Category: Biographies

GERARD CHATRY UNE VIE BIEN NAGEE

Mardi 10 Février 2015

Lors de l’Assemblée Générale du Comité Départemental de Paris de natation, le 9 décembre 2011, Jean-Pierre Le Bihan, son élève, et Marthe Seyfried Lebeau, sa consœur, prononcèrent l’éloge funèbre de Gérard CHATRY. Un homme qui avait œuvré, sa vie durant, pour la jeunesse et le sport à travers la natation, et qui s’était éteint le 5 septembre de la même année. E.L.

 

UNE VIE DROITE

Par Jean-Pierre LE BIHAN

J’avais quinze ans, nous étions en 1957 dans une période où la guerre de 40 se trouvait derrière nous et le maintien de l’ordre en Algérie devant nous.

Lycéen à Jacques Decour, je n’avais guère le goût pour les études classiques, modernes ou techniques. Ma passion était le basket ball, et le sport en général. Et puis c’est tout, comme dira plus tard Philippe Lucas.

C’est ainsi qu’un samedi soir après les cours de physique, j’ai fait la connaissance d’un maître-nageur-sauveteur à la piscine Hébert (Paris 18e). Je nageais au milieu du public avec mon frère Georges, et un homme en blanc (pantalon et marcel immaculés) m’a proposé de me chronométrer sur 100 mètres crawl. Bon gré mal gré, le public a bien voulu laisser un passage au débutant que j’étais. Gérard Chatry, puisque c’est de lui que je vais vous entretenir, m’annonce à l’arrivée : 1’46’’9/10e. C’est le début d’une relation entraîneur entraîné :

10 mois plus tard, je nageais grâce à lui sous les couleurs de l’US Métro 1’15’’ au 100 mètres nage libre.

Gérard Chatry, né le 30 mars 1929, a connu une enfance que Victor Hugo aurait pu décrire, tant il a été maltraité. Elevé par sa tante en Italie jusqu’à l’âge de 7 ans, de retour en France, il est placé à quatorze ans par l’Assistance Publique à Saulieu (Côte d’Or), dans une famille d’accueil. A seize ans et demi, en septembre 1945, il trouve un job à Paris et s’entraîne à la natation au Neptune Club de France sous la direction de Monsieur Malbosc, puis de Madame Lebeau. A dix-sept ans et demi, il s’engage dans la Marine Nationale et effectuera de nombreuses missions en Indochine. La Marine restera pour lui la famille qu’il n’a pas eue. A chaque rencontre, Gérard me parlait de ses « amiraux », les officiers qui l’ont commandé et auxquels il vouait une sincère admiration : l’amiral Des Essarts et l’amiral Brac de la Perrière. Son contrat de cinq ans rempli, il rentre en métropole et passe le diplôme de MNS, tout en étant embauché à la RATP.

Nageur de compétition sous les couleurs de l’US Métro, il participait aux championnats de France FFN et FSGT sur 200 et 400 mètres nage libre. C’est ainsi que nous serons avec Jacques Lahana, Guillemot et Gérard Chatry, champions de France FSGT du quatre fois 200 mètres nage libre en 1958 à Romilly (Aube).

Gérard, qui découvre les ouvertures professionnelles du sport (n’oublions pas la déroute des Jeux olympiques de 1960 à Rome, et la volonté du général de Gaulle de partir à la conquête de médailles), Gérard, donc, pose sa candidature pour un poste de conseiller technique régional, corps nouvellement crée et que le colonel Crespin va développer et encourager.

Nommé en Île-de-France, Gérard Chatry va, avec Mme Marthe Seyfried, elle aussi nommée CTR, et Pierre Kerbouche, apporter son expérience de nageur, sa philosophie du sport et les valeurs que cinq années de Marine Nationale ont développées chez lui, organisant stages de nageurs, formations d’éducateurs et d’officiels, il bouscule les dirigeants du Comité de l’Île-de-France, qui le trouvent trop audacieux, trop novateur, trop défenseur des nageurs et des nageuses. Ses bonnes relations avec la Direction Régionale Jeunesse et Sports, son bon sens, sa simplicité et sa grande honnêteté, le font remarquer des décideurs, et c’est ainsi que la direction de la piscine d’Orsay nouvellement construite lui est proposée. Il quitte la fonction publique pour la territoriale et deviendra « l’homme de la piscine d’Orsay » en 1968. Son épouse Thérèse, toujours près de lui, sera son précieux complément. Lui fougueux, elle conciliante. Deux filles naitront, Agnès et Anne-Marie. Je me souviens de Gérard circulant sur sa Vespa, avec Agnès (deux ans) debout, à l’avant, tenant le guidon, et Thérèse, enceinte d’Anne-Marie, derrière.

Dans ces années, que certains qualifient de glorieuses, nous tirions le diable par la queue, c’est ainsi que Gérard faisait des piges pendant ses journées de congé. Il assurait certains dimanches la surveillance et les leçons de natation dans une guinguette sur la Marne, « Chez Convert », concurrente directe de « Chez Gégène ». Et bien sûr il nous faisait rentrer gratis, nous, les mômes de l’US Métro. Le patron était content, car on mettait l’ambiance dans cette baignade, en jouant au polo ou en mimant les ballerines. Lorsque Gérard a quitté l’US Métro pour assurer ses fonctions de CTR, agent de l’Etat, libre et indépendant vis-à-vis de tous les clubs d’Île-de-France, j’ai rejoint l’Etoile Sportive de Montmartre qui s’entraînait à Hébert sous la direction de Jean Guilloteau. J’arrêtais la natation un an plus tard en réalisant 1’7’’9 au 100 mètres nage libre (finale de la médaille de L’Equipe). Gérard Chatry, lui, continuait à rendre à la natation sportive ce qu’elle lui avait apporté. Les bassins d’Orsay étaient toujours disponibles pour les compétitions de l’Essonne ou de l’Île-de-France ainsi que pour les stages d’entraîneurs et de nageurs que Michèle Leclercq, CTR, a longtemps encadrés.

Nounours, car c’était ainsi qu’il était connu, était très fier de sa fille Agnès, trop tôt disparue. Elle avait en effet gagné un 50 mètres nage libre aux Tourelles à l’âge de neuf ans (ligne 7) dans une compétition de poussines !

Travailler plus pour faire nager plus ne lui faisait pas peur. Anne-Marie, sa cadette, MNS à Orsay, a toujours suivi l’exemple de son père, et ne regrette pas tous les dimanches passés au bord du bassin. C’est elle qui a découvert, entre autres, Laurent Neuville, et l’a entraîné vers le haut niveau.

Devenu président de la commission natation du Comité de l’Île-de-France, Chatry a soutenu l’action des Conseillers Techniques Régionaux et développé l’activité sportive au profit des nageurs et nageuses.

Lui qui disait avoir réussi son parcours professionnel sans certificat d’études, mais avec les cours d’éducateurs dispensés à l’INS, avait mis un point d’honneur à faciliter la création du CREFOR (Centre Régional d’Etudes et de Formation Professionnelle aux métiers de la natation), à Orsay.

Avec Pierre Loshouarn, CTR, ils ont permis à des dizaines de jeunes nageurs et nageuses de s’entraîner à un haut niveau et de réussir leur vie professionnelle en obtenant le BEESAN, puis le BE² pour certains. Aujourd’hui, en 2011, peu de personnes du monde de la natation se souviennent de Gérard Chatry, décédé le 5 septembre 2011, et pourtant il a tellement fait ! C’est pourquoi je vous demande, non pas une minute de silence, mais les applaudissements qu’il mérite.

Merci à toutes et à tous.

 

CHAMPION DANS LE SPORT ET DANS LA VIE

Par Marthe SEYFRIED LEBEAU

Le NEPTUNE C.F. était notre club.

Est-ce le Dieu de la Mer qui incita Gérard CHATRY à s’engager dans la marine à dix-sept ans, ou, plutôt une adolescence sans avenir social, fruit d’une enfance très malheureuse ? A cette époque, un excellent nageur ne vivait pas de ses talents… C’était après la guerre. Gérard était la « vedette » de notre petit club. Il y avait trouvé une famille d’abord auprès de son entraîneur, Madame Edmée Lebeau et de notre secrétaire animateur Monsieur Raymond Malbosc. Tous deux, à leur façon, l’entouraient d’affection et lui servaient de conseillers à une époque délicate de sa vie.

J’étais la fille de cette « femme Entraîneur » et commençais à glaner des médailles de minime lorsqu’il partit pour l’Indochine. Je lui envoyais des nouvelles de copains. Lorsqu’il revint cinq ans plus tard, le Neptune faisait parler de lui par ses filles (deux internationales, Marthe LEBEAU, brasseuse et fille de sa mère, Micheline DUOT, crawleuse… Les relais compétitifs avec les sœurs Piacentini) et toujours sous la houlette de Madame LEBEAU, les débuts prometteurs d’un ballet nautique dont deux des équipières devinrent des dirigeantes reconnues : Huguette CHEVALIER et Viviane MORICE.

Gérard, sans relayeurs de son niveau, restera toujours fidèle au Neptune, mais signera bientôt une licence à l’US Métro, club qui, de plus, lui trouva un emploi à la RATP. Bien lui en prit. C’est là qu’il rencontra la femme de sa vie, Thérèse ! Dans le même temps, comme beaucoup de nageurs et nageuses, il suivit les cours d’éducateur de la FFN qui débouchaient sur le diplôme de maître-nageur-sauveteur, et, en 1963, grâce à sa renommée dans l’armée, il fut nommé Conseiller technique par le colonel Crespin. Nous nous retrouvâmes dans cette fonction avec Pierre Kerbouche (trop tôt disparu), et à notre tour formâmes des éducateurs.

Homme de compétition dans le sport et dans la vie, soutenu sans relâche par l’amour de sa femme, reconnu et appuyé par des amis du service des sports, il obtint le poste de directeur de la piscine d’Orsay où son action fut le premier ordre. Hélas, il encore dut subir la choc de la mort d’Agnès, sa fille aînée ; cette épreuve, malgré le soutien de Thérèse, également meurtrie, laissé de lourdes traces. Encore une fois, l’amitié de ses nageurs et de ses amis de longue date fut au rendez-vous, et il resta debout…

…Tu es parti Gérard, mais les anciens ne t’ont pas oublié…

TRACY CAULKINS, GENIE DES EAUX

Par Eric LAHMY

Mardi 20 Janvier 2015 (cet article remplace et complète une biographie rédigée l’an dernier)

CAULKINS [Tracy Ann]. Natation.(Winona, Montana, 11 janvier 1963-). États-Unis.

L’une des nageuses les plus douées et les plus médaillées du siècle, l’Américaine Tracy Caulkins, fut championne olympique des 200 et 400 mètres quatre nages et du relais quatre nages aux Jeux de Los Angeles en 1984. Ce fut quatre ans après ce qui aurait pu être le sommet de sa carrière, en 1980, quand le boycottage américain des Jeux de Moscou l’empêcha de concourir.

Caulkins (aujourd’hui madame Stockwell) améliora en tout cinq records du monde, en quatre nages, sur 200 mètres papillon et en relais, ce qui n’est pas beaucoup au regard de l’étendue de sa domination et de la variété de ses talents aquatiques. Récemment, en attribuant un certain nombre de points acquis dans quelques compétitions haut de gamme comme les olympiques et les mondiaux, des statisticiens lui ont généreusement attribué la 31e place dans un classement portant sur le siècle. 31e, et puis quoi encore ! Cela me fait inévitablement songer au bon mot de Mark Twain pour qui, dans un ordre croissant, le mensonge allait du mensonge simple au mensonge aggravé, et du mensonge aggravé et à la statistique!

[Quoique ce genre de distinction ait d’hasardeux, l’auteur de ce texte risque cette idée que Tracy Caulkins a été le plus grand nageur du vingtième siècle, hommes et femmes confondus; elle a été en tous cas le nageur ou la nageuse qui m’a le plus impressionné après quarante cinq années à suivre les compétitions de natation. En termes de longévité, l’Australienne Dawn Fraser domine, et en termes de registre en nage libre, Shane Gould, autre Australienne est sans rivale. Mais Caulkins est unique par la perfection et la diversité de ses talents aquatiques. Elle pouvait tout faire, savait tout faire et elle a tout fait. ]

Aux championnats du monde 1978, à Berlin, âgée de quinze ans, elle enleva cinq médailles d’or, dont trois individuelles, sur 200 mètres papillon, 200 et 400 mètres quatre nages, et deux avec les relais ; et une d’argent, au 100 mètres brasse. Entre elle-même et sa camarade d’entraînement de Nashville Joan Pennington, les ondines dopées de RDA ne connurent pas leurs succès habituels, à ces mondiaux.

En vérité, Caulkins fut à travers les années de sa carrière la meilleure ou l’une des meilleures dans tous les styles et, en raison d’un amalgame étonnant de vitesse et de résistance, sur des distances allant des 100 yards aux 500 yards. Même le dopage systématique et effréné des nageuses de RDA par leurs dirigeants ne l’empêcha pas, à son meilleur, de leur infliger de retentissantes défaites. Aux championnats d’hiver des USA 1979, alors qu’elle se remettait d’une infection virale, elle améliora les records américains en petit bassin sur 100 yards (au départ d’un relais), 500 yards (où elle devança de trois secondes la recordwoman du monde du 400 mètres), 100 mètres brasse, 200 mètres et 400 mètres quatre nages. Au départ d’un relais quatre nages, elle frôla de 11/100e le record du monde du 100 mètres dos, une distance qu’elle ne nageait quasiment jamais, en 1’1’’62 contre 1’1’’51 (record détenu par une nageuse dopée de RDA).  Ces résultats non seulement illustrent le caractère hors-normes de ses capacités, mais montrent que probablement Tracy Caulkins limitait son programme de façon arbitraire. En 1979, si les championnats US s’étaient étendus sur deux jours de plus et si Tracy avait été dotée de la fringale d’une Katinka Hosszu, elle eut été en mesure de gagner dans tous les styles et sur toutes les distances, sauf, peut-être, le 1500 mètres (encore que)… Sous cet angle, elle était plus forte que Mark Spitz ou Michael Phelps, car elle pouvait dominer aussi bien en dos et en brasse qu’en crawl, en papillon ou en quatre nages: elle atteignait la perfection dans tous les styles, à quoi s’ajoutait qu’elle disposait d’une vitesse de base comparable aux pures sprinteuses et d’une endurance qui l’égalait aux demi-fondeuses! Ce paradoxal génie des eaux additionnait les qualités les plus hétérogènes, et maîtrisait les techniques et les distances a priori incompatibles. Tracy Caulkins était l’ondine suprême.

Après de bons Jeux Panaméricains en 1979 marqués par des victoires sur 200 et 400 mètres quatre nages, avec les deux relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages, et des deuxièmes places sur 400 mètres libre et 100 mètres brasse, on s’attendait de sa part à de grandes performances aux Jeux olympiques de Moscou, que les Américains boycottèrent sur ordre de la Maison Blanche pour punir les Russes d’avoir envahi l’Afghanistan (comme quoi la roue tourne). La meilleure nageuse du monde resta à la maison pendant que le bal moscovite du dopage soviético-est-allemand joua à guichets fermés.

En janvier 1981, le championnat US international, où tout ce qui nageait vite dans le monde fut convié, se donna des airs de revanche des Jeux manqués. Caulkins enleva ses deux épreuves de quatre nages, le 100 mètres dos et le 100 mètres brasse, finit seconde du 100 mètres papillon et du 200 mètres papillon et prit part aux trois relais gagnants.

De 1981 à 1984, elle poursuivit ses études et sa carrière de nageuse à l’Université de Floride, où n’existait aucun programme de brasse, et compila 12 titres individuels universitaires (les prestigieux NCAA). Aux mondiaux de 1982, elle se contenta de deux médailles de bronze dans les courses de quatre nages. Physiquement un peu plus lourde, peut-être aussi mentalement un peu moins impliquée, elle semblait s’acheminer alors vers un déclin, et cette apparence s’accentua en 1983, où ses victoires aux Panaméricains sur 200 et 400 mètres quatre nages furent acquises dans des temps relativement modestes, où elle n’entra dans aucun des deux relais, et fut largement battue par Mary T Meagher sur 200 mètres papillon, en 2’10’’06 contre 2’14’’05. Mais Tracy attendait un challenge à sa mesure: elle retrouva une certaine flamme dans la préparation des Jeux de Los Angeles, et réussit sa sortie en majesté. Sur 400 mètres quatre nages, elle termina quinze mètres devant la seconde, et améliora son record personnel, vieux de quatre ans, avec 4’39’’24. Seules des nageuses lourdement dopées avaient nagé plus vite…

Son éclectisme prodigieux, ses qualités de détente, de souplesse, de glisse sans rivales, sa rigueur, sa discipline à l’entraînement, sa capacité de concentration, son intelligence de la course, la rendaient capable, on l’a dit, au sommet de sa forme, de gagner toutes les courses du programme, dans toutes les nages. Elle a remporté 48 titres de championne des États-Unis dans tous les styles et sur des distances allant du 100 aux 500 yards (le record du monde de titres appartenait à Johnny Weissmuller, avec 36 titres), établi 63 records nationaux, gagné 12 titres universitaires américains, en donnant, à sa grande époque, l’impression de pouvoir faire beaucoup mieux. Aujourd’hui, une ou deux filles ont battu ce palmarès, mais de vous à moi, ce sont des professionnelles de la natation quand Caulkins fut une amateur pure doublée d’une étudiante appliquée, avec toutes les restrictions en termes de longueur de carrière (elle se retira à 21 ans) et d’opportunités de nager que cela signifie.

Je me souviens d’une compétition en France, au meeting de Boulogne-Billancourt. Nous avions avec une nageuse, Annick de Susini, une experte redoutable du petit bassin. De Susini était fameuse pour ses coulées de départ et de virage, où, sans exagérer, elle prenait aux meilleures Européennes entre un demi-mètre et un mètre. Annick réussit, à Boulogne-Billancourt, ce soir là, à prendre un mètre au départ, à toute le monde… sauf Tracy Caulkins qui émergea de sa glissée sous-marine un bon mètre devant elle!

Outre son talent unique, Tracy Caulkins était absolument charmante. Je me souviens un jour, sur une plage de piscine, à l’issue d’un échauffement, elle se trouvait seule, debout au bord de l’eau, l’air méditatif, quand, pris en tenaille entre un fort désir de l’interviewer et la crainte de la déranger dans sa rêverie, conscient aussi sans doute d’approcher un monument, je restais figé à distance respectueuse sans savoir quelle stratégie adopter. Tracy, comme la plupart des Américains, nageurs nageuses, entraîneurs et chaperons, était très abordable, simple et gentille, beaucoup moins intimidante hors de l’eau que dans l’eau! Je dirais qu’elle était cool. Ce jour là, elle fit mieux que ça. Elle me repéra, comprit mon débat intérieur, et se mit à me fixer du coin de l’œil en souriant, l’air de dire: « bon, vas-y, amène-toi, je ne vais pas te manger! » Je la rejoignis et elle répondit tranquillement à toutes mes questions. Je ne me souviens plus aujourd’hui que d’une seule de mes demandes, très loin d’être géniale, d’ailleurs: à son avis, les records, qui avaient si vite progressé, pouvaient-ils continuer d’évoluer? Sans hésiter, elle me répondit: « Oh, yes! There is room for more records. » (Oh! oui, il y a de la place pour plus de progrès). L’avenir prouva combien elle avait raison.

Caulkins restera sans doute longtemps encore la plus jeune (15 ans) récipiendaire de la plus haute distinction proposée à un athlète amateur américain, le Sullivan Award, en 1978, et elle a été élue sportive américaine de l’année en 1981 et en 1984. Sa sœur aînée Amy (née le 25 octobre 1960), bonne nageuse de sprint, fut sélectionnée olympique en 1984.

Tracy était la plus jeune des trois enfants de Thomas et Martha Caulkins. Son père travaillait dans l’enseignement et devint entraîneur de natation à temps partiel. Sa mère était professeur de dessin. La famille vivait à Waukon, dans l’Iowa, et s’installa à Nashville, Tennessee, quand Tracy eut six ans. Deux ans plus tard, elle commença à nager (en dos, parce qu’elle détestait immerger son visage) au Seven Hills Swim and Tennis Club, aux côtés de ses aînés, Amy et Tim. Elle apprit plus tard les nages ventrales, et, quoique détestant à la fois l’eau froide et l’entraînement, elle devint très vite une bonne nageuse. Les encouragements de ses parents, qui s’étaient rendu compte que la petite dernière avait du talent, lui firent prendre conscience de son potentiel et l’amenèrent à positiver les aspects moins plaisants de la natation. A dix ans, Tracy rejoignit le West Side VC, qui deviendrait ultérieurement le Nashville Aquatic Club et fut très vite classée parmi les meilleures Américaines dans plusieurs épreuves. A douze ans, elle était qualifiée pour les championnats US seniors.

Son volume d’entraînement s’élevant, ses résultats scolaires s’en ressentirent, et elle se transféra dans une école privée, Harpeth Halll Academy où elle put mieux étudier en nageant ; à treize ans, elle disputa les sélections olympiques ; en 1977, elle enleva les 100 et 200 mètres brasse aux championnats US en petit bassin et les 200 et 400 mètres quatre nages des championnats US en grand bassin. Cette année, elle défit sur  200 mètres papillon Andrea Pollack, la championne olympique de la distance, au cours d’un match RDA-USA. Au cours de l’hiver, Caulkins eut une jambe cassée par une chute d’arbre au cours d’une promenade à cheval, et dut nager avec la jambe dans une gouttière. Loin de la handicaper, cet incident lui permit d’améliorer la force de son torse et de ses bras ; Cette année, elle nagea dur, de 13 à 16 kilomètres par jour, sous les ordres de son coach Paul Bergen, et souleva des poids. C’est à l’issue de cette saison que Tracy effectua sa razzia des championnats du monde de Berlin…

On a mis en avant certaines spécificités de son corps qui pouvaient lui donner un avantage : de grands bras, donc une envergure importante, de grands pieds, mais cela dit elle m’a toujours paru très normale sous cet angle; je crois que sa supériorité tenait beaucoup moins à des dispositions morphologiques qu’à une sorte d’affinité aquatique, que boostait certes une souplesse étonnante, et à une hyper extension des genoux qui, comme chez Mark Spitz, donnaient un surcroit de levier à son battement de jambes; elle disposait aussi d’un coup de bras solide, et enfin elle était d’une grande légèreté.

Elle n’avait rien de maladroit ou d’emprunté sur la terre ferme, mais une fois dans l’eau, elle était dans son élément. Son adéquation à l’eau avait quelque chose de magique. Elle empruntait un peu du dauphin, et avait dû être mammifère marin dans une autre vie… Même les plus douées, les plus aquatiques nageuses, même Dawn Fraser, Enith Brigitha, ou Natalie Coughlin, ou Kornelia Ender, Inge de Bruijn, Dara Torres ou encore Melissa Franklin, ne l’égalent sous ce rapport. Gamine, Paul Bergen, la trouvant trop maigre, avait exigé qu’elle pèse 55,5kg, un poids qu’elle était loin d’atteindre (pour une taille non communiquée, mais sans doute inférieure au 1,75m quelle atteindra finalement), et, pour y parvenir, papa Caulkins la bourrait chaque soir de grandes quantités de chocolat! Mais il y avait aussi ses qualités mentales, ses facultés de concentration, le fait qu’elle aimait nager et s’entraîner, enfin son intelligence musculaire, sa position dans l’eau, la façon qu’elle avait d’être « installée » dans l’élément liquide, sa capacité vraiment unique de piquer et à garder le bon geste technique dans les cinq disciplines, dos, brasse, papillon, crawl et quatre nages, tel qu’enseigné par Paul Bergen, un des techniciens les plus pointus au monde. N’a-t-elle pas détenu des records américains dans ces cinq disciplines? Et n’a-t-elle pas enlevé une médaille de bronze sur 100 mètres brasse aux Jeux olympiques de Los Angeles après trois années d’Université (de Floride) où elle ne nageait jamais en brasse en raison d’une carence du programme de natation de l’université?

S’étant retirée de la compétition après les Jeux de Los Angeles, Tracy acheva ses études de journaliste de télévision à l’Université de Floride sans nager, mais participa à des opérations publicitaires pour des entreprises et travailla comme commentatrice des événements de natation. Elle épousa en 1991 le nageur australien Mark Stockwell, qu’elle avait connu à l’Université. Elle vit à Brisbane où, non contente d’élever leurs cinq enfants, elle est restée impliquée dans la vie sportive du Queensland à divers titres.

Un petit peu dur pour les autres pays, mais c’est ainsi. Les trois plus grandes nageuses du 20e siècle, Dawn Fraser, Shane Gould et Tracy Caulkins, vivent aujourd’hui en Australie!

LOUISETTE FLEURET, GLOIRE ET INFAMIE

FLEURET [Louisette] Natation. (Paris, 29 avril 1919-1997). France.

L’une des plus glorieuses championnes de natation de l’entre deux guerres, Louisette Fleuret, faillit périr sur l’échafaud pour fait de collaboration avec les Nazis.

L’une des meilleurs nageuses de l’entre deux guerres, malgré des moyens physiques limités (elle mesure 1,56 mètres et, à douze ans, en 1931, ses parents consultent un médecin parce qu’ils s’inquiètent de sa petite taille), elle est recordwoman de France et d’Europe. Issue d’un milieu modeste, elle apprend à nager en 1925 aux Mouettes de Paris, passe en 1927 au CNP où elle devient monitrice en 1937, et où Georges Hermant l’entraine « comme les hommes », devient championne scolaire en 1930, de Paris en 1932 sur sa grande distance, le 400 mètres. Championne de France 1933 (en 6’10’’2), puis 1934 (en aequo avec Solita Salgado en 6’0’’6), elle est 6e des championnats d’Europe 1934 à Magdebourg (5’56’’1). En 1935, elle établit le record de France du 400 mètres en 5’47’’6 aux Tourelles, conserve son titre à Bordeaux en 5’50’’2 et finit 2e du 100 mètres en 1’16’’8. En 1936, elle efface le record du 800 mètres en 12’18’’4. Elle est encore championne de France des 400 mètres en 1937, 1938 et 1939. Plusieurs de ses records, notamment sur une série de distances intermédiaires assez folkloriques qui ont cours à l’époque, tiennent encore en 1945 : 300 mètres en 4’14’’2 (1936), 500 mètres en 7’16’’2 (1936), 800 mètres en 12’7’’2, 1000 mètres en 15’16’’4 et 1500 mètres en 23’13’’8 (ces trois derniers records étant battus dans la même course, le 8 août 1937). Aux Jeux olympiques de Berlin, elle nage 5’46’’8 (RF) en séries du 400 mètres, 7e temps, fait mieux, 5’46’’1 (RF), en demi-finales, mais se retrouve 10e, à 2/10e de seconde de la qualification en finale. Seize jours plus tard, le 30 août, elle nage 5’45’’5 aux Tourelles, à Paris. Accusée à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale d’avoir dénoncé un réseau de résistance, elle est passée devant un tribunal militaire en 1949 (Der Spiegel, 2.1950). Amoureuse d’un allemand du nom de Schweitz rencontré pendant les Jeux de Berlin devenu agent de la Gestapo à Paris sous l’Occupation, elle disparait aussi brusquement qu’opportunément à la Libération. Après la guerre, la police retrouve sa trace à Tunis où, sous le nom de Pigeon (le nom de sa mère), elle tient une maison close. Ayant perdu la tête pour un nazi, elle risquait de la perdre pour de bon ! Ramenée en France, jugée et condamnée à mort par une cour militaire à Marseille, elle échappa à la guillotine (ou au peloton) en arguant en appel que, fort amoureuse de son Gestapiste, elle n’avait pas trahi ses amis français.

RALPH FLANAGAN

Mercredi 14 janvier 2015

FLANAGAN [Ralph Drew].Natation. (ou Miami, Floride, 14 décembre 1918-Los Alamitos, Orange, Californie, 8 février 1988).

États-Unis. Demi-finaliste à treize ans du 1500 mètres aux Jeux de Los Angeles, en 1932, membre de l’équipe vice championne olympique du 4 fois 200 mètres aux Jeux de Berlin, en 1936, où il fut aussi 4e du 400m (4’52’’7) et 5e du 1500 mètres (19’54’’8). Ce nageur du Greater Miami (Biltmore) Aquatic Club détint deux records du monde et vingt-six records américains, remporta vingt titres nationaux. Il détint à un moment tous les records des États-Unis du 220 yards au mile.

FIORAVANTI: DE L’OR EN BRASSE

Par Eric LAHMY

Mardi 13 Janvier 2014

FIORAVANTI [Domenico] Natation (Trecate, près de Novara, 31 mai 1977-). Italie. Il débute à neuf ans dans la foulée de son aîné Massimiliano. Il s’impose en 1998, avec neuf titres italiens, deux ans après ses premiers titres nationaux (qui ne lui valent pas sélection olympique à Atlanta). Il est donc l’une des meilleurs nageurs de brasse du monde depuis quatre ans quand sa forme éclatante lui permet, en 2000, aux Jeux olympiques de Sydney, de réussir le doublé en brasse que nul n’a réalisé avant lui, remportant le 100 mètres en 1’0’’46 (devant Glenn Edward « Ed » Moses, USA) et le 200 mètres en 2’10’’87 (devant Terence Parkin, RSA), après avoir été à deux reprises, en 1999 à Istanbul et en 2000 à Helsinki champion d’Europe du 100 mètres brasse. En 2001, aux mondiaux de Fukuoka, il enlève l’argent du 100 (derrière Sloudnov) et le bronze sur 50 brasse et parvient en finale sur 200 mètres brasse. Blessé à l’épaule droite, il est opéré en mai 2002, et participe aux mondiaux 2003, à Barcelone, avant que la faculté ne décèle une hypertrophie cardiaque (épaississement des parois) mal de caractère génétique, lors de sa préparation des Jeux olympiques de 2004, qui poussent les responsables médicaux, à titre de précaution, à le contraindre à clore sa carrière, riche de 32 titres nationaux. Furieux d’être stoppé contre son gré et d’avoir vu son cas étalé dans les journaux, Fioravanti demandera un million d’Europe de dommages-intérêts à l’hôpital Galliera, qui a décelé et fait connaître son mal, pour rupture du secret médical. En 2011, il devient le 13e nageur italien intronisé à l’International Swimming Hall of Fame.

SHARON FINNERAN, UNE VIE BIEN NAGEE

Par Eric LAHMY

Mardi 13 Janvier 2015

FINNERAN [Sharon Evans]. Natation. (Rockville Centre, New-York, 4 février 1946-). États-Unis. Soeur d’un plongeur olympique des Jeux de 1972, Mike Finneran, et fille d’une officielle aux Jeux de Montréal, en 1976, cette nageuse de demi-fond, petit bout de femme de 50kg pour 1,60m commence à nager à Pine Crest, en Floride, près de Fort Lauderdale, où elle vit, à l’âge de dix ans et montre vite de belles aptitudes ainsi qu’une propension au travail acharné, déterminé. Fait qui conduit sa famille à chercher le meilleur endroit pour elle pour s’entraîner. Ce sera en 1962, à seize ans, chez George Haines à Santa Clara, où elle cotoiera Don Schollander, Donna de Varona, Terri Stickles, avant de passer fin 1964 au Los Angeles AC de Peter Daland en raison d’une bourse d’études qui lui est attribuée par USC, l’université à laquelle le club est attenant. Elle établit six records du monde, ainsi sur 200 mètres papillon (2’31’’2 et 2’30’’7 en 1962), 800 mètres libre (9’36’’9 en 1964) et 400 mètres quatre nages (5’27’’4 et 5’21’’9 en 1962), enlève dix titres américains sur plusieurs distances, dont un sur 1650 yards en 1964, et l’or du 400 mètres libre aux Jeux panaméricains, en 1963. Elle est enfin médaillée d’argent sur 400 mètres quatre nages (5’24’’1), entre les deux autres concurrentes américaines, son équipière de Santa-Clara De Varona, très large vainqueur, en 5’18’’7 et juste devant Martha Randall, 3e, 5’24’’2, aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964 (où le Santa Clara Swimming Club a qualifié 13 nageurs et nageuses !). Sa fille, Ariel Rittenhouse, est une plongeuse olympique en 2008. Elle est restée très impliquée dans le sport, comme entraîneur en Caroline du Sud et nageuse de compétitions masters.

Paul Quinlan (1932-2014), héros méconnu

Par Alain Philippe COLTIER

Samedi 10 Janvier 2015)

Paul Quinlan, l’ombre qui hantait les bassins Australopithèques, s’est effacée. Plein feux sur son héritage.

On savait la natation australienne du nouveau millénaire capable de prendre un malin plaisir à patauger dans les mares des scandales. On ne la connaissait pas cependant sujette à des crises d’amnésie. Quand le nommé Paul Quinlan est descendu à jamais sous la ligne de flottaison, la natation aussie ignora superbement sa disparition. Pis, point d’entrefilets dans les médias. Pas un mot, rien. Silence radio. Pourtant cet octogénaire à lunettes (qui lui donnaient d’ailleurs des faux airs de l’acteur français Henri Crémieux) retiré sur la Gold Coast fut quand même l’architecte du renouveau de la natation australien. Son seul tort finalement aura peut-être été de rayonner dans l’ombre plutôt que sous les feux de la rampe.

Cet homme là, un temps pilote de chasse dans l’armée de l’air, incarnait d’abord une certaine idée de la natation de l’île-continent. Il appartenait à une époque certes révolue, mais pas si éloignée. Une époque où, très as du bricolage, les entraîneurs australiens oeuvraient autour des lignes d’eau souvent par pure romantisme. Tous avaient alors un travail ‘alimentaire’ tel feu John Carew qui, lui, turbinait comme équarrisseur dans un abattoir de… baleines, cela afin de pouvoir construire de ses propres mains, brique par brique, sa piscine en périphérie de Brisbane, d’où émergerait dans les années 90 un certain Kieren Perkins.

L’HOMME DES FONDATIONS

Paul Quinlan aurait pu, lui aussi, être un formidable homme de bassin et produire son/sa champion(ne) olympique maison. Sauf que dès le départ celui qui était à la base l’un des meilleurs milers de sa génération a préféré s’employer à doter la natation australienne de solides fondations que celle-ci, malgré de glorieuses apparences (voir les Jeux Olympiques de Melbourne, de Rome ou de Tokyo), était encore loin de posséder. Á partir de 1964, cette quête un peu folle, mais Oh ! combien, sincère, le conduira ainsi de la création de l’Association du Victoria des Entraîneurs et des Enseignants de Natation jusqu’à la vice-présidence de L’Association Internationale des entraîneurs de natation (WSCA).

Entre-temps, Paul Quinlan fut surtout dix années durant le DTN de la natation australienne, et tout en la structurant de A à Z, tout en la professionnalisant avant l’heure, il redorera également son image de marque. Conséquence directe, entre 1984 et1993 la Swimming Australia verra son nombre de licenciés augmenter de… 700% et commencera à regagner progressivement sa vraie place dans la hiérarchie mondiale.

Á l’heure de la retraite, sens du devoir très accompli, Paul Quinlan aurait pu tirer sa révérence et endosser la panoplie du grey nomad et partir sillonner de fond en comble son pays comme le fait désormais tout australien digne de ce nom.

SE REINVENTER A 60 ANS

Mais le hasard en décida tout autrement… Pour les amateurs d’anecdotes croustillantes et de roman d’espionnage très guerre froide à la John Le Carré, la scène suivante se passe en 1992 dans un hôtel forcément luxueux de Monaco où sont logés les participants du Grand Prix International de Monte Carlo. Le rideau de fer s’est effrité et l’entraîneur russe Guennadi Touretski se morfond alors dans sa chambre d’hôtel. Il sait que du côté de Moscou et de Saint-Petersbourg, le vent est en train de salement tourner, désordre politique et économique (inflation de 1000%, chômage exponentiel, etc.) ne vont pas tarder à coller aux premiers pas de la ‘nouvelle Russie’. Lui aimerait bien pouvoir continuer à développer sa science de l’entraînement dans un climat un peu plus propice, surtout avec une jeune famille à sa charge. Il lance un SOS rédigé sur papier à en-tête du dit hôtel avant de demander à l’un de ses nageurs (dont nous tairons ici le nom, même si quelques vingt ans plus tard il y a prescription) de le glisser sous une porte qui n’est autre que celle de Paul Quinlan. Paul, inconnu du grand public, mais tenu en haute estime pour ses compétences techniques et ses qualités humaines par la grande famille de la natation sans frontières.

La suite ? Tout le monde a appris plus ou moins à la connaître. Le DTN australien s’arrangera pour que soit scellé aux J.O. la venue en Australie de Touretski alors que, quelques jours plus tard, dans le bassin olympique de Barcelone, l’un de ses protégés allait faire sensation en s’octroyant le doublé 50m-100m tant convoité par les Américains. Son nom : Alexandre Popov qui lui aussi sera plus tard du voyage en Australie. Et plutôt que de partir à la retraite, Quinlan choisira à son tour de s’embarquer dans l’aventure en se faisant muter à l’Institut National des Sports Australiens (l’AIS) en qualité de responsable de la performance au département natation.

Tandis que Touretski s’employait de son côté à fédérer l’ensemble des entraîneurs australiens qui avaient pris l’habitude de travailler chacun dans son coin – et dans le plus grand secret, celui qui posséda un computer avant même son invention pouvait enfin s’adonner à sa grande passion : la technologie. Tout en jonglant avec ses activités à l’AIS, Paul Quinlan s’inscrit ainsi à l’université où il décrochera âgé de 68 ans un Master en Sciences Appliquées pour avoir notamment développé un software destiné à dessiner sur mesure et à évaluer dans le même élan les programmes d’entraînement de l’élite de la natation.

En travaillant main dans la main, et dans le plus grand respect, le duo Quinlan-Touretski réussira à créer une dynamique sans précédent et insuffler un solide sentiment d’unité au sein de la natation des antipodes.

Mais le ‘fait d’arme’ dont ce grand, discret et loyal par vocation, serviteur de la natation (et pas uniquement australienne) aux références inattaquables fut peut-être le plus fier était celui d’avoir appris à Alexandre Popov l’art consumé du… barbecue. Pas moins !

Alain COLTIER

 

Alain Coltier est depuis plus de trente ans l’incontournable correspondant de presse du sport australien en France. Il a collaboré à L’Equipe, Libération et à nombre de journaux et revues, et rédigé plusieurs livres, biographies ou romans, ainsi l’Alexandre Popov (Nager dans le Vrai), Trois Hommes et un Destin (sur les athlètes du podium du 200 mètres plat des Jeux de Mexico), ainsi qu’une fiction sur la boxe, « Angel ».

CORREIA Maritza

Par Eric LAHMY

CORREIA [Maritza]. Natation. (San Juan de Porto Rico, 23 décembre 1981-). USA. Nageuse d’origine portoricaine, Maritza grandit en Floride avec ses parents et ses deux frères aînés. Ses parents, issus de la Guyane, et d’ascendance africaine et latine, ont étudié en Grande-Bretagne ; à l’Université, sa mère a joué au tennis et son père pratiqué l’aviron. Elle débute en natation à sept ans pour raisons médicales, afin d’effacer une scoliose. Deux ans plus tard, la natation est devenue son sport de prédilection. Elle nage au Brandon Blue Wave Swimming Club, puis à l’école technique de Tampa Bay. Elle domine les championnats cadets (1997) et juniors (1999) sur 50 mètres. Inscrite à l’Université de Georgie, elle est alors entraînée par Jack Bauerlé et Whitney Hite. Cette spécialiste des 50 et 100 nage libre est salué comme la première nageuse noire (définition aussi floue que discutable) à détenir un record américain, un record du monde, et à participer aux Jeux olympiques pour les USA. Mais pour commencer, elle échoue aux sélections olympiques des Jeux de Sydney, en 2000, et tombe dans une longue phase dépressive. Elle se ressaisit, s’entraîne très sérieusement, à raison de 14.000 mètres par jour, six jours par semaine. Qualifiée pour les mondiaux 2001, elle devient co-championne du monde avec les relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 200 mètres à Fukuoka. En 2002, dans les compétitions en petit bassin de la NCAA (université), elle établit des records américains sur 50 et 100 yards nage libre. Médaillée d’argent avec le relais quatre fois 100 mètres aux Jeux d’Athènes, en 2004, elle triomphe aux Jeux mondiaux universitaires en 2005, avec quatre victoires, sur 50 mètres et dans les trois relais. Mais vingt ans de natation rattrapent ses épaules, dont elle souffre de plus en plus. Encore très présente aux Jeux Panaméricains 2007 (or avec les relais quatre fois 100 mètres et quatre fois 100 mètres quatre nages), elle se retire de la compétition après les championnats américains (petit bassin) en décembre 2007, bloquée par l’arthrite (l’épaule droite) et deux tendinites de la coiffe des rotateurs, une par épaule. Employée par la société Nike, elle est restée proche de la natation.

Haley COPE

Par Eric LAHMY

COPE [Haley] Natation. (Crescent City, Californie, 11 avril 1979-). USA. Toute jeune, Haley Cope s’est fixé deux buts dans sa vie : battre un record du monde de natation et poser nue dans Playboy. En octobre 1999, cette blonde de 1,80 mètre pose parmi les « filles du Pac-A10 » sous le nom de guerre de Natasha Paris, afin de satisfaire les règlements de la NCAA. Elle a joué avec l’idée de se faire appeler pour l’occasion Terri McKeever (le nom de son entraîneur) avant d’avoir le bon goût d’y renoncer. Six mois plus tard, au départ d’un relais quatre fois 50 mètres quatre nages, elle établit un record mondial du 50 mètres dos en 27’’25, et un autre, celui du relais, en 1’49’’23, avec Staciana Stitts, Prapharsal « Waen » Minpraphal et Joscelyn Yeo (future membre du Parlement de Singapour). Enfin, elle devient championne du monde 2001 du 50 mètres dos à Fukuoka (Japon). Née d’une mère de 17 ans et du boy-friend de cette dernière, âgé de 21 ans, elle passe l’essentiel de sa tendre enfance à Chico, une commune rurale du comté de Butte, en Californie, dans une situation de précarité qui lui ouvre accès aux repas gratuits à l’école. Comme la maison n’est pas dotée d’air conditionné, elle passait son temps à la piscine et, racontent ses parents, sait nager avant de marcher. [Elle-même a noté, en enseignant ses propres enfants, qu’à deux ans, s’ils ne savent pas nager à proprement parler, les petits peuvent avancer, se déplacer dans l’eau (elle emploie le verbe « locomote ») sur plusieurs mètres en utilisant uniquement leur technique de nourrisson.] Elle se lance dans la compétition à onze ans aux Chico Aqua Jets. Deux ans plus tard, sa mère, nouvelle mariée, décide de se déplacer avec son mari. Haley, ayant appris que sa nouvelle destination, le Maine, était un désert en terme de natation, décrète qu’elle restera avec son père, un demi clochard qui avait enfanté trois filles de trois femmes différentes, toutes aussi jolies, fêtardes, entêtées et intenables. Cette décision est due surtout à ce qu’Haley s’est attachée à son jeune entraîneur, Brian Clark. Celui-ci, qui a étudié et nagé à Yale, non content de l’entraîner, est devenu son plus proche confident. Et tous deux finiront par se marier en octobre 2002. Quoiqu’alors âgée de 23 ans, Cope précise qu’elle a décidé de l’épouser à douze ans. « Je me souviens du moment exact. Deux semaines avant mon 13e anniversaire, j’avais un conflit avec une de mes amies de classe. Elle me dit : ‘’si toi et Brian êtes si proches, tu ferais mieux de coucher avec lui’’. Je me mis à y penser, et me dis qu’elle avait probablement raison. Toujours est-il que je me suis mariée avec Brian. » Parmi les qualités qu’elle trouve à ce coach, il y a que Clark est un entraîneur humain : une seule séance par jour, volume allégé, programmes variés, séries nagées à bonne vitesse. Clark contacte Terri McKeever, l’entraîneur de Cal Berkeley, et lui vante sa protégée. McKeever lui offre une bourse partielle, 2000$, un pactole pour la grande pauvreté de Cope, qui s’empresse d’accepter. L’année suivante, en raison de ses résultats, elle aura droit aux 4000$ de la bourse entière. Nageuse de talent, elle est ce qu’on appelle une personnalité ingérable, que McKeever supportera avec une patience d’ange. « Plus les gens apprenaient à connaître Cope, plus ma cote d’entraîneur s’élevait à leurs yeux », racontera McKeever à son sujet. Ayant peu nagé jusqu’à son entrée à Berkeley, Cope, malgré ses sineries et autres cabrioles, se transforme en une championne incontestée. En une saison, elle passe de 56’’4 à 54’’85 sur 100 yards dos, puis continue de progresser à la poursuite de son équipière Natalie Coughlin qu’elle veut (en vain) dépasser, et améliorera encore ses records à 24 ans. Elle est championne du monde en petit bassin ( sur 100 dos) à Moscou en 2002. Elle se qualifie pour le 100 mètres dos olympique d’Athènes en 2004, termine 8e de la finale. Enfin, elle atteint le dernier objectif avoué de sa tendre enfance en 2004, posant nue pour Playboy Magazine. Depuis, elle se passionne pour l’enseignement de la natation pour les tout petits et a ouvert un centre de bébés nageurs chez elle, à Chico.

COOPER (Badcock) [Margaret Joyce]

Par Eric LAHMY

COOPER (Badcock) [Margaret Joyce] Natation. (Domaine de Troup, Ceylan, 18 avril 1909-Chichester, West Sussex, 22 juillet 2002). Grande-Bretagne. Joyce Cooper apprend à nager à Ceylan, où son père, connu sous le nom de « Spindles » (broches) en raison de sa haute taille et de sa maigreur, possède une plantation de thé. Il avait étudié à Harrow dont il avait détenu le record du mile en course à pied. La mère de Joyce, nageuse, continuait à se baigner à quatre-vingt-dix ans passés. Joyce est la deuxième de quatre filles, et aime la natation, parce que, expliquera-t-elle, c’est là seulement qu’elle peut battre sa sœur aînée. C’est le seul sport qu’elle pratique aussi parce que, très frêle et on ne peut moins costaude, elle ne peut ni grimper à la corde, ni faire un équilibre sur une barre. De plus, ses jambes n’ont pas de force. Mais il faut croire que cette antiathlète possède une rare affinité avec l’eau. Une fois plongée dans l’élément liquide, ses handicaps disparaissent… Sa famille s’installe dans le sud britannique après la Première Guerre mondiale. Si c’est une époque héroïque pour les nageurs, elle l’est plus encore pour les nageuses. Il est très difficile pour elles de s’entraîner en Grande-Bretagne, les piscines sont pour ainsi dire réservées à une clientèle exclusivement masculine, et les règlements interdisent aux deux sexes de se baigner ensemble. Comme en outre son entraîneur, Howcroft, est un homme, trouver un endroit où ils peuvent se rejoindre représente un tour de force ! Ils y parviennent cependant, en général dans des piscines découvertes. Ce n’est pas tout : les costumes de bain étant strictement réglementés, les sœurs se fournissent dans des surplus américains, où les tenues de bain pour femmes sont beaucoup plus légères. Pour finir, Joyce se retrouve accusée dans un journal britannique de revêtir un costume « indécent » qui est le modèle standard américain. Affiliée au Mermaid Club, elle nage en dos, quand elle voit, en 1925, la championne britannique Vera Tanner nager le nouveau style à la mode, le crawl, et s’y essaie avec la ferme détermination de la battre. Howcroft la soumet à des exercices qui lui permettent de se renforcer physiquement, car, on l’a dit, elle est dotée de la fameuse souplesse de la nageuse, elle ne dispose d’aucune force physique. Lorsqu’elle se présente aux sélections olympiques, elle est effarée par la longueur du bassin de 50 mètres, vu qu’elle n’a  jamais nagé que dans un bassin de 20 yards (18,2 mètres) !  Malgré ça, elle sera quatre fois médaillée olympique : de bronze sur 100 mètres libre (derrière les Américaines Albina Osipovich et Eleanor Garatti-Saville, et sur 100 mètres dos derrière Marie « Zus » Philipsen-Braun et Ellen King, puis d’argent avec le relais quatre fois 100 mètres britannique aux Jeux d’Amsterdam en 1928 ; de bronze sur quatre fois 100 mètres à Los Angeles en 1932, où elle finit aussi 6e sur 100 mètres dos, 4e sur 400 mètres libre et réalise le 4e temps des demi-finales sur 100 mètres, ce qui l’aurait qualifiée à notre époque, mais ne lui permit pas de nager la finale, étant seulement retenues les trois premières de chaque demi-finale. Multi médaillée aux Championnats d’Europe entre 1927 et 1931 (argent sur 100 mètres libre dans la même temps que la gagnante néerlandaise Maria Vierdag, or du 4 fois 100 mètres à Bologne en 1927, argent sur 400 mètres, 100 mètres dos et quatre fois 100 mètres, bronze sur 100 mètres), elle est quatre fois championne de l’Empire britannique (l’ancêtre des Jeux du Commonwealth) en 1930 (sur 100 et 400 yards libre, 100 yards dos, et avec le relais quatre fois 100 mètres – en compagnie de sa sœur Doreen). Au cours de sa carrière, elle remportera 19 titres nationaux anglais. Elle nage également en « eau libre », exécutant le parcours de la course Oxford-Cambridge à la nage. Mariée à John Charles « Felix » Badcock (West Ham, Londres, 17 janvier 1903-Petersfield, Hampshire, 29 mai 1979), médaillé olympique d’aviron (or du quatre sans en 1932, argent du huit en 1928), elle aura deux fils, Felix et David, qui seront des rameurs de compétition. Elle ne disputera plus jamais de courses après son mariage, même si, nageant parfois en présence de son entraîneur, celui-ci lui assure qu’elle n’a jamais nagé aussi vite. Elle racontera, à la fin de sa vie, que deux nageuses françaises de passage à Londres, l’ayant vu nager, l’encouragent vivement à reprendre sa carrière ! En vain : ni l’époque, ni son mari ne la poussent dans cette voie… Une femme mariée se devait de rester à la maison et de dorloter sa famille !