Catégorie : Biographies

DALLA VALLE, COEUR VAILLANT

Par Eric LAHMY                                                 Jeudi 30 Avril 2015

DALLA VALLE [Manuela] (Como, 20 janvier 1963-). Italie. Une carrière record en termes de longévité, étendue sur vingt-et-un ans (1978-1998), marquée par deux 2e places européennes sur 100 mètres brasse (en 1987 et 1989), et un titre à l’Universiade 1987 pour cette exposante de la brasse et des quatre nages, de gabarit modeste, 1,61m, 53kg. Elle compensait sa taille par son exubérance et sa  vaillance. Coachée par Alberto Castagnetti, elle nageait aussi le 200 mètres brasse et le 200 mètres quatre nages et fut finaliste à Los Angeles 1984 (200 mètres 4 nages), Séoul 1988 (200 mètres brasse) et Barcelone 1992 (100 et 200 mètres brasse). 4e du 100 mètres brasse des mondiaux de Perth, en 1991, elle était encore présente aux Jeux d’Atlanta en 1996. Médaillée européenne sur 100 mètres brasse, d’argent en 1987 à Strasbourg, de bronze à en 1989 à Bonn, elle fut championne du monde universitaire à Zagreb, Yougoslavie (1987). Elle enleva 63 titres (printemps et été) italiens dont 50 individuels, et 29 sur 100 mètres brasse seulement, et se retrouva également, de ci de là, sur des podiums en nage libre, en dos, en papillon et, bien entendu, en quatre nages ! Elle devint enseignante en éducation physique, entraîneur et dirigeante (élue en 2000), vice-présidente de la Fédération Italienne de Natation (FIN).

ARONNE ANGHLIERI, DES CHIFFRES ET DES ROSES

Par Eric LAHMY                                                                       Mercredi 29 Avril 2015

Disparu le 3 janvier 2015, Aronne Anghileri fut pendant plus de 40 ans, de 1952 à 1994, le spécialiste de natation du fameux journal rose, La Gazzetta dello Sport.

Arrone avait 87 ans. Deux mois plus tôt, le 6 novembre, sa femme, Regina Mercanti, qu’il avait rencontrée en 1945, s’en était allée la première. Le 10 janvier, les funérailles ont été célébrées à Cologne Monzese, où il vivait, dans la paroisse de San Giuliano.

Il était né à Galbiate, une petite commune de la province de Lecco, en Lombardie, le 29 avril 1927. Avant de se dédier au journalisme, il avait été nageur et entraîneur de la Canottiere Lecco et, diplômé de droit, s’était employé à la Banca Commerciale. Il entra dans le métier en rédigeant des articles pour le mensuel de la Federnuoto, la fédé italienne. Le célèbre Gianni Brera, le plus grand journaliste sportif italien du XXe siècle, nota son talent, l’attira au quotidien Il Giorno de Milan et l’encouragea à laisser tomber la banque. Quarante années durant, Aronne fut le leader de la natation à la Gazzetta dello Sport, le quotidien italien aux pages roses comme le maillot du leader du Giro d’Italia, qui lui appartenait – et auquel Aronne avait continué de collaborer encore jusqu’à quelques mois de son décès.

Anghileri était un homme incontournable de la natation italienne – qui comptait beaucoup de bons journalistes. Il fut ainsi le directeur et le rédacteur prépondérant de la revue mensuelle fédérale italienne, Nuoto. Il collabora aussi pendant vingt-cinq années au Mondo del Nuoto, la revue de Camillo Cametti (autre journaliste de natation et de talent, homme d’entregent, fin politique, très tourné vers l’international), ainsi, en 1977, qu’à La Tecnica del Nuoto. Le 20 novembre, sentant qu’il n’avait plus grand’ chose à ajouter, il avait officialisé le don de ses archives personnelles à la Faculté des Sciences Motrices de Vérone. En 2002, il offrit à la presse un ouvrage monumental, dont il avait réservé en feuilleton ses chapitres à la revue, et où il s’était ingénié à raconter un siècle de natation italienne. Ce fut son grand œuvre, quelque chose de proustien, au moins dans le titre, mais aussi dans l’ampleur (800 pages), intitulé Alla Ricerca del Nuoto Perduto.

Si la natation fut au centre de ses intérêts, Arrone était ouvert à d’autres sports qu’il couvrit avec la même minutie. Sans être rigoriste, il était rigoureux, et jonglait avec les chiffres. « On ne pouvait avec lui qu’être élève, raconte son collègue Arcobelli. Il avait une compétence absolue, non seulement de nage, mais de water-polo, de plongeon, d’escrime, de sports d’hiver, d’aviron. »

Début 2014, il avait organisé la donation de sa bibliothèque de natation, avec tous les écrits sur le sujet depuis 1946, de la Gazzetta dello Sport, reliés annuellement. Pendant près de vingt années, à partir de 1973, nous nous vîmes chaque année, aux événements, Jeux olympiques, championnats du monde et d’Europe, meetings, ainsi qu’à l’occasion de la rencontre traditionnelle de l’hiver, la Coupe latine. Il ne rata que les Jeux olympiques de Moscou, en raison d’une défaillance cardiaque qui lui interdit de voyager.

L’HOMME QUI SAVAIT TOUT

Arrone avait beaucoup vu et retenu. Je lui demandais un jour son avis sur la fameuse polémique du 100 mètres nage libre des Jeux de Rome, où l’Australien John Devitt avait été déclaré vainqueur alors que tous les « voyants », notamment chronométriques, penchaient en direction de l’Américain, Lance Larson. Il lança un regard vers le ciel et me dit que Larson avait gagné et archi gagné « de ça », dit-il, accompagnant l’expression d’un geste du bras qui indiquait qu’il n’y aurait pas dû avoir photo.

Il n’est sans doute pas facile de mesurer un collègue à l’aune de tous les autres, mais, malgré mon appréciation des américains, des anglais, avec Anita Longsbrough, elle-même championne olympique, et Pat Besford, journaliste, écrivain, syndic de presse, des Hongrois, Gyarfas (devenu président de sa Fédération), des Allemands, des Espagnols, je dois dire que les Italiens disposaient du plus grand nombre de journalistes très compétents, en raison notamment de la richesse de leur presse sportive. Arrone tenait, je crois, la corde parce qu’il avait nagé et enseigné la natation, parce qu’en raison des divers titres où il s’exprimait, il travaillait beaucoup sur ce sport et donc s’obligeait à « tout » savoir, qu’il avait de solides capacités d’analyse et de réflexion, que (héritage de ses années de banque ?), il jonglait avec les chiffres sans s’y enfermer comme par exemple son ami Luigi Saini, et enfin, qu’il écrivait bien. Si, dans ce métier, il avait existé une référence, Arrone l’aurait été.

Une anecdote révèle son impartialité ; Emiliano Brembilla, le grand nageur de 1500 mètres, qui l’estimait, lui avait demandé pourquoi il n’avait pas mis sa photo dans son opus sur la natation italienne : « c’est simple, tu n’as pas obtenu de médaille olympique individuelle. »

Anghileri m’infligea un jour une sévère volée dans la revue fédérale Nuoto ! Le prétexte de son ire fut un incident, lors d’une Coupe latine qui se déroulait je crois en Guadeloupe. Le match était assez serré entre France et Italie et je crois qu’un relais, qui achevait les deux jours de compétition, devait décider de la victoire. Or il se trouva que les Italiens l’emportèrent et qu’un groupe de « supporters » alla se jeter à l’eau avant que les autres équipes ne terminent leur parcours. Un arbitre (ou qui d’autre) ressortit à l’occasion le règlement selon lequel ce comportement vaut élimination pour le nageur ou l’équipe de la nationalité des trublions. D’aucuns commencèrent à suggérer l’élimination de l’équipe italienne. Affaire délicate, la compétition se passait en France, et les Français risquaient de se trouver juges et partie !! Mes confrères italiens affirmaient que ces gens n’avaient rien à voir avec « la squadra ». Mais je voulus me faire ma propre idée, allai voir les intempestifs baigneurs qui, sans se rendre compte de la portée de leurs paroles, m’assurèrent qu’ils étaient italiens, membres de l’équipe et fiers de l’être. Ce qui était totalement faux ! Après un bref entretien avec Pierre Broustine, le directeur des courses, le président, Henri Sérandour, décida à juste titre de ne pas tenir compte de l’incident. Pendant tout le temps du retour à l’hôtel en bus, mes confrères italiens pensèrent-ils que je voulais voler la victoire ? Ils m’agacèrent tandis que je leur expliquais ma façon de voir (incompréhension totale, ma ché vergogna) !

Arrone me tint-il grief d’avoir fait ce que j’estimais être mon enquête ? Ou encore n’avait-il pas grand’ chose à raconter sur la compétition ? Toujours est-il que dans le n° suivant de « Il Mondo del Nuoto », j’eus droit à un traitement grand luxe, pratiquement une page en petits caractères, détaillant par le menu mes méfaits et gestes au bord du bassin, mon agitation, etc., etc. J’avoue que d’être le méchant de l’histoire (plutôt une anecdote) me fit sourire. Quand je le revis, quelques mois plus tard, dans un championnat, Arrone, qui était d’un naturel inquiet, pâlit derrière ses lunettes, mais je lui fis fête. Rassuré, il répondit à mes amabilités. Pensa-t-il que je n’avais pas lu son pamphlet ? Je ne lui en ai jamais parlé ! Sincèrement, pouvais-je me fâcher avec Anghileri parce qu’il m’avait étrillé ? Et, de temps en temps, d’être plus ou moins maltraités de la sorte, surtout dans ce métier étrange où nous ne prenons pas de gants pour étriller les autres, ne ressortons-nous pas, le poil plus brillant ?

Ayant été écarté de la natation vers 1994, contre mon souhait, par les nouveaux maîtres de L’Equipe, je n’eus plus l’occasion de voir Arrone, qui, d’ailleurs atteignait l’âge de la retraite. Mais il restera le souvenir de sa voix, de son amabilité, de son intégrité souriante. Comme a dit Camillo Cametti : « Arrone manquera à beaucoup, surtout à la natation. A moi, il manquera comme collègue, comme ami, comme maître. »

IRENE DALBY REINE DE NORVEGE

DALBY [Irène Karine] (Hamar, comte du Hedmark, 31 mai 1971-). Norvège. Double championne d’Europe (400 mètres, 800 mètres) à Athènes en 1991, cette nageuse sculpturale (1,81m, 68-73kg) coachée par Hakon Iverson fut aussi 2e de la Coupe du monde FINA de distance. Médaillée d’argent européenne du 800 mètres en 1993, de bronze européenne du 800 mètres en 1989 et 1995, du 400 mètres en 1993 et 1995, elle fut par deux fois, en 1992 à Barcelone et en 1996 à Atlanta, 5e du 800 mètres des Jeux olympiques. Ses records en grand bassin montrent à défaut de vitesse de base une grande résistance, 2’2’’35 au 200 mètres,  4’11’’51 au 400 mètres et 8’29’’59 au 800 mètres et 16’42’’87 au 1500 mètres. Elle fut la meilleure nageuse norvégienne de l’histoire, et sa solitude est démontrée par les 124 titres nationaux qu’elle remporta dans une carrière qui s’étendit sur trois olympiades, entre une médaille de bronze mondiale juniors en 1986 et une présence aux Jeux d’Atlanta, en 1996.

DAI FIGURE DE PROUE DU DOPAGE CHINOIS

DAI [Guohong] (Province de Liaohing, 3 septembre 1977-). Chine. Championne du monde 1994, à Rome du 400 mètres quatre nages ; spécialisée aussi en brasse, style dans lequel elle est médaillée d’argent (sur 100 mètres) et nage pour le relais 4 fois 100 mètres quatre nages également champion du monde. Par sa victoire dans le quatre nages, elle « incarne le triomphe de la puissance sur la technique. Après son virage au 100 mètres [en papillon], elle étale sa faiblesse, un parcours en dos abominable qui la laisse 2’’3 derrière Allison Wagner » (Craig Lord). Mais elle passe de 4e à 1ere en brasse (1’16’’20), à l’issue de quoi seule Wagner reste encore dans le coup. Mais les 1’5’’46 en crawl de l’Américaine sont insuffisants pour combler son retard face à Dai qui nage, elle, 1’5’’93. En 4’39’’14, elle garde l’ascendant sur Wagner, 4’39’’98. Dai a été l’année précédente, quadruple championne du monde en petit bassin, à Palma (sur 100 et 200 mètres brasse, 400 mètres quatre nages et avec le relais quatre nages) et 2e sur 200 mètres 4 nages. Elle est aussi archi-médaillée aux Jeux asiatiques 1994 à Hiroshima (or des 100 brasses, des 200 4 nages et du relais quatre nages, argent sur 200 brasse et 400 4 nages). Fin 1995, on apprend qu’hors de forme, ayant pris 10kg, elle songe à prendre sa retraite sportive. Certains bruits ont couru sur le fait qu’elle aurait été prise par des contrôles de produits interdits, dont des stéroïdes). De ce fait, et du fait que les Chinois développent des systèmes de dopage, on peut estimer que toutes ses performances sont douteuses.

ATTILA CZENE CHAMPION OLYMPIQUE ET MINISTRE D’ETAT

 

CZENE [Attila] Natation. (Szeged, 20 juin 1974-). Hongrie. Entraîné à Budapest par Tamas Szechy, d’abord l’un des plus prometteurs dossistes d’Europe, ce garçon fin et attachant s’orienta vers le crawl, le papillon et les quatre nages. Peut-être délaissa-t-il le dos après s’être fracturé une phalange en 1991 dans une arrivée (à Canet en Roussillon) ?Très près déjà de la victoire sur 200 mètres 4 nages aux Jeux de Barcelone, en 1992, en 2’1’’, tout près de Tamas Darnyi et de Greg Burgess, 2’0’’76 et 2’0’’97, il fut champion olympique du 200 mètres quatre nages à Atlanta, en 1996 (1’59’’91), au grand dam du super favori finlandais Sievinen déjà devancé par lui, de 0’’22, aux Jeux de Barcelone, mais aussi de Tom Dolan, vainqueur, lui, quatre jours plus tôt, du 400 mètres 4 nages. Attila, dans la ligne 1, suivit le Canadien Curtis Myden à l’issue du papillon, revint, puis creusa l’écart en dos, et parvint à contrer Sievinen auteur d’un fort retour en crawl (2’0’’13) et conserver suffisamment d’avance pour gagner, seule sous les deux minutes : 1’59’’91… Un mois après les Jeux, il fut révélé que les Hongrois avaient fait preuve de duplicité pour engager leurs nageurs. A quelques semaines des Jeux, Czene et quelques autres n’avaient toujours pas réalisé les temps qui pouvaient les qualifier pour les Jeux, et la Fédération hongroise inventa de toutes pièces une compétition totalement bidon, inscrivirent des temps également fantaisistes qui permirent à une bonne douzaine de nageurs, dont Attila, de s’inscrire aux Jeux. La Fédération fut punie, mais Czene put conserver son titre. En mars 2000, il améliora le record du monde de la distance en petit bassin, en 1’54’’65. Aux Jeux olympiques 2000, il finit 4e de son épreuve fétiche, gagnée par l’Italien Rosolino.

Attila Czene fit ensuite une belle carrière politique, ministre d’Etat des sports et des Ressources nationales de la Hongrie, et joua un rôle continental, dans ce créneau, lors de la présidence hongroise des affaires européennes, au premier semestre 2011.

DAISY CURWEN NE FAISAIT QUE PASSER

Par Eric LAHMY                                                             Mardi 28 Avril 2015

CURWEN [Daisy] Natation. (Liverpool, 6 décembre 1889-). Recordwoman du monde des 100 yards (1’12’’6) et des 100 mètres nage libre en 1’24’’6 (29 septembre 1911) 1’23’’2 puis 1’20’’6 (Birkenhead, 10 juin 1912), elle perd le record le 9 juillet 1912, quand, aux Jeux de Stockholm auxquels elle participe, Fanny Durack l’efface. Curwen (mariée, nom d’épouse, O’Brien, depuis un an) se qualifie aisément en 1’23’’6, réussit le 2e temps des demi-finales (1’26’’8) quand, hospitalisée d’urgence en raison d’une soudaine crise d’appendicite, elle ne peut défend

re sa chance en finale. Durack semblait plus forte aux Jeux mais sait-on jamais ? Elle aurait battu six records du monde, des 100 yards aux 300 mètres. On ne sait rien de sa mort, cependant une chronique locale qu’elle vécut à Walton jusqu’à un âge avancé. Elle fut photographiée lors du jubilé d’une piscine locale, les Guinea Gap Baths, en 1968, et encore une fois en 1974, à 85 ans.

ANN CURTIS: LA PROF ETAIT UNE CHAMPIONNE OLYMPIQUE

Par Eric LAHMY                                                      Mardi 28 Avril 2015

CURTIS (Cuneo) [Ann Elizabeth] Natation. (Rio Vista, Californie, 6 mars 1926-San Rafael, Californie, 26 juin 2012). États-Unis. Championne olympique du 400 mètres (5’17’’8) aux Jeux de Londres, en 1948. Très grande (1,78m ou 1,80m, 72,5kg) et jolie, elle devient élève dès ses quinze ans du San Francisco Crystal Plunge Club, situé à Treasure Island, l’île artificielle de la baie de San Francisco, où opère Charlie Sava, un entraîneur en avance sur son temps, après avoir appris à nager sous l’expertise de nonnes au couvent des Ursulines de Santa Rosa ; universitaire à U Cal Berkeley, où ils n’accueillent pas de section de natation féminine, elle continuera de travailler avec Sava. Cela exigera d’elle de longs va-et-vient en voiture. Elle se souvient avoir organisé son programme universitaire « autour de la natation », Brutus Hamilton, le coach d’athlétisme de Cal, intervenant auprès de ses professeurs afin d’arrondit les angles… Elle enlèvera dix-huit titres individuels (trente-quatre en comptant les relais) de championne des États-Unis entre 1943 et 1948 et améliorera deux records du monde, sur 440 et 880 yards. La Guerre mondiale lui ôte ses meilleures chances olympiques (en 1944) mais elle saura patienter quatre ans. Le conflit la touche plus personnellement quand son père est tué dans la bataille de Tarawa, dans le Pacifique. Première femme (et premier nageur, les deux sexes confondus) à se voir décerner en 1944 la plus haute distinction attribuée à un sportif amateur aux États-Unis, le Sullivan Award, et nommée athlète féminine de l’année par Associated Press, elle fait la première page des revues Colliers, Newsweek.

A Londres, quoique n’étant guère une sprinteuse, elle est engagée, outre le 400 mètres sur 100 mètres où elle finit 2e et dans le relais quatre fois 100 mètres (dernier parcours lancé en 1’4’’2). Elle aurait sans doute enleva un bien plus grand nombre de médailles si le programme avait compris, comme bien plus tard, un 200 mètres et un 800 mètres. Sur 400 mètres, elle lance la course ; Karen Harup oppose une très ferme résistance, jusqu’aux deux cents mètres (2’33’’7), puis Curtis se détache, l’emportant en 5’17’’8 contre 5’21’’2. La course a été bien filmée en couleur, et permet de noter le style, coulé, des finalistes et l’incroyable lenteur, vue d’aujourd’hui, des virages où l’on touche à la main, prenant son temps et sa respiration en repartant, sans parler des coulées réduites à leur plus simple expression ! Le 100 mètres est une déception, car si Curtis n’est pas une sprinteuse cataloguée, elle est la meilleure sur la distance comme le démontrera son relais en 1’4’’2, valeur meilleure que le record du monde, où prenant le départ en 3e position avec plus de deux secondes de retard. Mais dans la course individuelle, elle rate son départ et finira à deux dixièmes de la gagnante Greta Andersen, en 1’6’’5 contre 1’6’’3…

A son retour des Jeux de Londres, on lui donne les clés de San Francisco et une superbe auto qui lui vaudra de devenir professionnelle si elle l’accepte. Mais comme elle compte se marier et arrêter de nager, elle prend la voiture, et, dira-t-elle, ne le regrettera jamais. Plus tard, devenue Mme Gordon Cuneo (1924-2010, un étudiant, joueur de basket, qu’elle a rencontré à Berkeley en 1949), elle voyage dans les années 1950 avec les Aquafollies, le spectacle où les ballets nautiques ont la part belle. Avec son mari, ils acquièrent du terrain et fondent à San Rafael en 1959 son école privée de natation, l’Ann Curtis School of Swimming toujours active après sa mort et cinquante cinq ans d’existence (elle a té reprise par l’une de leurs filles). Tout en élevant ses cinq enfants, elle y enseignera la natation pendant vingt-cinq ans et la natation synchronisée douze ans. Parmi les 53.000 élèves à qui elle enseignera la natation, Rick Demont, le premier nageur sous les 4’ au 400 mètres (à Belgrade en 1973) et Ben Wildman-Tobriner, champion du monde des 50 mètres à Melbourne (2007). Intronisée à l’International Swimming Hall of Fame en 1966.

JEAN-PASCAL CURTILLET RELAYEUR DANS L’ÂME

Par Eric LAHMY                                                     Mardi 28 Avril 2015

CURTILLET [Jean-Pascal] Natation. (Alger, 21 septembre 1942-Aix-en-Provence, 7 mars 2000). France. Son titre de gloire : avoir battu, le 10 août 1962, avec Alain Gottvallès, Gérard Gropaiz et Robert Christophe le record du monde du 4 fois 100 mètres. C’est certes une distance assez neuve et délaissée par les grandes natations, n’étant inscrite au programme olympique qu’à partir de 1964. Il n’empêche, Gottvalles a battu le record d’Europe, 55’’ au départ de la course, et le temps final est 3’42’’5. Les Américains le détenaient depuis 1959 en 3’44’’4 et le quatuor du formidable Santa-Clara Swimming Club, toujours des USA, le reprendra en juillet 1963 avec 3’39’’9. Deux mois plus tard, la même formation, en 3’43’’7, devint championne d’Europe à Leipzig devant les Britanniques emmenés par Robert McGregor… puis se fit souffler le titre du quatre fois 200 mètres par la Suède Cette année là, les quatre copains améliorent le record d’Europe en 3’39’’2. Ces quatre vivaient dans des sentiments d’amitié indéfectibles, qui l’étaient présentés comme tels. Le site « l’alger-roi » raconte une anecdote que l’auteur, John Franklin, a recueillie auprès de l’entraîneur Bortolotti. Aux championnats de France 1960, à El-Kettani, Alain Gottvalles n’est pas au départ de la course cadet. Ce nonchalant est en retard. Curtillet ne veut pas nager l’épreuve sans Gottvalles, dont il sait pourtant qu’il le battra. Il lambine, provoque deux faux départs. Gottvalles arrive et gagne. Curtillet fait aussi partie d’un relais record d’Europe du quatre fois 200 mètres, 8’6’’8 le 6 septembre 1964 à Bagnols-sur-Cèze. Cela se passe moins bien aux Jeux olympiques où Alain Gottvalles, l’un des favoris du 100 mètres, finit 5e, le quatre fois 100 mètres est déclassé pour départ anticipé (de Canavese) et le quatre fois 200 mètres finit 5e. Avant de nager à Lyon, en France, ville d’où est issue sa famille et où il étudie (1962), Jean-Pascal, appartenait au Bridja Sports d’Alger, animé par Gilbert Bortolotti. Il y fait l’essentiel de sa carrière. Son grand-père, Joseph, a été premier Doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie d’Alger. Son père Etienne (1906-1950, accident de voiture), avait été un pionnier des opérations à cœur ouvert, et son oncle André (tombé à la libération de Strasbourg, en 1944) est lui aussi un jeune et brillant anatomiste. Champion de France du 200 mètres 1959, 1960 et 1964 ; du 400 mètres 1960 et 1962, du 1500 mètres 1960, il a nagé le premier du relais quatre fois 200 mètres des Jeux olympiques qui ne peut se qualifier en finale à Rome, puis, à Tokyo, qui, avec l’adjonction de Pierre Canavese, termina 6e. Devenu kinésithérapeute, Jean-Pascal s’installe à Aix-en-Provence.

LISA CURRY , QUATRE NAGES ET 80 AVIONS

CURRY [Lisa] (Brisbane, Queensland, 15 mai 1962-). Australie. Multiple championne du Commonwealth (100 mètres papillon, 200 mètres et 400 mètres quatre nages en 1982, 50 mètres libre, 100 mètres papillon, 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres 4 nages en 1990), elle a détenu des records australiens dans ces trois styles. Elle n’obtint aucun succès aux Jeux olympiques ou en championnats du monde. Après sa carrière de nageuses, elle obtint des victoires en aviron et canoë. Lorsqu’elle se sépare en 2009 de Grant Kenny, après 23 ans de mariage, leur fortune, basée sur la possession d’une flotte aérienne de 60 appareils, le Curry Kenny Aviation Group, a été évaluée à 80 millions de dollars australiens.

CURETON, LE DOCTEUR NATATION

Par Eric LAHMY                                                             Mardi 28 Avril 2015

CURETON, Jr [Thomas Kirk] (San Fernandino, Floride, 4 août 1901-Urbana, Illinois, 18 décembre 1992). USA. Nageur, physiologiste et entraîneur de natation. Quoique souffreteux dans sa jeunesse, il était très sportif et, à douze ans, s’affirmait comme un bon nageur de distance. Il souffrait d’asthme, et son père l’engagea dans un YMCA, à Jacksonville, où il travailla aux massues, aux haltères, en natation et en gymnastique. Il rejoignit aussi le mouvement scout. Son père, président de banque, se déplaçait, s’installant à Jacksonville, Orlando (1913), Waycross, en Georgie, Atlanta (1916). Thomas suivait. Il étudia à Georgie Tech, devint un des meilleurs coureurs et nageurs de distance. En 1922, il rejoignit l’Université de Yale et commença à s’intéresser à la condition physique. Enseignant au collège de Springfields, dans le Massachusetts entre 1929 et 1941, il obtint son mastère en éducation physique (sujet de thèse : les tests objectifs en natation) et devint maître de recherche en 1936. Docteur en philosophie (sujet de thèse : les critères dans les tests des nageurs débutants), il rejoignit l’Université d’Illinois, à Urbana-Champaign. En 1944, il y établit le laboratoire de recherches de « physical fitness », et devint à travers de multiples activités  (enseignement, recherche, publications, séminaires, voyages, directions d’études des étudiants diplômés, entraînements et services à diverses associations sportives et médico-sportives) l’une des voix prépondérantes de la physiologie sportive.

Comme les autres « gourous » de la santé des USA, Bernarr Mcfadden, Paul Bragg, Charles Atlas ou Jack Lalanne, sa légende insistait sur le fait qu’il avait été « faible » et « maladif » dans son enfance, et avait recouvré la santé par l’exercice et une alimentation saine. Comme eux, il étalait sa fierté des résultats obtenus, se présentant comme une success story ambulante, et comme eux, il promouvait incessamment, par une masse prodigieuse d’écrits et de travaux, sa méthode. Comme eux,– surtout  Lalanne, 97 ans – il atteignit un âge avancé. Mais lui seul disposait de la compétence qui lui permettait de tenir la dragée haute aux sommités scientifiques. « La cinquantaine, disait-il, commence à 26 ans, et à 40 ans l’homme moderne est un fossile vivant. » La profonde ignorance de la physiologie sportive amenait la faculté elle-même à traiter de tels propos de charlatanerie. L’idée prévalait parmi les esprits éclairés de l’époque que les exercices qu’il préconisait tueraient tôt ou tard et les quadras et les quinquagénaires qui s’y livreraient. Mais s’accrochant à son idée, il démontra la véracité de ses dires. En 1966, pour illustrer un article, il fut photographié en train d’effectuer son jogging quotidien à travers un cimetière : « comme partie de son programme de condition physique, lisait-on dans la légende, le docteur Thomas Cureton Jr trottine près de l’Université d’Illinois. Sa séance l’emmène à travers le cimetière où quelques-uns de ses collègues qui le traitaient de fada de la santé reposent aujourd’hui. »

Influencé à ses débuts par Bob Kiputh, de Yale, le pape de la natation de l’époque, et Peter Karpovitch, de Springfield, l’un des pères fondateurs de la physiologie du muscle, il aimait dire, quoique dirigeant lui-même un laboratoire de l’exercice, « les vrais laboratoires d’éducation physique sont les piscines, les terrains, les gymnases. » En quelque sorte, dans ce domaine, il aimait rester terre à terre, les mains dans le cambouis. Il fut, semble-t-il, le premier à suggérer que l’exercice permettait de faire baisser la tension artérielle. Il compara les diverses formes physiques obtenues par la course, la nage et les poids. Dans l’abondance de ses travaux et recherches, la natation occupa toujours une part à part, prépondérante. Lui-même entraîna surtout dans les YMCA dans les années 1923-26, rédigea le programme aquatique de la Croix-Rouge en 1929, travailla sur la biomécanique et développa des exercices correctifs. Il publia un nombre impressionnant d’articles et de livres sur la natation, dont le premier s’intéressait à la relation entre la respiration et la vitesse du nageur. L’un des fondateurs de l’International Swimming Hall of Fame en 1965, il enleva, à 72 ans, en 1973, cinq médailles aux premiers championnats US de natation des masters. C’était le début d’une nouvelle carrière qui le vit battre 14 records nationaux et mondiaux vétérans.