Catégorie : Natation

DE L’OMBRE DU PERE A LA LUMIERE… ERIC BOISSIERE (1951-2018), LE COACH QUI SAVAIT TOUT FAIRE

 

Pendant longtemps, Eric Boissière fut « le fils de Guy », dont il avait pris la suite comme entraîneur des Vikings de Rouen. Aujourd’hui, il convient de rappeler aux jeunes que Guy Boissière était le père d’Eric, qui vient de disparaître dans sa soixante-septième année après une belle carrière de technicien…

Éric LAHMY

Vendredi 9 Décembre 2018

Éric BOISSIÈRE s’accrochait à sa passion ; atteint par la limite d’âge, il devait partir à la retraite en février 2016, mais se voyait mal éloigné des bassins ; il avait œuvré, avec l’appui de la direction technique nationale, où Jacques FAVRE, alors DTN, et Stéphane LECAT, directeur de la natation et de l’eau libre, avaient dégagé la voie, et obtenu du Ministère une prorogation de son contrat. Cette rallonge (jusqu’en août 2016) devait lui permettre de suivre ses nageurs jusqu’aux Jeux olympiques de Rio.

Mais quarante ans à longer les bords du bassin de la piscine de Rouen ne lui suffisaient pas. Il en redemandait. Il avait donc trouvé le moyen de prolonger la prolongation. S’appuyant sur une règle qui permet à un père de famille ayant charge d’enfants mineurs à plus de 50 ans, de retarder l’âge de la retraite, il s’était engouffré dans la brèche, son contrat avait été étendu jusqu’à 2019, et on ne sait pas trop jusqu’où son désir d’entraîner l’aurait amené si la fatalité n’avait sifflé la fin, pour lui, de la partie.

Il y a trois mois, Eric appartenait à l’encadrement de l’équipe nationale d’eau libre qui partait en stage au Japon. Quelque chose ne tournait pas rond, cependant. Il avait dramatiquement maigri. Je m’étais imaginé qu’il avait voulu retrouver sa silhouette de jeune homme. Mais il n’avait pas assez pris garde à certains signes inquiétants. A la veille de s’embarquer, il avait paru assez chancelant, et autant une secrétaire de direction de la Fédération que Stéphane LECAT et quelques autres s’étaient posé des questions. Eric balayait tous les arguments, il allait bien. Il s’envola pour le Soleil Levant. Là, un malaise l’assaillit. Les médecins japonais diagnostiquèrent un cancer du pancréas, et il fallut le rapatrier, l’hospitaliser à Rouen, où son état fut jugé désespéré : c’était trop tard pour opérer, trop tard pour espérer quoique ce soit d’une chimio… Il décédait dans la nuit du 1er au 2 février.

Patrick DELEAVAL faisait remarquer à des amis de la Fédération qu’Eric avait poussé des nageurs vers les sommets pendant dix olympiades, de 1980 à 2016. Son premier élève de  valeur olympique, Xavier SAVIN, avait en effet atteint la finale du 100 mètres papillon des Jeux olympiques de Moscou, en 1980, où il avait fini 7e, juste derrière le Britannique Gary ABRAHAM, le très oublié « inventeur » des coulées sous-marines. Trente-sept années après cette initiation à la grandeur, le dernier élément que BOISSIERE junior mitonnait à sa manière, avec la science d’un maître-queue qui prépare un chef d’œuvre de gastronomie, était Logan FONTAINE, natif d’Argentan, issu d’une famille totalement impliquée dans la natation, et une sorte de précoce génie des eaux vite auréolé de titres de champion d’Europe et du monde juniors de l’eau libre. Beaucoup de gens pensent que BOISSIERE visait, à travers ce surdoué, le titre de champion olympique des 10 kilomètres aux Jeux de Tokyo…

« Nous avons pour ainsi dire commencé ensemble, moi dans l’eau et lui au bord du bassin, se souvient Xavier SAVIN. Eric avait autour de 25 ans, il venait d’être embauché par le Club Nautique Havrais, et il m’a alors entraîné. Comme son père, Guy (1929-2005), il était totalement engagé dans son métier d’entraîneur, d’une façon tellement exclusive que je me demande si, au bout d’un certain nombre d’années, les nageurs ne finissaient pas par partir, comme Fabien Gilot, un peu épuisés par sa passion de tous les instants.

« C’était ce que Guy et Eric avaient en commun, cet engagement total, au mépris, d’ailleurs, du reste de leur vie. Ils étaient comme deux artistes, entièrement consacrés à leur passion, explique encore Xavier. Si le reste existait quand même – tous deux étaient des bons vivants et Guy avait nourri deux puissants hobbies, le golf et la peinture –, la natation passait en tête.

On ne peut cerner facilement ce qu’étaient les relations entre ce père et ce fils, si différents, l’un sanguin, extraverti et « mâle dominant », l’autre comme retiré en lui-même, capable de se livrer certes, mais en recul et très rarement au point de s’exposer…

Différents, donc, mais jumeaux sur au moins un point, la totalité de leur engagement ! Ils jouaient un jeu, celui de la complicité : « je me souviens, raconte Jean-Pierre Le Bihan, qui était alors Directeur technique national adjoint, des arrivées du père et du fils aux Tourelles. Guy braillait à son rejeton, perché de l’autre côté des gradins, un tonitruant « qu’est-ce qui est plus con qu’un CTR ? », et Eric (qui était CTR) de hurler sur le même ton : « deux CTR. »

BOISSIERE avait-il désiré plus que tout l’acquiescement de son père ? Visiblement, un tel défi fut, à tout le moins, le moteur initial de son formidable engagement. Entraîner dans une piscine qui portait le nom de ce géniteur devait avoir quelque chose d’exaltant, mais aussi sans doute aussi d’écrasant.

 « Eric était fidèle dans sa relation aux nageurs, d’une fidélité qui s’inscrivait dans des années, note SAVIN. Il en devenait exclusif même, il avait besoin de cette relation, très intime, privilégiée. C’était générosité, de sa part, et il l’a pratiquée jusqu’au bout, malgré la maladie. Avant qu’il n’arrive au Havre, je ne faisais que nageoter, quatre fois par semaine. Son ambition ne lui permettait pas de se contenter de si peu. Pour me permettre un deuxième entraînement quotidien, il venait me chercher en voiture à l’école, m’y ramenait après la séance, et s’imposait des va-et-vient, trois fois par jour s’il le fallait, entre la maison la piscine, l’école de management de Normandie où j’étudiais. Pendant trois ans, entre dix-huit et vingt et un ans (de 1978 à 1982), il venait me chercher et me ramenait aux cours chaque jour de la semaine.

« Cette façon de fonctionner, note encore Xavier, l’empêchait d’entraîner de grosses équipes. Quand son meilleur nageur le quittait, il en trouvait un autre. Cela ne l’a pas empêché d’obtenir de cette façon un beau palmarès. »

On sait qu’après avoir honoré un atavisme d’entraîneur de sprint sans doute inculqué, encore une fois, par son père, Guy, lequel avait « coaché » pendant sa longue carrière » des internationaux de la dimension de Michel ROUSSEAU (champion et recordman d’Europe, vice-champion du monde), Xavier SAVIN (finaliste olympique) et Stephan CARON (champion d’Europe, médaillé d’argent mondial et double médaillé olympique), Eric s’est trouvé embarqué dans l’aventure de l’eau libre.

 CETTE CAPACITE TRES ADMIREE, QUASI CAMELEONESQUE, DE S’ADAPTER, ENTRE UNE DISCIPLINE ET UNE AUTRE, ERIC LA TENAIT DE SA PASSION, ET DE SA CULTURE DE LA COMPETITION, EXTRÊMEMENT DEVELOPPEES

 Techniquement, il s’agissait d’un grand écart difficile, ou, pour le moins inhabituel. Si l’on excepte les débuts du sport, celui des premières olympiades, où rien d’important ne différenciait la course longue des épreuves électriques du sprint, on note, avec le temps, une certaine spécialisation, non seulement des nageurs, mais aussi des entraîneurs.

Pour Xavier SAVIN, cette capacité très admirée, quasi caméléonesque, de s’adapter, entre une discipline et une autre, Eric la tenait de « sa passion, et de sa culture de la compétition, extrêmement développées. Je suis sûr qu’entraîneur de gymnastique ou d’athlétisme, il aurait réussi de la même façon à obtenir des résultats. C’était un esprit curieux, il aimait se renseigner sur ce qu’il y avait de mieux et visait haut. Lorsque j’ai voulu étudier aux Etats-Unis, il m’a dirigé vers la top-université, à la fois aux plans études et natation, et je me suis retrouvé à Gainesville, en Floride, qu’entraînait Randy REESE [coach universitaire NCAA masculin des années 1983 et 1984, et féminin des années 1982 et 1988]. Quand je plongeais, je trouvais dans l’eau David McCAGG (recordman et champion du monde du 100 libre en 1978), Tracy CAULKINS (quintuple championne du monde en 1978) et sa sœur Amy. » Il y avait aussi Craig BEARDSLEY, alors recordman du monde du 200 papillon et d’autres encore… « Mais ce n’est pas tout. Eric a organisé les conditions de mon déplacement d’étudiant nageur, pendant mon service militaire : j’étais détaché du BJ. »

Ce fonctionnement, cette façon de prendre en compte tous les facteurs techniques et humains, et de baliser la route de ses élèves, lui avait apporté une énorme compétence et le respect de ses confrères. Il est difficile de dire ce qu’Eric avait appris de son père, l’un des techniciens les plus pointus de l’époque, mais cela ne devait pas être mince. Comme ensuite il n’avait cessé de s’interroger sur son métier, et, sous des dehors de taiseux, en connaissait un rayon, il s’avançait tel un iceberg ou un sous-marin de la technique, où la réalité de ses connaissances n’apparaissait pas.

Or, à la différence de la « culture » française, du moins telle qu’elle m’est souvent rapportée, et dénoncée, où les entraîneurs cacheraient jalousement leurs recettes, Eric ne craignait pas de dévoiler sa méthode. Il était assez sûr de ce qu’il faisait pour en parler, et assez humble pour envisager sereinement la critique. Seulement, ce n’était pas dans sa nature de se mettre en avant…

A plusieurs reprises, je l’avais interviewé pour une raison ou une autre, ou lorsque ses nageurs obtenaient des succès, et j’étais frappé par la richesse de ses analyses. Il les délivrait sous une forme particulière. Eric démarrait lentement, précautionneusement, par une première notation. Puis, prenant son temps, entrecoupant son propos de pauses, il déroulait tranquillement le fil de sa réflexion. Cela n’allait pas forcément très vite, il prenait le temps de cogiter, mais au bout de quelques minutes, il m’avait en quelque sorte, fait mon article. Là, où avec d’autres, je devais relancer parfois à de nombreuses reprises, mon unique question amenait chez Eric une réponse qui pouvait couvrir des pages, et dont il n’y avait rien à retirer : il pouvait se montrer disert sans être bavard, cela tombait juste et profond. Je me souviens ainsi d’un article sur Logan FONTAINE où Eric me dit tout sans que j’aie eu besoin de le réactiver. Une telle gageure, il la réussissait pour ainsi dire à tous coups.

J’avais eu l’occasion de le connaître à une époque où il avait été journaliste à Liberté-Dimanche, dans les années 1970. On s’était retrouvé, des soirs de championnats et on avait dîné ensemble à quelques reprises. Je ne me souviens guère de nos conversations (les événements de la natation devaient y prendre une grande part), mais je crois bien que le métier de journaliste ne l’emballait pas. Il s’est beaucoup plus fait plaisir comme entraîneur que comme journaliste, un métier qui vous coupe des autres autant qu’il vous lie à eux. Même s’il savait commenter parce qu’il savait analyser, Eric préférait agir qu’épiloguer sur les actions des autres. Je me souviens ainsi d’un autre nageur, Jean-Noël REINHARDT, qui, s’étant essayé dans le journalisme, décida qu’il « préférait agir qu’interpréter », s’offrit un passage chez ADIDAS, puis au COQ SPORTIF, et devint président du directoire de VIRGIN FRANCE.

Eric abandonna donc la plume, et, privilégiant le savoir-faire sur le faire-savoir, devint maître-nageur, opérant au camping Saint-Hubert puis à Rouen, tout en passant ses diplômes d’entraîneur…

PARMI LES TEMOINS D’UN ERIC BOISSIERE, NAGEUR ET ENTRAINEUR, SE DETACHE LA FIGURE DE FRANÇOIS HAUGUEL

Avant cela, à force de travail, Eric était devenu un élément solide, international B. Vincent LEROYER, un bon dossiste et futur représentant de la société Arena, qui nagea au Havre, puis à Rouen, se souvient qu’à ses débuts, « le nageur à battre, c’était Eric BOISSIERE. Il était extrêmement consciencieux, mais il savait faire la fête. Je me souviens qu’il était de ces soirées de nageurs qui allaient du 24 décembre au soir au 1er janvier au matin, et à l’issue desquelles Guy nous attendait de pied ferme au bord du bassin… »

Parmi les témoins d’un Eric BOISSIERE, nageur et entraîneur, se détache la figure de François HAUGUEL. Un mimétisme a rapproché François et Eric: ils étaient tous deux des héritiers; Eric avait pris la suite de son père comme entraîneur des Vikings de Rouen, et François HAUGUEL, architecte dans le civil, lui, avait pris la suite de son père, Roger, comme président du club des Vikings. Tous deux furent des héritiers qui surent faire prospérer le domaine. François, dans l’ombre de Guy et d’Eric, a beaucoup œuvré et donné de sa personne pour le renom du club et a aidé à enlever le morceau à plus d’une reprise, ainsi quand il mit son entregent au service de l’élévation des Vikings au titre de pôle espoir, puis de pôle France. Mais n’anticipons pas :

« J’avais quatre ans de plus que lui et je l’ai vu arriver à la piscine quand il s’est mis à nager, vers 1956, raconte HAUGUEL. Il nageait mal, au grand désespoir de son père, mais c’était un courageux. Il s’employait deux ou trois fois plus que les autres. Il a nagé énormément, et il a quand même fini international. Je crois qu’il a été un tel combattant, et qu’il a montré une telle ambition, afin de prouver sa valeur à son père, lequel l’engueulait parce que, disait-il, il « nageait le plus mal. »

« Au bout du compte, on a eu à l’époque un relais quatre nages de Normands qui comptait les trois Eric du club, BOISSIERE en dos (il se débrouillait bien dans ce style), DUPERRON et LELOUP.

« On sait moins qu’Eric a joué au water-polo pendant quelques années. Vers 35 ans, il a fait aussi du triathlon avec tout un groupe où je me trouvais.

« C’est Eric qui, de Rouen, lança l’aventure du relais quatre fois 100 mètres français » qui a été entièrement imputée, à tort, au Cercle des Nageurs de Marseille (même si le club phocéen joua ensuite un rôle fondamental). Dans l’année 2002-2003, Eric était le responsable du relais quatre fois 100 mètres, dont il entraînait deux éléments, Fabien GILOT et Julien SICOT, tandis que Romain BARNIER évoluait alors à Antibes et BOUSQUET à Auburn, aux USA.

« Aux championnats du monde de Barcelone, en août 2003, continue François HAUGUEL, ce relais à moitié rouennais et dont Eric était le responsable, enleva la médaille de bronze. » BOUSQUET, un relayeur phénoménal, qui terminait le parcours, s’élança en septième position, réussit 47s03, le deuxième 100 mètres lancé de l’histoire derrière un 47s02 de Pieter VAN DEN HOOGENBAND, remonta quatre places et plaça ses potes sur le podium : 3e.

« Il avait été un bosseur quand il nageait, il est resté bosseur comme entraîneur, conclut François HAUGUEL. Et il a fini par égaler le palmarès de son père grâce à son travail et à sa passion. » Ceci bien qu’il se soit fait régulièrement et systématiquement dépouiller de ses meilleurs éléments. « Quand Fabien GILOT est parti pour Marseille, Eric a eu une dent contre Romain BARNIER, mais ensuite il a admis que cela était un bien pour ce garçon.

« Je suis resté président du club pendant vingt ans, et on a travaillé ensemble. Il n’était pas facile de viser les ambitions suprêmes, parce que Rouen n’avait pas le tissu industriel pour rivaliser en termes d’avantages, appartements, bourses, etc., aux nageurs. A cela s’ajoutait qu’après des années avec le même entraîneur, les nageurs éprouvent le besoin de changer d’air ; Stephan CARON avait quitté Guy et est parti à Paris où il a pu nager au Racing et poursuivre ses études ; GILOT s’en est allé à Marseille. Et comme ce besoin de nouveauté, de changement, se faisait inévitablement sentir, GILOT, à Marseille, pour ne citer que lui, a changé plus tard d’entraîneur et quitté BARNIER pour un autre entraîneur du club, » Julien JACQUIER.

SES ULTIMES AMBITIONS: UN PÔLE FRANCE A ROUEN EN 2018 ET LE TITRE OLYMPIQUE DU 10 KILOMETRES POUR LOGAN FONTAINE EN 2020 

Un autre témoin de l’aventure d’Eric, Guy DUPONT, avait été président de la Ligue de Normandie de natation. « Eric BOISSIERE, dit-il, c’était un grand monsieur, qui, à la suite de son père, fit des Vikings de Rouen le fleuron de la natation normande. Il laisse un vide énorme. Je l’ai côtoyé pendant trente ans, dont dix-sept où il fut mon délégué technique. Il fut proprement extraordinaire ; et quoique habité par une grande passion, il n’initia jamais la moindre polémique. »

Au plan humain, Eric avait les qualités sans les défauts de ces qualités. « C’est ensemble que nous avons travaillé à faire de Rouen un pôle espoirs et un pôle France. Il était à mes côtés quand j’allais démarcher les puissants, les décisionnaires normands. Sa fidélité était à toute épreuve, et quand je n’ai plus été président de la Ligue, il a continué de m’envoyer par SMS, après chaque rencontre, les résultats, qu’ils soient bons ou pas, de ses nageurs. Il était passionné, et aussi d’une totale honnêteté. Il avait une relation avec ses nageurs, un feeling, sans faire de bruit. Il ne fanfaronnait pas : sa vie, c’était la natation. Il se levait tôt le matin, à six heures, et se rendait à la piscine, « parce que, me disait-il, je veux être avec les gars. » Quand le pôle France de Rouen fut fermé après que ses derniers grands sprinters eurent rejoint Marseille, il me dit : « eh bien, on se remet au travail et on reconstruit tout ça. » D’ailleurs, on espérait bien, à coups de résultats, rouvrir un pôle France à Rouen, en 2018. En Normandie, le label de la natation, c’était lui, Eric, il avait ramené des dizaines de nageurs…Ce qui me navre, c’est qu’il avait réussi à conserver son travail pour entraîner jusqu’aux Jeux de Tokyo et qu’il n’a pu réaliser ce rêve. »

Mais à force de se faire dépouiller de ses nageurs, Eric s’est trouvé à court de sprinters. Il était en train de disparaître des écrans radar du haut niveau, de moins en moins de gens se souvenaient de son existence et l’on commençait à parler de lui au passé quand il trouva le moyen de se réinventer en entraîneur de longues distances…

APRES DAMIEN CATTIN-VIDAL, IL DECOUVRE LOGAN FONTAINE ET ENTEND L’EMMENER AU TITRE OLYMPIQUE DE TOKYO

« Cela a été un peu par hasard, m’a raconté Eric, voici un ou deux ans, au sujet de sa métamorphose ; quand, vers 2006-2008, ayant perdu à la suite Grégoire Mallet, Fabien Gilot, Xavier Trannoy, Diana Bui-Duyet, je me suis retrouvé avec un groupe de nageurs dont le meilleur élément était Damien CATTIN-VIDAL. Un demi-fondeur. Il venait d’obtenir du bronze sur 400 mètres quatre nages aux championnats de France. Très bon crawleur, ses progrès ont fait de lui un nageur de 1500 mètres très compétitif. Un jour, son ancien coach (et directeur de la piscine) de Sens, Frédéric ELTER-LAFFITTE, le fils de Jacques Laffitte, à Troyes, lui a demandé de nager un 5000 mètres pour le club, à Montargis. Damien détestait l’eau libre, – pour lui, c’était le 25 kilomètres, qui devait le repousser – et n’appréciait pas le 5000 mètres en piscine que je faisais faire à mes nageurs, chaque année, pour leur travail de distance. Je l’ai encouragé à nager pour son ancien club, cela me paraissait être un bon retour d’ascenseur, et il s’est qualifié pour les nationaux en battant deux spécialistes reconnus. Encouragé à continuer, il a nagé les France à Mimizan et a fini 3e du 10.000 mètres. Je n’y connaissais rien, et quand j’ai vu les autres entraîneurs amener du ravitaillement, je me suis dit, pas besoin, pour 10 kilomètres, et vers la fin il a connu un coup de moins bien. Dès lors, je me suis documenté… »

L’homme qui fabriquait des sprinteurs en piscine trouva ainsi la voie du large, ou plus exactement, en l’occurrence, du long, et il ne cessa de sortir par rafales de bons éléments eau libre avec la même régularité. Il ne fut pas du voyage à Kazan, où se tinrent les mondiaux 2015, parce qu’il n’y avait qualifié aucun de ses nageurs, Damien CATTIN-VIDAL étant blessé (double conflit des hanches, une traumatologie assez spécifiques du nageur de longues distances). Eric accompagna donc les jeunes aux championnats d’Europe juniors. Là, un de ses poulains, Logan FONTAINE, 16 ans, qu’en 2014, l’Aquatic Club Honfleurais lui avait confié, et qui, ayant marqué des progrès extraordinaires, avait remporta début juin les championnats de France cadets contre-la-montre et des 5 kilomètres (terminant 2e des seniors), chose jamais vue chez un cadet première année, gagna les 5 kilomètres des championnats d’Europe, à Tenero, en Suisse, où il nageait avec d’autres élèves de Boissière, Corentin RABIER, Valentin BERNARD et Claire LEMAIRE (championne de France juniors des 5 et des 25 kilomètres).

BOISSIERE lançait aussi Yann CORBEL, fils d’un autre nageur, Christian CORBEL ; David AUBRY, Marc-Antoine OLIVIER, médaillé olympique 2016  et mondial 2017, Antoine GOZDOWSKI étaient passés par les Vikings. En quelques années, BOISSIERE était devenu le grand pourvoyeur de la longue distance en équipe de France.

Le passage à l’eau libre ne s’est pas passé sans le genre de petites dérisions que les gens d’un milieu aiment lancer au nouvel immigrant. « Je l’ai vu arriver, raconte encore LEROYER, avec Damien CATTIN-VIDAL, et les gens du cru les charriaient, genre « dis-moi, comment tu vas faire sans les lignes d’eau », ou « est-ce que tu sauras trouver l’arrivée », mais il s’est avéré que Damien se repérait très bien dans l’eau. » On l’a dit, il enleva le bronze, dès son coup d’essai. 

A LA VEILLE DE PARTIR, IL A EXPLIQUE QU’IL N’ETAIT PAS INTERESSE PAR LES FLEURS ET LES COURONNES, ET AVAIT SUGGERE UNE ACTION, UNE DOTATION, QUI POURRAIT AIDER LES NAGEURS D’EAU LIBRE.

Entré dans le grand bain, Eric eut tôt fait de se faire sa place. « Les coaches en déplacement vivent dans une sorte de concubinage en se partageant les chambres, plaisante Frédéric BARALE, qui fut généralement, ces deux années, son coturne. J’éprouve aujourd’hui un sentiment de tristesse. Je l’ai vu pour la dernière fois en octobre, Stéphane (LECAT) avait organisé une réunion. Eric en était. C’était un garçon discret. Il gagnait à être connu.. Il se caractérisait par sa motivation, ses qualités de concentration, et il était très apprécié. On discutait, et il avait des idées très arrêtées, et intéressantes, sur la vie. Il aimait les bonnes choses, par exemple. Il essayait de faire perdurer son action, et a proposé d’installer Damien CATTIN-VIDAL pour reprendre l’entraînement en son absence… A la veille de partir, il a expliqué qu’il n’était pas intéressé par les fleurs et les couronnes, et avait suggéré une action, une dotation, qui pourrait aider les nageurs d’eau libre.» C’était du Eric Boissière tout craché: le Viking avait imaginé de mourir utile! Ce lundi 12 février, Stéphane LECAT et Catherine GROJEAN discuteront des modalités de cette opération, au siège de la FFN. Cette « fondation » devrait utiliser le système pay pal…

Pour LEROYER comme pour tous ceux qui l’ont approché, Eric sortait de l’ordinaire parce qu’il ne plastronnait jamais : « il aurait pu avoir la grosse tête ; mais il restait humble en face de l’incertitude sportive.

« Il avait aussi un côté rocker, cheveux longs, bagues, un côté décalé qui le rendait très attachant. Il était devenu le doyen du bord des bassins ; il repérait les bons nageurs et faisait partie des coaches qui travaillaient bien…

« Il ne formait pas des tordus et des m’as-tu vu. Ses nageurs étaient intelligents et c’est un signe. Il était admiré par Stéphane LECAT, et cela montre quelque chose. Je ne l’ai jamais vu jaloux des résultats des autres ; Il avait l’œil et il appréciait.

« Il a vécu plusieurs vies, et dans ce qu’il faisait, je ne vois que rigueur et exemplarité. »

A la mort de Guy BOISSIERE, Michel Rousseau me tint un propos qui me frappa : « Quand une personne meurt, on ne veut rappeler que des bonnes choses ; mais même en me forçant, il ne me vient que du bon de lui. » La formule va comme un gant pour son fils.

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Les obsèques d’Eric Boissière auront lieu ce mercredi 14 février 2018 à 17h00 au crématorium de Rouen – rue du Mesnil Gremichon. Suivant la volonté du défunt, pas de fleurs ni couronnes, mais des urnes seront à la disposition de ceux qui souhaiteront faire un don en faveur de l’Eau Libre de haut niveau.

KATALIN SZOKE (1935-2017), CHAMPIONNE OLYMPIQUE DU 100 M EN 1952

Eric LAHMY

Dimanche 17 décembre 2017

Née à Budapest le 17 août 1935, la Hongroise Katalin SZÖKE, qui s’est éteinte le 27 octobre dernier à Los Angeles, en Californie, USA, s’empara en 1952, à Helsinki, du titre olympique du 100 mètres et participa au relais quatre fois 100 mètres hongrois vainqueur. Elle répéta ce double succès deux ans plus tard aux championnats d’Europe de Turin.

Fille de champions de natation, Szöke ne pouvait échapper aisément à son destin aquatique, qui fut « mise à l’eau » à l’âge de six mois et disputa ses premières compétitions à six ans ; elle fut entraînée par deux légendes du coaching hongrois, Imre Sarosi entre 9 et 11 ans, et Steffen Hunyadfi, qui furent intronisés comme elle dans le Temple de la renommée de l’International Swimming Hall of Fame.

A douze ans, « Kato » était déjà l’une des meilleures nageuses de Hongrie.

A Helsinki, son succès ne fut pas facile. Une autre Hongroise, Judith Temes, gagnait en séries en 1’5s5. La Sud-Africaine Joan Harrison, elle, avait remporté sa demi-finale en 1’6s5, et Szöke nagea le 4e temps des séries, 1’7s1, comme des demi-finales, 1’7s2. En finale, Temes, qui était très émotive, perdit ses moyens (comme quatre ans plus tôt à Londres) et ne put faire mieux que troisième de la course, en 1’7s1. Szokes gagna en 1’6s8 devant la Néerlandaise Hannie Termeulen, 1’7s. Une demi-seconde séparait les six premières.

En revanche, le relais quatre fois 100 mètres formé par les Hongroises Szoke, Temes, les sœurs Novak, domina de telle façon, avec un record du monde, qu’il fut couronné, quarante-huit ans plus tard, par l’International Swimming Hall of Fame, comme « relais du siècle ».

Katalin était la fille d’une nageuse, Katalin Szöke, et de Marton Homonnay (1906-1969), un joueur de water-polo de talent, qui avait été trois fois médaillé olympique : argent en 1928, or en 1932 et 1936. Homonnay entra dans la police et devint membre d’un parti d’obédience fasciste, la Flèche et la Croix (NYKPHM), lequel prit le pouvoir en Hongrie en 1944 et collabora avec le régime national-socialiste (nazi). A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il s’enfuit en Argentine où il fut pendant vingt ans entraîneur de water-polo à Buenos Aires. En raison de sa participation à des crimes de guerre, il fut condamné à mort en Hongrie en son absence.

Sa fille, qui, après le divorce de ses parents, en 1938, avait pris le nom de sa mère, épousa le double champion olympique de water-polo Kalman Markovits (1931-2009), mais divorça assez tôt. Katalin épousa en secondes noces un autre joueur de water-polo, Arpad Domjan.

Quand Domjan ne fut pas retenu dans l’équipe olympique qui se rendait à Melbourne, Katalin s’arrangea pour que son fiancé voyage avec lui comme « réserve ». Ce fut assez folklorique. Comme l’avion de la TAI (transports aériens intercontinentaux, une compagne française) était plein au décollage de Prague en raison de l’invasion russe sur Budapest, Domjan fut autorisé à voyager dans les toilettes ! A partir d’Istamboul, il continua son périple dans un conteneur en bois.

Katalin fut éliminée en séries du 100 mètres libre. Après les Jeux, elle demanda, comme plusieurs nageurs hongrois, l’asile politique aux USA, Budapest ayant été envahi par les chars russes. Mais les quotas d’immigration étaient atteints, et les Hongrois à l’exception d’Eva Novak qui avait rejoint de façon romantique un journaliste belge, Pierre Gérard, qui deviendrait son mari, furent livrés à eux-mêmes dans Melbourne ; ceci jusqu’à ce que le magazine Sports Illustrated raconte leur épopée. 42 membres de l’équipe hongroise de natation reçurent une invitation personnelle du président des Etats-Unis, David Eisenhower et purent émigrer.

Katalin et Domjan, qui se marièrent en 1961, « anglicisèrent » leur nom, et elle devint Katherine Domyan, employée de banque à Beverly Hills, et, jolie fille, s’essaya comme mannequin, tandis qu’il trouva du travail comme dessinateur dans un cabinet d’architecte, puis se lança avec succès dans l’immobilier. Devenue un membre actif de la communauté de Los Angeles Ouest, elle participa à diverses associations artistiques (théâtre, opéra) ou caritatives. Son enfant, Bryan, naquit en 1971 et elle fut honorée par l’ISHOF en 1985.

SARAH SJÖSTRÖM, TRANSFORMER AQUATIQUE : SURVIVANTE DU POLYURÉTHANE, LA SUÉDOISE A L’ART DE SE RÉINVENTER

Éric LAHMY

Lundi 19 Juin 2017

RECORDWOMAN DU MONDE EN POLYURÉTHANE, CHAMPIONNE OLYMPIQUE APRÈS DEUX ANS DE GALÈRE, SARAH SJÖSTRÖM NE CESSE DE SE RENOUVELER. LA TROISIÈME VERSION DE CE TRANSFORMEUR AQUATIQUE ET HUMAIN EST ENCORE AMÉLIORÉE !

Peut-on trouver un dénominateur commun à deux aventures comme celles de Sarah SJÖSTRÖM et Katinka HOSSZU ? Les deux nageuses partagent certaines similitudes. Elles pratiquent plusieurs styles avec talent – papillon, crawl et dos pour l’une, dos, crawl, papillon mais aussi quatre nages pour l’autre. SJÖSTRÖM s’exprime cependant sur un registre plus court (50, 100 et 200) qu’HOSSZU qu’on a vu nager avec succès du 100 (dos) au 1500 libre. Mais quelque part, la Suédoise a été inspirée par la Hongroise, et elle a essayé de la battre à son jeu…

SJÖSTRÖM, avant de devenir une des nageuses dominatrices de l’époque, apparait à 14 ans, en 2008, aux championnats d’Europe, dont elle enlève le titre du 100 mètres papillon (en 58s44) en battant le record de Suède (58s38 en demi-finales), effaçant le nom d’Anna-Karin KAMMERLING et sa performance, 58s71. Mais en année olympique, un, les championnats d’Europe ne réunissent pas la fine fleur des nageurs du vieux Continent et, deux, ce ne sont pas toujours des nageurs au sommet de leur forme, sans compter que, trois, les Européennes sont assez loin de régner en papillon. On le verra aux Jeux de Pékin où les meilleures exposantes du vieux continent sur 100 mètres papillon, Jemma LOWE, Grande-Bretagne, et Inge DEKKER, Pays-Bas, se classent 6e (58s06) et 8e (58s54) de la finale.

Sarah, elle, est encore une toute jeune fille surdouée et pétrie de promesses qui termine 27e de la course olympique en 59s06. Dans le relais quatre nages, on lui préfère d’ailleurs Anna-Karin KAMMERLING, 27 ans, qui a battu deux fois le record du monde du 50 papillon, dont un à 25s27 en 2001. SJÖSTRÖM n’existe pas encore en crawl, où Therese ALSHAMMAR et Josefin LILLAGE dominent la place en Suède, et elle n’entre pas dans le relais quatre fois 100 mètres.

Un an plus tard, aux mondiaux de Rome, elle s’installe dans le relais, avec en séries le meilleur parcours parmi les Suédoises, 53s14 lancée ; le quatuor se qualifie en finale et bat le record de Suède, 3’35s31. En finale, où les Néerlandaises arrachent titre et record aux Australienne, la Suède est 5e. Et en papillon ? Sur 50, pour la Suède, c’est ALSHAMMAR à tous les étages, record national, 25s44, en séries, record du monde, 25s07 en demi-finales, et… panne en finale, 4e en 25s59, à onze centièmes du titre. SJÖSTRÖM, passe sans encombre séries (25s74), demis (25s76) et fait 6e de la finale (25s66), à 18/100e de la gagnante australienne Marieke GUEHRER. C’est cependant sur 100 mètres papillon qu’elle se révèle dans toute sa splendeur : première partout, en séries, 56s76 (record de Suède) ; en demi-finales, 56s44 (record du monde) ; en finale, 56s06, record du monde (devant Jessicah SCHIPPERS, Australie, 56s23) ! Autre démonstration, dans le relais quatre nages : Sarah, engagée… en dos, bat le record national avec 1’0s74.

Mais on sait que les combinaisons de bain en polyuréthane ont chamboulé la natation, et que derrière chaque record mondial, leur effet sur la glisse et la portance du nageur et de la nageuse fait des « miracles ».

Une révolte généralisée des techniciens conduit à leur interdiction pure et simple. Peut-être à cause de ses dimensions, sa puissance musculaire, ses entraîneurs ont-ils négligés certains détails de sa nage et aussi l’ont-ils poussée dans la direction d’un alourdissement, Sarah SJÖSTRÖM, comme beaucoup d’autres, perd beaucoup dans ce reniement technologique. Certes, elle est championne d’Europe 2010 devant Francesca HALSALL et Therese ALSHAMMAR, mais dans un temps, 57s32, d’une seconde trois dixièmes plus lent qu’à Rome. En revanche, elle confirme sa suprématie sur le 100 libre suédois avec deux parcours lancés de 53s77 dans le relais libre et de 53s73 dans le relais quatre nages. Elle finit d’ailleurs 4e du 100 libre en 54s16 derrière HALSALL, HERASIMENIA et HEEMSKERK (et 4e du 50 papillon en 26s14). Engagée dans le relais quatre fois 200, elle y réalise 1’56s70, lancée, ce qui en fait à coup sûr une finaliste potentielle d’une course qu’elle néglige de disputer en individuelle.

C’est pourtant sur 200 mètres que SJÖSTRÖM, aux championnats du monde de Shanghai, en 2011, va exprimer son potentiel de crawleuse : elle finit 4e de la finale (une place à laquelle elle semble souvent promise), derrière Federica PELLEGRINI, Kylie PALMER et Camille MUFFAT. Et en papillon ? 4e ex-aequo du 50 papillon (25s87) où triomphe Therese ALSHAMMAR, et 4e sur 100 (57s38) où une Américaine au physique arachnéen, Dana VOLLMER, s’impose à l’arraché devant Alicia COUTTS et LU Ying, 56s87 contre 56s94 et 57s06. SJÖSTRÖM, sans la combinaison magique, se bat bien, mais derrière : 57s29 en demis et 57s38 en finale.

VOLLMER n’a pas vraiment menacé le record du monde avec 56s47 en demi-finale, mais SJÖSTRÖM sait que derrière cette infériorité chronométrique apparente, se cache une supériorité technique de l’Américaine. La grande Suédoise, loin de valoir sa « marque » mondiale est clairement devancée…

Pour celles et ceux qui se trouvent dans sa situation, le choix n’existe pas. Il faut se réinventer ou sombrer. Et s’ils relèvent le défi, il y a toute une phase de réapprentissage. Après 2009, Federica Pellegrini, ses meilleures années derrière elle, refait quand même surface ; Stephanie Rice, séduisante « medleyer » australienne, sera moins dominatrice, mais après trois opérations aux épaules, et ceci peut expliquer cela ; Kirsty Coventry, Liu ZIge ou Gemma Spofforth ne remonteront jamais sur leur piédestal ; Paul Biedermann se situera entre deux eaux, Cesar Cielo, Fred Bousquet, Alain Bernard ou Amaury Leveaux s’en sortiront moins bien sans qu’on puisse garantir que l’âge, l’usure mentale n’ont rien eu à voir dans leurs difficultés.

[Il est très aléatoire de se baser sur ce genre de chiffres, qui sont rarement précis, mais je note qu’en 2008, Sarah SJÖSTRÖM, à quinze ans, pèse 70kg pour 1,81m, et qu’aujourd’hui, elle est annoncée à 68kg pour 1,86m (ce qui est assez difficile de croire). Il n’en reste pas moins qu’elle s’est allégée, ou qu’elle ne s’est pas alourdie, alors qu’elle a gagné 5 centimètres de taille.]

En 2012, aux Jeux de Londres, Sarah échoue en demis du 50 libre, avec le 14e temps, 25s08. La finale reviendra à KROMOWIDJOJO, en 24s05. Elle rate la finale du 100 mètres pour sept centièmes avec 53s93, et KROMOWIDJOJO l’emporte en 53s00. Et dans « son » épreuve, le 100 mètres papillon, dont elle est la recordwoman du monde ? Elle gagne la 5e série, mais n’est alors que 5e au classement général, loin de Dana VOLLMER dont la forme étincelle : 56s25 contre 57s45 à la Suédoise. Sarah remporte sa demi-finale, en 57s27, mais trois minutes plus tard, VOLLMER, 56s36, Alicia COUTTS, Australie, 56s85, et Jeannette OTTESEN, 57s25, la surpassent. En finale, SJÖSTRÖM passera OTTESEN, certes, mais pour la 4e place, et ses 57s17 la laissent « dans » les pieds de VOLLMER qui lui arrache le record mondial : 55s98…

SJÖSTRÖM apparait dans les relais suédois, le quatre fois 100, disqualifié, et le quatre nages, où elle est présentée en dos, et qui n’atteint pas la finale.

En 2013, à force de se reconstruire, Sarah sort doucement de son purgatoire. Elle gagne six-dixièmes dans son 50 mètres aux mondiaux de Barcelone, par rapport aux Jeux, 24s45 contre 25s05, progrès qui l’introduit en finale et lui offre la 4e place. KROMOWIDJOJO gagne encore, mais SJÖSTRÖM n’est plus qu’à 4 dixièmes. Sur 100 mètres, c’est un double exploit : en demi-finale, où elle efface le record de Suède avec 52s87. En finale, où derrière Catherine CAMPBELL, 52s34, elle ravit l’argent, 52s89, devant… KROMOWIDJOJO, 53s42. Dans les relais de sprint, la Suède manque de bonnes nageuses pour prétendre aux podiums…

Aux championnats d’Europe 2014 de Berlin, Sarah SJÖSTRÖM est redevenue une conquérante, et cela se voit autant sur 100 mètres, où elle se joue de Femke HEEMSKERK et Michelle COLEMAN, en 52s67 contre 53s64 et 53s75. Sur 50 mètres, elle se situe entre deux super sprinteuses, Francesca HALSALL, qui, en 24s32, la devance (24s37) d’une main, et Jeannette OTTESEN, 24s53. Le papillon est un duel entre elle et OTTESEN, qui la devance d’un centième sur 100 (56s51 contre 56s52), mais qu’elle bat largement sur 50 (24s98 contre 25s34). Dans le quatre fois 100 mètres, ses équipières parviennent à lui donner le relais avec une avance minime, qu’elle accroit avec un parcours lancé en 52s14.

Sarah interpelle la curiosité générale dans le relais quatre fois 200 mètres. Elle qui ne nage pas la course en individuelle, signe un temps, lancé, de 1’53s64. Or la championne d’Europe, l’Italienne Federica PELLEGRINI, n’a pas fait mieux que 1’56s01, pour l’emporter. Et Sarah vaut trois secondes de mieux que la meilleure Suédoise, Michelle COLEMAN. Elle n’aime guère l’épreuve, qu’elle trouve trop longue, mais ses entraîneurs essaient de la pousser dans cette direction…

L’idée de faire nager le 200 mètres individuel prend du poids aux championnats du monde de Kazan, quand au départ du relais suédois, en finale, Sarah SJÖSTRÖM signe un énorme 1’54s31. Dans cette épreuve, Katie LEDECKY, lancée, ne peut faire mieux que 1’55s64. LEDECKY a gagné l’individuelle en 1’55s16, devant Federica PELLEGRINI, 1’55s32 et Missy FRANKLIN, 1’55s49.

Cette performance de SJÖSTRÖM est le résultat d’un gros travail d’endurance et de vitesse. A Kazan, elle a battu le record du monde du 100 mètres papillon, en 55s64, gagné le 50 papillon en 24s96, été 3e du 50 libre, derrière Bronte CAMPBELL et KROMOWIDJOJO, 2e du 100 mètres, en 52s70, derrière Bronte CAMPBELL, 52s52, devant Cate, 52s82. Mais tout le monde s’ébahit devant son 200 mètres, parce que des personnalités comme Michael PHELPS et Katinka HOSSZU ont rendu les spectateurs de ce sport insatiables. Les coaches de SJÖSTRÖM continuent de l’encourager dans cette voie.

Finalement, SJÖSTRÖM, volontiers ou pas, va plus ou moins suivre la voie qu’ils lui ont tracée en vue des Jeux olympiques. Mais elle se refusera toujours à s’aligner sur 200 mètres papillon !

C’est aux Jeux olympiques de Rio que SJÖSTRÖM a fait savoir qu’elle quittait son entraîneur de toujours, Carl JENNER, pour tenter une nouvelle aventure, auprès de Johann Wallberg. Pourquoi lui ? Parce que cet entraîneur national a été l’entraîneur, le compagnon, et le père de l’enfant de Therese Alshammar, qui a été l’inspiratrice de la jeune SJÖSTRÖM.

Je pense aussi qu’il s’agit pour elle de se recentrer sur ce que son gabarit, ses fibres musculaires et son tempérament lui dictent, le sprint court et prolongé. Sans préjuger de ce qui se passera à Budapest, on voit ce qu’un hiver selon cette approche lui a apporté. Une position extrêmement forte sur les quatre courses de vitesse, en libre et en papillon.

Carl Jenner, depuis ses onze ans. Après la déception de Londres, elle eut une explication avec son coach, et fut près de le quitter. On ne peut en dire autant après Rio. Mais « je ne voulais pas finir une aventure sur un échec. »

Tout porte à croire qu’après le sommet de Rio, Sarah tente un autre 8000 à Budapest.

EDITH VAN DIJK, REINE DES EAUX ET DES PAYS-BAS

Jeudi 18 Mai 2017

DIJK [Edith « Piaf » Van]. (Haastrecht, 6 avril 1973- ). Pays-Bas. Championne de longue distance, elle a dominé ces épreuves pendant une décennie, se construisant un palmarès étoffé. Elle a enlevé six titres de championne du monde, sur 10 et 25 kilomètres à Honolulu en 2000, sur 25km à Charm el Cheik en 2002 et à Barcelone en 2003, sur 10 et 25km à Montréal en 2005. A ces titres, elle a ajouté les médailles d’argent sur 5km à Perth en 1998, sur 25km à Fukuoka en 2001, à Dubaï en 2004 et à Séville en 2008, ainsi que les médailles de bronze sur 25km à Perth, sur 20km en 2003 et sur 5km en 2005. En championnats d’Europe, elle a gagné en 2002 à Potsdam sur dix et vingt-cinq kilomètres, après avoir fini 2e sur 25km en 1995 à Vienne et en 2000 à Helsinki. Vivant à Wonju et nageant pour le club SG Hoorn Zeemacht, entraînée par son époux (depuis 2003), le nageur de fond Hans van Goor, elle s’est illustrée, outre les grandes compétitions officielles, sur le circuit Coupe du monde, ainsi sur les ultra longues distances de plus de 70km en Argentine et au Brésil. Elle a traversé la Manche en 2003 en 9 heures 8 minutes entre Douvres et Calais. En revanche, elle manquait de vitesse et ne put se qualifier aux Jeux olympiques de 2004 sur 800 mètres. Elle annonça sa retraite à la fin de l’année 2005, mais reprit le collier en 2007 à l’annonce d’une course d’eau libre sur 10 kilomètres aux Jeux de Pékin. Elle parvint à enlever l’argent aux mondiaux de Séville, mais fut seulement 14e de la course aux Jeux. Elle fut finaliste à l’élection de sportive de l’année aux Pays-Bas en 2001, 2002 et 2003. Eric Lahmy.

CATHY DIETRICH, ÉTOILE FILANTE DE 2006

Mercredi 17 Mai 2017

DIÉTRICH [Cathy]. Natation. (Obernai, Bas-Rhin, 21 avril 1987-). France.

Issue du demi-fond (3e du 800 mètres des championnats de France 2005) 2e du 5 kilomètres des championnats d’Europe 2006, à Budapest, sur le lac Balaton. Alors que les Français attendaient Sarah Bey, qui l’a devancée aux championnats de France, mais finira 15e, après avoir raté la dernière bouée, Dietrich, entraînée aux Dauphins d’Obernai par Philippe Schweitzer (qui forme aussi Adeline Furst), surprend en terminant à 1’’5 de la gagnante russe, Ekaterina Seliverstova. 14e des 5 kilomètres et 13e des 10 kilomètres des mondiaux 2007, à Saint-Kilda.

Maître nageuse à vingt ans, elle s’est mise à nager quinze ans plus tôt pour « faire comme (son) frère. » Elle est championne de France 2008 des 5 et des 10 kilomètres ; c’est cependant Aurélie Muller qui est qualifiée pour les Jeux olympiques, en raison de sa 9e place dans le 10 kilomètres des mondiaux de Séville, le 3 mai de cette année (Cathy finit 36e). Éric Lahmy.

INES DIERS, MEDAILLEE OLYMPIQUE DU 100 AU 800 METRES

Mercredi 17 Mai 2017

DIERS [Ines]. Natation. (Rochlitz, 2 novembre 1963-). RDA. Aux Jeux de Moscou, en 1980, cette nageuse de Karl-Marx-Stadt de1,75m enleva deux médailles d’or, deux d’argent et une de bronze.

Championne olympique du 400 mètres (4’8’’76), elle enleva également l’argent sur 200 mètres (1’59’’64) et sur 800 mètres (8’32’’55), le bronze du 100 mètres (55’’65) et participa au relais quatre fois 100 mètres champion olympique 3’42’’71 (record du monde). L’année suivante, elle gagnait le 400 et le quatre fois 100 mètres et finissait 2e du 800 mètres (derrière sa compatriote Carmela Schmitt, 8’32s79 contre 8’32s89) aux championnats d’Europe, à Split. Malheureusement, ses résultats furent obtenus dans le cadre du dopage systématique de la RDA. Fille d’un éleveur de porcs, elle avait commencé à nager en 1973 au BSG Lok Rochlitz avant de rejoindre l’école de sport de Karl-Marx-Stadt (devenue Chemlitz). Diplômée en 1982, elle travaille dès 1990 dans une institution financière et vit à Nebra.

COMMENT NELSON DIEBEL, USA, REBELLE SANS CAUSE, ÉCHANGEA TROIS ANNEAUX AUX OREILLES CONTRE CINQ ANNEAUX OLYMPIQUES

Éric LAHMY

Mardi 16 Mai 2017

DIEBEL [Nelson W]. Natation. (Hinsdale, Illinois, 9 novembre 1970-). Etats-Unis.

Jeune « rebelle sans cause », rendu furieux par le divorce de ses parents, éternellement à la recherche d’un mauvais coup, expulsé d’une école pour avoir boxé un écolier, toujours entre deux rixes, deux drogues, deux cigarettes ou deux verres, ne négligeant pas même de petits larcins, Nelson Diebel est amené à la natation, dans une école privée du New Jersey, la Peddie school, par un (pieux?) mensonge. Dans un questionnaire scolaire, il s’invente un hobby, la natation. Il se souvient en effet que sa mère, cherchant, dans le passé, par tous les moyens, à le fatiguer afin qu’il consente à dormir le soir (il est suractif) l’a traîné à un cours de natation. Malgré son manque d’assiduité, il a nagé les 100 yards brasse en 1’8s à douze ans. Il n’empêche, se baptiser nageur représente, avouera-t-il plus tard, « l’un des plus gros mensonges jamais proférés dans ma vie. »

Maintenant, il lui faut assumer sa frauduleuse déclaration. Reçu avec sa mère par l’entraîneur Chris Martin, un ancien nageur de Yale, 1,88m, 110kg, il a droit à un beau laius : « la première chose que je veux que tu saches, c’est que je suis un tyran ; la deuxième, c’est que s’il doit y avoir une bagarre ici, ce sera avec moi. » Après dix minutes d’aboiements, Dave Martin disparut. Cet homme « était la réponse à mes prières », se souvient Marge. Un superbe article de Kelli Anderson dans SPORTS ILLUSTRATED du 29 Juin 1992 raconte l’anecdote et l’histoire de Diebel :

https://www.si.com/vault/1992/06/29/126752/swimming-life-in-the-fast-lane-one-time-hellion-nelson-diebel-is-now-a-contender-for-olympic-gold

En 1986, Diebel fume deux paquets de cigarettes par jour et après quelques longueurs, il crache ses poumons, accroché à la rigole, des minutes entières. Mais à raison de quatre heures d’entraînement quotidiens, sept jours sur sept, son hypercativité se fendilla, ses cigarettes, sa drogue et son alcool s’évaporèrent.

En 1988, il en était rendu à la cinquième place des 100 brasse et à la huitième des 200 des sélections US pour les Jeux olympiques de Séoul : de quoi se convaincre qu’il pourra faire un jour les Jeux.

Une semaine après les sélections, il récupère de l’entraînement long par de l’affutage, et retrouve son hyperactivité. Trouve un jeu très intéressant, qu’il appellera « une expérience de la gravité », qui consiste à se jeter d’un balcon d’un troisième étage qui donne directement sur le bassin ; au troisième essai, il se rate, tombe sur la plage et se fracture les deux poignets. Quand Dave Martin voit les dégats aux rayons X, il le croit perdu pour la natation. Les poignets, dit-il, n’étaient pas seulement cassés. Ils étaient en miettes… Cinq heures trente d’opération plus tard, une vis permanente et quatre temporaires, huit semaines de platre et deux semaines de thérapie, il reprend l’entraînement, jambes seules, pendant des semaines… L’année suivante, 1989, il est champion des USA des 200 yards brasse.

SPORTS ILLUSTRATED raconte cette anecdote concernant l’affutage : « Je lui demandai pendant combien de temps il s’était affuté pour le championnat, raconte Barrowman (champion olympique et recordman du monde du 200 brasse). Moi, c’était d’une semaine à dix jours. Diebel me dit qu’il y va doucement pendant cinq semaines et demie. Je me dis : n’importe quoi. Mais les trois semaines suivantes, on s’entraîne tous pour les PanPacifique, beaucoup pour plusieurs d’entre nous. Nelson, lui, restait dans le bassin dix minutes par jour. Avant le meeting, je dis à mon coach : si Diebel nage bien après huit semaines d’affutage, j’abandonne, j’arrête de nager à jamais. Et vous savez quoi ? Il bat son record ! »  [Aux PanPacifics 1989, Mike Barrowman gagne le 200 brasse en 2’13s09, record du monde, devant Nelson Diebel, 2’14s94].  

Nelson Diebel n’en continue pas moins d’être Nelson Diebel. Quand, en 1990, il ajoute un troisième anneau à ses précédents piercings aux oreilles : « t’es cinglé, hurle Martin ? Tu portes déjà plus de joaillerie de ma mère. Je te signale que cette année, tu gagnes 100 et 200 brasse. » Et, en effet, il gagne. Et arrête avec les boucles, quand il s’aperçoit que les tatouages font bondir le coach ! Va pour les tatouages.

A un an des Jeux cependant, il est seulement 24e nageur du monde et souffre, outre les poignets, des épaules (tendinite chronique). Vainqueur surprise des sélections olympiques US avec un nouveau record américain du 100 mètres brasse, 1’1s49, puis 1’1’’40 (ancien record, Steve Lunquist, 1’1s65 en finale des Jeux de Los Angeles), on le croit quand même inférieur aux meilleurs nageurs de la spécialité.

Martin ne l’en félicite pas moins en ces termes : « Dieu te dédommage pour ces six années de moi. » Ses épaules douloureuses le contraignent à couper dans son kilométrage. Il l’emporte finalement, sur 100 brasse, aux Jeux olympiques, devant l’un des monstres de la spécialité, le Hongrois Norbert Rozsa, en  1’1’’50 contre 1’1’’68 (Rozsa détient le record mondial en 1’1s29), monte sur le podium le crâne recouvert d’un bandana aux couleurs du drapeau, refuse la main sur le cœur, mais craque un peu d’émotion ! Il empoche une deuxième médaille d’or avec Jeff Rouse en dos, Pablo Morales en papillon et Jon Olsen en crawl, dans le relais quatre nages des États-Unis (record du monde en 3’36s93).

Nelson Diebel, depuis, n’a cessé de nager, mais sans ambition compétitive…

DAVID DICKSON, CAPITAINE AUSTRALIEN ET COACH ANTIBOIS

Lundi 15 Mai 2017

DICKSON [David]. (Batu Gajah, Malaisie, 20 février 1941-).

Spécialiste des courtes distances (100 mètres et 200 mètres), il enleva trois médailles de bronze de relais olympiques, sur 4×200 mètres à Rome en 1960, sur 4×100 mètres et 4×100 mètres quatre nages à Tokyo en 1964 (année où il fut le capitaine de l’équipe australienne de natation). Devenu entraîneur d’Antibes (et de Pierre Andraca) et entraîneur national en France dans les années 1970, il retourna en Australie où il milita pour la création d’un Institut National des Sports (à Canberra) sur le modèle français de l’INSEP de Paris. Membre du Comité olympique australien depuis 1989.

CE MYSTERIEUX DICKEY PLONGEAIT EN LONGUEUR

Lundi 15 Mai 2017

DICKEY [William (Eugene ou Paul)]. Natation. États-Unis.

On le dit né le 20 octobre 1874 et aussi le 13 octobre 1883. Est-il mort le 13 mai 1944 ou 17 février 1950 ? Cela dépend des sources. Certaines biographies l’affublent d’un deuxième prénom, Eugene, d’autres préfèrent Paul, et dans sa liste de 271 médaillés olympiques, le New York Athletic l’inscrit sous le patronyme de Percy Dickey. Peu de choses sures apparaissent de sa biographie (un peu à l’instar du Français Devendeville, vainqueur en 1900 d’un 60 mètres sous l’eau) et on lui attribue deux dates de décès, ce qui est trop pour un seul homme. Reste qu’il fut champion olympique 1904 du plongeon en distance (il s’agissait d’aller le plus loin possible, à partir du mouvement engagé dans le saut initial, la longueur de ce plongeon étant mesurée après une minute, le nageur n’ayant droit à effectuer le moindre mouvement après son entrée dans l’eau). Il l’emporta avec une longueur de 62 pieds 6 pouces (19,05m). Ce record olympique ne fut jamais battu, vu que le caractère folklorique de l’épreuve ne joua pas en faveur de sa reconduction.

GEORGE DICARLO, CHAMPION OLYMPIQUE MIRACULÉ DU 400 MÈTRES EN 1984

Éric LAHMY

Lundi 15 Mai 2017

POUR L’EMPORTER SUR 400 METRES AUX JEUX DE LOS ANGELES, EN 1984, GEORGE DI CARLO, USA, FUT AIDÉ PAR DEUX ÉVÈNEMENTS: L’ABSENCE DU « SOVIET SUPRÊME », VLADIMIR SALNIKOV, EMPÊCHÉ PAR UN BOYCOTT, ET L’ERREUR DE L’ALLEMAND THOMAS FAHRNER EN SÉRIES…

DICARLO [George Thomas]. Natation. (St Petersburg, Floride, 13 juillet 1963-). États-Unis. Champion olympique du 400 mètres, médaillé d’argent du 1500 mètres, aux Jeux de Los Angeles, en 1984.

Quelques instants après la victoire de Di Carlo, obtenue (dans le temps de 3’51’’23), devant John Mykkanen, USA, 3’51s49, et Justin Lemberg, Australie, 3’51s79, l’Allemand Thomas Fahrner, entraîné en France, à Lyon, et qui avait cherché à s’économiser dans les séries –il avait nagé un relais quatre fois 200 mètres éprouvant trois jours plus tôt – et s’était retrouvé premier éliminé de la finale avec un temps de 3’55s26 (dernier qualifié, le Français Franck Iacono, 3’55s07), nagea en finale de « consolation ». Décidé à aller plus vite que le vainqueur de la grande finale, Fahrner réussit  3’50’’91, record olympique, et montra qu’il aurait pu devenir champion olympique.

Mais on ne peut comparer, émotionnellement ou techniquement, une finale B jouée comme une tentative de record avec la course au titre. La tension, l’énervement, ne sont pas les mêmes. Fahrner va développer sa nage sans se soucier de la place (ses seconds finiront de sept à dix mètres derrière lui). En outre, la grande finale fut précédée d’un faux départ. DiCarlo, contrairement à ses habitudes, se lança assez vite (56s56 aux 100 mètres, 1’55s27 aux 200 mètres, 2’54s06 aux 300 mètres) et effectua une course en tête, semble-t-il pour se mettre à l’abri d’adversaires capables de revenir très fort ; cette stratégie s’avèrera gagnante, puisqu’il résistera aux retours menaçants de Mykkanen et Lemberg, non sans, lui-même, fournir un effort final méritoire, en 57s17. Sur 1500 mètres, malgré un temps d’engagement supérieur à celui d’O’Brien, DiCarlo fut largement battu par celui-ci, en 15’5s20 contre 15’10s59. Ce fut une relative contre-performance pour Dicarlo, à neuf secondes de son record américain, 15’1s51, établi aux sélections, et qui durerait seize ans. Il eut sans doute du mal à digérer sa victoire sur 400 mètres, avec toutes les obligations qu’elle signifiait, dans son pays.

S’il nait à Saint-Petersburg, en Floride, où a atterri sa mère, Marta, une hongroise qui a fui la dictature socviétique, franchissant le « rideau de fer » et choisissant la liberté en traversant le Danube à la nage (exploit prémonitoire ?), ses parents déménagent pour Denver, dans le Colorado, quand il a six ans. On le met à nager à cet âge, afin qu’il puisse surveiller sa jeune sœur, trois ans. « Mes parents durent payer à l’avance six mois de cours de natation. Au bout de trois mois, j’en eus assez et voulus quitter. Pas question, nous avons payé pour six mois, me dirent-ils. Au bout des six mois, ils me proposèrent d’arrêter. Mais c’était moi qui ne voulais plus », raconte-t-il. Il ne montrait pas de précoces dispositions pour la natation, mais son éthique de travail associé au flair et à la compétence d’un entraîneur de haute volée, Dick Jochums, qui avait emmené aux plus hauts honneurs Tim Shaw et Bruce Furniss, entre autres, dans les années 1970, vont faire des miracles. Comme, à dix-huit ans, il n’est pas encore assez fort, Jochums lui accorde seulement une demi-bourse de l’Université d’Arizona. Jochums a remarqué que les temps quelconques de DiCarlo ont été réalisés à Denver, dans le Colorado, où il nage habituellement, à une altitude de 1609 mètres, préjudiciable aux performances, surtout en demi-fond. Vainqueur du 1500 mètres et 2e du 400 mètres des sélections US pour les mondiaux de 1982, à Guayaquil, en Equateur, DiCarlo y termine 6e de ces deux épreuves. L’année olympique va lui permettre de changer de statut (avec l’aide, il est vrai, du boycott des Jeux de Los Angeles par les nations de l’Est, l’URSS et ses satellites). Il établit en mars 1984 deux records US des 500 yards en une journée, 4’16s33 et 4’15s36 (l’ancien record appartenait à Jeff Kostoff avec 4’16s39). Aux trials, il efface les records US de Brian Goodell établis en finales des Jeux de Montréal, avec 3’51s03 contre 3’51s93 et 15’1s51 contre 15’2s40. Dicarlo n’est pas un géant (1,79m, 74kg), mais un beau nageur, qui se propulse tout sur les bras et un battement minimal. En-dehors de son titre olympique, il est connu pour sa capacité à nager en accélération, en negative split.

Carrière achevée, George DiCarlo se diplômera en pharmacie et en chimie des Universités de Colorado, puis de Floride.