Catégorie : Biographies

JEAN-PASCAL CURTILLET RELAYEUR DANS L’ÂME

Par Eric LAHMY                                                     Mardi 28 Avril 2015

CURTILLET [Jean-Pascal] Natation. (Alger, 21 septembre 1942-Aix-en-Provence, 7 mars 2000). France. Son titre de gloire : avoir battu, le 10 août 1962, avec Alain Gottvallès, Gérard Gropaiz et Robert Christophe le record du monde du 4 fois 100 mètres. C’est certes une distance assez neuve et délaissée par les grandes natations, n’étant inscrite au programme olympique qu’à partir de 1964. Il n’empêche, Gottvalles a battu le record d’Europe, 55’’ au départ de la course, et le temps final est 3’42’’5. Les Américains le détenaient depuis 1959 en 3’44’’4 et le quatuor du formidable Santa-Clara Swimming Club, toujours des USA, le reprendra en juillet 1963 avec 3’39’’9. Deux mois plus tard, la même formation, en 3’43’’7, devint championne d’Europe à Leipzig devant les Britanniques emmenés par Robert McGregor… puis se fit souffler le titre du quatre fois 200 mètres par la Suède Cette année là, les quatre copains améliorent le record d’Europe en 3’39’’2. Ces quatre vivaient dans des sentiments d’amitié indéfectibles, qui l’étaient présentés comme tels. Le site « l’alger-roi » raconte une anecdote que l’auteur, John Franklin, a recueillie auprès de l’entraîneur Bortolotti. Aux championnats de France 1960, à El-Kettani, Alain Gottvalles n’est pas au départ de la course cadet. Ce nonchalant est en retard. Curtillet ne veut pas nager l’épreuve sans Gottvalles, dont il sait pourtant qu’il le battra. Il lambine, provoque deux faux départs. Gottvalles arrive et gagne. Curtillet fait aussi partie d’un relais record d’Europe du quatre fois 200 mètres, 8’6’’8 le 6 septembre 1964 à Bagnols-sur-Cèze. Cela se passe moins bien aux Jeux olympiques où Alain Gottvalles, l’un des favoris du 100 mètres, finit 5e, le quatre fois 100 mètres est déclassé pour départ anticipé (de Canavese) et le quatre fois 200 mètres finit 5e. Avant de nager à Lyon, en France, ville d’où est issue sa famille et où il étudie (1962), Jean-Pascal, appartenait au Bridja Sports d’Alger, animé par Gilbert Bortolotti. Il y fait l’essentiel de sa carrière. Son grand-père, Joseph, a été premier Doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie d’Alger. Son père Etienne (1906-1950, accident de voiture), avait été un pionnier des opérations à cœur ouvert, et son oncle André (tombé à la libération de Strasbourg, en 1944) est lui aussi un jeune et brillant anatomiste. Champion de France du 200 mètres 1959, 1960 et 1964 ; du 400 mètres 1960 et 1962, du 1500 mètres 1960, il a nagé le premier du relais quatre fois 200 mètres des Jeux olympiques qui ne peut se qualifier en finale à Rome, puis, à Tokyo, qui, avec l’adjonction de Pierre Canavese, termina 6e. Devenu kinésithérapeute, Jean-Pascal s’installe à Aix-en-Provence.

LISA CURRY , QUATRE NAGES ET 80 AVIONS

CURRY [Lisa] (Brisbane, Queensland, 15 mai 1962-). Australie. Multiple championne du Commonwealth (100 mètres papillon, 200 mètres et 400 mètres quatre nages en 1982, 50 mètres libre, 100 mètres papillon, 4 fois 100 mètres et 4 fois 100 mètres 4 nages en 1990), elle a détenu des records australiens dans ces trois styles. Elle n’obtint aucun succès aux Jeux olympiques ou en championnats du monde. Après sa carrière de nageuses, elle obtint des victoires en aviron et canoë. Lorsqu’elle se sépare en 2009 de Grant Kenny, après 23 ans de mariage, leur fortune, basée sur la possession d’une flotte aérienne de 60 appareils, le Curry Kenny Aviation Group, a été évaluée à 80 millions de dollars australiens.

CURETON, LE DOCTEUR NATATION

Par Eric LAHMY                                                             Mardi 28 Avril 2015

CURETON, Jr [Thomas Kirk] (San Fernandino, Floride, 4 août 1901-Urbana, Illinois, 18 décembre 1992). USA. Nageur, physiologiste et entraîneur de natation. Quoique souffreteux dans sa jeunesse, il était très sportif et, à douze ans, s’affirmait comme un bon nageur de distance. Il souffrait d’asthme, et son père l’engagea dans un YMCA, à Jacksonville, où il travailla aux massues, aux haltères, en natation et en gymnastique. Il rejoignit aussi le mouvement scout. Son père, président de banque, se déplaçait, s’installant à Jacksonville, Orlando (1913), Waycross, en Georgie, Atlanta (1916). Thomas suivait. Il étudia à Georgie Tech, devint un des meilleurs coureurs et nageurs de distance. En 1922, il rejoignit l’Université de Yale et commença à s’intéresser à la condition physique. Enseignant au collège de Springfields, dans le Massachusetts entre 1929 et 1941, il obtint son mastère en éducation physique (sujet de thèse : les tests objectifs en natation) et devint maître de recherche en 1936. Docteur en philosophie (sujet de thèse : les critères dans les tests des nageurs débutants), il rejoignit l’Université d’Illinois, à Urbana-Champaign. En 1944, il y établit le laboratoire de recherches de « physical fitness », et devint à travers de multiples activités  (enseignement, recherche, publications, séminaires, voyages, directions d’études des étudiants diplômés, entraînements et services à diverses associations sportives et médico-sportives) l’une des voix prépondérantes de la physiologie sportive.

Comme les autres « gourous » de la santé des USA, Bernarr Mcfadden, Paul Bragg, Charles Atlas ou Jack Lalanne, sa légende insistait sur le fait qu’il avait été « faible » et « maladif » dans son enfance, et avait recouvré la santé par l’exercice et une alimentation saine. Comme eux, il étalait sa fierté des résultats obtenus, se présentant comme une success story ambulante, et comme eux, il promouvait incessamment, par une masse prodigieuse d’écrits et de travaux, sa méthode. Comme eux,– surtout  Lalanne, 97 ans – il atteignit un âge avancé. Mais lui seul disposait de la compétence qui lui permettait de tenir la dragée haute aux sommités scientifiques. « La cinquantaine, disait-il, commence à 26 ans, et à 40 ans l’homme moderne est un fossile vivant. » La profonde ignorance de la physiologie sportive amenait la faculté elle-même à traiter de tels propos de charlatanerie. L’idée prévalait parmi les esprits éclairés de l’époque que les exercices qu’il préconisait tueraient tôt ou tard et les quadras et les quinquagénaires qui s’y livreraient. Mais s’accrochant à son idée, il démontra la véracité de ses dires. En 1966, pour illustrer un article, il fut photographié en train d’effectuer son jogging quotidien à travers un cimetière : « comme partie de son programme de condition physique, lisait-on dans la légende, le docteur Thomas Cureton Jr trottine près de l’Université d’Illinois. Sa séance l’emmène à travers le cimetière où quelques-uns de ses collègues qui le traitaient de fada de la santé reposent aujourd’hui. »

Influencé à ses débuts par Bob Kiputh, de Yale, le pape de la natation de l’époque, et Peter Karpovitch, de Springfield, l’un des pères fondateurs de la physiologie du muscle, il aimait dire, quoique dirigeant lui-même un laboratoire de l’exercice, « les vrais laboratoires d’éducation physique sont les piscines, les terrains, les gymnases. » En quelque sorte, dans ce domaine, il aimait rester terre à terre, les mains dans le cambouis. Il fut, semble-t-il, le premier à suggérer que l’exercice permettait de faire baisser la tension artérielle. Il compara les diverses formes physiques obtenues par la course, la nage et les poids. Dans l’abondance de ses travaux et recherches, la natation occupa toujours une part à part, prépondérante. Lui-même entraîna surtout dans les YMCA dans les années 1923-26, rédigea le programme aquatique de la Croix-Rouge en 1929, travailla sur la biomécanique et développa des exercices correctifs. Il publia un nombre impressionnant d’articles et de livres sur la natation, dont le premier s’intéressait à la relation entre la respiration et la vitesse du nageur. L’un des fondateurs de l’International Swimming Hall of Fame en 1965, il enleva, à 72 ans, en 1973, cinq médailles aux premiers championnats US de natation des masters. C’était le début d’une nouvelle carrière qui le vit battre 14 records nationaux et mondiaux vétérans.

MELISSA CUNNINGHAM NAGE EXTRA-LARGE

Par Eric LAHMY                                               Lundi 27 Avril 2015

CUNNINGHAM [Melissa]. (Cronulla, Sydney, 1975-). Australie. Championne du monde de grand fond (25km) à Rome, en 1994, issue d’une famille de nageurs, ainée de trois enfants, elle connut sa première grande expérience de nage au large en 1991, à seize ans, dans la traversée des 8 kilomètres du détroit de Magnetic Island à Townsville dans une cage à requins ! C’est un échec aux sélections olympiques, en 1992, qui l’amena, l’année suivante, à s’orienter vers les 25 kilomètres et à connaître les joies nées des rencontres avec des méduses. « L’eau libre est un environnement incontrôlé et quand vous nagez, vous ne pensez pas aux risques qu’elle comporte, expliquait-elle à ceux qui évoquaient les aléas de la haute mer ; nager en piscine me parait trop contrôlé. » Deux années plus tard, à Rome, elle gagnait le titre mondial des 25km en 5h48’25’’ avec deux minutes d’avance sur la Hongroise Rita Kovacs (5h50’13’’) et cinq sur sa compatriote Shelley Taylor-Smith (5h53’’12). En 1996, elle a aidé l’équipe australienne  formée de Shelley Taylor-Smith, Joe Mitchell et Grant Robinson à établir un record en relais sur les 96 kilomètres de Malte-Sicile en 19h 11 minutes. Elle améliora le record du monde des 24 heures (93km). Blessée (épaule) en 1996, victime d’une fatigue généralisée due à un virus, elle travailla ensuite comme dirigeante dans le Comité Australien d’eau libre, membre de la Commission technique de la FINA et fut la commentatrice de la Course des 10 km des Jeux de Pékin. Malade (cancer du sein), en 2013, elle semble avoir surmonté cette épreuve.

LE DOCTEUR FERENC CSIK AVAIT SOIGNÉ SON 100 MÈTRES

Par Eric LAHMY                                                           Lundi 27 Avril 2015

CSIK [Ferenc] Natation. (Caposvar, 12 décembre 1913-Sopron, 29 mars 1945). Hongrie. Étudiant en médecine, il fut le surprenant vainqueur du 100 mètres nage libre des Jeux olympiques de Berlin, en dépit du handicap que constituait le fait de nager dans une ligne extérieure, la 7, et donc de n’être au contact d’aucun des favoris, et devança les trois favoris japonais et le recordman du monde américain. Sa victoire, radiodiffusée, connut un impact extraordinaire dans la population hongroise, prenant les accents d’une victoire d’un David contre les Goliath du sport, les favoris américains et japonais, au cœur de l’Allemagne nazie (et vociférante). Csik n’était pas pourtant un inconnu. Il avait été champion et recordman d’Europe à Magdebourg, vainqueur du prestigieux Grand Prix de Paris adornée du précieux vase de Sèvres bleu en 1934, et sera dans sa carrière, treize fois, champion de Hongrie. A Magdebourg, dominé individuellement par les exploits du Français Jean Taris, intraitable vainqueur du 400 mètres et du 1500 mètres (cette dernière course avec une minute d’avance) et de la Néerlandaise Rie Mastenbroek, il avait devancé deux Allemands, et s’était défait in extremis d’Helmuth Fisher, en 59’’7 contre 59’’8, Otto Wille 3e en 1’1’’2. Il avait joué un rôle essentiel dans la victoire sur 4 fois 200 mètres, en 9’30’’2 contre 9’31’’2 aux Allemands. Csik, avec son entraîneur Jozsef Vertesy, aurait contribué grandement à une amélioration méthodologie de l’entraînement (au moins en Hongrie), par exemple en étendant la saison à toute l’année. Ce surcroit de préparation paya dans les vingt derniers mètres de la course, où Csik ramassa tous ses concurrents. C’est aussi un nageur protée, dont on retrouve la filiation aujourd’hui. Dans ses 17 titres de champion de Hongrie, on trouve autant des courses de nage libre (100, 200, 400), de brasse (100 et 200) et de trois nages (le papillon n’existait pas)…

Physiquement, Csik représentait la silhouette typique, archétypale, du nageur, comparable aux personnages de la statuaire égyptienne, qu’on a retrouvée en France, avec notre champion d’Europe, Michel Rousseau, qui lui ressemblait étrangement, ou encore Fabien Gilot. Grand, mince de jambes, taille et hanches serrées, forts abdominaux et très large d’épaules. En qualifications, Csik n’avait guère été dominateur. Battu dans la première série par Peter Fick, USA, 57’’6 contre 58’’3, il n’était que 6e au temps. En demi-finale, à nouveau battu, dans une course plus serrée, par Masaharu Taguchi, 57’’9 contre 58’’1, il est 4e au temps. Avec les règlements actuels, il aurait hérité de la ligne 2. Mais se retrouve à l’extérieur, à la 7. Fort handicap pour Csik, aggravé par le fait  que, particularité assez peu usitée, il respirait alternativement à gauche et à droite (respiration alternative) ce qui lui permettait de contrôler les positions des autres nageurs. La course, qui devint longtemps un classique de la littérature et du commentaire sportif hongrois, se déroula ainsi selon les commentateurs : de sa ligne extérieure, Csik prit le meilleur départ, se propulsant nettement en tête. Aux 50 mètres, utilisant une fréquence folle, un des Japonais le précède, un autre fait jeu gal avec lui au virage. Aux 75 mètres, quand la course semble jouée, Csik parait changer de rythme, il accélère, remonte, efface les Américains et Fisher et c’est à un (Hongrois) contre trois (Japonais) que Csik, 57’’6, défait Yusa, 57’’9, Arai, 58’’, et Taguchi, 58’’1. Je dois dire cependant que les images de la course offertes sur You Tube par le Swimming Hall of Fame, quoique difficiles à lire en raison des erreurs de parallaxe et du fait que Csik « sort » des images, notamment au virage, montrent des détails un peu différents. Ce qui est sur, c’est qu’on voit bien Csik respirer alternativement à gauche ou à droite, et aussi que la course parait se circonscrire entre lui à la 7 et Arai, tout à fait de l’autre côté du bassin, à la 2 ! Lors du fatidique retour, j’ai compté 52 coups de bras pour Arai, 50 pour Csik et 48 pour Fick. Csik avait rejoint le club BEAC de Budapest alors qu’il étudiait la medecine. En Hongrie, sa préparation fut disséquée, copiée… Comme les champions de l’ère amateur, il ne s’enfermait pas dans ses lauriers sportifs. Capitaine de son club, journaliste, il effectua son internat en médecine, puis une spécialité comme cardiologue et médecin du sport. Enseignant au collège d’éducation physique. Il fut tué à 31 ans pendant un bombardement aérien allié, sans doute l’un des derniers, dans la ville de Sopron, à l’extrême ouest de la Hongrie, alors qu’il administrait des secours à un blessé.

LASZLO CSEH POULIDOR HONGROIS

L’ARGENT N’A PAS TOUJOURS FAIT SON BONHEUR

Eric LAHMY

 _______________________________________________Mercredi 8 Juillet 2015

CSEH [Laszlo] Natation. (Budapest, 3 décembre 1985-). Hongrie.

Après avoir débuté sa carrière, à la fin du siècle, auprès de Planagy Szolt, il rejoint, pour une grande dizaine d’années, Gyorgy Turi au sport club de Kobanya, il retourne en 2015 son premier coach, auprès duquel il espère retrouver un intérêt nouveau dans sa pratique. Tout en s’entraînant, il consulte des psychologues qui seront censés l’aider à briser sa litanie de places d’honneur – derrière les vainqueurs ! Il pense parfois, en effet, que des défaites face à Phelps et lochte pourraient être provoques par une faille psyhcologique. Entre-temps, Cseh a beaucoup bourlingué pour trouver le grand succès auquel il rêve, la médaille d’or olympique. Il a ainsi côtoyé Ryan Lochte au SwimMac des USA, où l’a attiré l’entraîneur italien Admir Kajo Kajevic, se préparant sous David Marsh. Mais Planagy Szolt a surtout décidé qu’il lui fallait oublier ses distances passées, et se concentrer sur… le 100 mètres papillon.

En attendant le déclic qui se produira – ou pas – à Kazan ou à Rio, Cseh arbore à 29 ans un gros palmarès de nageur professionnel ; il est, avec Ryan Lochte (et plus que lui) et de nombreux autres, un nageur d’élite qui a souffert de la comparaison avec Phelps. Si l’on suit l’accumulation lancinante de ses titres, on s’aperçoit qu’il n’a pas gagné grand-chose entre les Jeux olympiques et les mondiaux en grand bassin, mais qu’il a souvent été là pour les médailles. Un seul titre, de champion du Monde du 400 mètres quatre nages, en l’absence de Michael Phelps, 2e en 200 mètres quatre nages derrière Phelps, 3e du 100 mètres dos, cela à Montréal, en 2005 ; Deux ans plus tôt, à Barcelone, il a été 2e du 400 mètres quatre nages derrière Phelps ;  3e, 2e et 3e du 200 mètres quatre nages en 2007 (Melbourne), 2009 (Rome) et 2011 (Shanghai), 3e du 400 mètres 4 nages en 2009, enfin 2e du 100 mètres papillon en 2013 (Barcelone). Au plan olympique, on le trouve argenté ou bronzé deux fois sur 200 mètres quatre nages (2008, 2e, 2012, 3e), une fois sur 200 papillon (2008, 2e), deux fois sur 400 4 nages (2004, 3e, 2008, 2e). Avant les Jeux de 2004, il s’est cassé un pied lors d’un camp d’entraînement et rétrograde d’une place par rapport à l’argent conquis en 2003. En revanche, son palmarès européen est étoffé. Entre 2004 et 2014, on le retrouve sur la plus haut marche du podium à 12 reprises, sur 100 mètres dos (2004), 200 mètres papillon (2012), 200 mètres 4 nages (2006, 2008, 2010, 2012, 2014), 400 mètres 4 nages (2004, 2006, 2008, 2010, 2012). Il enlève aussi 16 titres de champion d’Europe en petit bassin.

La « défaite » qui parait l’affecter le plus se situe sur 200 mètres papillon, à Pékin. En effet, dans cette course, il a remonté Phelps dans la troisième longueur. Mais, a-t-il raconté à Karen Crouse, « chaque fois que vous croyez pouvoir défaire Phelps, il s’élance vers un nouveau sommet. » Reprenant une partie de son retard à Phelps dans la 3e longueur, il laissa échapper quelques fractions de seconde au virage… Finalement Phelps l’emporta en 1’52’’03, record du monde, devant Cseh, 1’52’’70, record d’Europe, Takeshi Matsuda, Japon, 1’52’’97, record d’Asie, et Ross Burmester, Nouvelle-Zélande, 1’54’’35, record d’Océanie.

 

CROS LE NAGEUR QUI AIMAIT TRAINER EN LONGUEURS

                                                                                         Lundi 27 Avril 2015

CROS [Sylvain] Natation. (Clermont-Ferrand, 2 juin 1980-). France. Il débute à Vichy Cusset Bellerive à la suite de son frère aîné dans le groupe de Ghislaine Patureau (1986-8), passe, en fonction d’une mutation de son père, dans un excellent centre formateur, au Stade clermontois, avec Pierre Robin, Hervé Lacort, puis Anne-Marie Sanciaume (1988-92), rejoint Christos Paparrodopoulos au Cercle Nautique Havrais, où il nage au côté de David Abrard et Hugues Dubosc et effectue de gros progrès (1996-2000). Il est alors un bon nageur de dos, quand il arrive à Strasbourg, où le très décrié entraîneur, Jean Douchan Le Cabec, aux méthodes de gourou (« sans même m’avoir vu nager, raconte Sylvain, il me dit : je ferai de toi le meilleur nageur de 1500 du monde ») le fait nager quinze kilomètres par jour la première année, 20 kilomètres la seconde, 25 kilomètres la 3e, et finit à 30 kilomètres par jour, ce qui ne s’est jamais vu dans le monde de la natation, même si on a raconté – sans aucune certitude – que les Japonais avaient expérimenté ces distances folles ! Cros, 80kg pour 1,90m, termine 3eme du 1500 mètres – sa meilleure distance – du championnat d’Europe à Istanbul en 1999 en 15’18’’26, améliorant le record, 15’21’’45 de Franck Iacono. Mais l’année suivante, la méthode du kilométrage à tout crin atteint ses limites et produit ses contre-finalités. La progression s’enraye. Trop nager (30 kilomètres dans l’eau représentent, en temps, l’équivalent de 145 kilomètres sur terre !) ne peut se faire qu’au détriment de la technique et, bien entendu, de la fraîcheur… Cros n’en voudra pas à LeCabec de ses excès. Il estime à avoir appris de ces expériences limites. Cros rencontre alors son grand copain, de trois ans son cadet, Guy-Noël Schmitt dont il dira qu’il lui aura montré ce qu’étaient la persévérance et le courage. Passé à Cannes (2000-2006), entraîné par Lionel Volkaert (alors qu’il est licencié à Clichy), côtoyant Stephan Perrot, Johan Bernard, et, très vite, Schmitt venu le rejoindre, il enlèvera en tout, entre ses années Strasbourg et Cannes, six titres de champion de France, 1500 mètres en 1998 et 1999, 400 mètres en 1999, 2000, 2001, 2002, outre les relais quatre nages de Clichy vainqueurs auxquels il participe en 2001, 2002, 2003, 2004 et 2005. Il termina sa carrière à Antibes (2006). Il monte avec deux amis un club de sauvetage côtier, tout en nageant dans la catégorie « masters » (record du monde C1).

JUNE CROFT, BELLE ET VICTIME DU DOPAGE

                                                                              Dimanche 27 Avril 2015

CROFT [June Alexandra]. (Ashton-in-Makerfield, Manchester, Lancashire, 17 juin 1963- ). Grande-Bretagne. Grand talent barré de bien des podiums par le dopage d’Etat des Allemands de l’Est, qui visait surtout les filles, quand même plus faciles à viriliser !, cette belle (1,70m, 60kg) styliste fut championne du Commonwealth à Brisbane sur 100 et 200 mètres (devant Tracey Wickham) en 1982, année où elle fut 7e du 200 (dont elle dominait les bilans mondiaux avec son temps de Brisbane, record du Commonwealth en moins de deux minutes) et sur 400 mètres aux championnats du monde de Madrid. Elle représenta le Royaume-Uni dans trois éditions successives des Jeux olympique et enleva le bronze du 400 mètres en 1984, à Los Angeles, en 4’11’’49 (derrière l’Américaine Tiffany Cohen et l’autre Britannique, Sarah Hardcastle), quatre ans après avoir gagné l’argent avec le relais 4×100 mètres 4 nages à Moscou, en 1980. A Los Angeles, elle fut aussi 6e du 100 mètres et du 200 mètres libre. Elle appartenait aux Wigan Wasps et s’entraînait sous la direction de Keith Bewley à la piscine de Wigan. Dotée d’une nage longue, esthétique, elle détint de nombreux records britanniques de 1974 à 1984.

CROCKER, « PAP » DONT PHELPS FUT LE DAUPHIN

                                                                                                     Dimanche 24 Avril 2015

CROCKER [Ian]. Natation. (Portland, Maine, 31 août 1982-). USA. Champion et recordman du monde (50’’40), du 100 mètres papillon, à Montréal, en 2005, où il fut vainqueur du relais 4 fois 100 mètres quatre nages. Il a glané cinq médailles olympiques, et fut le premier nageur sous les 51’’ au 100 mètres papillon. Il en amena le record du monde à 50’’98, puis à 50’’40. Il gagna deux médailles d’or et une d’argent aux mondiaux 2003 de Barcelone, puis de même à ceux de 2005.

Il était le seul nageur au monde à pouvoir s’opposer, à armes égales, Michael Phelps, sur 100 mètres papillon. Fort de ses 1,95m pour 86kg, face au suractif Phelps, il présentait un profil d’artiste, qui aime la photo, la guitare, Bob Dylan, la cuisine…

Il commenca à nager en 1989 et battit plusieurs records de l’Etat du Maine dans les catégories d’âge.

Sa carrière olympique commença aux Jeux de Sydney, en 2000, quand plus jeune des seize demi-finalistes du 100 mètres papillon, à dix-huit ans et vingt jours,  il fut 4e (52’’44) dans une course serrée, remportée par Lars Frolander, 52’’, devant Michael Klim, 52’’18, et Geoff Huegill, 52’’22 ; et champion olympique avec le relais quatre fois 100 mètres 4 nages qui battit le record du monde et où lui-même nagea son parcours en 52’’10, moins vite que l’Australien Huegill, 51’’33. Mais ce n’était que prémisses d’une époque où deux nageurs se disputeraient la couronne du 100 mètres papillon, Michael Phelps et lui-même…

En 2001, il est 2e du 100 mètres papillon, sa grande épreuve, aux mondiaux, en 52’’25 contre 52’’10, derrière Lars Frölander qui réussit là l’exploit de faire suivre l’or olympique par l’or mondial.

En 2002, s’il gagne la course des Panpacific, c’est Phelps, qui ne s’est pas engagé dans l’épreuve individuelle, qui nage dans le relais quatre nages. Aux mondiaux 2003 (Barcelone), lors des demi-finales, le 25 juillet, Andreii Serdinov, en 51’’76, et Michaël Phelps, en 51’’47, améliorèrent l’un après l’autre le record du monde de l’épreuve qui appartenait à Michael Klim avec 51’’81, et Crocker paraissait dépassé. Mais en finale, il produisit l’effort nécessaire pour l’emporter, passant sous les 51’’. Phelps était battu de 12/100e, en 51’’10, Serdinov plus nettement, en 51’’59. Crocker nagea 50’’76 à Long Beach en 2004, se qualifiant pour les Jeux où il partait favori. Mais cette fois, souffrant, comme on le vit sur 4 fois 100 mètres où sa contre-performance coûta l’or et l’argent à son équipe qui termina 3e, comme dans le 100 libre individuel où il finit 17e, il fut en-dessous de sa meilleure valeur, et, après l’avoir devancé dans la 2e demi-finale, Michaël Phelps remporta la finale, 51’’25, devant Crocker, 51’’29 et Serdinov, 51’’36. Mais Crocker, en raison de ses excellentes relations avec Phelps qui refusa de lui prendre sa place, conserva son poste dans le relais 4 nages et enleva l’or avec le record du monde.

En 2005, Crocker, avec cette aptitude à signer ses meilleurs temps quand nécessaire, que signalait son entraîneur Eddie Reese, retrouva sa pleine santé : après avoir enlevé l’argent du 50 mètres papillon, il remporta le 100 mètres papillon en 50’’40, record du monde, et devança très largement (une longueur) Michael Phelps, 51’’65, après l’avoir littéralement laissé sur place au départ, et viré avec 0’’73 d’avance. Cette victoire lui assura cette fois sans contestation sa place dans le relais quatre nages vainqueur (où il effectua son parcours de papillon en 50’’39).

En 2006, Crocker se maintint à un assez haut niveau de performances, et remporta le relais des Panpacific, 3’31’’79 en avalant son parcours en 50’’92. Il gagna également le 100 mètres papillon, que Phelps avait négligé pour se concentrer sur 200 papillon, 200 et 400 quatre nages, et les relais de nage libre. Sans Phelps, Crocker l’emporta très largement, en 51’’47, devant deux Japonais, Ryo Takayasu, 52’’59, et Takashi Yamamoto, 52’’71.

Mondiaux 2007. Dans la course individuelle, Phelps, qui, fort de la leçon des mondiaux 2005, le devança de 0’’05 dans une course où non seulement Crocker domina de bout en bout, mais parut gagner sur le mur. Phelps touchait en 50’’77 contre 50’’82. Crocker ayant perdu la place en finale du relais, un départ anticipé de sa part causa, aux mondiaux 2007, la disqualification, en séries, du relais américain quatre fois 100 mètres 4 nages ! Erreur freudienne! Car elle empêchait Phelps d’atteindre son programme, gagner huit médailles d’or mondiales.

Encore présent sur 100 mètres papillon aux Jeux de Pékin, en 2008, Crocker, en 51’’13, y fut 4e derrière Phelps, 50’’58, Milorad Cavic, 50’’59, et Andrew Lauterstein, 51’’12, ratant le bronze d’un centième de seconde. En 2009, il a lancé une école de natation, située à Austin et Dallas, avec d’anciens équipiers, Neil Walker et James Fike.

EDDIE REESE, L’HOMME QUI RIT

Eric LAHMY          Montréal, Mardi 31 Mars 2015

Edwin (Eddie) C. Reese se marre. Il vient d’empocher son 11e trophée de vainqueur du championnat NCAA par équipes, autant dire son onzième anneau de meilleur coach universitaire des USA. Eddie Reese se marre pour deux raisons. La première, c’est qu’il se marre tout le temps. La deuxième, c’est qu’il ne croit pas ajouter un trop grand crédit à ce genre de distinction… Bon, tout de suite après la victoire collective de Texas, qu’il dirige d’une main de chair et non de fer dans un gant de velours, il s’est jeté à l’eau comme le veut la tradition. Eddie n’est pas le genre à se défiler quand il s’agit de commettre une bonne blague, ou de permettre à ses nageurs de rigoler… Mais bon, pouvait-on lire sur le site de Swimming World, qui rapportait ses déclarations d’après victoire en conférence de presse, « des bagues de vainqueur des championnats comme celle-là, j’en ai dix à la maison, où elles se trouvent, je n’en ai aucune idée. Mais je sais ce que chacun de ces garçons a fait, et combien ils ont progressé. C’est toujours par rapport aux gens. Le nombre de championnats signifie seulement que je suis vieux. »

Mon confrère Chuck Warner avait, dans le feu de l’action, suggéré trois raisons des succès d’Eddie Reese. D’abord, dit-il, Eddie aime les gens, il aime les aider à rire, et rire avec eux. Eddie aime interagir avec les autres, il les respecte et leur donne de la joie, ce qui fait qu’il attire la jeunesse. Ensuite, continue Warner, Reese aime le sport, les complexités dans la préparation d’individus destinés à nager vite, à faire croitre et développer les qualités qui leur permettront de gagner dans la piscine et dans la vie. Enfin Reese a la passion de la créativité. Coach intuitif autoproclamé, toujours à la recherche d’idées nouvelles, sa passion, sa capacité à s’ajuster et à s’améliorer tout le long de son immense carrière, lui ont permis de rester à la pointe tranchante d’un sport dynamique,

En 2015, il a ainsi innové en exigeant de ses nageurs, après l’échauffement, à chaque entraînement, d’effectuer pour commencer, une série de mouvements de dauphins. Cela n’a l’air de rien. Mais les résultats se sont vus dans la finale du 100 yards papillon des NCAA, où six des huit finalistes et les quatre premiers de la finale étaient des Texans ! Maintenant, combien d’équipes vont-elles adopter ce type de travail, alors qu’Eddie aura, lui, trouvé autre chose ?

Eddie refuse de dire que le succès est facile. « Si c’était facile, tout le monde y arriverait. » A sa première saison à l’Université du Texas (c’était en 1978-79), il dut s’atteler à changer la culture de l’équipe, et quoique connu pour son caractère débonnaire, peu porté à la colère, il se fendit d’une rude explication avec ses nageurs : « je suis prêt à perdre tout le monde sauf moi », leur dit-il notamment. Texas termina 21e cette année. 2e l’année suivante. Et gagna l’année d’après.

Trente ans plus tard, en 2013, les Longhorns étaient 5e des NCAA, et l’idée générale était que l’équipe allait disparaître des rangs de l’élite. Or deux ans après, Reese a conduit à la victoire l’une des meilleures équipes de sa vie d’entraîneur (en compagnie de son assistant de trente-deux années, Kris Kubik). L’amitié, l’attachement, que ce soit dans son job ou dans sa vie personnelle, sont des constantes de Reese. Kubik en est un exemple. Son épouse Elinor aussi, qui peut s’autoproclamer « présidente du fan club d’Eddie Reese », car c’est auprès d’elle qu’il achève ses meetings, main dans la main, après avoir salué tout son monde.

D’ABORD RECRUTER, ENSUITE DEVELOPPER

L’une des parties essentielles du rôle d’un coach d’université revient à recruter les nageurs. Car sans une forte équipe… aucune chance de briller au firmament ! C’est une partie du job que Mike Peppe, ou Peter Daland, voire James Doc » Counsilman, ou Don Gambrill, connaissaient sur le bout des ongles, et leur assura des triomphes en séries. C’est aussi une des raisons pour lesquelles George Haines, sans doute le meilleur entraîneur américain de l’histoire (il emmena au succès Mark Spitz, Don Schollander, Steve Clark, Donna de Varona, Christine Von Saltza, Lynn Burke, George Harrison; en 1964, l’équipe de Santa-Clara, qu’il dirigeait, aurait pu rencontrer et faire jeu égal avec une équipe du reste du monde), eut plus de mal à s’imposer, en fin de carrière, quand il coacha les équipes universitaires masculine de l’UCLA, et féminine de Stanford. Chaque coach a sa façon. David Salo et Mc Keever aiment piquer des nageurs du milieu du tableau dans lesquels ils ont repéré du potentiel. L’idéal est de panacher les supers et les potentiels de supers…

Il y a ensuite la façon de préparer, de mitonner ses nageurs ; là est l’art du coach, et si Reese a eu la main heureuse en recrutant Schooling, Conger et Licon, il ne les a certes pas gâchés ! Dès 2014, on l’avait vu revenir fort, et en 2015 la cohérence de son travail magistral a donné les résultats qu’on sait. Les Longhorns exercèrent une formidable suprématie sur la dernière mouture des NCAA.

L’une des particularités de Reese est d’utiliser presque exclusivement des nageurs américains. Soit que les étrangers ne se bousculent pas pour rejoindre le Texas, soit parce qu’il ne cherche pas à les attirer, seul Schooling, de Singapour, n’est pas un produit du terroir. L’arrivée en masse des nageurs du monde entier est une tendance désormais bien installée. Si l’on excepte quelques Canadiens comme les frères Spence dans les années 1930, la tradition fut inaugurée en mode solo par Bob Kiputh, qui accueillit en 1948 un olympique australien, John Marshall. Huit ans plus tard, Peter Daland attira dans ses filets Murray Rose, Jon Henricks, Tsuyoshi Yamanaka et John Konrads, soit les quatre meilleurs nageurs du monde. Mais c’est dans les années 1970 et 1980 que la mode s’installa.

Selon Gordy Westerberg, le head coach d’Albuquerque, la grandeur de Reese tient dans en sa formidable capacité d’adaptation à un monde changeant : « pensez combien les jeunes et leurs parents ont changé entre 1980 et 2015. D’autres coaches se sont brillamment exprimé pendant 20 ou 25 ans, et puis leurs méthodes ont commencé à s’effriter. Reese n’a pas d’égal dans sa profession. »

Comme d’autres grands entraîneurs (confère Bob Bowman et Fabrice Pellerin) Eddie sait qu’il n’y a pas de petites erreurs, que tous les détails comptent. A la rentrée d’octobre 2014, Reese rassura ses troupes : il ne quitterait pas le navire avant les sélections US pour les Jeux olympiques de 2016. Eddie, né le 23 juillet 1941, entrait dans sa 74e année, et il voulait qu’ils sachent qu’après 50 années à coacher, dont 36 à l’Université du Texas, il n’était pas prêt à dételer. Il quitterait tous les matins son domicile pour le grand centre nautique des Longhorns avec le même enthousiasme, le même intérêt, le même désir d’exceller. Il les aiderait à se qualifier pour le grand rendez-vous de Rio. Les dix titres (devenus 11) NCAA et les onze deuxièmes places par équipes, les dizaines de victoires individuelles, de sélections mondiales et olympiques, les médailles d’or et d’autres métaux étaient derrière, et ne comptait que ce qui se projetait devant lui.

Après les trials de 2016, en revanche, il ne pouvait rien promettre. « Aussi longtemps que j’éprouve du plaisir là dedans, et que je produirai un impact positif sur mes athlètes, j’entraînerai. Je ne suis encore pas prêt à stopper. » Selon notre confrère Mike Watkins, l’idée d’arrêter les frais s’était pourtant insinuée il n’y a pas si longtemps que ça, dans l’esprit de Reese. « Une saison difficile qui vit une équipe dans le désarroi avait remis en cause son désir de continuer. Le plaisir avait disparu. Il donna quelques coups de balai et en un an, l’équipe était de nouveau sur la bonne voie – chose qui restaura son intérêt et son désir d’entraîner. Depuis, il a connu un temps fort dans sa carrière qui l’a conduit  à tenter de tirer le maximum de tous ses nageurs, quelque soit le temps d’entraînement que cela puisse exiger. »

« J’ai toujours considéré que chaque athlète égale 1, et que chaque membre de l’équipe égale 1, aussi, si je fais bien mon travail, ils doivent savoir qu’ils comptent, qu’ils sont importants, et que je vais faire tout mon possible pour les aider à rejoindre leur plein potentiel. » Reese se dit appartenir à la vieille école, mais, ajoute-t-il, « je cherche de nouvelles voies pour les motiver et les défier. Je les traite comme j’aimerais être traité, et il en résulte un niveau de respect réciproque. Cela a toujours marché comme cela pour moi. »

FAIRE LES NAGEURS UN PAR UN

Après avoir été un bon spécialiste des quatre nages, Reese, jeune diplômé en éducation physique de Floride, avait débuté dans la profession sur la place même où il avait nagé et étudié, comme assistant aux Florida Gators, entre 1963 et 1965. Il enseigna et entraîna ensuite (1965-66) dans le secondaire à Roswell, Nouveau-Mexique. Retourné chez les Gators comme assistant, pendant six saisons, il accepta en 1972 la place du head coach à Auburn, dont le programme de natation n’avait jamais produit ne serait-ce qu’un finaliste A ou B dans les championnats du sud est (SEC). Six ans plus tard, quand il quitta Auburn, les « Tigers » avaient visité, quatre fois de suite, le top 10 de la NCAA, grimpé à la deuxième place en 1978.

Alors qu’il postulait à l’Université du Texas dont le poste de coach était vacant, il atterrit à Austin avec l’idée de reproduire ce qu’il avait accompli à Auburn. Mais quand il visita le campus et les installations, il se convainquit de pouvoir y bâtir « quelque chose de spécial. »

ON NAIT CHAMPION, ON NE LE DEVIENT PAS

Mais, insiste Reese, c’est autour des hommes – des adjoints et des nageurs de grande valeur – que se construit une forte équipe de natation. « La première chose que j’ai apprise, c’est qu’on ne fabrique pas des champions de natation. Ce sport est trop dur pour cela. On leur donne les instruments et on les guide, mais le désir, la constance dans la volonté de devenir un champion doit être en eux. » Reese parle d’expérience, car il a coaché 54 champions individuels et 41 relais vainqueurs des NCAA, dirigé 3 équipes olympiques US (en 1992, 2004 et 2008, et 29 nageurs olympiques qui ont remporté 39 médailles d’or, 16 d’argent et 8 de bronze aux Jeux. Quand il attribue le succès des Longhorns aux nageurs eux-mêmes, il donne donc un avis autorisé ! Et lui dans tout ça ? « Il me revient d’évaluer chaque année ce que je dois faire et si quelque chose ne fonctionne pas, d’en changer. C’est ce qui rend la chose intéressante. »

Le palmarès de Reese est tellement lourd qu’on ne sait par quel bout le prendre – il y a quelque chose de fastidieux dans son évocation… Les titres des Longhorns ont été conquis en 1981, 1988, 1989, 1990, 1991, 1996, 2000, 2001, 2002, 2010. Texas fut 2e du championnats en 1982, 1984, 1992, 1994, 2003, 2008, 2009. 3e en 1983, 1985, 1986, 1993, 1999, 2004. 4e en 1995 et 2006. “Seulement” 5e en 1987 et en 2007, 7e en 2005.

Les grands nageurs d’Eddie Reese? Ian Crocker, seul quadruple vainqueur du 100 yards papillon NCAA avec Mark Spitz et Pablo Morales. Brendan Hansen, qui fut 13 fois champion NCAA, où il réussit le doublé 100 et 200 yards à quatre reprises. Aaron Peirsol, une légende du dos, l’homme qui découragea Michael Phelps de tenter sa chance ans un style où il savait qu’il ne gagnerait pas !…

Nate Dusing, nageur NCAA de l’année 2001, Josh Davis, quadruple champion NCAA, Shaun Jordan (1988-91), Kirk Stackle (1987-90), Clay Britt (1980-83), Rick Carey (1981-84), champion olympique et recordman du monde du 200 mètres dos, ne sont que les plus capés de ses élèves..

Eddie Reese, en raison de sa valeur et de son expérience, a plus qu’à son tour fait partie des équipes olympiques US. En tant que coach en chef en 1992, 2004 et 2008, en tant qu’adjoint en 1988, 1996, 2000 et 2012.

Les résultats aux Jeux olympiques des nageurs de Reese sont trop nombreux pour être détaillés ici. Notons seulement leurs noms. En 2012, à Londres, Ricky Berens, Jimmy Feigen, Brendan Hansen. En 2008, sept des 22 US qualifiés aux Jeux étaient ses élèves, dont Ricky Berens, Scott Spann, Dave Walters, Garret Weber-Gale. En 2004 Weber-Gale, Ian Crocker, Aaron Peirsol, Brendan Hansen, Nate Dusing, Scott Goldblatt, Gary Hall jr. Ajoutez Rick Carey (1984). En 2000, Crocker, Peirsol et sept anciens des Longhorns, Josh Davis, Dusing, Scott Goldblatt, Gary Hall Jr., Tommy Hannan, Jamie Rauch et Neil Walker se retrouvèrent dans l’équipe US, dont ils constituaient un tiers de l’effectif. En 1992, les nageurs de Reese enlevèrent 13 médailles, dont 6 en or.

LA RICHESSE D’UNE EQUIPE: SES INDIVIDUALITES

Ceux qui évoquent – avec lui – la philosophie de Reese mettent en avant un point capital. Ce n’est pas le travail – quoiqu’il prétende que ses nageurs travaillent plus que les autres. Ils retiennent le calme, l’atmosphère joyeuse, le goût de la plaisanterie, le coach certifiant que s’il convient de travailler dur, il n’y a pas de raison de bosser triste.

Mais il faut retenir aussi (surtout) l’aspect individuel de la préparation. A Texas, le succès de l’équipe dérive des accomplissements individuels, l’individu précède le collectif. « Je me suis toujours préoccupé des nageurs d’abord. Nous ne parlons jamais de gagner les NCAA. Nous parlons de la possibilité, pour chacun, de faire mieux. Ce qui me satisfait en tant qu’entraîneur, c’est de voir chaque nageur aller plus vite qu’il ne l’a jamais fait. Avec ce but en ligne de mire, nous sommes dans la bataille pour le championnat, chaque année. »

En mai 2003, Eddie Reese fut élu à l’International Swimming Hall of Fame.

En janvier-février 2006, Jeff Grace a exposé des idées sur la méthode de Eddie Reese, dans  SwimNews. Le coach est alors au sommet de sa carrière. Ses élèves, Aaron Peirsol, Brendan Hansen et Ian Crocker, dominent, respectivement, le dos, la brasse et le papillon. Ces trois recordmen du monde, disposent de techniques exceptionnelles, et nagent avec une intensité et une énergie étonnantes. Et Eddie Reese, à qui on demande d’expliquer :  « Je me pose moi-même la question sur le secret de mes succès, mais il n’y en a pas. Je ne sais pas pourquoi plein de choses que je fais marchent, mais elles marchent et je les fais. » Ses trois principes sont : nager avec passion, travailler dur et intelligemment. « Ce qui rend ces nageurs spéciaux, c’est qu’ils aiment la compétition. Tous ceux qui se situent à ce niveau sont des compétiteurs. Hansen affronte le chronomètre, Peirsol changera de ligne pour trouver quelqu’un à qui se mesurer et Crocker est l’homme qui va livrer « la » course le jour où cela comptera. »

Reese ne croit pas qu’il faille entraîner les individus pour une course. Il convient de leur donner une base aérobie qui leur permettra d’atteindre leur plein potentiel. « Il y a des années, quelqu’un, dont le nageur performait sur 200 m brasse, mais pas sur 100m brasse, vint me dire qu’il allait le préparer sur 100. Je lui dis que c’était une erreur. Nul d’entre nous n’est assez bon pour faire ça. Je ne suis pas assez bon. Il advint que ce nageur nagea bien plus mal sur 100 et 200. C’est comme Brooke Bennett. Elle gagna le 800 mètres en 1996, passa de 95.000 à 105.000 mètres par semaine et son temps sur 200 mètres s’améliora de beaucoup. » Et, pourrait-on ajouter, Yannick Agnel n’a jamais été meilleur nageur de 100 mètres que quand il avait préparé le 200 et le 400 mètres avec Fabrice Pellerin.

LE NAGEUR EST D’ABORD UN ATHLETE

Dans une saison, Reese alterne phase non compétitive avec un travail très dur et phase d’affutage. Classique. Dans la première phase, qui dure des mois, les nageurs s’entraînent trois matins 1h30, cinq après-midis 2 heures par semaine, à raison de 6 à 7000 yards par session. S’ajoutent cinq séances au sol : charges additionnelles les lundis, mercredis et vendredis, et des circuits d’endurance les mardis et jeudis.

Il s’agit alors de développer la base aérobie des nageurs, essentiellement en crawl. Il planifie des séries où il les met au défi dans leurs capacités en nage complète et en battements.  SwimNews nous offre deux types d’entraînements-défis effectués en 2005 : le premier est un 5 fois 200 yards libre, départ tous les 2’15’’, chaque 200 nagé entre 2’ et 2’5’’, plus 100 yards battements rapides en 1’40’’ ; le second revient à nager en grand bassin le plus grand nombre possible de 50 mètres en 30’’ et de 50 mètres battements en 40 ».

De ce fait, les nageurs de Reese travaillent les distances quelle que soit l’épreuve qu’ils préparent. « J’ai dit à Peirsol qu’il ne pourra pas quitter la ligne d’eau de distance avant d’avoir nagé 4’25’’ au 500 yards, Hansen 4’30’’ et Crocker 4’35’’, racontait-il alors. L’équivalent de 3’52 », 3’57 » et 4’2 » au 400 mètres en petit bain. Or Crocker était un nageur de 100 mètres crawl et papillon, Hansen un brasseur, Peirsol un dossiste. Donc importance de la base crawl plus résistance.

Et la vitesse, direz-vous? Elle se développe à travers la force et la puissance « dans la salle des poids et haltères. J’avais un garçon de 5e année senior qui nageait les 50 yards en 20’’1 depuis des années. Une année, le seul changement à son programme fut d’ajouter des soulevés de terre, et il nagea 19 »7. »

Parallèlement à ce travail de force de culture physique, les élèves de Reese font beaucoup d’endurance en salle en utilisant des exercices avec leur poids de corps et les « roues », exercice dans lequel les nageurs se propulsent avec leurs bras en haut d’une rampe de 35 mètres de long, à genoux sur une planche sur roues.

Le but premier de ce travail hors époque de championnats est de maintenir les nageurs sous pression constante dans et hors de l’eau. « A la base, j’établis un but et nous travaillons en vue de ce but. Le corps n’évolue que sous effort et je crois qu’on doit maintenir le corps sous forte pression. Parfois ce que nous effectuons ne fait pas sens au plan de la logique corporelle, mais quelques fois, le développement ne suit pas un sens de logique corporelle. »

Quand Reese attaque la phase seconde de la saison, l’affutage, il s’en tient à la méthode qui lui a réussi à travers les années. « Je crois en un affutage court (drop taper) où nous raccourcissons de façon dramatique les distances. C’est ce que j’ai fait pendant des années et cela marche. » L’affutage a été remis en cause par de plus jeunes entraîneurs, mais Reese ne change pas une méthode qui gagne parce que c’est la mode. « Les nageurs se sentent affreux pendant un bref laps de temps, mais, pour récupérer, il faut deux à trois semaines au système musculaire et cinq à six semaines au système nerveux. Quand j’affute au niveau individuel, je vis par le principe que si le nageur ne me parait pas être bien, je le repose plus encore. » 

Le meilleur plan d’entraînement ne vaut rien sans un bon environnement. Reese s’efforce de créer cette ambiance qui va donner aux nageurs l’envie de venir chaque jour y déployer les plus grands efforts. Lui, en appelle à leur goût du jeu et de l’aventure. « Nous sommes au fond des enfants », dit-il. Les succès de Peirsol, Hansen et Crocker ? L’environnement plus un plan basé sur le travail et la régularité.

Reese a proposé des plans fondés sur le développement des jeunes en fonction de leur âge (c’est un document Pdf qu’on trouve facilement sur Internet). Pour les cadets, il propose des grimpers de corde et du mur d’escalade. Logique, car se tirer sur les mains, c’est ce que fait le nageur dans l’eau. En fait, après un siècle d’obscurantisme dans ce domaine, on a admis qu’avant d’être un poisson, un nageur doit être un athlète. Les exercices de musculation, insiste-t-il, doivent toujours être supervisés et ne jamais comporter de tentatives de records.

L’HISTOIRE DE DEUX FRERES

Il y a 35 ans, on connaissait deux entraîneurs américains du nom de Reese : Eddie et Randy. Je dirai même pour m’en souvenir clairement, le plus connu des deux était Randy. Enfin, disons qu’à l’époque, Eddie ne m’apparaissait pas. Aujourd’hui encore, dans la rédaction de cet article, j’ai prénommé Eddie Randy et j’ai été obligé de me corriger!

Les deux frères, très différents l’un de l’autre, avaient des résultats brillants, et, en 1981, cela a attiré l’attention des journalistes de Sports Illustrated. Cette année, raconte Dan Levin, dans son article paru le 2 Février 1981, Eddie avait enlevé le titre NCAA par équipes, Randy, avec son équipe de Floride, avait fait 5e chez les femmes et 3e chez les hommes, et tous deux se disputaient les honneurs. Pour résumer, Randy se montrait exigeant, véhément, intraitable, quand Eddie ne cessait de plaisanter sur la plage de la piscine. On disait que ces deux, associés, seraient imbattables. Eddie, on ne se refait pas, l’idée le faisait se marrer : « Sûr. Je lui laisserai tout le travail et j’irai à la chasse et à la pêche. » Randy avait sculpté sa légende : coach de droit divin, figure tutélaire, dieu de colère des piscines. Eddie, lui, se contentait de se fondre parmi les autres au bord du bassin.  « Randy crée une distance » affirme Amy Caulkins. Dara Torres ne l’a pas épargné et lui a réglé son compte dans son bouquin. Elle a raconté comment  Randy jetait de rage des objets comme des chaises dans la piscine ou créait l’angoisse du poids chez ses nageuses. Il avait inventé que leur laisser aller dans ce domaine était une preuve de couardise, de faiblesse mentale qu’il fallait corriger. Elle l’a présenté comme un psychorigide qui empoisonnait la vie de ses nageuses. Fort de son moralisme à la gomme, il les pesait les lundis matin, et avait conçu un entraînement punition réservé à celles qui prenaient du poids. Entraînement rituel effectué sous les quolibets des garçons ! Au bout de quelques semaines, les filles se faisaient vomir… Bref, il leur pourrissait la vie!

On ne s’étonnera pas d’apprendre que Randy a pris sa retraite en 1990 pour devenir un homme d’affaires. Puis il revint, et se trouve aujourd’hui « director of the aquatics » à Clearwater, en Floride.

Eddie, témoigne déjà il y a trente-quatre ans Sports Illustrated, c’était tout le contraire, il ne répétait jamais un programme d’entraînement pour éviter la lassitude, il travaillait individuellement parce que, dit-il, une chaîne est aussi forte que son maillon le plus faible ; il était le coach le plus populaire du pays, ne cessait de blaguer et dans les compétitions, on le trouvait aisément, au milieu du groupe le plus compact de gens, nageurs ou entraîneurs venant tchatcher et blaguer avec lui.

Mais, car il y a un mais. Eddie, avec ses manières, disposait déjà, en 1981, du programme de travail au sol le plus difficile des USA, et était considéré comme un maître de l’affutage – chaque nageur était affuté différemment, tel carrément sorti de l’eau, tel autre voyait son volume légèrement diminué. Et déjà, il avait cette façon bien à lui de hausser les épaules et de feindre de ne pas comprendre ce qu’il faisait : « En vrai, je ne sais pas comment affuter, mais d’année en année, cela marche constamment. »

Aux temps de la science, ce mélange troublant d’instinct, d’humanisme et d’humilité a quelque chose de rafraichissant.

LES TRUCS DE EDDIE REESE EN NAGE LIBRE.

Quand vous nagez en crawl, outre une bonne rotation :

-Pointez vos doigts vers la ligne dans le retour du bras – cela créera un très faible angle et un coude haut.

-quand votre main entre dans l’eau, pointez vos doigts vers le mur vers lequel vous vous dirigez – ou en eau libre – dans la direction où vous allez.

-pointez les doigts vers le fond de la piscine quand vous tirez dans l’eau.

-essayez de vous imaginez en train de glisser à travers l’eau avec vos bras – de la façon dont des patineurs poussent et glissent.

-pour le battement – relâchez vos genoux et vos chevilles.