Catégorie : Natation

DALLA VALLE, COEUR VAILLANT

Par Eric LAHMY                                                 Jeudi 30 Avril 2015

DALLA VALLE [Manuela] (Como, 20 janvier 1963-). Italie. Une carrière record en termes de longévité, étendue sur vingt-et-un ans (1978-1998), marquée par deux 2e places européennes sur 100 mètres brasse (en 1987 et 1989), et un titre à l’Universiade 1987 pour cette exposante de la brasse et des quatre nages, de gabarit modeste, 1,61m, 53kg. Elle compensait sa taille par son exubérance et sa  vaillance. Coachée par Alberto Castagnetti, elle nageait aussi le 200 mètres brasse et le 200 mètres quatre nages et fut finaliste à Los Angeles 1984 (200 mètres 4 nages), Séoul 1988 (200 mètres brasse) et Barcelone 1992 (100 et 200 mètres brasse). 4e du 100 mètres brasse des mondiaux de Perth, en 1991, elle était encore présente aux Jeux d’Atlanta en 1996. Médaillée européenne sur 100 mètres brasse, d’argent en 1987 à Strasbourg, de bronze à en 1989 à Bonn, elle fut championne du monde universitaire à Zagreb, Yougoslavie (1987). Elle enleva 63 titres (printemps et été) italiens dont 50 individuels, et 29 sur 100 mètres brasse seulement, et se retrouva également, de ci de là, sur des podiums en nage libre, en dos, en papillon et, bien entendu, en quatre nages ! Elle devint enseignante en éducation physique, entraîneur et dirigeante (élue en 2000), vice-présidente de la Fédération Italienne de Natation (FIN).

IRENE DALBY REINE DE NORVEGE

DALBY [Irène Karine] (Hamar, comte du Hedmark, 31 mai 1971-). Norvège. Double championne d’Europe (400 mètres, 800 mètres) à Athènes en 1991, cette nageuse sculpturale (1,81m, 68-73kg) coachée par Hakon Iverson fut aussi 2e de la Coupe du monde FINA de distance. Médaillée d’argent européenne du 800 mètres en 1993, de bronze européenne du 800 mètres en 1989 et 1995, du 400 mètres en 1993 et 1995, elle fut par deux fois, en 1992 à Barcelone et en 1996 à Atlanta, 5e du 800 mètres des Jeux olympiques. Ses records en grand bassin montrent à défaut de vitesse de base une grande résistance, 2’2’’35 au 200 mètres,  4’11’’51 au 400 mètres et 8’29’’59 au 800 mètres et 16’42’’87 au 1500 mètres. Elle fut la meilleure nageuse norvégienne de l’histoire, et sa solitude est démontrée par les 124 titres nationaux qu’elle remporta dans une carrière qui s’étendit sur trois olympiades, entre une médaille de bronze mondiale juniors en 1986 et une présence aux Jeux d’Atlanta, en 1996.

DAI FIGURE DE PROUE DU DOPAGE CHINOIS

DAI [Guohong] (Province de Liaohing, 3 septembre 1977-). Chine. Championne du monde 1994, à Rome du 400 mètres quatre nages ; spécialisée aussi en brasse, style dans lequel elle est médaillée d’argent (sur 100 mètres) et nage pour le relais 4 fois 100 mètres quatre nages également champion du monde. Par sa victoire dans le quatre nages, elle « incarne le triomphe de la puissance sur la technique. Après son virage au 100 mètres [en papillon], elle étale sa faiblesse, un parcours en dos abominable qui la laisse 2’’3 derrière Allison Wagner » (Craig Lord). Mais elle passe de 4e à 1ere en brasse (1’16’’20), à l’issue de quoi seule Wagner reste encore dans le coup. Mais les 1’5’’46 en crawl de l’Américaine sont insuffisants pour combler son retard face à Dai qui nage, elle, 1’5’’93. En 4’39’’14, elle garde l’ascendant sur Wagner, 4’39’’98. Dai a été l’année précédente, quadruple championne du monde en petit bassin, à Palma (sur 100 et 200 mètres brasse, 400 mètres quatre nages et avec le relais quatre nages) et 2e sur 200 mètres 4 nages. Elle est aussi archi-médaillée aux Jeux asiatiques 1994 à Hiroshima (or des 100 brasses, des 200 4 nages et du relais quatre nages, argent sur 200 brasse et 400 4 nages). Fin 1995, on apprend qu’hors de forme, ayant pris 10kg, elle songe à prendre sa retraite sportive. Certains bruits ont couru sur le fait qu’elle aurait été prise par des contrôles de produits interdits, dont des stéroïdes). De ce fait, et du fait que les Chinois développent des systèmes de dopage, on peut estimer que toutes ses performances sont douteuses.

ATTILA CZENE CHAMPION OLYMPIQUE ET MINISTRE D’ETAT

 

CZENE [Attila] Natation. (Szeged, 20 juin 1974-). Hongrie. Entraîné à Budapest par Tamas Szechy, d’abord l’un des plus prometteurs dossistes d’Europe, ce garçon fin et attachant s’orienta vers le crawl, le papillon et les quatre nages. Peut-être délaissa-t-il le dos après s’être fracturé une phalange en 1991 dans une arrivée (à Canet en Roussillon) ?Très près déjà de la victoire sur 200 mètres 4 nages aux Jeux de Barcelone, en 1992, en 2’1’’, tout près de Tamas Darnyi et de Greg Burgess, 2’0’’76 et 2’0’’97, il fut champion olympique du 200 mètres quatre nages à Atlanta, en 1996 (1’59’’91), au grand dam du super favori finlandais Sievinen déjà devancé par lui, de 0’’22, aux Jeux de Barcelone, mais aussi de Tom Dolan, vainqueur, lui, quatre jours plus tôt, du 400 mètres 4 nages. Attila, dans la ligne 1, suivit le Canadien Curtis Myden à l’issue du papillon, revint, puis creusa l’écart en dos, et parvint à contrer Sievinen auteur d’un fort retour en crawl (2’0’’13) et conserver suffisamment d’avance pour gagner, seule sous les deux minutes : 1’59’’91… Un mois après les Jeux, il fut révélé que les Hongrois avaient fait preuve de duplicité pour engager leurs nageurs. A quelques semaines des Jeux, Czene et quelques autres n’avaient toujours pas réalisé les temps qui pouvaient les qualifier pour les Jeux, et la Fédération hongroise inventa de toutes pièces une compétition totalement bidon, inscrivirent des temps également fantaisistes qui permirent à une bonne douzaine de nageurs, dont Attila, de s’inscrire aux Jeux. La Fédération fut punie, mais Czene put conserver son titre. En mars 2000, il améliora le record du monde de la distance en petit bassin, en 1’54’’65. Aux Jeux olympiques 2000, il finit 4e de son épreuve fétiche, gagnée par l’Italien Rosolino.

Attila Czene fit ensuite une belle carrière politique, ministre d’Etat des sports et des Ressources nationales de la Hongrie, et joua un rôle continental, dans ce créneau, lors de la présidence hongroise des affaires européennes, au premier semestre 2011.

DAISY CURWEN NE FAISAIT QUE PASSER

Par Eric LAHMY                                                             Mardi 28 Avril 2015

CURWEN [Daisy] Natation. (Liverpool, 6 décembre 1889-). Recordwoman du monde des 100 yards (1’12’’6) et des 100 mètres nage libre en 1’24’’6 (29 septembre 1911) 1’23’’2 puis 1’20’’6 (Birkenhead, 10 juin 1912), elle perd le record le 9 juillet 1912, quand, aux Jeux de Stockholm auxquels elle participe, Fanny Durack l’efface. Curwen (mariée, nom d’épouse, O’Brien, depuis un an) se qualifie aisément en 1’23’’6, réussit le 2e temps des demi-finales (1’26’’8) quand, hospitalisée d’urgence en raison d’une soudaine crise d’appendicite, elle ne peut défend

re sa chance en finale. Durack semblait plus forte aux Jeux mais sait-on jamais ? Elle aurait battu six records du monde, des 100 yards aux 300 mètres. On ne sait rien de sa mort, cependant une chronique locale qu’elle vécut à Walton jusqu’à un âge avancé. Elle fut photographiée lors du jubilé d’une piscine locale, les Guinea Gap Baths, en 1968, et encore une fois en 1974, à 85 ans.

ANN CURTIS: LA PROF ETAIT UNE CHAMPIONNE OLYMPIQUE

Par Eric LAHMY                                                      Mardi 28 Avril 2015

CURTIS (Cuneo) [Ann Elizabeth] Natation. (Rio Vista, Californie, 6 mars 1926-San Rafael, Californie, 26 juin 2012). États-Unis. Championne olympique du 400 mètres (5’17’’8) aux Jeux de Londres, en 1948. Très grande (1,78m ou 1,80m, 72,5kg) et jolie, elle devient élève dès ses quinze ans du San Francisco Crystal Plunge Club, situé à Treasure Island, l’île artificielle de la baie de San Francisco, où opère Charlie Sava, un entraîneur en avance sur son temps, après avoir appris à nager sous l’expertise de nonnes au couvent des Ursulines de Santa Rosa ; universitaire à U Cal Berkeley, où ils n’accueillent pas de section de natation féminine, elle continuera de travailler avec Sava. Cela exigera d’elle de longs va-et-vient en voiture. Elle se souvient avoir organisé son programme universitaire « autour de la natation », Brutus Hamilton, le coach d’athlétisme de Cal, intervenant auprès de ses professeurs afin d’arrondit les angles… Elle enlèvera dix-huit titres individuels (trente-quatre en comptant les relais) de championne des États-Unis entre 1943 et 1948 et améliorera deux records du monde, sur 440 et 880 yards. La Guerre mondiale lui ôte ses meilleures chances olympiques (en 1944) mais elle saura patienter quatre ans. Le conflit la touche plus personnellement quand son père est tué dans la bataille de Tarawa, dans le Pacifique. Première femme (et premier nageur, les deux sexes confondus) à se voir décerner en 1944 la plus haute distinction attribuée à un sportif amateur aux États-Unis, le Sullivan Award, et nommée athlète féminine de l’année par Associated Press, elle fait la première page des revues Colliers, Newsweek.

A Londres, quoique n’étant guère une sprinteuse, elle est engagée, outre le 400 mètres sur 100 mètres où elle finit 2e et dans le relais quatre fois 100 mètres (dernier parcours lancé en 1’4’’2). Elle aurait sans doute enleva un bien plus grand nombre de médailles si le programme avait compris, comme bien plus tard, un 200 mètres et un 800 mètres. Sur 400 mètres, elle lance la course ; Karen Harup oppose une très ferme résistance, jusqu’aux deux cents mètres (2’33’’7), puis Curtis se détache, l’emportant en 5’17’’8 contre 5’21’’2. La course a été bien filmée en couleur, et permet de noter le style, coulé, des finalistes et l’incroyable lenteur, vue d’aujourd’hui, des virages où l’on touche à la main, prenant son temps et sa respiration en repartant, sans parler des coulées réduites à leur plus simple expression ! Le 100 mètres est une déception, car si Curtis n’est pas une sprinteuse cataloguée, elle est la meilleure sur la distance comme le démontrera son relais en 1’4’’2, valeur meilleure que le record du monde, où prenant le départ en 3e position avec plus de deux secondes de retard. Mais dans la course individuelle, elle rate son départ et finira à deux dixièmes de la gagnante Greta Andersen, en 1’6’’5 contre 1’6’’3…

A son retour des Jeux de Londres, on lui donne les clés de San Francisco et une superbe auto qui lui vaudra de devenir professionnelle si elle l’accepte. Mais comme elle compte se marier et arrêter de nager, elle prend la voiture, et, dira-t-elle, ne le regrettera jamais. Plus tard, devenue Mme Gordon Cuneo (1924-2010, un étudiant, joueur de basket, qu’elle a rencontré à Berkeley en 1949), elle voyage dans les années 1950 avec les Aquafollies, le spectacle où les ballets nautiques ont la part belle. Avec son mari, ils acquièrent du terrain et fondent à San Rafael en 1959 son école privée de natation, l’Ann Curtis School of Swimming toujours active après sa mort et cinquante cinq ans d’existence (elle a té reprise par l’une de leurs filles). Tout en élevant ses cinq enfants, elle y enseignera la natation pendant vingt-cinq ans et la natation synchronisée douze ans. Parmi les 53.000 élèves à qui elle enseignera la natation, Rick Demont, le premier nageur sous les 4’ au 400 mètres (à Belgrade en 1973) et Ben Wildman-Tobriner, champion du monde des 50 mètres à Melbourne (2007). Intronisée à l’International Swimming Hall of Fame en 1966.

JEAN-PASCAL CURTILLET RELAYEUR DANS L’ÂME

Par Eric LAHMY                                                     Mardi 28 Avril 2015

CURTILLET [Jean-Pascal] Natation. (Alger, 21 septembre 1942-Aix-en-Provence, 7 mars 2000). France. Son titre de gloire : avoir battu, le 10 août 1962, avec Alain Gottvallès, Gérard Gropaiz et Robert Christophe le record du monde du 4 fois 100 mètres. C’est certes une distance assez neuve et délaissée par les grandes natations, n’étant inscrite au programme olympique qu’à partir de 1964. Il n’empêche, Gottvalles a battu le record d’Europe, 55’’ au départ de la course, et le temps final est 3’42’’5. Les Américains le détenaient depuis 1959 en 3’44’’4 et le quatuor du formidable Santa-Clara Swimming Club, toujours des USA, le reprendra en juillet 1963 avec 3’39’’9. Deux mois plus tard, la même formation, en 3’43’’7, devint championne d’Europe à Leipzig devant les Britanniques emmenés par Robert McGregor… puis se fit souffler le titre du quatre fois 200 mètres par la Suède Cette année là, les quatre copains améliorent le record d’Europe en 3’39’’2. Ces quatre vivaient dans des sentiments d’amitié indéfectibles, qui l’étaient présentés comme tels. Le site « l’alger-roi » raconte une anecdote que l’auteur, John Franklin, a recueillie auprès de l’entraîneur Bortolotti. Aux championnats de France 1960, à El-Kettani, Alain Gottvalles n’est pas au départ de la course cadet. Ce nonchalant est en retard. Curtillet ne veut pas nager l’épreuve sans Gottvalles, dont il sait pourtant qu’il le battra. Il lambine, provoque deux faux départs. Gottvalles arrive et gagne. Curtillet fait aussi partie d’un relais record d’Europe du quatre fois 200 mètres, 8’6’’8 le 6 septembre 1964 à Bagnols-sur-Cèze. Cela se passe moins bien aux Jeux olympiques où Alain Gottvalles, l’un des favoris du 100 mètres, finit 5e, le quatre fois 100 mètres est déclassé pour départ anticipé (de Canavese) et le quatre fois 200 mètres finit 5e. Avant de nager à Lyon, en France, ville d’où est issue sa famille et où il étudie (1962), Jean-Pascal, appartenait au Bridja Sports d’Alger, animé par Gilbert Bortolotti. Il y fait l’essentiel de sa carrière. Son grand-père, Joseph, a été premier Doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie d’Alger. Son père Etienne (1906-1950, accident de voiture), avait été un pionnier des opérations à cœur ouvert, et son oncle André (tombé à la libération de Strasbourg, en 1944) est lui aussi un jeune et brillant anatomiste. Champion de France du 200 mètres 1959, 1960 et 1964 ; du 400 mètres 1960 et 1962, du 1500 mètres 1960, il a nagé le premier du relais quatre fois 200 mètres des Jeux olympiques qui ne peut se qualifier en finale à Rome, puis, à Tokyo, qui, avec l’adjonction de Pierre Canavese, termina 6e. Devenu kinésithérapeute, Jean-Pascal s’installe à Aix-en-Provence.

LISA CURRY , QUATRE NAGES ET 80 AVIONS

CURRY [Lisa] (Brisbane, Queensland, 15 mai 1962-). Australie. Multiple championne du Commonwealth (100 mètres papillon, 200 mètres et 400 mètres quatre nages en 1982, 50 mètres libre, 100 mètres papillon, 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres 4 nages en 1990), elle a détenu des records australiens dans ces trois styles. Elle n’obtint aucun succès aux Jeux olympiques ou en championnats du monde. Après sa carrière de nageuses, elle obtint des victoires en aviron et canoë. Lorsqu’elle se sépare en 2009 de Grant Kenny, après 23 ans de mariage, leur fortune, basée sur la possession d’une flotte aérienne de 60 appareils, le Curry Kenny Aviation Group, a été évaluée à 80 millions de dollars australiens.

MELISSA CUNNINGHAM NAGE EXTRA-LARGE

Par Eric LAHMY                                               Lundi 27 Avril 2015

CUNNINGHAM [Melissa]. (Cronulla, Sydney, 1975-). Australie. Championne du monde de grand fond (25km) à Rome, en 1994, issue d’une famille de nageurs, ainée de trois enfants, elle connut sa première grande expérience de nage au large en 1991, à seize ans, dans la traversée des 8 kilomètres du détroit de Magnetic Island à Townsville dans une cage à requins ! C’est un échec aux sélections olympiques, en 1992, qui l’amena, l’année suivante, à s’orienter vers les 25 kilomètres et à connaître les joies nées des rencontres avec des méduses. « L’eau libre est un environnement incontrôlé et quand vous nagez, vous ne pensez pas aux risques qu’elle comporte, expliquait-elle à ceux qui évoquaient les aléas de la haute mer ; nager en piscine me parait trop contrôlé. » Deux années plus tard, à Rome, elle gagnait le titre mondial des 25km en 5h48’25’’ avec deux minutes d’avance sur la Hongroise Rita Kovacs (5h50’13’’) et cinq sur sa compatriote Shelley Taylor-Smith (5h53’’12). En 1996, elle a aidé l’équipe australienne  formée de Shelley Taylor-Smith, Joe Mitchell et Grant Robinson à établir un record en relais sur les 96 kilomètres de Malte-Sicile en 19h 11 minutes. Elle améliora le record du monde des 24 heures (93km). Blessée (épaule) en 1996, victime d’une fatigue généralisée due à un virus, elle travailla ensuite comme dirigeante dans le Comité Australien d’eau libre, membre de la Commission technique de la FINA et fut la commentatrice de la Course des 10 km des Jeux de Pékin. Malade (cancer du sein), en 2013, elle semble avoir surmonté cette épreuve.

LE DOCTEUR FERENC CSIK AVAIT SOIGNÉ SON 100 MÈTRES

Par Eric LAHMY                                                           Lundi 27 Avril 2015

CSIK [Ferenc] Natation. (Caposvar, 12 décembre 1913-Sopron, 29 mars 1945). Hongrie. Étudiant en médecine, il fut le surprenant vainqueur du 100 mètres nage libre des Jeux olympiques de Berlin, en dépit du handicap que constituait le fait de nager dans une ligne extérieure, la 7, et donc de n’être au contact d’aucun des favoris, et devança les trois favoris japonais et le recordman du monde américain. Sa victoire, radiodiffusée, connut un impact extraordinaire dans la population hongroise, prenant les accents d’une victoire d’un David contre les Goliath du sport, les favoris américains et japonais, au cœur de l’Allemagne nazie (et vociférante). Csik n’était pas pourtant un inconnu. Il avait été champion et recordman d’Europe à Magdebourg, vainqueur du prestigieux Grand Prix de Paris adornée du précieux vase de Sèvres bleu en 1934, et sera dans sa carrière, treize fois, champion de Hongrie. A Magdebourg, dominé individuellement par les exploits du Français Jean Taris, intraitable vainqueur du 400 mètres et du 1500 mètres (cette dernière course avec une minute d’avance) et de la Néerlandaise Rie Mastenbroek, il avait devancé deux Allemands, et s’était défait in extremis d’Helmuth Fisher, en 59’’7 contre 59’’8, Otto Wille 3e en 1’1’’2. Il avait joué un rôle essentiel dans la victoire sur 4 fois 200 mètres, en 9’30’’2 contre 9’31’’2 aux Allemands. Csik, avec son entraîneur Jozsef Vertesy, aurait contribué grandement à une amélioration méthodologie de l’entraînement (au moins en Hongrie), par exemple en étendant la saison à toute l’année. Ce surcroit de préparation paya dans les vingt derniers mètres de la course, où Csik ramassa tous ses concurrents. C’est aussi un nageur protée, dont on retrouve la filiation aujourd’hui. Dans ses 17 titres de champion de Hongrie, on trouve autant des courses de nage libre (100, 200, 400), de brasse (100 et 200) et de trois nages (le papillon n’existait pas)…

Physiquement, Csik représentait la silhouette typique, archétypale, du nageur, comparable aux personnages de la statuaire égyptienne, qu’on a retrouvée en France, avec notre champion d’Europe, Michel Rousseau, qui lui ressemblait étrangement, ou encore Fabien Gilot. Grand, mince de jambes, taille et hanches serrées, forts abdominaux et très large d’épaules. En qualifications, Csik n’avait guère été dominateur. Battu dans la première série par Peter Fick, USA, 57’’6 contre 58’’3, il n’était que 6e au temps. En demi-finale, à nouveau battu, dans une course plus serrée, par Masaharu Taguchi, 57’’9 contre 58’’1, il est 4e au temps. Avec les règlements actuels, il aurait hérité de la ligne 2. Mais se retrouve à l’extérieur, à la 7. Fort handicap pour Csik, aggravé par le fait  que, particularité assez peu usitée, il respirait alternativement à gauche et à droite (respiration alternative) ce qui lui permettait de contrôler les positions des autres nageurs. La course, qui devint longtemps un classique de la littérature et du commentaire sportif hongrois, se déroula ainsi selon les commentateurs : de sa ligne extérieure, Csik prit le meilleur départ, se propulsant nettement en tête. Aux 50 mètres, utilisant une fréquence folle, un des Japonais le précède, un autre fait jeu gal avec lui au virage. Aux 75 mètres, quand la course semble jouée, Csik parait changer de rythme, il accélère, remonte, efface les Américains et Fisher et c’est à un (Hongrois) contre trois (Japonais) que Csik, 57’’6, défait Yusa, 57’’9, Arai, 58’’, et Taguchi, 58’’1. Je dois dire cependant que les images de la course offertes sur You Tube par le Swimming Hall of Fame, quoique difficiles à lire en raison des erreurs de parallaxe et du fait que Csik « sort » des images, notamment au virage, montrent des détails un peu différents. Ce qui est sur, c’est qu’on voit bien Csik respirer alternativement à gauche ou à droite, et aussi que la course parait se circonscrire entre lui à la 7 et Arai, tout à fait de l’autre côté du bassin, à la 2 ! Lors du fatidique retour, j’ai compté 52 coups de bras pour Arai, 50 pour Csik et 48 pour Fick. Csik avait rejoint le club BEAC de Budapest alors qu’il étudiait la medecine. En Hongrie, sa préparation fut disséquée, copiée… Comme les champions de l’ère amateur, il ne s’enfermait pas dans ses lauriers sportifs. Capitaine de son club, journaliste, il effectua son internat en médecine, puis une spécialité comme cardiologue et médecin du sport. Enseignant au collège d’éducation physique. Il fut tué à 31 ans pendant un bombardement aérien allié, sans doute l’un des derniers, dans la ville de Sopron, à l’extrême ouest de la Hongrie, alors qu’il administrait des secours à un blessé.