Category: Biographies

DAISY CURWEN NE FAISAIT QUE PASSER

Par Eric LAHMY                                                             Mardi 28 Avril 2015

CURWEN [Daisy] Natation. (Liverpool, 6 décembre 1889-). Recordwoman du monde des 100 yards (1’12’’6) et des 100 mètres nage libre en 1’24’’6 (29 septembre 1911) 1’23’’2 puis 1’20’’6 (Birkenhead, 10 juin 1912), elle perd le record le 9 juillet 1912, quand, aux Jeux de Stockholm auxquels elle participe, Fanny Durack l’efface. Curwen (mariée, nom d’épouse, O’Brien, depuis un an) se qualifie aisément en 1’23’’6, réussit le 2e temps des demi-finales (1’26’’8) quand, hospitalisée d’urgence en raison d’une soudaine crise d’appendicite, elle ne peut défend

re sa chance en finale. Durack semblait plus forte aux Jeux mais sait-on jamais ? Elle aurait battu six records du monde, des 100 yards aux 300 mètres. On ne sait rien de sa mort, cependant une chronique locale qu’elle vécut à Walton jusqu’à un âge avancé. Elle fut photographiée lors du jubilé d’une piscine locale, les Guinea Gap Baths, en 1968, et encore une fois en 1974, à 85 ans.

ANN CURTIS: LA PROF ETAIT UNE CHAMPIONNE OLYMPIQUE

Par Eric LAHMY                                                      Mardi 28 Avril 2015

CURTIS (Cuneo) [Ann Elizabeth] Natation. (Rio Vista, Californie, 6 mars 1926-San Rafael, Californie, 26 juin 2012). États-Unis. Championne olympique du 400 mètres (5’17’’8) aux Jeux de Londres, en 1948. Très grande (1,78m ou 1,80m, 72,5kg) et jolie, elle devient élève dès ses quinze ans du San Francisco Crystal Plunge Club, situé à Treasure Island, l’île artificielle de la baie de San Francisco, où opère Charlie Sava, un entraîneur en avance sur son temps, après avoir appris à nager sous l’expertise de nonnes au couvent des Ursulines de Santa Rosa ; universitaire à U Cal Berkeley, où ils n’accueillent pas de section de natation féminine, elle continuera de travailler avec Sava. Cela exigera d’elle de longs va-et-vient en voiture. Elle se souvient avoir organisé son programme universitaire « autour de la natation », Brutus Hamilton, le coach d’athlétisme de Cal, intervenant auprès de ses professeurs afin d’arrondit les angles… Elle enlèvera dix-huit titres individuels (trente-quatre en comptant les relais) de championne des États-Unis entre 1943 et 1948 et améliorera deux records du monde, sur 440 et 880 yards. La Guerre mondiale lui ôte ses meilleures chances olympiques (en 1944) mais elle saura patienter quatre ans. Le conflit la touche plus personnellement quand son père est tué dans la bataille de Tarawa, dans le Pacifique. Première femme (et premier nageur, les deux sexes confondus) à se voir décerner en 1944 la plus haute distinction attribuée à un sportif amateur aux États-Unis, le Sullivan Award, et nommée athlète féminine de l’année par Associated Press, elle fait la première page des revues Colliers, Newsweek.

A Londres, quoique n’étant guère une sprinteuse, elle est engagée, outre le 400 mètres sur 100 mètres où elle finit 2e et dans le relais quatre fois 100 mètres (dernier parcours lancé en 1’4’’2). Elle aurait sans doute enleva un bien plus grand nombre de médailles si le programme avait compris, comme bien plus tard, un 200 mètres et un 800 mètres. Sur 400 mètres, elle lance la course ; Karen Harup oppose une très ferme résistance, jusqu’aux deux cents mètres (2’33’’7), puis Curtis se détache, l’emportant en 5’17’’8 contre 5’21’’2. La course a été bien filmée en couleur, et permet de noter le style, coulé, des finalistes et l’incroyable lenteur, vue d’aujourd’hui, des virages où l’on touche à la main, prenant son temps et sa respiration en repartant, sans parler des coulées réduites à leur plus simple expression ! Le 100 mètres est une déception, car si Curtis n’est pas une sprinteuse cataloguée, elle est la meilleure sur la distance comme le démontrera son relais en 1’4’’2, valeur meilleure que le record du monde, où prenant le départ en 3e position avec plus de deux secondes de retard. Mais dans la course individuelle, elle rate son départ et finira à deux dixièmes de la gagnante Greta Andersen, en 1’6’’5 contre 1’6’’3…

A son retour des Jeux de Londres, on lui donne les clés de San Francisco et une superbe auto qui lui vaudra de devenir professionnelle si elle l’accepte. Mais comme elle compte se marier et arrêter de nager, elle prend la voiture, et, dira-t-elle, ne le regrettera jamais. Plus tard, devenue Mme Gordon Cuneo (1924-2010, un étudiant, joueur de basket, qu’elle a rencontré à Berkeley en 1949), elle voyage dans les années 1950 avec les Aquafollies, le spectacle où les ballets nautiques ont la part belle. Avec son mari, ils acquièrent du terrain et fondent à San Rafael en 1959 son école privée de natation, l’Ann Curtis School of Swimming toujours active après sa mort et cinquante cinq ans d’existence (elle a té reprise par l’une de leurs filles). Tout en élevant ses cinq enfants, elle y enseignera la natation pendant vingt-cinq ans et la natation synchronisée douze ans. Parmi les 53.000 élèves à qui elle enseignera la natation, Rick Demont, le premier nageur sous les 4’ au 400 mètres (à Belgrade en 1973) et Ben Wildman-Tobriner, champion du monde des 50 mètres à Melbourne (2007). Intronisée à l’International Swimming Hall of Fame en 1966.

JEAN-PASCAL CURTILLET RELAYEUR DANS L’ÂME

Par Eric LAHMY                                                     Mardi 28 Avril 2015

CURTILLET [Jean-Pascal] Natation. (Alger, 21 septembre 1942-Aix-en-Provence, 7 mars 2000). France. Son titre de gloire : avoir battu, le 10 août 1962, avec Alain Gottvallès, Gérard Gropaiz et Robert Christophe le record du monde du 4 fois 100 mètres. C’est certes une distance assez neuve et délaissée par les grandes natations, n’étant inscrite au programme olympique qu’à partir de 1964. Il n’empêche, Gottvalles a battu le record d’Europe, 55’’ au départ de la course, et le temps final est 3’42’’5. Les Américains le détenaient depuis 1959 en 3’44’’4 et le quatuor du formidable Santa-Clara Swimming Club, toujours des USA, le reprendra en juillet 1963 avec 3’39’’9. Deux mois plus tard, la même formation, en 3’43’’7, devint championne d’Europe à Leipzig devant les Britanniques emmenés par Robert McGregor… puis se fit souffler le titre du quatre fois 200 mètres par la Suède Cette année là, les quatre copains améliorent le record d’Europe en 3’39’’2. Ces quatre vivaient dans des sentiments d’amitié indéfectibles, qui l’étaient présentés comme tels. Le site « l’alger-roi » raconte une anecdote que l’auteur, John Franklin, a recueillie auprès de l’entraîneur Bortolotti. Aux championnats de France 1960, à El-Kettani, Alain Gottvalles n’est pas au départ de la course cadet. Ce nonchalant est en retard. Curtillet ne veut pas nager l’épreuve sans Gottvalles, dont il sait pourtant qu’il le battra. Il lambine, provoque deux faux départs. Gottvalles arrive et gagne. Curtillet fait aussi partie d’un relais record d’Europe du quatre fois 200 mètres, 8’6’’8 le 6 septembre 1964 à Bagnols-sur-Cèze. Cela se passe moins bien aux Jeux olympiques où Alain Gottvalles, l’un des favoris du 100 mètres, finit 5e, le quatre fois 100 mètres est déclassé pour départ anticipé (de Canavese) et le quatre fois 200 mètres finit 5e. Avant de nager à Lyon, en France, ville d’où est issue sa famille et où il étudie (1962), Jean-Pascal, appartenait au Bridja Sports d’Alger, animé par Gilbert Bortolotti. Il y fait l’essentiel de sa carrière. Son grand-père, Joseph, a été premier Doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie d’Alger. Son père Etienne (1906-1950, accident de voiture), avait été un pionnier des opérations à cœur ouvert, et son oncle André (tombé à la libération de Strasbourg, en 1944) est lui aussi un jeune et brillant anatomiste. Champion de France du 200 mètres 1959, 1960 et 1964 ; du 400 mètres 1960 et 1962, du 1500 mètres 1960, il a nagé le premier du relais quatre fois 200 mètres des Jeux olympiques qui ne peut se qualifier en finale à Rome, puis, à Tokyo, qui, avec l’adjonction de Pierre Canavese, termina 6e. Devenu kinésithérapeute, Jean-Pascal s’installe à Aix-en-Provence.

LISA CURRY , QUATRE NAGES ET 80 AVIONS

CURRY [Lisa] (Brisbane, Queensland, 15 mai 1962-). Australie. Multiple championne du Commonwealth (100 mètres papillon, 200 mètres et 400 mètres quatre nages en 1982, 50 mètres libre, 100 mètres papillon, 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres 4 nages en 1990), elle a détenu des records australiens dans ces trois styles. Elle n’obtint aucun succès aux Jeux olympiques ou en championnats du monde. Après sa carrière de nageuses, elle obtint des victoires en aviron et canoë. Lorsqu’elle se sépare en 2009 de Grant Kenny, après 23 ans de mariage, leur fortune, basée sur la possession d’une flotte aérienne de 60 appareils, le Curry Kenny Aviation Group, a été évaluée à 80 millions de dollars australiens.

CURETON, LE DOCTEUR NATATION

Par Eric LAHMY                                                             Mardi 28 Avril 2015

CURETON, Jr [Thomas Kirk] (San Fernandino, Floride, 4 août 1901-Urbana, Illinois, 18 décembre 1992). USA. Nageur, physiologiste et entraîneur de natation. Quoique souffreteux dans sa jeunesse, il était très sportif et, à douze ans, s’affirmait comme un bon nageur de distance. Il souffrait d’asthme, et son père l’engagea dans un YMCA, à Jacksonville, où il travailla aux massues, aux haltères, en natation et en gymnastique. Il rejoignit aussi le mouvement scout. Son père, président de banque, se déplaçait, s’installant à Jacksonville, Orlando (1913), Waycross, en Georgie, Atlanta (1916). Thomas suivait. Il étudia à Georgie Tech, devint un des meilleurs coureurs et nageurs de distance. En 1922, il rejoignit l’Université de Yale et commença à s’intéresser à la condition physique. Enseignant au collège de Springfields, dans le Massachusetts entre 1929 et 1941, il obtint son mastère en éducation physique (sujet de thèse : les tests objectifs en natation) et devint maître de recherche en 1936. Docteur en philosophie (sujet de thèse : les critères dans les tests des nageurs débutants), il rejoignit l’Université d’Illinois, à Urbana-Champaign. En 1944, il y établit le laboratoire de recherches de « physical fitness », et devint à travers de multiples activités  (enseignement, recherche, publications, séminaires, voyages, directions d’études des étudiants diplômés, entraînements et services à diverses associations sportives et médico-sportives) l’une des voix prépondérantes de la physiologie sportive.

Comme les autres « gourous » de la santé des USA, Bernarr Mcfadden, Paul Bragg, Charles Atlas ou Jack Lalanne, sa légende insistait sur le fait qu’il avait été « faible » et « maladif » dans son enfance, et avait recouvré la santé par l’exercice et une alimentation saine. Comme eux, il étalait sa fierté des résultats obtenus, se présentant comme une success story ambulante, et comme eux, il promouvait incessamment, par une masse prodigieuse d’écrits et de travaux, sa méthode. Comme eux,– surtout  Lalanne, 97 ans – il atteignit un âge avancé. Mais lui seul disposait de la compétence qui lui permettait de tenir la dragée haute aux sommités scientifiques. « La cinquantaine, disait-il, commence à 26 ans, et à 40 ans l’homme moderne est un fossile vivant. » La profonde ignorance de la physiologie sportive amenait la faculté elle-même à traiter de tels propos de charlatanerie. L’idée prévalait parmi les esprits éclairés de l’époque que les exercices qu’il préconisait tueraient tôt ou tard et les quadras et les quinquagénaires qui s’y livreraient. Mais s’accrochant à son idée, il démontra la véracité de ses dires. En 1966, pour illustrer un article, il fut photographié en train d’effectuer son jogging quotidien à travers un cimetière : « comme partie de son programme de condition physique, lisait-on dans la légende, le docteur Thomas Cureton Jr trottine près de l’Université d’Illinois. Sa séance l’emmène à travers le cimetière où quelques-uns de ses collègues qui le traitaient de fada de la santé reposent aujourd’hui. »

Influencé à ses débuts par Bob Kiputh, de Yale, le pape de la natation de l’époque, et Peter Karpovitch, de Springfield, l’un des pères fondateurs de la physiologie du muscle, il aimait dire, quoique dirigeant lui-même un laboratoire de l’exercice, « les vrais laboratoires d’éducation physique sont les piscines, les terrains, les gymnases. » En quelque sorte, dans ce domaine, il aimait rester terre à terre, les mains dans le cambouis. Il fut, semble-t-il, le premier à suggérer que l’exercice permettait de faire baisser la tension artérielle. Il compara les diverses formes physiques obtenues par la course, la nage et les poids. Dans l’abondance de ses travaux et recherches, la natation occupa toujours une part à part, prépondérante. Lui-même entraîna surtout dans les YMCA dans les années 1923-26, rédigea le programme aquatique de la Croix-Rouge en 1929, travailla sur la biomécanique et développa des exercices correctifs. Il publia un nombre impressionnant d’articles et de livres sur la natation, dont le premier s’intéressait à la relation entre la respiration et la vitesse du nageur. L’un des fondateurs de l’International Swimming Hall of Fame en 1965, il enleva, à 72 ans, en 1973, cinq médailles aux premiers championnats US de natation des masters. C’était le début d’une nouvelle carrière qui le vit battre 14 records nationaux et mondiaux vétérans.

MELISSA CUNNINGHAM NAGE EXTRA-LARGE

Par Eric LAHMY                                               Lundi 27 Avril 2015

CUNNINGHAM [Melissa]. (Cronulla, Sydney, 1975-). Australie. Championne du monde de grand fond (25km) à Rome, en 1994, issue d’une famille de nageurs, ainée de trois enfants, elle connut sa première grande expérience de nage au large en 1991, à seize ans, dans la traversée des 8 kilomètres du détroit de Magnetic Island à Townsville dans une cage à requins ! C’est un échec aux sélections olympiques, en 1992, qui l’amena, l’année suivante, à s’orienter vers les 25 kilomètres et à connaître les joies nées des rencontres avec des méduses. « L’eau libre est un environnement incontrôlé et quand vous nagez, vous ne pensez pas aux risques qu’elle comporte, expliquait-elle à ceux qui évoquaient les aléas de la haute mer ; nager en piscine me parait trop contrôlé. » Deux années plus tard, à Rome, elle gagnait le titre mondial des 25km en 5h48’25’’ avec deux minutes d’avance sur la Hongroise Rita Kovacs (5h50’13’’) et cinq sur sa compatriote Shelley Taylor-Smith (5h53’’12). En 1996, elle a aidé l’équipe australienne  formée de Shelley Taylor-Smith, Joe Mitchell et Grant Robinson à établir un record en relais sur les 96 kilomètres de Malte-Sicile en 19h 11 minutes. Elle améliora le record du monde des 24 heures (93km). Blessée (épaule) en 1996, victime d’une fatigue généralisée due à un virus, elle travailla ensuite comme dirigeante dans le Comité Australien d’eau libre, membre de la Commission technique de la FINA et fut la commentatrice de la Course des 10 km des Jeux de Pékin. Malade (cancer du sein), en 2013, elle semble avoir surmonté cette épreuve.

LE DOCTEUR FERENC CSIK AVAIT SOIGNÉ SON 100 MÈTRES

Par Eric LAHMY                                                           Lundi 27 Avril 2015

CSIK [Ferenc] Natation. (Caposvar, 12 décembre 1913-Sopron, 29 mars 1945). Hongrie. Étudiant en médecine, il fut le surprenant vainqueur du 100 mètres nage libre des Jeux olympiques de Berlin, en dépit du handicap que constituait le fait de nager dans une ligne extérieure, la 7, et donc de n’être au contact d’aucun des favoris, et devança les trois favoris japonais et le recordman du monde américain. Sa victoire, radiodiffusée, connut un impact extraordinaire dans la population hongroise, prenant les accents d’une victoire d’un David contre les Goliath du sport, les favoris américains et japonais, au cœur de l’Allemagne nazie (et vociférante). Csik n’était pas pourtant un inconnu. Il avait été champion et recordman d’Europe à Magdebourg, vainqueur du prestigieux Grand Prix de Paris adornée du précieux vase de Sèvres bleu en 1934, et sera dans sa carrière, treize fois, champion de Hongrie. A Magdebourg, dominé individuellement par les exploits du Français Jean Taris, intraitable vainqueur du 400 mètres et du 1500 mètres (cette dernière course avec une minute d’avance) et de la Néerlandaise Rie Mastenbroek, il avait devancé deux Allemands, et s’était défait in extremis d’Helmuth Fisher, en 59’’7 contre 59’’8, Otto Wille 3e en 1’1’’2. Il avait joué un rôle essentiel dans la victoire sur 4 fois 200 mètres, en 9’30’’2 contre 9’31’’2 aux Allemands. Csik, avec son entraîneur Jozsef Vertesy, aurait contribué grandement à une amélioration méthodologie de l’entraînement (au moins en Hongrie), par exemple en étendant la saison à toute l’année. Ce surcroit de préparation paya dans les vingt derniers mètres de la course, où Csik ramassa tous ses concurrents. C’est aussi un nageur protée, dont on retrouve la filiation aujourd’hui. Dans ses 17 titres de champion de Hongrie, on trouve autant des courses de nage libre (100, 200, 400), de brasse (100 et 200) et de trois nages (le papillon n’existait pas)…

Physiquement, Csik représentait la silhouette typique, archétypale, du nageur, comparable aux personnages de la statuaire égyptienne, qu’on a retrouvée en France, avec notre champion d’Europe, Michel Rousseau, qui lui ressemblait étrangement, ou encore Fabien Gilot. Grand, mince de jambes, taille et hanches serrées, forts abdominaux et très large d’épaules. En qualifications, Csik n’avait guère été dominateur. Battu dans la première série par Peter Fick, USA, 57’’6 contre 58’’3, il n’était que 6e au temps. En demi-finale, à nouveau battu, dans une course plus serrée, par Masaharu Taguchi, 57’’9 contre 58’’1, il est 4e au temps. Avec les règlements actuels, il aurait hérité de la ligne 2. Mais se retrouve à l’extérieur, à la 7. Fort handicap pour Csik, aggravé par le fait  que, particularité assez peu usitée, il respirait alternativement à gauche et à droite (respiration alternative) ce qui lui permettait de contrôler les positions des autres nageurs. La course, qui devint longtemps un classique de la littérature et du commentaire sportif hongrois, se déroula ainsi selon les commentateurs : de sa ligne extérieure, Csik prit le meilleur départ, se propulsant nettement en tête. Aux 50 mètres, utilisant une fréquence folle, un des Japonais le précède, un autre fait jeu gal avec lui au virage. Aux 75 mètres, quand la course semble jouée, Csik parait changer de rythme, il accélère, remonte, efface les Américains et Fisher et c’est à un (Hongrois) contre trois (Japonais) que Csik, 57’’6, défait Yusa, 57’’9, Arai, 58’’, et Taguchi, 58’’1. Je dois dire cependant que les images de la course offertes sur You Tube par le Swimming Hall of Fame, quoique difficiles à lire en raison des erreurs de parallaxe et du fait que Csik « sort » des images, notamment au virage, montrent des détails un peu différents. Ce qui est sur, c’est qu’on voit bien Csik respirer alternativement à gauche ou à droite, et aussi que la course parait se circonscrire entre lui à la 7 et Arai, tout à fait de l’autre côté du bassin, à la 2 ! Lors du fatidique retour, j’ai compté 52 coups de bras pour Arai, 50 pour Csik et 48 pour Fick. Csik avait rejoint le club BEAC de Budapest alors qu’il étudiait la medecine. En Hongrie, sa préparation fut disséquée, copiée… Comme les champions de l’ère amateur, il ne s’enfermait pas dans ses lauriers sportifs. Capitaine de son club, journaliste, il effectua son internat en médecine, puis une spécialité comme cardiologue et médecin du sport. Enseignant au collège d’éducation physique. Il fut tué à 31 ans pendant un bombardement aérien allié, sans doute l’un des derniers, dans la ville de Sopron, à l’extrême ouest de la Hongrie, alors qu’il administrait des secours à un blessé.

LASZLO CSEH POULIDOR HONGROIS

L’ARGENT N’A PAS TOUJOURS FAIT SON BONHEUR

Eric LAHMY

 _______________________________________________Mercredi 8 Juillet 2015

CSEH [Laszlo] Natation. (Budapest, 3 décembre 1985-). Hongrie.

Après avoir débuté sa carrière, à la fin du siècle, auprès de Planagy Szolt, il rejoint, pour une grande dizaine d’années, Gyorgy Turi au sport club de Kobanya, il retourne en 2015 son premier coach, auprès duquel il espère retrouver un intérêt nouveau dans sa pratique. Tout en s’entraînant, il consulte des psychologues qui seront censés l’aider à briser sa litanie de places d’honneur – derrière les vainqueurs ! Il pense parfois, en effet, que des défaites face à Phelps et lochte pourraient être provoques par une faille psyhcologique. Entre-temps, Cseh a beaucoup bourlingué pour trouver le grand succès auquel il rêve, la médaille d’or olympique. Il a ainsi côtoyé Ryan Lochte au SwimMac des USA, où l’a attiré l’entraîneur italien Admir Kajo Kajevic, se préparant sous David Marsh. Mais Planagy Szolt a surtout décidé qu’il lui fallait oublier ses distances passées, et se concentrer sur… le 100 mètres papillon.

En attendant le déclic qui se produira – ou pas – à Kazan ou à Rio, Cseh arbore à 29 ans un gros palmarès de nageur professionnel ; il est, avec Ryan Lochte (et plus que lui) et de nombreux autres, un nageur d’élite qui a souffert de la comparaison avec Phelps. Si l’on suit l’accumulation lancinante de ses titres, on s’aperçoit qu’il n’a pas gagné grand-chose entre les Jeux olympiques et les mondiaux en grand bassin, mais qu’il a souvent été là pour les médailles. Un seul titre, de champion du Monde du 400 mètres quatre nages, en l’absence de Michael Phelps, 2e en 200 mètres quatre nages derrière Phelps, 3e du 100 mètres dos, cela à Montréal, en 2005 ; Deux ans plus tôt, à Barcelone, il a été 2e du 400 mètres quatre nages derrière Phelps ;  3e, 2e et 3e du 200 mètres quatre nages en 2007 (Melbourne), 2009 (Rome) et 2011 (Shanghai), 3e du 400 mètres 4 nages en 2009, enfin 2e du 100 mètres papillon en 2013 (Barcelone). Au plan olympique, on le trouve argenté ou bronzé deux fois sur 200 mètres quatre nages (2008, 2e, 2012, 3e), une fois sur 200 papillon (2008, 2e), deux fois sur 400 4 nages (2004, 3e, 2008, 2e). Avant les Jeux de 2004, il s’est cassé un pied lors d’un camp d’entraînement et rétrograde d’une place par rapport à l’argent conquis en 2003. En revanche, son palmarès européen est étoffé. Entre 2004 et 2014, on le retrouve sur la plus haut marche du podium à 12 reprises, sur 100 mètres dos (2004), 200 mètres papillon (2012), 200 mètres 4 nages (2006, 2008, 2010, 2012, 2014), 400 mètres 4 nages (2004, 2006, 2008, 2010, 2012). Il enlève aussi 16 titres de champion d’Europe en petit bassin.

La « défaite » qui parait l’affecter le plus se situe sur 200 mètres papillon, à Pékin. En effet, dans cette course, il a remonté Phelps dans la troisième longueur. Mais, a-t-il raconté à Karen Crouse, « chaque fois que vous croyez pouvoir défaire Phelps, il s’élance vers un nouveau sommet. » Reprenant une partie de son retard à Phelps dans la 3e longueur, il laissa échapper quelques fractions de seconde au virage… Finalement Phelps l’emporta en 1’52’’03, record du monde, devant Cseh, 1’52’’70, record d’Europe, Takeshi Matsuda, Japon, 1’52’’97, record d’Asie, et Ross Burmester, Nouvelle-Zélande, 1’54’’35, record d’Océanie.

 

CROS LE NAGEUR QUI AIMAIT TRAINER EN LONGUEURS

                                                                                         Lundi 27 Avril 2015

CROS [Sylvain] Natation. (Clermont-Ferrand, 2 juin 1980-). France. Il débute à Vichy Cusset Bellerive à la suite de son frère aîné dans le groupe de Ghislaine Patureau (1986-8), passe, en fonction d’une mutation de son père, dans un excellent centre formateur, au Stade clermontois, avec Pierre Robin, Hervé Lacort, puis Anne-Marie Sanciaume (1988-92), rejoint Christos Paparrodopoulos au Cercle Nautique Havrais, où il nage au côté de David Abrard et Hugues Dubosc et effectue de gros progrès (1996-2000). Il est alors un bon nageur de dos, quand il arrive à Strasbourg, où le très décrié entraîneur, Jean Douchan Le Cabec, aux méthodes de gourou (« sans même m’avoir vu nager, raconte Sylvain, il me dit : je ferai de toi le meilleur nageur de 1500 du monde ») le fait nager quinze kilomètres par jour la première année, 20 kilomètres la seconde, 25 kilomètres la 3e, et finit à 30 kilomètres par jour, ce qui ne s’est jamais vu dans le monde de la natation, même si on a raconté – sans aucune certitude – que les Japonais avaient expérimenté ces distances folles ! Cros, 80kg pour 1,90m, termine 3eme du 1500 mètres – sa meilleure distance – du championnat d’Europe à Istanbul en 1999 en 15’18’’26, améliorant le record, 15’21’’45 de Franck Iacono. Mais l’année suivante, la méthode du kilométrage à tout crin atteint ses limites et produit ses contre-finalités. La progression s’enraye. Trop nager (30 kilomètres dans l’eau représentent, en temps, l’équivalent de 145 kilomètres sur terre !) ne peut se faire qu’au détriment de la technique et, bien entendu, de la fraîcheur… Cros n’en voudra pas à LeCabec de ses excès. Il estime à avoir appris de ces expériences limites. Cros rencontre alors son grand copain, de trois ans son cadet, Guy-Noël Schmitt dont il dira qu’il lui aura montré ce qu’étaient la persévérance et le courage. Passé à Cannes (2000-2006), entraîné par Lionel Volkaert (alors qu’il est licencié à Clichy), côtoyant Stephan Perrot, Johan Bernard, et, très vite, Schmitt venu le rejoindre, il enlèvera en tout, entre ses années Strasbourg et Cannes, six titres de champion de France, 1500 mètres en 1998 et 1999, 400 mètres en 1999, 2000, 2001, 2002, outre les relais quatre nages de Clichy vainqueurs auxquels il participe en 2001, 2002, 2003, 2004 et 2005. Il termina sa carrière à Antibes (2006). Il monte avec deux amis un club de sauvetage côtier, tout en nageant dans la catégorie « masters » (record du monde C1).

JUNE CROFT, BELLE ET VICTIME DU DOPAGE

                                                                              Dimanche 27 Avril 2015

CROFT [June Alexandra]. (Ashton-in-Makerfield, Manchester, Lancashire, 17 juin 1963- ). Grande-Bretagne. Grand talent barré de bien des podiums par le dopage d’Etat des Allemands de l’Est, qui visait surtout les filles, quand même plus faciles à viriliser !, cette belle (1,70m, 60kg) styliste fut championne du Commonwealth à Brisbane sur 100 et 200 mètres (devant Tracey Wickham) en 1982, année où elle fut 7e du 200 (dont elle dominait les bilans mondiaux avec son temps de Brisbane, record du Commonwealth en moins de deux minutes) et sur 400 mètres aux championnats du monde de Madrid. Elle représenta le Royaume-Uni dans trois éditions successives des Jeux olympique et enleva le bronze du 400 mètres en 1984, à Los Angeles, en 4’11’’49 (derrière l’Américaine Tiffany Cohen et l’autre Britannique, Sarah Hardcastle), quatre ans après avoir gagné l’argent avec le relais 4×100 mètres 4 nages à Moscou, en 1980. A Los Angeles, elle fut aussi 6e du 100 mètres et du 200 mètres libre. Elle appartenait aux Wigan Wasps et s’entraînait sous la direction de Keith Bewley à la piscine de Wigan. Dotée d’une nage longue, esthétique, elle détint de nombreux records britanniques de 1974 à 1984.