Catégorie : Biographies

INES DIERS, MEDAILLEE OLYMPIQUE DU 100 AU 800 METRES

Mercredi 17 Mai 2017

DIERS [Ines]. Natation. (Rochlitz, 2 novembre 1963-). RDA. Aux Jeux de Moscou, en 1980, cette nageuse de Karl-Marx-Stadt de1,75m enleva deux médailles d’or, deux d’argent et une de bronze.

Championne olympique du 400 mètres (4’8’’76), elle enleva également l’argent sur 200 mètres (1’59’’64) et sur 800 mètres (8’32’’55), le bronze du 100 mètres (55’’65) et participa au relais quatre fois 100 mètres champion olympique 3’42’’71 (record du monde). L’année suivante, elle gagnait le 400 et le quatre fois 100 mètres et finissait 2e du 800 mètres (derrière sa compatriote Carmela Schmitt, 8’32s79 contre 8’32s89) aux championnats d’Europe, à Split. Malheureusement, ses résultats furent obtenus dans le cadre du dopage systématique de la RDA. Fille d’un éleveur de porcs, elle avait commencé à nager en 1973 au BSG Lok Rochlitz avant de rejoindre l’école de sport de Karl-Marx-Stadt (devenue Chemlitz). Diplômée en 1982, elle travaille dès 1990 dans une institution financière et vit à Nebra.

COMMENT NELSON DIEBEL, USA, REBELLE SANS CAUSE, ÉCHANGEA TROIS ANNEAUX AUX OREILLES CONTRE CINQ ANNEAUX OLYMPIQUES

Éric LAHMY

Mardi 16 Mai 2017

DIEBEL [Nelson W]. Natation. (Hinsdale, Illinois, 9 novembre 1970-). Etats-Unis.

Jeune « rebelle sans cause », rendu furieux par le divorce de ses parents, éternellement à la recherche d’un mauvais coup, expulsé d’une école pour avoir boxé un écolier, toujours entre deux rixes, deux drogues, deux cigarettes ou deux verres, ne négligeant pas même de petits larcins, Nelson Diebel est amené à la natation, dans une école privée du New Jersey, la Peddie school, par un (pieux?) mensonge. Dans un questionnaire scolaire, il s’invente un hobby, la natation. Il se souvient en effet que sa mère, cherchant, dans le passé, par tous les moyens, à le fatiguer afin qu’il consente à dormir le soir (il est suractif) l’a traîné à un cours de natation. Malgré son manque d’assiduité, il a nagé les 100 yards brasse en 1’8s à douze ans. Il n’empêche, se baptiser nageur représente, avouera-t-il plus tard, « l’un des plus gros mensonges jamais proférés dans ma vie. »

Maintenant, il lui faut assumer sa frauduleuse déclaration. Reçu avec sa mère par l’entraîneur Chris Martin, un ancien nageur de Yale, 1,88m, 110kg, il a droit à un beau laius : « la première chose que je veux que tu saches, c’est que je suis un tyran ; la deuxième, c’est que s’il doit y avoir une bagarre ici, ce sera avec moi. » Après dix minutes d’aboiements, Dave Martin disparut. Cet homme « était la réponse à mes prières », se souvient Marge. Un superbe article de Kelli Anderson dans SPORTS ILLUSTRATED du 29 Juin 1992 raconte l’anecdote et l’histoire de Diebel :

https://www.si.com/vault/1992/06/29/126752/swimming-life-in-the-fast-lane-one-time-hellion-nelson-diebel-is-now-a-contender-for-olympic-gold

En 1986, Diebel fume deux paquets de cigarettes par jour et après quelques longueurs, il crache ses poumons, accroché à la rigole, des minutes entières. Mais à raison de quatre heures d’entraînement quotidiens, sept jours sur sept, son hypercativité se fendilla, ses cigarettes, sa drogue et son alcool s’évaporèrent.

En 1988, il en était rendu à la cinquième place des 100 brasse et à la huitième des 200 des sélections US pour les Jeux olympiques de Séoul : de quoi se convaincre qu’il pourra faire un jour les Jeux.

Une semaine après les sélections, il récupère de l’entraînement long par de l’affutage, et retrouve son hyperactivité. Trouve un jeu très intéressant, qu’il appellera « une expérience de la gravité », qui consiste à se jeter d’un balcon d’un troisième étage qui donne directement sur le bassin ; au troisième essai, il se rate, tombe sur la plage et se fracture les deux poignets. Quand Dave Martin voit les dégats aux rayons X, il le croit perdu pour la natation. Les poignets, dit-il, n’étaient pas seulement cassés. Ils étaient en miettes… Cinq heures trente d’opération plus tard, une vis permanente et quatre temporaires, huit semaines de platre et deux semaines de thérapie, il reprend l’entraînement, jambes seules, pendant des semaines… L’année suivante, 1989, il est champion des USA des 200 yards brasse.

SPORTS ILLUSTRATED raconte cette anecdote concernant l’affutage : « Je lui demandai pendant combien de temps il s’était affuté pour le championnat, raconte Barrowman (champion olympique et recordman du monde du 200 brasse). Moi, c’était d’une semaine à dix jours. Diebel me dit qu’il y va doucement pendant cinq semaines et demie. Je me dis : n’importe quoi. Mais les trois semaines suivantes, on s’entraîne tous pour les PanPacifique, beaucoup pour plusieurs d’entre nous. Nelson, lui, restait dans le bassin dix minutes par jour. Avant le meeting, je dis à mon coach : si Diebel nage bien après huit semaines d’affutage, j’abandonne, j’arrête de nager à jamais. Et vous savez quoi ? Il bat son record ! »  [Aux PanPacifics 1989, Mike Barrowman gagne le 200 brasse en 2’13s09, record du monde, devant Nelson Diebel, 2’14s94].  

Nelson Diebel n’en continue pas moins d’être Nelson Diebel. Quand, en 1990, il ajoute un troisième anneau à ses précédents piercings aux oreilles : « t’es cinglé, hurle Martin ? Tu portes déjà plus de joaillerie de ma mère. Je te signale que cette année, tu gagnes 100 et 200 brasse. » Et, en effet, il gagne. Et arrête avec les boucles, quand il s’aperçoit que les tatouages font bondir le coach ! Va pour les tatouages.

A un an des Jeux cependant, il est seulement 24e nageur du monde et souffre, outre les poignets, des épaules (tendinite chronique). Vainqueur surprise des sélections olympiques US avec un nouveau record américain du 100 mètres brasse, 1’1s49, puis 1’1’’40 (ancien record, Steve Lunquist, 1’1s65 en finale des Jeux de Los Angeles), on le croit quand même inférieur aux meilleurs nageurs de la spécialité.

Martin ne l’en félicite pas moins en ces termes : « Dieu te dédommage pour ces six années de moi. » Ses épaules douloureuses le contraignent à couper dans son kilométrage. Il l’emporte finalement, sur 100 brasse, aux Jeux olympiques, devant l’un des monstres de la spécialité, le Hongrois Norbert Rozsa, en  1’1’’50 contre 1’1’’68 (Rozsa détient le record mondial en 1’1s29), monte sur le podium le crâne recouvert d’un bandana aux couleurs du drapeau, refuse la main sur le cœur, mais craque un peu d’émotion ! Il empoche une deuxième médaille d’or avec Jeff Rouse en dos, Pablo Morales en papillon et Jon Olsen en crawl, dans le relais quatre nages des États-Unis (record du monde en 3’36s93).

Nelson Diebel, depuis, n’a cessé de nager, mais sans ambition compétitive…

DAVID DICKSON, CAPITAINE AUSTRALIEN ET COACH ANTIBOIS

Lundi 15 Mai 2017

DICKSON [David]. (Batu Gajah, Malaisie, 20 février 1941-).

Spécialiste des courtes distances (100 mètres et 200 mètres), il enleva trois médailles de bronze de relais olympiques, sur 4×200 mètres à Rome en 1960, sur 4×100 mètres et 4×100 mètres quatre nages à Tokyo en 1964 (année où il fut le capitaine de l’équipe australienne de natation). Devenu entraîneur d’Antibes (et de Pierre Andraca) et entraîneur national en France dans les années 1970, il retourna en Australie où il milita pour la création d’un Institut National des Sports (à Canberra) sur le modèle français de l’INSEP de Paris. Membre du Comité olympique australien depuis 1989.

CE MYSTERIEUX DICKEY PLONGEAIT EN LONGUEUR

Lundi 15 Mai 2017

DICKEY [William (Eugene ou Paul)]. Natation. États-Unis.

On le dit né le 20 octobre 1874 et aussi le 13 octobre 1883. Est-il mort le 13 mai 1944 ou 17 février 1950 ? Cela dépend des sources. Certaines biographies l’affublent d’un deuxième prénom, Eugene, d’autres préfèrent Paul, et dans sa liste de 271 médaillés olympiques, le New York Athletic l’inscrit sous le patronyme de Percy Dickey. Peu de choses sures apparaissent de sa biographie (un peu à l’instar du Français Devendeville, vainqueur en 1900 d’un 60 mètres sous l’eau) et on lui attribue deux dates de décès, ce qui est trop pour un seul homme. Reste qu’il fut champion olympique 1904 du plongeon en distance (il s’agissait d’aller le plus loin possible, à partir du mouvement engagé dans le saut initial, la longueur de ce plongeon étant mesurée après une minute, le nageur n’ayant droit à effectuer le moindre mouvement après son entrée dans l’eau). Il l’emporta avec une longueur de 62 pieds 6 pouces (19,05m). Ce record olympique ne fut jamais battu, vu que le caractère folklorique de l’épreuve ne joua pas en faveur de sa reconduction.

GEORGE DICARLO, CHAMPION OLYMPIQUE MIRACULÉ DU 400 MÈTRES EN 1984

Éric LAHMY

Lundi 15 Mai 2017

POUR L’EMPORTER SUR 400 METRES AUX JEUX DE LOS ANGELES, EN 1984, GEORGE DI CARLO, USA, FUT AIDÉ PAR DEUX ÉVÈNEMENTS: L’ABSENCE DU « SOVIET SUPRÊME », VLADIMIR SALNIKOV, EMPÊCHÉ PAR UN BOYCOTT, ET L’ERREUR DE L’ALLEMAND THOMAS FAHRNER EN SÉRIES…

DICARLO [George Thomas]. Natation. (St Petersburg, Floride, 13 juillet 1963-). États-Unis. Champion olympique du 400 mètres, médaillé d’argent du 1500 mètres, aux Jeux de Los Angeles, en 1984.

Quelques instants après la victoire de Di Carlo, obtenue (dans le temps de 3’51’’23), devant John Mykkanen, USA, 3’51s49, et Justin Lemberg, Australie, 3’51s79, l’Allemand Thomas Fahrner, entraîné en France, à Lyon, et qui avait cherché à s’économiser dans les séries –il avait nagé un relais quatre fois 200 mètres éprouvant trois jours plus tôt – et s’était retrouvé premier éliminé de la finale avec un temps de 3’55s26 (dernier qualifié, le Français Franck Iacono, 3’55s07), nagea en finale de « consolation ». Décidé à aller plus vite que le vainqueur de la grande finale, Fahrner réussit  3’50’’91, record olympique, et montra qu’il aurait pu devenir champion olympique.

Mais on ne peut comparer, émotionnellement ou techniquement, une finale B jouée comme une tentative de record avec la course au titre. La tension, l’énervement, ne sont pas les mêmes. Fahrner va développer sa nage sans se soucier de la place (ses seconds finiront de sept à dix mètres derrière lui). En outre, la grande finale fut précédée d’un faux départ. DiCarlo, contrairement à ses habitudes, se lança assez vite (56s56 aux 100 mètres, 1’55s27 aux 200 mètres, 2’54s06 aux 300 mètres) et effectua une course en tête, semble-t-il pour se mettre à l’abri d’adversaires capables de revenir très fort ; cette stratégie s’avèrera gagnante, puisqu’il résistera aux retours menaçants de Mykkanen et Lemberg, non sans, lui-même, fournir un effort final méritoire, en 57s17. Sur 1500 mètres, malgré un temps d’engagement supérieur à celui d’O’Brien, DiCarlo fut largement battu par celui-ci, en 15’5s20 contre 15’10s59. Ce fut une relative contre-performance pour Dicarlo, à neuf secondes de son record américain, 15’1s51, établi aux sélections, et qui durerait seize ans. Il eut sans doute du mal à digérer sa victoire sur 400 mètres, avec toutes les obligations qu’elle signifiait, dans son pays.

S’il nait à Saint-Petersburg, en Floride, où a atterri sa mère, Marta, une hongroise qui a fui la dictature socviétique, franchissant le « rideau de fer » et choisissant la liberté en traversant le Danube à la nage (exploit prémonitoire ?), ses parents déménagent pour Denver, dans le Colorado, quand il a six ans. On le met à nager à cet âge, afin qu’il puisse surveiller sa jeune sœur, trois ans. « Mes parents durent payer à l’avance six mois de cours de natation. Au bout de trois mois, j’en eus assez et voulus quitter. Pas question, nous avons payé pour six mois, me dirent-ils. Au bout des six mois, ils me proposèrent d’arrêter. Mais c’était moi qui ne voulais plus », raconte-t-il. Il ne montrait pas de précoces dispositions pour la natation, mais son éthique de travail associé au flair et à la compétence d’un entraîneur de haute volée, Dick Jochums, qui avait emmené aux plus hauts honneurs Tim Shaw et Bruce Furniss, entre autres, dans les années 1970, vont faire des miracles. Comme, à dix-huit ans, il n’est pas encore assez fort, Jochums lui accorde seulement une demi-bourse de l’Université d’Arizona. Jochums a remarqué que les temps quelconques de DiCarlo ont été réalisés à Denver, dans le Colorado, où il nage habituellement, à une altitude de 1609 mètres, préjudiciable aux performances, surtout en demi-fond. Vainqueur du 1500 mètres et 2e du 400 mètres des sélections US pour les mondiaux de 1982, à Guayaquil, en Equateur, DiCarlo y termine 6e de ces deux épreuves. L’année olympique va lui permettre de changer de statut (avec l’aide, il est vrai, du boycott des Jeux de Los Angeles par les nations de l’Est, l’URSS et ses satellites). Il établit en mars 1984 deux records US des 500 yards en une journée, 4’16s33 et 4’15s36 (l’ancien record appartenait à Jeff Kostoff avec 4’16s39). Aux trials, il efface les records US de Brian Goodell établis en finales des Jeux de Montréal, avec 3’51s03 contre 3’51s93 et 15’1s51 contre 15’2s40. Dicarlo n’est pas un géant (1,79m, 74kg), mais un beau nageur, qui se propulse tout sur les bras et un battement minimal. En-dehors de son titre olympique, il est connu pour sa capacité à nager en accélération, en negative split.

Carrière achevée, George DiCarlo se diplômera en pharmacie et en chimie des Universités de Colorado, puis de Floride.

JOHN DEVITT, AUSTRALIE, VAINQUEUR CONTESTE DU 100 METRES OLYMPIQUE DE ROME

Eric LAHMY

Dimanche 15 Mai 2017

DEVITT [John Thomas]. Natation. (Granville, 4 février 1937-). Australie.

Nageur de sprint, il fut 2e du 100 mètres des Jeux de Melbourne (1956) derrière son compatriote Jon Henricks, beaucoup plus près que les chronos, 55’’4 et 55’’8, ne l’indiquaient. Il l’emporta quatre ans plus tard à Rome, où, cette fois, l’ordre d’arrivée donna lieu à une grosse polémique. Il est probable que Devitt, quoique couronné, ait en fait terminé second. à l’issue de la course, trois des six juges donnèrent Devitt vainqueur, les trois autres l’Américain Lance Larson. Les chronométreurs attribuèrent respectivement 55’’, 55’’1 et 55’’1 à Larson, et, trois fois, 55’’2 à Devitt. Et la machine à juger (officieuse) désigna Larson net vainqueur. En toute logique, celui-ci aurait dû être champion olympique. Malgré ces indices, le responsable des juges désigna Devitt qui reçut la médaille d’or. Larson, dont le temps fut ramené à 55’’2, reçut l’argent et les Américains ne cessèrent plus de protester, en vain, de cette décision.

Devitt aurait mérité mieux que ce succès doux-amer. Il avait dominé l’olympiade, battu en janvier 1957, le record du monde du 100 mètres en 54’’6, et, par deux fois, celui des 110 yards, en 55’’2 et 55’’1. Mais on sait que les titres olympiques, loin de distinguer la constance et la régularité dans l’effort, couronnent le mieux disant du jour donné,

Devitt n’était pas un styliste, il se distinguait pas l’extrême vélocité de ses mouvements de bras, laquelle compensait la faiblesse de son battement à deux temps. Ses chevilles manquaient de souplesse, disait-il, et il couvrait les 55 yards de battements en 1’10’. Devitt fut aussi champion olympique avec le relais 4 fois 200 mètres à Melbourne en 1956, 3e du relais à Rome en 1960. Il fut entraîné, pendant ses années olympiques, par Sam Herford, qui coachait également Murray Rose, à Sydney. Son premier entraîneur, Tom Penny, était un homme inventif. Après la Seconde Guerre mondiale, il n’y avait pas en Australie de piscine couverte et chauffée. Penny avait noté que l’eau du port de Sydney était utilisée pour refroidir les stations électriques pour leur éviter la surchauffe. L’eau, filtrée des déchets, était pompée via un canal dans les turbines, et, une fois utilisée, ressortait de l’autre côté, chaude. Penny installa son école de natation dans un carré, inscrit sous la jetée, où personne ne pouvait les voir. C’est ainsi que Devitt et ses équipiers purent s’entraîner dans un flux d’eau raisonnablement tempérée. Des bernacles et des huitres fleurissaient à l’endroit, et les nageurs portaient des sandales pour s’en protéger. Elles s’emplissaient d’eau, s’alourdissaient, et, dit Devitt « c’est ainsi que j’ai développé mon battement australien à deux temps qui m’a accompagné toute ma carrière. » Quand ils travaillaient long, les nageurs couvraient ce « bassin » improvisé sous forme d’un carré qui faisait environ quatre cents mètres. Ils nageaient une longueur contre le courant, la suivante de travers, la suivante aidés par le flux d’eau, la dernière de travers. Parfois, le courant d’eau chaude se tarissait, parfois le flux l’emportait, et la température de l’eau pouvait varier de 20°. « Le courant nous permit de développer de la force et de la puissance, et, quand il était favorable, nous l’utilisâmes pour apprendre à juger de notre vitesse… Penny trouva de l’autre côté de la station électrique un canal de 120 mètres dans lequel existait un fort courant. Il nous faisait nager contre le courant, nous laisser porter à notre point de départ où nous effectuions des virages culbute pour éviter d’avoir à nous frotter aux bernacles, ce qui nous apprit à négocier vite un virage. »

Son désir de se concentrer sur le sprint créa une situation de conflit avec Penny, et Devitt se mit à s’entraîner seul. Mais comme il régressait, songeant abandonner la compétition, il passa chez Herford.

John Devitt a effectué sa carrière professionnelle dans le sport – d’abord dans les affaires, puis comme dirigeant : il a été président de la Fédération australienne.

CHARLES DEVENDEVILLE, SOUS-MARIN, PREMIER CHAMPION OLYMPIQUE FRANCAIS

Dimanche 15 Mai 2017

DEVENDEVILLE (ou de VENDEVILLE) [Charles]. Natation. (Lesquin, 8 mars 1882-72 rue de l’Université, Reims, 19 septembre 1914). France.

Cent ans avant tous les inventeurs des glissades subaquatiques, un Français fit du sous-marin aux Jeux et y remporta de l’or olympique. Son nom? Charles Devendeville.

Nageur et joueur de water-polo, membre des Tritons lillois, il est, comme on l’oublie souvent, le premier champion olympique français de natation, cinquante-deux ans avant Jean Boiteux, dans une épreuve d’apnée sous-marine sans lendemain, la course sous-marine, en 1900, à Paris ; l’épreuve ajoute les mètres parcourus sous l’eau jusqu’à 60 mètres au temps passé sous l’eau. Devendeville nage la distance convenue et n’émerge qu’après 68’’4, trois secondes de plus que son compatriote André Six, lequel est médaillé d’argent. Dans une série d’anecdotes sur Courbevoie, on lit que la ville de l’Ouest parisien « accueillit les épreuves d’aviron, de natation et de water polo des Jeux Olympiques d’été de 1900 qui se déroulèrent sur un plan d’eau de la Seine. Un Français nommé Charles de Vendeville y remporta l’épreuve du plongeon au plus long trajet sous l’eau ! » Longtemps, aucun élément biographique certain sur Vendeville n’apparaissait. On le croyait né à Lille, dont les dossiers d’Etat civil disparurent dans un incendie. En fait, il était natif de Lesquin. Il connut un destin tragique puisque, soldat au 1er régiment d’infanterie basé à Cambrai, il meurt à Reims des suites de blessures de guerre reçues sur le champ de bataille. Eric Lahmy.

TAMA DEUTSCH, HONGRIE, DOSSISTE A MEDAILLE ET NAGEUR FANTÔME

Dimanche 15 Mai 2017

DEUTSCH [Tamas Gyorgy]. (Budapest, 4 décembre 1969-). Hongrie.

3e du 100 mètres dos et du 4×100 mètres 4 nages aux mondiaux 1994, 3e du 200 mètres dos des championnats du monde petit bassin 1995, il est aussi finaliste du 200 mètres dos des Jeux olympiques de Barcelone, en 1992 (7e, 2’0s06). Deutsch (1,89m, 80kg), entraîné pat Tamas Szechy, participa à trois Jeux olympiques et s’entraîna en Californie de 1992 à 1997. En 1996, il fut avec Attila Czene l’un des onze nageurs qualifiés aux Jeux olympiques d’Atlanta par leur fédération à la suite d’une compétition fantôme dans laquelle on leur attribua des temps inventés. Ces nageurs n’avaient pas réalisé les minima aux championnats et la Fédération trouva expédient de bidonner une compétition avec ses résultats… L’affaire provoqua un scandale et conduisit le président de la Fédération, Tamas Gyarfas, à démissionner (vingt ans avant que Katinka Hosszu ne provoque une deuxième fois son départ du poste). Pour leur défense, il était très difficile pour un nageur, en Hongrie, de s’attaquer aux officiels. Il devait obéir aux ordres de la fédération et des entraîneurs. Deutsch est le frère d’une actrice Anita Deutsch, il possède un parfait homonyme, de trois ans son aîné, qui devint ministre des sports entre 1999 et 2002. Eric Lahmy.

TSUYOSHI YAMANAKA (1939-2017), JAPON, RIVAL MALHEUREUX DE MURRAY ROSE ET ROI SANS COURONNE DU 200 METRES DES JEUX DE ROME (1960)

Eric LAHMY

Jeudi 28 Avril 2017

Tsuyoshi YAMANAKA (Wajima, Ishikawa, 18 janvier 1939-Tokyo, 10 février 2017) qui s’est éteint le mois dernier dans un hôpital de Tokyo, a peut-être été le plus grand nageur de libre japonais, avec Hironoshin Furuashi.

Il fut pendant six ans, de 1956 à 1961, le principal rival des Australiens et des Américains en demi-fond. Ses trois médailles d’argent individuelles olympiques – deux sur 400 mètres, une sur 1500 mètres – furent acquises toutes trois derrière l’Australien Murray Rose. Rose était né douze jours avant Yamanaka, le 6 janvier 1939, et lui disait en plaisantant qu’il devait toujours le laisser gagner en signe de respect pour un aîné. Sur 400 mètres, à Melbourne en 1956 et à Rome en 1960, Rose enleva l’or, facilement, avec les deux fois exactement 3’’1 d’avance sur Yamanaka. Sur 1500 mètres, à Melbourne, Yamanaka, était mené de quelques mètres quand il lança à cent mètres de l’arrivée un sprint final éblouissant qui parut menacer Rose. L’Australien réagit et l’emporta en 17’58’’9 contre 18’0’’3.

A Rome, quatre ans plus tard, Rose fut 2e du 1500 mètres derrière Konrads, loin devant Yamanaka, qui, après avoir nagé jusqu’au 1400 mètres de front avec George Breen, ne put résister au finish de celui-ci et termina 4e, perdant quatre secondes dans les cent derniers mètres.

Yamanaka, posté en 3e position du relais quatre fois 200 mètres des Jeux de Rome, réussit un parcours lancé en 2’0’’6, le plus rapide de la journée, qui lui permit de décramponner Murray Rose (2’2’’7) et de mettre le Japon à l’abri du retour de John Konrads, le plus fort australien, 2’1s3 lancé.

Yamanaka, qui avait établi plusieurs records du monde sur 200 mètres et un sur 400 mètres (4’16’’6 en 1959), se jura de « battre Murray Rose, une fois avant de mourir ». Son heure arriva en 1961, aux championnats des États-Unis auxquels ils participaient ; Murray Rose étudiait depuis 1958 à USC et Yamanaka, une fois diplômé (1960) de l’Université Waseda, l’avait rejoint pour nager sous la direction de Peter Daland. Rose avait fait l’impasse sur le 1500 mètres et nagea le 100 mètres, distance inhabituelle pour lui, où il rata d’un dixième la qualification en finale.

Yamanaka, présent sur 1500 mètres, nagea, lui, sa course en souplesse, termina sixième, se réservant manifestement pour ses duels sur ses meilleures distances, 200 mètres et 400 mètres. Sur 200 mètres, Rose et Yamanaka se qualifièrent en séries en battant le record américain. En finale, tous deux se marquèrent, puis à la sortie du dernier virage, se lancèrent dans un sprint furieux. Yamanaka l’emporta en 2’0’’4 (nouveau record du monde) contre 2’0’’9. Sur 400 mètres, Rose, contre son habitude, lança la course sur des bases élevées, passa en 28’’7 au 50 mètres, mais Yamanaka résista. Encore devancé d’un demi-mètre aux 350 mètres, il reprit l’ascendant dans le sprint final, l’emportant d’un bras, en 4’17’’5 (record US) contre 4’17’’8.

Après cela, Yamanaka ne nagea guère très sérieusement entre 1962 et le début 1964, quand il décida de tenter une dernière fois sa chance aux Jeux, qui se tenaient à Tokyo, au Japon. Il fut encore finaliste du 400 mètres (6e en 4’19’’1).

Il remporta en 1967 le 800 mètres « pré olympique » de Mexico à vingt huit ans. Yamanaka battit en tout 6 records mondiaux individuels. Sa malchance – outre le fait que sa carrière coïncida assez exactement avec celle de Murray Rose – fut que le 200 mètres, sa meilleure distance, ne fut pas disputée aux Jeux olympiques à son époque.

Il améliora les records du monde de la distance à cinq reprises : 2’3’’ (1958), 2’1’’5 (1959), 2’1’’2, 2’1’’1, 2’0’’4 (1961). En 1959, il amena le record du monde du 400 mètres à 4’16’’6. Il participa aux relais japonais recordmen du monde en 1959, en 8’21’’6 et 8’18’’7, et en 1963 (8’9’’8).

Yamanaka, assez petit de taille, mais très costaud (1,71m, 75kg) développa son talent au Japon. Il avait appris à nager en mer (du Japon), où sa mère, plongeuse professionnelle, vivait de la pêche des huitres et des coquillages. La petite histoire veut que, quand le jeune Tsuyoshi ne se concentrait plus sur sa technique ou musardait, son entraîneur lui lançait des cailloux sur le dos. Le nageur n’avait plus qu’à rectifier le tir… et à ramasser les cailloux à la fin de l’entraînement.

Méthode japonaise ou particularité du nageur, Yamanaka effectuait en 1956 un retour aérien des bras tendus, décrit comme « en ailes de moulin à vent » par un observateur, ce qui en fait un précurseur de Kristin Otto, de Janet Evans et de Michaël Klim ainsi que d’un grand nombre de stars du sprint du vingt-et-unième siècle. Son style évolua par la suite vers un arrondi du retour aérien des bras…

Diplômé des universités de Waseda et de Californie du Sud, il dirigea une école réputée de natation, l’Itoman d’Osaka.

En 1995, tenté par la politique, il se présenta (sans succès) à la chambre des conseillers (députés). 

YUI OHASHI, UNE COVER-GIRL JAPONAISE FRÔLANT L’ANOREXIE AU SOMMET DU 400 QUATRE NAGES MONDIAL

Éric LAHMY

Mardi 18 Avril 2017

Yui Ohashi, la gagnante des deux courses de quatre nages des championnats du Japon, est la grande inconnue de l’équipe nippone sélectionnée pour Budapest. Elle n’avait pu se qualifier pour les Jeux de Rio, malgré une place de podium, où elle apparaissait d’une demi-tête plus grande que ses compatriotes. Les Japonaises ne sont pas riches en gabarit, et elle mesure 1,74m. Elle est aussi extrêmement fine, et on se demande comment ses bras de mannequin frôlant l’anorexie peuvent la porter aussi rapidement sur l’eau. Lors de sa première année à l’université Tohyo, souffrant d’anémie, elle se fractura une rotule en heurtant une table de cuisine à la cafeteria.

Vu de France, il est assez difficile de savoir qui se cache derrière Yui Ohashi. D’une Américaine ou une Australienne qui aurait réussi ses performances, on saurait tout de ses sponsors, de sa famille, de ses débuts dans le sport, de ses premiers entraînements, de son parcours de club en club, de ses préférences alimentaires et autres détails factuels à défaut d’être croustillants. Mais allez gratter quelques infos sur la dernière coqueluche de la natation japonaise ! Comme son nom l’indique, le Soleil Levant se donne à ceux qui se lèvent (très) tôt !!

Elle est née le 18 octobre 1995, m’apprend telle source australienne. Quant à ses photos, elles trahissent une jeune fille au visage racé, au regard distancié, proprement ravissante.

SON COACH, NORIMASA HIRAI, EST LE GÉNIE DE LA NATATION JAPONAISE

Dans Kyodo News, une agence nippone qui arrose l’Asie de ses infos, le journaliste Shintaro Kano nous en donne plus. Il nous apprend pour commencer que Yui est l’élève du coach le plus réputé du Japon, Norimasa Hirai, entraîneur chef de l’équipe japonaise, indiscutable génie des eaux qui doit sa réputation à ses élèves vedettes : Kosuke Kitajima et Kosuke Hagino.  Autant dire que, depuis vingt ans, le meilleur nageur du Japon est chez lui !

Ohashi pourrait bien être sa prochaine championne olympique. La fille, Kano (pour nous, un vrai Kano de sauvetage) nous la présente comme ayant 21 ans,  merci bien. Son temps n’est pas seulement le record du Japon. C’est le record du Japon battu de trois secondes – 4’31s42 contre 4’34s66. Des choses qui ne se font plus beaucoup, ces derniers temps.

L’ancien record appartenait à Sakiko Shimizu depuis les séries des Jeux, où elle termina bonne dernière de la finale olympique avec 4’38s06. Shimizu l’avait précédée aux championnats du Japon 2016, et sur le podium, le visage mélancolique d’Ohashi, au côté de ceux, rayonnant de Shimizu et satisfait de Miho Takahashi, dénonçait laquelle des trois jeunes femmes ne partirait pas à Rio de Janeiro.

Un an plus tard, c’est Ohashi qui triomphe, et de belle façon : les deux « voyageuses » de 2016 ont fini six et huit secondes derrière elle.

SA NON-SÉLECTION OLYMPIQUE A RIO CONSTITUE LE TOURNANT DE SA CARRIÈRE

Ce que vaut ce nouveau record ? S’il reste à distance respectueuse de l’impressionnant monolithe de Katinka Hosszu, 4’26s36 en finale olympique de Rio, il soutient la comparaison avec les temps réalisés par les médaillées d’argent et de bronze de Rio – Maya Di Rado, 4’31s15 et Mireia Belmonte, 4’32s39.

Mais en 2017, Hosszu semble souffrir d’un petit coup de moins bien après ses exploits à répétition des saisons passée, et n’apparait qu’en 5e position sur les bilans mondiaux à neuf secondes de son record. Ohashi mène le monde, de la tête et des épaules, et sa seconde, Mireia Belmonte, pointe à 4’35s01.

A 20 ans, abordant sa quatrième année d’études à l’Université de Tohyo (créée voici deux siècles et haut lieu des études de philosophie), évincée de l’équipe olympique, Yui décida qu’elle n’en resterait pas là. « Je ne pouvais pas laisser tomber. Les championnats 2016, où je suis sortie médaillée, mais pas qualifiée, ont été un virage. J’ai passé l’année à m’assurer de ma qualification (pour Budapest). En février, je suis partie à Sierra Nevada, en Espagne, et je me suis entraînée pendant cinq semaines en altitude. Mes temps, là-bas, étaient bons, et je me préparais avec la détermination d’aller aux championnats du monde. Je me suis donnée à fond, et je crois que c’est ce qui m’a conduite au record. »

Elle poussa énormément sur son style faible, le papillon. Puis, retour d’Espagne, elle s’imposa à l’open Konami de Tokyo, un rendez-vous classique du début de saison, mais son exploit, 4’35s35, à 0s7 du record japonais, passa quelque peu inaperçu, au regard des performances dans d’autres courses des stars japonaises, Rikako Ikee, Daya Seto, Yasuhiro Koseki et Masato Sakai, sans parler du tout nouveau recordman du monde du 200 mètres brasse Ippei Watanabe.

A LA FOIS FORTE ET FRAGILE

Mais, aussi peu remarqué fut-il, ce résultat arma sa confiance… « Avant le Konami, raconte Norimasa Hirai, je lui annonçais qu’elle pouvait nager 4’35s, et elle ne me crut pas. Après la course, je revins vers elle et lui dit, désormais, de me croire quand je lui disais quelque chose. Aux championnats, je lui prédisais un possible 4’31s et c’est ce qu’elle a fait. » Pourtant, elle-même tablait sur un plus modeste 4’33s.

Kosouke Hagino, pour sa part, présente cette jeune fille comme une partenaire d’entraînement opportune : « j’ai depuis toujours dû m’entraîner seul pour les quatre nages, donc elle est bienvenue. »

Préparée prudemment, parce qu’à la fois forte et fragile, Yui accède brutalement à un statut supérieur. Hirai s’efforce de la protéger d’attentes excessives. Le Japon ne cesse de songer que les prochains Jeux olympiques se tiendront à Tokyo, avec tout ce que cela représente en termes d’enjeux émotionnels collectifs. « Le chemin ne sera pas aisé, insiste le coach désireux de dégonfler la bulle d’enthousiasme médiatique… Je pense qu’aux mondiaux de Budapest, elle saura se qualifier pour nager en finale et leur en donner pour leur argent. Après…Il lui faudra encore s’améliorer nettement en papillon et en dos, sans s’interdire de grappiller une seconde ou deux en brasse, voire en crawl. Alors seulement elle sera forte et on pourra attendre d’elle qu’elle rapporte une médaille, » dit-il.

La seule idée que cette cover-girl à la silhouette famélique pourrait surplomber sur un podium les tarzanesques Hosszu et Belmonte a quelque chose de réjouissant !