Catégorie : Natation

TAMA DEUTSCH, HONGRIE, DOSSISTE A MEDAILLE ET NAGEUR FANTÔME

Dimanche 15 Mai 2017

DEUTSCH [Tamas Gyorgy]. (Budapest, 4 décembre 1969-). Hongrie.

3e du 100 mètres dos et du 4×100 mètres 4 nages aux mondiaux 1994, 3e du 200 mètres dos des championnats du monde petit bassin 1995, il est aussi finaliste du 200 mètres dos des Jeux olympiques de Barcelone, en 1992 (7e, 2’0s06). Deutsch (1,89m, 80kg), entraîné pat Tamas Szechy, participa à trois Jeux olympiques et s’entraîna en Californie de 1992 à 1997. En 1996, il fut avec Attila Czene l’un des onze nageurs qualifiés aux Jeux olympiques d’Atlanta par leur fédération à la suite d’une compétition fantôme dans laquelle on leur attribua des temps inventés. Ces nageurs n’avaient pas réalisé les minima aux championnats et la Fédération trouva expédient de bidonner une compétition avec ses résultats… L’affaire provoqua un scandale et conduisit le président de la Fédération, Tamas Gyarfas, à démissionner (vingt ans avant que Katinka Hosszu ne provoque une deuxième fois son départ du poste). Pour leur défense, il était très difficile pour un nageur, en Hongrie, de s’attaquer aux officiels. Il devait obéir aux ordres de la fédération et des entraîneurs. Deutsch est le frère d’une actrice Anita Deutsch, il possède un parfait homonyme, de trois ans son aîné, qui devint ministre des sports entre 1999 et 2002. Eric Lahmy.

TSUYOSHI YAMANAKA (1939-2017), JAPON, RIVAL MALHEUREUX DE MURRAY ROSE ET ROI SANS COURONNE DU 200 METRES DES JEUX DE ROME (1960)

Eric LAHMY

Jeudi 28 Avril 2017

Tsuyoshi YAMANAKA (Wajima, Ishikawa, 18 janvier 1939-Tokyo, 10 février 2017) qui s’est éteint le mois dernier dans un hôpital de Tokyo, a peut-être été le plus grand nageur de libre japonais, avec Hironoshin Furuashi.

Il fut pendant six ans, de 1956 à 1961, le principal rival des Australiens et des Américains en demi-fond. Ses trois médailles d’argent individuelles olympiques – deux sur 400 mètres, une sur 1500 mètres – furent acquises toutes trois derrière l’Australien Murray Rose. Rose était né douze jours avant Yamanaka, le 6 janvier 1939, et lui disait en plaisantant qu’il devait toujours le laisser gagner en signe de respect pour un aîné. Sur 400 mètres, à Melbourne en 1956 et à Rome en 1960, Rose enleva l’or, facilement, avec les deux fois exactement 3’’1 d’avance sur Yamanaka. Sur 1500 mètres, à Melbourne, Yamanaka, était mené de quelques mètres quand il lança à cent mètres de l’arrivée un sprint final éblouissant qui parut menacer Rose. L’Australien réagit et l’emporta en 17’58’’9 contre 18’0’’3.

A Rome, quatre ans plus tard, Rose fut 2e du 1500 mètres derrière Konrads, loin devant Yamanaka, qui, après avoir nagé jusqu’au 1400 mètres de front avec George Breen, ne put résister au finish de celui-ci et termina 4e, perdant quatre secondes dans les cent derniers mètres.

Yamanaka, posté en 3e position du relais quatre fois 200 mètres des Jeux de Rome, réussit un parcours lancé en 2’0’’6, le plus rapide de la journée, qui lui permit de décramponner Murray Rose (2’2’’7) et de mettre le Japon à l’abri du retour de John Konrads, le plus fort australien, 2’1s3 lancé.

Yamanaka, qui avait établi plusieurs records du monde sur 200 mètres et un sur 400 mètres (4’16’’6 en 1959), se jura de « battre Murray Rose, une fois avant de mourir ». Son heure arriva en 1961, aux championnats des États-Unis auxquels ils participaient ; Murray Rose étudiait depuis 1958 à USC et Yamanaka, une fois diplômé (1960) de l’Université Waseda, l’avait rejoint pour nager sous la direction de Peter Daland. Rose avait fait l’impasse sur le 1500 mètres et nagea le 100 mètres, distance inhabituelle pour lui, où il rata d’un dixième la qualification en finale.

Yamanaka, présent sur 1500 mètres, nagea, lui, sa course en souplesse, termina sixième, se réservant manifestement pour ses duels sur ses meilleures distances, 200 mètres et 400 mètres. Sur 200 mètres, Rose et Yamanaka se qualifièrent en séries en battant le record américain. En finale, tous deux se marquèrent, puis à la sortie du dernier virage, se lancèrent dans un sprint furieux. Yamanaka l’emporta en 2’0’’4 (nouveau record du monde) contre 2’0’’9. Sur 400 mètres, Rose, contre son habitude, lança la course sur des bases élevées, passa en 28’’7 au 50 mètres, mais Yamanaka résista. Encore devancé d’un demi-mètre aux 350 mètres, il reprit l’ascendant dans le sprint final, l’emportant d’un bras, en 4’17’’5 (record US) contre 4’17’’8.

Après cela, Yamanaka ne nagea guère très sérieusement entre 1962 et le début 1964, quand il décida de tenter une dernière fois sa chance aux Jeux, qui se tenaient à Tokyo, au Japon. Il fut encore finaliste du 400 mètres (6e en 4’19’’1).

Il remporta en 1967 le 800 mètres « pré olympique » de Mexico à vingt huit ans. Yamanaka battit en tout 6 records mondiaux individuels. Sa malchance – outre le fait que sa carrière coïncida assez exactement avec celle de Murray Rose – fut que le 200 mètres, sa meilleure distance, ne fut pas disputée aux Jeux olympiques à son époque.

Il améliora les records du monde de la distance à cinq reprises : 2’3’’ (1958), 2’1’’5 (1959), 2’1’’2, 2’1’’1, 2’0’’4 (1961). En 1959, il amena le record du monde du 400 mètres à 4’16’’6. Il participa aux relais japonais recordmen du monde en 1959, en 8’21’’6 et 8’18’’7, et en 1963 (8’9’’8).

Yamanaka, assez petit de taille, mais très costaud (1,71m, 75kg) développa son talent au Japon. Il avait appris à nager en mer (du Japon), où sa mère, plongeuse professionnelle, vivait de la pêche des huitres et des coquillages. La petite histoire veut que, quand le jeune Tsuyoshi ne se concentrait plus sur sa technique ou musardait, son entraîneur lui lançait des cailloux sur le dos. Le nageur n’avait plus qu’à rectifier le tir… et à ramasser les cailloux à la fin de l’entraînement.

Méthode japonaise ou particularité du nageur, Yamanaka effectuait en 1956 un retour aérien des bras tendus, décrit comme « en ailes de moulin à vent » par un observateur, ce qui en fait un précurseur de Kristin Otto, de Janet Evans et de Michaël Klim ainsi que d’un grand nombre de stars du sprint du vingt-et-unième siècle. Son style évolua par la suite vers un arrondi du retour aérien des bras…

Diplômé des universités de Waseda et de Californie du Sud, il dirigea une école réputée de natation, l’Itoman d’Osaka.

En 1995, tenté par la politique, il se présenta (sans succès) à la chambre des conseillers (députés). 

ANDY COAN, USA, CHAMPION DU MONDE DU 100 METRES EN 1975

(Fort Lauderdale, 4 mars 1958-Knoxville, 20 mars 2017).États-Unis. Fils de médecin et frère d’un vétérinaire, Andrew « Andy » Coan, préférait, lui, nager, et entraîner des jeunes nageurs. Andy, qui vient de disparaître, victime d’un cancer du foie, fut l’un des plus grands sprinters de l’histoire, même si son nom est largement oublié.

Il nageait depuis toujours, et son talent l’amena à s’entraîner dès l’âge de onze ans avec Jack Nelson, à Fort Lauderdale, qui coachait alors la meilleure équipe féminine des USA; puis après ses 18 ans, comme universitaire, avec Ray Bussard à Knoxville, dans le Tennessee. Ce sprinter précoce était encore un écolier à cheveux longs et d’allure dégingandée (1,93m, mince, sec, pas de hanches mais un V impressionnant, de longs bras), à Pine Crest High School, quand il devint tout simplement le meilleur sprinteur de la planète : recordman (51’’11, contre 51s12 à James Montgomery) et champion du monde (51’’25, Cali, Colombie) du 100 mètres en 1975. Cette victoire fut obtenue à la touche après un duel serré contre le Russe Vladimir Bure qui mena pratiquement de bout en bout mis ne put rien faire, avec son 1,77m, contre les bras d’araignée d’Andy, et contre Montgomery. Toujours à Cali, il remporta aussi les titres mondiaux du 4 fois 100 mètres (record du monde) et du 4 fois 100 mètres quatre nages. Cette même année, il enleva le titre US des 100 yards. Diplômé de Pine Crest, il signa à l’Université de Tennessee. Il enleva sept titres NCAA (universitaires) dont deux doublés, 50 et 100 yards (1978), et 100 et 200 yards (1979). Il ne put se qualifier pour les Jeux olympiques de Montréal en 1976, manquant d’un rien la finale des qualifications du 100 mètres.

Un peu plus tard, il se brisait les deux poignets dans un accident d’automobile. Cela ne l’empêcha pas, étudiant à l’Université de Tennessee et entraîné par Ray Bussard, de dominer le sprint des NCAA. En 1978, étudiant de 2e année, il emmena les Tennessee Volunters au titre NCAA par équipe et fut élu pour sa part athlète de l’Université et meilleur nageur NCAA.

Quand le président Carter annonça le boycott des Jeux olympiques de Moscou, Coan ne jugea pas bon de se présenter aux sélections. Il s’en alla entraîner un club qu’il avait fondé, le Plantation Aquatic Club, dans la piscine qu’il avait lui-même dessinée, du Plantation Central Park. Récemment sa santé s’était détériorée. Victime en septembre 2014 d’un Guillain-Barré, un désordre du système nerveux périphérique qui le conduit à la paralysie, avant qu’il ne l’affronte avec un certain succès, grâce à une thérapie aquatique, réapprenant à se mouvoir. Il reprit le coaching à West Boca High. Son courage admirable ne fut pas récompensé, car il succombait peu de temps après à un mal qui ne pardonne pas.

Aujourd’hui encore, Coan détient les records de son école des 50 et 100 yards, 20s19 et 43s99, temps réalisés avec les maillots de bain de l’époque, loin des merveilles technologiques d’aujourd’hui et qui, 42 ans après, lui auraient encore permis d’enlever les titres de l’Etat ! A ses 43s99 établis en 1975, il ajouta un 43s25 (record US) nagé au cours de l’hiver 1979. Sprinter résistant, toujours en 1979, il établit un autre record US sur 200 yards, en 1’35s62. Eric LAHMY.

GEORGES VALLEREY AU PANTHÉON DES NAGEURS

Éric LAHMY

Samedi 25 Février 2017

L’un des plus brillants nageurs de l’après-guerre, Georges Vallerey, croix de guerre et médaillé olympique (dans cet ordre), vient d’être élu à l’International Swimming Hall of Fame (ISHOF), le Panthéon de la natation mondiale. Le président de l’ISHOF, Bruce Wigo, avait été impressionné, lors d’un voyage en France, par ce qu’on lui avait raconté de Georges Vallerey, en raison de la valeur aquatique, mais aussi du magnifique comportement dans la vie d’un nageur qui fut un héros.

L’ISHOF, MÉMOIRE DE LA NATATION MONDIALE

Bruce me demanda donc de plancher sur le sujet. Comment refuser ? Je me souvenais de l’accueil du groupe de l’ISHOF, lorsque je tentais de réunir des documents sur « Ballets Nautiques », un ouvrage qui me demanda six années de recherches et d’efforts, sur la natation synchronisée. Buck Dawson, qui avait créé l’ISHOF avec laide de Johnny Weissmuller, Bruce, le directeur Bob Duenkel et Ivonne Schmid, son assistante, devenue depuis directrice de l’institution, non seulement m’ouvrirent leur formidable documentation, mais Ivonne assura elle-même la compilation des dizaines de photos que je choisissais et récupérais pendant une semaine. Non seulement cela, mais Bruce m’invita au dîner de la réunion de gala de l’ISHOF et me plaça à la table où se trouvaient notamment les six ou sept dernières présidentes de la première natation synchronisée historique, dont Penny Bean, et j’eus ainsi accès à la mémoire des origines du sport, et pour faire bonne mesure, Bob me ramena à l’aéroport !

Mais revenons à notre sujet.

UNE RUE À BERLIN ET UNE PISCINE À PARIS

Georges-Vallerey est devenu l’un des dix-sept honorés de la classe 2017 de l’ISHOF, et le septième individuel nommé pour les cérémonies qui se tiendront les 25-27 août 2017 à Fort Lauderdale. Jusqu’ici, ont été annoncées les nominations des nageurs Wu Chuanyu (CHN) et Takeshi “Halo” Hirose (USA), du plongeur Zhang Xiuwei (CHN), du nageur de longue distance Walter Poenisch (USA), du joueur de water polo Osvaldo Codaro (ARG) et du photo journaliste Heinz Kluetmeier.

Vallerey est inscrit  dans ce que l’ISHOF appelle les pionniers du sport. Une catégorie établie, explique encore Bruce, pour ceux dont les carrières ont été interrompues par la guerre ou la politique, ou dont les grands accomplissements ont été perdus dans « les brumes du temps. »  

Si vous vous promenez dans le vieux quartier français du district Wittena-polou de Berlin, vous pourrez par accident traverser la rue Georges Vallerey. Vous imaginerez peut-être alors que ce Vallerey a été un administrateur allemand, un général, ou quelqu’un de ce genre. Mais cette rue a été baptisée du nom d’un des plus fameux nageurs des années 1940.

Son nom était Georges-Urbain Vallerey, junior. Il était né, le 21 octobre 1927 à Amiens, à 100 kilomètres au nord de Paris, dans une famille très particulière. Le père, Georges (1902-1956) avait nagé aux Jeux olympiques de Paris en 1924, et chacun de ses six enfants, Jehan (1925), Georges, Guy et Michel (1932), Jacques (1939) et Gisèle (1930) fut un nageur de classe mondiale.   En 1932, la famille rejoignit Casablanca, au Maroc, qui était alors une colonie de la France. Georges, doué et supérieurement entraîné pour l’époque par son père, qui suivait les méthodes américaines, devint un nageur exceptionnel. « Yo-Yo » n’avait guère plus de onze ans quand il sauva une petite fille de la noyade. Mais son grand exploit de sauveteur fut effectué le 8 novembre 1942.

SAUVETEUR EN MER DE DIZAINES DE MARINS

La guerre mondiale faisait rage, mais le Maroc français vivait dans une situation de relative tranquillité. Les alliés se méfiaient du régime dit de Vichy qui, de par sa collaboration avec l’occupant,  apparaissait à juste titre comme un nid d’auxiliaires des nazis. Ils décidèrent de couler la flotte française positionnée à Casablanca.

Regardant la bataille depuis la plage, Georges, 15 ans, et un ami de la famille, Robert Guénet (1), son aîné de 14 ans, virent un navire frappé par une bombe et sombrer à 300 mètres de la rive. Par tradition, les marins n’apprenaient pas à nager. Voyant qu’ils étaient en train de se noyer après avoir abandonné le navire, Georges et Robert s’élancèrent dans l’eau tapissée par endroits d’huile en flammes vers le navire toujours sous le feu allié.

S’ensuivit un va-et-vient des deux nageurs qui sauvaient à chaque fois chacun un marin. Pour hâter la cadence, Yo-Yo trouva un canot sur la plage, le tira à l’aide d’une corde liée à sa taille et le traîna en direction du navire. Il sauva ainsi plusieurs marins. Le 13 mai, tous deux furent décorés de la croix de guerre avec étoile de bronze.

LE BRONZE OLYMPIQUE

En 1946, Georges établit avec Alfred Nakache et Alex Jany le record du monde du relais 3 fois 100 mètres trois nages. En 1947, il était le meilleur nageur français sur 200 brasse (papillon), 100 et 200 dos et 400 libre. En 1948, il enleva la médaille de bronze olympique du 100 mètres dos, et attira l’attention de Bob Kiputh, l’entraîneur américain de l’Université de Yale, qui tenta de le recruter. Georges refusa cette offre. Un an plus tard, le champion olympique, Allen Stack, voulut battre le record mondial du 100 dos dans le bassin de Casablanca, et demanda Vallerey de l’accompagner. Celui-ci fit encore mieux. Il battit Stack en nageant plus vite que le temps de celui-ci aux Jeux olympiques de Londres. Un peu plus tard, un documentaire de 22 minutes de Julien Duvivier ajouta à sa réputation.

En décembre, il nagea une Coupe de Noël dans une eau à un degré. Il développa alors une infection de la gorge, qui déclencha une néphrite et une inflammation des reins. Ce mal ne cessa d’empirer et le 4 octobre 1954, dix-sept jours avant son 27e anniversaire, il s’éteignait à Casablanca. La piscine olympique de 1924, les Tourelles, fut rebaptisée de son nom.

(1). Robert Guénet continua de nager  toute sa vie durant. Je le rencontrai ainsi à Vichy, un mois avant les Jeux de Séoul, en 1988. Il nageait toujours en masters. A 75 ans, c’était encore un joyeux compagnon, heureux de vivre. Dans les années 1990, sociétaire de Roubaix et de Tourcoing, il établissait encore des records de groupes d’âge.

POUR MICHEL GUIZIEN (6 JANVIER 1936-4 JANVIER 2017), ENTRAINER, C’ÉTAIT PARTAGER

ÉRIC LAHMY.

Jeudi 5 Janvier 2017

Michel Guizien, l’un des entraîneurs les plus influents et importants des années 1970 à 1990, s’est éteint ce mercredi 4 janvier au petit matin,  à Antibes. Né le 5 janvier 1936, il disparait ainsi à la veille de son quatre-vingt-et-unième anniversaire. Parmi ses élèves, à Font-Romeu et à Antibes, on compte Guylaine Berger, Karyn Faure, Franck Esposito, Romain Barnier, Christophe Kalfayan… et tant d’autres !

Le 18 décembre 1993, le journaliste Claude Hessège, dans L’Humanité, avait tracé un portrait de cet entraîneur attachant, que le journaliste avait qualifié, je crois fort opportunément, de « technicien méticuleux ». Cette année, dans son groupe, Michel Guizien, est considéré comme le meilleur entraîneur français. Il dispose entre autres de deux des plus forts nageurs français du moment, Kalfayan et Esposito.

Dans leurs relations avec leurs nageurs, s’il est vrai que deux types de coaches ont coexisté, le « copain » et « la statue du commandeur », on ne saurait hésiter au sujet de l’appartenance de Guizien… Quand ses élèves s’adressaient à lui, le vouvoiement, le « monsieur Guizien », étaient de rigueur, paraissait d’ailleurs s’étonner notre confrère, qui ajoutait : « Ce Breton de Fougères au bon teint cuivré par le soleil antibois justifie cette appellation en vigueur chez ses nageurs «par la différence d’âge qu’il y a entre nous. Pour les jeunes, je ne vais pas tarder à avoir l’air d’un monument historique!». »

S’il pratiquait du bord du bassin une sévérité à ses yeux indispensable, ne tolérant pas le moindre retard ou la plus petite entorse à la préparation, Guizien pratiquait par ailleurs un humour à petites doses que soulignait parfois un sourire joyeux. S’il était un monument, c’était d’humilité, qui ne ramenait jamais la couverture à lui, et qui pratiquait le regard distancié, philosophe, dirais-je, sur les choses. Attention, ce n’était pas un gros parleur, mais s’il avait le « mot rare du montagnard », il n’était pas non plus un taiseux et n’avait rien d’un misanthrope. Au physique, râblé, et, sous le cheveu dru, poivre et sel, il arborait un masque viril à l’énergie un peu exotique, tanné par le soleil, qui faisait de lui le sosie d’un Jeff Chandler, grande star des années cinquante, qui se serait échappé de son western hollywoodien.

S’il fut un monument, ce fut, je crois, d’humilité. Calme, serein, il était un « entraîneur dans l’ombre ». Il avait été au tout début de l’aventure du lycée climatique et sportif de Font-Romeu, en 1967, à laquelle il adhéra jusqu’en 1980.

Le lycée avait été bâti en vue de la préparation à l’altitude (1850 mètres) des Jeux olympiques 1968 de Mexico. La natation, grand sport olympique, était, bien entendu présente. Gérard Garoff, Breton de Rennes, qui œuvrait au titre de censeur du lycée, jouait la carte de la natation ; il appela sur le bord du bassin un copain, Michel Guizien, Breton de Fougères, en Ille-et-Vilaine, qu’il avait connu, en même temps qu’Henri Sérandour, au CREPS de Rennes, alors qu’il préparait le professorat d’éducation physique.

« Son père était musicien, enseignant au Conservatoire, un violoniste merveilleux, témoigne Leslie, fille de sa première femme, également épouse d’un champion de natation, Gilles Vigne. Un brio et un engagement musicaux qu’atteste aujourd’hui l’existence du conservatoire de musique René Guizien « Sa mère est institutrice, passionnée d’arts et de littérature, son frère Christian musicien, grand tromboniste de jazz, ses deux soeurs sont des pianistes et l’une d’elles sera infirmière et musicothérapeute. Donc des mélomanes », notent sa belle fille Leslie et Gilles Vigne. Lui-même apprend le violoncelle et la clarinette, « passages obligés dans cette famille, précise sa soeur Rosine, qui ajoute: « son éducation lui a permis d’avoir le goût de l’effort et du travail bien fait, habitué par ses parents à l’exigence et à la recherche de la perfection. Pour ses gouts musicaux le jazz et le classique mais aussi Brassens et Nougaro pour l’amour des mots. » 

Guizien examine l’invitation de Garoff d’entraîner, mais hésite, et pour cause. Il ne connait rien à la natation. Prof d’E.P., certes, mais l’eau reste pour lui un élément étranger.

EN TANDEM À FONT-ROMEU AVEC JACQUES MESLIER

Mais Garoff a son idée. A Font-Romeu, Guizien trouva sur place à la fois un alter ego et un mentor, un complice et un ami et sans doute l’un des plus charismatiques passeurs que la natation française pouvait offrir à l’époque : Jacques Meslier. Enseignant en éducation physique, il a été nageur, poloïste, entraîneur, et maitrisait déjà tout ou presque ce qu’un français pouvait alors savoir sur ce sport. Jacques va servir de mentor à Michel.

Si Guizien démarrait de zéro, il allait vite trouver l’accélérateur de vitesse. Entre la générosité de l’un, l’humilité de l’autre, et l’insatiable curiosité des deux, cela ne pouvait que bien se passer: entre eux, ce fut un ciel sans nuage.

Inexpérimenté, mais armé d’un furieux appétit de comprendre et d’apprendre, Michel allait vite acquérir le bagage nécessaire à son sacerdoce. Ce qu’il n’avait pas trouvé dans l’enseignement est ce qui l’attira dans l’entraînement : la précision, la possibilité, à travers le chronomètre et la compétition, d’étalonner très précisément le travail accompli…

Épaulé par Gérard Garoff, et bientôt par Henri Sérandour, président de la Ligue de Bretagne puis, quelques années plus tard, de la Fédération française de natation, Meslier et Guizien allaient former une fine équipe  et lancer l’aventure de la première section sport-études de la natation française.

Garoff devint, début 1973, Directeur technique national, et quitta Font-Romeu pour Paris. Guizien, lui, continua d’accompagner ses nageurs au bord des bassins.

« Son séjour à Font Romeu a été extrêmement enrichissant pour lui, témoignent Leslie et Gilles Vigne. Meslier lui a donné des bases si solides et lui a si bien fait partager son amour de la natation qu’il continuera toute sa vie à progresser dans ce domaine avec les résultats qu’on lui connaît. Il a eu l’intelligence et l’ouverture d’esprit d’observer attentivement les nombreuses équipes nationales de divers pays venus s’entraîner en altitude et d’en retirer l’essence de ses connaissances en natation. Ces deux points l’ont préparé d’une façon remarquable pour devenir un grand entraîneur. »

Mais s’il est capable de s’engager passionnément, Guizien sait aussi profiter de la vie, une fois sorti du bassin.

Au cours de ses treize années à Font-Romeu, il tombe amoureux de Kay Laurens, une Américaine qui, ayant épousé en premières noces René Laurens [petit-fils de Fernand Bouyonnet, fondateur de Font-Romeu] vit là avec ses deux enfants, Leslie et Marc. Ils se marient. Un cancer lui volera son épouse en 1997.

«  C’est une période de boîtes de nuit à la mode et de folles soirées, racontent Leslie et Gilles Vigne. Sportif et mondain, donc. Mais ce n’est pas tout, expliquent les Vigne :

« Lui, le Breton ne connaissant rien à la montagne, rencontre un soir chez un ami commun qui n’est autre que Garoff, un moniteur de ski et guide de haute montagne ; au cours de la conversation, Guizien demande à brûle pourpoint à ce moniteur s’il sait nager ; non, lui répond-il, qui ajoute craindre pour cette raison l’eau. Et Guizien de lui proposer un échange : des leçons de natation contre la découverte des Pyrénées, de sa faune et sa flore.

S’en est suivi une grande amitié avec André Calderer qui lui donné l’amour de la chasse et des ballades en montagne. Sans parler du ski qu’il aimait pratiquer entre deux séances d’entraînement. »

Il se met donc à aimer la nature, la montagne, et la chasse, en compagnie de son chien Swim. A la mort de cet amical quadrupède compagnon de balades, raconte Prokop, « Michel range son fusil, s’empare d’un appareil photo, et s’en va portraiturer chamois, renards, blaireaux et marmottes qui hantent le parc de La Vanoise. »

Quant à sa passion pour la musique, elle « portait surtout sur le jazz et la musique classique. Sa collection de vinyles en est la preuve flagrante ».

Un peu plus tard nait son premier et sans doute seul différend avec Garoff. Le prétexte en est un projet de sport études universitaires à Villetaneuse (qui n’aboutira jamais). Le DTN veut Guizien à ce poste. Après moult réflexions, Guizien, trop attaché à la nature, et qui se voit mal scotché dans une banlieue parisienne, refuse. La fameux caractère de Garoff fait son œuvre, et pendant quelques temps, les deux hommes sont en froid, ce qui perturbe beaucoup Guizien.

TEMPÉRAMENTS OBLIGENT: À MESLIER LE DEMI-FOND, À GUIZIEN LE SPRINT

Patrice Garoff, le fils de Gérard, qui a toujours connu Michel – « je crois bien qu’il m’a vu naître », dit-il – et qui a été entraîné par lui, se souvient de Michel comme d’un « homme merveilleux et drôle, qui partait en couples avec mes parents en vacances ; c’était un homme que j’ai sincèrement beaucoup aimé, un entraîneur humain, très lié à ses nageurs. Il n’était pas dur, à la différence de Meslier, lequel était à l’école américaine du « no pain no gain », le progrès par la douleur. Michel, lui, faisait travailler, à travers un filtre : l’entraînement était moins une ascèse par la souffrance (parfois pourtant indispensable) qu’un partage. La différence entre ces deux visions faisait que, tout naturellement, Meslier entraînait le demi-fond et Guizien les sprinteurs. »

« Je crois qu’il était en avance sur un domaine, ajoute Garoff, celui de la planification annuelle, dont il fut un pionnier chez nous. Mais auprès de lui, l’entraînement était un plaisir. Il aimait aussi les belles voitures, et je me souviens qu’il roulait en Simca. Il nous emmenait, trois ou quatre nageurs, de Font-Romeu à Narbonne, en compétitions. »

LE NAGEUR COMME FORMULE 1

L’amateur de bagnoles n’avait pas cherché loin sa comparaison des nageurs avec des bolides de Grand Prix : «Mettre au point un nageur de haut niveau, c’est aussi compliqué que de régler une Formule 1. C’est plus compliqué, même, car, en natation, les paramètres psychologiques sont importants.»

Il avait pris en mains, à Font-Romeu, des mains de Pierre Dupont, coach de Maisons-Alfort, la destinée de la Parisienne Guylaine Berger, qui allait devenir, en 1973, en finale des championnats du monde de Belgrade, la première française à nager le 100 mètres nage libre sous la minute. 

« Quand les résultats arrivent, Michel ne s’en contente pas, expliquent Leslie et Gilles Vigne. Il en veut plus. Il ambitionne les mêmes conditions que celui qu’il admire plus que tous : Georges Garret [à Marseille]. Avec l’aide de Gérard Garoff, il cherche un club avec bassin de 50 mètres. Font Romeu ne disposait que d’un petit bassin de 25 mètres. Il a le choix entre plusieurs propositions, en Nouvelle Calédonie, dans la région Parisienne… Ce sera Antibes. »

En 1980, Guizien arrive donc à Antibes. Là, il trouve sur place et va développer deux talents très différents : la nageuse de demi-fond Karyn Faure, et le sprinter Christophe Kalfayan. Guizien pratique un remarquable pluralisme au sein de bassin, qui le pose parmi les fins techniciens. Il sait tout faire, n’est prisonnier d’aucune mode, peut faire nager long, court et dans tous les styles « parmi ses huit nageurs de haut niveau, note encore Hessège dans l’article précité de L’Huma, on retrouve tous les styles de nage: Kalfayan le sprinter libre, Esposito le papillonneur, Cédric Pénicaud le brasseur et Romain Barnier, cinq fois médaillé en crawl, en juillet, lors des championnats d’Europe juniors. »

«Ces jeunes athlètes me confortent tous les jours dans les valeurs auxquelles je crois et que j’ai du mal à retrouver dans notre société: l’honnêteté, le courage et la volonté. J’ai une chance énorme de passer ma vie avec eux», admet-il. Comme ses nageurs – «des introvertis comme moi et la plupart de ceux qui sont dans la natation» -, Michel Guizien rêve de titre olympique: «C’est le summum, c’est magique! Mais ce n’est pas parce que l’un de vos nageurs est couronné que vous êtes le meilleur entraîneur du monde. Non, vous êtes juste l’un des bons entraîneurs du monde. L’exploit, c’est le nageur qui le fait! »

Le 6 avril 1996, Libération, sous la plume de Christian Loison, ouvre les guillemets au coach : «Quand on accepte de nager, il faut un goût marqué pour l’effort physique.» [Il faut surtout] « une volonté permanente de se dépasser. Je n’ai qu’une philosophie: celle de l’effort. Je n’ai qu’un mot d’ordre: le travail. En sport, en natation plus particulièrement, on ne se maintient pas. Soit on progresse, soit on régresse. A Antibes, on est condamné à progresser.»

«Oui, le bon nageur, c’est ça: celui qui utilise le mieux les résistances et les appuis de l’eau. C’est lui qui flotte le mieux: grand et fin, comme Popov (le Russe, meilleur mondial sur 50 et 100 libre, ndlr). C’est affaire de perception, de sensibilité. Pour cela, il faut avant tout du courage et de la volonté.»

Bien entendu, dans l’ADN de Libération, porte-flambeau du jouir sans entraves, de tels propos sonnent de travers, et l’organe libertaire cherche le contre-feu : et de citer un « observateur » pour qui «le seul reproche qu’on peut faire au centre, c’est que les nageurs commencent à ressembler à leur entraîneur. Trop pro, trop sérieux, trop gris. Peut-être que Guizien met trop l’accent sur l’énergie et pas assez sur le plaisir, la complicité, la jubilation. L’humain en un mot.»

Malentendu, car ce n’est pas le centre, ou le coach, qui déteignent. C’est la natation de compétition qui veut ça. Possible élément de preuve, Christophe Kalfayan, sprinteur emblématique, qui, après avoir suivi Guizien entre quinze et vingt-sept ans, quitte en octobre 1995 « le moule paternaliste cher à Michel Guizien. » Kalf’ est alors dans une période de révolte, ce qui l’amène aussi à tenter de forcer la fédération à le sélectionner d’office pour les Jeux, sans passer par le filtre des qualifications. Kalfayan s’entraîne seul, avec un adjoint. «A 27 ans, explique-t-il, cela faisait douze ans que je m’entraînais avec Guizien. La relation prof-élève ne me convenait plus. La natation n’est plus une priorité dans ma vie. Bref, je voulais tenter autre chose.» Quelques mois plus tard, aux Jeux olympiques d’Atlanta, Kalfayan termine 14e du 50 mètres des Jeux olympiques. Quatre ans plus tôt, à Barcelone, il avait été 4e du 50 mètres, 11e du 100 mètres, 4e avec les relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages. Conclusion ? La natation de compétition supporte mal l’à peu près. Le sport d’élite est un impitoyable juge de paix…

En 1999, Guizien coache aussi Fred Bousquet, avant que celui-ci ne rejoigne Auburn. C’est à Antibes que Fred se qualifie pour les Jeux de Sydney.

Ses brillants résultats en club amènent Guizien à se voir confier des responsabilités nationales. Là encore, Gilles Vigne est un témoin de première main, qui explique :

« Ses premières responsabilités nationales ont été d’entraîner les différentes équipes juniors sous la direction de Patrice Prokop et en compagnie entre autres de: Marc Begotti, Michel Selesse, Dominique Mollier, et moi même. Nous avons pu constater déjà à ce moment là ses qualités relationnelles avec les athlètes. Ce fut le début de sa grande carrière internationale. Les résultats qu’il a obtenus avec le club d´Antibes et les équipes de France olympiques en sont la preuve.

Nous  sommes parti vivre aux États Unis en 1989, continuent Leslie et Gilles, et chaque fois que Michel le pouvait, il venait chez nous et en profitait pour observer les différentes méthodes d’entraînement dans les universités américaines. Il n’a jamais cessé d’apprendre… »

 LE DOUBLE DEUIL DE ROMAIN BARNIER

Ce mercredi 4 janvier 2017, mon appel cueille Romain Barnier malheureusement dans un nuage d’affliction. Coïncidence, l’entraîneur marseillais vient de perdre un oncle, le frère de sa mère, dont il tente de fixer les funérailles, et ne sait à quel deuil se vouer. Les disparitions de ces deux anciens aimés et respectés s’entrechoquent dans son esprit comme un sinistre synchronisme. L’oncle ? Marc Esposito (nom de jeune fille de la mère de Romain), un passionné de natation et une figure de la famille. « Ma grand’mère s’appelait Esposito, et dans la natation, on la félicitait des succès de Franck, ce qui la faisait rire, vu qu’il était seulement un homonyme. A la fin, elle laissait dire, et feignait d’agréer ces congratulations pour les exploits de ce « petit-fils ». »  

Romain se souvient de « milliers d’anecdotes », concernant Guizien, liées aux cinq années passées à Antibes : « j’étais arrivé en 1992-93, à 17 ans, ils avaient créé une cellule, Antibes Swim Team, on était une dizaine, dont Franck Esposito, Christophe Kalfayan, Karyn Faure, Cédric Leutenegger. Nous avions une grande affection pour Michel tout en le respectant, on l’appelait monsieur Guizien. Lui, c’était une voix, un charisme, c’était l’homme qu’il était. Un grand monsieur avec sa singularité. A la fois distant et chaleureux. C’était la mallette, style attaché-case, un truc de businessman, qu’il trainait avec lui, il la posait sur une table, sortait des papiers, nettoyait ses lunettes, se raclait la gorge, et l’entraînement commençait… C’était aussi une idée du coaching, qui était dans la précision. Après l’entrainement du samedi, il nous disait : maintenant, je vais préparer la semaine prochaine. Il s’enfermait pendant trois heures s’il le fallait, et d’une écriture appliquée, impeccable, sans la moindre rature, il posait patiemment le programme, série après série, de l’entraînement de la semaine à venir. Après quelques années, nous en devinions les schèmes récurrents, et l’entraînement du matin nous laissait deviner celui de l’après-midi. Il avait sa méthode.

«Il était très méthodique, minutieux… Je me souviens, une fois, nous suivions un cours pour l’examen du BEESAN, avec des copains. A un moment, il sort un mouchoir d’un étui en papier, essuie ses lunettes, tente de remettre le mouchoir dans son étui en papier, sans arrêter son propos, qui était une description du mouvement de la nage ; cela s’éternise ; il continue de s’efforcer de remettre son mouchoir à sa place, calmement, avec sa coutumière méticulosité, manifestement, il n’y arrive pas, s’entête, et nous, on l’écoute à peine, fascinés par son combat obstiné contre le refus de l’étui de papier de réintégrer le mouchoir ; et d’un coup, la classe explose dans un éclat de rire général. Etonné, vu qu’il n’a rien dit de marrant, il nous demande la raison de l’hilarité, on lui explique et lui : « mais, c’est pas marrant, votre histoire. »

« L’année 2002, j’étais seul avec lui, l’été, à l’entraînement, et au bout, j’ai nagé à Berlin, aux championnats d’Europe, le record de France du 200 mètres, 1’48s80. C’est avec lui que j’ai effacé le nom de Stephan Caron des tablettes !  Un peu plus tard, j’ai travaillé sous Marc Begotti, mais ça a moins marché et je suis retourné avec Guizien.

« Mais il y avait aussi le Michel Guizien que je connaissais moins, qu’il devenait quand il n’avait pas le costume de la mission. Il avait le goût de la fête, aimait rire, blaguer, était un bon vivant. »

IL AIMA ENTRAINER JUSQU’AU BOUT : LES RAPIDES, LES LENTS, LES JEUNES, LES VIEUX…

Franck Esposito se souvient également de « beaucoup de belles choses » et met en avant la « grande intelligence, le respect et l’exigence de celui qui fut (son) coach pendant tant d’années. Il nous avait enseigné la rigueur nécessaire à la réussite d’un club performant, et qui s’est conservée parmi tous ses anciens nageurs. A Rio, aux Jeux olympiques, on s’est retrouvés, Romain Barnier, Maxime Leutenegger et moi, pour l’équipe de France, Lionel Moreau, qui coachait pour les Bahamas : quatre entraîneurs, qui avions été élèves de Michel, ça nous rendait très fiers pour lui. Je l’avais vu samedi dernier, et on s’est dit au revoir. Il était très affaibli, mais c’était toujours Monsieur Guizien.

Il aimait la natation. Il parlait souvent de sa chance de faire ce métier. Il n’était pas spécialisé, il s’intéressait à tous les styles, toutes les distances. Il aimait prendre le temps avec ses nageurs. Et il ne s’intéressait pas qu’à l’élite. Depuis toujours, il entraînait entre midi et deux heures monsieur et madame tout le monde : on trouvait là le médecin, l’ouvrier, la ménagère, il adorait entraîner, et ça a duré toute sa vie, longtemps après sa retraite, jusqu’à ce qu’il y a deux ou trois ans, il fasse un malaise au bord du bassin ; alors seulement, on lui a demandé d’arrêter. »

 – Mes plus vifs remerciements à Leslie et Gilles Vigne, Michèle Guizien, Romain Barnier, André Calderer, Franck Esposito, Patrice Garoff, Marc Planche, Patrice Prokop, Gilles Plançon, Isabelle Lefèvre. Sans leur aide et (ou) leurs témoignages, cet hommage n’aurait pu s’écrire.

ROB DERBYSHIRE, POLOISTE, NAGEUR ET ET PREMIER HOMME DE LA « SYNCHRO »

Lundi 26 septembre 2016

DERBYSHIRE [John Henry « Rob »]. Natation, water polo. (Manchester, 29 novembre 1878-Forge Baslow, Derbyshire, 30 juillet 1938). Champion olympique de water-polo (1900) et du quatre fois 200 mètres (avec Willy Foster, Henry Taylor et Paul Radmilovic, en 1908), argent du quatre fois 250 mètres (1906). Élève de Trudgen, fils d’un « superintendant » des Osborne Street Baths, les bains de sa ville natale, en novembre 1897, à Glasgow, “il nage le 100 yards en une minute juste, mais la faible longueur du bassin, 20 yards soit un peu plus de 18 mètres, fait que l’on ne retiendra pas cette performance comme marquant la fin de l’over sur la distance classique du sprint” (Oppenheim, Des Nageurs et des Records, 1961). Son père, qui est aussi son inspirateur, l’utilise, à trois ans, comme son « périscope » dans une démonstration de nage sous-marine. Surnommé « le petit Robin », il conservera ce sobriquet toute sa vie. A quatorze et quinze ans, en 1893 et 1894, il remportera les premiers titres de champion du Yorkshire de natation ornementale, ce qui en fait l’ancêtre de la natation synchronisée, sport alors réservé aux hommes. Sa vitesse de nage lui permit de briller dans les matches de water-polo, et d’être présent dans l’équipe britannique de 1896 à 1900. En 1902, il affronta Freddy Lane, vainqueur, et Dick Cavill dans une course mémorable. Les trois hommes durent revenir des vestiaires à trois reprises pour répondre à l’enthousiasme des spectateurs. Rob deviendra directeur de piscines à Manchester et Londres, coach de l’équipe olympique de 1928, manager de celle de 1936. Eric Lahmy

LUDOVIC DEPICKERE, 20 ANS EN HAUT DE L’AFFICHE

DEPICKÈRE [Ludovic Fernand]. Natation. (Roubaix, 29 juillet 1969-). France. Fils d’un directeur de piscine (René) et d’un maître-nageur (Marie-José) qui le mettent à l’eau à l’âge de trois semaines, lui font disputer sa première compétition à quatre ans et demi  et lui servent tour à tour d’entraîneurs, il n’échappe pas à un destin de nageur, à Roubaix, puis à Wattrelos. D’une carrière de plus de vingt ans, il ramène huit titres de champion de France : 100 mètres (50s71, hiver 1996), 200 mètres (1’51s11, été 1988), 50 mètres papillon (25s64, hiver 1986), 100 mètres papillon (56s25, hiver 1986 ; 55s21, record de France, été 1986 ; 55s39, hiver 1987, 55s51, hiver 1988 ; 54s86, été 1988), titres auxquelles doivent s’ajouter 13 argents et 12 bronzes ; un titre de champion d’Europe junior (1985) sur 100 mètres papillon. Présent dans l’équipe de France dans trois Jeux olympiques, à Séoul 1988, Barcelone 1992 et Atlanta 1996,  est finaliste olympique sur 4 fois 200 mètres, européen et mondial sur 4 fois 100 mètres. Il est devenu éducateur sportif, puis responsable du suivi technique du patrimoine sportif de Wattrelos.

CLARA « CLARE » DENNIS, AUSTRALIE, GOLDEN GIRL DES ANNEES ’30

Eric LAHMY

Dimanche 25 septembre 2016

DENNIS [Clara, « Clare »]. Natation. (Burwood, Nouvelles-Galles-du-Sud, 7 mars 1916-Manly, 5 juin 1971). Australie. Championne olympique du 200 mètres brasse (3’6’’3) aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1932, championne du Commonwealth en 1934, recordwoman du monde du 100 et du 200 mètres brasse, championne d’Australie en 1931, 1933, 1934 et 1935, et recordwoman des Etats-Unis, Clare Dennis nage dans une époque où le programme de natation est balbutiant : pas de championnats du monde (qui débuteront en 1973, deux ans après sa mort, à 55 ans).

Elle constitue aussi à elle seule une époque de la natation australienne. Entre les deux grandes périodes des antipodes, celle qui part des années 1880 et couvre les quinze premières années du 20e siècle, et celle qui va de 1956 à aujourd’hui, il y a un creux que Clara Dennis parait devoir combler à elle toute seule.

Troisième d’une famille de six enfants, elle a sept ans quand ses parents (son père, Alec, est officier de police) s’aperçoivent qu’elle est beaucoup plus intéressée par le sport (ainsi le cricket où elle n’hésite pas à affronter les garçons) que par les études.

C’est un « tomboy », un garçon manqué, pleine d’énergie, et elle veut accompagner son père où qu’il aille. Celui-ci accepte à condition qu’elle apprenne à nager (ils vivent devant la plage de Clovelly, un faubourg de Sydney, autant dire que les plaisirs aquatiques y sont nombreux et les risques de noyade réels). Alec a été un bon nageur. D’entrée, Clara se met à nager en chien. Elle rejoint sa sœur ainée Thora au club féminin, le Sydney Ladies’ Swimming Club [Thora a été sélectionnée pour les Jeux de 1928, mais n’a pu s’y rendre, on a estimé qu’elle était trop jeune pour un si long voyage].

Pour ce faire, Clare a dû suivre l’injonction paternelle, et traverser la baie de Clovelly par ses propres moyens. Clare triche un peu, effectue une partie de la distance avec un pied sur le sol. Une fois au club, on la livre d’emblée à un bassin de 33 yards, où elle patauge et manque de couler après quelques mètres.

Les dix années qui suivent ces débuts on ne peut moins fracassants, Clare gagne de nombreuses courses, et cela toujours en « crawl ». Déclassée pour avoir interféré avec d’autres nageurs pour le titre des Nouvelles Galles du Sud qui se jouait aux Ramsgate Baths de Sydney comme presque toujours au bord de la mer (un courant avait causé une dérive de plusieurs nageurs).

Frustrée, désireuse d’enlever une course, elle s’engage sur un 220 yards brasse, à Bondi, et découvre ainsi par hasard quel est son meilleur  style. Elle touche la première, est encore disqualifiée pour avoir touché le mur d’arrivée d’une seule main, atavisme de crawleuse dont elle devra se débarrasser dans le style des grenouilles. Malgré cela, elle a nagé plus vite que le record de l’Etat, c’est donc un coup d’essai, coup de maître, et la révélation d’un talent spécifique…

Au cours de la saison 1931-32, elle domine les courses de brasse en Australie, et n’a pas encore seize ans quand elle bat, le 18 janvier 1932, le record du monde du 200 en 3’8s4 (en bassin de 25 mètres). Ce fait la qualifie pour les Jeux de Los Angeles. Trois mois plus tard, l’Allemande Lisa Rocke nage la distance en 3’8s2 (mais ne sera pas envoyée aux Jeux de Los Angeles) mais c’est surtout Else Jacobsen qui fait la différence, nageant 3’3s4 à Stockholm  le 11 mai dans un bassin de 25 yards.

Clare se rend aux Jeux sur un fond alimenté par son père et ses collègues de la police locale…

Arrivée sur les lieux, Clare doit guérir d’une balafre à un pied qu’elle s’est donnée en heurtant un plot et qui s’infecte chaque fois qu’elle va dans l’eau. Elle nage pas pendant dix jours, puis reprend sa préparation à raison de deux séances par jour.

Clare bat le record olympique en séries (3’8’’2). Elle a manqué d’un rien la disqualification. On lui reproche de porter un costume de bain (Speedo) qui est jugé non réglementaire, parce qu’il montrerait trop les épaules. Comme quoi, chaque époque a ses soucis avec les tenues de bain…

Après cette qualification facile, Buster Crabbe, le meilleur nageur US de l’époque, champion olympique sur 400 mètres, qui a l’œil, a remarqué cette grande fille, vite célèbre en Australie pour sa beauté athlétique, et noté qu’elle dispose d’une nage rapide mais ignore tout des finesses du départ et du virage, où elle laisse de précieuses secondes. Il la conseille. Après le plongeon, il lui dit d’effectuer trois brasses sous l’eau. Il lui conseille aussi de nager devant, de passer à chaque virage en tête pour impressionner ses adversaires.

La finale se réduit pendant plus de cent cinquante mètres à un duel entre elle-même et la toute jeune recordwoman du monde danoise Else Jacobsen, douze ans, qui restera la plus jeune médaillée de l’histoire de la natation. Dans la dernière longueur, Jacobsen faiblit légèrement, est passée par la Japonaise Hideko Maehata qui attaque.

Clare Dennis l’emporte d’un dixième, 3’6’’3 contre 3’6’’4. C’est la meilleure performance mondiale en grand bassin. En 1933, Clare, qui travaille dans un grand magasin, continue de nager, et bat le record du monde des 100 brasse, le 14 février à Unley (bassin de 33 yards 33), avec 1’24s6, effaçant le temps, 1’26s d’Else Jacobsen, des tablettes.

Elle bat aussi le record australien des 220 yards en 3’9s2. En août 1934, retenue dans l’équipe qui dispute les Jeux de l’Empire britannique, elle domine très largement le 200 yards brasse, en 2’50s2, et devient la première Australienne championne du Commonwealth.

Quoique toujours dans le coup, elle n’est pas retenue dans l’équipe olympique qui dispute les Jeux de 1936 à Berlin, au grand dam de l’opinion. Elle décide alors de devenir entraîneur professionnelle de natation, un métier qu’elle partage avec celui de masseuse ; elle ouvrira  également  deux salons de coiffure, à Clovelly et à Henley.

Le 12 décembre 1942, elle épouse George Golding, un ancien athlète, concurrent du 400 mètres olympique, devenu enquêteur de police, qu’elle a rencontré six ans plus tôt aux Jeux de Los Angeles. Ils n’auront pas d’enfants. Elle disparait précocement, victime d’un cancer.

Clare Dennis est la belle-sœur de Sam Herford, l’un des entraîneurs vedettes des années 1950 (coach de John Devitt et Murray Rose) que sa sœur Thora a épousé en 1939, et la tante de Gary (aviron) et Kim (natation) Herford.

HELENA DENDEBEROVA, NAGEUSE COMPLETE SOVIETIQUE

DENDEBEROVA [Helena]. (Saint-Petersbourg, 4 mai 1969-) . URSS. Nageuse de haute taille et  robuste, 1,81m, 75kg, elle est médaillée d’argent du 200 mètres 4 nages des mondiaux 1986 à Madrid et des Jeux olympiques de Séoul, en 1988, pour l’Union soviétique et l’ « équipe unifiée ».

Elle apparait aux championnats d’Europe 1985, à Sofia, dans le relais argenté quatre fois 100 mètres quatre nages. Elle y assure le parcours de crawl, et arrache aussi le bronze sur 400 libre. Un an plus tard, aux mondiaux de Madrid, elle parvient à s’intercaler, sur 200 mètres quatre nages (argent), entre les deux Allemandes de l’Est, Kristin Otto et Kathleen Nord. En 1987, les championnats d’Europe de Strasbourg sont un véritable festival de « dopées », avec onze titres individuels et les trois relais féminins à la RDA, deux à des nageuses roumaines entraînées à Baia Mare dont l’une, Noemi Lung (4’40s61 à Strasbourg), gagnante du 400 mètres quatre nages), ayant choisi la liberté lors d’un déplacement en France, exposa les perversités du système, Dendeberova [dont nous n’avons certes aucune preuve de la « propreté »] enleva l’argent en 4’42s62  sur 400 mètres quatre nages. Aux jeux olympiques de Séoul, en 1988, elle est encore sur un podium, celui du 200 mètres quatre nages, derrière une nouvelle allemande de l’Est, Daniela Hunger, en 2’13s31 contre 2’12s59, et devant Noémie Lung. En 1992, membre de l’ex-équipe soviétique devenue « équipe unifiée », elle est 9e (1ere de la finale B) sur 200 mètres libre, en 2’0s09, 4e sur 200 mètres quatre nages, et participe au relais quatre fois 100 mètres libre (4e).

Epouse du dossiste Viktor Kouznetsov.

JACQUELINE DELORD

DELORD [Jacqueline]. Natation. (Toulouse, 29 janvier 1970-). France. Entraînée au DTOEC de Toulouse par Lucien Lacoste, cette nageuse de papillon, longtemps barrée par Catherine Plewinski, put, malgré des ennuis de santé, honorer 17 sélections, dont trois aux Jeux olympiques – Séoul 1988, Barcelone 1992 et Atlanta 1996 -, cinq aux championnats d’Europe – Strasbourg 1987, Bonn 1989, Athènes 1991, Sheffield 1993, Vienne 1995 -, deux aux championnats du monde – Perth 1991, Rome 1994. 4e européenne sur 100 mètres papillon en 1989, elle remporta le 100 mètres papillon des Jeux Méditerranéens en 1987. Elle est devenue enseignante à l’INSEP de Paris, formatrice pour les brevets d’Etat, et se présente comme experte en réathlétisation et préparation physique aquatique. E.L.