseigner 60 élèves à l’heure, tous sanglés et maintenus de cette manière à la surface de l’eau.

Chaque année sortiront des écoles des centaines d’élèves, bons nageurs qui prendront le chemin de la piscine et dont l’élite viendra grossir les rangs des Enfants de Neptune. C’est en fait le but que vise de Paul Beulque.

UNE PEDAGOGIE A SOIXANTE A L’HEURE

Il se révèle un pédagogue né qui se fait craindre et aimer de tous. Sa devise « travail discipline camaraderie » et son slogan « l’heure c’est l’heure, avant l’heure de n’est pas l’heure, après l’heure ce n’est plus l’heure » resteront ceux du cllub. Il instaure une présentation des résultats lors des fêtes scolaires de fin d’année.

Le 3 août 1914, Beulque est mobilisé, à quelques jours de la naissance de sa fille Paule, son seul enfant, laquelle épousera Vandeplanque, médaillé olympique de water-polo en 1928 à 17 ans. Il est fait prisonnier le 23 août, et le restera jusqu’en 1918. Revenu de la guerre, il se remet au travail, affine sa méthode et trouve en Armand Descarpentries, un instituteur et professeur de gymnastique, un collaborateur et un confident avec qui il publie en 1922 leur « méthode de natation », influencée par sa connaissance de la gymnastique et des oeuvres de Demeny et Hébert, qui est immédiatement reconnue par la Fédération française de natation et de sauvetage. Lui-même, quand il officie, au bord du bassin, porte la blouse blanche, comme les contremaîtres dans les filatures.

En 1923, il publie une méthode de water-polo. Il travaille inlassablement au niveau scolaire et au club tant en natation qu’en water-polo. De nombreux champions de natation sont, à l’instar de Henri Padou, des tourquennois. Aucun titre de water-polo n’échappe à Tourcoing. C’est le fruit d’un entraînement quotidien, voire biquotidien basé sur une sélection large parmi la population scolaire.

En 1924, les Jeux se déroulent à Paris, et la France est championne olympique de water-polo, avec cinq de ses sept joueurs tourquennois. Paul Beulque en est l’entraîneur. Il reçoit les palmes académiques, la médaille d’or de la FFN, sera nommé chevalier de la légion d’honneur. Toujours entraînée par Beulque, la France sera 3e des Jeux d’Amsterdam (1928) et 4e aux Jeux de Berlin (1936). 31 joueurs des ENT porteront les couleurs nationales entre 1909 et 1943, et en 1930, le 7 national est cent pour cent tourquennois. Mais des ennuis de santé accablent Beulque. Il a formé des successeurs, Paul Lambret, Emile Bulteel, Alphone Casteur, prend sa retraite en 1941 mais reste président du club. Tourcoing, pendant ces années, est plus ou moins la capitale de la natation française. Le jour de la Toussaint 1943, il attend, alité, les résultats de l’équipe de water-polo. Il s’éteint à 23 heures.

BRUCE HUNTER (1939-2018), LE HÉROS QUI FONÇAIT DANS UN BROUILLARD

Éric LAHMY

Mardi 10 Juillet 2018

Le nageur américain Richard Bruce Hunter, 4e des Jeux olympiques de Rome sur 100 mètres, est mort ce 6 juillet, jour anniversaire de ses 79 ans.

Bruce fut un des rares étudiants champions de Harvard. Il a 21 ans quand il termine 4e du 100 olympique le plus contesté de l’histoire : l’Australien John Devitt est couronné alors que le chronométrage électronique a désigné l’Américain Lance Larson (dont les films de la course montrent qu’il touche devant) ! Mais on sait qu’étant à Rome, et le Chianti aidant (il faisait chaud ce jour là), les juges de la FINA ne pouvaient que rejoindre une infaillibilité papale…

Hunter, comme très souvent les universitaires US, était un vireur exceptionnel, et il eut quelque mal à traduire dans le grand bassin en mètres ses performances réussies en yards et petit bassin. L’année 1960, il termina ainsi 3e du 100 yards des NCAA en petit bassin, mais, avec deux virages en moins, ne parvint pas en finale du 100 mètres des championnats nationaux (AAU). Cependant, lors des sélections olympiques, quoique qualifié difficilement avec le 7e temps des séries, il arracha la 2e place qualificative pour les Jeux de Rome.

Lance Larson, qui était alors le recordman du monde du 100 mètres papillon, gagna cette course des sélections, dont le grand battu fut Jeff Farrell. Farrell, deux semaines plus tôt, avait gagné le titre US avec un record national (54s8). Le lendemain, il avait dû être hospitalisé et opéré d’urgence (appendicite). Les entraîneurs américains, compte tenu des circonstances, proposèrent à Farrell une qualification automatique, sans passer par les sélections. Hors de question, répondit celui-ci. Un jour après l’opération, le ventre saisi par un énorme pansement et suivi par les médecins de l’hôpital, Farrell entrait dans l’eau et préparait les sélections.

Hunter n’était pas satisfait de son exploit. Il avait devancé d’un dixième un Farrell convalescent. Farrell jouissait d’une réputation d’invincibilité méritée parmi les nageurs et les dirigeants US, autant sur 100 mètres que sur 200 mètres, où il chatouillait les records établis pendant l’olympiade par les Australiens Devitt et Konrads et le Japonais Yamanaka. S’il avait perdu les sélections, c’est qu’en raison de la proximité de son opération, il n’avait pas pu plonger correctement et avait effectué un virage de demi-fond au lieu de sa culbute habituelle. Hunter, persuadé que, avec deux mois de convalescence et d’entraînement, Farrell gagnerait la course olympique, s’en alla proposer sa place dans l’équipe américaine à Farrell et à l’entraîneur chef de l’équipe américaine, Gus Stager.

Farrell refusa l’offre de Hunter, qu’il qualifia d’ « extraordinairement généreuse ». Il fut du voyage de Rome au titre des relais. Il aurait, m’a-t-on dit, pendant le stage été chronométré lors d’un test sur 100 mètres en 53s6, soit une seconde et demie plus vite que le temps du vainqueur de la course individuelle ! (1)

IL ÉTAIT A LUI SEUL L’ÉQUIPE DE SON ÉCOLE

Hunter, 1,84m, 79 kilos, montra, dès ses débuts, à onze ans, lors d’un test d’aptitude au YMCA local, une facilité naturelle dans l’eau. Il nagea ensuite pour son école secondaire, Cambridge and Latin High School. Comme Cambridge n’avait pas de piscine, Hunter constituait à lui tout seul toute l’équipe, et parvint à terminer 4e et 5e des rencontres interscolaires. Etudiant à Harvard, il remporta le 50 yards des NCAA en 1960 et améliora deux records universitaires, sur 50 et 100 yards en 21s9 et 48s6. Sur 100 yards, toujours en 1960, il fut disqualifié pour ne pas avoir touché le mur lors d’un virage, rappelle Braden Keith pour Swim Swam.

Ce virage, Hunter le manqua-t-il parce qu’il était fortement handicapé ? Amblyope – « techniquement aveugle » – il devait soit garder ses lunettes, soit être accompagné pour se rendre vers son plot de départ avant chaque course. Ce faible champ de vision lui posait quelques soucis dans les piscines qu’il ne connaissait pas, et l’amena à se casser un bras lors d’une arrivée de course, en 1959.

Le garçon qui nageait dans un brouillard n’en était pas moins joueur, voire casse-cou. Il se fractura un orteil sur un trampoline à la veille d’un meeting et s’arracha l’ongle d’un orteil sur le chemin des vestiaires après sa qualification olympique.

Études achevées en 1961, Hunter s’engagea pendant deux ans dans la marine qui lui offrait des moyens de s’entraîner après l’université, mais il ne put se qualifier pas, comme il l’avait souhaité, pour les Jeux olympiques de Tokyo, en 1964.
 (1) Cette histoire est contée dans un livre que publia Jeff Farrell en 1961, Six Days To Swim.

ALEXANDRE MOUTTET, UN ENTRAÎNEUR DANS LE SIECLE

Samedi 2 Juin 2018

Catherine Grojean, dont le nom est synonyme de bienveillance et de fidélité, nous rapporte la mort, dans sa 94e année, d’Alexandre Mouttet, son entraîneur. Si vous ne savez pas qui c’est, lisez ce qui suit. Je pourrai seulement dire que son nom, entendu depuis des décennies, était prononcé toujours avec gratitude et respect par ceux qui l’évoquaient. Alexandre laisse dans l’affliction son épouse, Maria, trois enfants, Jeannine, Alain et Christian, ses belles-filles Geannina et Yoko, ses petits-enfants Jérémie, Antoine, Axel et Alexandra, açinsi qu’une quantité de nageurs et d’ondines qui se souviennent de lui avec émotion. Il était décoré de la Légion d’honneur, Croix de guerre et médaillé d’or de la Jeunesse et des Sports.

La cérémonie civile a été célébrée aujourd’hui samedi 2 juin 2018, à 10 h 30, au Parc mémorial d’Aix-Les-Milles, et a été suivie de l’inhumation au cimetière de Fuveau.

Le texte qui suit, apporté également par Catherine Grojean, est « l’intervention d’Alexandre Mouttet à l’occasion de ses 90 ans il y a 3 ans, une belle histoire de vie ! qu’il nous a raconté avec modestie et avec humour. Alexandre Mouttet, 29 janvier 1923 – 28 mai 2018 (93 ans). J’aime à lui faire cet hommage au nom de ses nageurs », ajoute-t-elle :

Ce sont les personnes comme vous, Alexandre Mouttet, capables de toutes les qualités et gentillesse, qui laissent en nous le souvenir le plus durable. Alexandre Mouttet que nous appelions affectueusement ‘Dédé’ était l’ami et le second père de ses nageurs. Formidable entraineur, pédagogue et psychologue. Il nous a donné toutes les clés pour exprimer nos talents et réussir. C’est beaucoup plus tard que l’on comprend que le sport nous a formé à la vie et pour toute notre vie. Le défi était d’être les meilleurs dans les règles dans l’équilibre et dans la joie de vivre. Merci ‘Dédé’ de ce précieux cadeau. (Catherine GROJEAN).

LES TRIBULATIONS D’UN ENTRAINEUR A L’ANCIENNE

(Contribution donnée par Alexandre Mouttet le 29 janvier 2013, à l’occasion de ses 90 ans).

A Carthage, vers l’âge de 15 ans, apprentissage de la natation aux plus jeunes dans des bassins naturels dont le plus grand, de 25 mètres environ, est délimité par d’anciennes colonnes d’un palais beylical.

Tout jeunes, nous avions l’exemple d’anciens champions qui y évoluaient. Compétitions entre nous dans tous les styles, concours de plongeons depuis les colonnes du palais, et débuts en compétition officielle aux clubs de Tunis.

A citer, présents aujourd’hui, Gilbert Taieb, Jacqueline Taieb, Lucien Borg et Simone Plazy. J’ai 16 ans au collège technique Emile Loubet, je demande au professeur de gym de nous inscrire et de nous accompagner aux championnats de Tunisie scolaires.

Suite au refus du directeur, je m’occupe moi-même du recrutement et des inscriptions à la fédération de Tunisie, soit 35 participants pour les différentes épreuves individuelles et le relais 30 fois 33,33 mètres (1 Km) avec la coupe offerte par les champagnes Moët & Chandon.

Nous nous partageons les titres individuels avec le Lycée Carnot, principal établissement scolaire de Tunis, et pour clore ces championnats, avec le relais de 30 nageurs, je n’ai que 29 présents. Avisant les pensionnaires du collège venus en spectateurs sur les gradins, je donne un maillot à l’un d’entre eux, et nous gagnons d’une main le relais et la coupe!

Le lendemain à 8 heures, défilé des participants dans la cour du collège sous les applaudissements de tous, remise de la coupe au directeur qui nous félicite.

Puis, arrive l’occupation Allemande et Italienne. A 18 ans, je m’engage et durant 3 ans c’est la guerre qui nous voit tous partir combattre en Italie puis débarquer en Provence ou en Normandie libérer notre pays et revenir par chance, entiers.

NAGER PARMI LES RUINES DU PORT DE CARTHAGE

De retour à la vie civile, je reprends mes activités sportives. Carthage est la principale source de recrutement de l’ASF dont je suis devenu l’entraineur de natation et de water polo sur les recommandations de notre ancien entraîneur, Marcel LESCURE. Par manque d’eau, car à cette époque l’eau est rare en Tunisie, la piscine est fermée et les entrainements se font en mer dans notre fameux bassin. Je récupère des planches dans l’épave d’un bateau américain coupé en deux par une torpille à 300 mètres de la côte et nous construisons un appontement pour permettre les départs. Nous fabriquons aussi des buts de water-polo flottant sur des chambres à air avec des filets fait main. Ces installations sommaires permettaient des rencontres avec des camarades d’autres banlieues de Tunis et étaient jugées par un arbitre de football perché sur un rocher. Ces réunions se terminaient autour d’un verre offert par ma mère qui était propriétaire du Pescadou (hôtel, restaurant, dancing).

Grâce à la construction de grands barrages, l’eau était devenue abondante, nous pouvions reprendre nos activités à la piscine de Tunis dans des conditions inimaginables aujourd’hui : 2 lignes d’eau avec le public, traversées en permanence par les baigneurs. C’est l’après guerre, nous n’avons pas de maillots et de bonnets; j’achète du tissu au souk de Tunis et je les confectionne moi-même sur la Singer à pédales de ma mère. Malgré ces difficultés, nous obtenons d’excellents résultats: un super nageur, Michel Longue, 15 ans à ses débuts, russe comme son nom ne l’indique pas (les parents ne parlaient pas le français) et qui buvait un petit cognac au bar avant la course. Il devient champion d’Afrique du Nord du 100m dos, recordman de Tunisie des 200m, 400m et l500mètres.

Il est imbattable aussi en course de fond en mer.

LE NAGEUR AUX DOUZE DOIGTS

Jacques Tixier (présent), champion et recordman de Tunisie du 1500 mètres, est en pension à la maison pour mieux préparer ses championnats. En vue de notre première participation aux critériums et championnat de France à Vichy, en accord avec le gérant de la piscine (merci Monsieur Rohou), nous disposons du bassin après la fermeture et pouvons mener un entrainement sérieux. Nous obtenons ainsi deux premières places à ce critérium national : Elvire Parodi en nage libre et Lucienne Michelucci en brasse. Puis la 5ème place en libre et en 3 nages pour les relais minimes filles et, surprise, Achour Hamadi (un Tunisien) sur le podium, 3ème au 100m dos toutes catégories. Au championnat d’Afrique du Nord de Natation, et surtout en Water-Polo, nous étions handicapés car le règlement n’autorisait pas les étrangers (Caparos et Almena, espagnols. Orsolini, italien) à y prendre part et cela m’obligeait à me mettre à l’eau sans préparation. Mais nous obtenons des succès en nage avec Languet Michel et Achour Hamadi en dos, et Georges Filliol en brasse.

A l’indépendance de la Tunisie, nos nageurs Tunisiens qui nous ont apporté un grand nombre de titres, nous quittent, le nom de notre club n’étant plus indiqué pour eux. La FTN me nomme entraineur fédéral, je reste donc toujours en contact et en bons termes avec eux. Lors d’un stage de formation d’éducateurs, je découvre un nageur exceptionnel âgé de 25 ans, n’ayant jamais nagé en piscine, le plus rapide aux tests de vitesse devant des nageurs confirmés. Il avait effectué la traversée du golf d’Hammamet (20km) mais la curiosité était qu’il avait 6 doigts à chaque membre lui donnant ainsi une plus grande efficacité. Trois ans plus tard, je l’aperçois en policier; il vient me saluer et me montre ses mains: il s’était fait amputer d’un doigt à chaque main afin de ne pas affoler les personnes à qui il dressait une contravention.

LE SPORTING CONTRE LE CNL : DUEL DE LYONS

La dernière compétition de notre club l’ASP avant mon départ définitif pour la France est un succès pour nos jeunes minimes et cadets lesquels contre tout pronostic, terminent à égalité avec le club Tunisien regroupant toutes les vedettes de l’époque. A signaler la présence aujourd’hui de J.-P. Parodi, vainqueur du 1500m toutes catégories. La nationalisation de la société où je travaillais nous oblige à quitter la Tunisie pour la France et Lyon, en principe provisoirement, car Monsieur Bertrand, alors président du CN Nice avait remarqué mes excellents résultats obtenus dans les années 1956 durant les vacances d’été et devait tout tenter pour que je sois affecté dans cette ville, sans succès.

Le provisoire allait durer 16 ans! Je me retrouve comme entraineur du Sporting Club de Lyon surtout connu pour sa section tennis. Surprise! Nos records de Tunisie sont pour la plupart supérieurs à ceux du Lyonnais qui bénéficient pourtant toute l’année d’une piscine chauffée! Aux championnats régionaux, mon nouveau club, remporte la totalité des titres masculins individuels et relais avec en particulier Jean-Pascal Curtillet, rapatrié d’Algérie, qui sera recordman du monde avec l’équipe de France du relais 4 fois100 mètres nage libre, avec également Bernard Protin, un de mes anciens nageurs de Tunisie, international espoir et champion de France universitaire, avec Lucien Gauche (plus tard champion du monde en Masters) avec J.-P. Castoldi (présent) mon premier international espoir dans la longue liste qui suivra ; avec Mireille Descroix Russo, repérée à la baignade du club à la mi-novembre, qui gagne l’épreuve de demi fond 800 mètres en brasse, dispute la finale des championnats de France d’hiver à Marseille 3 mois après, est sélectionnée en équipe de France espoir.

Surprise de Heda Frost, entraineur national : Mireille ne sait pas encore nager le crawl! A signaler également Gislaine Drevet, championne et recordwoman de France minime des 100 mètres brasse et 200 mètres nage libre. Le club adverse, le CNL, a fait venir à Lyon en grande pompe Jacques Latour, l’ancien entraineur de Gilbert Bozon, considéré comme le meilleur en France.

CLARET, GROJEAN, MOLLIER SELECTIONNEES AUX JEUX DE MUNICH

Mais, compte tenu de nos résultats, ils sont obligés de composer avec nous et une fusion des deux clubs est réalisée. Latour choisit les garçons, je me retrouve à la tête de la section féminine, laquelle rapidement égale les meilleurs en France, titres , records et meilleures performances individuelles et relais, internationales espoirs et toutes catégories ( 3 sélectionnées olympiques) Catherine Grojean (présente) et Dominique Mollier pour les jeux de Mexico, Martine Claret (présente) pour ceux de Munich, mais toujours loin de leurs meilleures performances lors de ces compétitions.

A signaler également pour leur participation et leurs performances, Murielle Paterson, Marie Françoise Grojean et Françoise Manson.

Les féminines en général, contribuent au succès du club, le tournoi triangulaire avec le Racing Club de Paris et Marseille est remporté par Lyon; cela n’est pas pour améliorer les relations avec l’entraineur des garçons et les dirigeants du club qui lui étaient favorables. Pour sortir de cette ambiance, la majorité des ondines et moi-même, nous quittons le Lyon Natation pour l’ASPTT et alors d’autres problèmes commencent….

L’ART DE NAGER EN SANDWICH

Aucune possibilité nous est donné de s’entrainer dans les piscines de la ville, l’adjoint aux sports est un ami du président du club quitté! Au début, entraînement au jour le jour au bassin universitaire de Villeurbanne, le gérant bien sympa m’informe des disponibilités chaque matin. Les transferts refusés par le comité départemental de natation présidé par notre ancien président, sont finalement homologués lors de l’Assemblée Générale de la Fédération où je compte de nombreux amis. Peu de possibilités pour entraîner nos nageurs à la piscine de Vaise, une ligne d’eau étant disponible, j’y entraine une trentaine de nageurs en payant leur entrée! La caissière, une pied-noir, complice, compte les présents mais ne fait payer que deux ou trois billets.

Tout ce groupe évoluait dans une ligne d’eau derrière la locomotive Christophe Charton. Pas pour longtemps, car le comité nous créait régulièrement des difficultés. Grâce à l’intervention des dirigeants des PTT auprès du Maire de Lyon, nous obtenons deux bonnes séances le mercredi et le samedi et la totalité des heures disponibles à la nouvelle piscine du Lycée féminin Boulevard des Etats Unis.

Les lundis, jeudis et vendredis, avec mon véhicule, je prends à la sortie de leur lycée à 12hl5, Michel Bouvier, Anne Chancel, Thomas Fahrner, Eric Fontaine , direction la piscine de Vaise, un sandwich à l’aller, entrainement dans une ligne d’eau cédée par les pompiers, 13h45, retour vers le lycée, deuxième sandwich, reprise des cours à 14h. Je retrouve ces mêmes nageurs à 17h avec leurs camarades.

D’autres créneaux disponibles aux piscines des lycées Lumière et de Bron sont pris en charge par Michel Paulin et Dominique Giordano, complètement investis dans leur mission. Les résultats suivent: interclubs nationaux, meilleurs performances et records de France battus en garçons et filles, Anne Chancel, Maryse Champion, Agnès Landrivon, Michel Bouvier, Marical, Fontaine, la tribu des Mure Ravaud et Guidani, Pascale Durand, les frères Tillie, dont l’actuel sélectionneur de notre équipe de volley. Thomas Fahrner, futur recordman olympique et du monde avec l’équipe nationale d’Allemagne.

THOMAS FAHRNER, LE GEANT ALLEMAND QUI AVAIT MANGE DU LYON

Thomas participe à toutes les épreuves de notre club, titres et record de France battus et bien d’autres encore. Il est sélectionné par notre entraineur national pour rencontrer l’Espagne et au moment d’établir son passeport, apprenant qu’il est allemand, il est privé de toutes compétitions en France.

Je conseille alors aux parents de contacter la fédération allemande en leur indiquant ses performances, les Allemands le découvrent et il devient chez eux une vraie vedette. Il participera aux JO de Los Angeles. S’étant trop réservé aux éliminatoires, Fahrner dispute la finale B, mais nage plus vite que le vainqueur de la grande finale et bat le record olympique.

Changement à la tête de la mairie de Lyon, mon ami le docteur Genety, nouvel adjoint aux sports de la ville, m’accorde l’intégralité des demandes concernant les entrainements dans les différentes piscines de la ville. Mais je quitte définitivement Lyon pour Salon de Provence, ayant obtenu ma retraite EDF, et ce sera Paulin et Giordano qui assureront la relève. Je tiens à souligner la part importante qu’ils ont eu dans les résultats de l’ASPTT.

A Salon, une belle équipe rapidement au niveau des jeunes benjamins et minimes, constitue un adversaire sérieux pour le CN Marseille, mais là également je rencontre des problèmes pour les entrainements. L’été en bassin de 50 mètres, les séances se déroulent en même temps que la section palmes (d’où des vagues) et le public traverse nos lignes ou arrête le chrono sur les gradins. Je demande au directeur à nous entraîner après 20h, heure de fermeture. Refusé, car cela aurait gêné la quiétude du gérant, qui vivait sur place. De bons résultats, deux meilleures performances Françaises battues, trois internationaux espoirs français, Karine Marckert, Christian Aim et Marie Christine Reyre, première place aux interclubs féminins et interclubs jeunes garçons et filles devant le CN Marseille.

Le hasard au cours d’une compétition me fait rencontrer un de mes anciens nageurs de Tunisie, Jean- Claude Pouvillon, devenu président du cercle des nageurs de Cannes. Il me propose de venir sur la côte retrouver la mer et le soleil. Merci Jean Claude. Le CN Salon me voit partir avec regret et à Cannes, les entraîneurs me reçoivent avec peu d’enthousiasme.

Durant trois ans, me voilà relégué à la piscine des Oliviers avec des horaires peu propices pour des entrainements sportifs. Une bonne nageuse quand même, Stéphanie Gras, présente à toutes les séances, sera plus tard internationale. Je lui conseille d’aller à Antibes pour avoir de meilleures possibilités d’évolution.

Me voilà à la Bocca, m’occupant des jeunes du club et du perfectionnement (baignade) aidé après quelques années par Anny Camahji qui a obtenu son diplôme de MNS grâce à son sérieux. Elle devint ensuite mon adjointe pour entraîner les différents groupes du club dont je m’occupais. Parmi ces jeunes, Julie Biaise, future internationale et recordwoman de France. Par la suite, Anny devint responsable de la section sport-études. Elle est toujours en place près de Lionel Volkaert, entraineur principal du CN Cannes et de nageurs internationaux qui ont fait le succès du club, tels que Cécile Prunier, Yohan Bernard, Stéphane Perrot, Nicolas Gruson, Guy Noël Schmitt, Julie Biaise en particulier, sous la présidence de M. Choss avec comme sponsor le groupe Barrière. Ma carrière comme entraineur se termine à Cannes où, avec l’aide d’Anny Camahji, nous remportons le titre national des interclubs filles 12 ans, avec en particulier dans cette équipe Claire Py, meilleure performance de l’année en France sur 100 et 200 brasse et 200 m 4 nages (présente, maman de son 3e enfant le 2 janvier dernier).

A l’âge de 78 ans, je participe avec succès au master, titres et records de France à la clé, puis à 82 ans, le CN Cannes dans la tourmente, ayant des problèmes de gestion, me nomme bien malgré moi président pour une courte durée. Aujourd’hui, je vous remercie d’être tous présents près de moi pour m’entourer de votre amitié et raviver d’aussi beaux souvenirs.

GERARD GAROFF: BIOGRAPHIE NON AUTORISEE DU DTN DE TOUS LES ECHECS

Gérard GAROFF par Jean Pierre LE BIHAN

Vendredi 18 Mai 2018

Il y a quelques mois, en naviguant sur l’internet, j’ai trouvé cet article, signé Jean-Pierre Le Bihan, publié sur le site des Directeurs techniques nationaux créé avec Sport Régions. J’y vis une certaine ironie. Cet article avait été rédigé il y a quatre ans dans le but de paraître dans… Galaxie Natation. Le Bihan, ayant vu que j’avais rédigé à l’époque quelques biographies de DTN (Lucien Zins, Pierre Barbit, Patrice Prokop) me l’avait proposé. Il avait bien connu le personnage et l’appréciait, et avait été l’adjoint de son successeur Patrice Prokop.

Le Bihan savait que Garoff et moi avions nourri pendant des années une détestation réciproque, aussi avait-il voulu s’entourer de garanties. Je lui promis que je ne changerais rien à son texte, dans lequel, m’expliquait-il, j’en prendrais pour mon grade. Après des mois, je lui demandais des nouvelles de son travail. Jean-Pierre, ayant lu une réponse énergique que j’avais faite à un commentaire de lecteur,  y trouva la preuve de ma duplicité et en conclut que je ne lui laisserais pas le dernier mot en l’affaire. Je lui fis valoir que je tiendrais ma parole, que, quels que soient mes sentiments, je ne reprendrais rien de ce qu’il écrirait. 

Après avoir longuement interrogé plusieurs témoins de l’époque, et notamment l’épouse et le fils de Gérard Garoff, et ayant terminé son pensum, il m’annonça finalement… qu’il ne confierait pas son texte à Galaxie Natation. Madame veuve Garoff l’en avait découragé : « ne donnez pas cela à Eric Lahmy, » lui avait-elle dit.

Ce n’était pas très malin de la part de cette dame, parce que si elle savait ce qu’il me chatouillait d’écrire sur son défunt mari, elle aurait pris la parution du texte de Le Bihan dans Galaxie Natation comme un moindre mal, voire une bouée de sauvetage. A part cela, son interdiction montrait son peu de considération pour le long travail d’enquête et de rédaction de Le Bihan qu’elle condamnait ainsi à ne pas paraître…

Mais ainsi fut fait. Le Bihan se donna à lire à certaines personnes, et je ne fus pas censé en avoir pris connaissance. L’ayant trouvé trois ans plus tard sur le site des DTN, je m’en empare sans vergogne, mais non sans l’avoir « édité », ce qui n’est pas le cas dans le site des DTN, qui ne brille pas par la qualité de ses relecteurs.

Mais selon la promesse à laquelle je ne suis pourtant plus tenu, je n’y ai rien touché – ajouté ni retranché. D’ailleurs ce texte (de 2015) de Le Bihan ne dit rien de faux. Il ne dit pas tout, oublie certaines choses, en embellit d’autres, mais bon, Garoff lui-même ne me disait-il pas un jour : « l’objectivité n’existe pas ? » Guère en forme ce jour-là, je fus en peine de lui répondre que l’honnêteté, en revanche, existait bel et bien, et qu’on pouvait la respecter.

J’ai bien envie d’écrire une autre bio de Garoff. Peut-être quand j’arriverai à la lettre « G » des biographies publiées sur ce site? Mais rien n’est moins sûr. Certes, je retrouverai sans doute mon ton belliqueux. Mais…

Pourquoi vous ennuierais-je avec ces vieilles lunes, uniquement parce qu’alors qu’il se plaignait que je l’avais bien agacé, il avait très injustement attaqué mon intégrité, mis en cause mes capacités professionnelles, et systématiquement cherché à me nuire ?

Place au texte de Le Bihan…  E.L.

 

Gérard GAROFF

(Brest, 24 février 1934 – Paris, 26 février 1989)

Les Championnats du monde  de natation 2015 vont se dérouler à Kazan (Russie) à partir du 2 Août, et, à chaque  grand évènement aquatique je ne peux m’empêcher de penser à Gérard Garoff, disparu il y a vingt six ans. Dans l’histoire de la natation française Gérard Garoff a été le troisième DTN ,après Pierre Barbit et Lucien Zins. Pour ceux qui ne l’ont pas connu ou qui l’ont oublié voici ce que j’ai gardé en mémoire de sa forte personnalité.

 J’ai fait la connaissance de Gérard Garoff au printemps 1962 à la piscine Gambetta, à Rennes, où les élèves du C.R.E.P.S. de Dinard s’entraînaient à l’épreuve de natation (50 mètres) de la 1èrepartie du professorat d’EP.S. (P 1). Je m’étais présenté à l’examen pour devenir M.N.S. et j’avais une séance pratique à diriger, sur le thème « perfectionnement du plongeon ».  Quatre élèves m’avaient été confiés. Sûr de moi, je leur demandais de plonger du bord (côté grand bain) pour évaluer leurs niveaux. Aucun ne savait nager ! Et je dus sauter à l’eau pour les repêcher. Les membres du jury étaient pliés de rire…

Gérard Garoff, alors CTR, est venu me dire : « tu réussiras l’année prochaine. » Comme lui en 53 et 54, je mis deux ans à franchir les portes de l’E.N.S.E.P.S en 62 et 63.

Gérard avait obtenu son bac (philosophie) à 17 ans, et était un bon nageur du cercle Paul Bert (Rennes) : 1’7s6 aux 100 m libre, record de Bretagne cadet, réalisé la semaine suivant la réussite au bac… Au même âge Alain Gottvalles, qui deviendrait recordman du monde, nageait 1’6s9.

Après une première année au C.R.E.P.S. de Dinard, Gérard en fit une seconde au C.R.E.P.S. de Bordeaux (Talence), parce que le professorat d’E.P.S. demandait au futur généraliste d’être nageur, mais aussi athlète, gymnaste, joueur de sport-co. Reçu au concours d’entrée à l’E.N.S.E.P. (le  «S » final de Sport ne faisait pas encore son apparition dans les instructions officielles en 1954), Gérard, pendant les 3 années d’études, va, à la fois signer une licence au S.C.U.F  (Swimming Club Universitaire de France), dont les couleurs, le blanc et le noir, sont celles du Gwen an Du (le drapeau breton), et suivre des études de droit à la faculté de Paris.

En 1957, Garoff, son C.A.P.E.S. en poche, est nommé professeur d’E.P.S. à l’école des métiers du bâtiment à Rennes, où il exercera un an avant d’être rattrapé par le service militaire. Il passera (du 1er novembre 58 au 1er mars 61) 28 mois, dont 7 dans les Aurès, à servir la France sous les drapeaux. N’ayant pas voulu faire les E.O.R., il sera démobilisé avec le grade de sergent.

A son retour à la vie civile en mars 61, devenu C.T.R natation de Bretagne (2 piscines couvertes…mais une loi-programme ambitieuse de construction de piscines dévoilée par l’inspecteur Jeunesse et Sports Méheust ont convaincu Gérard) il va former des éducateurs, des dirigeants, des arbitres, et entrainer les nageurs du cercle Paul Bert de Rennes. Avec Henri Sérandour, moniteur de sports de 3 ans plus jeune que lui, il forme déjà l’équipe qui prendra plus tard le pouvoir à la F.F.N., la province (le grand Ouest et la Lorraine en particulier) mettant fin à l’hégémonie parisienne. Gérard D.T.N., Henri  Président, Bernard Rayaume Secrétaire Général puis Directeur, le casting imaginé à Bombannes en 79 lors d’un stage de l’équipe de France allait prendre forme.

De son union avec Marie-Paule GUEN (nageuse du C.N.Brest), il aura d’abord un fils, Patrice en 1960 puis une fille, Valérie en 1962.

Je retrouvais Gérard à Font-Romeu en 1969. Il avait fait l’ouverture du lycée climatique et sportif, où il avait été affecté  en tant que Censeur/Directeur des sports en 67. J’étais en stage de la « République des Sports » (un mouvement pédagogique initié par Jacques de Rette et soutenu par le colonel Crespin prônant entre autre l’autonomie des élèves), et je me trouvais à la piscine d’été pour des séances pratiques de pédagogie de la natation. Gérard était venu au bord du bassin et m’avait demandé si j’avais mon diplôme de M.N.S. !!

C’est en 1973 que j’ai vraiment découvert l’homme. Les Jeux olympiques de 1972, à Munich, n’avaient pas été une réussite pour la natation, Lucien Zins, le D.T.N. présenta sa démission, et le Comité directeur de la F.F.N. l’accepta.  Il fallut attendre mars 1973 pour voir arriver Gérard au 148 avenue Gambetta, Paris 20eme, adresse de la piscine des Tourelles et siège de la F.F.N.. Entre-temps, Henri Rouquet avait assuré l’intérim.

J‘étais alors professeur au C.R.E.P.S.de Montry (77) et, en septembre, j’obtenais ma mutation pour être C.T.R. natation en île de France. Le comité était situé au rez-de-chaussée de la piscine des Tourelles et la F.F.N. au 2éme  étage. Si bien que nous nous côtoyions fréquemment.

Lorsque j’ai rencontré Marie-Paule Garoff, son épouse, le vendredi 10 juillet 2015 à Nantes, celle-ci m’apprit que Gérard était également un excellent peintre, et un violoniste qui avait fait partie de l’orchestre symphonique du cercle Paul Bert de Rennes. Son admiration pour Gérard était intacte et sa fierté de me montrer les médailles de chevalier, et d’officier dans l’ordre national du mérite en était une belle preuve.

Il est vrai que l’homme était doué dans bien des domaines : un jour il m’avait lu la lettre qu’il avait adressée au directeur de l’hôpital où il avait été soigné pour des coliques néphrétiques. Il se plaignait de la qualité des repas : c’était un concentré d’Antoine Blondin et de Pierre Desproges !! Il n’avait pas « fait latin-grec » pour rien et jusque dans les petites choses, il faisait preuve d’élégance. Certains l’ont trouvé réservé, voire froid. Les Bretons sont comme ça… au premier abord.

D.T.N. à la F.F.N.,  il y sera 9 ans (1er avril 73 -31 Août 82). Fort de son expérience du lycée sportif et climatique de Font-Romeu, qui, en 68, servit de base de préparation pour les Jeux de Mexico (situés à la même altitude) il bousculera les habitudes des entraineurs de club, des C.T.R., des M.N.S., et des dirigeants fédéraux. C’est ainsi qu’il fut  à l’origine des sections-sport-études, puis des centres –pilotes (clubs support de formation de cadres), enfin du centre national d’entrainement de natation à l’I.N.S.E.P., qui lui valut une levée de boucliers de la part de dirigeants, d’entraineurs et … de journalistes qui voyaient dans ce centre la mort des « petits clubs », et une terrible concurrence aux grosses écuries.

Il faut dire que l’ouverture de ce centre, avec Guy Giacomoni et Michel Pedroletti comme entraineurs, avait été catastrophique en terme de communication. C’est ainsi qu’avec l’accord de Gérard, les coachs avaient décidé que les entraînements auraient lieus à huis-clos. Lorsqu’Alex Jany, de passage à Paris voulut voir « ses Marseillais » nager à l’I.N.S.E.P. et qu’il trouva porte close, c’est comme si une énorme sardine avait à nouveau bouché le Vieux Port !!

Les anciens,   regroupés autour de Lucien Zins, de Michel Rousseau et du collège des entraineurs, ont fait campagne pour critiquer Gérard et son équipe de la D.T.N.. Michel et Guy  ont été qualifiés de psychologues incompétents, etc.,  etc. Gérard avait pourtant des amis chez les journalistes :Jean Cormier du Parisien, Jean-Jacques Simmler grand reporter à l’Equipe, Serge Verfaillie, Ouest France, Paul Zilbertin, la Croix, mais le journal l’Equipe pesait beaucoup plus, et ses lecteurs toujours friands de polémiques, se régalaient en lisant les réquisitoires à charge du journaliste Eric Lahmy, spécialiste de la natation à « l’Equipe ».

Ainsi, lors d’un championnat de France aux Tourelles, Gérard avait invité son ami Michel Guizien à Saint Germain des Prés fêter la victoire des rugbymen du R.C.F. La soirée fût sans doute arrosée et Gérard et Michel se sont retrouvés au poste en garde à vue. De « bons amis » se sont empressés de prévenir les journalistes et l’Equipe pu titrer : « la natation française en prison ». Gérard avait pu téléphoner à son épouse pour lui expliquer la situation, en lui demandant de faire le maximum pour le sortir de cette situation burlesque et embarrassante à la fois. Pour la petite histoire, Jean Cormier raconte dans un de ses livres (Alcool de nuit) cette péripétie où paraît-il, c’est Pierre Mazeaud (le ministre) qui devait présider cette réunion. Mais il s’était fait remplacer par Gérard !

En 1982, Garoff rend les clefs de la D.T.N. au président de la F.F.N., et, au cours  de la réunion du bureau du comité directeur de la F.F.N. (2 juillet 1982 à Mulhouse) il déclare si l’on en croit le compte-rendu du bulletin fédéral officiel n° 1958 :

 « M. G. Garoff estime que M. Lahmy lui a fait perdre, par ses articles diffusés dans l’Equipe à l’échelon national, cinq ans d’effort sur neuf ans de présence à la direction technique de la natation française. »

Les membres du Bureau souhaitent qu’un communiqué à ce sujet soit présenté par le président aux membres de l’A.G. Le journal L’Equipe en réponse, ironise par un article d’un journaliste anonyme (1) :

 « Pitié pour Garoff »

« Tout de même, qui aurait pu imaginer une chose pareille ! Le tendre et débonnaire Eric Lahmy poussant un directeur technique national dans ses derniers retranchements au point de lui faire perdre tous ses moyens ou presque  …On note cependant avec un certain soulagement que Garoff est parvenu à travailler à peu près tranquillement pendant quatre ans, ce qui tendrait du reste à démontrer que le travail destructeur de notre estimé confrère souffre encore de quelques lacunes. La natation française a encore quelques beaux jours devant elle. Ouf ! »

Ce qui est vrai, à mon sens, si l’on regarde les résultats de l’équipe de France de natation (Jeux olympiques,  championnats du Monde) de 1973 à 1982, il n’y a pas de quoi pavoiser, malgré quelques belles performances de Guylaine Berger, Sylvie Le Noac’h , Pierre Andraca, René Ecuyer et bien d’autres, les médailles ne sont pas là, et les journalistes ont besoin des médailles. Et le titre de vice champion du monde de Michel Rousseau à Belgrade en 73, direz-vous ? Michel (Mickey pour les intimes) a été et est toujours un électron libre, s’entraînant sous l’autorité conjointe de Guy Boissière et de Lucien Zins . On ne peut mettre au crédit de Gérard Garoff le résultat de son prédécesseur.

Ce fut donc une longue traversée du désert sans médaille aux Jeux olympiques (de 76 et de 80) et aux Championnats du monde.  Les raisons sont multiples : l’amateurisme au sein de la F.F.N., la scolarité laissant peu de place aux sports, l’université condescendante vis-à-vis des sportifs, le manque de lignes d’eau d’entraînement, l’encadrement médical marchant sur la pointe des pieds, le vide créé par la retraite sportive de Christine Caron, d’Alain  Mosconi et bientôt de Michel Rousseau, les podiums où trois nageurs(ses) d’un même pays pouvaient faire 1,2,3, dans la même épreuve… et la concurrence déloyale.

Ce qui est vrai aussi, à mon sens c’est, avec Gérard, la construction d’une politique de formation de cadres ouverte à des publics parfois divisés (M.N.S., profs d’E.P.S., sportifs(-ves) de haut niveau, éducateurs sportifs, qui aboutira à professionnaliser les entraineurs de clubs, grâce aux nouveaux brevets d’état (B .E.E.S.A.N.) et au professorat de sport qui permettra de mieux identifier les compétences requises pour exercer les fonctions technique et pédagogique.

La détection et l’évaluation ont été aussi un domaine que Gérard  a mis en avant. Avec le Dr Jean-Pierre Cervetti et  le professeur Georges Cazorla, la connaissance de la physiologie de l’effort se vulgarisait  au sein des clubs ; à quoi il faut ajouter les travaux de recherche en liaison avec les UFR STAPS (biomécanique avec Didier Chollet et Patrick Pelayo).

L’aide aux sportifs de haut niveau, mais aussi aux « espoirs » par l’inscription sur des listes ministérielles à ouvert une brèche vers un futur statut de sportif professionnel (actuellement en cours de discussion).

Des milliers d’étudiants(-tes) en E.P.S. ont été formés par des professeurs qui se sont largement inspirés des écrits techniques et pédagogiques de Raymond Catteau et Gérard Garoff intitulés : « l’Enseignement de la Natation ».Tous les deux, C.T.R. à l’époque, ont bousculé par cet ouvrage les habitudes professionnelles des M.N.S., basées sur une méthode analytique de l’enseignement de la natation.

Lors de ma rencontre avec son fils, Patrice, le 16 juillet 2015, celui-ci m’a rappelé le rôle joué par Gérard dans le renouveau de la revue « Natation » (créée en 1921 par Emile-Georges Drigny secrétaire général de la toute jeune F.F.N.S. et journaliste à l’ « Intran »). Sous la Présidence d’Henri Sérandour et avec le soutien de Lucien Gastaldello ( Président de la F.N.M.N.S. et du comité de Lorraine F.F.N.), il prend la direction de la publication et fait appel à Jean Cormier et à Jean-Jacqsues Simmler, journalistes, pour la rédaction. La revue, sponsorisée par la très chic marque italienne « Diana », est diffusée à 8000 exemplaires.

Autre cheval de bataille : la lutte anti-dopage. Avec le professeur Rieu , il mènera une campagne auprès des pouvoirs publics pour vaincre ce fléau. Christian Bergelin, Roger Bambuck, puis Marie-George Buffet inscriront cette lutte dans la loi sur le sport.

Gérard, devenu président de L’Association des DTN, mènera un autre combat contre la direction des sports du Ministère: celui de la reconnaissance d’une fonction et d’une qualification (DTN et Entraineur national) justifiant des indemnités. Son collègue et ami Bernard Bourandy (aviron) m’a dit comment les DTN, en présentant collectivement leur démission, avaient fait plier le ministère et surtout Bercy. Garoff était breton, et n’abandonnait jamais.

Gérard, au lendemain de l’élection de François Mitterrand en mai 81, s’était rallié au R.P.R. de Jacques Chirac, à mon grand étonnement; tout dans son comportement, ses idées, ses relations me laissait penser qu’il était « à gauche ». Un soir de juillet 81, après avoir examiné les candidats à l’agrégation d’E.P.S., nous avions, avec  Gérard et Jean-Paul Clémençon « philosophé » sur la politique. Trente-quatre ans plus tard, il se confirme que Gérard, même dans ce domaine, était un visionnaire.

La succession de Gérard au poste de D.T.N. fut longue à se dessiner. Henri Sérandour, le président, semblait hésiter. Plusieurs candidats s’étaient présentés: Marc Menaud, Michel Pedroletti, Gilbert Seyfried, Gérard Hugon, Jacques Lahana, Jacques Vallet, Pierre Loshouarn, Patrice Prokop…  Ce fût Patrice Prokop, lui aussi professeur d’E.P.S. issu de l’E.N.S.E.P.S. (66-69)  et adjoint de Gérard Garoff pendant huit ans (74-82) qui  lui succèdera jusqu’en 1994.

On oublie trop souvent que le DTN de la FFN est le patron de la natation, mais aussi du water-polo (champion olympique en 1924 à Paris), de la natation synchronisée, du plongeon,  de la longue distance… et que les journées n’ont que 24 heures ! Heureusement, Gérard était secondé par Jean-Paul  Clémençon au water-polo, Françoise Schuller à la synchro, Bernard Pierre au plongeon et Patrice Prokop, DTN-adjoint. Martine Ripoche et Christiane Wiles, assistantes, complétaient cette équipe. François Oppenheim dit « Oppi », journaliste spécialisé, avait un petit bureau près de la DTN et apportait sa compétence dans le domaine de la statistique, des classements des nageurs(-euses) et de l’analyse de course.

Mais revenons en 1983. Jacques Chirac est Maire de Paris, et Paris se lance à la conquête de l’organisation des Jeux olympiques de 1992. Gérard devient chargé de mission pour défendre la candidature de Paris. C’est  Barcelone qui l’emportera, et Gérard est appelé auprès du Secrétaire d’Etat de la jeunesse et des Sports Christian Bergelin, en tant que conseiller technique. Nommé Inspecteur Général le 23 juillet 87, il décède le 26 février 1989. Hospitalisé une première fois en juillet 1987 à l’hôpital Claude Bernard à Paris (spécialisé dans les maladies tropicales), au retour d’une mission dans le Pacifique sud, Gérard décède quelques mois plus tard à l’hôpital Rothschild, à Paris.

Aujourd’hui Gérard aurait eu 81 ans et serait grand-père de cinq petits-enfants : Valentine, Ariane, Marine, les filles de Patrice, et Fanny et Martin les enfants de Valérie.

Le 6 mars 1989 au cimetière du Père Lachaise, Gérard, par un beau soleil de fin d’hiver est parti fauché par l’Ankou. Ses successeurs, Patrice Prokop, Jean-Paul Clémençon, Claude Fauquet, Christian Donzé, tous professeurs d’E.P.S. de formation, l’ont connu, et ont hérité du capital que Gérard a laissé à la F.F.N.

Un timide renouveau de la natation a surgi aux Jeux olympiques de 1984 avec les médailles de bronze de Catherine Poirot (100 mètre brasse) et d’argent de Frédéric Delcourt (200 mètres dos), tous deux issus de l’I.N.S.E.P. 

Stéphan Caron, Catherine Plewinski, Franck Esposito ensuite, porteront haut les couleurs de la France, jusqu’à l’arrivée de Roxana  Maracineanu et de Laure Manaudou. La suite, vous la connaissez : c’est l’embellie 2008-2012 avec Alain Bernard, Camille Muffat, Yannick Agnel, Florent Manaudou et les relayeurs et relayeuses.

 Gérard n’était pas croyant ; moi je crois qu’il est pour quelque chose dans ces résultats.

Avec ses amis, Jacques Meslier, Michel Guizien, Patrice Prokop, nous avions proposé au maire de Concarneau de donner le nom de Gérard Garoff à la piscine du Porzou. Le stade de rugby étant nommé Henri Sérandour, cela était pour nous une évidence. La piscine a pris le nom d’une cité engloutie! (2) 

Que nous réserve Kazan ?

Jean-Pierre Le Bihan

(1). Si mes souvenirs sont bons, ce texte avait été rédigé par Jean-Jacques Vierne : note d’E.L.

(2). L’Atlantide : E.L.

RETRAITE DE KANETO, LA CHAMPIONNE OLYMPIQUE JAPONAISE DU 200 BRASSE : RIE, LA FILLE QUI RIAIT A RIO

Eric LAHMY

Mercredi 7 Mars 2018

On ne peut pas dire qu’elle est la nageuse la plus connue des Français. Mais Rie Kaneto, qui vient d’annoncer qu’elle prenait sa retraite sportive à 29 ans, n’est pas une petite championne. Elle devrait s’expliquer sur les raisons de son abandon de carrière lors d’une conférence de presse programmée pour le 16 mars prochain. Entre-temps, elle a rempli les papiers concernant son adieu au monde olympique – nécessaires en raison des formalités complexes liées au contrôle anti-dopage. On le comprend : plus besoin de se faire réveiller à six heures du matin pour répondre aux passionnantes obligations issues d’un contrôle d’urine ou du sang, ni de donner les lieux où elle se trouve à chaque minute des trois cent soixante-cinq jours de l’année. Ces à-côtés passionnants de la carrière d’une championne lui seront désormais évités…

C’est de façon tardive, dans sa carrière, que Rie Kaneto signa l’exploit de sa vie, enlevant le titre olympique du 200 mètres brasse à 27 ans. Pourtant, elle fut un talent relativement précoce, 2e du 200 brasse des Universiades de Bangkok (2007) à 17 ans, victorieuse de cette même épreuve à Belgrade deux ans plus tard, et sélectionnée pour les Jeux de Pékin (2008). Là, qualifiée pour la finale du 200 mètres brasse, elle termina 7e de la course.

On pouvait remarquer cette fille grande pour une Japonaise, 1,75m et, comme dans l’ensemble, ses congénères, maîtrisant parfaitement sa technique. 5e en 2009 du 200 brasse des mondiaux de Rome, elle établissait au cours de la saison, dans une tenue, interdite depuis, un record japonais à 2’20s72. Mais l’interdiction du polyuréthane dut lui poser quelques soucis, car elle régressait en 2010, seulement 7e des PanPacifics (et 12e sur 100 brasse) ; elle ne montrait aucun progrès, même si elle atteignait la finale de son épreuve fétiche aux mondiaux 2011 de Shanghai (5e). En 2012, elle ne parvenait pas à se qualifier dans l’équipe du Japon, où Satomi Suzuki, médaillée d’argent olympique derrière Rebecca Soni,  et la toute jeune Kanako Watanabe, 16 ans, parurent l’avoir ringardisée.

La course des mondiaux 2013, à Barcelone, fut l’objet d’un fascinant duel entre Julia Efimova et Rikke Moller Pedersen, et on ne remarqua guère trop que, derrière, Kaneto, quoique seulement 4e, réussit là sa plus belle course depuis cinq ans. L’année suivante, elle fut près de l’emporter aux Jeux asiatiques d’Incheon, où Watanabe la devança d’un dixième, 2’21s82 contre 2’21s92. A ces Jeux, où seuls les mauvais esprits diront que les nageuses chinoises, qui firent un ravage de titres, étaient dopées jusqu’au trognon, les Japonaises n’enlevèrent que trois épreuves : celles de brasse. Aux PanPacifics, un mois plus tôt,  Kaneto avait été déjà devancée par Watanabe, en 2’21s41 contre 2’21s90.

2015 fut l’année Watanabe qui, aux mondiaux, à 19 ans, enleva le 200 brasse et fut seconde du 200 quatre nages. Kaneto parvint en finale, mais se contenta d’y figurer, 6e à deux secondes de la gagnante. Elle qui, bon an mal an, était tentée par la retraite, encaissa là une nouvelle frustration et songea faire ses adieux à la natation.

Mais tout à coup, en 2016, elle réussit quelques temps prometteurs et pour ainsi dire inattendus. Tellement qu’elle en fut la première étonnée. D’abord elle effaça en 2’20s04 son vieux record polyuréthane du Japon, établi sept ans plus tôt, à l’occasion des SuperSéries aquatiques opposant à Perth, en Australie, le Japon, la Chine et le pays hôte. Ensuite, début avril, elle enleva le titre des championnats du Japon avec cette fois un temps de 2’19s65. A vingt-sept ans, ragaillardie par ce retour de flamme, elle se donna pour ambition de battre le record du monde en finale des Jeux !

Si, à Rio le record mondial resta debout, Rie Kaneto, en 2’20s30, devança nettement Julie Efimova, laquelle avait été copieusement sifflée constamment pendant la compétition, en raison de ses épisodes de dopage et de la façon honteuse dont elle fut récupérée par la FINA et le CIO, et n’aurait d’ailleurs pas dû se trouver là.

Après cette saison olympique marquée par de tels exploits, Rie Kaneto opta pour une année sabbatique et décida qu’elle ne nagerait dans aucune grande compétition en 2017, ni championnats du monde (de Budapest), ni Coupes du monde, ni même rencontres de l’élite au Japon, et se livra aux délices des hommages qui pleuvaient, médailles d’honneur ou autres, et inauguration de sa statue de bronze dans la préfecture d’Hiroshima, à laquelle elle appartient.

Elle s’amusait encore récemment à évoquer l’idée de continuer encore et de n’arrêter sa carrière qu’après les Jeux de Tokyo, en 2020, et on peut comprendre que ce rêve l’ait habitée. Cinquième championne olympique de l’histoire après Mayumi Aoki, sur 100 papillon, en 1972, Aï Shibata, sur 800 mètres en 2004, et 3e sur 200 brasse après Hideko Maehata en 1936 et Kyoko Iwasaki en 1992, elle imaginait pouvoir conserver son titre à domicile, devant son public. Mais sans doute a-t-elle pensé qu’elle aurait trente deux ans en 2020 et qu’il pouvait y avoir autre chose dans sa vie…

*****Ont également annoncé leur retraite Jennie Johansson, championne du monde du 50 mètres brasse à Kazan en 2015, recordwoman de Suède du 100 mètres brasse, et  Hrafnildur « Hida » Luthersdottir, finaliste olympique islandaise et nageuse étudiante en criminologie des Florida Gators…

POUR MICHEL CHRÉTIEN, DURER EXIGE DE SAVOIR REPARTIR DE ZÉRO

MICHEL CHRÉTIEN, L’ENTRAÎNEUR VEDETTE D’AMIENS, NE CROIT PAS À LA PÉRENNITÉ DU SUCCÈS EN NATATION… ET IL A DE BONNES RAISONS. TOMBÉ, COMME ON DIT, DANS LA MARMITE DEPUIS DES LUSTRES, IL NE CESSE DE RECONSTRUIRE SON ÉQUIPE POUR QUE SON CLUB RESTE L’UN DES CHEFS DE FILE DE LA NATATION FRANÇAISE

Éric LAHMY

Mercredi 21 Février 2018

Né le 4 avril 1957 à Amiens, Michel Chrétien nage au club local jusqu’à l’âge de quinze ans, à un niveau moyen. Pour des tas de raisons, il ne s’accroche pas à sa pratique, et il est remarquable que nager cesse très tôt de l’intéresser, alors qu’il se passionne à l’idée de faire nager, au plus haut niveau. C’est une démarche mentale intéressante qu’un souci enseignant, pédagogique puisse ainsi se substituer à un intérêt évanoui, et le relancer sous forme d’une passion de longue haleine.

Le succès, dans ce domaine, il l’atteint à travers ses élèves. Les podiums auxquels il ne rêve pas, pour lui – ou il se défend de rêver, ou encore n’estime pas être en mesure de les atteindre – ce sont ses épigones qui les lui procureront.

C’est une démarche assez classique au fond, que cette ambition par procuration, jugée assez dangereuse quand elle atteint les parents de champions. Un enfant peut être prisonnier des ambitions excessives de ses parents. Mais il peut trouver, dans le développement psychologique équivalent de l’entraîneur, tout au contraire, un allié. On n’échappe pas sans douleur à sa famille, mais un coach a beaucoup moins de prise. Si l’on reste avec lui, c’est qu’on le veut bien… Ce qui, avec un père, peut être objet de souffrances ou d’abus, un affrontement, devient, avec un coach, une rencontre.

« J’ai toujours aimé entraîner, dit Chrétien, m’occuper des jeunes, façonner de bons nageurs, J’ai toujours été un spectateur du beau geste, eu le sentiment de l’esthétique du mouvement sportif. Quand j’ai passé mon examen du bac, j’ai poursuivi cette ambition d’entraîner, mais attention, À HAUT NIVEAU. Je ne voulais pas faire nageoter, je poursuivais l’excellence. »

Si tout entraîneur a, par la force des choses, un profil particulier, qui participe de son goût d’enseigner, il y a plusieurs degrés, qui ne correspondent pas forcément à un « niveau » de compétence, mais sans doute à un degré d’investissement. Par « entraîneur », on désigne tout un échelonnage d’enseignants, qui grimperaient de l’auxiliaire de puéricultrice en crèche à l’instituteur, au prof de lycée et au prof d’université.

Dans notre pays, il doit y avoir entre une et deux poignées de super-coaches, sont le niveau, si vous permettez, se comparerait, toutes proportions gardées, au « professeur au Collège de France ». Ils s’occupent de nos internationaux les plus pointus. Un d’entre eux, ces dernières années, s’est montré, si j’ose dire, nobélisable, le Niçois Fabrice Pellerin. Michel Chrétien est de cette petite phalange que vient de quitter malheureusement Eric Boissière, à laquelle appartiennent Philippe Lucas, Lionel Horter, Romain Barnier…

Cela ne s’est pas fait en un jour. « Ça a commencé l’air de rien il y a 40 ans », dit-il. Il a émargé au plus haut niveau, avec l’apparition de Jeremy Stravius (sa thèse de doctorat), champion du monde 2011, il y a bientôt sept années.

« Ça » commence bien plus tôt. Michel n’a pas vingt ans, quand il décide d’étudier en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) et au CREPS (centre d’éducation populaire et de sport du réseau d’établissements publics du ministère), afin de pouvoir devenir coach en sport-études. Au bout d’un an, cependant il décroche, finalement prof d’éducation physique ne le passionne pas,

 

A 20 ANS, JE M’APERÇUS NON SANS ÉTONNEMENT QUE… LA PROFESSION D’ENTRAINEUR N’EXISTAIT PAS

« Comme j’étais directement intéressé par la natation, prof d’EP ne me plaisait pas trop. Ma chance a alors été de rencontrer Claude Fauquet, qui était alors ce conseiller technique régional (CTR) de la région de Picardie. Je lui avais expliqué quelles étaient mes ambitions, et il m’avait ouvert le chemin. Il me fallait, m’expliqua-t-il, passer par une formation ad hoc, le brevet d’état d’éducateur sportif 1er degré. L’effet qu’il eut sur moi fut aussi psychologique, car sa rencontre, ses conseils, décuplèrent ma motivation. »

« A 20 ans, je m’aperçus non sans étonnement que… la profession d’entraîneur n’existait pas. Il n’y avait rien, en Picardie, en fait d’employeur, aucune demande sur ce poste. Cela n’apparaissait nulle part. Je me retrouvais maître-nageur-sauveteur dans une piscine Caneton à Beaumont-sur-Oise, dans le Val d’Oise, en Île-de-France. »

Ce poste, il va l’occuper pendant seize saisons, de 1978 à 1994. Le jeune Chrétien a la foi, il a décidé qu’il serait coach de haut niveau, il sera coach de haut niveau. Vous pouvez l’imaginer, comme je le fais, arrivant pour la première séance de sa carrière, sur la plage du bassin, son chrono à la main, un groupe de jeunes dans l’eau, qui attendent. Et là, amère révélation : « désemparé, je me rends compte que je ne savais rien faire. Il y avait tout à construire, et je me suis dit : on ne peut pas continuer comme ça. »

La solution ? Repartir de zéro. Chrétien écarte les nonchalants nés du laisser-aller dans lequel ils ont évolué et va s’appuyer sur des tous jeunes, qu’il forme dès leurs six, sept ou huit ans. « Chaque année nouvelle, je créais un niveau supplémentaire. » C’était une montée d’exigences à l’entraînement, un plus de moyens offerts aux nageurs d’étudier et de nager dans ce qu’on appelle désormais « le double projet ». L’entraîneur de natation a été présenté comme un « homme de bassin », et la métaphore est juste. C’est sur les plages de la piscine, qu’il longe en fonction des mouvements des nageurs, qu’il existe pleinement.

Mais il n’est pas que cela. Il lui faut comploter beaucoup d’actions parallèles aux plans d’entraînement qu’il concocte et aux séances qu’il dirige. Dans le sport moderne, au niveau d’excellence qu’il atteint, on ne peut plus réussir dans un climat de désinvolture ou de dilettantisme distingué. Le nageur moderne d’élite, d’une certaine façon, est aussi entouré que le cosmonaute… Et le coach a une responsabilité qui dépasse souvent son outillage… Alors, il faut s’inventer homme caméléon, frapper aux bonnes portes, discourir, convaincre les édiles, les lycées, les parents et last but not least les nageurs eux-mêmes parfois…

Pour parvenir à ses fins, dit encore Chrétien « je devais improviser, convaincre, et n’avoir jamais ma porte close. »

« J’ai déniché des talents qui m’ont permis d’accéder à l’équipe de France, et là, j’ai pu passer des journées avec des coaches du haut niveau et, surtout, je n’ai jamais perdu mes contacts avec Claude Fauquet.. »

Quel était l’apport de Fauquet ? « Il connaissait très bien la natation, et, surtout, il avait une très belle approche sur un plan pédagogique. Il se posait des questions, remettait les savoirs en cause. Cette façon de ne pas se nourrir de certitudes lui donnait une approche très riche. »

En 1994, après seize ans, pendant lesquels il a évolué et est devenu entraîneur de natation de Beaumont-sur-Oise, Michel Chrétien se trouve victime d’une réforme territoriale, où il perd soudainement son poste.

C’est alors que Patricia Quint, alors entraîneur national, intervient : « elle m’a encouragé et suggéré d’entrer à la Jeunesse et aux Sports. Je suis donc entré à la J.S. du Val d’Oise, et ai continué à entraîner. En 1996, les clubs de Beaumont-sur-Oise et de Sarcelles ont fusionné. » Les villes sont séparées d’une vingtaine de kilomètres, mais Guy Canzano, le président de Sarcelles, a eu cette idée de mutualisation. Beaumont a les nageurs, Sarcelles la piscine de 50 mètres. Cet arrangement durera quelques années.  « à cette époque, je passe mon professorat de sport. Claude Fauquet devient Directeur technique national, et abandonne son poste en Picardie ce qui fait que je me retrouve en poste à Amiens. Je me trouve à nouveau confronté à un club qui, sans moyens, ne pouvait produire de résultats. »

Tel un moderne Sisyphe, revoici donc notre héros qui roule son rocher vers les sommets. Une courageuse des quatre nages cambrésienne, Céline Cartiaux, qui, après son baccalauréat,  l’a suivi, depuis Beaumont, à Amiens, l’aide à se propulser à l’international. En 2004 Cartiaux, sur 200 quatre nages, est opposée à une certaine Laure Manaudou. Céline bat le record de France en série, 2’16s65, Manaudou efface son temps et pas qu’un peu, dans la série suivante, 2’15s63 ; ça sent la poudre. En finale, Cartiaux l’emporte (1) ! Qualifiée pour les championnats d’Europe, un peu émoussée, elle ne peut, là, rejoindre les minima olympiques. Elle prendra sa retraite sportive en 2005. Elle n’en a pas moins permis à celui qu’elle appelle « mon super-entraîneur » de rejoindre l’équipe de France et de prendre la température des eaux mondiales…

Chrétien prend acte de cet échec (très relatif) de sa nageuse, « mais, note-t-il, la culture, l’essentiel, est là. » Toutes ces années, Amiens tient l’une des premières places dans le classement des clubs. Mais la grande reconnaissance du travail de Michel Chrétien va se faire à travers les résultats de Jeremy Stravius, qui sera champion du monde du 100 mètres dos, ex-aequo avec Camille Lacourt, en 2011. « Stravius m’ouvre les portes de l’international à partir de 2008. » C’est une grande période du couple entraîneur-entraîné, récompensée par un nombre impressionnant de médailles récoltées par le nageur protéiforme, aussi à l’aise en dos qu’en crawl ou en papillon…

QUAND UN NAGEUR QUITTE UN CLUB, C’EST QUE QUELQUE CHOSE S’EST MAL PASSÉ. IL NE VOUS QUITTE PAS FORCÉMENT POUR LES BONNES RAISONS

Après les Jeux olympiques de 2016, Stravius, 28 ans alors, songe de plus en plus à la retraite sportive et surtout à une reconversion, et désire encore nager, mais sans l’intensité du passé. La saison 2017 est difficile, parce que Chrétien, qui entend assurer l’avenir à travers la nouvelle génération des nageurs amiénois, Thibaut Mary , Roman Fuchs, Maxime Grousset, Thomas Avetand, Hugo Sagnes, Alexandre Derache, Fares Zitouni, âgés de 16 (Sagnes) à 23 ans (Avetand), et n’entend pas réserver à son nageur étoile un statut particulier, en raison de la valeur d’exemple. Si Jeremy, fort de son gros bagage, montre qu’en s’entraînant à minima, il peut les battre, il leur signifie un message négatif, contraire à celui de l’engagement et du travail que Chrétien juge nécessaire aux succès de ses cadets. Finalement, Stravius décide de rempiler…

« Il est difficile de durer, d’autant plus qu’à Amiens, nous ne disposons pas d’une grande structure, » dit encore Chrétien. Quand il ajoute que « la durée n’est pas aussi simple », il fait à la fois allusion à sa situation et à celle de la natation française, qui, après les grandes années Manaudou-Bousquet-Bernard-Lacourt-Stravius-Agnel-Muffat-re-Manaudou-Gilot, se trouve dans un creux, en termes de grands talents, pour, dit-il, « ne s’être pas préoccupée de l’environnement. »

Une question me brûle les lèvres : « ici, vous recréez une équipe forte, mais ne craignez-vous pas que les pièces maîtresses vous soient retirées tôt ou tard par d’agressifs adeptes du mercato ? « Je ne crois pas, répond-il sans hésiter. Entraîner des équipes de nageurs venus de l’extérieur n’est pas une chose simple. Et puis quand un nageur quitte un club, c’est que quelque chose s’est mal passé. Quand un nageur vous quitte, ce n’est pas forcément pour les bonnes raisons. »

L’une des questions les plus pertinentes qu’on puisse poser à un entraîneur me semble être celle de ses influences, de ses sources d’inspiration – techniques principalement. Michel Chrétien fait la moue : « au début, j’ai été influencé par le modèle US, que j’admirais, mais avec le temps, l’impact de ce modèle sur mon travail s’est estompé. Claude Fauquet encourageait fort justement à ne pas s’accrocher à des modèles. Vous savez, je suis un autodidacte. Alors, oui, on peut s’intéresser à ce que disait James Counsilman, j’ai beaucoup admiré les apports des grands entraîneurs russes dans le domaine de la physiologie, ce que faisait techniquement  Ryan Lochte dans l’eau, mais il faut ensuite reprendre tout ça à sa façon personnelle. J’ai beaucoup écouté les maîtres français de la natation, Denis Auguin, Fabrice Pellerin. Je questionne mes confrères, ce qu’ils font m’intéresse, cela revient à partager, à m’informer. Mais la technique, c’est aussi le nageur. Ce n’est pas moi qui ai trouvé les coulées de Stravius, c’est lui. Maintenant, bien entendu, il y a les fondamentaux, la biomécanique, tout ça. Mais après, il y a l’adaptation individuelle. Fuchs mesure 1,98m, il utilise son corps différemment d’un garçon d’1,72m. »

MES NAGEURS SONT DIFFÉRENTS, NAGENT DIFFÉREMMENT. JE LEUR APPRENDS A RESPECTER LA TECHNIQUE, MAIS LEURS STYLES DIFFERENT

J’ai appris que cette année, Chrétien avait emmené ses nageurs en stage, une demi-journée à nager dans la piscine, une demi-journée à nager dans l’océan : « on a fait ça une semaine, c’est à Mimizan, à Arcachon. Ça les sort de la piscine, on espère du beau temps, et ils refont en attendant la vague les gestes de la nage. Plus généralement, on donne beaucoup de temps au travail au sec ; on a fait des entraînements de boxe, pratiqué le yoga ; trois fois la semaine, les lundis-mercredi-vendredi, c’est musculation : travail de la force. »

On pourrait parler de bien autre chose… Le style, par exemple : chaque entraîneur en a une idée. Chaque bon entraîneur le défend, mais le récuse en même temps. Pour Picasso, Dieu était un grand artiste, mais n’avait pas un style : « il a fait la girafe, l’éléphant et le chat. Il n’a pas de style réel. Il continue juste à essayer autre chose. » Je ne saurais comparer un coach au dieu de Picasso, mais… Samedi 17 février, à Courbevoie, j’ai pu voir le duel entre ses deux « géants » sur 200 mètres, Roman Fuchs, 1,98m, et Alexandre Derache, 1,97m, et constater qu’ils ne nagent pas pareil. Derache « boîte » dans l’eau, dans un rythme saccadé, irrégulier (cela n’est pas mal nager, j’ai vu des références, Mark Spitz, Bruce Furniss, Matt Biondi, nager comme ça)… Chrétien confirme : « … oui, et Fuchs tourne de façon plus régulière, moins fluctuante. Mes nageurs sont tous différents, ils nagent différemment. Je leur apprends à respecter la technique, mais leurs styles diffèrent. C’est leur personnalité. On a souvent insisté sur les coulées de Jeremy Stravius, mais ces coulées, je ne les lui ai pas enseignées, elles sont venues de lui. Il n’y a pas de modèle unique de nageur, mais une variété, et chacun exprime dans l’eau son tempérament. »

 (1). La course est enlevée en 2’14s70 par une biélorusse du CS Clichy, Hannah Lorgeril-Scherba, qui, selon les règlements malthusiens de la France, ne peut être classée championne de France. Cartiaux, 2’15s75, devance Manaudou de 0s07 grâce à un retour en crawl d’anthologie.

DE L’OMBRE DU PERE A LA LUMIERE… ERIC BOISSIERE (1951-2018), LE COACH QUI SAVAIT TOUT FAIRE

 

Pendant longtemps, Eric Boissière fut « le fils de Guy », dont il avait pris la suite comme entraîneur des Vikings de Rouen. Aujourd’hui, il convient de rappeler aux jeunes que Guy Boissière était le père d’Eric, qui vient de disparaître dans sa soixante-septième année après une belle carrière de technicien…

Éric LAHMY

Vendredi 9 Décembre 2018

Éric BOISSIÈRE s’accrochait à sa passion ; atteint par la limite d’âge, il devait partir à la retraite en février 2016, mais se voyait mal éloigné des bassins ; il avait œuvré, avec l’appui de la direction technique nationale, où Jacques FAVRE, alors DTN, et Stéphane LECAT, directeur de la natation et de l’eau libre, avaient dégagé la voie, et obtenu du Ministère une prorogation de son contrat. Cette rallonge (jusqu’en août 2016) devait lui permettre de suivre ses nageurs jusqu’aux Jeux olympiques de Rio.

Mais quarante ans à longer les bords du bassin de la piscine de Rouen ne lui suffisaient pas. Il en redemandait. Il avait donc trouvé le moyen de prolonger la prolongation. S’appuyant sur une règle qui permet à un père de famille ayant charge d’enfants mineurs à plus de 50 ans, de retarder l’âge de la retraite, il s’était engouffré dans la brèche, son contrat avait été étendu jusqu’à 2019, et on ne sait pas trop jusqu’où son désir d’entraîner l’aurait amené si la fatalité n’avait sifflé la fin, pour lui, de la partie.

Il y a trois mois, Eric appartenait à l’encadrement de l’équipe nationale d’eau libre qui partait en stage au Japon. Quelque chose ne tournait pas rond, cependant. Il avait dramatiquement maigri. Je m’étais imaginé qu’il avait voulu retrouver sa silhouette de jeune homme. Mais il n’avait pas assez pris garde à certains signes inquiétants. A la veille de s’embarquer, il avait paru assez chancelant, et autant une secrétaire de direction de la Fédération que Stéphane LECAT et quelques autres s’étaient posé des questions. Eric balayait tous les arguments, il allait bien. Il s’envola pour le Soleil Levant. Là, un malaise l’assaillit. Les médecins japonais diagnostiquèrent un cancer du pancréas, et il fallut le rapatrier, l’hospitaliser à Rouen, où son état fut jugé désespéré : c’était trop tard pour opérer, trop tard pour espérer quoique ce soit d’une chimio… Il décédait dans la nuit du 1er au 2 février.

Patrick DELEAVAL faisait remarquer à des amis de la Fédération qu’Eric avait poussé des nageurs vers les sommets pendant dix olympiades, de 1980 à 2016. Son premier élève de  valeur olympique, Xavier SAVIN, avait en effet atteint la finale du 100 mètres papillon des Jeux olympiques de Moscou, en 1980, où il avait fini 7e, juste derrière le Britannique Gary ABRAHAM, le très oublié « inventeur » des coulées sous-marines. Trente-sept années après cette initiation à la grandeur, le dernier élément que BOISSIERE junior mitonnait à sa manière, avec la science d’un maître-queue qui prépare un chef d’œuvre de gastronomie, était Logan FONTAINE, natif d’Argentan, issu d’une famille totalement impliquée dans la natation, et une sorte de précoce génie des eaux vite auréolé de titres de champion d’Europe et du monde juniors de l’eau libre. Beaucoup de gens pensent que BOISSIERE visait, à travers ce surdoué, le titre de champion olympique des 10 kilomètres aux Jeux de Tokyo…

« Nous avons pour ainsi dire commencé ensemble, moi dans l’eau et lui au bord du bassin, se souvient Xavier SAVIN. Eric avait autour de 25 ans, il venait d’être embauché par le Club Nautique Havrais, et il m’a alors entraîné. Comme son père, Guy (1929-2005), il était totalement engagé dans son métier d’entraîneur, d’une façon tellement exclusive que je me demande si, au bout d’un certain nombre d’années, les nageurs ne finissaient pas par partir, comme Fabien Gilot, un peu épuisés par sa passion de tous les instants.

« C’était ce que Guy et Eric avaient en commun, cet engagement total, au mépris, d’ailleurs, du reste de leur vie. Ils étaient comme deux artistes, entièrement consacrés à leur passion, explique encore Xavier. Si le reste existait quand même – tous deux étaient des bons vivants et Guy avait nourri deux puissants hobbies, le golf et la peinture –, la natation passait en tête.

On ne peut cerner facilement ce qu’étaient les relations entre ce père et ce fils, si différents, l’un sanguin, extraverti et « mâle dominant », l’autre comme retiré en lui-même, capable de se livrer certes, mais en recul et très rarement au point de s’exposer…

Différents, donc, mais jumeaux sur au moins un point, la totalité de leur engagement ! Ils jouaient un jeu, celui de la complicité : « je me souviens, raconte Jean-Pierre Le Bihan, qui était alors Directeur technique national adjoint, des arrivées du père et du fils aux Tourelles. Guy braillait à son rejeton, perché de l’autre côté des gradins, un tonitruant « qu’est-ce qui est plus con qu’un CTR ? », et Eric (qui était CTR) de hurler sur le même ton : « deux CTR. »

BOISSIERE avait-il désiré plus que tout l’acquiescement de son père ? Visiblement, un tel défi fut, à tout le moins, le moteur initial de son formidable engagement. Entraîner dans une piscine qui portait le nom de ce géniteur devait avoir quelque chose d’exaltant, mais aussi sans doute aussi d’écrasant.

 « Eric était fidèle dans sa relation aux nageurs, d’une fidélité qui s’inscrivait dans des années, note SAVIN. Il en devenait exclusif même, il avait besoin de cette relation, très intime, privilégiée. C’était générosité, de sa part, et il l’a pratiquée jusqu’au bout, malgré la maladie. Avant qu’il n’arrive au Havre, je ne faisais que nageoter, quatre fois par semaine. Son ambition ne lui permettait pas de se contenter de si peu. Pour me permettre un deuxième entraînement quotidien, il venait me chercher en voiture à l’école, m’y ramenait après la séance, et s’imposait des va-et-vient, trois fois par jour s’il le fallait, entre la maison la piscine, l’école de management de Normandie où j’étudiais. Pendant trois ans, entre dix-huit et vingt et un ans (de 1978 à 1982), il venait me chercher et me ramenait aux cours chaque jour de la semaine.

« Cette façon de fonctionner, note encore Xavier, l’empêchait d’entraîner de grosses équipes. Quand son meilleur nageur le quittait, il en trouvait un autre. Cela ne l’a pas empêché d’obtenir de cette façon un beau palmarès. »

On sait qu’après avoir honoré un atavisme d’entraîneur de sprint sans doute inculqué, encore une fois, par son père, Guy, lequel avait « coaché » pendant sa longue carrière » des internationaux de la dimension de Michel ROUSSEAU (champion et recordman d’Europe, vice-champion du monde), Xavier SAVIN (finaliste olympique) et Stephan CARON (champion d’Europe, médaillé d’argent mondial et double médaillé olympique), Eric s’est trouvé embarqué dans l’aventure de l’eau libre.

 CETTE CAPACITE TRES ADMIREE, QUASI CAMELEONESQUE, DE S’ADAPTER, ENTRE UNE DISCIPLINE ET UNE AUTRE, ERIC LA TENAIT DE SA PASSION, ET DE SA CULTURE DE LA COMPETITION, EXTRÊMEMENT DEVELOPPEES

 Techniquement, il s’agissait d’un grand écart difficile, ou, pour le moins inhabituel. Si l’on excepte les débuts du sport, celui des premières olympiades, où rien d’important ne différenciait la course longue des épreuves électriques du sprint, on note, avec le temps, une certaine spécialisation, non seulement des nageurs, mais aussi des entraîneurs.

Pour Xavier SAVIN, cette capacité très admirée, quasi caméléonesque, de s’adapter, entre une discipline et une autre, Eric la tenait de « sa passion, et de sa culture de la compétition, extrêmement développées. Je suis sûr qu’entraîneur de gymnastique ou d’athlétisme, il aurait réussi de la même façon à obtenir des résultats. C’était un esprit curieux, il aimait se renseigner sur ce qu’il y avait de mieux et visait haut. Lorsque j’ai voulu étudier aux Etats-Unis, il m’a dirigé vers la top-université, à la fois aux plans études et natation, et je me suis retrouvé à Gainesville, en Floride, qu’entraînait Randy REESE [coach universitaire NCAA masculin des années 1983 et 1984, et féminin des années 1982 et 1988]. Quand je plongeais, je trouvais dans l’eau David McCAGG (recordman et champion du monde du 100 libre en 1978), Tracy CAULKINS (quintuple championne du monde en 1978) et sa sœur Amy. » Il y avait aussi Craig BEARDSLEY, alors recordman du monde du 200 papillon et d’autres encore… « Mais ce n’est pas tout. Eric a organisé les conditions de mon déplacement d’étudiant nageur, pendant mon service militaire : j’étais détaché du BJ. »

Ce fonctionnement, cette façon de prendre en compte tous les facteurs techniques et humains, et de baliser la route de ses élèves, lui avait apporté une énorme compétence et le respect de ses confrères. Il est difficile de dire ce qu’Eric avait appris de son père, l’un des techniciens les plus pointus de l’époque, mais cela ne devait pas être mince. Comme ensuite il n’avait cessé de s’interroger sur son métier, et, sous des dehors de taiseux, en connaissait un rayon, il s’avançait tel un iceberg ou un sous-marin de la technique, où la réalité de ses connaissances n’apparaissait pas.

Or, à la différence de la « culture » française, du moins telle qu’elle m’est souvent rapportée, et dénoncée, où les entraîneurs cacheraient jalousement leurs recettes, Eric ne craignait pas de dévoiler sa méthode. Il était assez sûr de ce qu’il faisait pour en parler, et assez humble pour envisager sereinement la critique. Seulement, ce n’était pas dans sa nature de se mettre en avant…

A plusieurs reprises, je l’avais interviewé pour une raison ou une autre, ou lorsque ses nageurs obtenaient des succès, et j’étais frappé par la richesse de ses analyses. Il les délivrait sous une forme particulière. Eric démarrait lentement, précautionneusement, par une première notation. Puis, prenant son temps, entrecoupant son propos de pauses, il déroulait tranquillement le fil de sa réflexion. Cela n’allait pas forcément très vite, il prenait le temps de cogiter, mais au bout de quelques minutes, il m’avait en quelque sorte, fait mon article. Là, où avec d’autres, je devais relancer parfois à de nombreuses reprises, mon unique question amenait chez Eric une réponse qui pouvait couvrir des pages, et dont il n’y avait rien à retirer : il pouvait se montrer disert sans être bavard, cela tombait juste et profond. Je me souviens ainsi d’un article sur Logan FONTAINE où Eric me dit tout sans que j’aie eu besoin de le réactiver. Une telle gageure, il la réussissait pour ainsi dire à tous coups.

J’avais eu l’occasion de le connaître à une époque où il avait été journaliste à Liberté-Dimanche, dans les années 1970. On s’était retrouvé, des soirs de championnats et on avait dîné ensemble à quelques reprises. Je ne me souviens guère de nos conversations (les événements de la natation devaient y prendre une grande part), mais je crois bien que le métier de journaliste ne l’emballait pas. Il s’est beaucoup plus fait plaisir comme entraîneur que comme journaliste, un métier qui vous coupe des autres autant qu’il vous lie à eux. Même s’il savait commenter parce qu’il savait analyser, Eric préférait agir qu’épiloguer sur les actions des autres. Je me souviens ainsi d’un autre nageur, Jean-Noël REINHARDT, qui, s’étant essayé dans le journalisme, décida qu’il « préférait agir qu’interpréter », s’offrit un passage chez ADIDAS, puis au COQ SPORTIF, et devint président du directoire de VIRGIN FRANCE.

Eric abandonna donc la plume, et, privilégiant le savoir-faire sur le faire-savoir, devint maître-nageur, opérant au camping Saint-Hubert puis à Rouen, tout en passant ses diplômes d’entraîneur…

PARMI LES TEMOINS D’UN ERIC BOISSIERE, NAGEUR ET ENTRAINEUR, SE DETACHE LA FIGURE DE FRANÇOIS HAUGUEL

Avant cela, à force de travail, Eric était devenu un élément solide, international B. Vincent LEROYER, un bon dossiste et futur représentant de la société Arena, qui nagea au Havre, puis à Rouen, se souvient qu’à ses débuts, « le nageur à battre, c’était Eric BOISSIERE. Il était extrêmement consciencieux, mais il savait faire la fête. Je me souviens qu’il était de ces soirées de nageurs qui allaient du 24 décembre au soir au 1er janvier au matin, et à l’issue desquelles Guy nous attendait de pied ferme au bord du bassin… »

Parmi les témoins d’un Eric BOISSIERE, nageur et entraîneur, se détache la figure de François HAUGUEL. Un mimétisme a rapproché François et Eric: ils étaient tous deux des héritiers; Eric avait pris la suite de son père comme entraîneur des Vikings de Rouen, et François HAUGUEL, architecte dans le civil, lui, avait pris la suite de son père, Roger, comme président du club des Vikings. Tous deux furent des héritiers qui surent faire prospérer le domaine. François, dans l’ombre de Guy et d’Eric, a beaucoup œuvré et donné de sa personne pour le renom du club et a aidé à enlever le morceau à plus d’une reprise, ainsi quand il mit son entregent au service de l’élévation des Vikings au titre de pôle espoir, puis de pôle France. Mais n’anticipons pas :

« J’avais quatre ans de plus que lui et je l’ai vu arriver à la piscine quand il s’est mis à nager, vers 1956, raconte HAUGUEL. Il nageait mal, au grand désespoir de son père, mais c’était un courageux. Il s’employait deux ou trois fois plus que les autres. Il a nagé énormément, et il a quand même fini international. Je crois qu’il a été un tel combattant, et qu’il a montré une telle ambition, afin de prouver sa valeur à son père, lequel l’engueulait parce que, disait-il, il « nageait le plus mal. »

« Au bout du compte, on a eu à l’époque un relais quatre nages de Normands qui comptait les trois Eric du club, BOISSIERE en dos (il se débrouillait bien dans ce style), DUPERRON et LELOUP.

« On sait moins qu’Eric a joué au water-polo pendant quelques années. Vers 35 ans, il a fait aussi du triathlon avec tout un groupe où je me trouvais.

« C’est Eric qui, de Rouen, lança l’aventure du relais quatre fois 100 mètres français » qui a été entièrement imputée, à tort, au Cercle des Nageurs de Marseille (même si le club phocéen joua ensuite un rôle fondamental). Dans l’année 2002-2003, Eric était le responsable du relais quatre fois 100 mètres, dont il entraînait deux éléments, Fabien GILOT et Julien SICOT, tandis que Romain BARNIER évoluait alors à Antibes et BOUSQUET à Auburn, aux USA.

« Aux championnats du monde de Barcelone, en août 2003, continue François HAUGUEL, ce relais à moitié rouennais et dont Eric était le responsable, enleva la médaille de bronze. » BOUSQUET, un relayeur phénoménal, qui terminait le parcours, s’élança en septième position, réussit 47s03, le deuxième 100 mètres lancé de l’histoire derrière un 47s02 de Pieter VAN DEN HOOGENBAND, remonta quatre places et plaça ses potes sur le podium : 3e.

« Il avait été un bosseur quand il nageait, il est resté bosseur comme entraîneur, conclut François HAUGUEL. Et il a fini par égaler le palmarès de son père grâce à son travail et à sa passion. » Ceci bien qu’il se soit fait régulièrement et systématiquement dépouiller de ses meilleurs éléments. « Quand Fabien GILOT est parti pour Marseille, Eric a eu une dent contre Romain BARNIER, mais ensuite il a admis que cela était un bien pour ce garçon.

« Je suis resté président du club pendant vingt ans, et on a travaillé ensemble. Il n’était pas facile de viser les ambitions suprêmes, parce que Rouen n’avait pas le tissu industriel pour rivaliser en termes d’avantages, appartements, bourses, etc., aux nageurs. A cela s’ajoutait qu’après des années avec le même entraîneur, les nageurs éprouvent le besoin de changer d’air ; Stephan CARON avait quitté Guy et est parti à Paris où il a pu nager au Racing et poursuivre ses études ; GILOT s’en est allé à Marseille. Et comme ce besoin de nouveauté, de changement, se faisait inévitablement sentir, GILOT, à Marseille, pour ne citer que lui, a changé plus tard d’entraîneur et quitté BARNIER pour un autre entraîneur du club, » Julien JACQUIER.

SES ULTIMES AMBITIONS: UN PÔLE FRANCE A ROUEN EN 2018 ET LE TITRE OLYMPIQUE DU 10 KILOMETRES POUR LOGAN FONTAINE EN 2020 

Un autre témoin de l’aventure d’Eric, Guy DUPONT, avait été président de la Ligue de Normandie de natation. « Eric BOISSIERE, dit-il, c’était un grand monsieur, qui, à la suite de son père, fit des Vikings de Rouen le fleuron de la natation normande. Il laisse un vide énorme. Je l’ai côtoyé pendant trente ans, dont dix-sept où il fut mon délégué technique. Il fut proprement extraordinaire ; et quoique habité par une grande passion, il n’initia jamais la moindre polémique. »

Au plan humain, Eric avait les qualités sans les défauts de ces qualités. « C’est ensemble que nous avons travaillé à faire de Rouen un pôle espoirs et un pôle France. Il était à mes côtés quand j’allais démarcher les puissants, les décisionnaires normands. Sa fidélité était à toute épreuve, et quand je n’ai plus été président de la Ligue, il a continué de m’envoyer par SMS, après chaque rencontre, les résultats, qu’ils soient bons ou pas, de ses nageurs. Il était passionné, et aussi d’une totale honnêteté. Il avait une relation avec ses nageurs, un feeling, sans faire de bruit. Il ne fanfaronnait pas : sa vie, c’était la natation. Il se levait tôt le matin, à six heures, et se rendait à la piscine, « parce que, me disait-il, je veux être avec les gars. » Quand le pôle France de Rouen fut fermé après que ses derniers grands sprinters eurent rejoint Marseille, il me dit : « eh bien, on se remet au travail et on reconstruit tout ça. » D’ailleurs, on espérait bien, à coups de résultats, rouvrir un pôle France à Rouen, en 2018. En Normandie, le label de la natation, c’était lui, Eric, il avait ramené des dizaines de nageurs…Ce qui me navre, c’est qu’il avait réussi à conserver son travail pour entraîner jusqu’aux Jeux de Tokyo et qu’il n’a pu réaliser ce rêve. »

Mais à force de se faire dépouiller de ses nageurs, Eric s’est trouvé à court de sprinters. Il était en train de disparaître des écrans radar du haut niveau, de moins en moins de gens se souvenaient de son existence et l’on commençait à parler de lui au passé quand il trouva le moyen de se réinventer en entraîneur de longues distances…

APRES DAMIEN CATTIN-VIDAL, IL DECOUVRE LOGAN FONTAINE ET ENTEND L’EMMENER AU TITRE OLYMPIQUE DE TOKYO

« Cela a été un peu par hasard, m’a raconté Eric, voici un ou deux ans, au sujet de sa métamorphose ; quand, vers 2006-2008, ayant perdu à la suite Grégoire Mallet, Fabien Gilot, Xavier Trannoy, Diana Bui-Duyet, je me suis retrouvé avec un groupe de nageurs dont le meilleur élément était Damien CATTIN-VIDAL. Un demi-fondeur. Il venait d’obtenir du bronze sur 400 mètres quatre nages aux championnats de France. Très bon crawleur, ses progrès ont fait de lui un nageur de 1500 mètres très compétitif. Un jour, son ancien coach (et directeur de la piscine) de Sens, Frédéric ELTER-LAFFITTE, le fils de Jacques Laffitte, à Troyes, lui a demandé de nager un 5000 mètres pour le club, à Montargis. Damien détestait l’eau libre, – pour lui, c’était le 25 kilomètres, qui devait le repousser – et n’appréciait pas le 5000 mètres en piscine que je faisais faire à mes nageurs, chaque année, pour leur travail de distance. Je l’ai encouragé à nager pour son ancien club, cela me paraissait être un bon retour d’ascenseur, et il s’est qualifié pour les nationaux en battant deux spécialistes reconnus. Encouragé à continuer, il a nagé les France à Mimizan et a fini 3e du 10.000 mètres. Je n’y connaissais rien, et quand j’ai vu les autres entraîneurs amener du ravitaillement, je me suis dit, pas besoin, pour 10 kilomètres, et vers la fin il a connu un coup de moins bien. Dès lors, je me suis documenté… »

L’homme qui fabriquait des sprinteurs en piscine trouva ainsi la voie du large, ou plus exactement, en l’occurrence, du long, et il ne cessa de sortir par rafales de bons éléments eau libre avec la même régularité. Il ne fut pas du voyage à Kazan, où se tinrent les mondiaux 2015, parce qu’il n’y avait qualifié aucun de ses nageurs, Damien CATTIN-VIDAL étant blessé (double conflit des hanches, une traumatologie assez spécifiques du nageur de longues distances). Eric accompagna donc les jeunes aux championnats d’Europe juniors. Là, un de ses poulains, Logan FONTAINE, 16 ans, qu’en 2014, l’Aquatic Club Honfleurais lui avait confié, et qui, ayant marqué des progrès extraordinaires, avait remporta début juin les championnats de France cadets contre-la-montre et des 5 kilomètres (terminant 2e des seniors), chose jamais vue chez un cadet première année, gagna les 5 kilomètres des championnats d’Europe, à Tenero, en Suisse, où il nageait avec d’autres élèves de Boissière, Corentin RABIER, Valentin BERNARD et Claire LEMAIRE (championne de France juniors des 5 et des 25 kilomètres).

BOISSIERE lançait aussi Yann CORBEL, fils d’un autre nageur, Christian CORBEL ; David AUBRY, Marc-Antoine OLIVIER, médaillé olympique 2016  et mondial 2017, Antoine GOZDOWSKI étaient passés par les Vikings. En quelques années, BOISSIERE était devenu le grand pourvoyeur de la longue distance en équipe de France.

Le passage à l’eau libre ne s’est pas passé sans le genre de petites dérisions que les gens d’un milieu aiment lancer au nouvel immigrant. « Je l’ai vu arriver, raconte encore LEROYER, avec Damien CATTIN-VIDAL, et les gens du cru les charriaient, genre « dis-moi, comment tu vas faire sans les lignes d’eau », ou « est-ce que tu sauras trouver l’arrivée », mais il s’est avéré que Damien se repérait très bien dans l’eau. » On l’a dit, il enleva le bronze, dès son coup d’essai. 

A LA VEILLE DE PARTIR, IL A EXPLIQUE QU’IL N’ETAIT PAS INTERESSE PAR LES FLEURS ET LES COURONNES, ET AVAIT SUGGERE UNE ACTION, UNE DOTATION, QUI POURRAIT AIDER LES NAGEURS D’EAU LIBRE.

Entré dans le grand bain, Eric eut tôt fait de se faire sa place. « Les coaches en déplacement vivent dans une sorte de concubinage en se partageant les chambres, plaisante Frédéric BARALE, qui fut généralement, ces deux années, son coturne. J’éprouve aujourd’hui un sentiment de tristesse. Je l’ai vu pour la dernière fois en octobre, Stéphane (LECAT) avait organisé une réunion. Eric en était. C’était un garçon discret. Il gagnait à être connu.. Il se caractérisait par sa motivation, ses qualités de concentration, et il était très apprécié. On discutait, et il avait des idées très arrêtées, et intéressantes, sur la vie. Il aimait les bonnes choses, par exemple. Il essayait de faire perdurer son action, et a proposé d’installer Damien CATTIN-VIDAL pour reprendre l’entraînement en son absence… A la veille de partir, il a expliqué qu’il n’était pas intéressé par les fleurs et les couronnes, et avait suggéré une action, une dotation, qui pourrait aider les nageurs d’eau libre.» C’était du Eric Boissière tout craché: le Viking avait imaginé de mourir utile! Ce lundi 12 février, Stéphane LECAT et Catherine GROJEAN discuteront des modalités de cette opération, au siège de la FFN. Cette « fondation » devrait utiliser le système pay pal…

Pour LEROYER comme pour tous ceux qui l’ont approché, Eric sortait de l’ordinaire parce qu’il ne plastronnait jamais : « il aurait pu avoir la grosse tête ; mais il restait humble en face de l’incertitude sportive.

« Il avait aussi un côté rocker, cheveux longs, bagues, un côté décalé qui le rendait très attachant. Il était devenu le doyen du bord des bassins ; il repérait les bons nageurs et faisait partie des coaches qui travaillaient bien…

« Il ne formait pas des tordus et des m’as-tu vu. Ses nageurs étaient intelligents et c’est un signe. Il était admiré par Stéphane LECAT, et cela montre quelque chose. Je ne l’ai jamais vu jaloux des résultats des autres ; Il avait l’œil et il appréciait.

« Il a vécu plusieurs vies, et dans ce qu’il faisait, je ne vois que rigueur et exemplarité. »

A la mort de Guy BOISSIERE, Michel Rousseau me tint un propos qui me frappa : « Quand une personne meurt, on ne veut rappeler que des bonnes choses ; mais même en me forçant, il ne me vient que du bon de lui. » La formule va comme un gant pour son fils.

_________________________________

Les obsèques d’Eric Boissière auront lieu ce mercredi 14 février 2018 à 17h00 au crématorium de Rouen – rue du Mesnil Gremichon. Suivant la volonté du défunt, pas de fleurs ni couronnes, mais des urnes seront à la disposition de ceux qui souhaiteront faire un don en faveur de l’Eau Libre de haut niveau.