Category: Biographies

PETER DALAND, COACH DE LEGENDE

Par Eric LAHMY

23 Octobre 2014

POUR LES GENS DE MA GENERATION (ET DE QUELQUES AUTRES), PETER DALAND, QUI VIENT DE DISPARAITRE A L’AGE DE 93 ANS, N’ETAIT PAS UN ENTRAINEUR AMERICAIN. C’ETAIT L’ENTRAINEUR AMERICAIN. ON SAVAIT QUE LES AUTRES EXISTAIENT, MAIS LUI REPRESENTAIT LA REFERENCE FRANÇAISE, ET CELA POUR AU MOINS DEUX RAISONS : LA PREMIERE, C’EST QU’IL AVAIT EPOUSE UNE FRANÇAISE, ET QU’IL PARLAIT UN FRANÇAIS CORRECT. LA SECONDE, MOINS CONNUE, C’EST QU’IL AVAIT JOUE UN ROLE D’ASSISTANT, EN FRANCE, AUPRES DE PIERRE BARBIT, UN COACH FRANÇAIS, FAMEUX EN SON TEMPS, ET QUI AVAIT EU LE RARE PRIVILEGE D’AMENER DES RELAIS DE SON CLUB A BATTRE DES RECORDS DU MONDE. Peter était arrivé en France après la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle il avait servi dans l’Army Signal Corps (le service de renseignement de l’armée), et, se souvient Francis Luyce, « le premier entraîneur français qu’il avait connu était Georges Garret », l’entraîneur mythique du glorieux Cercle des Nageurs de Marseille. Sa relation avec Barbit, lui-même très complice de Lucien Zins, devint une amitié durable et le mit donc en relation avec les décideurs de ce sport en France. « Il y a quelques années, j’ai rencontré sa seconde épouse, Ingrid, qui militait pour les bébés-nageurs », se souvient encore Francis Luyce, dont le souvenir de Peter Daland remonte à 1963 : « Peter a eu une vie dense, mais même à cet âge, le sentiment qu’on éprouve devant une telle disparition est la tristesse, continue le président de la Fédération française de natation. C’était un homme de qualité. Non pas seulement parce qu’il était un grand entraîneur, mais parce que c’était un homme bien. En 1963, j’ai eu la chance de me trouver dans le groupe de nageurs, dirigé par Lucien Zins, avec qui il entretenait de très bons rapports. Il y avait là Alain Gottvalles, Robert Christophe, Jean-Pascal Curtillet, Gérard Gropaiz. Nous avons passé trois semaines à Los Angeles, logés dans le campus de l’Université, à nager chez Daland, qui semblait avoir du plaisir à nous recevoir. Cela s’est très bien passé. Nous cherchions des moyens de progresser au contact d’une des meilleures équipes du monde. J’y suis retourné en 1964, et en 1965, Peter Daland a été reçu en France, au club de l’ASPTT. On a toujours gardé des relations amicales, et je l’ai souvent revu à l’occasion de championnats du monde. »

Luyce avait été suffisamment impressionné par ce qu’il avait vu à Los Angeles pour, en 1967, monter un dossier d’inscription à l’Université de Californie du Sud. « J’estimais que je trouverais là un milieu propice à ma progression. Malheureusement, ma demande n’a pas été agréée. J’en ai nourri d’autant plus de regrets que, peu après, Alain Mosconi, avec la même demande, obtint gain de cause. Sa chance avait été que le ministre des sports de l’époque, le Professeur Joseph Comiti, était de Marseille, comme lui, et avait appuyé son dossier. Je crois que si j’avais été agréé dans ma demande, j’aurais pu obtenir de meilleurs résultats que ceux qui furent les miens. » Tant d’années après, le président de la Fédération regrettait amèrement de n’avoir pu s’entraîner et étudier chez Peter Daland et on le comprend, car il était taillé pour réussir dans ce contexte.

Il fut une époque, presque un tiers de siècle, où, dans le petit monde de la natation, il suffisait de dire, par exemple, « j’ai vu Peter », pour que l’autre vous réponde : « Daland ? » Evidemment, Daland ! Peter connaissait tout le monde, tout le monde connaissait Peter. Il officiait comme directeur des courses de natation des Jeux universitaires. Un problème au Centre de presse ? Arrone Anghileri, Donna de Varona, Ada Kok ou moi-même appuyions sur la touche Peter. Et lui toujours présent, efficace, courtois, extraordinaire !

Daland était né à New York le 12 avril 1921. Il grandit dans les faubourgs de Philadelphie. Son père, ingénieur aéronautique et d’hélicoptères, continuait à 90 ans de développer un type d’hovercraft. Peter lui aussi resta extrêmement actif à un âge avancé. Après la guerre, Peter étudia au collège Swarthmore, en Pennsylvanie, où il pratiqua l’athlétisme (sans gloire) et, quoique nageur quelconque, il fut le capitaine de l’équipe de natation qu’il entraînait à raison de deux fois par semaine. Philadelphie, la grande ville de Pennsylvanie, pouvait être considérée comme le cœur de la natation mondiale. On y trouvait les meilleurs nageurs, les meilleurs entraîneurs et les meilleures conditions. C’est pour cela que Peter décida d’orienter sa carrière dans cette direction. Diplômé en 1948, il travailla à la publication d’ouvrages médicaux tout en entraînant à temps partiel. Il put assister aux Jeux de Londres.

De retour au pays, il créa le Suburban Swim Club et un autre club (d’été) dans la banlieue de Philadelphie. De 1950 à 1954, il oeuvra comme assistant, à New Haven, de Robert Kiputh autre légende de la natation et le coach de l’Université de Yale et de l’équipe nationale des USA. Son bureau dans le campus était la chambre des ronéotypes, Kiputh l’ayant chargé entre autres de collationner puis de publier à la ronéo les résultats de natation du monde entier. Ces feuillets, résultat de son activité de statisticien et de journaliste, allaient donner un peu plus tard la revue Swimming World. En 1956, il partit se poser en Californie, prit en mains les nageurs du Los Angeles Athletic Club, puis entraîna à temps partiel les étudiants de l’USC. Il s’agissait (et ce jusqu’en 1972) d’un mi-temps.

Il obtint très vite de bons résultats avec l’équipe féminine du Los Angeles Athletic Club. Se souvenant que Kiputh avait recruté à Yale le meilleur nageur de son époque, l’Australien John Marshall, en 1948, il jeta son filet, aux Jeux olympiques de Melbourne, sur Murray Rose et John Henricks, eux aussi Australiens, lesquels régnaient sur toutes les distances de nage libre : 100 et 200 mètres pour Henricks, 400 et 1500 mètres pour Rose. En une saison, USC, qui avait marqué deux points en championnats NCAA 1956 et dont les nageurs s’entraînaient dans une piscine qu’ils avaient rebaptisée « le cachot », enleva son premier championnat NCAA.

Ce n’était que le début d’une belle épopée. Entre 1958 et 1992, Peter Daland emmena les « Troyans » à la bagatelle de 9 titres par équipes et à 93 individuels en championnats américains universitaires (NCAA). Seul Mike Peppe (Ohio State), avec 11 titres par équipes entre 1931 et 1963, fit mieux. Les équipes de Peter Daland produisirent au moins un champion olympique par olympiade pendant toute la durée de son règne, et il fut élu coach national de l’année à dix reprises. A sa retraite, USC se situait toujours dans les dix premières équipes US.

Daland avait plusieurs cordes à son arc. Il fonda, on l’a dit, la revue Swimming World, d’abord sous forme de lettre, puis de magazine. Swimming World devint, sous la férule de son rédacteur en chef Al Schoenfield, la bible de la natation, lue, collectionnée et respectée, dans le monde entier.

Il devint ensuite le plus actif des retraités, et, selon la belle formule de Bruce Furniss, le plus capé des quatre frères qui nagèrent avec lui, « le pont qui reliait les pionniers du sport et les coaches de l’ère moderne. » Son goût des contacts faisait qu’il savait tout, de la natation, depuis 1896 jusqu’à aujourd’hui. Ses voyages à travers le monde l’amenaient à collecter une masse énorme d’informations. Un jour, il y a une vingtaine d’années, il avait reçu deux gros ouvrages contant l’histoire de la natation japonaise depuis les débuts et, m’avait-il dit, cherchait quelqu’un qui lisait le japonais !

Il restait incroyablement actif et présent, organisant des conférences, aidant à l’organisation des Associations mondiale (World Swimming Coaches Association) et américaine des entraîneurs qui conduisirent une lutte acharnée pour éradiquer le dopage.

Un article paru voici deux jours dans le New York Times met l’accent sur l’aspect physique de Peter. « Il semblait un peu déplacé au milieu de personnes aux physiques déliés et aux membres longs et minces. Il était lui-même solidement bâti, pas très grand. Et on le voyait souvent arpenter les piscines en veste et cravate. Ses nageurs – et parmi eux les Olympiens Murray Rose, John Naber, Jon Henricks, Roy Saari, Rod Strachan, Mike O’Brien et Jeff Float -, reflétèrent cette image dignifiée, bien habillés, sérieux dans leurs études. Ils l’appelaient Coach, parfois Peter, jamais Pete. Les autres équipes, après un titre, pouvaient jeter leur coach dans la piscine. Pas Daland. »

Daland n’était pas enfermé dans sa piscine. Tout dans la natation, son développement, son rayonnement, l’intéressait. Il sermonnait la NCAA quand celle-ci réduisait les bourses universitaires et les programmes d’entraînement, provoquant l’abandon de la natation par plusieurs universités. Il insistait sur le point que les Etats-Unis resteraient la natation dominante si elle conservait le cap, avec un programme de groupes d’âge de qualité, une bonne natation universitaire, la possibilité de garder les éléments prometteurs. Peter veillait au grain.

Daland était très modeste et ne mettait pas souvent en avant ses accomplissements comme entraîneur : « je ne regarde pas en arrière en me disant, voilà les grandes choses que j’ai accompli, expliquait-il au magazine Splash en 2002. Ce dont vous vous souvenez, c’est des pertes douloureuses. Cela vous retient de trop songer au passé. Vous pensez à ceux que vous n’avez pas pu recruter. A ceux qui n’ont pas pu entrer dans l’équipe olympique alors qu’ils auraient dû y parvenir. Ou à l’équipe qui aurait pu gagner le championnat et ne l’a pas fait. Ou au mauvais entraînement que vous avez donné à quelqu’un, et qui conduisit à un piètre résultat. »

Elenor Gordon, Ecosse (1933-2014)

20 Octobre 2014

Disparue à la veille des Jeux du Commonwealth, qui se tenaient à Glasgow, le 9 juillet dernier à Wishaw, Helen Orr Gordon, connue sous le nom d’Elenor Gordon, la première Ecossaise championne du Commonwealth avait 80 ans. Bien que confinée depuis un an dans une chaise roulante en raison d’une maladie dégénérative de la colonne vertébrale, il était prévu qu’elle officierait à Glasgow lors d’une remise de médaille en natation.

Née à Hamilton le 10 mai 1933, elle avait remporté à 16 ans le 220 yards brasse aux Jeux de l’Empire (c’était alors leur nom) 1950, à Auckland  A la même compétition, elle avait enlevé le bronze avec le relais trois fois 100 mètres trois nages (avant la création d’une épreuve officielle de papillon). Quatre années plus tard, aux Jeux de Vancouver, elle retint son titre du 220 yards brasse et ajouta l’or du relais. En 1956, elle fut encore 6e de l’épreuve des Jeux olympiques de Melbourne. Entre ces deux événements, aux Jeux olympiques d’Helsinki, elle enleva le bronze sur sa distance fétiche. Elle fut précédée par deux exposantes de la nouvelle nage du papillon, plus rapide que la brasse classique, et qui ferait bientôt l’objet d’une compétition à part. Plus tard, tout comme son mari Ken McKay, également nageur, elle se présenta à des compétitions dans les catégories masters.

Peu de temps avant son décès, Elenor, interviewée à l’occasion du 64e anniversaire de son premier succès, évoqua quelques souvenirs. « En Nouvelle-Zélande, je n’ai pas souffert du jet lag, le bateau avait mis 16 jours pour y arriver. Entre-temps, je nageais dans la piscine du bord, qui n’était pas plus grande que mon salon. Quand je décidai de prendre ma retraite, je reçus le seul argent que me rapporta la natation, 5 Livres sterlings de BBC Scotland. La Fédération écossaise lui demande 40% de cette somme. Elle leur répondit qu’elle l’avait utilisée à l’achat d’un rasoir électrique pour son père, maître nageur aux bains d’Hamilton, qui l’avait entraînée pendant les onze années de sa carrière. La Fédération l’avertit quelle était désormais professionnelle. En foi de quoi, Elenor accepta la rédaction d’une ‘’colonne’’ pour le Daily Express et l’Evening Citizen de Glasgow. Plus de dix ans plus tard, ayant été invitée par Edinburgh  à l’ouverture de la Royal Commonwealth Pool, elle s’entendit dire à l’entrée par la présidente de la Fédération écossaise qu’elle n’était pas bienvenue. Le mépris que nourrissaient les dirigeants du sport amateur envers les professionnelles atteignait des dimensions bizarres.

DARA TORRES, LEGENDE DU SIECLE

Mercredi 4 Juin 2014

TORRES [Dara Grace] Natation.(Beverly Hills, Californie, 15 avril 1967-). États-Unis.

DaraTorres est sans doute l’héroïne de la plus incroyable aventure survenue à une nageuse. Elle est la première nageuse américaine présente dans cinq Jeux olympiques, en 1984, 1988, 1992, 2000 et 2008, et l’une des « candidates » au titre (officieux) de plus grande nageuse du quart de siècle. Sa carrière internationale débuta en 1983 avec le titre panaméricain du quatre fois 100 mètres, et s’acheva vingt-cinq ans plus tard, aux Jeux de Pékin (à l’issue desquels non seulement elle n’annonça pas sa retraite, mais continua pour nager aux championnats du monde 2009). A l’issue de sa très longue carrière, elle remporta quatre titres olympiques de relais, trois sur quatre fois 100 mètres (à Los Angeles en 1984, en 3’43’’43, Barcelone en 1992, en 3’39’’46 et Sydney en 2000, en 3’36’’61) et un dans le quatre fois 100 mètres quatre nages (2000, en 3’58’’30), ainsi que l’argent des relais 4 fois 100 mètres (3’34’’33) et 4 fois 100 mètres quatre nages (3’53’’30) des Jeux de Pékin, en 2008, et le bronze du quatre fois 100 mètres des Jeux de Séoul en 1988, où elle oeuvra à la qualification du relais quatre nages mais ne nagea pas en finale. Au plan individuel, son palmarès olympique comprend trois médailles de bronze – 50m, 100m et 100m papillon – aux Jeux de Sydney, en 2000.

Dara Torres restera surtout inscrite dans les mémoires comme la femme qui, à 41 ans, à l’issue de son ultime quête, a été médaillée d’argent du 50 mètres nage libre des Jeux de Pékin, sans doute le plus beau couronnement qu’on puisse imaginer pour sa carrière. Elle avait établi un record du monde sur 50 mètres vingt-sept ans plus tôt (en 1983, avec 25’’62), mais n’était jamais montée sur un podium olympique individuel avant d’avoir pris sa deuxième « retraite » en 1992.

Aux Jeux de Pékin, à 41 ans révolus, donc, Dara enleva l’argent du 50 mètres, en 24’’07 ; elle fut battue d’un centième par l’Allemande Britta Steffen après avoir donné l’impression de mener jusqu’aux 48 mètres, et fut médaillée d’argent avec les relais US quatre fois 100 mètres (où elle nagea lancée en 52’’44, 2e 100 mètres lancé de l’histoire) et quatre fois 100 mètres quatre nages (où elle nagea lancée en 52’’27, 100 mètres lancé le plus rapide de l’histoire).

Torres n’avait que quinze ans quand elle cassa le record du monde du 50 mètres. Ce fut donc une nageuse précoce. Dans les six saisons qui suivirent, et jusqu’en 1988, outre ses médailles de relais olympiques de 1984 et de 1988, elle collectionna 28 titres NCAA, un record, pendant qu’elle étudiait à l’Université de Floride.

Elle reprit le chemin des piscines en 1991, à 24 ans. Alors assistante de production à NBC Sports, à New York, l’idée d’un retour lui fut donnée par le come-back que tentait le patineur artistique Brian Boitano. Elle téléphona à un ancien entraîneur de sa sœur Lara, un ancien médaillé olympique du nom de Mitch Ivey.

Elle reprit une nouvelle fois la compétition dans l’optique des Jeux de Sydney 2000 à la suite d’un pari ; elle convainquit l’entraîneur de sprint Richard Quick de la préparer en vue de ces Jeux, et quitta la Californie pour rejoindre sa base de préparation en Floride. A l’issue de ce « come-back » de douze mois, elle enleva deux titres olympiques de relais, records mondiaux à la clé, 3’36’’61 (libre) et 3’58’’30 (quatre nages), et trois médailles de bronze individuelles, sur 50 mètres (24’’63), 100 mètres (54’’43) et 100 mètres papillon (58’’20).

Lors du clinic mondial de l’ASCA, en 2001, Richard Quick donna son avis sur Dara Torres. « Dara avait quitté la natation pendant sept ans et reprit treize mois avant les Jeux, dit-il. Trois mois plus tôt, elle m’avait demandé si je serais intéressé à l’aider dans une tentative de come back. Certes, elle n’avait pas nagé à l’entraînement pendant sept ans, mais c’était une maniaque de l’entraînement et une cinglée du fitness. Elle avait 33 ans aux Jeux, mais son corps, point de vue condition physique, avait dans les 26 ans. Elle n’avait jamais été hors de forme en dix ans. Elle était aussi très ouverte à des changements dans sa technique de nage. Nous avons beaucoup travaillé sa technique, opéré certains changements, et elle a gagné 17 livres (près de 8kg) de muscles et perdu un certain pourcentage de graisse. C’était une adepte formidable des exercices avec poids et au sol. Elle est dotée d’une personnalité véhémente. J’ai entraîné beaucoup d’autres grands athlètes, mais elle voulait parvenir à concentrer quatre années en seize mois, chose qu’elle réalisa à raison de huit heures par jour, six fois la semaine, dans l’eau, en salle, en étirements, en séances de Pilates, en massages. Elle passa beaucoup de temps, effectua beaucoup d’efforts, de rotations, de courses. Je n’ai jamais vu une telle éthique de travail et une telle focalisation sur une période de treize ou seize mois. »

Ayant réalisé son objectif, Torres se retira une nouvelle fois du sport de haut niveau, mais les circonstances firent qu’elle tenta un nouveau retour. S’étant mariée et ayant mis au monde en avril 2006 une fille, Tessa Grace, elle reprit la natation pour s’entretenir puis, se prenant au jeu, s’entraîna, et fut la première surprise quand elle battit, quelques mois plus tard, un « record du monde » dans sa catégorie « masters » (vétérans). Elle décida de continuer sur sa lancée afin de tenter de se qualifier aux Jeux olympiques de Pékin. Pour ce faire, elle s’entoura d’une équipe originale, voire résolument révolutionnaire, qui comprenait, outre son entraîneur allemand Michael Lohberg, qui lui concocta un programme allégé de cinq séances de cinq kilomètres dans l’eau par semaine, presque trois fois moins que ce qu’elle avait coutume d’accomplir ; elle s’adjoignit un masseur, un spécialiste des étirements en résistance (une méthode nouvelle révolutionnaire), et suivit une préparation en salle éloignée du travail haltéro-culturiste classique, lui permettant de perdre 7kg tout en travaillant les muscles utiles, et de développer des qualités spécifiques à la natation. Ce programme s’avéra payant. En 2007, elle enleva à 40 ans passés son quatorzième titre américain, sur 100 mètres, à Indianapolis, en 54’’45. Ce second retour, dans lequel elle améliora ses records personnels, visait une accession à ses cinquièmes Jeux olympiques vingt-quatre ans après les premiers. En 2007, elle améliora son record du 50 mètres en 24’’53. En 1992, Torres avait appris qu’elle souffrait d’asthme, comme beaucoup de sportifs de haut niveau. Elle put se soigner afin de respirer normalement.

En 2007 et 2008, elle investit plus de 100.000$ par an, s’offrant un entraîneur général, un entraîneur de sprint, deux spécialistes des étirements, un chiropracteur et une garde pour sa fille. « Toute sa démarche est basée sur la récupération : programme léger, acides aminés, diététique pointilleuse. Dara… est compulsive pour tout ce qui concerne la nutrition et l’entraînement », relève Jenny Thompson » (Le Temps, 31.7.2009).

Ce retour, débuté à l’approche de la quarantaine, n’est pas motivé, prétend-elle, par le désir de s’exercer. En effet, c’est une fille qui s’est toujours entraînée, même si elle n’a pas toujours nagé. Elle fait du sport et de la salle, dit-elle, comme d’autres mangent, ou respirent. « Certaines personnages ont une religion. J’ai le gymnase, écrit-elle. A l’automne 2005, j’ai 38 ans, suis enceinte de 7 semaines, et vomis plus ou moins non-stop, quand David, mon compagnon, et le père de ma fille, et moi, commençons à parler de nager. » Si elle recommence à se mettre à l’eau enceinte, c’est parce qu’elle a vu dans le passé des femmes enceintes rechercher avec gratitude dans l’eau le moyen d’échapper à la gravité, et qu’elle s’est promis de faire de même quand elle-même attendrait un enfant ! David la prend au mot. Il repère un club de natation de « masters » au complexe aquatique de Coral Springs, à seize kilomètres de Parkland, en Floride, où elle vit. Elle repère les lieux, qui lui plaisent par leur simplicité, et s’inscrit.

Après avoir gagné ce record master, elle est ferrée. Elle continue avec des buts plus ambitieux. A l’arrivée, elle remportera les sélections américaines sur 50 mètres et 100 mètres, mais déclarera forfait pour le 100 mètres individuel des Jeux de Pékin, en raison des tensions d’un grand nombre de courses, avec les séries et les demi-finales, qui solliciteraient trop une épaule douloureuse et diminueraient ses chances sur 50 mètres. Aux Jeux, elle réussit l’exploit remarquable de ramener les médailles d’argent du 50 mètres libre – 2e en 24’’07, à 1/100e de la gagnante, Steffen –, et des relais quatre fois 100 mètres (où, après Coughlin, Nimeyer, Joyce, elle nage le 2e meilleur temps lancé, seule l’Australienne Trickett réalisant un meilleur temps qu’elle) et quatre fois 100 mètres quatre nages. Se comportant en véritable patronne dans les courses qu’elle dispute, quelques instants avant la finale du 50 mètres, elle plaisante dans la chambre d’appel, se plaignant d’avoir chaud et feignant de croire que ses chaleurs sont dus à sa ménopause ; avant le relais, elle détaille à ses concurrentes australiennes son accouchement et leur explique l’usage des étriers ! Idéal pour déconcentrer l’adversaire, n’est-ce pas ? Mais elle montrera aussi un grand sens du fair-play, en aidant, avant sa demi-finale, la Suédoise Therese Alshammar dont la combinaison a explosé. Un réflexe maternel, dira-t-elle.

En 2009, Torres publie “Age is just a number”, dans lequel elle livre ses expériences. Après les Jeux de Pékin, elle subit des opérations à un pouce, à l’épaule droite et au genou gauche, où elle n’a « pratiquement plus de cartilage ». Cela ne l’empêche pas de plaisanter : « j’ai l’impression que plus je vieillis, moins je travaille et plus je vais vite. »

Suite à la mort de Lohberg et à une opération lourde à un genou, Torres a-t-elle envisagé de se retirer ? Selon sa propre expression, elle laisse les performances dicter sa conduite, mais les douleurs, l’âge pèsent sur ses capacités ; pour diminuer la charge de l’entraînement, estimant que son corps, dont les facultés de récupération ont baissé, ne tiendrait pas une répétition rapprochée d’efforts maximaux, elle abdique toute ambition sur 100 mètres. Elle s’ôte ainsi une chance de rattrapage en relais, mais a-t-elle vraiment le choix ? L’hiver 2011, elle termine 2e des championnats US d’hiver, à Atlanta, signant à 44 ans un honorable 25’’24, derrière Jessica Hardy, 25’’08. Enfin, elle tente d’entrer dans l’équipe olympique américaine : 3e temps des séries, 24’’80, et des demis, 25’’, elle ne peut faire mieux que 4e de la finale, 24’’82 derrière Jessica Hardy, 24’’50, Kara Lynn Joyce, 24’’73, et Christine Magnussen, 24’’78. C’est le bout de la route pour Dara, âgée de 45 ans, battue mais avec les honneurs.

 

DARA TORRES DANS LE TEXTE

J’ai traduit les lignes qui suivent de son livre autobiographique, « Age is just a number » (l’âge est juste un nombre). Un livre exceptionnel d’une athlète unique, comme s’en convaincront ceux qui liront ces extraits. J’avais traduit ces lignes dans le cadre d’un travail sur Dara Torres, et vous les livre telles quelles, pas mieux arrangées que ça. Malheureusement, ce livre merveilleux n’a pas été adapté en français, aussi seuls ceux qui maîtrisent l’anglais pourront s’y référer. Dara Torres a laissé d’autres témoignages écrits au sujet de l’entraînement, mais je n’y ai pas eu accès !

 

         Traduit du livre : « Age is just a number  » par Dara Torres avec Elizabeth Weil (Broadway Books, New York, 2009)

         « Dans ma vie, je me suis retirée du sport puis y suis retournée trois fois. Je me suis retirée en 1989 et revins en 1992. Je me retirai cette même année et revins pour les Jeux de 2000. En 2008, je revins au titre de la nageuse la plus âgée à nager aux Jeux olympiques.

         « Dès ma première retraite, je m’étais dit que je recommencerais à nager quand je serais enceinte. J’avais 22 ans, et c’était avant que j’aie envie d’avoir un enfant. Je ne sais d’où une telle idée m’était venue. J’avais certes vu tant de femmes enceintes se jeter à l’eau pour s’exercer sans avoir à supporter leur poids de corps. Mais mon plan de nager enceinte était très différent. Il ne s’agissait pas de seulement s’exercer. Je suis une folle d’exercice, il est aussi vital pour moi que manger et dormir. Certaines personnes ont la religion. J’ai le gymnase. J’aime le défi, l’accomplissement, le travail, atteindre le but. Je n’ai jamais été une athlète de loisir, à la coule. Aussi l’idée de nager enceinte était peut-être motivée par l’idée de, une seule fois dans ma vie, ne pas être aussi compétitive.

         « En 2005, j’avais 38 ans, étais enceinte de sept semaines, et en train de vomir presque sans arrêt quand mon ami et père de ma future fille, David, et moi, nous mîmes à parler natation.

         « David s’enquit de l’existence d’un complexe aquatique à Coral Springs, à dix miles de Parkland, en Floride, où nous vivons. J’allais le visiter et ce bassin olympique sans fioritures me plut. Je décidai de suivre les séances des nageurs masters. Les masters sont une énorme association de nageurs qui s’entraînent au-delà de l’âge habituel des nageurs de compétition. Ils concourent dans des catégories d’âge de cinq ans, qui vont jusqu’à 89 ans pour les hommes et 94 pour les femmes.

         « Je captais tout de suite les bonnes sensations, d’être haute sur l’eau, d’agripper l’eau avec mes mains et non pas de mouliner dans le vide, de retrouver la connexion avec l’élément.

         « J’étais alors entraînée par Chris Jackson.

         « Beaucoup de ce que les gens appellent le toucher de l’eau est la capacité à se concentrer à tous les instants sur la façon dont toutes les parties du corps avancent dans l’eau. Faire attention à son corps et à la façon dont il se meut dans l’eau est difficile et mentalement éprouvant.

         « Honnêtement, je n’étais pas assez brave pour rêver ce rêve d’un retour olympique d’emblée dans son entier. Je ne me suis pas éveillée un matin, enceinte à 38 ans après sept ans sans aller dans l’eau, et mise à penser : Oh ! J’ai une riche idée : je vais aller à Pékin y gagner quelques autres médailles olympiques.

         « C’est dans le premier de mes come-back que j’ai rêvé spontanément à une médaille. Je n’avais que 24 ans, travaillai comme assistante de production à NBC Sports, à New York, m’étais retirée deux ans plus tôt et détenais encore le record américain du 50 mètres nage libre. J’avais le sentiment d’avoir vécu une carrière bien remplie. J’avais battu mon premier record mondial à 15 ans, en 1982. J’avais gagné des médailles d’or en relais aux Jeux olympiques de 1984 et de 1988, et remporté 28 victoires dans les courses des NCAA, quand je nageais à l’Université de Floride. Aussi avais-je eu ma dose, et m’étais-je retirée.

         « Au printemps 1991, j’étais devant mon écran quand j’appris à travers mes écouteurs que le champion olympique de patinage Brian Boitano, âgé de 27 ans, tentait un come-back. Je pensais : je devrais tenter un come-back. Je réfléchis et vers 5 heures, j’appelais un coach de l’U. Floride, Mitch Ivey. Il me demanda si je souffrais toujours de désordres alimentaires !

         « Je n’accuse ni mon entraîneur de collège, Randy Reese, ni le programme de natation de l’Université de Floride, de m’avoir rendue boulimique. J’avais choisi de rejoindre cette Université parce que Reese avait la réputation d’être innovateur et dur. De préférence à Stanford (trop académique) et à Texas, qui était menacé de perdre son coach pendant ma carrière. A notre première séance, Reese nous fit nager 7000 mètres (deux fois plus que ce à quoi j’étais accoutumée), et jeta une chaise à travers les travées. Il nous faisait monter et descendre les escaliers du stade. Il avait inventé des tortures comme la roue. Il ne complimentait pas, donnait ses ordres, hurlait si vous n’avanciez pas.

         Il nous pesait avant l’entraînement. A 1,82m, j’étais supposée peser moins de 59kg. Qui dépassait le poids, rejoignait le « breakfast club », soit deux séances ajoutées au tarif normal de neuf séances, les mercredis et vendredis matins à 5h30. Je n’en fus jamais. Le moindre compliment de Reese me nourrissait pour la journée. J’en rajoutais à l’entraînement. L’entraînement devint une drogue et je développais des désordres alimentaires. Reese nous pesait les lundis, et donc le dimanche, j’allais courir quatre miles et crevais de faim. Après la pesée, nous courions toutes nous goinfrer dans les toilettes. Reese eut vent de ce qu’il se passait, et nous pesa deux fois par semaine. Un jour, je dînais avec d’autres filles quand l’une d’elles, qui n’était pas une nageuse, dit : « si vous mangez trop, tout ce que vous avez à faire est de vous en débarrasser. » Elle nous montra sa méthode dans les toilettes. Il me fallut cinq ans pour arrêter. Recordwoman du monde du 50 mètres ou pas, j’étais devenue boulimique en quelques jours. Je le savais, c’était terrible pour mon corps et pour ma nage, mais je ne pouvais m’arrêter. Je perdais mon énergie dans l’eau, mon visage enflait, ma peau, mes cheveux étaient secs. Je perdis surtout mon mental, devins sombre, ne pensais plus qu’à manger, envieuse de toute fille qui mangeait, des garçons, aux membres longs et minces. Certes, j’ai remporté 28 titres NCAA, mais ces années furent très difficiles.

         « J’avais alors disputé les Jeux olympiques de 1984, à Los Angeles. J’avais 17 ans. Je ne me qualifiais que pour une seule épreuve, le 4 fois100 mètres. Le 50m n’était pas encore olympique.

         « La vue soudaine des 17.000 spectateurs des Jeux me valurent une crise de panique, et je nageais si mal dans les séries du relais que les coaches envisagèrent de me substituer Jill Sterkel en finale. Mais cet après-midi, Jill fit quelque chose que je n’ai jamais oublié. Elle me ramena au dortoir du Village olympique et m’imposa de faire des puzzles et de voir des comédies à la télé afin de me calmer. Elle me prépara à la course, et m’apprit ce qu’était une bonne équipière. C’est une leçon que je n’oublierai jamais. Je nageais, grâce à Jill, la finale, en 55’’92, record personnel.

         « Avant la saison 1988, je consultais un nutritionniste, mais n’étais pas prête à me défaire de ma boulimie ; je parvins juste à ne pas me faire vomir avant les grandes compétitions. Aux NCAA, aidée par le coach des sprinters, Skip Foster, je remportais les 50 et 100 yards et le 100 yards papillon et fus nommée Etudiante de l’année. Mais, mentalement fragile, je nageais mal aux Trials. Le 50 était devenu une épreuve olympique, mais je terminais 4e – deux nageurs étaient retenus. Sur 100m, les six premières entraient dans l’équipe en raison des deux relais qui s’ajoutent à la course individuelle : les deux premiers qualifiés pour la course individuelle, les quatre autres au titre des relais. 3e du 100m, j’avais en théorie un strapontin pour un relais. Mais une semaine plus tard, la gagnante du 100m, Angel Myers, fut disqualifiée pour dopage. Cela m’ouvrait la course individuelle.

         « Les Jeux de Séoul m’épuisèrent. Je ne savais pas quoi manger et aux Jeux le climat était anti-américain. Avant les trials, j’étais classée 1ere au monde mais j’avais nagé mal aux Trials, puis aux Jeux. Ma 7e place fut une grosse déception pour moi. La course fut gagnée par Kristin Otto.

         « En 1990, ma mère comprit que quelque chose allait mal avec ma boulimie. Je refusais de manger, sauf en cachette. Elle me supplia de consulter un docteur qu’elle connaissait à New York. En janvier, lassée de mes secrets, de me sentir faible et honteuse, j’y allais. Le médecin me donna le nom d’un psychiatre. La thérapie m’aida un peu. C’est alors que j’entendis l’annonce du come-back de Boitano. Je décidais d’en faire autant. Mitch Ivey accepta de m’entraîner à condition que je continue à voir un psy. Une semaine plus tard, j’en trouvais un en Floride et m’envolai pour Gainesville.

         « Dès cette époque, je savais que je pourrais nager plus vite qu’aux Jeux de Séoul en 1988. Mais je n’étais pas préparée à la douche froide qu’allait être ma relation avec l’équipe des Gators. Particulièrement glaciale fut la réception que m’offrit Nicole Haislett, l’écolière qui avait battu mon record US aux mondiaux 1991. Nicole, blonde, bronzée, sourire mignon, était une dure, au physique et au moral. Vous ne pouviez l’avoir au mental. Mais contre toute attente, nos vies nous rapprochèrent.

         « Comme espéré, le but que je m’étais fixé de nager aux Jeux me poussa à cesser de vomir. Cela se fit d’un coup, à mon arrivée en Floride. Avant les Jeux, je rencontrais Jeff Gowen, un producteur sportif beau et athlétique qui deviendrait mon premier mari. Je tombais vite amoureuse, mais j’étais si concentrée sur mon projet olympique que je le vis à peine.

         « Les Trials 1992 se tinrent à Indianapolis. Je devais battre mes records si je voulais me qualifier pour les Jeux. Je gagnais une place dans le relais avec une 4e place sur 100m en 55’’48. Mais je finis 5e du 100m papillon, en 1’0’’30, et 8e du 50m en 26’’15. Je ne pouvais croire que j’avais produit un si mauvais temps dans ma course fétiche.

         « A Barcelone, déçue de ne pouvoir nager en individuelle, je fis le relais. Des douleurs menstruelles atroces me firent presque évanouir pendant la cérémonie des médailles. Après les Jeux, je retournais à New York. Jeff et moi nous mariâmes en mai 1993. Je savais que c’était une erreur mais j’étais trop entêtée et effrayée pour reculer. Jeff me criait dessus pour des petites choses. Je tentais de porter le blâme sur moi-même, mais quand il s’emporta au sujet de ma coupe de cheveux, je compris que, quoiqu’il se passe, Jeff continuerait à hurler. Nous divorçâmes après deux ans. Je retournai à New York, tentai de relancer ma carrière, de lancer des shows reliés au sport sur ESPN2 et Discovery Channel, où plaisantais avec des champions devant la caméra. Je battis ainsi le champion du monde de luge de rue…

         Un an avant mon divorce, en 1994, je devins la première athlète dans le numéro spécial maillots de bain de Sports Illustrated. J’avais espéré me pavaner dans de petits bikinis sexy, mais le styliste me réserva des maillots une pièce ; ceci m’ouvrit d’autres opportunités professionnelles. Armée de mon passé et de mon physique, je devins mannequin sportif, illustrai des exercices dans des magazines comme Glamour ou Self. Ce qui m’amusait énormément, c’était qu’on me coiffe et me maquille, moi le garçon manqué. Mais c’était un métier frustrant. Dans le sport, j’avais gagné avec mon talent et mon travail. Là, on aimait ou on n’aimait pas mon nez, mes jambes, ou mon visage, et les auditions m’angoissaient.

         « Je m’exerçais alors au gymnase Reebok, faisais du cerceau, de la course et du vélo à Central Park, mais ne nageais jamais. Au printemps 1999, le sénateur de New York, Al D’Amato, me demanda d’accompagner sa nièce aux championnats nationaux, à Long Island. En 1996, je n’avais pas suivi une épreuve de natation aux Jeux d’Atlanta ! J’assistais aux championnats et glissais à une oreille amie : « je suis tellement heureuse de ne plus nager. » A quelques temps de là, lors d’un dîner, un ami me fit cette remarque : « sais-tu que chaque fois que la natation vient dans la conversation, tes yeux s’allument ? »

         « Ce n’est pas vrai, j’en ai assez de la natation. – Non, sérieusement. As-tu jamais pensé à un come-back ? – Non, lui dis-je, cela n’arrivera pas. Mais l’idée devint obsession. Je rêvais de natation chaque nuit. A 32 ans, je me trouvais vieille quand lors d’un jogging de dix kilomètres à Central Park, je me fis doubler par une femme de 70 ans. J’appelais Richard Quick, qui entraînait alors Stanford. Il me rappela le lendemain : « je sais pourquoi tu appelles. Tu veux recommencer à nager. » Tout le monde, dans l’équipe de Quick, y compris Jenny Thompson, qui nageait toujours à 26 ans, parut enchanté.

         « Je me sentis tout de suite bien dans l’eau – j’étais restée très en forme pendant ces années, et avais réglé mon désordre alimentaire. Jenny Thompson me présenta Robert Weir, son coach de musculation. Je passais au moins une heure par jour à soulever des poids. J’effectuais des pyramides de développés au banc, huit répétitions à 135 (61,5kg) livres, six à 155 (70,5kg), quatre à 175 (79,5kg), trois à 195 (88,5kg). En jambes, mes pyramides s’achevaient avec trois répétitions à 270 kilos. Ajoutez quatre heures dans l’eau.

         « Dès la première séance, Richard me dit qu’on ne nageait plus comme je le faisais ; il m’apprit à regarder au fond de la piscine, et me fit changer le pourcentage de temps passé dans chaque phase de ma nage. Je devais raccourcir ma phase propulsive, sortir mon bras de l’eau à la hauteur de la ceinture au lieu d’aller jusqu’au niveau de la cuisse. Cela rendait ma nage plus efficiente parce que, dans la partie où le bras rejoint la cuisse, la force propulsive est quasi nulle. Si la main quitte l’eau plus tôt, l’autre main entre plus vite dans une phase propulsive, ce qui augmente la part des phases propulsives du mouvement.

         « En novembre, quatre mois après m’être remise à nager, je réalisai un record perso sur 50m libre dans une course en petit bassin de Coupe du monde à Maryland. Un mois plus tard, nous disputâmes l’US Open à Orlando, Texas ; je remportai le 50m devant la recordwoman des USA Amy Van Dyken et Jenny Thompson, en 25’’29, 0’’36 devant Jenny, et 4/10e plus vite que mon record mondial de 1983. Ce succès était plus que notre relation pouvait supporter.

         « Richard Quick me dit plus tard que les autres nageuses trouvaient que je lui demandais trop de temps, et que ma rivalité avec Jenny avait dépassé les bornes. Nos efforts pour battre l’autre ruinaient notre entraînement. Un journaliste local baptisa notre « dynamique d’entraînement » « une guerre et un fiasco ». Richard Quick me dit que je devais partir. A 32 ans, mariée et divorcée sans enfant, je me trouvais pathétique. Je ne pouvais m’entraîner au Training Center en présence de Jenny, et n’avais droit qu’au coach assistant. Je m’apprêtais à rejoindre Mark Schubert quand Quick trouva la solution : il m’entraînerait le matin dans une ligne du Santa Clara Swimming Club, à 20 minutes de Stanford, et l’après-midi, sans lui, avec une douzaine de garçons de l’équipe nationale US. A Santa-Clara, Quick m’entraîna plus que jamais : les lundis et mercredis étaient intenses, mardi et jeudi récupération, vendredi et samedi en fonction des besoins.

         « Dans les années 1980, on m’enseignait de tenir la tête de façon que le niveau de l’eau atteigne mon front. Maintenant, Richard voulait que je tienne ma tête baissée, les yeux regardant le fond de l’eau et l’eau atteignant le sommet du crâne. Cela relevait et allongeait mon cou et améliorait ma position dans l’eau pendant que je nageais.

         « Ce juillet, aux sélections olympiques d’Indianapolis, j’établis un record américain sur 100m papillon, en préliminaires : 57’’58. Mais en finale, ma rage de battre Jenny fit que je tournai la tête pour la regarder et troublais mon rythme. Elle me battit de 0’’08, ce qui me fit mal, même si nous fîmes toutes deux l’équipe olympique. Au 100m libre des Trials, je touchais seconde derrière Jenny encore. Je gagnais le 50m. A 33 ans, j’allais aux Jeux olympiques dans cinq épreuves, trois individuelles et deux relais.

         «A Sydney, outre Jenny, j’affrontais Inge de Bruijn, une sprinter néerlandaise de 26 ans qui avait établi huit records mondiaux avant les Jeux. Puissante et dominatrice, elle nageait dans toutes mes épreuves. Je fis le bronze du 100m papillon, derrière elle et la Slovaque Martina Moravcova. Sur 50m, De Bruijn gagna devant Therese Alshammar et deux ex-æquo, Jenny Thompson et moi-même. D’après Mark Spitz, le nom de Torres apparut le premier sur l’écran ce qui signifiait que j’avais précédé Thompson de quelques millièmes. Je gagnais avec les deux relais. A 33 ans, j’avais fait mieux qu’à 17, 21 et 25. Mais j’étais épuisée. Je n’effectuais même pas mon retour au calme après mon dernier relais, me séchais, pris mes vêtements, et éclatais en sanglots en allant au contrôle de dopage. J’avais disputé ces Jeux dans ma tête chaque jour des treize derniers mois. J’avais réussi et ne savais pas quoi faire de ma vie.

         « Au début, mon retour pour les Jeux de 2008 n’en était pas un. J’attendais un enfant. Tessa était in utero et nous faisions équipe. C’était ma partenaire, elle me motivait et m’attachait aux réalités. Après quelques semaines, nous ne nous sentions plus de nous lever pour nager à 5 heures du matin. Chris Jackson, le coach des masters, m’envoyait une séance à réaliser l’après-midi. Je nageais avec une femme très sérieuse, de dix ans mon aînée, Barbara Protzman. Souvent, j’allais m’exercer au gymnase, sans idée de retour, seulement je suis une personne très physique. J’adore m’exercer. Il m’importe que mon corps soit beau et fort. L’exercice me rend saine et calme. Aussi pas étonnant que j’aie conservé une forme physique extrême pendant ma grossesse, où je gagnais 35 livres (16kg).

         « La première chose que j’ai apprise en étant athlète enceinte et athlète maman, c’est la réaction des gens :’’non, vous ne pouvez pas faire ça’’. Ne pas faire ces exercices. Ne pas aller si vite. Ne pas gagner cette course. Or la plupart du temps cette négativité n’est pas basée sur des faits. Je recherchai les réponses moi-même. Les athlètes olympiques sont des personnes extrêmes. Très petits gymnastes, très grands basketteurs, nageurs très souples avec des pieds comme palmés. Les miens font du 10 ½ (44 ½). J’étais commanditée par Toyota et Speedo, et être en forme était au cœur de mes activités. En tant que mère athlète, je nageais cinq fois deux heures par semaine et m’exerçais au sec quatre fois 1h30. J’en aurais fait plus mais ce travail assurait les meilleures performances.

         « Vers la fin de ma grossesse, je rencontrais Michael Lohberg, chef coach du programme de natation au Complexe Aquatique. Il me demanda si je pouvais nager dans un meeting qu’il tenait à Coral Springs dans quatre semaines, la veille de la fête des Mères. Un reporter du Sun Sentinel, Sharon Robbs, lui avait suggéré cette idée, pour lui permettre d’écrire un papier sur moi à la Fête des Mères.

         « J’ai financièrement beaucoup de chance. Aussi j’essaie d’être généreuse de mes ressources et de mon temps. Mais là, enceinte de neuf mois dans mon Speedo, ou toute nouvelle maman épuisée par son accouchement accompagnée d’un braillard tétant mon sein, mon ventre en ballon dégonflé !

         « Moins de deux semaines après l’accouchement je nageais au meeting deux 50 yards en 24’’, deux secondes moins vite que mon record. Très déçue. Le coach me dit que je ne me rendais pas compte de ce que j’avais fait. Il me  recommanda la prise d’acides aminés en suppléments, qui facilitaient la récupération : les « Fitness Nutrition Amino Acids » qui avaient passé le test de l’antidopage. Il semblait me dire que j’avais un avenir en natation.

         « Même si elle dort mal et ses seins sont douloureux, le premier mois qui suit la parturition est bizarrement très favorable pour une nageuse : les tendons et ligaments sont assouplis par les hormones de la grossesse chargées de détendre le bassin et faciliter l’expulsion du bébé. Le sang est abondant, d’où une plus grande richesse en oxygène. Je m’entraînais donc trois fois une heure la semaine

         « Tessa avait trois mois et demi quand je nageais en Masters à San Francisco. Je rencontrais un grand nombre de gens, peut-être des centaines, qui semblaient rêver pour moi d’un come-back de dimensions olympiques. D’un côté, je me disais qu’ils feraient mieux de s’inquiéter d’eux-mêmes. D’un autre, leurs projections m’électrifièrent. Je voulais nager en moins de 26’’ (grand bassin). Mais quand le speaker m’annonça comme ‘’la quadruple olympienne Dara Torres’’ je perdis le contrôle. L’attention générale m’envahit. Je tombais presque du plot de départ. Dans l’eau, j’essayais trop. Je touchais la première en 26’’4. Déçue par mon temps. Je partais dans le relais, fis une bonne course : 25’’9, assez vite pour me qualifier aux sélections olympiques.

         « Mes parents divorcèrent quand j’avais cinq ans. Mon père, un fanatique du travail, passait son temps à Las Vegas où il possédait ou dirigeait  une série d’hôtels, comme le Fremont et l’Aladdin, où Elvis et Priscilla Presley se marièrent deux semaines après ma naissance, le 15 avril 1967. Plus tard, mon père acheta le Thunderbird, qui devint ElRancho. Il dirigea aussi le Riviera où Dean Martin chantait et détenait des actions.

         « Garçon manqué, même l’école élémentaire ne me convenait pas. J’eus beaucoup d’ennuis, le plus souvent pour m’être battue avec les garçons. Je me partageai entre les maisons de mon père et de ma mère (remariée à Ed Kauder) et l’été à la villa de mon père à Long Island. A sept ans, mes frères aînés commencèrent à nager au Y de Beverley Hills et je les suivis. J’étais un fatras osseux, bronzé, hyper compétiteur, grands pieds, grandes mains, longs membres. Je voulais tant gagner que, dans une course de sprint, je trouvais malin de « virer » à mi bassin et à revenir dare-dare. Je n’aimais pas trop le Y. Des copains me signalèrent qu’un coach assez borduré, moitié hippie, Terry Palma, avec qui j’avais nagé à Venice Beach, donnait la leçon au Tandem Swim Club de Culver City. C’était moins rigide que Beverley. J’y allais avec joie. J’étais une bonne nageuse, talentueuse, quoique sans éthique de travail. Mais mon désir de vaincre submergeait tout. Je ratais des entraînements, mais gagnais quand même des courses. A douze ans, je me disciplinais un peu, nageais six fois 5000 yards par semaine. En 1980, j’établis un record US du 50 yards libre des 11-12 ans, en 24’’66.

« Mon père était un juif né d’immigrants espagnols. Nous étions proches. J’épousais un de ses médecins, Itzhak Shasha, de 19 ans plus âgé que moi. Je me fis juive pour l’épouser. Nous tentâmes d’avoir un bébé, en vain. La tension de notre infertilité détruisit notre couple. Nous divorçâmes après 16 mois, en décembre 2004.

« Mon père mourut le 31 octobre 2006 alors même que je me réinvestissais comme nageuse. Cet hiver, installée dans une routine de maman nageuse, je m’entraînais le matin à Coral Springs avec un Bulgare d’1,95m, Ray Antonov. Ses meilleurs temps étaient en général d’une seconde et demie meilleurs que les miens. Il me motivait sans me détruire : être battu par un homme m’était moins difficile. En février 2007, Michael  Lohberg me demanda si je voulais rejoindre un camp d’entraînement avec l’élite de ses nageurs. Son adjoint, Chris, exigeait beaucoup et j’étais parfois épuisée. Lohberg, expérimenté, diplômé de l’Ecole des sports en Allemagne, faisait attention à mon degré de fatigue, il prélevait du sang derrière mon oreille pour mesurer mes lactates. Il avait conduit son équipe, le SSF Bonn, à cinq titres nationaux allemands, ses élèves comptaient 62 records nationaux. Il me prit sous son aile, ramena les distances nagées dans mes séances à 5000 mètres, cinq fois, soit 25 kilomètres, une distance que je faisais jusque là en deux jours. Une seule séance par semaine était « de qualité », à haute intensité.

« J’allais visiter la tombe de mon père à New York, trouvais un énorme mausolée. Je téléphonais à ma mère, lui demandais le pourquoi d’un tel monument. ‘’Ton père voulait que sa tombe soit plus grande que celle de Zuckerman, enterré à côté de lui. »

« Mes chances de me qualifier aux Jeux étaient minces. Si j’enlevais une médaille, le serais la nageuse la plus âgée de l’histoire… J’allais voir un médium, Bernard McCue.

« Il me faut rassembler la meilleure équipe possible. J’avais déjà été la vieille femme loufoque qui croyait toujours pouvoir nager. A 33 ans, j’avais été la plus ancienne nageuse à tenter d’aller aux Jeux, la plus vieille médaillée de l’histoire des Jeux. Les remarques des gens étaient frappantes, un peu horrifiées. Toute notre culture est basée sur la terreur de vieillir. Quand je me mis à gagner, la frontière se fit entre ceux qui croyaient que je me dopais et ceux qui disaient que j’étais un héros. J’appris plus tard que c’est leur style de vie, plus que la génétique, qui pousse les gens à ralentir. D’après le Laboratoire de Recherches sur le vieillissement cardio-vasculaire de l’Université du Texas, à Austin, les coureurs de l’élite ou non peuvent maintenir leurs performances jusqu’à 35 ans, après quoi les performances déclinent de façon linéaire pour les coureurs jusqu’à 50-60 ans pour les coureurs, 70 pour les nageurs. Après quoi la dégradation devient exponentielle. Le déclin des nageurs est le plus faible et celui des sprinters est plus faible que celui des autres nageurs. D’après une table de cotations publiée par un certain Ray Fair, de l’Université de Yale, mes 24’’63 réalisés à 35 ans valaient 25’’37 à 41 ans. Sept dixièmes de handicap que j’entendais bien compenser en m’entraînant plus dur et plus intelligent.

« Pour les Jeux de 2000, j’avais déjà appris qu’à 33 ans, je ne pouvais m’entraîner comme à 20 ans. Richard me faisait nager moins que les autres, mais je reliais douleur et progrès. J’appuyais tellement à chaque entraînement qu’un vendredi d’octobre 1999, j’arrivais à la piscine dans un tel état de fatigue que je ne pouvais soulever mes bras hors de l’eau. Quick me mit au repos complet le week-end. Le lundi, je me sentais en pleine forme. J’appris que je ne pourrais vaincre des courses en prétendant que j’avais l’énergie de la jeunesse, mais en faisant attention à mon  corps et en lui permettant de récupérer.

« Ils disaient que la fontaine de jeunesse est dans le gymnase et Robert Weir, le coach physique de Jenny Thompson, m’en fit boire une grande lampée. Je gagnais 9kg de poids de corps, développais couché 93kg, et des biceps qui me faisaient croire invincible. Mais il y a différentes sortes de force. Pour 2008, il me fallait une autre sorte de force physique. Un corps plein de muscles se meut difficilement dans l’eau, où la vitesse dérive de la glisse et de la technique. Les plus gros bras ne touchent pas le mur les premiers. C’est le manager général de Toyota, mon sponsor, qui venait de me délivrer une Lexus qui, écoutant mon souci, me parla d’un autre de ses clients, coach de force des Florida Panthers, Andy O’Brien. Je le rencontrai, lui parlai de mes performances, de mes objectifs. Dans son esprit, si j’avais gagné toutes ces médailles avec une préparation aussi « crue », je ferais bien mieux, même sept ans plus tard, avec un travail plus sophistiqué.

Andy m’expliqua que la vitesse dérive de mouvements hautement coordonnés et d’un timing fluide, non de paquets de poids dans une salle. Le bodybuilding, d’où sortent les séances du gymnase, développe le corps mais ne sert pas à fabriquer de la vitesse. Il voulait me voir dans un gym, inventorier mes forces et mes faiblesses, comment j’utilisais les muscles forts pour compenser les carences des faibles. Puis voir comment je nageai, et de là, établir un régime spécifique qui changerait chaque cinq semaines. Il nota que, dans le calendrier, les Trials des Jeux se tenaient cinq semaines avant les Jeux. Il voulait m’établir un cycle de cinq semaines, pour obtenir une pointe de forme aux deux événements. Il voulait entraîner, outre mes muscles, mon système nerveux central, c’est-à-dire mes réflexes et ma coordination. Que mon corps soit vif et frais, ce qui signifiait que je devais récupérer vite entre les séances.

« Andy, me voyant d’abord nager, puis dans le gym, me dit que mes muscles étaient déséquilibrés. Ceux qui tiraient en haut et en bas du corps étaient très forts, ceux qui tiraient vers le corps étaient faibles. Résultat, j’étais voûtée, ce que je savais et détestais. Mon mouvement était inefficace. Je contorsionnais mon corps afin que mes puissants muscles de tirage vers l’avant fassent le travail, compensais mes faiblesses par ce mouvement défectueux. Il me soumit à des exercices dingues. Je devais m’agenouiller sur une balle d’équilibre, avec des haltères, et prétendre écrire des lettres. Je travaillais ainsi de petits muscles entre mes omoplates, dont j’ignorais jusque là l’existence. Le but était de me redresser, et me rendre plus efficiente au plan mécanique. J’adorais ça. J’avais toujours collé à la bonne technique. Les coaches m’avaient toujours dit que j’avais un équivalent cinétique du « perfect pitch » du joueur de baseball. Une facilité à copier les mouvements qu’on me montrait, et de garder la forme prescrite à travers les répétitions.

« Je croyais en Andy et quand je me mets à croire en quelqu’un, je cesse de poser des questions et me soumets. Dans ma vie, je suis plutôt la personne qui contrôle. Mais quand je signe avec un coach, j’obéis.

« Je pense en fait que c’est une de mes plus grandes forces en tant qu’athlète plus âgée. Je suis plus stable. Je ne fais pas les choses de façon nerveuse, ou à moitié. En quelques mois, de travail avec Andy, je perdais 5,5kg sur mon poids des Jeux d’Atlanta, en 2000, et je me sentais plus légère et plus forte que jamais. Je ne savais pas encore comment cela se traduirait en termes de vitesse de course. Andy n’avait jamais préparé une nageuse, mais le pari que j’avais pris s’avérait gagnant. Ce que je ressentais était fantastique et j’obtenais un vrai plaisir dans ce que je faisais. Et j’avais un filet de sécurité. Les Jeux étaient dans dix-huit mois. Si je ne nageais pas vite aux championnats US 2007, je pourrais laisser tomber les petits muscles des omoplates et revenir à une musculation traditionnelle.

« 3e leçon : l’athlète vieillissante a besoin de s’étirer. Pas seulement de se pencher en avant et toucher ses orteils. Mais construire une vraie flexibilité. Une capacité de se détendre et de se retendre dans le mouvement.

« Tous les nageurs connaissent l’importance des étirements. Si au début d’un programme d’étirement vous gagnez un pouce dans chaque mouvement de nage libre, cela fera deux pieds de gagnés par 50 mètres. Des muscles flexibles permettent au nageur de générer plus de force à travers un plus large éventail de mouvements, ce qui donnera plus de force à sa nage. Des chevilles flexibles permettent ainsi à vos pieds d’agir comme des palmes. et donc d’obtenir un fortbattement. La flexibilité permet aussi de ne mouvoir que la partie du corps intéressée, et donc d’obtenir une bonne forme de mouvement. Imaginer un type vraiment raide nageant. Sa rigidité va entraîner une vilaine technique.

« Vers 2000, je travaillais sur un Pilates quand je vis deux personnes qui, dans la salle, s’exerçaient en tandem de façon inattendue. Le gars en T shirt guidait les membres de son client dans des positions très spécifiques. Ma coach me dit que ces mouvements étaient ce dont j’avais besoin. Il s’agissait d’étirements résistance.Ils utilisaient leur corps comme s’il s’agissait de machines à muscler. Ilsétiraient les membres du client dans une direction précise, puis lui demandaient de lutter contre cet étirement. Il s’agissait apparemment de créer de la force et de la flexibilité en même temps.

« Ces étirements résistance avaient été créé par Bob Cooley, le survivant d’un accident, une voiture le frappant alors qu’il marchait à pied. Dans l’accident, il fut projeté et les muscles de son épaule disloquée se contractèrent si fort qu’ils déchirèrent son humérus gauche. Une fois ses graves blessures guéries, il s’aperçut que rien ne l’aidait plus que les étirements. Il décida de s’étirer seul et dans les diverses manœuvres qu’il employa, il s’aperçut que quand il étirait ses jambes en les contractant, elles s’assouplissaient de façon spectaculaire. Il inventa finalement seize types d’étirements et contractions simultanés pour des groupes musculaires différents.

« Le lendemain d’une séance, je me sentis incroyablement bien dans l’eau. Pleine d’énergie, haute sur l’eau, comme affûtée pour une compétition. Mes épaules tournaient dans toutes les directions sans effort comme  jamais depuis mes années de collège, quand je m’étais tordu le labrum, la coiffe d’un cartilage de l’épaule. Je me mis donc à travailler avec Bob et ses collègues.

« Cinq semaines plus tard, à six semaines des Trials, je nageais au Santa Clara Invitational un 50m en 24’’73, record personnel – et des USA !

« Bob et Tom se déplacèrent à Sydney où ils m’étirèrent.

« J’amenais Steve Sierra et Anne Tiernay à travailler ensemble à me masser et m’étirer, parfois pendant 90 minutes. Le règlement FINA exigeait d’un  nageur qu’il se déclare et attende neuf mois avant de nager dans une épreuve reconnue. Le stretching me faisait sentir plus jeune et relâchée. Steve expliquait : on ne gagne pas une course en faisant faire plus de tours de piste à la voiture, mais en améliorant sa mécanique, en réglant parfaitement ses pistons, en huilant la mécanique et en la faisant tourner de son mieux. Même chose pour le corps humain. Au printemps, j’eus 40 ans. Je m’entraînais cinq fois par semaine contre neuf au collège, et j’aimais le rythme de mes journées. Je trouvais un excellent masseur. J’avais la chance d’avoir réuni une équipe exceptionnelle. Sept heures par jour, de 7h30 à 2h30, je m’entraînais. En juin 2007, ma période d’attente FINA terminée, je signais pour le meeting des Sept Collines, à Rome. Il lançait le Mare Nostrum, un tour qui continuait en Espagne et s’achevait à Monte Carlo.

« Un de mes premiers buts à Rome, Monte-Carlo et dans les autres compétitions que je comptais disputer était de roder mes routines pré compétitives, de façon que tout devienne automatique à Pékin. Je voulais m’échauffer une heure environ avant la course puis effectuer des étirements résistance

         « Un sociologue, Daniel Chambliss, suivant la préparation olympique de Mission Viejo en 1984, écrivit un livre ‘’Champions : the making of Olympic Swimmers’’. Il capte ce qui dans la natation, est fait de milliers de points qui la font ressembler à un tableau de Seurat. Nager vite n’est pas seulement une affaire de grandes mains, de grands pieds, de chevilles flexibles. Nager vite est avoir la discipline mentale d’être exact dans chaque détail, chaque jour. ‘’Le champion ne fait pas plus d’exercices que les autres ; il les fait mieux.’’ ‘’La vérité est que la plupart des athlètes choisissent chaque jour de ne pas faire bien les choses. Dans un sens, tout le monde pourrait être champion olympique, mais pourrait ne compte pas. L’or est réservé à ceux qui font.’’ » 

         « Telle est ma philosophie : faire ce que les autres ne font pas. C’est pourquoi je suis allé plus vite en devenant plus mure. Je raffine tout – mon entraînement, ma technique de course, ma diète, même mon sommeil. Je m’assure que les gens autour de moi soient positifs, bons pour mon état mental. Je surveille ce que je fais entrer dans mon corps – ni café ni alcool. Je bois mon shake Living Fuel au petit déjeuner (combinaison de baies surgelées, de protéines extraites de riz brun, d’herbes, de minéraux, de vitamines, et de bactéries saines, et prend 10 tablettes d’acides aminés par jour. Quand les gens m’accusèrent de me doper, je me rendis comme Michael Phelps et quelques autres à l’agence antidopage US et leur demandai de me tester aussi loin qu’ils le pourraient. Les accusations de dopage commencèrent dès mes 32 ans, de la part de petits esprits ou de cyniques.

         « Michael Lohberg me dit un jour, dans un restaurant, que je pourrais bien faire sur 50m, mais pas sur 100m. Quand il répéta cette phrase, je lui expliquais qu’elle détruisait ma confiance et qu’il ne fallait plus qu’il agisse ainsi. Quand j’étais jeune Mark Schubert croyait qu’entraînée, je pouvais toujours gagner. Je ne supportais pas la négativité. Gaines, avant ses grandes courses, imaginait son discours en cas de défaite, s’excusant de sa contre-performance et annonçant sa retraite. Moi, je visais haut.

         « A Rome, je me qualifiais dans un 25’’ lent. Puis je me fis masser et étirer. Lohberg vint, eut l’air d’étouffer de rire : que fais-tu, hurla-t-il. Je m’étire. Il partit en secouant la tête. Je finis 2e du 50m en 24’’93 et gagnais le 100m en 54’’63, à trois et deux dixièmes de mes records. Quelque chose parut alors changer dans la tête de Lohberg. Je l’entendis suggérer à ses nageurs d’essayer de s’étirer.

         « Compétitrice acharnée (page 138).

         « Vertical kicking (battements de pieds corps à la verticale), 40 secondes, les 10 dernières mains en l’air.

         « En novembre 2007, je m’envolais pour l’Allemagne où je battis les records US du 50 et du 100m libre en petit bassin. Là, mon épaule n’était pas bien. Le lendemain de mon retour, je subis une opération appelée décompression sub-acromiale par arthroscopie. Le chirurgien rabota quelques excroissances osseuses et nettoya une coiffe de rotateur partiellement tordue.

         « Mon ambition olympique était de me qualifier dans quatre courses, dont deux relais. Lohberg me trouvait molle au départ, donc je travaillai à partir comme une flèche, droite en touchant l’eau. Dans les virages, il voulait que j’abaisse ma tête plus tôt dans la culbute. Dans la coulée, il ne voulait pas que j’use trop de battement, et que j’attaque mes coups de bras très tôt. A l’arrivée, je devais rouler mon épaule, et battre des pieds jusqu’au bout.

         « Mouvement par mouvement, à la surface, je suis aussi rapide que quiconque au monde. Ce sont les détails qui doivent être travaillés. 

         « Nous nous rendîmes au Grand Prix du Missouri à Columbus. Les séries s’y déroulaient le soir, les finales le matin, comme aux Jeux olympiques. J’entrai seulement dans le 50m, estimant que mon épaule ne tiendrait pas le 100m. J’effectuais des étirements résistance pendant 20 minutes avant chaque course. Je ne m’échauffai qu’une fois, comme à Rome. Ce meeting inaugura les combinaisons LZR Racing. Ces merveilles d’engineering qui compressaient le corps et réduisaient la traînée étaient si dures et serrées qu’entrer dedans n’était pas une mince affaire. Je décidai finalement d’entrer dans une tenue d’homme. Je cherchais une taille 27 longue et dus m’étriquer dans une 26. J’en déchirais trois, à 500$ l’une. J’enfilais de guerre lasse une vieille combinaison que j’avais embarquée pour le cas dans mon sac. Je nageais au bout de mes forces, touchais en 24’’85, derrière Karla Lynn Joyce et devant Nathalie Coughlin.

         « J’ai aimé être Dara Torres, cette inconnue hyperactive de Los Angeles qui pouvait sprinter. Et être cette femme de 40 ans de retour sur les bassins contre toute attente.

         « L’été 2007, je nageais les  Nationaux au Natatorium de l’université d’Indiana, à Indianapolis. Je découvris qu’en 1982,  j’avais nagé la première compétition disputée dans cette piscine. Je remportai le 50m en 24’’53, record US, et le 100m en 54’’45, montant sur le podium avec Tessa dans les bras.

         « En 1981, mon entraîneur de Culver City, Terry Palma, m’emmena à mes premiers nationaux. J’avais tant d’énergie qu’aujourd’hui on m’aurait signalée comme souffrant de déficit d’attention et hyperactivité. Je finissais 6e ex-æquo du 50 yards avec Amy Caulkins. Je fus surprise de me découvrir un potentiel de super nageuse. Mais le 50 n’était pas alors une épreuve olympique.

         « En 1982, mon coach hippie voulut connaître mes capacités en vitesse pure. Il coupa le volume, élimina les « kilomètres d’ordures », et je nageais 4000 à 5000 mètres cinq fois par semaine. Ce que je nage aujourd’hui. Aux Championnats US 1982, à Gainesville, en Floride, je me rasais pour la première fois. Je gagnais en 22’’44 face à Jill Sterkel et entrais dans ma première équipe nationale.

(Rowdy Gaines).- Il avait 22 ans, était diplômé de l’Université d’Auburn depuis 1981, s’était retiré depuis quelques mois, désenchanté par le boycott des Jeux de Moscou. Son père le convainquit de nager à nouveau. Rowdy était amusant, beau gosse, intelligent, charmant et très rapide. Je le suivais partout si ma sœur Lara était là. J’étais totalement amoureuse et quand il choisit d’aller en France et en Hollande, je signais pour la même destination. En Hollande, avant que je nage le 50m dont le record du monde était 25’’71, Rowdy me prédit que je nagerais 25’’69. Le temps exact que je fis ce jour là.

« Je nageais tous les jours à Culver City, jouais au volley en automne et au basket en hiver. Je demandais beaucoup d’attention au coach, Darlene Bible, et aucune en classe. Au printemps de 1983, Mark Schubert, apprenant que je voulais m’entraîner à Fort Lauderdale (avec Jack Nelson aux côtés de ma copine Page Zemina) m’attira à Mission Viejo. Je quittais Westlake et m’installais dans la famille de Mike et Flo Stutzman. J’eus beaucoup de mal à m’adapter au régime, 9000 mètres le matin, 9000 mètres le soir, de MV. Un jour, nous eûmes un tel différent que je sortais de l’eau et partis dans ma voiture. Schubert me bloqua sur le parking.

« Quand Schubert arriva à Mission Viejo en 1972, le club n’avait même pas gagné la Conférence du Comté d’Orange. En 1974, il fut champion national. Schubert était attentif aux détails. Aux mondiaux 1973, les allemands de l’Est avaient nagé avec des maillots « skin suits », il en commanda pour nous. Il instaurait le couvre-feu, vérifiait notre nourriture, interdisait les bonnets noirs qui captaient le soleil, verrouillait l’entrée pour interdire l’accès aux retardataires. Cette année 1983, j’amenais le record du monde à 25’’62. En janvier 1984, je nageais un 100m en 56’’64. Je faisais 700 sit-ups par jour. Je courais de 2 à 4 miles outre ma nage et le gym.

« L’année précédant les Trials, j’avais inscrit au-dessus de mon lit : 26’’4+28’’4 = 54’’8. Pendant les Trials, un nageur pouvait défier, c’est-à-dire qu’il demandait un temps chronométré. S’il nageait plus vite que l’un quelconque des autres relayeurs, le plus lent de ces relayeurs était jeté.

« 4e des séries, je nageai en 56’’36, 4e en finale. J’étais chagrinée, n’étant pas qualifiée en individuelle. Tracy Caulkins défia, mais elle ne put battre mon temps. Je restais titulaire du relais.

« Les trials 2008 se tenaient fin juin début juillet à Omaha. J’avais bien récupéré de mes opérations aux épaules et aux genoux mais avais développé de l’arthrite dans l’articulation acromio-claviculaire, qui rattache la clavicule à la scapula. Au printemps, j’eus plusieurs injections de cortisone pour calmer la douleur, dont une quelques semaines avant les sélections. Je craignais que trop d’efforts maximaux aggravent la situation. Depuis les nationaux 2007, j’avais nagé un seul 100m, en mai, au circuit senior du Texas, en 54’’17, et un 50m en 24’’56.

« Les règles d’USA Swimming interdisaient aux membres de la famille d’un nageur d’entrer dans les chambres des athlètes. Ces règles avaient été écrites avec les parents des nageurs à l’esprit, mais c’était les règles.

« Avant moi, Gaines avait été le plus vieux nageur qualifié pour les Trials, à 35 ans. En 2008, Susan Rapp Von der Lippe, 2e du 200m brasse en 1984, était qualifiée, sur 100m brasse et 100m papillon (page 173).

« La fierté que je ressentais était à l’égal de ma peur.

« Après une émotion (on crut que le bassin où Lohberg me chronométrait était de 25 yards au lieu de 25m), je nageais finalement en séries : 54’’47, 3e temps derrière Nathalie Coughlin et Lacey Nymeyer. Je ne m’étais pas sentie très bien, mais le temps n’était pas mauvais. En demi, je nageai bien : 53’’76, meilleur temps. Je décidais de foncer sur 100m de bout en bout. Je nageai ma propre course, sans me préoccuper des autres, et gagnai.

« Le lendemain, en séries du 50m, Lara Jackson (Arizona) battait mon record, en 24’’50. Conformément au conseil du coach, je ne nageais pas à fond.

« L’après-midi, dans la première demi-finale, Jessica Hardy de Long Beach battit le record de Jackson. Je reprenais le record dans la seconde demi-finale, en 24’’38, malgré un mauvais départ.

« Je travaillai une dernière fois mes départs. Avec un départ seulement honnête, je nageai 24’’25, record US.

« Pendant que Michael Lohberg luttait contre une anémie aplastique, je nageais seule aux Jeux. Nous décidâmes que je ne nagerais pas le 100m aux Jeux, dont les séries et demi-finales ajouteraient trop de tension  sur mon corps, surtout mon épaule, mais que je nagerais les deux relais où j’avais gagné ma place. Le quatre nages se situait 30’ après ma finale de 50m.

« (Page 195). Dix jours avant le début des Jeux olympiques, j’étais tellement soucieuse au sujet de Michael Lohberg que j’allais consulter le psychologue de l’équipe Jim Bauman. Il utilisait une technique appelée « eye movement designation reprocessing » qui réplique la façon dont le cerveau traite les informations pendant les rapides mouvements des yeux (REM phase) dans le sommeil. L’idée est d’évacuer les traumatismes psychiques, lesquels envahissent vos pensées trop fréquemment dans les moments inappropriés. Nous travaillâmes pendant 90’, lui en utilisant ses doigts, et nous conjurâmes les pensées négatives. 

« A Pékin ma première course fut le relais 4 fois 100m. Je suivis ma routine habituelle et préétablie. Vers la fin des Jeux de Sydney, en 2000, Richard Quick montra à l’équipe nationale une vidéo de moi nageant le quatre fois 100 ; j’y stoppais pratiquement au milieu et soulevais ma tête comme un bébé phoque pour voir comment ça allait par rapport aux autres nageurs. ‘’Voilà que je ne veux pas vous voir faire’’ annonça Quick à l’équipe. Mon relais avait enlevé l’or, mais ce n’était pas de cela qu’il s’agissait. Nathalie prit un bon départ, fut pendant cinquante mètres sur un rythme de record du monde. Britta Steffen la passa mais les autres Allemandes n’étaient pas au niveau. Nathalie eut un rude retour. Lacey, notre seconde nageuse, partit derrière l’Allemande et la Britannique. Elle maintint sa 3e place derrière l’Allemagne et les Pays-Bas qui gagnaient vite du terrain. Kara Lynn Hoyce et moi avions une mission impossible dans l’optique de la victoire. Les Hollandaises ne faibliraient pas et les Australiennes étaient redoutables. Les Hollandaises avaient une équipe très solide, quatre filles égales qui venaient de battre le record du monde aux Européens, à Munich. Je nageais contre Marleen Veldhuis,  créditée du 100m lancé le plus rapide de l’histoire et Libby Trickett, qui détenait le record du monde individuel.

« Kara effaça les Allemandes et donna le relais à moins d’une seconde de la Hollande. Je partis à fond, reprit d’abord quelque distance sur Velduis, mais au retour me trouvais à court. A l’arrivée, j’avais maintenu notre place, face à Trickett. Argent.

« Mark Schubert me signala que j’avais nagé, lancée, 52’’4, ce qui était le 2e relais lancé de l’histoire. J’avais maintenant cinq jours pour le 50 mètres.

« Dans la seconde demi-finale du 50m, une Alshammar défaite vint me voir : peux-tu m’aider ? La fermeture dorsale de sa combinaison s’était déchirée de haut en bas (page 207 suiv). Je parvins à garder le contact avec ma concentration. Je nageai la demi et gagnai en 24’’27, à 2/100 de mon record. Cette nuit j’appelle mon entraîneur qui de son lit d’hôpital me rappelle. Garder mon corps droit et dur au départ. Bien tourner l’épaule pour augmenter ma stature dans l’eau à la touche. Ne pas cesser de battre des jambes jusqu’à la touche.

[Se change dans une certaine précipitation. Dans l’attente de la chambre d’appel, l’histoire de la ménopause, puis de l’accouchement. Je touchais en 24’’07, record US, à un centième de Steffen.]

« Dans le relais quatre nages, je touchais le mur si rudement que je déchirais les ligaments de mon pouce jusqu’à l’os. Encore 2e, j’avais nagé 52’’27, ce qui faisait de moi la relayeuse lancée la plus rapide de l’histoire. Après Pékin, une image par résonnance magnétique démontra que des bouts d’os se développaient dans la jointure de l’épaule. Mon docteur effectua une résection distale claviculaire orthoscopique. Je décidais de rester en grande forme physique. » 

 

CATHY FERGUSON,  »TOMBEUSE » DE KIKI CARON

Aux Jeux olympiques de Tokyo, en 1964, Cathy Ferguson remporta le titre devant la Française Christine Caron et une autre Américaine, Giny Duenkel. Dans la course, ces trois filles améliorèrent le record du monde (que Duenkel avait ravi à Caron.

FERGUSON [Cathy Jean] Natation (Stockton, Californie, 17 juillet 1948-). États-Unis. Championne olympique du 100 mètres dos des Jeux Olympiques de Tokyo, où six des huit finalistes présentes ont détenu ou détiennent des records du monde en dos. Elle-même, détentrice de celui du 200 mètres dos, l’emporte en 1’7’’7, devant Christine Caron, (1’7’’9) 2e, et Virginia Duenkel, (1’8’’) 3e, qui, en 1’8’’3, le détenait depuis dix-huit jours. Ce succès assure à l’ondine de Burbank sa place dans le relais quatre nages américain, et donc une autre médaille d’or et un autre record mondial. Issue du système des groupes d’âge que la natation américaine mit en place en 1956, Ferguson nage au Los Angeles AC de Peter Daland. « Après ma victoire, je pris conscience que je n’avais pas gagné seule, qu’il s’agissait d’une victoire pour un ensemble de gens. Par exemple, j’avais seize ans, je n’avais pas de permis de conduire, et si ma mère ne m’avait pas accompagnée à la piscine, je n’aurais pas pu nager. » Cathy Ferguson est poussée notamment par son père, qui n’a lui-même que trente-six ans à l’époque des Jeux de Tokyo, ayant fondé une famille très jeune. A une époque où le travail de la force est considéré comme contre-productif en natation, ce père installe une salle de poids et haltères dans son garage, et Cathy soulève des charges additionnelles et acquerra une force physique, une puissance physique considérables, par rapport aux autres nageuses. « Nous n’avions pas des conditions favorables à un bon entraînement, s’est-elle souvenue en 2011. L’eau était froide, nous n’avions pas de lunettes de nage et le chlore était intolérable. Les bretelles des maillots de bains entraient dans la chair et nous faisaient saigner. » Son succès au 200 mètres dos, à égalité avec Judy Humbarger, aux championnats US 1965, amène à dix le nombre de ses titres américains. Cette année, elle sera devancée par Christine Caron, à ces championnats US, sur 100 mètres dos. Cathy Ferguson nagea jusqu’en 1967. Quoique toujours présente dans les compétitions, elle joua au basket-ball au collège de Glendale où elle étudiait, le collège ne disposant pas d’une piscine. Plus tard, elle enseignera la natation en Californie, à Long Beach puis enseignera l’éducation physique entre

MARGARET JOYCE COOPER, NAGEUSE A CONTRE-COURANT

COOPER (Badcock) [Margaret Joyce]. Natation. (Domaine de Troup, Ceylan, 18 avril 1909-Chichester, West Sussex, 22 juillet 2002). Grande-Bretagne. Joyce Cooper apprend à nager à Ceylan, où son père, connu sous le nom de « Spindles » (broches) en raison de sa haute taille et de sa maigreur, possède une plantation de thé. Il avait étudié à Harrow dont il avait détenu le record du mile en course à pied. La mère de Joyce avait été une nageuse, et continuait à se baigner à quatre-vingt-dix ans passés. Joyce est la deuxième de quatre filles, et aime la natation, parce que c’est là seulement qu’elle peut battre sa sœur aînée. C’est le seul sport qu’elle pratique aussi parce que, très frêle, elle ne peut grimper à la corde ou faire un équilibre sur une barre, et ses jambes n’ont pas de force. Sa famille s’installe dans le sud britannique après la Première Guerre mondiale. Il est très difficile de s’entraîner en Grande-Bretagne, où les piscines sont orientées vers une clientèle exclusivement masculine et les règlements interdisent aux deux sexes de se baigner ensemble. Comme de plus son entraîneur, Howcroft, est un homme, il est difficile de trouver un endroit où ils peuvent se retrouver ! C’est en général des piscines découvertes. Les costumes de bain étant strictement réglementés, les sœurs se fournissent dans des surplus américains. Joyce finit par être accusée par un journal britannique de revêtir un costume « indécent » qui est en fait le modèle standard américain. Nageuse de dos, elle voit en 1925 la championne britannique Vera Tanner nager le nouveau style à la mode, le crawl, et s’y essaie avec la ferme détermination de la battre. Howcroft lui permet de se renforcer physiquement, car si elle est souple, elle ne dispose d’aucune force physique. Lorsqu’elle se présente aux sélections olympiques, elle est effarées par la longueur du bassin, n’ayant jamais nagé que dans un bassin de 20 yards !Membre du Mermaid Club, elle sera quatre fois médaillée olympique : de bronze du 100 mètres libre (derrière les Américaines Albina Osipovich et Eleanor Garatti-Saville, et du 100 mètres dos derrière Marie « Zus » Philipsen-Braun et Ellen King, d’argent avec le relais quatre fois 100 mètres britannique en 1928, de bronze du quatre fois 100 mètres en 1932, où elle est 6e sur 100 mètres dos, 4e sur 400 mètres libre et réalise le 4e temps des demi-finales sur 100 mètres). Multi médaillée aux Championnats d’Europe entre 1927 et 1931, elle est quatre fois championne de l’Empire britannique en 1930 (sur 100 et 400 yards libre, 100 yards dos, et avec le relais quatre fois 100 mètres en compagnie de sa sœur Doreen). Au cours de sa carrière, elle remportera 19 titres nationaux anglais. Elle nage également en « eau libre », exécutant le parcours de la course Oxford-Cambridge à la nage. Mariée à John Charles « Felix » Badcock (West Ham, Londres, 17 janvier 1903-Petersfield, Hampshire, 29 mai 1979), médaillé olympique d’aviron (or du quatre sans en 1932, argent du huit en 1928), elle aura deux fils, Felix et David, qui seront des rameurs de compétition. Elle ne disputera plus jamais de courses après son mariage, même si, nageant parfois avec son entraîneur, celui-ci lui assure qu’elle n’avait jamais nagé aussi vite, et, témoignera-t-elle à la fin de sa vie, deux nageuses françaises de passage à Londres tentent de la pousser à reprendre sa carrière ! Mais ni l’époque, ni son mari ne la poussent dans cette voie…

PAUL WILDEBOER (1954-2014), COACH ET LEGENDE

Vendredi 9 Mai 2014

L’entraîneur Paulus (Paul) Wildeboer, bien connu dans les milieux de la natation, s’est éteint, victime d’un cancer de la prostate, samedi dernier en Australie. Il était né le 9 décembre 1954.

Lotte Friis, qui avait été une de ses nageuses vedette, et qui s’entraîne actuellement aux Etats-Unis, auprès de Bob Bowman (et de Yannick Agnel) a fait connaître sa peine à l’annonce de cette nouvelle : « il a été mon entraîneur pendant la partie la plus importante de ma carrière, » a-t-elle écrit avant d’ajouter : « il sera toujours dans mon cœur. » Rikke Moeller Pedersen et Jeannette Ottesen avaient été ses autres grandes nageuses. Il avait également entraîné, bien entendu, ses propres enfants, Olaf et Aschwin (finaliste olympique à Pékin en 2008 et médaillé mondial en 2009 à Rome) Wildeboer. Il était marié à Winnifred (Winnie) Faber, qui est également entraîneur et, depuis toujours son assistante, l’avait suivi en Australie. Tous deux nourrissaient de grands projets, et imaginaient la création d’un centre d’entraînement professionnel dans le Queensland.

Paulus, qui avait débuté dans son pays natal, les Pays-Bas, entraîna en Espagne, pays dont il avait pris la nationalité,  pendant 26 ans, d’abord de 1978 à 1980 au FC Barcelone, puis au « club natacio Sabadell » de 1980 à 2004. Après un passage à la résidence Blume de Madrid (centre d’accueil des haut-niveau espagnols), il devint directeur technique de la natation danoise, mais, après quelques années, il décida de s’exiler en direction de l’Australie.

Connu comme l’entraîneur de Jeannette Ottesen, Wildeboer était célèbre pour sa rigueur. Homme très exigeant, méticuleux, mais aussi très capable, le nombre de ses élèves de haut niveau est important. Il a ainsi entraîné la Belge Brigitte Bécue à la fin de sa carrière.  Bien entendu, les nageurs sont les premiers responsables de la réussite d’une natation. Au Danemark, seule une nageuse, Lotte Friis, était capable d’encaisser l’entraînement auquel un Wildeboer la soumettait…

Wildeboer savait mettre les pieds dans le plat, quand sa « vision » le lui disait. Il avait fortement parlé à l’encontre des combinaisons de nage. En Australie, à son titre d’entraîneur « mentor », il s’était déjà fait entendre au sujet de certaines évolutions qu’il souhaitait pour la natation australienne, un pays certes passionné de natation, mais parfois encombré de traditions contre-productives.

Triste coïncidence, deux autres personnes ayant voué leur vie à la natation, Greg Brough (ancien médaillé olympique, voir notre article du 9 mars) et Rodney Woolf disparaissaient à peu de distance de Paulus Wildeboer, victimes du même mal. E.L.

« CHET » JASTREMSKI, HEROS MALCHANCEUX

par Eric LAHMY

Mercredi 7 Mai 2012

JASTREMSKI [Chester Andrew « Chet »] (Giant Street, Toledo, 12 janvier 1941-Bloomington, Indiana, 3 mai 2014) fut considéré comme le meilleur nageur du monde en 1961, et il révolutionna l’art de la brasse moderne. Il fut aussi l’un des champions les plus malchanceux de l’histoire. Cet Américain d’origine polonaise domine la brasse, dans les premières années 1960, grâce à la technique révolutionnaire mise au point à l’Université d’Indiana – où il poursuit des études médicales – par l’entraîneur James Counsilman. Jastremski apprend à nager à neuf ans,où ses facilités impressionnent  l’entraîneur du YMCA local, Tom Edwards, qui l’encourage à faire de la compétition. A 15 ans, en 1956, son talent est évident : il gagne le 200 mètres brasse des sélections US, mais est déclassé pour avoir effectué un mouvement de « dauphin » à un virage, et n’est pas retenu dans l’équipe olympique qui se rend à Melbourne. Il n’a pas plus de chance quatre ans plus tard pour les Jeux de Rome, où, quoique finissant 2e du 200 mètres brasse derrière Bill Mulliken (qui gagnera deux mois plus tard le titre olympique), il est une nouvelle fois rejeté par le comité de sélection. Sorti de l’école de Saint François de Salle, à Toledo, en 1959, il nage alors pour l’Université d’Indiana. Counsilman lui concocta une action de jambes qui changeait les données techniques du mouvement. Il simplifia en fait l’action des jambes, qui, jusqu’alors, poussaient vers l’arrière en écartant plus ou moins largement les pieds avant qu’ils ne se rejoignent dans un « ciseau » imité de la « grenouille ». Jastremski, lui, effectuera un mouvement d’avant en arrière, donné dans l’axe du corps (style : « piston » ou « fouetté »), sans pratiquement écarter les pieds. Ce mouvement part des genoux, et donnera plus tard, par diverses évolutions, le battement de brasse moderne, qui utilise toute la jambe. En sept semaines, l’été 1961, Jastremski améliore de sa nage courte, très rythmée, le record du 100 mètres brasse de 3’’6, de 1’10’’1 à 1’7’’5 et celui du 200 mètres brasse de 6’’9, de 2’35’’5 à 2’29’’6. Champion panaméricain en 1963, il se qualifie pour les Jeux de Tokyo, en 1964 en amenant lors des sélections américaines son record du monde à 2’28’’2. Mais en finale olympique, il se lance à un rythme très élevé, est passé par Prokopenko dans la deuxième longueur, puis se fait remonter par O’Brien, et finit 3e en 2’29’’6. A-t-il commis une erreur de train ? Des années plus tard, James Counsilman déclarera qu’il avait mené Jastremski trop durement avant les Jeux et que cet excessif travail de distance l’avait probablement « brûlé ». Jastremski, au physique râblé, 1,75m, de 75kg à 80kg, nage aussi le premier 100 yards brasse de l’histoire accompli en moins d’une minute, avec un temps de 59’’6, record américain, en avril 1961. Il améliore douze records du monde, dont neuf individuels, enlève 16 titres nationaux américains. Ayant achevé ses études de médecine, Chet, diplôme en main, décide de se donner une troisième chance olympique. Avec seulement huit semaines d’entraînement sérieux avant les « trials », il se qualifie pour les Jeux de 1968, mais seulement comme remplaçant : il ne nage que dans les séries du relais quatre nages américain et devient donc champion olympique par raccroc. Il tente encore sa chance pour les Jeux de 1972 alors que, devenu médecin militaire, âgé de 31 ans, il a une femme et trois enfants. Il fait partie de l’encadrement médical de l’équipe olympique US aux Jeux de Montréal, en 1976, et de celle des Jeux olympiques de 1980 (qui ne partira pas aux Jeux en raison du boycott américain). Il officiera comme médecin généraliste, avant de prendre sa retraite en 1979, en raison d’un rhumatisme psoriasique handicapant. Revenant à la natation, cette fois comme entraîneur, il officiera à Bloomington et sera coach en chef de l’équipe féminine de l’Université d’Indiana entre 1987 et 1991. Il reprendra sa clientèle médicale (1991-2010). Il s’éteint à 73 ans, vaincu par son arthrite, un cancer et une maladie d’Alzheimer.

Passeports pour Tbilissi

Water-polo

Mardi 29 Avril 2014

La Fédération Française de Natation et Nat’Event Organisation organisent le tournoi qualificatif au championnat d’Europe des moins de 19 ans de water-polo. A quelques mois du championnat d’Europe moins de 19 ans qui se tiendra du 24 au 31 août à Tbilissi (Géorgie), nous signale-t-on depuis la Fédération, l’équipe de France junior disputera le tournoi de qualification du mercredi 7 au dimanche 11 mai 2014 à La Rochelle. Les nations présentes seront l’Allemagne, la Biélorussie, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovénie et la Turquie. Ces équipes seront réparties en deux groupes (CF programme). Pour décrocher sa qualification, la France devra dans un premier temps affronter la Slovénie, le Portugal puis l’Allemagne. «Après ces trois rencontres et en fonction des résultats, il y aura une phase de classement dans laquelle nous chercherons à décrocher un des quatre tickets qualificatifs pour cet été», explique Julien Issoulié, directeur du water-polo français. «Notre objectif à La Rochelle est tout d’abord d’accéder aux demi-finales puis, si nous y parvenons, de remporter ce tournoi». La préparation des Bleus se déroulera du 1er au 5 mai à Lille en collaboration avec les deux clubs nordistes de Pro A ; Lille et Douai. Ce sera l’occasion pour les moins de 19 ans de réviser le projet de jeu de l’équipe face à deux oppositions de grande qualité.

Rebecca Brown, étoile filante

BROWN [Rebecca Kate] Natation. (Brisbane, 8 mai 1977-). Australie. Précoce recordwoman du monde sur 200 mètres brasse, en mars 1994, ce beau gabarit de 1,78m pour 62kg améliora la marque mondiale d’Anita Nall, en 2’24’’76 contre 2’25’’35. Ce record tint debout pendant cinq ans. Moins chanceuse en compétition, Brown ne tint pas les espoirs nés de son exploit. Elle fut largement battue par sa compatriote Samantha Riley aux Jeux du Commonwealth de Victoria (Canada), cette même année 1994, terminant seconde autant sur 100 mètres (en 1’8’’02 contre 1’9’’40) et 200 mètres brasse (en 2’25’’53 contre 2’30’’24). Aux mondiaux de Rome, elle ne put faire mieux que, deux fois, 4e, nageant les distances en 1’10’’06 et 2’28’’97. Elle ne put se qualifier pour les Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996, ou pour les Jeux du Commonwealth de Kuala Lumpur en 1998 et annonça qu’elle abandonnait la compétition. Mais l’opportunité de nager aux Jeux olympiques à domicile (à Sydney, en 2000) la fit sortir de sa retraite. Une victoire sur 200 mètres brasse (2’23’’41) aux championnats du monde en petit bassin qui se tinrent à Athènes en mars 2000 sembla montrer un regain de forme. Deux mois plus tard, elle se qualifiait dans l’équipe olympique australienne avec un temps de 2’28’’98. Aux Jeux, qualifiée 12e à l’issue des séries (en 2’28’’24), elle ne put passer le cap des demi-finales, 14e en 2’29’’90. Elle annonçait la fin de sa carrière après les Jeux.

 

WENDY COOK, REINE SANS SA COURONNE

COOK (HOGG) [Wendy Elisabeth]. Natation. (Vancouver, 15 septembre 1956-). Canada. Après avoir, enfant, échoué par deux fois à son examen de niveau débutant en natation, Wendy Cook n’arrêta pas de progresser dans ce sport, jusqu’à établir, à dix-sept ans, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, avec un temps de 1’4’’78, le record du monde du 100 mètres dos, au départ du relais quatre fois 100 mètres quatre nages de son pays aux Jeux du Commonwealth 1974, lui assurant la victoire. A ces mêmes Jeux, cette nageuse de belle taille et racée (1,75m, 64kg) enleva 100 mètres et 200 mètres dos. Entraînée par Deryk Snelling aux Canadian Dolphins de Vancouver, elle obtint une médaille de bronze un an plus tôt, aux championnats du monde 1973. Dès 1972, à quinze ans, aux Jeux olympiques, elle a été 5e du 100 mètres dos en 1’6’’70. En 1974, elle fut championne des États-Unis d’hiver et d’été sur 200 mètres dos et double championne (100 mètres et 200 mètres dos) de Grande-Bretagne et du Canada. En 1976, elle épouse l’entraîneur de natation Doug Hogg, et, après avoir frôlé le record mondial du 200 mètres dos de Richter (2’18 »69 contre 2’18 »41) termine 4e du 100 mètres dos des Jeux olympiques de Montréal derrière deux Allemandes de l’Est dopées et l’autre Canadienne Nancy Garapick. Comme toutes les nageuses de cette époque, elle fut de la génération qui ne put accéder aux podiums en fonction du dopage d’Etat systématique institué en RDA et dans d’autres pays communistes.

Diplômée en éducation physique, après avoir tâté du métier d’entraîneur de natation, Wendy Cook-Hogg s’est dirigée vers l’enseignement ; en 2013, elle est directrice d’école (école Pinewood, à Cranbrook, en Colombie britannique).