Catégorie : Biographies

CLARA « CLARE » DENNIS, AUSTRALIE, GOLDEN GIRL DES ANNEES ’30

Eric LAHMY

Dimanche 25 septembre 2016

DENNIS [Clara, « Clare »]. Natation. (Burwood, Nouvelles-Galles-du-Sud, 7 mars 1916-Manly, 5 juin 1971). Australie. Championne olympique du 200 mètres brasse (3’6’’3) aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1932, championne du Commonwealth en 1934, recordwoman du monde du 100 et du 200 mètres brasse, championne d’Australie en 1931, 1933, 1934 et 1935, et recordwoman des Etats-Unis, Clare Dennis nage dans une époque où le programme de natation est balbutiant : pas de championnats du monde (qui débuteront en 1973, deux ans après sa mort, à 55 ans).

Elle constitue aussi à elle seule une époque de la natation australienne. Entre les deux grandes périodes des antipodes, celle qui part des années 1880 et couvre les quinze premières années du 20e siècle, et celle qui va de 1956 à aujourd’hui, il y a un creux que Clara Dennis parait devoir combler à elle toute seule.

Troisième d’une famille de six enfants, elle a sept ans quand ses parents (son père, Alec, est officier de police) s’aperçoivent qu’elle est beaucoup plus intéressée par le sport (ainsi le cricket où elle n’hésite pas à affronter les garçons) que par les études.

C’est un « tomboy », un garçon manqué, pleine d’énergie, et elle veut accompagner son père où qu’il aille. Celui-ci accepte à condition qu’elle apprenne à nager (ils vivent devant la plage de Clovelly, un faubourg de Sydney, autant dire que les plaisirs aquatiques y sont nombreux et les risques de noyade réels). Alec a été un bon nageur. D’entrée, Clara se met à nager en chien. Elle rejoint sa sœur ainée Thora au club féminin, le Sydney Ladies’ Swimming Club [Thora a été sélectionnée pour les Jeux de 1928, mais n’a pu s’y rendre, on a estimé qu’elle était trop jeune pour un si long voyage].

Pour ce faire, Clare a dû suivre l’injonction paternelle, et traverser la baie de Clovelly par ses propres moyens. Clare triche un peu, effectue une partie de la distance avec un pied sur le sol. Une fois au club, on la livre d’emblée à un bassin de 33 yards, où elle patauge et manque de couler après quelques mètres.

Les dix années qui suivent ces débuts on ne peut moins fracassants, Clare gagne de nombreuses courses, et cela toujours en « crawl ». Déclassée pour avoir interféré avec d’autres nageurs pour le titre des Nouvelles Galles du Sud qui se jouait aux Ramsgate Baths de Sydney comme presque toujours au bord de la mer (un courant avait causé une dérive de plusieurs nageurs).

Frustrée, désireuse d’enlever une course, elle s’engage sur un 220 yards brasse, à Bondi, et découvre ainsi par hasard quel est son meilleur  style. Elle touche la première, est encore disqualifiée pour avoir touché le mur d’arrivée d’une seule main, atavisme de crawleuse dont elle devra se débarrasser dans le style des grenouilles. Malgré cela, elle a nagé plus vite que le record de l’Etat, c’est donc un coup d’essai, coup de maître, et la révélation d’un talent spécifique…

Au cours de la saison 1931-32, elle domine les courses de brasse en Australie, et n’a pas encore seize ans quand elle bat, le 18 janvier 1932, le record du monde du 200 en 3’8s4 (en bassin de 25 mètres). Ce fait la qualifie pour les Jeux de Los Angeles. Trois mois plus tard, l’Allemande Lisa Rocke nage la distance en 3’8s2 (mais ne sera pas envoyée aux Jeux de Los Angeles) mais c’est surtout Else Jacobsen qui fait la différence, nageant 3’3s4 à Stockholm  le 11 mai dans un bassin de 25 yards.

Clare se rend aux Jeux sur un fond alimenté par son père et ses collègues de la police locale…

Arrivée sur les lieux, Clare doit guérir d’une balafre à un pied qu’elle s’est donnée en heurtant un plot et qui s’infecte chaque fois qu’elle va dans l’eau. Elle nage pas pendant dix jours, puis reprend sa préparation à raison de deux séances par jour.

Clare bat le record olympique en séries (3’8’’2). Elle a manqué d’un rien la disqualification. On lui reproche de porter un costume de bain (Speedo) qui est jugé non réglementaire, parce qu’il montrerait trop les épaules. Comme quoi, chaque époque a ses soucis avec les tenues de bain…

Après cette qualification facile, Buster Crabbe, le meilleur nageur US de l’époque, champion olympique sur 400 mètres, qui a l’œil, a remarqué cette grande fille, vite célèbre en Australie pour sa beauté athlétique, et noté qu’elle dispose d’une nage rapide mais ignore tout des finesses du départ et du virage, où elle laisse de précieuses secondes. Il la conseille. Après le plongeon, il lui dit d’effectuer trois brasses sous l’eau. Il lui conseille aussi de nager devant, de passer à chaque virage en tête pour impressionner ses adversaires.

La finale se réduit pendant plus de cent cinquante mètres à un duel entre elle-même et la toute jeune recordwoman du monde danoise Else Jacobsen, douze ans, qui restera la plus jeune médaillée de l’histoire de la natation. Dans la dernière longueur, Jacobsen faiblit légèrement, est passée par la Japonaise Hideko Maehata qui attaque.

Clare Dennis l’emporte d’un dixième, 3’6’’3 contre 3’6’’4. C’est la meilleure performance mondiale en grand bassin. En 1933, Clare, qui travaille dans un grand magasin, continue de nager, et bat le record du monde des 100 brasse, le 14 février à Unley (bassin de 33 yards 33), avec 1’24s6, effaçant le temps, 1’26s d’Else Jacobsen, des tablettes.

Elle bat aussi le record australien des 220 yards en 3’9s2. En août 1934, retenue dans l’équipe qui dispute les Jeux de l’Empire britannique, elle domine très largement le 200 yards brasse, en 2’50s2, et devient la première Australienne championne du Commonwealth.

Quoique toujours dans le coup, elle n’est pas retenue dans l’équipe olympique qui dispute les Jeux de 1936 à Berlin, au grand dam de l’opinion. Elle décide alors de devenir entraîneur professionnelle de natation, un métier qu’elle partage avec celui de masseuse ; elle ouvrira  également  deux salons de coiffure, à Clovelly et à Henley.

Le 12 décembre 1942, elle épouse George Golding, un ancien athlète, concurrent du 400 mètres olympique, devenu enquêteur de police, qu’elle a rencontré six ans plus tôt aux Jeux de Los Angeles. Ils n’auront pas d’enfants. Elle disparait précocement, victime d’un cancer.

Clare Dennis est la belle-sœur de Sam Herford, l’un des entraîneurs vedettes des années 1950 (coach de John Devitt et Murray Rose) que sa sœur Thora a épousé en 1939, et la tante de Gary (aviron) et Kim (natation) Herford.

HELENA DENDEBEROVA, NAGEUSE COMPLETE SOVIETIQUE

DENDEBEROVA [Helena]. (Saint-Petersbourg, 4 mai 1969-) . URSS. Nageuse de haute taille et  robuste, 1,81m, 75kg, elle est médaillée d’argent du 200 mètres 4 nages des mondiaux 1986 à Madrid et des Jeux olympiques de Séoul, en 1988, pour l’Union soviétique et l’ « équipe unifiée ».

Elle apparait aux championnats d’Europe 1985, à Sofia, dans le relais argenté quatre fois 100 mètres quatre nages. Elle y assure le parcours de crawl, et arrache aussi le bronze sur 400 libre. Un an plus tard, aux mondiaux de Madrid, elle parvient à s’intercaler, sur 200 mètres quatre nages (argent), entre les deux Allemandes de l’Est, Kristin Otto et Kathleen Nord. En 1987, les championnats d’Europe de Strasbourg sont un véritable festival de « dopées », avec onze titres individuels et les trois relais féminins à la RDA, deux à des nageuses roumaines entraînées à Baia Mare dont l’une, Noemi Lung (4’40s61 à Strasbourg), gagnante du 400 mètres quatre nages), ayant choisi la liberté lors d’un déplacement en France, exposa les perversités du système, Dendeberova [dont nous n’avons certes aucune preuve de la « propreté »] enleva l’argent en 4’42s62  sur 400 mètres quatre nages. Aux jeux olympiques de Séoul, en 1988, elle est encore sur un podium, celui du 200 mètres quatre nages, derrière une nouvelle allemande de l’Est, Daniela Hunger, en 2’13s31 contre 2’12s59, et devant Noémie Lung. En 1992, membre de l’ex-équipe soviétique devenue « équipe unifiée », elle est 9e (1ere de la finale B) sur 200 mètres libre, en 2’0s09, 4e sur 200 mètres quatre nages, et participe au relais quatre fois 100 mètres libre (4e).

Epouse du dossiste Viktor Kouznetsov.

JACQUELINE DELORD

DELORD [Jacqueline]. Natation. (Toulouse, 29 janvier 1970-). France. Entraînée au DTOEC de Toulouse par Lucien Lacoste, cette nageuse de papillon, longtemps barrée par Catherine Plewinski, put, malgré des ennuis de santé, honorer 17 sélections, dont trois aux Jeux olympiques – Séoul 1988, Barcelone 1992 et Atlanta 1996 -, cinq aux championnats d’Europe – Strasbourg 1987, Bonn 1989, Athènes 1991, Sheffield 1993, Vienne 1995 -, deux aux championnats du monde – Perth 1991, Rome 1994. 4e européenne sur 100 mètres papillon en 1989, elle remporta le 100 mètres papillon des Jeux Méditerranéens en 1987. Elle est devenue enseignante à l’INSEP de Paris, formatrice pour les brevets d’Etat, et se présente comme experte en réathlétisation et préparation physique aquatique. E.L.

RICK DEMONT, USA, LE FAUX DOPÉ, FUT TRAHI PAR SON COMITÉ OLYMPIQUE

Eric LAHMY

Dimanche 25 septembre 2016

DEMONT [Richard James, « Rick »]. Natation. (San Francisco, Californie, 21 avril 1956-). États-Unis. Ce nageur de demi-fond détint pendant trois jours le titre de champion olympique du 400 mètres nage libre, avant d’en être privé pour cause de dopage.

Rick DeMont, révélation de l’année 2012 à l’âge de seize ans, était un superbe styliste au physique encore adolescent (1,80m, 68 kg), qu’entraînait Dan Swartz au Northern California Marin Aquatic Club ; ce nageur de San Rafael avait enlevé l’épreuve à Munich, en 1972, battant d’un centième de seconde, en 4’0.26 contre 4’0.27 l’Australien Bradford Cooper.

Quatre jours après, DeMont qui s’était qualifié sur 1500 mètres, se vit interdire l’accès à la finale de cette course et retirer son titre du 400 mètres. DeMont avait en effet été convaincu d’avoir pris de l’éphédrine, une substance prohibée contenue dans un médicament pour calmer les crises d’asthme, une maladie dont il avait souffert depuis sa plus tendre enfance.

Les autorités américaines, que Rick DeMont avait informées de ses ennuis de santé et des produits qu’il prenait, furent blâmées pour n’avoir pas prescrit à leur champion un produit alternatif. Le médecin n’avait même pas pris soin de lire la fiche où le nageur avait exposé son cas dans tous ses détails ! La Fédération Internationale de Natation fut forcée de déclasser DeMont, d’attribuer le titre olympique à Cooper et d’interdire à l’Américain de nager le 1500 mètres, course dont il avait établi le record du monde plus tôt en saison aux sélections US, en 15’52s91, et était largement le favori.

L’année suivante, DeMont devança à nouveau Cooper dans le 400 mètres des premiers championnats du monde de natation, à Belgrade, en 3’58’’18 contre 3’58’’70, grâce à un finish splendide. Il devint ainsi le premier homme au monde à nager la distance en moins de 4 minutes. Il termina, toujours à Belgrade, deuxième du 1500 mètres derrière un autre Australien, Stephen Holland, dans un temps qui améliorait le record du monde. Holland, qui avait amené le dit record à 15’37s8 à Brisbane début août, nagea à Belgrade en 15’31s85, DeMont en 15’35s44 (record US)…

DeMont ne devait plus retrouver par la suite une forme équivalente. En devenant adulte, il avait grandi et forci. Il mesurait 1,85m à Belgrade en 1973, et atteint plus tard 1,88m pour 84kg ; dès lors, son rapport poids-puissance était devenu moins favorable à des résultats en demi-fond. Il fut distancé dès 1974 par la nouvelle vague du demi-fond, emmenée par Tim Shaw.

Il semble que sa mésaventure olympique l’ait blessé profondément. Les témoins racontent que Rick promenait une silhouette désabusée, attristée, sur les bassins pendant ces années. En 1976, il tenta en vain sa chance aux sélections olympiques.

Il s’aventura ensuite sur les distances courtes, où il réussit quelques belles performances, devenant en 1977 l’un des meilleurs sinon le meilleur spécialiste mondial sur 200 mètres, et lança le relais quatre fois 100 mètres record du monde (3’21’’21), avec Joseph Bottom, James Montgomery et Jack Babashoff, le 28 août 1977 à Berlin-Ouest. L’année suivante, malade, son asthme devenant de plus en plus prégnant, il décida de ne pas nager pour sa dernière année universitaire. Installé à Phoenix, dans l’Arizona, Rick De Mont devint entraîneur de natation et peintre (paysagiste) pendant ses loisirs; il fut assistant entraîneur de l’équipe sud-africaine aux Jeux d’Athènes en 2004 et aux Jeux de Pékin en 2008 ; en 2014, après avoir été assistant, depuis 24 ans, de l’équipe des Arizona Wildcats, DeMont fut nommé entraîneur chef (head coach) de l’Université d’Arizona. Il fit en 2015 partie de l’encadrement de l’équipe US de natation aux championnats du monde de Kazan.

En 2001, vingt-neuf ans après les faits, le Comité olympique américain admit qu’il avait fauté concernant les informations que Rick DeMont lui avait données, et fit appel (jamais trop tard!) de la disqualification de 1972.

Pendant ce temps, les médecins olympiques, appuyés par l’institution, refusèrent d’admettre leur faute et rejetèrent les torts sur le nageur. Comme quoi, l’athlète, dans le monde du sport, apparait souvent comme la dernière roue du carrosse, ou comme l’âne de la fable.

LES MILLE VIES DE CLAUDE LEPAGE (1927-2016)

NAGEUR, ENSEIGNANT, JUDOKA, CHARPENTIER, FRANC-MAÇON, SKIEUR NATURISTE, ÉCRIVAIN, PHILOSOPHE  ET CHIC TYPE DEVANT L’ÉTERNEL

Éric LAHMY

Jeudi 25 août 2016

Mort le 15 août dernier à 13 heures, à 89 ans, des suites d’une longue maladie, Claude Lepage (né le 12 janvier 1927)  est connu dans la natation pour avoir été CTR de Bretagne. Mais il était beaucoup plus que cela. Je m’en souviens comme d’un homme de taille moyenne, visage rond, peau parcheminée, yeux bleus vifs, rieurs, qui irradiait l’enthousiasme. Son mental était insubmersible et, la veille de sa mort, rapporte son fils aîné, « il faisait des repoussés sur son fauteuil ‘’pour ne pas trop perdre’’. » Il a été enterré à Saint-Pierre de Plesguen (Côtes d’Armor).

Tous ceux qui ont connu Claude s’en souviennent comme d’un personnage atypique, extrêmement original. Pour Michèle Guizien, l’épouse de l’ancien entraîneur de Font-Romeu et d’Antibes, qui l’avait rencontré à travers son mari « c’était un homme très intéressant ; il m’avait marqué, parce qu’il connaissait énormément de choses dans divers domaines, et était d’une grande gentillesse ». Il  est le neveu de Marius Lepage, un écrivain, franc-maçon au Grand Orient de France avant de passer à la Grande Loge nationale française, et penseur de la franc-maçonnerie. Marius est aussi nageur et capitaine de l’équipe de water-polo du Stade Lavallois, à laquelle appartient également son frère, le père éponyme de Claude.

A la déclaration de guerre, Marius rejoint le front, Claude (le père), quoique grave accidenté du travail, s’apprête à rejoindre Narvik en corps expéditionnaire quand survient la débâcle. Claude (le fils), 13 ans, est chargé de mettre en lieu sûr l’ensemble des documents maçonniques de la Loge Volney. Pendant la guerre, il pratique plusieurs métiers avant de devenir Compagnon Charpentiers des Devoirs du Tour de France. Il lui faut pour cela réaliser un chef d’œuvre. C’est un escalier en colimaçon que ceux qui ont pu le voir qualifient de « superbe » (Patrice Prokop, le Directeur technique national de 1982 à 1994) ou d’ « extraordinaire » (Michèle Guizien). C’est lui-même qui dessinera plus tard les plans de sa maison, en Y, dans un lieu arboré, comme en pleine nature, sans voisins ni vis-à-vis. Parallèlement aux métiers qu’il exerçait, il était flûte traversière à l’orchestre philarmonique de Laval, dessinait, avait fondé le club « Sauveteurs Mayennais » dont la devise était Même au péril de ta vie

Initié dans la loge franc-maçonne familiale en 1945, Il épouse en 1953 Paulette, ceinture noire de judo qui enseigne la voie de la souplesse dans les écoles. La légende veut que, ce jour là, chef de troupe chez les scouts, on doit le chercher dans les bois parce qu’il a oublié qu’il se mariait ! Paulette dément. Ils auront trois fils, Claude (1953), Yann (1955) et Gilles (1956). En 1961, il suivra son oncle fâché avec le Grand Orient à la Loge Ambroise Paré.

UN CÔTÉ DRUIDE IMPROBABLE DE LA NATATION

Il est à l’origine du Judo-Club de Laval en 1950, et de Dinan en 1967. En 1961, il enseigne le sport à Laval. Entré à la Jeunesse et sports de Mayenne, il trouve une situation stable qui lui permet de se retrouver en famille. Inventif, il crée des matériels de sports : des buts de football, une rampe de plongée sous-marine, une table de référence pour la répartition des engagements cardiaques. Le voilà bombardé en 1965 Conseiller Technique Régional Natation et Sauvetage pour l’Académie de Rennes et la 3e région militaire. Vers 2007, il s’engage dans une nouvelle réflexion sur « l’enfantement de l’ère des cathédrales. »

Il partage ses passions entre le judo et la natation. Mais surtout, dit son ami René Schoch, 90 ans, qui était CTR du Lyonnais, « il ne s’arrêtait jamais ». Si l’homme est un projet, Lepage en vaut mille, car c’est le nombre de ses projets. Il avait mis au point la première table de cotation de natation, mettant en parallèle les résultats sur toutes les distance en fonction de ce qu’on savait des qualités physiques, aérobie et autres… En 1973, il publie « Initiation à l’entraînement en natation », ouvrage qui inclut la table Lepage. Il rédigera ensuite  la natation de 8 à 88 ans, toujours avec la table Lepage, et prône l’équilibre de course. Il est également l’auteur, en 2008, de « Jigoro Kano, un grand initié »,  sur l’inventeur japonais du judo. Pour mieux connaître son sujet, il se rend au Japon. En 1998, il fait quasiment le tour du pays, visite les lieux mythiques de la fondation de cet art martial, rencontre le maître Abe qu’il avait connu en 1950 à Toulouse. Les hôtels sont hors de prix, il dort donc avec les clochards et les chats dans un parc public. Il a soixante-et-onze ans…

PHILOSOPHIE ET BAINS GLACÉS

Mais c’est en Inde qu’il en bave le plus. A la recherche de Bouddah, il se retrouve à Katmandou. Marqué par l’indicible misère de ce pays qu’il quadrille « tout seul et le plus souvent à pied. Il se blesse, son pied s’infecte. Il faut l’hospitaliser, septicémie. » A peine sorti de l’hôpital, il s’en va entraîner pendant un mois le club de Saint-Laurent, en Guyane, en plein soleil de midi. 

C’est (comme Joahnn Wolfgang von Goethe) un fervent du bain glacé qui, dès 1946, organise une rituelle Coupe de Noël parmi les glaçons de la Mayenne et au Mans, et incorpore cette pratique dans son enseignement : « A Dinard, raconte Le Bihan, depuis 1970, il dirige à chaque Noël des stages de préparation des maîtres-nageurs-sauveteurs. Le stage se termine par un exercice de nage en mer – en Bretagne en hiver ! – et comme ça ne suffit pas, il exige que ses élèves passent sous une péniche afin d’apprendre à ne pas avoir peur sous l’eau. Là, on put dire que ses maîtres nageurs avaient passé le vrai diplôme, et pas à potasser dans des livres. »

M.N.S. à Palaiseau « mais avant tout entraîneur notamment au Mans dans les baignades des Pingouins de l’Huisne puis du C. O. Pontlieu, témoigne son aîné, Claude. C’est là qu’il établi les bases de ses principes d’entraînement. Il obtenait de remarquables résultats malgré les conditions  pénibles –température moyenne de l’eau 15,9 sur l’été. Le Sauvetage était également son centre d’intérêt, et il eut des nageuses sélectionnées aux Championnats d’Europe. » En 1965, il est directeur de la piscine Foch, à Brest. « Un ratage complet, mais un bon bassin », se souvient son aîné, qu’il a commencé à entraîner lors des tests d’étanchéité du bassin, avec entrainement tous les jours y compris le dimanche, deux fois, toute l’année ! Un an après avoir fondé la section natation du GMAP, le club de plongée de Brest, d’apnée et de nages avec palmes, il l’amène à la 6e place des clubs français. Devenu CTR en 1967, il lance les formations de MNS-éducateurs fédéraux pour répondre aux constructions de piscines, organise à Coëtquidan et Dinard des stages  régionaux de perfectionnement  de nageurs en  Septembre, à Noël et Pâques ; 80 nageurs environ y participent, à raison de deux à trois séances de natation par jour plus équitation, escrime, tir, course à pieds et parcours divers.

Son originalité de principe se retrouve dans son entraînement. Quand la séance est mal réalisée, il la refait faire. C’est aux nageurs de donner leurs temps dans les séries – une façon de mieux se connaître et intérioriser sa valeur. Ce qui fait dire à son fils qu’il « ne comprend  pas certains nageurs de haut niveau, dépendants. » Son enseignement de judo est également marqué par un respect des codes, « on commençait par ceinture ficelle, examen en japonais avec traduction et démonstration à gauche et à droite  pour ceinture blanche », explique Claude junior.

UN LAPON VENU DE NORVÈGE AVEC SON TROUPEAU DE RENNES

A Font-Romeu, il skiait l’hiver en short et torse nu. Schoch raconte aux gens qui s’étonnent de voir cet original qui trace sur la neige poitrail au vent que c’est en fait un Lapon venu de Norvège avec son troupeau de rennes. « Un jour, se souvient encore Schoch, on ne le voyait plus, et je me suis dit : « on rentre. » Marcel Ballereau, qui était avec moi, me dit : « pas question sans Claude. » On se met donc à le chercher, on voit des gens, on leur demande s’ils n’ont pas vu un esquimau, et on finit par le retrouver ; il s’était engouffré avec ses skis dans les branches d’un sapin dont il ne parvenait pas à se dépêtrer. »

Un jour, appelé en consultation en présence du préfet et de toutes les autorités intéressées au sujet de la construction d’une piscine à Brest, son directeur régional, qu’il accompagne et qui se méfie de son tempérament, lui recommande de surtout ne rien dire, sauf, ajoute-t-il, « si on vous le demande. » A la fin de la réunion, il n’a pas dit mot, quand un intervenant lui demande ce qu’il en pense. « Oui ! Tout à fait nul », rétorque-t-il tranquillement. Il est en fait braqué contre ces mini-baquets amovibles qu’il juge représenter une solution très insuffisante. Alerté par les huiles furibardes, le (légendaire) colonel Crespin, directeur des sports du Ministère, le convoque à Paris. Claude arrive rue de Châteaudun, au siège du Ministère, en chaussettes. Comme il vit pieds nus, il a oublié – ou pas jugé bon – de prendre des chaussures. D’ailleurs, il ne se déplace qu’en tongs. « Crespin, finalement, ne l’enguirlande pas trop, parce que Lepage, sur le fond, n’a pas trop tort, » raconte Schoch.

« PAS DE CLIM’ ! IL FAUT VIVRE AVEC LA NATURE »

A l’issue d’un stage aux USA où il se trouve en compagnie de Ginette Sendral-Jany, Pierre Balthassat (CTR de Lorraine qui l’a précédé dans la mort de quelques jours), Schoch et Catherine Grojean, ses compagnons se souviennent particulièrement de lui. « Un jour, raconte Schoch, nous avions loué une grosse voiture, et roulions à six dedans. Il faisait une chaleur épouvantable. J’avais beau mettre la climatisation, elle ne fonctionnait pas. On étouffait. Là, je me retourne, et je vois mon Claude qui avait baissé sa vite et me dit : « pas de clim’, il faut vivre avec la nature. »

Toujours lors du stage chez James Counsilman, il continue de se distinguer. Dans la piscine, raconte Catherine Grojean, il furète, s’affaire, mesure tout, la longueur et la largeur du bassin en yards. Counsilman s’étonne : « qu’est-ce qu’il fait là, cet indien. » « Doc », sans le savoir, a rejoint le sobriquet qu’on a donné en France à notre héros : le Mohican.

Il trouve une vraie complicité avec Raymond Catteau, le nordiste qui, au-delà d’une terminologie parfois fumeuse, a su libérer, après-guerre l’enseignement de la natation aux jeunes enfants de tout un matériel, les gilets, les planches qu’il rend obsolètes, et fait connaître la capacité de l’homme à flotter naturellement. Catteau et Lepage débattent longuement sur ces sujets d’enseignement et resteront amis, se verront régulièrement. Pendant les dernières années de sa carrière, il fera également bon ménage avec Patrice Prokop, quand tous deux sont conseillers techniques de Bretagne.

Toujours selon Schoch, Claude était « folklorique, mais sérieux. »  Il s’intéressait plus à la formation qu’à la haute compétition et, selon Jean-Pierre Le Bihan, « préférait former cent nageurs à 1’5s que dix nageurs à 1 minute » Même son de cloche chez Catherine Grojean qui vante sa compétence : « c’était un pionnier, curieux de tout. Il avait étudié la psycho-morphologie et vous expliquait qu’avec tel crâne, untel était finnois, ou breton. Il avait quand même un côté improbable druide de la natation. Par exemple, il a beaucoup travaillé avec Jacques Meslier. Tous deux faisaient partie d’une époque où l’on se posait beaucoup de questions. »

Le drame de sa vie sera l’accident qui rendra son aîné Claude paralysé. Le garçon a du talent, et Lucien Zins lui reconnait un potentiel de grand nageur. Un jour, par bravade, il tente de passer sur sa mobylette sous la barrière d’un passage à niveau et rate son coup. Cervicales atteintes, il passera sa vie dans un fauteuil, mais, fidèle à la tradition Lepage, ne se laissera pas abattre. Son père y veille : « Je lui dos deux vies, la première comme tout le monde, la seconde après mon  accident (en allant au travail par un temps exécrable). Tétraplégique, après une lettre d’encouragement, il m’a concocté un programme de natation auprès desquels ceux que j’avais connu comme sportif  était de la « gnognotte » ; je suis pratiquement le seul survivant de cette époque 76,  et j’ai passé le BEE 2 en 86.  J’ai entraîné 29 ans. Perfectionnement à national, natation, palme, et j’ai lancé des triathlètes… Papa fut le « dernier des Mohicans »  un guerrier au quotidien… »

FORBES CARLILE, 1921-2016, PIONNIER DE LA RÉVOLUTION AUSTRALIENNE

Éric LAHMY

Jeudi 4 août 2016

ENSEIGNANT EN PHYSIOLOGIE, INVENTEUR, ECRIVAIN PROLIFIQUE, TECHNICIEN AVISE, SYNDICALISTE TEIGNEUX ET ENTRAÎNEUR A SUCCES, FORBES CARLILE A VECU MILLE VIE EN PRES D’UN SIECLE DE NATATION…, 

Mort ce 2 août 2016, quelques jours donc avant l’ouverture des Jeux olympiques de Rio, Forbes Carlile avait été l’entraîneur de l’équipe de natation australienne aux Jeux de Londres, en 1948, quatre ans avant de concourir aux Jeux d’Helsinki dans les épreuves de pentathlon moderne. D’aucuns prétendent qu’il fut la seule personne à avoir entraîné avant de participer comment concurrent, lui-même, aux Jeux olympiques. Il dut cette incongruité à une dispute avec la Fédération de natation. Celle-ci ne l’ayant pas sélectionné comme coach, il se sélectionna comme athlète…

Il était aussi le doyen des sélectionnés olympiques australiens.

Bien au-delà de ces pittoresques distinctions, Forbes Carlile, né le 3 juin 1921 à Armadale (Melbourne), dans l’Etat de Victoria, fut bien autre chose : l’un des plus grands entraîneurs de natation de son pays ainsi que l’un des pionniers qui amenèrent l’Australie à détenir, en 1956, la première équipe de natation du monde.

Le 2 juin, il avait fêté ses 58 ans de mariage avec Ursula, qui, tout ce temps, fut sa compagne et sa collaboratrice attitrée. On ne pouvait imaginer Forbes sans Ursula, et quand la silhouette du premier d’entre eux se dessinait au bord d’un bassin, l’autre n’était pas loin, et ils paraissaient alors aussi affairés l’un que l’autre. Ils s’étaient d’ailleurs connus tout près d’une ligne d’eau et elle avait été son assistante six ou sept ans avant qu’ils ne s’épousent. A Ryde (Sydney) où ils officièrent pendant cinq décennies et demie, elle dirigeait l’école de natation et il préparait les ténors aux compétitions.

L’an passé, il avait déclaré au Weekly Times que s’il lui était possible de revivre sa vie, il ne changerait pas grand’ chose, vu qu’il avait eu exactement ce qu’il voulait : un métier de liberté, où il avait pu se déplacer à sa guise. Son seul regret, avec l’âge, était de ne plus pouvoir suivre les meetings. « Mais nous avons la première école de natation d’Australie et c’est ma fierté. »

Sa plus brillante élève, Shane Gould, a pu témoigner combien la passion était restée intacte chez Forbes. Il y a seulement quelques années, il avait allègrement dépassé les 80 printemps, quand elle le retrouva, surprise (!) au Pays de Galles, avec Ursula bien entendu, dans un meeting. Shane Gould s’y trouvait parce que son mari, Mitt Nelms, un célèbre maître de nage qui a travaillé avec Ian Thorpe, Natalie Coughlin, Dara Torres, Alexandre Popov, etc., avait été convié pour tenir une conférence. Surprise donc de voir Forbes. Mais surprise aussi, pendant ce modeste meeting, de voir Carlile suivre chaque course, inscrire furieusement des notes dans un calepin, récupérer puis disséquer les feuilles de résultats, se conduire comme un coach junior !

L’UN DES PREMIERS ENTRAÎNEURS SCIENTIFIQUES

Après des études secondaires  au Scots College de Sydney, Carlile désirait devenir médecin, mais tomba dans les pommes pendant une opération, et changea donc d’orientation. Il suivit, à l’Université de Sydney, les cours du professeur Frank Cotton sur la physiologie humaine, et obtint son mastère en sciences avant d’y enseigner à son tour. C’est là qu’il développa des concepts jusqu’alors assez peu documentés sur l’entraînement des sportifs, ainsi sur le travail aux intervalles, créa le cahier d’entraînement, effectua sans doute les premiers tests de fréquences cardiaques, mesura les effets de l’entraînement sous effort. Il étudia particulièrement les phases de repolarisation du ventricule chez l’athlète (onde T), défendit les théories de l’égalité d’allure lesquelles étaient on ne peut moins respectées alors, et promulgua l’utilisation du battement à deux temps sur les longues distances en natation. Il promut l’échauffement, aya soumis ses nageurs à des séances chronométrées avec ou sans une douche chaude, et trouvé une différence d’un pour cent en faveur… de la douche chaude ! Il inventa le chronomètre mural, élément considéré désormais indispensable au nageur à l’entraînement pour connaître sa vitesse de nage.

ENTRAÎNEUR OLYMPIQUE EN 1948  

Carlile, comme entraîneur, avait essayé d’abord de mettre en pratique ses connaissances, dès 1944, dans le bassin d’Enfeld, un faubourg de l’ouest de Sydney, sur deux jeunes écoliers de l’école secondaire de garçons de Canterbury. Puis il installa ses pénates, en 1946, dans une piscine naturelle, creusée dans les rochers, à Palm Beach, au nord de Sydney. Les succès qu’il y forgea lui permirent d’être désigné comme entraîneur dans l’équipe olympique des Jeux olympiques de Londres en 1948. Son premier nageur vedette, John Davies, échoua pour la médaille de bronze du 200 mètres brasse alors qu’il avait nagé deux dixièmes de seconde plus vite que le médaillé de bronze américain Robert « Bob » Sohl, en 2’43s7 record d’Australie contre 2’43s9. [Il aurait alors pu dire comme Yannick Agnel soixante-huit ans plus tard : « on n’a jamais vu ça. »] Quatre ans plus tard, Davies nagea trois dixièmes plus vite que l’Américain de service, mais cette fois les juges eurent le bon goût de le classer premier… Quant à Carlile, il était bien à Helsinki, mais en tant que premier pentathlonien olympique de l’histoire des Antipodes…

RÉINVENTER AVEC FRANK COTTON LA NATATION DES ANTIPODES

Forbes n’avait pas abandonné sa passion, il avait seulement été victime de la guéguerre que les dirigeants fédéraux faisaient aux entraîneurs de son pays (air connu). Il revint donc comme « head coach » australien en 1956, à Melbourne, conseiller scientifique en 1960 (il coachait alors Terry Gathercole, recordman du monde des 100 yards,  200 mètres et 220 yards en brasse), aux Jeux de Rome, puis on le retrouva entre 1962 et 1964 entraîneur national de l’équipe des Pays-Bas, puis à nouveau entraîneur chef national australien aux mondiaux de Belgrade, en 1973. Il se retira à l’occasion des Jeux de Moscou en 1980.

Carlile publia en 1963 son Forbes Carlile on swimming, qui a été considéré comme le premier livre moderne de natation de compétition, incluant la notion, alors relativement récente, de l’affutage, et un essai sur l’histoire du crawl qui redonnait entre autres leur place aux Japonais des années 1930, dont l’apport à la technique de crawl, largement ignoré à l’époque (qui lisait ou comprenait le japonais?) leur donnait 20 ans d’avance sur le reste du monde. Il est intéressant de noter qu’à la même époque, le français François Oppenheim avait publié un précieux ouvrage de référence, La Natation (1964), à la suite de Des Nageurs et des Records (1961), qui faisait autorité jusque dans le monde anglo-saxon.

Carlile publia plusieurs autres livres sur la natation, ainsi A History of Crawl Stroke Technique to the 1960s : An Australien Perspective, et A History of Australian Swimming Training.

Assistant de Franck Cotton, Carlile avait noté l’affligeante disparition de la natation australienne, au regard de l’excellence. Parfaitement dans le coup grâce à leurs Fred Lane (champion olympique du 200 mètres en 1900 à Paris), Cecil Healy, Fanny Durack, première championne olympique du 100 mètres dames en 1912, Barney Kieran, Frank Beaurepaire, puis, après la Première Guerre mondiale, Andrew Boy Charlton, vainqueur sur 1500 mètres des Jeux de Paris, en 1924, l’Australie disparut des radars olympiques, quand, entre 1928 et 1936, les honneurs furent partagés entre Japonais et Américains. A Berlin, le meilleur résultat australien fut obtenu par Percy Oliver, 7e du 100 mètres dos.

EN 1956, LA MEILLEURE NATATION DU MONDE EST AUSSI LA PLUS MAL LOTIE

Carlile ne s’en étonnait pas. A Sydney, les piscines des bords de plage, encore nombreuses à l’orée du 20e siècle, avaient disparu, seul demeurant un bassin couvert de 20 yards à Tattersall, un club privé de la ville. A Melbourne, la situation était un peu meilleure, mais aucune autre cité australienne n’était équipée en bassin. Forbes était encore trop petit pour en tirer des conclusions, quand il participa, à dix ans, à son premier « carnaval » aquatique aux Clifton Gardens. Il s’entraînait les étés dans des conditions très incertaines. Il assista à des prestations des grands champions américains et put constater qu’aucun Australien ne parvenait à leur répliquer.

Il fallut attendre 1945-46 pour que les premiers frémissements d’une renaissance australienne se fassent sentir. Un sprinteur, Marsden Campbell, organisa des festivals aquatiques pour l’association de natation des Nouvelles-Galles-du-Sud et publia avec Speedo une charte de l’art d’entraîner.

Mais c’est autour de Frank Stanley Cotton (1890-1955) que se cristallisa l’effort de renouveau qui conduirait la natation australienne non seulement à revenir au meilleur niveau, mais, entre 1956 et 1962, à dominer le monde. Cotton était issu d’une famille assez merveilleuse, père journaliste et homme politique de conviction, frère prof de géologie et membre des fameuses expéditions de Shackleton en Antarctique, une nièce pionnière de la photographie d’art. Lui-même, comme nageur, champion des Nouvelles-Galles-du-Sud sur 440 et 880 yards en 1921, avait manqué de peu la qualification olympique aux Jeux d’Anvers en 1920. Novateur brillant, très apprécié quoique taxé d’excentrique par exemple parce que, toqué de physiologie, il mesurait le rythme cardiaque de ses nageurs pendant l’entraînement, Cotton était avant tout un scientifique de valeur. Il avait créé pendant la guerre mondiale la combinaison anti gravité qui permettait aux aviateurs de ne pas s’évanouir quand ils serraient leurs virages en combats aériens. Puis il fit dériver sa passion du système circulatoire vers la physiologie humaine. Il inventa l’ergomètre (rameur), qui permit entre autres de découvrir deux talents de nageurs, John Henricks et Judy Joy-Davies (le huit de son équipe universitaire d’avion était sélectionnée en fonction de ses performances à l’ergomètre) et eut tôt fait de devenir patron du département de physiologie à l’Université de Sydney.

Alors que Frank Cotton devenait à une vitesse accélérée le « père » de la physiologie sportive australienne, Forbes Carlile, à 24 ans, eut la chance se trouver dans une position idéale auprès de ce précurseur, celle d’élève émérite puis d’assistant d’enseignement en physiologie. « De longues conversations avec le Professeur devinrent une occurrence quotidienne pour moi ; c’était comme si je bénéficiais de travaux dirigés quotidiens », a-t-il témoigné. Le but de Cotton était de produire des représentants aguerris de l’Australie pour les Jeux de 1948. Carlile se chargea des nageurs. Il fallait augmenter de façon très importante les volumes d’entraînement, qui (en-dehors du Japon) ne dépassaient pas en moyenne quinze cents mètres par jour. Cotton et ses épigones lancèrent les termes de l’entraînement moderne en natation, et l’on commença à parler de base d’entraînement au rythme de course, de répétition d’efforts, de distances cassées, d’affutage, « toute une terminologie encore à l’honneur à ce jour » constatait Carlile. Ses élèves couvraient jusqu’à huit kilomètres quotidiennement dans l’eau, rejoignant ces volumes d’entraînement des Japonais des années trente, qui avaient été taxés de « fanatiques. »

CE FORMIDABLE HARRY GALLAGHER

Un troisième homme joua un rôle fondamental dans ce processus d’acculturation, Harry Gallagher. Celui-ci allait préparer l’accession, rarissime, de ses deux nageurs vedettes, John Henricks et Dawn Fraser, aux titres olympiques messieurs et dames du 100 mètres nage libre, aux Jeux de Melbourne en 1956. [Deux autres coaches réussirent le même exploit, Bill Bachrach, USA, en 1924 avec John Weissmuller et Ethel Lackie, et Jacco Verhaeren en 2000 avec Pieter Van Den Hoogenband et Inge de Bruijn.] Au palmarès du formidable Gallagher, toujours bon pied bon œil à quatre-vingt-dix ans sonnés, outre  Dawn Fraser et Jon Henricks, Lorraine Crapp, Michael Wenden, Brad Cooper, et Lynette McClements (tous champions olympiques).

Contrairement à ce que j’ai souvent entendu dire en France à l’époque et depuis, les conditions de travail en Australie n’étaient guère idylliques. La saison ne durait que six mois et les reprises étaient douloureuses. Dans des bassins non chauffés, l’entraînement, démarrait en octobre dans une eau glaciale, à 16° ou moins et les nageurs étaient aussi des écoliers et des étudiants très occupés. Il n’était pas toujours simple de cadrer dans des programmes déjà chargés douze séances d’entraînement hebdomadaires, et d’ailleurs, rares étaient ceux qui nageaient plus d’un ou deux kilomètres par séance. Pas étonnant, dans ces conditions, si les meilleurs nageurs australiens aux Jeux olympiques, John Marshall (bronze du 400 et argent du 1500 en 1948) et John Davies (or du 200 brasse papillon en 1952) obtinrent leurs meilleurs résultats aux Etats-Unis où ils étudièrent. De même, Murray Rose, parti d’Australie, régna sur la natation américaine (et mondiale) où le cadre de l’université de Californie du Sud où il évoluait dut lui paraître luxueusement confortable.

Peu après 1952, un groupe de coaches, Forbes Carlile, Harry Gallagher, Frank Guthrie et Sam Herford, auxquels Don Talbot n’allait pas tarder à se joindre, prirent conscience qu’on pouvait s’entraîner beaucoup plus long sans s’épuiser ; raffinant les techniques de nage et incluant un intense travail aux intervalles et très inspirés par le fait que les Jeux avaient lieu à Melbourne, et donc « à la maison », on passa de quinze à quarante kilomètres hebdomadaires, bond quantitatif qui permit de réaliser de gros progrès. Tous les titres de nage libre revinrent aux Australiens aux Jeux de Melbourne. Mais le plus remarquable fut que jusqu’aux dernières années 1960, Sydney, d’où provenaient la plupart des vainqueurs, ne disposait pas d’une piscine d’entraînement couverte.

En 1964, toujours là, Carlile plaçait Ian O’Brien sur la plus haute marche du podium olympique sur 200 mètres brasse, devant l’outsider russe Prokopenko et le favori américain Jastremski. O’Brien fut des trois médaillés le seul à avoir respecté une assez rigoureuse égalité d’allure

SURENCHÈRE KILOMÉTRIQUE, OUI MAIS PAS N’IMPORTE COMMENT

Un Américain Sherman Chavoor, ayant analysé et interprété à sa façon les leçons des Australiens, appliqua à la lettre le mantra de la distance, doubla plus ou moins la distance parcourue et mit ainsi en place sa méthode de la « pression constante. » Le volume monta à huit kilomètres parcourus en intervalles par séance. Ayant observé cela, Don Talbot, un fils de militaire qui avait sorti en 1958 les Konrads, Jon et Ilsa, de retour à Sydney, fit « monter le schmilblick » et cela donna des 70 kilomètres par semaine.

Carlile, qui s’était installé en 1961 à Ryde avec Ursula régnait, avec comme seul rival Talbot, sur la natation de Sydney, et il hésitait à suivre ce mouvement. Il s’inquiétait des effets à court ou moyen terme d’une telle débauche d’efforts sur l’organisme. Mais il savait que certains individus pouvaient, grâce à des défenses hormonales exceptionnelles lies à leur taux naturel d’adrénocorticotrophine (ACTH), continuer à s’entraîner intensément quand d’autres avaient montré depuis longtemps des signes d’épuisement.

Il n’avait pas peur du volume en soi. Il se basait sur l’entraînement long et relativement lent, préconisé en athlétisme par l’allemand Ernst van Aaken et utilisé avec succès par Arthur Lidyard sur Peter Snell, l’invincible half-miler néo-zélandais. Carlile embrassa avec ferveur la doctrine de « la vitesse par (ou : à travers) l’endurance ». Il participa donc à la surenchère kilométrique, mais en y ajoutant une touche de subtilité, et, je crois, disons-le mot, un petit surcroit d’intelligence. Grâce à (ou en tous cas avec) cette façon de procéder, Carlile allait produire trois plus ou moins prodigieuses ondines, recordwomen du monde : Karen Moras, Shane Gould et Jenny Turrall. En l’espace de six ou sept ans, entre 1969 et 1975, ces trois demi-fondeuses récrivirent les livres des records.

La croyance de plus en plus affirmée à la légitimité de ses hypothèses se lit dans les chiffres qui suivent : Karen Moras abattait à 14 ans, en 1968, une distance de 1600 kilomètres par saison à l’entraînement, Shane Gould , à quinze ans en 1971, 2400 kilomètres, et Jenny Turrall, à quatorze ans en 1974, 3200 kilomètres.

Retour des Jeux du Commonwealth 1974 avec les médailles d’or du 200 mètres, du 400 mètres et du 800 mètres, Karen Moras estimait être la meilleure nageuse du monde quand elle retrouva le bassin de Sydney occupé par une demoiselle de deux ans sa cadette qui nageait presqu’aussi vite qu’elle. Shane Gould, plus grande, plus fine et plus athlétique à la fois, nageait encore dans un petit club à Dence Park, quand elle remarqua que la plupart des meilleures nageuses australiennes de son âge provenaient du Ryde SC de Carlile. Elle-même se partageait alors entre le netball l’hiver, la natation l’été et le patin à roulettes hiver comme été ! C’était surtout une athlète exceptionnelle, dont le cœur au repos battait à raison de 38 à 42 pulsations par minute, une sportive touche à tout qui excellait partout, cavalière, gymnaste, golfeuse, et aussi une étudiante douée, la première de sa classe. [Ceux qui liront son livre autobiographique, Tumble Turns, écrit sans aide, montre qu’elle n’a rien perdu de son intelligence ni de sa faculté d’expression écrite]. Elle allait bientôt devenir aussi la meilleure nageuse –  et, si l’on peut se permettre l’aparté, confortablement la plus jolie fille de la natation mondiale (un fait que les journalistes Jean-Pierre Lacour, François Janin, quelques autres et moi-même, envoyé spécial de L’Equipe, pûmes vérifier personnellement lors de son passage à Marseille en décembre 1971)…

SHANE GOULD CASSE TOUS LES RECORDS DE NAGE LIBRE

Avant de rejoindre Ryde, Gould testa et détesta immédiatement l’entraînement du rival, Talbot, sa « rigidité » et sa « brutalité ». A Clyde, elle trouva derrière les exigences du maître les lieux des nuances qui lui convenaient. Un slogan écrit sur un mur en caractères d’affiche : « nous ne fabriquons pas de champions, mais créons une ambiance où le champion devient inévitable, » attira son attention. L’ « ambiance » en question comprenait pour Gould, 64 kilomètres à nager chaque semaine ! Mais la fille était solide, disciplinée, déterminée. Pour faire tenir tous les éléments de sa journée, Shane mettait le réveil à 4h27 du matin.

La carrière de Shane Gould ne dura guère longtemps : trop de pression sur la nageuse qui assistait impuissante à une guerre des nerfs – dont elle était l’enjeu – entre son père et son entraîneur, le premier étant clairement jaloux de l’influence du second. En France, pendant ce temps, Lucien Zins proclamait que l’idéal était d’entraîner des orphelins ! Elle eut tôt fait de s’évader de tout ça, émigra aux USA puis abandonna le sport. Mais elle a toujours défendu son coach.

Gould a expliqué sur la chaîne ABC australienne ce que lui apportait Carlile, ce qui permet de se faire une idée de sa méthode. « Il était exigeant et j’aimais cela, parce qu’il espérait beaucoup de moi et me permettait de devenir meilleure. Je voulais qu’on tire le maximum de moi et il m’offrait cela. Il me donnait de bons retours. J’avais un journal de bord et un carnet d’entraînement, sur lequel il inscrivait ses commentaires hebdomadaires. En fin de saison, il effectuait un résumé de celle-ci et suggérait des projets d’avenir, offrait des informations. Il me faisait lire certains textes, me tenait au courant de ce que réalisaient mes concurrentes à travers le monde et des temps que je devrais réaliser. Quand il voyait que je relâchais mon effort, il changeait les séances, essayait d’autres choses, ce qui faisait que cela restait toujours intéressant et stimulant. C’était un pionnier de la science dans le sport. Il était curieux des avancées, s’était intéressé au fonctionnement du cœur, savait quand ses nageurs étaient fatigués, avait creusé les questions de nutrition, testait certaines vitamines et recommandait des complexes vitaminiques, surtout la E, la B complexe et la C. Il disposait d’une caméra de 16mm, filmait nos mouvements sous l’eau, effectuait des analyses biomécaniques. Mais malgré tout cela il ne médicalisait pas, ne mécanisait pas, son approche quoique scientifique restait humaniste, il continuait de comprendre l’humanité de nos corps, nous respectait en tant que personnes, nous saisissait en tant qu’humains incarnés et non que parties d’un corps déconstruit. »   

LA VITESSE À TRAVERS L’ENDURANCE

Carlile avait repris la thèse de Cecil Healy, nageur du début du 20e siècle qui, devenu un enseignant et écrivain prolifique, avait défini à partir des années 1910 le crawl australien, comme basé sur un rythme de bras élevé et un battement de pieds faible, à deux temps. On allait retrouver sa signature dans les techniques de ses trois meilleures élèves, Moras, Gould et Turrall. Gould notera qu’il sera allé à l’encontre des coachs qui voulaient qu’elle utilise pleinement son battement alors que, a-t-elle dit, « plus je battais des jambes, moins j’avançais. » Cette économie d’énergie au niveau du battement lui convenait parfaitement, n’attentait pas à sa vitesse, bien au contraire, et Gould n’attendait pas longtemps avant de disposer de tous les records du monde de nage libre grâce à l’attaque de bras la plus efficace de son temps, appuyée par un assez « faible » – économique serait un adjectif plus judicieux – battement. [Lorsqu’en 1971, nous assistâmes à son entraînement, Lucien Zins courut à moi (« venez voir ça ») et me plaça sur la plage, non de profil mais de face par rapport à Shane Gould, afin de me faire apprécier l’efficacité de son coup de bras. Ce geste en piston d’une simplicité évangélique qui paraitrait aujourd’hui banal était tout simplement sensationnel pour l’époque. Zins en était abasourdi…]

URSULA ET FORBES : CULTIVÉS, CURIEUX ET INTÉRESSANTS

En 1988, comme vice-président de l’Association Mondiale des Entraîneurs de Natation, Carlile fut de ceux qui, avec John Leonard et Peter Daland, se rebellèrent contre le dopage des nageurs Chinois, et encore en 2008-2009, il monta au créneau contre les combinaisons qui dénaturaient la natation. Il n’était pas du genre à avoir peur de faire du bruit quand il le jugeait nécessaire…

Contrairement à l’idée qu’on aurait pu s’en faire, Forbes et Ursula n’étaient pas des machines à faire nager, comme on en a tant et tant vu. Shane Gould – dans un témoignage repris par le site SwimVortex – se souvient être allée en leur compagnie au théâtre de Sydney, auquel, lui dirent-ils, ils étaient abonnés. Dans tous leurs voyages, ils emmenaient des guides concernant l’archéologie et l’architecture des villes qu’ils visitaient. « Ils étaient très intéressants, cultivés, respectueux de l’histoire et des cultures, continue Gould. Le savoir les excitait. Forbes n’aurait pas été le même sans Ursula. Elle soutenait l’allumé de natation qu’il était et tous deux apparaissaient excentriques dans leurs vies et éclectiques dans leurs intérêts. Elle fut nommée entraîneur assistante de l’équipe nationale aux Jeux de Munich, la première Australienne devenue entraîneur olympique, et donc une pionnière elle aussi. »

Sources :  Forbes Carlile, A history of Australian Swimming, dans la Newsletter de The World Swimming Coaches Association. http://wscacoach.org/pdf/wscanews201003.pdf

ON L’APPELAIT BUD SPENCER

Éric LAHMY

Mardi 28 Juin 2016

Carlo Pedersol avait toujours l’air de blaguer, mais ce qu’il disait était souvent sérieux, ou pétri de bon sens. Comme sportif, il se posait là, mais ne se racontait pas d’histoires. L’époque aidait. On pouvait ne pas se prendre le chou, et être un champion, ce dont il ne se priva guère. Premier Italien sous la minute aux 100 mètres, d’abord 59s5, puis 58s2, cela vous donne une petite carte de visite, pour l’éternité. Puis international de water-polo, joueur de choc, un water-polo « dense, de pionnier », rappelle Stefano Arcobelli, le chroniqueur de La Gazzetta dello Sport. Il insistait sur les valeurs. « Le champion, insistait-il, ne doit se faire utiliser par personne, mais faire fructifier en dehors de l’eau ce moment de popularité sportive, vu qu’il n’y a guère beaucoup d’argent à se faire à nager. Moi, dans la vie, j’ai tout fait sauf jockey de course et ballerine. »

Né à Naples, dans une famille aisée et éduquée, il vit la destruction de l’entreprise familiale sous un bombardement, pendant la Seconde Guerre mondiale, et se retrouva en Amérique latine, avec son père ruiné qui essayait de refaire surface. Revenu, seul, en Italie, il travailla, étudia, se diplômant en droit, nagea (demi-finales du 100 mètres aux Jeux olympiques d’Helsinki, ou il finit 12e ex-aequo avec le Français Alexandre Jany, et de Melbourne, 16e) et joua au water-polo. Après cela, il participa à la construction de l’autoroute panaméricaine et en profita pour nager au Venezuela, ou encore pour disputer sur une Alfa Romeo le raid Caracas-Maracaïbo.

De retour à Rome, il assista aux Jeux olympiques de 1960, puis se maria avec la fille du producteur de cinéma Giuseppe Amato. Avocat de profession, ce touche-à-tout écrivaitt des chansons pour Ornella Vanonni et Nico Fidenco, et produisait des documentaires pour la RAI. Attiré par le cinéma où son physique hors-norme, 1,94m, 100 kg au départ et beaucoup plus ensuite lui permit seulement, dans un premier temps, d’apparaître dans des films que produisait Cinecitta, haut-lieu du ciné italien.

Pendant des années, ce ne furent que de fugitives apparitions, garde prétorien dans Quo Vadis en 1951, un carabinier dans l’Adieu aux armes, silhouettes furtives passant sans accrocher le regard.

En 1967, prié de jouer dans cette catégorie au départ improbable des westerns italiens, dits westerns spaghettis, il « américanisa » son nom, se forgeant celui de « Bud Spencer » d’après les noms de la bière Budweiser et de l’acteur Spencer Tracy. L’occasion? Il avait dû remplacer au pied levé l’une des co-stars du film qui s’était blessé. Là, il rencontra l’autre co-star, un acteur de dix ans son cadet Mario Girotti, alias Terence Hill. Ce fut une sorte de coup de foudre entre ces deux, qui s’entendirent comme larrons en foire, et aussi pour le public, jeune et populaire, qui adhéra puis adora.  Dieu pardonne… moi pas, Les Quatre de l’Ave Maria et On l’appelle Trinita, connurent un tel succès qu’ils lancèrent un genre, batailleur et comique et qu’au bout de quelques années, Hill et Spencer avaient tourné 18 films à la suite ! Chacun d’eux considérait l’autre comme son meilleur ami. Nullement jaloux l’un de l’autre comme d’autres duos célèbres qui pouvaient s’exécrer à la ville (Laurel et Hardy), ils s’estimaient complémentaires. Pour Terence Hill, ils étaient  à sa connaissance « le seul couple qui ne s’est jamais fâché. »

En 1972, à l’occasion du tournage de Più forte ragazzi, où lui et son comparse organisent un racket à l’assurance en simulant des accidents d’avion, Carlo, déjà passionné de voitures, était devenu pilote breveté d’avion et d’hélicoptère. Etonnamment actif et entreprenant, il finit par fonder en 1984 sa propre compagnie privée, Mistral Air, avant de se tourner vers l’industrie du vêtement d’enfants et de lancer une ligne de blue jeans. Sa carrière au cinéma, qui ne l’occupait, on le voit, jamais tout à fait, semblait se tasser, quand il recolla au peloton du succès avec un feuilleton télé, Extra Large. Entré en politique, voire en politique-spectacle, au titre de conseiller régional du Latium, à l’insistance d’un autre histrion, Silvio Berlusconi, il perdit son siège l’année suivante, dans la déroute du parti berlusconien, Forza Italia. C’était plus facile au ciné…

Il avait tenté une carrière américaine, mais en était vite revenu : « vivre en Californie, c’est parfait si on est une orange », avait-il décrété. Il avait ses bons mots. Gros mangeur et gros lecteur des philosophes, tête bien remplie sur un ventre jamais vide, il avait écrit un livre de cuisine et décrétait, détournant Descartes : « je mange donc je suis. » A ce régime, il avait fait grimper la balance à 156 kilos !

Carlo Pedersoli avait gardé quelques attaches avec la natation. Il assistait parfois aux compétitions, connaissait les champions italiens et clamait son admiration des Rosolino et autres Magnini, « portabandieri » de la natation transalpine. Toujours de bon conseil, il les enjoignait à ne pas se laisser manipuler et à bien utiliser cette fugitive popularité que le sport leur donnait.

Il avait écrit deux tomes de mémoires, que j’imagine truculentes… en allemand, son succès dans le pays de Goethe étant devenu très supérieur à celui qu’il connaissait dans celui de Dante et Leopardi.

Pedersoli-Spencer, le bon géant du cinéma et de la vie est mort entouré de tous les siens, raconte son fils aîné. Il s’est éteint paisiblement, son dernier mot étant « grazie » (merci).

On aurait pu lui répondre: grazie a lei!

DUKE KAHANAMOKU, QUI AURAIT DÛ ÊTRE « LE » TRIPLE CHAMPION OLYMPIQUE DU 100 MÈTRES

Eric LAHMY         

22 Juin 2016

En 1916, il y a cent ans, Duke Kahanamoku ne fut pas champion olympique du 100 mètres comme il l’avait été quatre ans plus tôt à Stockholm et le serait quatre ans plus tard à Anvers. Pour une bonne raison : la Première Guerre mondiale…

Lorsqu’en 1996, aux Jeux d’Atlanta, le Russe Alexandr Popov conserva son titre olympique sur 100 mètres, la presse lui entonna un péan, rappelant que Popov avait réitéré l’exploit que seul avant lui avait réussi John Weissmuller. J’étais alors à Atlanta, mais malgré mon désir de le faire, ne travaillais pas sur la natation, la direction ayant préféré donner ce sport à traiter à une fille qui se croyait à la hauteur mais ne faisait pas la différence entre un bonnet de bain, un bonnet de nuit et le bonnet d’âne qu’elle aurait dû porter. Je pus lire donc la même erreur sur les précédents de la performance de Popov à la fois dans le papier de la demoiselle et du Directeur de la rédaction (qu’elle avait informé). Le lendemain, je le rencontrai au petit déjeuner et lui expliquait que Kahanamoku avait, sous cet angle, fait mieux que Weissmuller et Popov. Il resta interdit « mais pourtant », et se défaussa sur la « spécialiste » qu’il avait mis en place.

Kahanamoku avait été oublié aussi parce que les documents offerts aux media aux Jeux d’Atlanta avaient fait débuter leur palmarès en 1924, éludant tout ce qui précédait… comme faisant partie de la préhistoire? Disons aussi que Popov, encore médaillé d’argent en 2000, frôla l’exploit de Duke, dans des circonstances il est vrai si différentes qu’elles défient toute comparaison.

KAHANAMOKU [Duke Pahoa

Kahinu Makoe Hulikohoa].

Natation. (Honolulu, 24 août 1890-22 janvier 1968). États-Unis. Champion issu de la noblesse hawaïenne. Son premier prénom est celui de son propre père, né en 1869, lequel l’a reçu en l’honneur du duc d’édimbourg, qui visite l’île. Il est né Hawaïen, mais le 7 juillet 1898, le drapeau américain flotte sur Hawaï et une loi du 30 avril 1900, l’Acte organique, fait de Duke un citoyen américain. Il abandonné tôt l’école, et passe son temps à nager et surfer le long du littoral. Il a observé une équipe des champions australiens de passage en 1910, copié leur style et en est devenu très vite l’un des plus remarquables exposants. Vers cette époque, les autorités sportives locales décident d’organiser les premières compétitions dans le pays sous l’égide de la (lointaine) Amateur Athletic Union. Un juriste diplômé de Yale l’aide à créer en 1911 un club, le Hui Nalu (Club des Vagues) qui est enregistré à l’occasion de ce premier championnat. Le 11 août, Duke enlève les 220 yards avec une avance de presque 30 yards et fait partie du relais six fois 50 yards vainqueur. Ses 100 yards en 55s4 et ses 50 yards en 24s2 sont plus rapides de 4s6 et 1s6 que les records US de Charles Daniels. Mais une fois les résultats de Kahanamoku annoncés aux USA, ils paraissent trop beaux aux Américains qui les mettent en doute. Otto Wahle, le conseiller aquatique (d’origine autrichienne et médaillé olympique aux Jeux de 1900 et de 1904) de James Sullivan, écrit une longue lettre qui, après coup, parait des plus maladroites,  à Bill Rawlins, le coach de Duke, qui a soumis ces temps à homologation. Il met fermement en doute les temps de Duke. Les raisons de Wahle de douter ? C’est lui qui a entraîné Charles Daniels, et il sait que ses records ne sont pas si faciles à enfoncer ! Tout lui parait douteux, les chronos, la mesure du champ d’eau, il évoque la possibilité que des courants aient porté le nageur, enfin l’anonymat du nageur plaide en sa défaveur : un inconnu ne peut pas supplanter aussi aisément le plus grand nageur du monde ! Bref Wahle n’a rien vu mais tout compris, et il refuse d’homologuer les 55s2/5. Bien entendu, ces assertions, cette incrédulité, dus à l’éloignement, se teintent d’un brin de racisme, les « non blancs » n’étant pas admis dans bien des sports ; par exemple le New York Athletic Club où régnait Wahle était réservé aux blancs. Hawaii collecta donc de l’argent pour envoyer Kahanamoku et un autre nageur, Vincent Genoves à Pittsburgh, où se tenaient les sélections olympiques américaines. Duke eut vite fait de faire la preuve de sa valeur, et, par des victoires en séries dans les meetings de la Côte Est, d’apparaître comme le meilleur sprinteur US du moment. Ses 55’’4 aux 100 yards valaient une grosse seconde de mieux que le 100 mètres en 1’3’’2 de Cecil Healy ou les 1’2’’8, record du monde établis en 1910 par Charles Daniels.

Sur 100 mètres, aux Jeux de Stockholm, où les courses se tiennent en bassin découvert de 100 mètres, Kahanamoku maîtrise son sujet. Dans la 5e série, il améliore en 1’2’’6 le record du monde. Il domine les quarts de finale en 1’3’’8. Un malentendu concernant les horaires de courses empêche les trois Américains, Kahanamoku, McGillivray et Huszagh, qualifiés en demi-finales, d’être présents à l’heure dite. Ils semblent disqualifiés, quand l’un des concurrents, Cecil Healy, insiste pour qu’ils soient repêchés. C’est un beau geste de fair-play. Duke peut donc nager… en 1’2’’4, record du monde et se qualifie avec Huszagh. En finale, à l’appel, on ne trouve pas, une nouvelle fois, Kahanamoku. On va faire partir la course quand un des concurrents, le nageur de brasse Michael « Turk » McDermott, le trouve, sous les gradins, en train de dormir. Après un faux départ de Brettling, Duke prend immédiatement l’avantage, se relance à mi-course et l’emporte avec trois mètres, en 1’3’’4 ; il est aussi médaillé d’argent avec le relais des États-Unis. Dix jours plus tard, aux championnats d’Allemagne, à Hambourg, dans un bassin d’eau de mer de 100 mètres, le nouveau champion olympique signe un « étonnant » 1’1’’6, record mondial. Il est invité à nager aussi à Moscou, Alger, Sydney…

En cas de victoire, Hawaï a promis d’acheter une maison à Kahanamoku. Mais les règles de l’amateurisme empêchent un tel geste, et l’athlète Jim Thorpe, champion olympique du décathlon, a été radié pour des peccadilles. Kahanamoku décide de passer professionnel, mais les Hawaïens veulent lui conserver son statut amateur. Ils voient en lui un « atout promotionnel » pour leur île. Les plaintes de Duke, qui se voit perdre les avantages d’une maison et du professionnalisme, conduisent un groupe de dirigeants et d’hommes d’affaires de la ville à chercher une solution. Ils rachètent la maison d’un notable, l’avocat William R. Castle, au nom de la Henry Waterhouse Trust Company, et Kahanamoku l’habite. La chance de Duke fut de pouvoir, en plusieurs occasions, se moquer des règles de l’amateurisme, diverses prestations qu’il effectue alors, ainsi sa présentation du surf à Atlantic City, payée au Comité de Promotion d’Hawaï, comme sa participation à une campagne en faveur de la consommation de tabac à chiquer.

La première Guerre mondiale annule les Jeux olympiques de 1916. Quand Duke reprend son titre du 100 mètres en 1920, le jour de son 30e anniversaire, huit années se sont passées après sa première victoire olympique, et il nage 1’0’’4, record du monde. Il devient le premier nageur à conserver un titre olympique du 100 mètres, avant Weissmuller et Popov, avec cette différence que ses deux titres sont conquis à huit années de distance (en raison de la guerre mondiale).

Sa finale de 1920 doit être nagée une deuxième fois après une réclamation australienne, concernant leur nageur, William Harold. En 1924, il monte une nouvelle fois sur le podium du 100 mètres, (2e derrière Weissmuller) où l’accompagne son frère cadet Sam. Encore qualifié comme remplaçant en 1928, et, semble-t-il, en 1932, à 42 ans, comme remplaçant en water-polo (mais le cas est discuté et il est sûr qu’il ne joue pas).

Kahanamoku, bat son premier record le 20 juillet 1912, en 1’1’’6 au 100 mètres. Il améliore ensuite à quatre reprises le record du monde sur 100 yards, en 54’’5, 53’’8, 53’’2 et 53’’, entre le 5 juillet 1913 et le 5 septembre 1917. En 1918, il réalise 1’1’’4 au 100 mètres, puis 1’0’’4 dans la finale olympique d’Anvers. Duke joue un rôle essentiel dans la diffusion sportive du surf. C’est un sport qu’il maîtrise aussi bien que la natation. Alors que les autres utilisent des planches d’un peu moins de deux mètres, Duke se fait fabriquer une planche de trois mètres qui pèse dans les trente kilos, pour aller récupérer les vagues plus loin du rivage. Sur de telles étraves, le surf est nettement plus athlétique et peut-être moins fin en termes de sensations ; Duke effectue diverses acrobaties tout en filant sur l’eau et a coutume d’achever son parcours en équilibre sur la tête ! Cette gymnastique de plein air alliée à la nage, va lui donner une densité athlétique peu commune (ses photos témoignent d’une musculature complète et puissante, d’abdominaux saillants – il mesurait 1,85m pour 87 kg), une rusticité qui éclatera en compétition, et pas seulement compétition. D’après Matt Marshoaw (The Encyclopedia of Surfing) une admiratrice le décrivait comme « le plus magnifique être humain que Dieu n’a jamais mis sur terre ».

Tout cela ne l’empêche pas de vivre parfois une existence difficile. Il occupe les emplois les plus divers, débardeur, surveillant, concierge de la mairie, dirigeant d’une station-service. Si, à Hollywood, il apparaît dans une trentaine de films, c’est toujours dans des rôles très secondaires, de comparse. Il occupera entre 1934 et 1960 le poste très honorifique de shérif de la ville et du comté d’Honolulu. Il ne connait une certaine aisance qu’en 1961 quand sous l’impulsion d’un disc jokey devenu son manager, Kimo Wilder McVay, son nom va recouvrir un petit empire commercial : restaurant, championnats de surf, vêtements, accessoires, tout un matériel allant de la planche de surf à l’ukulélé… C’est après sa mort qu’il sera pleinement reconnu, timbre à son effigie, une statue de 5,25m de haut, à Honolulu, sur la plage de Waikiki, une autre à Sydney en Australie au centre d’un Duke Kahanamoku Commemorative Park.

RENÉ LEFERME AVAIT INSCRIT DUNKERQUE SUR LA CARTE DE LA NATATION FRANÇAISE

Éric LAHMY

Mardi 7 juin 2016

Appris sur le site fédéral la mort de René Leferme, qui fut l’entraîneur de Dunkerque Natation.

« Carnet noir : disparition de René LEFERME grande figure de la natation dunkerquoise – Entraîneur de légende du Dunkerque Natation – le club de notre président – qui a formé bon nombre d’internationaux, René LEFERME est décédé, vendredi 3 juin 2016, à l’âge de 96 ans. Né le 15 février 1920, il a porté au plus haut les couleurs de la natation nordiste dans l’Hexagone et bien au-delà. Ses obsèques sont prévues, mercredi 8 juin, 9 h 45, au crématorium de Dunkerque. La FFN au nom de son président adresse toutes ses condoléances à sa famille, ses proches et ses nombreux amis dans le milieu de la natation. »

Derrière la sécheresse du communiqué, se dresse un personnage modeste mais essentiel. Disparu à 96 ans, il était un peu oublié d’avoir longtemps vécu, mais quand même pas tant que ça, puisque seul Dunkerquois à donner son nom à un bâtiment de son vivant (une décision du maire de l’époque, Claude Prouvoyeur). Son nom, adorné d’un trait d’union, désignait donc la piscine Dunkerquoise de Petite-Synthe (une piscine fermée en raison de sa vétusté, coïncidence, depuis novembre dernier: ironiquement, en quelque sorte, René Leferme a survécu à « sa » piscine.

A mon souvenir, c’était un homme affable, mais assez taiseux, une belle tête énergique, qui projetait dans toute sa personne l’image du sportif tel qu’on l’imaginait alors, au physique comme au mental ; et aussi un bon entraîneur de club, un des meilleurs de l’époque. Pour La Voix du Nord, ce père de famille nombreuse (huit enfants) avait « placé Dunkerque sur la carte de France » et il est vrai que pendant des années, il avait instillé de bons éléments dans les équipes nationales et était parvenu à former un valeureux quatre fois 200 mètres (LE relais par excellence, à l’époque, appelé aux Jeux olympiques la course des nations).

« Mon père est quelqu’un de pudique, de pas très bavard, disait de lui son fils René-Jean, témoignage repris par Le Phare Dunkerquois. Il a reçu les palmes académiques, a été mis à l’honneur, a eu une piscine a son nom, etc. Mais il ne recherchait pas la reconnaissance, tout ce qu’il faisait, il le faisait naturellement. Sa phrase, c’était : Je n’ai jamais rien demandé. C’est une phrase que j’ai entendue toute ma jeunesse. »

Son meilleur élève avait été Francis Luyce, multi-champion de France et recordman du monde du 800 mètres. Mais il avait « sorti » également Yves Malzoppi, Patrick Sénéchal, ainsi qu’un de ses enfants, Marc Leferme. En 1965, ces « quatre Mousquetaires » se mettent à l’eau, aux championnats de France de Paris, et battent le record de France du « quatre fois deux ». Record piqué au Stade et repris l’année suivante par le Cercle de Marseille. C’est la grande année de René Leferme, car outre ce relais, Francis Luyce, « tombe » tous les titres de nage libre alors disputés, 100, 200, 400, 1500 mètres, le genre d’exploit que seul Jean Taris, avant lui, avait pu opérer avant la guerre.

René avait perdu en 2007 l’un de ses petits-enfants, Loïc, personnage romantique à souhait, qui s’était lancé dans la redoutable aventure du Grand Bleu, et y avait laissé la vie…

NADINE DELACHE UNE MOUETTE EN FINALE OLYMPIQUE

_____ERIC LAHMY

Mercredi 4 Mai 2016

DELACHE [Nadine]. Natation. (Rouvray, 7 février 1941-). France. Finaliste olympique du 100 mètres dos aux Jeux de Rome, en 1960, cette athlète petite et légère, 1,62m, 42kg, qui nage au club des Mouettes de Valenciennes, a battu, en mai de cette année, le record de France de la parisienne Rosy Piacentini, avec 1:13s3 contre 1:13s4, que celle-ci reprend aussi tôt, et porte en quelques étapes à 1:11s4.

Elle a 19 ans, arrive « dans la capitale italienne la veille du défilé avec l’équipe de France de natation où, dit-elle, j’étais l’une des deux sélectionnées du 100 mètres dos. Au village olympique l’ambiance était très sympa, détendue. Mais je n’ai pratiquement rien vu de Rome et des jeux. On ne sortait du village que pour aller s’entraîner : c’était village-bus-piscine et retour. » 2e de la première sérié en 1:12s5 derrière la Sud-Africaine Laura Ranwell, 1:12s, ce temps la qualifie huitième pour la finale, où elle améliore à nouveau son record, 1;12s4, mais finit encore 8e. Victoire de Lynn Burke, USA, 1:9s3, détachée, devant Natalie Stewart,GB, 1:10s8, et 3 filles à 1’11s4, Satoko Tanaka, Japon, Laura Ranwell, Afrique du Sud et Rosy Piacentini, France, record de France égalé.

Pour en arriver là, Nadine Delache a dû s’entraîner dur dans son club valenciennois exclusivement féminin : « Au cours des trois années qui ont précédé les Jeux, estime-t-elle, c’était deux à trois heures par jour puis quatre à cinq heures l’année de Rome : le matin, le midi et le soir, le reste de la journée j’étais au lycée La Sagesse où j’ai obtenu mon bac technologique. Comme la piscine, que dirigeait mon père Gustave Delache – il était aussi l’entraîneur des Mouettes de Valenciennes – ne faisait que 25 mètres, j’étais un peu moins bien préparée que les autres nageuses. Mais grâce à mon travail, j’ai néanmoins réussi à améliorer six fois en un mois mon record personnel pour le porter à 1’11 »9, soit le dixième temps mondial. Mes points forts étaient la résistance, la ténacité, la technique et le style pour lutter contre tous ces grands gabarits… et aussi le stress qui me stimulait ».

Nadine, qui aurait été la plus jeune nageuse française, à 3 ans et demi, à couvrir un 25 mètres, a arrêté la compétition quelques mois après les Jeux Olympiques de Rome pour fonder une famille avec Bernard Yackx, bon pilote automobile régional et l’un des kinésithérapeutes les plus appréciés de Valenciennes. Elle a ensuite repris ses études, passé une licence et a fini sa carrière comme professeur d’arts appliqués. A la retraite depuis quelques années elle s’est mise à la peinture.