Category: Biographies

INGE DE BRUIJN, PIONNIÈRE INCOMPRISE DU 21éme SIÈCLE

par Eric LAHMY                                              28 Mai 2015

DE BRUIJN [Inge] Natation. (Barendrecht, 24 août 1973-). Pays-Bas. Entraînée à Eindhoven par Jacco Verhaeren et aux Etats-Unis par Paul Bergen, après des années à fréquenter les places d’honneur, cette Néerlandaise change de statut et s’impose rapidement mais sur le tard, à 26 ans, comme la meilleure nageuse du monde, dans le même temps que son compatriote et camarade d’entraînement Pieter Van den Hoogenband. Inge a sept ans quand elle découvre son talent de nageuse. Ses parents l’aident et l’encouragent, et la voici qui dispute son premier meeting international à 12 ans. Elle collectionne les sélections nationales dès 1991, année où elle est championne d’Europe avec le relais quatre fois 100 mètres, 2e du 100 mètres papillon en 1’1’’64 derrière Catherine Plewinski, 1’0’’32, et 3e des 50 mètres et du relais 4 fois 100 mètres quatre nages. En 1992, une intoxication alimentaire ruine ses prétentions olympiques, mais elle finit 8e du 50 mètres et 10e sur 100 mètres papillon. Pendant plusieurs saisons, elle collectionne des places de finalistes dans les grandes compétitions, et même quelques podiums (3e sur 50 mètres aux championnats d’Europe 1993). Mais elle a perdu toute ambition et commence à sauter les entraînements. Elle est même exclue (pour nonchalance) de l’équipe nationale en 1996 par son entraîneur et fiancé, Jacco Verhaeren ! C’est dans l’Oregon, sous les ordres de Paul Bergen, que, dès 1997, De Bruijn change à la fois son attitude mentale, la forme de sa nage – optant pour un crawl « moulin à vent » avec un retour aérien bras tendus – et sa condition physique, pour devenir non seulement la meilleure nageuse du monde, mais aussi celle qui révolutionne les performances en sprint.

En 1998, sa transformation est en cours, mais tout ce travail auquel elle se soumet n’a pas encore porté ses fruits ; elle existe à peine au plan mondial, même si elle lance le relais 4 fois 100 mètres néerlandais en 55’’85 ; elle atteint la finale du 100 mètres des mondiaux de Perth en Australie, où elle termine 8e et dernière en 56’’69. Dans le relais quatre nages, ses 59’’66 sont juste honorables. Pour beaucoup, elle reste cette surdouée trop émotive et pas assez stable pour conduire sa carrière de manière exigeante. Mais l’année suivante, il en va autrement.

LA GRANDE METAMORPHOSE DE L’AN 2000

Championne d’Europe 1999 sur 50 mètres libre et 100 mètres papillon, 2e du 100 mètres nage libre, ce ne sont que prémisses. Elle effectue une saison 2000 impressionnante : sur 50 mètres nage libre, elle égale le record du monde de Linyi Le, vieux de six ans, 24’’51, le 26 mai à Sheffield, l’amène à 24’’48 le 4 Juin aux sélections néerlandaises, à 24’’39 le 10 juin aux sélections brésiliennes à Rio, enfin à 24’’13 en demi-finales des Jeux olympiques de Sydney, où elle gagne aussi la finale en 24’’32 devant Therese Alshammar, 24’’51, et Dara Torres, 24’’63. Sur 100 mètres, elle entame sa conquête également à Sheffield, en devenant la première femme « sous » les 54’’, avec 53’’80 le 28 mai. Aux Jeux olympiques, elle est la seule en moins de 55’’ en séries, la seule en moins de 54’’ avec 53’’77 en demi-finales, le 20 septembre, et elle gagne la finale en 53’’83 devant Therese Alshammar, 54’’33, et Jenny Thompson et Dara Torres ex-æquo en 54’’63. Sur 100 mètres papillon, toujours à Sheffield, elle bat le record mondial de Jenny Thompson d’une grosse seconde, 56’’69 contre 57’’88, nage ensuite la distance en 56’’64 le 22 juillet et enfin en 56’’61 en finale olympique à Sydney le 17 septembre. Son parcours olympique sur 100 mètres papillon est des plus impressionnants, car elle gagne ses courses d’une longueur, s’emparant du record olympique en demi-finale en 57’’14, puis dominant la finale où Martina Moravcova, 2e, 57’’97, et Dara Torres, 3e, 58’’20, sont respectivement à deux et trois mètres. Toujours aux Jeux, elle emmène le relais quatre fois 100 mètres néerlandais à la médaille d’argent. Quand elle plonge, les Pays-Bas se trouvent en 6e position, et De Bruijn (53’’41) remonte l’Australie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Suède.

L’année suivante, elle enlève les 50 mètres (24’’47) et 100 mètres (54’’18) nage libre ainsi que le 50 mètres papillon (25’’90), toujours par des marges inusitées sur ses suivantes, aux championnats du monde de Fukuoka. Elle est élue meilleure nageuse du monde. Plus le temps passe, plus elle fait sa niche dans le sprint pur. Elle remporte 50 mètres libre (24’’47) et 50 mètres papillon (25’’84) aux mondiaux 2003, à Barcelone. Aux Jeux d’Athènes, en 2004, elle conserve le titre du 50 mètres en 24’’58, loin devant la Française Malia Metella, 24’’89, et l’Australienne Lisbeth Lenton, 24’’91, mais elle ne domine plus vraiment. En mars, une Australienne, Lisbeth Lenton, a battu son record du 100 mètres libre en 53’’66. Inge domine les séries olympiques en 54’’43, mais tout le monde a nagé en se réservant un peu. Dans la première demi-finale, Lisbeth Lenton, petit drame, nage en 55’’30. Dans la seconde, une autre Australienne, Jody Henry, détruit le record du monde en 53’’52. De Bruijn est à un mètre, 54’’06. En finale, Henry ne renouvelle pas l’exploit, mais l’emporte, 53’’84 contre 54’’16. Inge, battue, est nettement devant Coughlin, 54’’40. Sur 100 mètres papillon, elle est 3e en 57’’99 derrière une Australienne, Petria Thomas, 57’’72, et une Polonaise, Otylia Jderzejczak, 57’’84. Ces temps, éloignés de sa grande forme de Sydney, montrent qu’Inge n’est plus ce qu’elle était. Elle enlève quand même aussi le bronze avec le relais 4 fois 100 mètres, où elle nage un bon 53’’37 lancé. Elle annonce sa retraite au début 2007, alors qu’elle n’a plus nagé depuis deux saisons et demie.

UN PHYSIQUE DE MANGAS

ENTRAINEMENT.- Dès 1997, Paul Bergen créa pour Inge de Bruijn un entraînement innovant. Il transforme son style en s’appuyant sur les découvertes qu’il a faites du style, alors fort décrié, de Janet Evans, qu’il juge innovant, et la soumet à des exercices de musculation et de force dont on vit apparaître les premiers résultats aux championnats d’Europe 1999. Quand, à 26 ans, à l’approche des Jeux olympiques de Sydney, alors qu’en raison de son âge, on pensait qu’elle se trouvait sur la pente descendante, elle réalisa un bouquet de performances, elle fut accueillie – entre autres – par des doutes fortement exprimés. L’Australienne Susie O’Neil parla de performances « assez suspectes. » D’aucuns évoquèrent une nouvelle Michelle Smith, c’était parler à la légère. Smith n’avait jamais été ni douée, ni taillée pour la natation. Inge, elle, était une fille au physique assez sensationnel, très grande blonde, très fine et athlétique, sculpturale voire spectaculaire – immenses yeux bleus et cheveux blonds par-dessus le marché  – avec quelque chose d’irréel dans ses proportions, qui évoque un personnage d’heroïc fantasy ou d’urban comics, sorte de Tarzanette, de Wonderwoman ; en outre très douée, mais qui n’avait pas donné jusque là sa pleine mesure. Plutôt que les produits illicites, c’était ses séances  gymniques ou avec poids et haltères, ses grimpers de corde, ses séances d’arts martiaux, de nage avec chaussures pour ajouter du poids. Pour elle, son éviction de l’équipe olympique en 1996 fut aussi une bonne chose. « Pendant un an, je ne nageai pas. Je m’ennuyais à nager. Quand je revins, j’employais mes talents à fond. » A son sommet, cependant, émaciée par l’entraînement et la recherche d’un poids maigre, son ossature faciale privée de chair pour l’habiller, comme sculptée, lui donnait une apparence impressionnante, beauté insolite, quasi surnaturelle ; ses muscles détachés, en relief, furent autant de détails sur lesquels on s’appuya aussi pour l’accuser et le descendre. De Bruijn, personne émotive, a raconté qu’elle dut se protéger de ces attaques en refusant de lire les journaux. Aujourd’hui, il est démontré que ces procès étaient injustifiés. Dara Torres, puis d’autres nageuses, ont réutilisé les méthodes de De Bruijn, qui sont entrées en quelque sorte dans la culture de la natation. Mais les doutes renaissent à chaque avatar : on montra ensuite du doigt Torres, et c’est maintenant le tour de Katinka Hosszu.

PENNY DEAN, LA MER EST SON ROYAUME

par Eric LAHMY                                                               23 Mai 2015

DEAN [Penny Lee] Natation. États-Unis. Nageuse de longues distances. Elle nageait depuis l’âge de vingt mois, à San Francisco et à Santa-Clara. Elle échoua de quelques mètres, écolière de dix ans, dans la traversée du Golden Gate. Elle réalise sa grande carrière malgré une anomalie (absence d’artère antérieure au bras gauche). Écolière, elle est « All American » à six reprises. En 1976, ce petit bout de femme de 57kg pour 1,57m réussit le « raid » du détroit de Catalina en 7h15’55’’, une heure et quart moins vite que le record établi, l’aller-retour en 20h3’ l’année suivante. Elle est célèbre surtout par ses traversées de la Manche, établisant un record (battu de 1h5’) de la traversée d’Angleterre vers la France, en 7h40’, qui tiendra seize ans, et sera amélioré par son élève Chad Hundeby en 1995. Une année d’activité intense, 1979, où elle gagne un grand nombre de traversées, lui permet d’accumuler 1000 points de plus que sa suivante au clasement du championnat du monde professionnel. Elle doit se retirer de la compétition suivant une prescription médicale et devient entraîneur de l’équipe américaine de longues distances (1984-1988), puis enseignante et entraîneur en chef au Collège Pomona, elle écrit divers livres sur la natation de longue distance (« Comment nager le marathon » et « Histoire des traversées du Catalina »). Licenciée en droit depuis 1996, année où elle est élue au Swimming Hall of Fame.

Ouvrages : Just Try One More (autobiographie). Open Water Swimming: a Complete Guide for Distance Swimmers and Triathletes.

BUCK DAWSON

LE GARDIEN DU TEMPLE

Par Eric LAHMY                                                                                Samedi 17 Mai 2015

DAWSON [William Forrest « Buck »] (Halloween, 31 octobre 1920-Fort Lauderdale, 4 avril 2008). USA. « Monsieur Swimming Hall of Fame », il aida à la création d’un « Temple » de la natation à Fort Lauderdale, un musée dont il devint le premier directeur exécutif, en 1963. Sa vie est un roman. Il connait une guerre mondiale pleine de rebondissements (17 décorations), qu’il débute comme simple solat et termine à la suite du Général James Gavin, occupe Berlin où il trouve le temps de devenir ami avec Marlene Dietrich et Ingrid Bergman ! Buck Dawson pratiquait l’athlétisme et le football, et ne savait pas nager, mais se passionna pour la natation quand il épousa RoseMary Mann, fille de Matt Mann, l’entraîneur de l’Université de Michigan et de l’équipe olympique US de 1952. RoseMary enseigna la natation pendant quinze ans à l’école de Pine Crest de Fort Lauderdale. Avec l’aide d’un pionnier de Fort Lauderdale, G. Harold Martin, Dawson fit passer le « Hall » de l’état d’idée à celui d’un centre d’archives de la natation mondiale. Il obtint de la YMCA qu’elle tienne ses championnats à Fort Lauderdale, créa le Grand Prix (annuel) de plongeon, et l’Annual Rough Water Swim, disputé sur un mile en mer, permit l’Association des Coaches de Natation américains (ASCA) de s’installer sur place. C’est lui aussi qui attira Johnny Weissmuller et en fit pendant six ans le « chairman of the board » de l’ISHOF, ce qui apporta à l’institution la célébrité et le charisme du plus fameux Tarzan d’Hollywood. Buster Crabbe, Eleanor Holm et Esther Williams étaient des familiers des lieux. Débrouillard, farfelu, sympathique, il était une sorte de mémoire de la natation américaine. Il a écrit dix-huit livres sur une variété de sujets, dont une histoire de la natation américaine de Weissmuller à Spitz, en fait une série de portraits des glorieux récipiendaires du Swimming Hall of Fame.

VICTOR DAVIS, LA NAGE ET LA RAGE

Par Eric LAHMY                                                       Dimanche 17 Mai 2015

DAVIS [Victor] Natation. (Guelph, Ontario, Canada, 10 février 1964-Montréal, 13 novembre 1989). Canada. Ce fier compétiteur assimilait une deuxième place à une défaite. On peut croire que c’est ce tempérament fougueux qui va faire de lui le meilleur nageur de brasse de 1982 à 1986. Victor Davis est un guerrier doublé d’un hyperactif et d’un tempérament véhément avec quelque chose de chaloupé et de dur à cuire, parfois menaçant, dans sa démarche. « Il am not a fighter, I am a prizefighter », lance-t-il dans un jeu de mots qui ne rend pas en français : « je ne suis pas un combattant, je suis un boxeur professionnel. » Quelque chose dans ses gènes, d’un grand-père qui a disputé les Jeux olympiques dans l’équipe canadienne de boxe ? Pourtant, on se demande comment il peut produire de telles performances. Ne souffre-t-il pas d’une spina bifida, une malformation (développement incomplet) de la colonne vertébrale, d’hypertrophie de la rate, et d’une incapacité à calmer ses états de rage quand les choses vont mal ? Il plonge dans les lacs de sa région avant de rejoindre le Guelph Marlin Aquatic Club, à Waterloo, en 1976, à la demande de Clifford Barry, qui restera son entraîneur jusqu’à la fin de sa carrière, en juillet 1989. Son entrée sur la scène internationale, à 17 ans, est marquée par sa fracassante victoire, aux championnats du monde de Guayaquil, en Equateur, sur 200 mètres brasse avec un record du monde, 2’14’’77, loin devant le Russe Robertas Zulpa. Il s’intercale, sur 100 mètres brasse, avec 1’2’’82, entre les deux Américains, Steve Lundquist, 1’2’’75, et John Moffet, 1’3’’13.  Deux mois plus tard, en octobre, à Brisbane, aux Jeux du Commonwealth, il gagne sur 200 mètres brasse (2’16’’25). Il est aussi 2e du 100 mètres brasse (1’3’’18) derrière Adrian Moorhouse, Grande-Bretagne, 1’2’’93. Il se fait aussi remarquer par son caractère, et, épaulé par un autre bagarreur, Peter Szmidt, mène l’équipe canadienne dans une ambiance de combat face à la suprématie qu’il trouve arrogante des Australiens. Quand le relais quatre nages canadien se fait éliminer pour prise de relais incorrecte, sa véhémence s’exprime ; il balance à coups de pieds une chaise d’arbitre sous le regard de la reine Elizabeth II. En-dehors des relais, les Canadiens tiennent d’ailleurs la dragée haute aux Australiens, qui ne dominent guère que chez les femmes, et, outre Davis, les Canadiens, Mike West (100 mètres dos), Cameron Henning (200 mètres dos), Dan Thompson, (100 mètres papillon) et Alex Baumann (200 mètres et 400 mètres quatre nages), enlèvent la moitié des titres individuels masculins. En 1983, Davis, victime d’une mononucléose, ne nage pratiquement pas. Aux Jeux olympiques de 1984, à Los Angeles, sur 200 mètres brasse, où l’absence de Moffet, son seul rival sérieux, blessé, le laisse seul, face au record mondial qu’il a amené à 2’14’’58 un mois plus tôt aux trials canadiens, Victor passe en tête (30’’43) au premier virage, est en avance sur le record au deuxième (1’3’’83), puis au troisième (1’38’’67), et il conclut très fort, en 2’13’’34, loin devant un excellent Glenn Berringen, Australie, 2’15’’79. Sur 100 mètres, il améliore son temps d’une pleine seconde mais doit laisser l’or à Steve Lundquist, 1’1’’99 contre 1’1’’65 ; il enlève avec l’équipe canadienne, l’argent du relais quatre nages, où les trois premiers relayeurs, West (56’’61), Davis (1’2’’33) et Ponting (54’’01), accumulent une avance de plus de deux secondes et où en crawl, Sandy Goss (51’’28), parvient à conserver deux centièmes sur le furieux retour de l’Australien Mark Stockwell (49’’16) : temps final, Canada, 3’43’’23, Australie, 3’43’’25… tandis que les USA battent le record du monde en 3’39’’30.

Les victoires de Davis, d’Alex Baumann et d’Ann Ottenbrite à Los Angeles rompent une période de soixante-douze années sans médaille d’or olympique en natation, pour le Canada – depuis, en fait, que George Hodgson a réussi à Stockholm en 1912 le doublé du demi-fond : 400 et 1500 mètres. Davis pense alors qu’il peut nager le 200 mètres brasse en 2’10’’ mais il n’atteindra jamais cet objectif. Fin juillet 1982, aux Jeux du Commonwealth, à Edinburgh, en Ecosse, il l’emporte sur 100 mètres brasse en 1’3’’01 contre 1’3’’09 devant Adrian Moorhouse qui lui rend la monnaie de sa pièce, l’emportant sur la distance double, 2’16’’35 contre 2’16’’70. Les Canadiens enlèvent le relais quatre nages. Deux semaines plus tard, aux mondiaux à Madrid, Davis montre que les résultats d’Edinburgh, ne sont pas accidentels, puisqu’à l’encontre du schéma habituel, il enlève le 100 mètres brasse en 1’2’’71 (après disqualification de Moorhouse, il est vrai, arrivé en 1’2’’01, pour mouvement de dauphin au virage du 50 mètres), et finit second, derrière le Hongrois Jozsef Szabo, dans des temps certes relevés, 2’14’’27 contre 2’14’’93, sur 200 mètres brasse. Cette tendance à nager plus vite, mais à moins bien tenir la distance, va s’aggraver en 1988, quand Davis, toujours entraîné par Barry, qu’il a suivi en 1986, à Pointe-Claire (Montréal), ne peut pas se qualifier pour le 200 mètres brasse des Jeux de Séoul. En revanche, il dispute sa chance sur 100 mètres brasse. Mais s’il se qualifie avec le 2e temps derrière Adrian Moorhouse, il ne trouve pas le surcroit de vitesse nécessaire en finale, et échoue à la 4e place. S’il ne nage pas plus vite que 1’2’’38, Davis va, six jours plus tard, dans le relais quatre nages, avaler la distance en 1’0’’90, lancé, exploit qui lui aurait donné l’or si nagé dans la course individuelle, et, reprenant un mètre à Volkov qui l’a devancé pour le bronze individuel, permet au Canada, derrière les imbattables USA, 3’36’’93, de devancer les Russes, en 3’39’’28 contre 3’39’’96.

Le 5 juillet 1989, Victor Davis annonce officiellement qu’il prend sa retraite. Il désire créer son entreprise, liée aux métiers de la natation. Le 11 novembre, à la sortie d’une boite de nuit, à Montréal, il est projeté à vingt mètres par une voiture dont le conducteur, Glen Crossley, prend la fuite. Fracture du crâne, hémorragie cérébrale, blessures à la colonne vertébrale, Davis meurt deux jours plus tard. Il s’avère qu’un peu plus tôt dans la soirée, une altercation l’avait opposé à Crossley. Celui-ci, étrange mansuétude des juges, s’en sortira avec quatre mois de prison ! Conformément aux vœux de Victor, exprimés à son père, des organes furent prélevés sur son corps.

Victor Davis a emporté 31 titres de champion du Canada.

Un film, Victor, a raconté la vie de Victor Davis, et un documentaire de 1983, « The Fast and the Furious », a présenté les trajectoires croisées de Davis et d’Alex Baumann.

LA VIE RICHE ET COMPLIQUÉE DE SHARRON DAVIES

Vendredi 15 Mai 2015

DAVIES [Sharron Élizabeth] Natation. (Plymouth, 1er novembre 1962-). Grande-Bretagne. Médaillée d’argent du 400 mètres quatre nages (4’46’’83) des Jeux de Moscou en 1980 – derrière l’Allemande de l’Est Petra Schneider, 4’36’’29, qui, plus tard, souffrira de mille maux des suites de son dopage par le système de la RDA – c’est un talent précoce, la plus jeune membre de l’équipe olympique britannique en 1976 à Montréal (elle n’a pas encore 14 ans), la championne du Commonwealth des 200 et 400 mètres quatre nages en 1978. Belle fille (1,80m, 67kg) manifestement consciente de ses atouts physiques, et parfois de ses limites (d’où des implants mammaires après la naissance de son premier enfant) qui lui ont permis de jouer les mannequins et de s’infiltrer de façon durable dans les media télé, elle sait jouer de ses armes, ne se ménage pas pour relancer son image, retourne par exemple à la compétition, après neuf ans d’absence, entre 1989 et 1992. Elle vit avec le judoka Neil Adams qui l’abandonne subitement pour épouser une coiffeuse. Elle se marie alors avec un enseignant d’entrainement physique, John Crisp (1987-91), épouse en secondes noces  l’athlète Derek Redmond, champion du monde sur quatre fois 400 mètres qu’elle a rencontré à Barcelone en 1992, divorce en 2000, épouse en troisièmes noces Tony Kingston, un pilote de la British Airways, père de son troisième enfant, qu’elle quitte en 2009. Toujours impliqué dans le fitness elle vit depuis dans une petite ville millénaire, Bradford-on-Avon et patronne des associations caritatives en faveur de l’enfance déshéritée. E.L.

LES SOUVENIRS CONTRÔLÉS D’ULRIKE RICHTER

Par Éric LAHMY                                                                Jeudi A14 Mai 2015

RICHTER [Ulrike] Natation. (Görlitz, 17 juin 1959-). R.D.A. La grande nageuse de dos de l’olympiade de Montréal, dans l’équipe d’Allemagne de l’Est qui pratiquait un « dopage d’état. » Amenée au sport par son père, elle nage dès l’âge de six ans à Görlitz. Remarquée dans une compétition pour jeunes en 1969, elle entre à l’école de sport de Dresde. Richter établit dans ce contexte neuf records du monde entre 1973 et 1974, améliorant celui du 100 mètres dos de 2’’79 en sept fois et l’amenant à 1’2’’6, et celui du 200 mètres dos (2’17’’35). C’est encore une gamine qui, racontera-t-elle, ne sait pas ce que signifie « record du monde » lorsqu’elle bat le premier d’entre eux au festival des sports de Dresde. Elle qualifie aussi cette période de « difficile, toujours avec l’équipe et seulement dix jours de vacances par an. » Elle enlève le titre mondial du 100 mètres dos, en 1973 à Belgrade, à quatorze ans (plus jeune championne du monde de natation de l’histoire) aux dépens de la double championne olympique américaine Melissa Belote et lance le relais quatre nages est-allemand qui laisse les Américaines, secondes, à neuf secondes. Triple championne d’Europe en 1974 à Vienne (100 et 200 dos et relais quatre nages) et double championne du monde en 1975 à Cali (100 mètres dos, relais quatre nages), elle termine sa carrière aux Jeux de Montréal, où elle améliore pour la 9e fois le record du monde du 100 mètres dos en finale, en 1’1’’83, remporte le 200 mètres dos en 2’13’’43 aux dépens de la recordwoman du monde, sa compatriote Birgit Treiber et lance le relais 4 fois 100m 4 nages est-allemand vainqueur, qui améliore le record du monde, l’amenant de 4’13’’41 à 4’7’’95, et bat les Américaines de 6’’50. Elle est encore présente à Jönköping, aux championnats d’Europe, où elle termine 2e des 100 et 200 mètres dos derrière Birgit Treiber. Ulrike Richter a eu de la chance, par rapport à d’autres sportives dopées de RDA, qui connurent ultérieurement des séquelles plus ou moins graves. Elle est moins virilisée, malgré une musculature assez imposante, et garde une frimousse agréable (c’est avec Kornelia Ender une des plus jolies filles de la RDA). Elle épouse un joueur de football, Volker Schmitt, à vingt ans, en 1979, et a donné naissance à des enfants. On peut se demander comment des nageurs qui ont vécu une expérience aussi singulière, presque schizophrénique, gloire extrême et humiliation profonde, et qui a été largement vilipendée, s’en souviennent. De façon frappante, comme les autres à la fois bénéficiaire et victime de ce système, Ulrike en a parlé dans une interview parue en 2009. A défaut d’honneurs officiels, difficiles à imaginer, elle raconte qu’au vingt-cinquième anniversaire des Jeux olympiques de 1976 qui virent une razzia allemande, qui l’emportèrent par douze titres sur quatorze, eut lieu une grande réunion des personnes concernées. « Et mon entraîneur vient me voir à mes anniversaires. Nous sommes comme une famille. » Ulrike en parle comme si la honte n’existait pas, et ne restaient que la camaraderie du sport et les bons moments.

JOHN DAVIES, NAGEUR AUSTRALIEN ET JUGE AMERICAIN

Par Eric LAHMY                                                Jeudi 14 Mai 2015

DAVIES [John Griffith] Natation. (Willoughby, 17 mai 1929-). Australie, puis USA. Champion olympique du 200 mètres brasse (papillon, mais sans dauphin) à Helsinki en 1952, pour l’Australie. Sa jeunesse se passe à Willoughby, dans les Nouvelles Galles du Sud. Pendant trois ans, son père est prisonnier de guerre des Japonais. Il quitte l’école de Narrabeen et travailla à la Caltex (pétrole) où on lui permet assez librement de s’absenter pour nager en compétition. Champion des Nouvelles Galle en 1946, il rejoint Forbes Carlile qui l’entraîne. Aux Jeux de Londres, Davies réussit le 3e temps de la finale du 200 mètres brasse, 2’43’’7, mais les juges le placent derrière l’Américain Robert Sohl, 2’43’’9 (ce qui donne un triplé US). Il s’inscrit en sciences politiques à l’Université du Michigan, à Ann Arbor et en l’absence de bourses d’études pour les nageurs, subvient à ses besoins en travaillant. L’entraîneur Matt Mann change des éléments de son style. Aux Jeux d’Helsinki, exempté de sélection par les Australiens en raison de ses résultats (champion universitaire puis champion des USA, record du monde), il est sélectionné aux Jeux d’Helsinki, et s’entraîne aux USA avec John Marshall chez Bob Kiputh. Il arrive fatigué à Helsinki, dort vingt heures par jour, s’entraîne à peine un kilomètre. Mais il se qualifie en série, bat le record olympique en demi-finales. Sa course en finale est un modèle de train équilibré. Il se trouve deux secondes et demie derrière le leader à mi-course. Il passe l’Allemand Herbert Klein (2’35’’9) qui s’effondre et parvient à devancer de peu, en 2’34’’4 contre 2’34’’7, l’Américain Bowen Stassforth. Diplômé de l’Université du Michigan (1953), puis, en droit, de l’UCLA (1959), installé longuement aux États-Unis, dont il adopte la nationalité ultérieurement, il y remporte cinq titres nationaux et deux titres universitaires NCAA. Il devient un avocat du show business, installé d’abord à Los Angeles (1961-72) puis à Beverly Hills (1972-86) et représente ainsi les studios Universal et Walt Disney, puis est nommé juge de district par le président Ronald Reagan. Il dirige le fameux procès des policiers surpris par une vidéo en train de frapper un chauffeur de taxi, Rodney King, qui provoqua par la suite des émeutes raciales.

RAY DAUGHERS, USA, GRAND COACH A L’ANCIENNE

Par Eric LAHMY                                                   Mercredi 13 Mai 2015

DAUGHTERS [Raymond Earl ‘’Ray’’] Natation. (Denver, 1895-/ ). L’un des grands coaches US, après avoir débuté au Seattle Crystal Pool,  il dirige le Washington Athletic Club de 1942 à 1964, et en fait une pépinière de champions, depuis Helen Madison, dont il eu l’intuition du talent alors qu’elle avait 14 ans, et Jack Medica, jusqu’à Marilou Petty, Olive McQueen, Nancy Ramey (médaillée d’argent olympique du 100 mètres papillon) et tant d’autres. Quand Madison devient la meilleure nageuse du monde, d’aucuns disent qu’il a eu beaucoup de chance, que Madison aurait tout gagné sans lui. Il ne répond pas directement, mais note, fataliste : « c’est sûr, je n’en trouverai pas une autre comme elle. » Mais il réussit autre chose, amenant quatre de ses nageuses, Mary Lou Petty, Betty Lea, Doris Buckley et Olive McKean à améliorer, en 1935 et en 1936 le record du monde du relais quatre fois 100 mètres ! Lui-même ayant quitté Denver pour Seattle vers l’âge de dix ans, avait été bon nageur de demi-fond dans les premières années 1900. Il est, pendant la Première Guerre mondiale, en charge de l’enseignement de la natation à la Seattle Naval Training Station. Ses nageurs tomberont 30 records du monde, 301 records et 64 titres US. Il est dans les équipes olympiques US aux Jeux de Berlin (1936), Londres (1948), Helsinki (1952) et Melbourne (1956) et sert encore comme « team manager » aux Jeux de Rome, en 1960, avant de présider le Comité de natation de l’Amateur Athletic Union et le Comité Olympique masculin. En 1936 et en 1948, il entraîne l’équipe olympique féminine. Intronisé en 1971 à l’International Swimming Hall of Fame.

En janvier 1936, quelques mois avant que Daughters et ses nageurs Medica, Keane et Petty ne se rendent aux Jeux olympiques de Londres, la revue The Saturday Evening Post demanda à Daughters d’écrire un article sur ses méthodes et ses techniques d’entraînement, et de répondre à ces questions : qu’enseignez-vous de différent des autres entraîneurs ?  Quelles sont vos méthodes ? Par quel moyen obtenez-vous ce plus de vitesse pour vos nageurs qui fait la différence entre de bons nageurs et de vrais champions ? L’article parut le 30 mai 1936. Pour commencer, Daughters identifiait le potentiel, comme dans le cas d’Helene Madison dans une réunion de natation en 1927. Et donc il assistait à des meetings de jeunes dans la région. Lui-même, deux ou trois fois l’an, organisait des réunions ouvertes aux jeunes de la région.

Daughters insistait sur le fait qu’il ne cherchait pas les nageurs les plus rapides, mais les talents à l’état brut. Une fois repéré, le jeune était invité à s’entraîner avec lui. Ensuite il organisait des réunions pour permettre à ses élèves de battre des records – personnels, locaux, etc. En 1931, il avait ainsi organisé pour permettre à Helene Madison d’améliorer des records américains et à Medica un record régional.

Il déclara travailler de façon serrée avec ses nageurs, établissant leurs horaires d’entraînement et leurs courses, améliorant leur style, leurs habitudes alimentaires, exigeant qu’ils dorment dix heures par nuit et s’assurant qu’il se couchent épuisés.

Il cherchait deux choses chez ses nageurs, la condition physique et le rythme. Le rythme, expliquait-il, est ce que le nageur de vitesse doit avoir, ainsi que la capacité d’adopter une vitesse qui corresponde à son rythme. Pour être un grand, un nageur doit avoir un talent naturel, mais le processus de son développement revient à améliorer le rythme, la synchronisation et la condition physique.

ALEXANDRE POPOV, SUPER TSAR DU SPRINT

Par Eric LAHMY                                                 Lundi 12 Mai 2015

Cet article a été rédigé voici quelques années en grande partie à partir de l’autobiographie d’Alexandre Popov, adaptée par Alain Coltier, intitulée « Nager dans le vrai », publiée par les éditions du Cherche-Midi. Je l’ai juste légèrement remanié. En ce qui concerne cette autobiographie, elle a été assez mal jugée dans les milieux de natation. Ce livre souffre il est vrai un peu du fait qu’il vise à la fois le grand public et les connaisseurs, ce qui ne satisfait au bout du compte personne complètement. Mais on y apprend beaucoup de choses et il reste un bon livre de référence en ce qu’il présente  le meilleur nageur de la fin du 20e siècle et les méthodes d’un entraîneur original et très créatif, Guennadi Touretski. C’est pour cela que vous trouvez cet article dans les biographies et dans les critiques de livres…

Vous aurez remarqué (ou pas) que j’appelle Popov Alexandre et non Alexander. Aucune originalité de ma part. Quand, l’ayant rencontré aux Goodwill Games de 1994, à Saint-Pétersbourg, je l’interrogeais, j’inscrivis sur mon calepin « Alexander », Popov me reprit et épela son nom. Je dirais donc qu’Alexandre en est l’orthographe officielle! 

C’est Touretski, l’un des personnages les plus chaleureux et les plus intéressants de la natation, avec toujours des histoires, des anecdotes à raconter, et que je connaissais depuis les Européens d’Athènes en 1991, qui me présenta Popov, me disant à peu près ceci: « il peut devenir ombrageux quand il ne te connait pas, mais c’est moi qui vais te le présenter, et après tu pourras lui demander ce que tu voudras. » Et en effet, tout se passa bien avec Popov, garçon courtois, posé et très représentatif, qui incarne à tous égards, dans mon souvenir, la classe et la séduction à l’état pur. Dans l’eau, et hors de l’eau. E.L.

POPOV [Alexandre Vladimirovitch « Sacha »] Natation. (Lesnoï, Sverdlovsk, 16 novembre 1971-). Russie.

Le grand sprinteur des années 1990. Entraîné par Guennadi Touretski, qu’il suivra en Australie, s’installant à Canberra, quand celui-ci s’y exilera en 1993. Popov connait des débuts dans la vie assez difficiles. Il est né en novembre, au cœur de l’Oural, où le thermomètre descend souvent sous les – 20°, et dans la première année de sa vie, sa mère a cru le perdre à quatre reprises, en raison de fortes pneumonies. Ses parents vivent à Lesnoï, une ville « interdite » (on y fabrique des tanks) de 60.000 habitants, dans un appartement collectif de trois pièces, chacune occupée par une famille, où l’isolation thermique, des plus sommaires, n’empêche pas le froid de s’engouffrer. Ses parents l’emmènent à six ans et demi à la piscine. Après quelques mois d’initiation, il est inscrit au Fakel (Flambeau) Club, où le maître-nageur, Galina Witman, une jeune débutante, qui l’a déjà remarqué, le prend sous sa coupe bien qu’il ne sache pratiquement pas nager. Il progresse, malgré une grande peur de l’eau, mais à huit ans, il se met à sécher la piscine pour s’amuser avec des copains.

L’été 1980, il voit les Jeux de Moscou à la télé, et décide de devenir un nageur sérieux. Dès sa première compétition, il gagne un 200 mètres 4 nages (en 3’9’’1). Il ne jure que par le dos, mais, se souvient-il, Galina affirme qu’un jour le crawl sera sa spécialité. Sérieux, une fois dans l’eau, il ne songe qu’à la technique. Il a 14 ans, nage un 100 mètres dos en 1’8’’, quand son père lui demande d’arrêter de nager pour se concentrer sur ses études. Mais il continue, conciliant les deux activités. Il a seize ans, a amené son record du 100 mètres dos à 59’’.

En 1988, bachelier, il devient pensionnaire de l’université de culture physique et des sports de Volgograd (ex-Tsaritsyne, ex-Stalingrad) afin de préparer le professorat d’éducation physique (une sorte de sport-études qui lui permet d’échapper au service militaire). Il partage sa chambre avec le dossiste Vladimir Selkov, de six mois et seize jours son aîné. L’atmosphère empestée de la ville industrielle ne lui vaut rien, il est continuellement malade. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que, quelques mois après les Jeux olympiques de Séoul, le chef de la délégation de natation aux Jeux, le rameur Leonid Drachevsky, ayant demandé à Guennadi Touretski, l’entraîneur vedette de l’équipe, quel Soviétique serait champion olympique à Barcelone, Touretski lui a répondu : « Alexandre Popov. » Il a remarqué ce parfait inconnu, qu’il a vu nager l’année précédente en finale B des nationaux juniors. Mais il ne l’insère pas encore dans son groupe d’élite : il le juge trop tendre. Et le laisse sous la responsabilité d’Anatoli Tchuikov, qui l’utilise comme faire-valoir de son protégé Selkov, avant que Gleb Petrov, l’entraîneur en chef de l’Université, lui annonce qu’il passera au crawl avec Guennadi Touretski.

Alexandre ne tarde pas à découvrir les méthodes originales de cet homme passionné de mécanique du mouvement. Le premier jour, marche de trois heures en montagne le matin ; l’après-midi, échauffement dans l’eau en se passant un ballon de basket, et seulement trois mille mètres dans l’eau. Un jour, huit heures d’escalade de la montagne, sans pause, descente rapide. Pas de fonte, de musculation, seulement quelques abdominaux. Fin 1990, à la Coupe de l’Union soviétique, Popov passe sous les 23’’ au 50 mètres où il gagne plus d’une seconde, gagne le 100 mètres. Mais Touretski ne l’envoie pas aux mondiaux de Perth, en janvier 1991 ; il préfère le garder avec lui pour de véritables « leçons particulières. » Si le kilométrage annuel atteint de 1800 à 2000 kilomètres, les nageurs ont une grande liberté concernant l’échauffement, la préparation physique.

COMME KAHANAMOKU ET WEISSMULLER

 Popov va dominer le sprint mondial entre 1992 et 1998, sinon par sa taille (1,97m, 90kg), du moins par son talent. Il est le troisième nageur de l’histoire à conserver un titre olympique du 100 mètres, après Duke Kahanamoku (1912-1920) et Johnny Weissmuller (1924-1928), dans un contexte international bien plus difficile que celui du temps de ces précurseurs. Il enlève son premier titre international majeur, sur 100 mètres libre, aux championnats d’Europe 1991 avec 49’’18, un temps qui égale le record d’Europe de Stefan Caron et le meilleur temps mondial de l’année de Matthew Biondi. En une course, Popov s’est hissé au niveau des deux nageurs emblématiques de la distance des huit dernières années. En 1992, aux Jeux de Barcelone, quoiqu’il donne des signes d’usure, Biondi, parce qu’il a tellement dominé, est donné favori du 100 mètres olympique, mais on n’a pas mesuré que le grand Américain, devenu un précurseur du professionnalisme moderne, s’entraîne tout seul, sans la structure dont il disposait à l’Université, et le résultat est navrant : il a perdu une partie de sa technique et de sa forme. Même ses fameux départs ne sont plus ce qu’ils étaient.

Dans ce contexte, Popov se montre imbattable. Il maîtrise parfaitement la course des Jeux, et l’emporte en 49’’02 – donnant l’impression de « contrôler » et de pouvoir nager plus vite – ; il gagne aussi le 50 mètres en 21’’91, ce qui surprend tous ceux qui ont vu pendant des années Biondi et Jager s’y partager les honneurs. Mais le Russe impose sa longue glissée sous-marine et sa nage précise. Guennadi Touretski, qui n’attend que ça, signe à l’issue des Jeux un contrat de quatre ans à Canberra, en Australie. Il propose peu après à son protégé, avec l’autorisation du directeur de l’Institut national de sports, l’ancien marathonien Rob de Castella, de le rejoindre en Australie. Popov a coupé l’entraînement pendant six mois, mais n’a pas laissé là ses moyens. Il réussit le doublé 50 mètres-100 mètres dans tous les événements majeurs des années 1993-1997 : championnats d’Europe 1993, 1995 et 1997, championnats du monde de Rome en 1994 (devant Gary Hall, 49’’12 contre 49’’41, puis 22’’17 contre 22’’44).

Il s’étonne d’avoir battu le record du monde de Biondi à Monte-Carlo avec 48’’21 contre 48’’42. Aux Jeux olympiques de 1996, à Atlanta, il vient à bout de l’Américain sans paraître s’inquiéter des déclarations musclées, agressions verbales et autres danses du scalp de celui-ci. Fidèle à son personnage de fêlé de la toiture, Hall lance la finale des 100 mètres sur des bases terribles, mais faiblit à la fin et Popov l’emporte de justesse en 48’’74 contre 48’’81 ; même scénario sur 50 mètres, Popov, 22’’13, Hall, 22’’26. « A Barcelone, je voulais tout simplement gagner ; à Atlanta, la donne était un peu différente, note Popov dans ses mémoires ; l’enjeu était plus psychologique, car le souvenir de Barcelone me travaillait. Il fallait se battre contre l’Amérique entière. Et l’organisation défaillante : les athlètes n’ont pas eu la part belle à Atlanta. »

A DEUX DOIGTS DE LA MORT

Quelques jours après, le 24 août 1996 à Moscou, Popov est victime d’une rixe, où il est frappé d’un caillou à la tête et poignardé. Le temps d’être hospitalisé, il a perdu deux litres de sang qui se sont accumulés dans la région du cœur, et menace de crise cardiaque, Le poignard a en outre endommagé un rein et un poumon, percé le diaphragme, sectionné une artère. Opéré par un as de la chirurgie, Avantdil Manvelidze, qui évite l’ablation d’un muscle et d’un rein, Popov pourra renager. L’événement crée une certaine émotion à travers le monde. Popov est hospitalisé au Kremlin, la Suisse veut l’accueillir, prendre en charge sa convalescence, et le CIO se propose d’affréter pour le transporter un avion privé. Il est guéri, mais perd sept kilos pendant sa convalescence, pèse 83kg contre 90kg.

Impressionné par un rêve prémonitoire, cinq jours avant l’agression, qui lui a pratiquement détaillé son agression, il accepte la proposition d’un ami, le lutteur Alexandre Karéline, triple champion olympique de gréco-romaine des 130kg, et se fait baptiser. Popov retrouve Canberra, cette fois accompagné de sa fiancée, la nageuse Daria Shmeleva, qu’il va épouser. Il se remet à l’eau assez vite. Non sans mal. Touretski lui cite en exemple un rameur russe, blessé de guerre, qui a retrouvé son niveau. Mais quand lui plonge, il ne peut s’allonger dans l’eau. Le ventre est comme noué par les atteintes du poignard et l’opération qui a suivi. Il doit suivre des séances de physiothérapie. Peter Blanch, du service médical de l’AIS, l’Institut des Sports Australien, le masse et pratique des étirements sur la cicatrice, deux fois par semaine. Dans l’eau, Popov alterne dos et crawl. Peu à peu, sa ligne de flottaison s’améliore. Il est moins plié dans l’eau. « Le travail d’étirements avec Blanch porte ses fruits, témoigne Popov. En l’espace de deux mois mon torse gagne six centimètres de périmètre entre l’inspiration et l’expiration. »

En revanche, il ne reprend pas de poids, ou trop peu. Touretski décide de changer son approche : il utilisera les « blocs de travail » : « trois semaines intensives où le volume d’effort augmente de 30% à condition bien sûr que l’organisme soit capable d’encaisser, suivies par quinze jours de repos actif. Et ainsi de suite. » Deux mois après, sa masse musculaire est revenue intégralement. Touretski affirme : « je n’aurais jamais imaginé tous les bénéfices que pouvaient procurer deux semaines de repos enchaînées à trois semaines intensives. Je crois que pendant la période intensive, le corps absorbe l’énergie avant de la relâcher en abondance dès que tu lèves le pied. »

Il nage parfois des 5 kilomètres d’une traite, sans un arrêt, méthode qui l’aide, dit-il, à produire un bon mouvement dans l’eau. Le 26 mars 1997, il se marie… l’après-midi, après sa séance du matin, 7 kilomètres dans l’eau. Il s’attelle à la préparation des championnats d’Europe, qui se déroulent à Séville mi août, en enchaînant des meetings. Le premier à Santa Clara. Puis à Sao Paulo, où il trouve en face de lui des nageurs affûtés et rasés de près. « Un guet-apens digne des Brésiliens. » Il est battu par Gustavo Borges. Et ne fait valoir aucune excuse, quand les Brésiliens attendaient Dieu sait quelle réaction. Pour Popov, rester de sang froid est important dans la lutte psychologique que les Brésiliens mènent contre lui. « Mon attitude déboussole mes rivaux. Sans le savoir je marque des points dans la perspective du Mondial, programmé en janvier prochain, à Perth. »

GYM ET DANSE CONTRE LA CYPHOSE DU NAGEUR

A Séville, une compétition qu’il affectionne, sans doute en raison des moindres tensions qu’elle lui procure, en raison d’un environnement plus tranquille que les Mondiaux ou les Jeux, il attend l’arrivée de Touretski, qui a accompagné les Australiens au tournoi Panpacifiques. « L’essentiel, lui assène celui-ci, est de rechercher la perfection dans l’eau. » Or c’est là que le bât blesse, et le matin des séries du 100 mètres, s’il signe le second temps, il lui semble que sa technique l’a abandonné. Touretski lui demande tout de suite après de faire des sprints, avant la finale, pour retrouver de bonnes sensations : vingt-cinq minutes de sprints. Il ne comprend pas où son entraîneur veut en venir. L’après-midi, il l’aide à visualiser sa technique avec un travail de coordination : un exercice qui porte sur le relâchement, un autre sur l’amplitude du moulinet des bras. Il lui demande de bien nager plutôt que de nager vite. Forlancer, le Suédois, un redoutable compétiteur aguerri dans les courses en yards américaines, a nagé plus vite en séries, en 49’’67 contre 49’’87, mais en finale, Popov l’emporte nettement, 49’’09 contre 49’’51 au Suédois. Touretski qualifiera cette course de « perfection technique ». Sur quatre fois 100 mètres, Popov lance le relais russe en 49’’02, contre 49’’65 à Forlancer, et ses co-équipiers portent l’avance russe à deux secondes. Sur 50 mètres, il domine séries (22’’57) et finale (22’’30). Enfin, sur quatre fois 100 mètres 4 nages, la Russie, favorite, l’emporte. Quand Popov s’élance en crawl, ses équipiers lui ont ménagé 1’’7 d’avance. Il assure en 49’’02 lancé pour un temps final de 3’39’’67. Ce retour, impensable onze mois plus tôt, rassérène Popov et son groupe. Ils « nagent dans le vrai. » Lui se dit que si son organisme n’était pas en mesure de nager en 49’’, sa tête, en revanche, était prête. A la reprise, lors d’un stage, Guennadi trouve que quelque chose cloche dans la nage de Popov. Et en trouve la raison : il a perdu du poids dans le haut du corps Ces kilos en moins ont créé un déséquilibre que les jambes essaient en vain de compenser. Une affaire vient menacer la présence même des Russes aux championnats du monde 1998. Lors d’un stage à Chypre, Vladimir Pychnenko, sa femme, Natasha Mesheryakova et Olga Kochetkova sont contrôlés positifs aux anabolisants à compter du 18 octobre. En cas de récidive avec un produit identique, les règlements de la FINA prévoient l’interdiction de toute l’équipe. De plus, la sérénité du groupe est menacée par la rivalité de Popov et de Klim, qui ne cache pas son ambition de gagner le 100 mètres. Même après avoir battu le record du monde du 100 mètres papillon aux sélections australiennes pour les mondiaux, Klim affiche clairement ses prétentions sur la « distance reine », au ravissement des médias locaux, qui adorent asticoter Popov à ce sujet. Les mondiaux 1998 ont lieu à Perth. Popov jugera sa course des séries calamiteuse, mais elle lui donne le 2e temps, 49’’57, derrière Klim, 49’’33, et devant un nouveau venu, Van Den Hoogenband, 49’’61. Touretski s’inquiète, son nageur a paru indolent, paresseux, ou éteint. Le soir, il ne lui donne qu’une consigne : « Songe avant tout à activer ton système nerveux, et surtout ne songe pas à la technique. » Popov, qui s’attend à être mené par Klim, spécialiste des départs canon, se retrouve en tête au virage, mais la fin du parcours lui parait interminable. Il l’emporte d’assez peu, mais nettement quand même, en 48’’93 contre 49’’20. Sur 50 mètres, en revanche, il restera légèrement scotché au départ et ne pourra reprendre l’avance qu’il consent à l’Américain Bill Pilczuk, 22’’43 contre 22’’29. L’année suivante ne lui parait pas excitante, et il décide de se faire opérer d’un genou. Un problème qu’il traîne depuis ses seize ans. Il s’est fait une entorse à un genou en jouant avec un chien, un berger de l’Europe de l’Est (une race de chiens qu’apprécie le KGB), sa rotule est restée bloquée sur le côté. Il racontera que cette blessure a été provoquée par la chute d’une branche d’arbre, et cela deviendra la version officielle. L’aventure a laissé des séquelles, et la multitude de plongeons départs qu’il a effectués dans sa carrière n’a pas arrangé les choses. L’état de son genou s’est détérioré au point que des bouts de cartilage flottent. Une arthroscopie est pratiquée. La rééducation est longue. Il nage long, en aérobie, comme un nageur de demi-fond, 2000 kilomètres par an. Un autre problème se pose, pour Touretski. Les épaules de Popov sont de plus en plus en dedans, le dos voûté en point d’interrogation. C’est la cyphose du nageur, provoquée par la nage : un développement déséquilibré des muscles. Il faut redresser tout ça. Il se souvient des nageurs des débuts, qui allaient faire de la danse au Bolchoï, de Sulamith Mikhailovna Messerer (27 août 1908-3 juin 2004), qui détint le record d’Union soviétique du 100m crawl de 1927 à 1930, étudiait à l’Ecole des Ballets de Moscou et dansa au Bolchoï de 1926 à 1950. Il charge un gymnaste, Andrei Kravtsov, de le prendre en main, trois fois par semaine, pendant le mois d’août, après quoi Popov s’aperçoit qu’il a redressé son dos, éliminé ses problèmes de vertèbres et récupéré deux centimètres sous la toise.

TOURETSKI AVAIT PRONOSTIQUE 47 »71!

Aux championnats d’Europe 1999, en Turquie, la nouvelle génération s’installe. Le nouvel avatar du « Hollandais volant », Pieter Van Den Hoogenband enlève 50 mètres en 22’’06, 100 mètres en 48’’47 et 200 mètres en 1’47’’09, démontrant d’ailleurs un registre supérieur à celui de Popov, qui, lui, fait 3e du 50 mètres en 22’’32, étant devancé aussi par l’Italien Lorenzo Vismara, 22’’21, et 2e du 100 mètres. En fait, le Néerlandais en le devançant sur 100 mètres, lui a infligé sa première défaite significative sur la distance reine, en 48’’47 contre 48’’82. Il a gagné également le 50 mètres papillon, et permis au relais quatre fois 100 mètres des Pays-Bas de devancer largement le Russe, 3’16’’27 contre 3’19’’49, et le quatre fois 100 mètres quatre nages, 3’39’’52, l’emporter devant l’Allemand, 3’40’’15, et le Russe et le Suédois, ex-æquo, 3’41’’18. Van den Hoogenband a donc devancé quatre fois Popov, et se présente donc comme le plus dangereux rival du Russe à un an de ses troisièmes Jeux olympiques.

En janvier 2000, Popov nage en camp d’altitude à Thredbo, altitude 1400 mètres, dans les montagnes neigeuses des Nouvelles-Galles-du-Sud. Touretski veut se servir du 50m comme rampe de lancement sur 100m, à condition de surveiller son mouvement de bras. Depuis six ans, Popov mouline en surrégime, appliquant, croit-on savoir, trop de force dans l’eau. Lors d’un test d’entraînement, à Colorado Springs, il nage un 50 mètres en test : 21’’42. Le record du monde de Tom Jager est de 21’’81 (certes chronométré par Touretski, qui a le pouce catatonique au départ et hypertonique à l’arrivée ! Michael Klim et les coaches américains pâlissent. A Melbourne, il ouvre la saison olympique sans être affûté avec 22’’3 et 49’’5.  A Moscou, aux sélections olympiques, Popov se qualifie en 21’’91, prend le meilleur départ de sa vie en finale, mais les nageurs sont rappelés : faux départ. Il gagne finalement en 21’’99. Il demande une tentative de record, qui a lieu le lendemain, 1er juin. Il réussit 21’’64, un record qui ne sera pas battu avant huit ans par Eamon Sullivan. Le lendemain, il se lance dans sa série, sur 100 mètres, se relâche à la fin de course et signe un 48’’27 qui approche son record mondial de 6/100e.  Sans ce relâchement, on ne sait trop le temps qu’il aurait obtenu !… Touretski avait pronostiqué un temps de 47’’71.

En finale, il ne retrouve pas cet état de grâce, cherche à contrôler la course, accélère un peu son mouvement, et gagne en 48’’59. Il n’empêche, il a montré qu’il n’était pas fini. En 2000, son record du monde est battu deux fois pendant les Jeux olympiques : d’abord par Klim, 48’’18 au départ du relais australien champion olympique, le 16 septembre, puis par Van Den Hoogenband, 47’’84 trois jours plus tard en demi-finales de la course individuelle. Popov est aussi battu par les premières combinaisons qui maintiennent les abdominaux et placent les hanches bien haut sur l’eau. Popov ne les utilise pas. En finale, Popov parvient à nager près de son meilleur niveau, en 48’’69, mais il est battu par le Néerlandais, qui reste à une demi-seconde de sa meilleure valeur, mais dont les 48’’30 ont suffi à assurer le titre. Popov sauve l’argent par un fort retour, une arrivée extraordinaire, pour respectivement quatre et cinq 100e, devant Hall, 48’’73, et Klim, 48’’74. Klim le grand battu, 4e, floué du bronze pour un centième ! Sur 50 mètres, le surlendemain, Popov est 3e des séries (22’’25), 4e des demi-finales (22’’17), 6e de la finale (22’’24). Sur le podium, deux Américains co-paradent, Ervin et Gary Hall, ex-æquo en 21’’98. Ils ont coiffé VDH, 22’’03.

On pourrait alors croire Popov sur le déclin quand, en 2003, à près de 32 ans, il réussit à nouveau le doublé sur 50 (21’’92) et 100 mètres (48’’42) aux championnats du monde de Barcelone, devançant chaque fois le « patron » VDH, 48’’68. Il participe (47’’71 lancé) au relais russe vainqueur. Est-il reparti pour les Jeux ? On peut le croire, mais à Athènes, il finit 18e ex-æquo sur 50 mètres (22’’58). Qualifié pour les demi-finales du 100 mètres, ses 49’’23 lui donnent la 9e place. Il est évincé de la finale, deux centièmes derrière Ian Thorpe, dernier qualifié. C’est la fin d’un long règne. Au bout du compte, Popov a battu sept records du monde, dont le plus prestigieux reste le 48’’21 sur 100 mètres, qui a tenu six ans debout. En petit bassin, il a nagé la distance en 46’’74, une marque qui a résisté dix années avant d’être effacée par Ian Crocker. Il a raflé quatre titres olympiques, six médailles d’or mondiales, 21 titres européens de 1991 à 2004. En juin 2014, il Alexandre Popov a nagé en 52’’25 sur 100 mètres à Monaco. Son fils, 17 ans…

*Alexandre Popov a écrit une autobiographie, Nager dans le vrai, Le Cherche-Midi, 2001).

*Ronald Cohn Jesse Russell Alexander Popov, Swimmer.

DASSLER D’OR, D’ARGENT, DE BRONZE, DE DOUTE

DASSLER [Uwe] Natation. (Potsdam, 11 février 1967-). RDA. Vainqueur dans un temps record du monde (3’46’’95) du 400 mètres nage libre des Jeux de Séoul, en 1988, où tous les finalistes améliorent le record olympique établi quatre ans plus tôt par Thomas Fahrner, ce nageur du club de l’armée (1,93m, 87kg) remporte également à Séoul le bronze du 1500 mètres, derrière le Russe Salnikov et l’Allemand de l’Ouest Pfeiffer, et l’argent avec le relais quatre fois 200 mètres de RDA. Deux ans plus tôt, il a été deuxième sur 400 mètres des championnats du monde de Madrid derrière Rainer Henkel (RFA). Champion d’Europe de la même distance en 1985 et en 1987, champion d’Europe 1985 du 1500 mètres, 2e en 1987. Après avoir appris à nager auprès de Dieter Muller, il est entraîné dans sa carrière par Lutz Wanja, un ancien nageur de dos, et se fait remarquer en 1984 en terminant derrière Salnikov aux compétitions « de l’amitié » qui remplacent les Jeux olympiques que le bloc de l’Est à boycottés. Bien entendu, ses exploits incontestables souffrent d’un grave soupçon né de la culture du dopage de la RDA à cette époque… Carrière achevée, il est devenu conseiller financier.