Category: Biographies

CHARLES DANIELS

L’INVENTEUR DU CRAWL  »AMERICAIN »

Par Eric LAHMY                      Jeudi 7 Mai 2015

DANIELS [Charles Meldrum] Natation. (Dayton, 24 mars 1885-Carmel Valley, Dayton, Ohio, 8 août 1973). États-Unis. Le petit fils d’un juge et sénateur, il est le premier grand nageur américain. Physique puissant, 1,83m, il est considéré comme un phénomène en son temps. C’est un athlète aux multiples talents, qui plonge, rame, court les 800 mètres et le mile, franchit les haies, gagne à quinze ans un championnat de tir au Madison Square Garden, saute plus de 6 mètres en longueur, 1,75m en hauteur, excelle en baseball, en bowling, au billard, au squash et au bridge !  Il apprend à nager à neuf ans, mais ne se lance pas dans la compétition avant 1903, pour le Knickerbocker Athletic Club qu’entraîne Alex Maffort. En décembre, il nage les 100 yards en 1’8’’. Le club ferme, Daniels entre au New York Athletic Club et effectue de rapides progrès. Il remporte sept médailles olympiques – dont cinq d’or  et une d’argent –, cinq à Saint-Louis en 1904 et deux à Londres en 1908. Certains comptent également son titre, enlevé aux Jeux intermédiaires de 1906, à Athènes, ce qui porterait à huit le nombre de ses médailles (un record qui sera battu en 1972 par Spitz). En 1904, le nageur du New York AC remporte les 220 yards (2’44’’2) devant Francis Gailey, du club olympique, 2’46’’ ; les 440 yards libre (6’16’’2), toujours devant Gailey, 6’22’’ ; et participe au relais vainqueur 4 fois 50 yards. Ce relais n’est pas en fait une course olympique, mais un championnat US, et n’est pas retenu par tous les auteurs ; non sans raison : quand les Allemands se présentent pour le disputer, on leur oppose que cette course est réservée aux clubs américains. Daniels finit également 2e sur 100 yards (gagné par Halmay en 1’2’’8) et 3e sur 50 (une distance qui disparaîtra du programme et ne sera reprise qu’en 1988), derrière Zoltan Halmay, 28’’, et Scott Leary, 28’’2. En 1906, aux Jeux intercalaires d’Athènes, le 100 mètres voit une inversion du résultat de Saint Louis en 1904 ; Daniels gagne d’une longueur devant Halmay, 1’13’’ contre 1’14’’2. Le 3e de la course, Cecil Healy (Australie) a nagé, plus tôt dans l’année, la distance en 1’7’’4, en bassin d’eau salée, à Hambourg, deux secondes plus vite que le record mondial de Kieran, mais aux Jeux, il reste très éloigné d’une telle performance. En 1908, Daniels confirme sa légère supériorité sur Halmay ; il enlève encore le 100 mètres avec un meilleur temps mondial de 1’5’’6, et finit troisième avec le relais quatre fois 200 mètres américain. Daniels est le premier nageur à moins d’une minute sur 100 yards, minute que Frederick Lane égale en juillet 1902 dans la piscine de 39 yards de Manchester. Entre-temps, Daniels, frappé par la progression de Scott Leary, qu’entraîne Sydney Cavill, trouve l’occasion de voir nager cet Australian crawl qu’enseigne Cavill et comprend la supériorité du battement de jambes sur le ciseau. Il s’approprie cette nage, et un an plus tard, en février 1906, il nage les 100 yards en 57’’2, nouveau record américain, puis, en mars, en 56’’ dans un bassin de 25 yards. Il porte le record des 100 mètres à 1’2’’8 en tentative le 15 avril 1910. Il améliore 14 records mondiaux en cinq jours de 1905 et le voici qui détient tous les records du monde, des 25 yards au mile. Ses titres US : d’été, trois sur 100 yards (1905, 6 et 7), six sur 220 yards (1904, 5, 6, 7, 8, 10) six sur 440 yards (1904 et de 1906 à 1910) et trois sur le mile (1905, 1908 et 1909). D’hiver, 100 yards, 220 yards et 440 yards en 1906, 1909, 1910 et 1911, Il emploie un « double over » jusqu’aux Jeux de 1904. Si Daniels a copié la nage de Leary, il modifie légèrement le crawl australien, sans doute parce qu’il s’est découvert un fort battement, et lance ce qu’on appellera le crawl américain, dans lequel l’attaque de bras est synchronisée avec un battement de pieds à six temps (il avait dans un premier temps utilisé quatre battements par cycle de bras, alors que le battement australien est minimal – du moins à cette époque). Il aide à la diffusion de ce style en Grande-Bretagne, où il enlève deux titres anglais sur 100 yards (1906, 1907). Il met aussi au point un style de brasse. Son palmarès comptera finalement 31 titres individuels américains (AAU). Sportif éclectique, on l’a vu, Daniels est aussi un champion de bridge et de squash du New York Athletic club et deviendra plus tard un golfeur amateur de valeur nationale. Et comme il épouse, le 8 juin 1909, Florence Goodyear, l’héritière de la fortune de Goodyear, qui a obtenu le divorce (à Paris) de son mari George Wagner pour « abandon outrageant », il pourra beaucoup jouer au golf toute sa vie !

YOSHIHIKO OSAKI (1939-2015)

NAGER ETAIT SA VIE

Par Eric LAHMY                                                              Mardi 5 Mai 2015

Avec Yoshihiko Osaki, médaillé olympique en 1956, qui passa toute sa vie, ainsi de celle de sa famille, à nager et à servir la natation, c’est un grand homme de sport qui vient de disparaitre.

Le nageur japonais Yoshihiko Osaki, médaillé d’argent du 200 mètres brasse des Jeux olympiques de Rome, en 1960, est mort dans sa soixante-seizième année ce 28 avril, des suites d’une pneumonie. Né le 27 février 1939 dans la préfecture d’Ishikawa, sa passion pour la natation est demeure sans faille à travers les années, puisqu’une fois sa carrière de champion terminée, commença pour lui une carrière administrative qui le mena en 1970 à la direction de l’association de natation d’Osaka, en 1984 à la présidence et à la direction de l’association des masters japonais, en 1987 à la direction de la Fédération Japonaise de Natation. Egalement impliqué dans l’éducation physique il présida à partir de 1973 un institut idoine, le Shakai Taiku Kaihata Kenkyu-Sho. Il continuait aussi à nager pour le plaisir, et enleva entre 1986 et 2002 7 ors et 2 argents aux championnats du monde des masters. Il joua un rôle fondamental dans le développement de la natation des masters, dont il organisa parfaitement les premiers mondiaux au Japon en 1986 ; les masters comptent 43.000 membres au Japon, et Yoshihiko, qui dirigeait également une société Assurant la gestion de 17 piscines, y était pour quelque chose. 

S’il faut en croire sa biographie, présentée lors de son intronisation à l’International Swimming Hall of Fame, à Fort Lauderdale, en 2006, Osaki était le fils d’un nageur de compétition. Et donc, en nageant, il continua d’assurer une tradition familiale et en quelque sorte nationale, puisque les premières compétitions connues de l’histoire de ce sport se sont tenues sous l’empire du Soleil levant. Yoshihiko grandit dans une petite ville de la côte du Japon, Wajima, célèbre pour son marché traditionnel, qui remonte à mille ans, et ses œuvres d’art laquées. Yoshihiko, ses frères et ses amis, préféraient manifestement plonger dans la mer (du Japon) qui devint son terrain de jeu naturel. Il se présenta fort jeune à des compétitions, mais son talent ne s’épanouit qu’après son entrée à l’Université. Sélectionné pour les Jeux olympiques de Rome, il s’y conduisit vaillamment, et enleva la médaille d’argent, derrière un total outsider, l’Américain Bill Mulliken. C’était un exploit, mais Osaki, qui fit aussi partie du relais quatre nages 3e derrière les USA et l’Australie, était profondément déçu. Le Japon avait enlevé l’or et l’argent de l’épreuve en 1956, et il eut l’impression d’avoir failli. Il se maria en 1964 et ses enfants ont fait comme papa : ils ont nagé. Sa femme Yoshiko aussi, et comment : elle a en effet amélioré plus de cent cinquante records du monde masters. Avant son mariage, sous son nom de jeune fille, Sato, elle avait été triple médaillée d’or des Jeux asiatiques en 1958, exploit qu’elle répéta en 1962. Née le 30 mars 1938, elle a gagné, onze titres de championne du Japon, 4 sur 100 mètres et 7 sur 200 mètres, et établi 97 records japonais, dans toutes les courses de nage libre !

ELLIE DANIEL, LE REVE DE ONZE ANS

DANIEL [Eleanor Suzanne « Ellie »] Natation. (Philadelphie, Pennsylvanie, 11 juin 1950-). États-Unis. Entraînée au Vesper Boat par Mary Freeman Kelly (belle-sœur de Grace Kelly), Ellie sait très vite ce qu’elle veut, et à onze ans, après avoir assisté aux championnats des USA 1961, fait savoir qu’elle entend devenir championne olympique. Elle nage d’abord le 1500 mètres, mais, ayant pu voir en 1964 Sharon Stouder enlever les médailles d’or du 100 mètres papillon et du relais de quatre nages aux Jeux olympiques de Tokyo à 14 ans, et considérant sa force et sa souplesse d’épaules, se met en devoir de l’imiter. La FINA ayant ajouté son épreuve préférée, le 200 mètres papillon au programme olympique, pour les Jeux de Mexico, Ellie s’attelle au travail. Sa famille s’installe en Californie et, entraîne par Sherman Chavoor, elle se qualifie pour les Jeux panaméricains de Winnipeg, en 1967, où elle défait à la bagarre la gloire locale canadienne Elaine Tanner et Marilyn Corson. Elle fait partie du relais quatre nages qui améliore le premier record du monde de l’épreuve chronométré au centième, ce qui donne 4’29’’97. L’année suivante, aux Jeux olympiques de Mexico, Elli enlève l’or dans le relais quatre nages avec Kaye Hall, Catie Ball et Sue Pedersen ; l’argent sur 100 mètres papillon (derrière Lyn McClements, Australie) ; et le bronze sur 200 mètres papillon (derrière Ada Kok et Helga Lindner). Traditionnellement, les nageuses américaines, à dix-huit ans, abandonnent la compétition, mais Ellie, entraîne par une vieille gloire du demi-fond, George Breen, entend être présente aux Jeux olympiques de Munich. En 1971, elle améliore en 2’18’’4 le record du monde du 200 mètres papillon. Aux Jeux de Munich 1972, elle termine une nouvelle fois 3e de son épreuve fétiche (derrière Karen Moe et Lynn Colella). Ellie reste ensuite impliquée dans le sport. En 1973, elle fait partie de l’équipe de pongistes US qui voyage en Chine, et donne des exhibitions et séminaires de natation. Elle est choisie comme liaison entre la toute nouvelle commission des athlètes et le Comité olympique US (USOC) en 1975 et en 1976. Elle sert dans plusieurs commissions du dit Comité, notamment à l’approche des Jeux de Los Angeles, en 1984.

MAMAN EST CHAMPIONNE OLYMPIQUE

Par Eric LAHMY                                                      Jeudi 30 Avril 2015

DANGALAKOVA-BOGOMILOVA {Tania (Tanja ou Tanya)] Natation. (Sofia, 4 juin 1964-). Bulgarie. Sous son nom de jeune fille, Bogomilova, grande et mince (1,74m, 58kg), elle est entraînée par Cherventkov, puis par Pantcho Gurkov avec qui elle fait l’essentiel de sa carrière : 3e des Championnats d’Europe sur 100 mètres brasse en 1983, Championne d’Europe sur 200 mètres brasse en 1985, triple Championne du Monde universitaire à Kobe (100-200 brasse, 2004nages) ; 2e (200 brasse, 2’27’’66 contre 2’27’’40 à Silke Horner après avoir pratiquement mené depuis le début) et 3e (100 brasse) aux mondiaux de Madrid, en 1986, elle est systématiquement barrée par les produits du dopage d’Etat de RDA. A 23 ans, elle interrompt sa carrière et, en juillet 1987, donne naissance à une fille, Ana, qui participera aux Jeux olympiques de 2004. En octobre, elle doit être opérée. Entraînée par son mari Jorgi Dangalakov, adjoint de Gurkov, elle reprend l’entraînement en janvier 1988. Quelques mois plus tard, aux Jeux de Séoul, deux jours après avoir fini 4e du 200 mètres brasse, elle devient championne olympique du 100 mètres brasse, frôlant le record du monde de 0’’04. Laissant, au contraire de son habitude, la favorite est-allemande Silke Hörner prendre la tête, et passer à mi-course en 31’’58 sur un rythme de record du monde, Tanya prend la tête vers les 80 mètres et l’emporte. Envahie par l’émotion, elle s’effondre en larmes et ne peut pas s’exprimer devant la presse… En 2002, elle est devenue secrétaire générale (exécutive) de la Fédération bulgare de natation.

DALLA VALLE, COEUR VAILLANT

Par Eric LAHMY                                                 Jeudi 30 Avril 2015

DALLA VALLE [Manuela] (Como, 20 janvier 1963-). Italie. Une carrière record en termes de longévité, étendue sur vingt-et-un ans (1978-1998), marquée par deux 2e places européennes sur 100 mètres brasse (en 1987 et 1989), et un titre à l’Universiade 1987 pour cette exposante de la brasse et des quatre nages, de gabarit modeste, 1,61m, 53kg. Elle compensait sa taille par son exubérance et sa  vaillance. Coachée par Alberto Castagnetti, elle nageait aussi le 200 mètres brasse et le 200 mètres quatre nages et fut finaliste à Los Angeles 1984 (200 mètres 4 nages), Séoul 1988 (200 mètres brasse) et Barcelone 1992 (100 et 200 mètres brasse). 4e du 100 mètres brasse des mondiaux de Perth, en 1991, elle était encore présente aux Jeux d’Atlanta en 1996. Médaillée européenne sur 100 mètres brasse, d’argent en 1987 à Strasbourg, de bronze à en 1989 à Bonn, elle fut championne du monde universitaire à Zagreb, Yougoslavie (1987). Elle enleva 63 titres (printemps et été) italiens dont 50 individuels, et 29 sur 100 mètres brasse seulement, et se retrouva également, de ci de là, sur des podiums en nage libre, en dos, en papillon et, bien entendu, en quatre nages ! Elle devint enseignante en éducation physique, entraîneur et dirigeante (élue en 2000), vice-présidente de la Fédération Italienne de Natation (FIN).

ARONNE ANGHLIERI, DES CHIFFRES ET DES ROSES

Par Eric LAHMY                                                                       Mercredi 29 Avril 2015

Disparu le 3 janvier 2015, Aronne Anghileri fut pendant plus de 40 ans, de 1952 à 1994, le spécialiste de natation du fameux journal rose, La Gazzetta dello Sport.

Arrone avait 87 ans. Deux mois plus tôt, le 6 novembre, sa femme, Regina Mercanti, qu’il avait rencontrée en 1945, s’en était allée la première. Le 10 janvier, les funérailles ont été célébrées à Cologne Monzese, où il vivait, dans la paroisse de San Giuliano.

Il était né à Galbiate, une petite commune de la province de Lecco, en Lombardie, le 29 avril 1927. Avant de se dédier au journalisme, il avait été nageur et entraîneur de la Canottiere Lecco et, diplômé de droit, s’était employé à la Banca Commerciale. Il entra dans le métier en rédigeant des articles pour le mensuel de la Federnuoto, la fédé italienne. Le célèbre Gianni Brera, le plus grand journaliste sportif italien du XXe siècle, nota son talent, l’attira au quotidien Il Giorno de Milan et l’encouragea à laisser tomber la banque. Quarante années durant, Aronne fut le leader de la natation à la Gazzetta dello Sport, le quotidien italien aux pages roses comme le maillot du leader du Giro d’Italia, qui lui appartenait – et auquel Aronne avait continué de collaborer encore jusqu’à quelques mois de son décès.

Anghileri était un homme incontournable de la natation italienne – qui comptait beaucoup de bons journalistes. Il fut ainsi le directeur et le rédacteur prépondérant de la revue mensuelle fédérale italienne, Nuoto. Il collabora aussi pendant vingt-cinq années au Mondo del Nuoto, la revue de Camillo Cametti (autre journaliste de natation et de talent, homme d’entregent, fin politique, très tourné vers l’international), ainsi, en 1977, qu’à La Tecnica del Nuoto. Le 20 novembre, sentant qu’il n’avait plus grand’ chose à ajouter, il avait officialisé le don de ses archives personnelles à la Faculté des Sciences Motrices de Vérone. En 2002, il offrit à la presse un ouvrage monumental, dont il avait réservé en feuilleton ses chapitres à la revue, et où il s’était ingénié à raconter un siècle de natation italienne. Ce fut son grand œuvre, quelque chose de proustien, au moins dans le titre, mais aussi dans l’ampleur (800 pages), intitulé Alla Ricerca del Nuoto Perduto.

Si la natation fut au centre de ses intérêts, Arrone était ouvert à d’autres sports qu’il couvrit avec la même minutie. Sans être rigoriste, il était rigoureux, et jonglait avec les chiffres. « On ne pouvait avec lui qu’être élève, raconte son collègue Arcobelli. Il avait une compétence absolue, non seulement de nage, mais de water-polo, de plongeon, d’escrime, de sports d’hiver, d’aviron. »

Début 2014, il avait organisé la donation de sa bibliothèque de natation, avec tous les écrits sur le sujet depuis 1946, de la Gazzetta dello Sport, reliés annuellement. Pendant près de vingt années, à partir de 1973, nous nous vîmes chaque année, aux événements, Jeux olympiques, championnats du monde et d’Europe, meetings, ainsi qu’à l’occasion de la rencontre traditionnelle de l’hiver, la Coupe latine. Il ne rata que les Jeux olympiques de Moscou, en raison d’une défaillance cardiaque qui lui interdit de voyager.

L’HOMME QUI SAVAIT TOUT

Arrone avait beaucoup vu et retenu. Je lui demandais un jour son avis sur la fameuse polémique du 100 mètres nage libre des Jeux de Rome, où l’Australien John Devitt avait été déclaré vainqueur alors que tous les « voyants », notamment chronométriques, penchaient en direction de l’Américain, Lance Larson. Il lança un regard vers le ciel et me dit que Larson avait gagné et archi gagné « de ça », dit-il, accompagnant l’expression d’un geste du bras qui indiquait qu’il n’y aurait pas dû avoir photo.

Il n’est sans doute pas facile de mesurer un collègue à l’aune de tous les autres, mais, malgré mon appréciation des américains, des anglais, avec Anita Longsbrough, elle-même championne olympique, et Pat Besford, journaliste, écrivain, syndic de presse, des Hongrois, Gyarfas (devenu président de sa Fédération), des Allemands, des Espagnols, je dois dire que les Italiens disposaient du plus grand nombre de journalistes très compétents, en raison notamment de la richesse de leur presse sportive. Arrone tenait, je crois, la corde parce qu’il avait nagé et enseigné la natation, parce qu’en raison des divers titres où il s’exprimait, il travaillait beaucoup sur ce sport et donc s’obligeait à « tout » savoir, qu’il avait de solides capacités d’analyse et de réflexion, que (héritage de ses années de banque ?), il jonglait avec les chiffres sans s’y enfermer comme par exemple son ami Luigi Saini, et enfin, qu’il écrivait bien. Si, dans ce métier, il avait existé une référence, Arrone l’aurait été.

Une anecdote révèle son impartialité ; Emiliano Brembilla, le grand nageur de 1500 mètres, qui l’estimait, lui avait demandé pourquoi il n’avait pas mis sa photo dans son opus sur la natation italienne : « c’est simple, tu n’as pas obtenu de médaille olympique individuelle. »

Anghileri m’infligea un jour une sévère volée dans la revue fédérale Nuoto ! Le prétexte de son ire fut un incident, lors d’une Coupe latine qui se déroulait je crois en Guadeloupe. Le match était assez serré entre France et Italie et je crois qu’un relais, qui achevait les deux jours de compétition, devait décider de la victoire. Or il se trouva que les Italiens l’emportèrent et qu’un groupe de « supporters » alla se jeter à l’eau avant que les autres équipes ne terminent leur parcours. Un arbitre (ou qui d’autre) ressortit à l’occasion le règlement selon lequel ce comportement vaut élimination pour le nageur ou l’équipe de la nationalité des trublions. D’aucuns commencèrent à suggérer l’élimination de l’équipe italienne. Affaire délicate, la compétition se passait en France, et les Français risquaient de se trouver juges et partie !! Mes confrères italiens affirmaient que ces gens n’avaient rien à voir avec « la squadra ». Mais je voulus me faire ma propre idée, allai voir les intempestifs baigneurs qui, sans se rendre compte de la portée de leurs paroles, m’assurèrent qu’ils étaient italiens, membres de l’équipe et fiers de l’être. Ce qui était totalement faux ! Après un bref entretien avec Pierre Broustine, le directeur des courses, le président, Henri Sérandour, décida à juste titre de ne pas tenir compte de l’incident. Pendant tout le temps du retour à l’hôtel en bus, mes confrères italiens pensèrent-ils que je voulais voler la victoire ? Ils m’agacèrent tandis que je leur expliquais ma façon de voir (incompréhension totale, ma ché vergogna) !

Arrone me tint-il grief d’avoir fait ce que j’estimais être mon enquête ? Ou encore n’avait-il pas grand’ chose à raconter sur la compétition ? Toujours est-il que dans le n° suivant de « Il Mondo del Nuoto », j’eus droit à un traitement grand luxe, pratiquement une page en petits caractères, détaillant par le menu mes méfaits et gestes au bord du bassin, mon agitation, etc., etc. J’avoue que d’être le méchant de l’histoire (plutôt une anecdote) me fit sourire. Quand je le revis, quelques mois plus tard, dans un championnat, Arrone, qui était d’un naturel inquiet, pâlit derrière ses lunettes, mais je lui fis fête. Rassuré, il répondit à mes amabilités. Pensa-t-il que je n’avais pas lu son pamphlet ? Je ne lui en ai jamais parlé ! Sincèrement, pouvais-je me fâcher avec Anghileri parce qu’il m’avait étrillé ? Et, de temps en temps, d’être plus ou moins maltraités de la sorte, surtout dans ce métier étrange où nous ne prenons pas de gants pour étriller les autres, ne ressortons-nous pas, le poil plus brillant ?

Ayant été écarté de la natation vers 1994, contre mon souhait, par les nouveaux maîtres de L’Equipe, je n’eus plus l’occasion de voir Arrone, qui, d’ailleurs atteignait l’âge de la retraite. Mais il restera le souvenir de sa voix, de son amabilité, de son intégrité souriante. Comme a dit Camillo Cametti : « Arrone manquera à beaucoup, surtout à la natation. A moi, il manquera comme collègue, comme ami, comme maître. »

IRENE DALBY REINE DE NORVEGE

DALBY [Irène Karine] (Hamar, comte du Hedmark, 31 mai 1971-). Norvège. Double championne d’Europe (400 mètres, 800 mètres) à Athènes en 1991, cette nageuse sculpturale (1,81m, 68-73kg) coachée par Hakon Iverson fut aussi 2e de la Coupe du monde FINA de distance. Médaillée d’argent européenne du 800 mètres en 1993, de bronze européenne du 800 mètres en 1989 et 1995, du 400 mètres en 1993 et 1995, elle fut par deux fois, en 1992 à Barcelone et en 1996 à Atlanta, 5e du 800 mètres des Jeux olympiques. Ses records en grand bassin montrent à défaut de vitesse de base une grande résistance, 2’2’’35 au 200 mètres,  4’11’’51 au 400 mètres et 8’29’’59 au 800 mètres et 16’42’’87 au 1500 mètres. Elle fut la meilleure nageuse norvégienne de l’histoire, et sa solitude est démontrée par les 124 titres nationaux qu’elle remporta dans une carrière qui s’étendit sur trois olympiades, entre une médaille de bronze mondiale juniors en 1986 et une présence aux Jeux d’Atlanta, en 1996.

DAI FIGURE DE PROUE DU DOPAGE CHINOIS

DAI [Guohong] (Province de Liaohing, 3 septembre 1977-). Chine. Championne du monde 1994, à Rome du 400 mètres quatre nages ; spécialisée aussi en brasse, style dans lequel elle est médaillée d’argent (sur 100 mètres) et nage pour le relais 4 fois 100 mètres quatre nages également champion du monde. Par sa victoire dans le quatre nages, elle « incarne le triomphe de la puissance sur la technique. Après son virage au 100 mètres [en papillon], elle étale sa faiblesse, un parcours en dos abominable qui la laisse 2’’3 derrière Allison Wagner » (Craig Lord). Mais elle passe de 4e à 1ere en brasse (1’16’’20), à l’issue de quoi seule Wagner reste encore dans le coup. Mais les 1’5’’46 en crawl de l’Américaine sont insuffisants pour combler son retard face à Dai qui nage, elle, 1’5’’93. En 4’39’’14, elle garde l’ascendant sur Wagner, 4’39’’98. Dai a été l’année précédente, quadruple championne du monde en petit bassin, à Palma (sur 100 et 200 mètres brasse, 400 mètres quatre nages et avec le relais quatre nages) et 2e sur 200 mètres 4 nages. Elle est aussi archi-médaillée aux Jeux asiatiques 1994 à Hiroshima (or des 100 brasses, des 200 4 nages et du relais quatre nages, argent sur 200 brasse et 400 4 nages). Fin 1995, on apprend qu’hors de forme, ayant pris 10kg, elle songe à prendre sa retraite sportive. Certains bruits ont couru sur le fait qu’elle aurait été prise par des contrôles de produits interdits, dont des stéroïdes). De ce fait, et du fait que les Chinois développent des systèmes de dopage, on peut estimer que toutes ses performances sont douteuses.

ATTILA CZENE CHAMPION OLYMPIQUE ET MINISTRE D’ETAT

 

CZENE [Attila] Natation. (Szeged, 20 juin 1974-). Hongrie. Entraîné à Budapest par Tamas Szechy, d’abord l’un des plus prometteurs dossistes d’Europe, ce garçon fin et attachant s’orienta vers le crawl, le papillon et les quatre nages. Peut-être délaissa-t-il le dos après s’être fracturé une phalange en 1991 dans une arrivée (à Canet en Roussillon) ?Très près déjà de la victoire sur 200 mètres 4 nages aux Jeux de Barcelone, en 1992, en 2’1’’, tout près de Tamas Darnyi et de Greg Burgess, 2’0’’76 et 2’0’’97, il fut champion olympique du 200 mètres quatre nages à Atlanta, en 1996 (1’59’’91), au grand dam du super favori finlandais Sievinen déjà devancé par lui, de 0’’22, aux Jeux de Barcelone, mais aussi de Tom Dolan, vainqueur, lui, quatre jours plus tôt, du 400 mètres 4 nages. Attila, dans la ligne 1, suivit le Canadien Curtis Myden à l’issue du papillon, revint, puis creusa l’écart en dos, et parvint à contrer Sievinen auteur d’un fort retour en crawl (2’0’’13) et conserver suffisamment d’avance pour gagner, seule sous les deux minutes : 1’59’’91… Un mois après les Jeux, il fut révélé que les Hongrois avaient fait preuve de duplicité pour engager leurs nageurs. A quelques semaines des Jeux, Czene et quelques autres n’avaient toujours pas réalisé les temps qui pouvaient les qualifier pour les Jeux, et la Fédération hongroise inventa de toutes pièces une compétition totalement bidon, inscrivirent des temps également fantaisistes qui permirent à une bonne douzaine de nageurs, dont Attila, de s’inscrire aux Jeux. La Fédération fut punie, mais Czene put conserver son titre. En mars 2000, il améliora le record du monde de la distance en petit bassin, en 1’54’’65. Aux Jeux olympiques 2000, il finit 4e de son épreuve fétiche, gagnée par l’Italien Rosolino.

Attila Czene fit ensuite une belle carrière politique, ministre d’Etat des sports et des Ressources nationales de la Hongrie, et joua un rôle continental, dans ce créneau, lors de la présidence hongroise des affaires européennes, au premier semestre 2011.

DAISY CURWEN NE FAISAIT QUE PASSER

Par Eric LAHMY                                                             Mardi 28 Avril 2015

CURWEN [Daisy] Natation. (Liverpool, 6 décembre 1889-). Recordwoman du monde des 100 yards (1’12’’6) et des 100 mètres nage libre en 1’24’’6 (29 septembre 1911) 1’23’’2 puis 1’20’’6 (Birkenhead, 10 juin 1912), elle perd le record le 9 juillet 1912, quand, aux Jeux de Stockholm auxquels elle participe, Fanny Durack l’efface. Curwen (mariée, nom d’épouse, O’Brien, depuis un an) se qualifie aisément en 1’23’’6, réussit le 2e temps des demi-finales (1’26’’8) quand, hospitalisée d’urgence en raison d’une soudaine crise d’appendicite, elle ne peut défend

re sa chance en finale. Durack semblait plus forte aux Jeux mais sait-on jamais ? Elle aurait battu six records du monde, des 100 yards aux 300 mètres. On ne sait rien de sa mort, cependant une chronique locale qu’elle vécut à Walton jusqu’à un âge avancé. Elle fut photographiée lors du jubilé d’une piscine locale, les Guinea Gap Baths, en 1968, et encore une fois en 1974, à 85 ans.