Catégorie : Editoriaux

KATINKA, LA COUPE DU MONDE, LA DÉMOCRATIE SPORTIVE ET L’AVENIR CHANCELANT DE LA « FINATATION »

“Tu peux résumer tout ce qui ne va pas au monde”, disait ma mère, « par le fait que certaines personnes estiment qu’ils peuvent poser une serviette le matin et disposer d’une chaise d’hôtel toute la journée » (Andy RASKIN).

Éric LAHMY

Dimanche 26 Juin 2017

La lettre ouverte de Katinka HOSSZU qui remet en cause la politique de la Fédération internationale ne semble pas avoir fait trop de vagues pour l’instant… Pourtant, elle dénonce les errances de la gouvernance mondiale du sport.

Pourquoi ce faible écho ? Il se peut que les nageurs, d’ailleurs en pleine préparation des mondiaux, ne se passionnent guère pour les dysfonctionnements de la FINA et le peu de cas que l’organisation mondiale fait de leurs soucis. Il se peut que seule Katinka HOSSZU se trouve concernée par ce changement de règlement qui interdit à un nageur de présenter plus de quatre courses – alors qu’elle s’était ces dernières années engagée partout !

HOSSZU, ce faisant, était en quelque sorte devenue synonyme de coupe du monde… au point qu’il est difficile de savoir si la coupe du monde avait fait la marque d’HOSSZU ou HOSSZU la réputation de la coupe du monde.

La Hongroise a été choquée d’apprendre un changement de règles soudain, décidé sans respect de ce qu’est le principe d’une compétition, manifestement bâclé moins de deux mois avant son démarrage. Si elle a préparé le planning de cette WorldCup 2017-2018 avec son sérieux habituel, admirer la nonchalance avec laquelle la FINA a opéré au dernier moment des changements qui auraient dû être prévus plus d’un an à l’avance, je comprends son énorme révolte. Comment prendre au sérieux les ploucs dangereux de l’organisation mondiale?

Peut-être ceux qui ont lu sa missive ont-ils eu les mêmes sentiments que moi ? A la fois cette idée qu’enfin quelqu’un qui n’est pas Paolo BARELLI ou Craig LORD est en train d’émettre quelques vérités bien senties, et la sensation que Katinka a plutôt mal engagé la discussion.

La nageuse hongroise a bien utilisé le système et ne s’est jamais élevée, tant que ses règles l’avantageaient, contre les manières de la FINA. Elue à trois reprises nageuse mondiale de l’année contre certaines évidences en faveur de Katie LEDECKY, grâce à ses numéros dans le cirque WorldCup, elle n’a rien trouvé à redire à cela.

D’où vient cette gêne que je ressens en face de sa lettre ? D’une sorte de confusion, de contradiction entre, d’un côté, la générosité dans l’effort de Katinka HOSSZU, son courage, un engagement qui laisse rêveur. De l’autre le fait qu’elle ait systématiquement ratissé sans le moindre état d’âme cette épreuve bancale, incapable de décoller et mal en point qu’on appelle la Coupe du monde. HOSSZU est une vraie professionnelle du sport, il est vrai, mais sa pratique répond à sa rapacité…

Que les participants ne cessent de s’interroger sur le calendrier WorldCup  tordu imposé par l’organisation mondiale en fonction de ses lubies et de son désir d’inonder la saison de compétitions qui en arrivent à se cannibaliser, est chose avérée. Que la plupart des nageurs ne veulent ou ne peuvent s’engager dans cette formule, que la Coupe du monde ne présente aucune étape en Amérique du Nord comme du Sud, en Afrique ou en Australie, et soit centrée sur un continent, l’Asie, avec trois étapes entre Singapour et deux Emirats qui disposent de plus d’argent que de nageurs, tout cela n’a jamais dérangé Madame HOSSZU, bien occupée à faire son beurre.

Sa façon de partir du sort de ce vaisseau en détresse qu’est la Coupe du monde pour attaquer les pratiques de la FINA affaiblit à mes oreilles son propos. HOSSZU, parce que la coupe du monde lui a rapporté un million de dollars, estime qu’il s’agit de la grande épreuve internationale. Elle entend rabaisser les championnats du monde, qu’elle prétend être inférieurs à la Coupe. Or rien n’est moins vrai. Pour elle, et elle ne vous le dira pas, une Coupe du monde bancale et n’attirant pas même vingt pour cent des meilleurs nageurs lui convient parfaitement : c’est dans ce cas-là qu’elle a réussi ses jackpots, car moins elle y trouve d’opposition, plus elle ratisse large. J’appellerai cela une Coupe rêglée aux dimensions d’Hosszu…

Alors ? Katinka HOSSZU ne veut pas réformer la WorldCup. Elle veut seulement les plus gros bonus possibles, de façon à engraisser ses comptes en banque…

…Certes, l’argent, c’est le propos des professionnels.

 SOUS COUVERT DES PRINCIPES, HOSSZU NE DÉFEND-ELLE PAS  LÀ QUE SES INTÉRÊTS PERSONNELS ?

HOSSZU soulève à côté de cela, cet article de règlement étrange qui prévoit de qualifier d’emblée en finale le vainqueur de l’édition précédente, et celui qui amène à ne disputer qu’une partie du programme à chaque étape.

Ces fantaisies paraissent particulièrement insatisfaisantes. Elles le sont d’autant plus qu’elles sortent de nulle part, « out of the blue ». La première est carrément idiote et rétrograde. (1) La seconde répond au caractère pléthorique du programme FINA.

Mais une fois de plus le sentiment domine que Katinka défend ses intérêts personnels. Empêcher un nageur de se présenter dans plus de quatre courses en Coupe du monde dérange une dame qui a décidé de tout avaler, par ici la bonne soupe, et qui peut le faire grâce à une organisation très rigoureuse. HOSSZU, en Coupe du monde, se déplace et nage dans les meilleures conditions.

Or elle est bien la seule que cette limitation dérange aujourd’hui, car les autres ont déjà du mal, en deux jours, à enquiller quatre séries et quatre finales! Elle non. Son comportement est tellement atypique et hors normes qu’un entraîneur aussi dur et exigeant que Frédéric VERGNOUX m’a affirmé qu’il ne comprenait pas comment elle faisait.

Autant dire que dans cette critique, elle risque d’être seule. Michael PHELPS aurait pu faire écho à ses gémissements, mais il ne nage plus et n’a jamais disputé la WorldCup.

HOSSZU a été tellement avantagée par la formule qu’elle ne s’est pas rendu compte que la compétition avait, en partie de sa faute, du plomb dans l’aile.

La FINA, depuis quarante ans, a créé dans un mouvement qui s’est accéléré ces derniers temps, sans retenue encore et toujours plus d’épreuves, des 50 mètres de spécialités, des pelletées de relais comme ceux mixtes, des 800 mètres chez les hommes, des 1500 chez les femmes, des 100 mètres quatre nages, au point que les organisateurs d’étapes renâclaient en face de cette imbécile folie créatrice née du désir de « dépasser l’athlétisme » en médailles olympiques: on est parvenu à un point où ces courses s’enquillent, se bousculent et s’embouteillent, les unes derrière les autres, dans un programme délirant. Ce que la FINA a fait des meetings, en les estampillant FINA, c’est de les rendre obèses, pléthoriques, apoplectiques, ingouvernables. La natation devient de moins en moins lisible.

Utilisant semble-t-il des méthodes d’entraînement proches de l’Ultra Short Race Pace Training (USRPT), HOSSZU est parvenue à tout nager (sauf les courses masculines bien sûr) et à faire sauter la banque. Avec le temps, cette façon de truster, d’abord saluée par des étonnements admiratifs, a fini par agacer…

UN CHALUTAGE SYSTÉMATIQUE DU PROGRAMME

La réponse de la FINA à cette gloutonnerie gargant(hossz)uesque a été de limiter à quatre courses ce qu’un nageur a le droit de disputer. Cette décision a été vue, à juste titre, comme une décision anti-HOSSZU. Elle a été prise en catimini, comme d’habitude, sans consultation sérieuse… Mais elle correspond à un constat : le jeu d’HOSSZU, on l’a dit, après deux ou trois ans à susciter surprise et admiration, a fini par lasser. Mais surtout, les dirigeants de la FINA se sont aperçus qu’ils ne connaissaient pas aussi bien leur sport qu’ils le devraient…

Dans cette confusion d’épreuves qui fait leur orgueil, il arrive qu’un nageur supérieur pourrait tout gagner s’il le voulait. HOSSZU l’a montré. Dans le passé, Tracy CAULKINS, que je tiens pour la plus grande « quatre nageuse » de l’histoire, l’a démontré – vers 1980 dans un championnat des Etats-Unis de valeur d’ailleurs supérieure à celle d’un meeting FINA, battant les records US sur 100 et 500 yards, 100 yards dos, et gagnant des courses en brasse, en papillon plus bien entendu les épreuves de quatre nages. CAULKINS, à cette époque, aurait pu gagner toutes les courses du championnat des Etats-Unis si le programme avait été assez dilué, et en faire de même aux mondiaux si les nageuses de l’Est n’avaient pas été dopées jusqu’à l’os !

On a vu de même, en 2011, à des Jeux panarabes, Oussama MELLOULI gagner 15 médailles d’or et une d’argent. Le même MELLOULI a opéré des ravages en … coupe du monde 2008, enlevant 27 courses, terminant 6 fois 2e et deux fois 3e. Et je ne parle pas des razzias « sommitales » de Mark SPITZ et de Michaël PHELPS aux championnats des USA et aux Jeux olympiques, dans des conditions autrement difficiles que celles que rencontre HOSSZU… Katinka, elle, aux Jeux olympiques, a gagné 100 dos, 200 et 400 quatre nages et fini 2e du 200 dos, ce qui me parait plus fort que ces numéros de WorldCup… Or, ce ne sont « que » quatre courses.

En France, Lara GRANGEON, quoiqu’assez éloignée de ce niveau, s’est à plus d’une reprise amusée à monopoliser aux championnats de plusieurs îles du Pacifique. En 2011, elle a enlevé ainsi 17 médailles d’or, 3 d’argent et une de bronze aux championnats de Nouvelle-Calédonie, du 50 libre au 5 kilomètres en mer!

Ces nageurs démontrent combien le programme de la FINA, soi-disant étoffé pour « universaliser » la natation, est une pure inconséquence !

Mais Katinka ne vous le dira pas, puisque cette inconséquence la nourrit. Mariée avec son entraîneur, très aidée par ses sponsors sinon sa fédération, Katinka HOSSZU peut se déplacer dans le monde entier en restant en famille. Elle s’est parfaitement adaptée à la Coupe du monde et s’y trouve chez elle : et de remplir le tiroir-caisse.

MAIS OU SE TROUVE LE LAMAR HUNT DE LA NATATION ?

On a vu que l’an passé, Katinka HOSSZU, ayant réglé quelques comptes avec sa fédération, avait réussi à se payer successivement la peau de l’entraîneur national, puis du président…

Ce qui a si bien marché à l’intérieur du pays pourra-t-il être reproduit à l’international ? Ce n’est pas sûr. En soi, je ne crois pas que les dirigeants de la FINA aient tellement d’amis parmi les nageurs et les entraîneurs, en-dehors des dopés dont elle sauve la mise. Mais les nageurs sont en général jeunes, peu politisés, hyperconcentrés sur leurs perfs, et comme professionnels, n’ont pas forcément, tous, les mêmes intérêts. D’ailleurs, la FINA, sorte de club autocrate, se situe hors de portée de toute révolte démocratique.

La fameuse révolte de l’ATP à Wimbledon, il y a plus de quarante ans, dont HOSSZU assène l’exemple aux nageurs, ne risque pas de se reproduire en natation; elle n’avait rien de spontané, était orchestrée en sous-main, au-delà de l’ATP que dirigeait Cliff DRYSDALE, par un milliardaire, Lamar HUNT, occupé à monter un circuit tennistique pro et dissident, et qui mettait beaucoup de moyens dans l’opération. Les joueurs qui ne s’étaient pas présentés à Wimbledon se produisaient dans le juteux circuit de Lamar HUNT, et la Fédération internationale de tennis, dirigée par le Français Philippe CHATRIER, avait senti le vent du boulet: le projet de HUNT pouvait vider le tennis mondial de sa substance. Je ne vois pas le Lamar HUNT de la natation, encore moins la possibilité d’en voir débarquer un.

Si la Coupe du monde était viable, un circuit parallèle aurait déjà été tenté, ou envisagé. Il ne l’est pas. La natation, aux petits soins pour ses dirigeants, ne peut pas faire vivre ses nageurs. Et tant que la FINA aura le contrôle de l’éligibilité olympique, elle ne risquera rien, parce que l’image du sport se situe aux Jeux olympiques. Hors les Jeux, point de salut pour les nageurs…

Katinka HOSSZU risque d’être bien seule dans sa défense de la liberté de nager autant de courses qu’on le désire. Entre une majorité qui s’en fiche et ceux, nombreux, que sa boulimie énerve, elle va pouvoir compter ses alliés. Je ne sais quel dirigeant français expliquait qu’organiser la Coupe du monde en France ne servait à rien, puisque tout l’argent s’en allait chez Katinka HOSSZU ! Mettre 250.000 dollars sur un meeting et voir une nageuse partir avec la caisse à la fin du week-end n’est pas un rêve de dirigeant ou de nageur…

Il faudra quand même que quelqu’un le lui explique!

La limitation du nombre d’épreuves nagées pour un nageur est d’ailleurs la règle dans un certain nombre de compétitions interéquipes (Interclubs, NCAA), afin d’empêcher qu’une équipe, forte d’un très petit nombre de nageurs, ne gagne les championnats… Donc c’est une règle qui existe. En revanche, admettre en finale directe un vainqueur de la compétition précédente a quelque chose d’absurde et d’antisportif.

Alors ? Il est un peu dommage qu’’HOSSZU ait engagé le fer d’une façon qui me parait assez maladroite, et peut-être regrettable qu’elle n’ait pas cherché à contacter ses camarades nageurs ou à informer les membres de la commission des nageurs de la FINA (présidée par Jihong ZHOU, 17 membres, dont Alexandre POPOV, Vladimir SALNIKOV, Penny HEYNS, Camelia POTEC, Martina MORAVCOVA, Thiago PEREIRA et une Française, Virginie DEDIEU…)

Doit-on condamner pour autant sa révolte ? Certes pas. HOSSZU pourrait être une voix qui compte dans une critique fondée de la FINA; son énergie, sa volonté, son courage dans l’adversité, sont choses précieuses. Il lui faudra quand même apprendre à tenir compte du collectif.

 

(1) Aux débuts de Wimbledon, le vainqueur de l’année précédente était exempté de tournoi. Il rencontrait le vainqueur de celui-ci. Cette règle fut assez vite abandonnée.

 

KATINKA HOSSZU: NAGEURS, RÉVOLTEZ-VOUS

KATINKA HOSSZU DÉNONCE LE « CHAOS » DE LA FINA ET INCITE LES NAGEURS PROFESSIONNELS À LA RÉVOLTE

Éric LAHMY

Jeudi 22 Juin 2017

LA CHAMPIONNE HONGROISE KATINKA HOSSZU A PUBLIÉ CE 21 JUIN UNE LETTRE OUVERTE (EN ANGLAIS) À TOUS LES NAGEURS. CETTE MISSIVE REMET EN CAUSE LA GOUVERNANCE DE LA NATATION MONDIALE, ET PROPOSE D’ASSOCIER DÉSORMAIS LES NAGEURS PROFESSIONNELS AUX DÉCISIONS QUI SONT PRISES JUSQU’ICI PAR UNE AUTORITÉ REFERMÉE SUR ELLE-MÊME. BEAUCOUP DE RÉFLEXIONS NOUS SONT VENUES SUR CETTE LETTRE, SON AUTEUR, PEUT-ÊTRE LA MIEUX PLACÉE AUJOURD’HUI POUR LANCER UNE TELLE ACTION, ET LES CIRCONSTANCE DE CETTE PUBLICATION, MAIS IL M’A SEMBLÉ PLUS INTÉRESSANT – EN RAISON DE SON IMPORTANCE – DE LA PUBLIER TELLE QUELLE, DANS LA TRADUCTION FRANÇAISE QUE J’EN AI FAITE, ET DANS SA RÉDACTION ORIGINALE EN ANGLAIS, AFIN DE DE VOIR QUELLES RÉACTIONS ELLE POURRAIT SUSCITER…

 

Lettre à la Natation

Par KATINKA HOSSZU

Budapest, 21 Juin 2017

 

Chers confrères nageurs

Vous pourrez lire ces mots au milieu de la nuit ou juste avant l’aube. Je ne suis pas sûr quand vous en trouverez le temps, mais ce que je sais assurément et que de tous les athlètes d’élite du globe, les nageurs se lèvent le plus tôt et se couchent le plus tard. Cela n’est pas exactement par choix. La plupart d’entre nous avons à vivre deux vies. Tandis que nous luttons pour obtenir la grandeur dans la piscine, nous devons également nous débrouiller dans nos vies hors des bassins. Quand la Dame de Fer prépare les championnats du monde de Budapest, Katinka se prépare pour la vie d’après la natation. Quand le monde nous tient, nous les nageurs, pour les professionnels les plus durs et déterminés, nos dirigeants semblent penser que notre sport est amateur, et c’est exactement de cette façon qu’ils nous traitent.

Si la natation n’est toujours pas un sport professionnel, alors cela est le reflet du travail que la FINA a fait ces dernières décennies, non pas le reflet d’un des sports fondamentaux du développement athlétique de l’enfant. Il existe une raison pour laquelle bien des enfants ne vont pas à la natation compétitive ; elle est extrêmement exigeante. Si vous voulez devenir un nageur en 2017, vous devez avoir une certitude. Si vous ne vous situez pas dans le « top 5 »’ mondial, vous investirez plus que vous gagnerez. Cela vous semble-t-il intéressant ? Pas vraiment. Peut-on rendre la chose plus attractive ? Je suis certaine que nous le pouvons, aussi longtemps que la FINA nous aidera, au lieu de refouler les meilleurs athlètes en arrière.

« NOS DIRIGEANTS NE NOUS ECOUTENT PAS »

D’abord, ils devraient tendre la main et nous écouter, nous, les nageurs. Ils devraient nous écouter et ne pas décider des changements majeurs des règles sans notre apport dans le sujet. S’ils nous avaient demandé notre opinion, nous aurions pu leur dire que la Coupe du Monde a un énorme potentiel, mais que les nouveaux changements de règles sont destructeurs et hypocrites.

Tout le monde pense que les nouveaux règlements de la Coupe du monde ont été faits contre Katinka Hosszu. C’est partiellement vrai, parce qu’ils m’ont définitivement baisée, imaginez, je suis comme un de ces étudiants qui ont des 10 dans toutes les matières et qui en plus ont pris le dessin et de chant en activité extracurriculaires. Aussi, l’année suivante, on me dit que je ne peux plus effectuer d’activités extracurriculaires parce que mes succès dérangent le reste des étudiants. La vérité est que seul le prof est ennuyé.

Je pourrais me voir comme une victime, mais d’un autre côté, je reçois des avantages de la FINA que je n’ai jamais requis. Je ne veux pas avancer automatiquement en finales des compétitions de la FINA sur la base de mes résultats précédents en compétitions internationales. Je veux lutter pour les places de finale avec les nouveaux talents, les Iwasakis et les Egerszegis, et s’ils sont meilleurs que moi à l’âge de 14 ans, laissons-les montrer leur talent. Avec les nouveaux changements en Coupe du monde, ils vont partir avec un désavantage – ils devront également attendre que les nageurs du sommet deviennent vieux avant d’avoir droit à leur tour à l’avancement automatique en finales. C’est tout simplement injuste.

LES NOUVELLES REGLES DE LA COUPE DU MONDE SONT INJUSTES

Selon les nouvelles règles de la compétition, chaque épreuve ne sera pas nagée à chaque étape. Ainsi par exemple, le meilleur nageur allemand pourrait ne pas nager dans son pays parce que sa ou ses courses privilégiées ne seront disputées qu’à Moscou ou Eindhoven, mais pas à Berlin. Pourquoi la FINA érige-t-elle des règles qui sont nocives pour les nageurs, les organisateurs de la compétition, la Coupe du monde elle-même et la natation dans son ensemble ? Ces règles menacent l’avenir même du sport, aussi je ne puis les appuyer par mon silence.

Comment un sport peut-il étiqueter « innovations » de nouvelles règles destructives, limitatives de la participation des athlètes du sommet ? La NBA limiterait-elle une de ses plus grandes étoiles, Le Bron James, dans sa huitième participation à la grande finale l’année prochaine ? L’ATP va-t-elle rappeler à Nadal et Federer que leur temps est terminé ? En tant que visage actuel de la natation, je devrais être concentrée sur la préservation et l’extension de ma carrière en ne disputant pas un trop grand nombre de compétitions et de veiller à ce qu’on n’abuse pas de mon image, et me voici maintenant en train de lutter pour pouvoir me présenter à toutes les épreuves qu’il me plait et à continuer à populariser mon sport.

S’il vous plait, ne croyez pas que les dirigeants de la FINA ne savent pas tout ça. Ils désespèrent de conserver vivante l’importance et la prospérité des championnats du monde – un événement dont les revenus et profits ne sont pas partagés avec les athlètes – en détruisant la Coupe du monde, une compétition qui pourrait représenter à l’avenir une opportunité plus lucrative financièrement pour plusieurs nageurs ; la FINA, clairement, voit qu’elle pourrait desserrer son pouvoir total sur la natation mondiale si même seulement les images de quelques individualités pourraient dépasser celle de la FINA. Mon sujet ne concerne pas Katinka Hosszu, mais les nageurs ayant déjà réalisé qu’ils disposaient d’un pouvoir suffisant pour influencer l’avenir du sport.   

LES DIRIGEANTS DE LA FINA NE VEULENT PAS TRAITER LES NAGEURS COMME DES PARTENAIRES EGAUX DE NEGOCIATIONS

Je crois fort que la natation peut être un sport pro, mais pour cela, nous devons briser la vieille mentalité qui a dominé depuis de longues décennies, basée sur l’idéal tous sont égaux, mais parmi les égaux se trouvent de plus égaux que les autres. Les dirigeants de la FINA ont déjà décidé : ils ne veulent pas traiter les nageurs comme des partenaires égaux de négociation, et en sens contraire ils ont créé des règles destructives, qui limitent de façon spécifique nos opportunités. Au lieu de représenter le sport et les intérêts des nageurs, ils se concentrent exclusivement sur l’avancement de leurs propres intérêts professionnels et opèrent comme si l’on était en 1989 plutôt qu’en 2017.  

6,9 milliards. Selon la FINA, c’est le nombre de fois que les gens allumèrent leurs postes de télé pour suivre les championnats du monde de Kazan, en Russie. Ces mêmes personnes, qui se vantent au sujet de ces chiffres de retransmissions, prennent bien soin de nous dire qu’il n’y a guère d’argent dans la natation, en faisant un sport amateur. Si ce qu’ils nous disent est vrai, alors nous devrions voir combien de revenus sont générés par les droits télé. Si tous les nageurs se voient interdire le port des casques (à écouteurs) de leurs sponsors, depuis qu’un article d’un contrat signé par la FINA a spécifié une telle interdiction, pourquoi alors les nageurs ne sauraient-ils pas ce que la FINA retire de ce partenariat ? Pourquoi les nageurs ne pourraient-ils bénéficier de l’événement le plus achevé de leur propre sport ? Ceci sans même mentionner les logos sur les appareils !

LA FINA EST DANS UN CHAOS, ET PRATIQUE ZERO TRANSPARENCE

Il n’est pas exagéré de dire que la FINA est dans un chaos. Il y a un manque de transparence dans ses finances, le changement constant de ses règlements, et ses chefs sans vision. Au départ, cela peut sembler un peu effrayant, mais il est temps pour nous, les nageurs, de faire quelque chose au sujet de l’avenir de notre sport. Nous n’aurions pas même besoin d’être des pionniers. Il y a eu avant nous tant d’exemples exaltants dans d’autres sports.

Les règles de la NBA prévoient que la ligue doit rétrocéder plus de la moitié des Revenus Reliés au Basket aux joueurs ; exactement 51% des sommes vont aux athlètes, comme salaires, ni plus ni moins. De ce fait, autant la ligue que les athlètes ont les mêmes motifs. Ce système est transparent et juste. Savez-vous pourquoi la Ligue s’est-elle construite ainsi ? Non parce que les dirigeants de la NBA sont tellement généreux et ont offert ces pourcentages aux joueurs ? Non, c’est parce que les joueurs ont reconnu la puissance d’être unis et la NBA réalisa qu’elle n’était rien sans les athlètes.

En 1973, Nikola Pilic, le meilleur joueur yougoslave de tennis du temps fut banni de sa fédération pour avoir participé à une compétition professionnelle au Canada au lieu de jouer gratuitement dans son équipe nationale. Quand le tournoi de Wimbledon récusa sa participation sur les bases de sa sanction, Pilic fut furieux ! Le tennis se développait alors, et hommes d’affaires, agents, et télévision attendaient de recevoir leur part du gros argent que les joueurs pouvaient faire avec leurs performances. Ceux-ci savaient qu’ils devaient se préparer pour ce changement, et un an plus tôt ils établirent leur ATP (Association des Pro du Tennis). Pilic évoqua son interdiction au président de l’Association, lequel convainquit 50% des joueurs de signer une pétition selon laquelle, si Pilic ne jouait pas, ils ne joueraient pas. La Fédération internationale, les médias et le public raillèrent cette faible tentative des joueurs et parièrent sur un changement de position à la veille du tournoi, mais à la fin des engagements, seuls un britannique et quatre joueurs de l’Est étaient engagés, les 81 meilleurs joueurs du monde restant solidaires. Ce fut le plus minable Wimbledon de l’histoire, le public assistant à des matches de joueurs de troisième rang.

ON A RAISON DE SE REVOLTER

La Fédération Internationale fut forcée de réaliser que le pouvoir se situait dans les mains des joueurs, elle leva aussitôt la punition contre Pilic, donna aux athlètes la liberté de choisir où et quand ils voulaient jouer et avoir leur mot dans les changements de règlement. Dès lors dans les dix années qui suivirent, le tennis est devenu un des sports les plus profitables, pour les organisateurs, les joueurs et toutes les personnes impliquées. Nous devons apprendre du boycott de Wimbledon, parce que sans lui, il n’y aurait pas eu ces grands, les Agassi, Federer ou Djokovic. Leur message a la clarté du cristal : nous devons nous lever, et ne pas les laisser décider sans nous, quand et où nous pouvons nager et pour combien d’argent. Si les règles qu’ils ont créées sans demander notre avis sont nuisibles, illogiques et vaines, nous devons nous lever pour ce que nous croyons, parce que telle est notre responsabilité.

J’ai 28 ans, j’ai gagné 21 médailles aux Jeux olympiques, aux championnats du monde et d’Europe, et je suis sûr de me trouver dans la seconde moitié de ma carrière. Je pourrais mettre ma tête dans le sable, disputer encore quelques compétitions et vivre confortablement le reste de ma vie. Croyez-moi, je n’écris pas ceci pour moi mais pour les jeunes nageurs et les générations qui viennent ensuite.

N’est-il pas merveilleux de voir des enfants de huit ans courir vers nous et, admiratifs, nous demander des autographes ? N’est-il pas merveilleux que des adultes nous voient comme des modèles de rôles ? N’êtes-vous pas fier quand vous entendez un grand-père dire à son fils qu’on devrait être leur héros ? Pour eux et des millions de gens, nous sommes le sport de la natation. C’est pourquoi la façon de changer notre sport est notre responsabilité. L’opportunité a toujours été devant nous. Mais c’est à nous de prendre cette chance, et comme toute performance, nous devons commencer cela ensemble ; mais plutôt que de concourir les uns contre les autres, cette fois, nous devons combattre ensemble, comme une seule personne.

Katinka Hosszú

 

TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS

Letter to Swimming

Budapest, 06.21.2017

 

Dear Fellow Swimmers,

 

You might be reading these words in the middle of the night or just before dawn. I am not sure when you find the time, but what I do know for sure is that from all of the elite athletes in the world, swimmers get up the earliest and go to bed the latest. This isn’t exactly by choice. Most of us have to live two lives. While we strive for greatness in the pool, we must also manage our lives outside the pool. While the Iron Lady is preparing for Worlds in Budapest, Katinka prepares for her life after swimming. Although the World sees us, swimmers, as one of the most hard working and determined professionals, our leaders seem to think our sport is amateur, therefore we are amateurs, and that is exactly the way they treat us. 

If swimming is still not a professional sport, then that is a reflection of the work FINA has been doing for the past few decades, not a reflection on the sport that is one of the fundamentals of childhood athletic development. There is a reason why many children do not stick to competitive swimming; it is extremely challenging. If you want to be a swimmer in 2017, you can know one thing is for sure, if you are not in the top 5 in the World, you will invest more than you will make. Does it sound attractive? Not really. Could we make it more appealing? I am certain that we can, so long as FINA helps us, instead of holding the best athletes back. 

First of all, they should reach out and listen to us, the swimmers. They should hear us out and not decide upon major rule changes without our input on the topic. If they would have asked for our opinion, we could have told them that the World Cup has huge potential, but the planned new rule changes are destructive and hypocritical.

Everyone thinks that the new World Cup rule changes are against Katinka Hosszu. That can be partially true, because they definitely screwed me over. Imagine, I’m like one of those students that got straight A’s in every class, plus took-on drawing and chorus as extra curricular activities. Then, the next year I’m told I cannot do extra curricular activities because my success was bothering the rest of the students. The real truth, however, was that it was only the teacher who was bothered.

I could view myself as a victim, but, on the other hand, I get advantages from FINA that I never requested. I don’t want to automatically advance to the finals of the World Cup competitions based on my previous results at international competitions. I want to race for the final spots with young talents, like Iwasakis or Egerszegis, and if they are better than me at the age of 14, let them show their talent. With the new World Cup rule changes they have to start from a disadvantage—they have to wait until the sport’s top athletes get old or finish their careers before they can have the advantage of automatic advancement to finals. This is just not fair. 

According to the new rules of the competition, every event won’t be offered at every stop. Now, for example, a top German swimmer might not compete in his own country because his main event (or events) will only be offered in Moscow or Eindhoven, but not Berlin. Why does FINA make rules that are harmful for the athletes, the organizers of the competition, the World Cup itself and swimming as a whole? These rules are risking the future of our sport, which I am not willing to support with my silence. 

How can a sport label rules “innovative” when they are actually destructive, limiting the participation of the sport’s top athletes? Will the NBA limit one of its biggest stars, LeBron James, in his eighth participation in the big final next year? Will the ATP try to remind Nadal and Federer that their time is over? As one of the current faces of swimming, I should be focused on preserving and extending my career by not taking on too many events and not having my image being overused. Instead, here I am fighting to be allowed to swim as much as I want and to continue to popularize my sport. 

Please don’t think that the leaders of FINA don’t know all of this. They are desperate to keep the importance of the World Championships alive and thriving – an event in which the revenues and profits do not get shared with the athletes – by destroying the World Cup, an event that could be in the future a more lucrative opportunity financially for many swimmers. FINA clearly sees that they could loose their complete power over the sport if even a few of the athlete’s images were to grow bigger than FINA’s. My story is not about Katinka Hosszu but about all the professional swimmers who have already realized they have enough power to influence the sport’s future.

I strongly believe that swimming can be a real professional sport, but for that we need to break the sport’s previous decades long mentality, which is based on the idea: everyone is equal, but among equals there should be more equals. FINA’s leaders have already decided: they do not want to treat the swimmers as equal negotiating partners, and instead they created destructive rules, which are specifically limiting our opportunities. Instead of representing the sport and the swimmers’ interests, they focus exclusively to please their own business interests while they operate as if it were 1989 rather than 2017. 

6,8 billion. According to FINA this is how many times people switched to the TV broadcasts of the 2015 World Championships in Kazan, Russia. These same people, who are bragging about these amazing broadcasting numbers, dare to tell us that there is no money in swimming, making it an amateur sport. If this is in fact true, why can’t we see how much revenue was generated from the broadcasting rights? If all swimmers are blocked from wearing headphones from one of their own personal sponsors, since one of FINA’s sponsorship contracts specifically blocks this, then why can’t the swimmers see exactly how FINA is benefitting from this partnership? Why can’t the swimmers benefit from the sport’s most popular international events? This is not even mentioning logos on apparel. 

It’s not an exaggeration to say that FINA is in chaos. There is the lack of transparency in the financials, the constantly changing rules, and leaders with no vision. At first it may seem a bit scary, but this is the time for us, the swimmers, to do something about the future of our sport. We wouldn’t need to be pioneers; there are so many inspiring examples from other sports before us.

Based on regulations in the NBA, the league has to give more than half of the yearly Basketball Related Income to the athletes; exactly 51% goes to the athletes as salary, not more, not less. Therefore both the league and the athletes have the same motives. This system is transparent and fair. Do you know why the league is set up this way? Not because the leadership of NBA was so generous and offered a percentage of the Basketball Related Income as a gift. It’s because the players recognized the power of being united and the NBA had to realize that without the players the league would be worth nothing. 

In 1973, Nikola Pilic, the best Yugoslavian tennis player of his time, was banned by his federation because instead of playing for the national team for free, he participated in a Canadian prize money competition. When the organizers of Wimbledon told Pilic that because of his sanction he couldn’t compete, he was furious. 

Tennis was on its rise at this time: businessmen, agents, and broadcasters were all waiting to come in for their cut of the big money that the players could make with their performances. The athletes knew that they had to be prepared for this change, so a year earlier they established ATP (Association of Tennis Professionals). Pilic told the president of the players association about his ban, who then convinced almost all of the 50 top tennis players to sign a petition which said, If he won’t play, we won’t either. 

The international federation, the media and the public laughed at the athletes for their weak attempt unify and everyone was sure that when the biggest tournament was about to start the athletes will change their mind. On the day of the draw, out of all the biggest stars, there was only one English and four East-European players set to compete. (The English player was there for patriotic reasons and the other four players because of their communist country’s pressure.) The other 81 players left united. And what was the result? The most awkward sporting event of all time, where the 300,000 fans could watch amateur third class players compete. It became clear, even the biggest, most prestigious event is worthless without the best athletes. 

The international federation was forced to realize, the power was in the player’s hands: they immediately cleared Pilic’s ban, gave the athletes the freedom to choose where and when they want to play and to let the athletes have a say on the most important decisions and rule changes of the sport’s future. 

From that point on there was no stopping: in the next 10 years the prize money increased tenfold and tennis has become one of the most profitable sports of all time, and not just for the organizers or the players, but for everyone involved.

We must learn from the boycott of Wimbledon, because without them there wouldn’t be greats like Agassi, Federer, or Djokovic. Their message is crystal clear: we have to stand up for ourselves, we don’t have to let them decide without us, when and where we compete and for how much money. If the rules – which they create without asking for our opinion – are harmful, illogical and pointless, we have to stand up for what we believe in because that’s our responsibility!

I’m 28 years old. I’ve won 21 gold medals in the Olympics, World and European championships, and I’m sure I am already in the back half of my career. I could put my head in the sand, compete a little longer and then live comfortably for the rest of my life. Believe me, I am not writing these words for myself, but for the younger swimmers and those generations who come after them. 

Isn’t it amazing when 8-year-old kids are running up to us with awe and asking for autographs? Isn’t it amazing when successful adults look at us as their role models? Aren’t you proud when you hear a grandpa tell his grandchild that we should be their heroes? For them and millions of people, we are the sport of swimming. This is why it is our responsibility how we change the future of swimming. 

The opportunity has always been right in front of us. But it is up to us to take the chance. Just like in any performance, we all have to start this together, but instead of us competing against each other, this time we have to fight together as one.

 Katinka Hosszú

DÉFENSE ET ILLUSTRATION DE LA LICENCE INDIVIDUELLE

Éric LAHMY

Mercredi 7 Juin 2017

Le changement de gouvernance à la Fédération française de natation a éveillé l’attention d’un ancien technicien français – aujourd’hui à la retraite mais toujours en alerte – DTN adjoint en son temps, Jean-Pierre Le Bihan. Installé désormais quelque part sur la route des Pargues, à Avirey-Lingey, dans l’Aube, Jean-Pierre, pendant presque toute sa carrière, a été affilié à la Fédération à titre individuel – ce qui signifie qu’il n’était pas attaché à un club. C’était une originalité, puisqu’on n’en comptait guère plus qu’un sur mille, lorsque la licence individuelle fut supprimée en 2006, par un vote de l’Assemblée générale de la Fédération.

Je ne crois pas exagérer en disant que Le Bihan ne s’en est jamais remis. Je ne garantis pas qu’il en rêve la nuit, mais disons, pour utiliser une métaphore brutale, que la plaie ne s’est jamais refermée. Mercredi, alors qu’en compagnie de Patrice Prokop et d’autres amis, il s’en allait visiter deux cathédrales de Troyes (Saint-Pierre et Saint-Paul et la piscine Lucien-Zins), oasis d’eau bénite puis oasis d’eau chlorée) il m’a rassuré sur un point. Il avait écrit à ce sujet à Gilles Sezionale (à qui il a rappelé malicieusement qu’il avait voté la suppression de la licence individuelle).

UNE GARANTIE DE NEUTRALITÉ POUR LES TECHNICIENS

Pour Jean-Pierre, cet abandon d’une possibilité pour un quidam d’être directement associé à sa Fédération sans passer par un club était et reste antidémocratique. Ayant saisi en vain Jean François Lamour, alors ministre de la jeunesse et des sports, puis la haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité des citoyens (aujourd’hui dissoute), et encore deux autres ministres des sports, Roselyne Bachelot, puis Bernard Laporte, il avait porté sa cause par une lettre du 30 avril 2009 devant un sénateur, David Assouline. Lettre qui disait notamment :

«  Cette possibilité, inscrite dans les statuts de la FFN depuis 1921, date de sa création, écrivait-il, permettait à des citoyens d’y être licenciés sans appartenir à un club et d’y être élus aux diverses instances dirigeantes. Ainsi, sur les 125 licenciés individuels, on comptait cinq présidents de comités régionaux. L’actualité me rappelle d’ailleurs que Mr René Monory, ancien président du Sénat a été membre du Comité directeur de la FFN étant licencié individuel. Il en a été aussi exclu pour trois absences consécutives non excusées !! » Ce détail pour vous démontrer la connaissance par Le Bihan de son sujet.

Dans sa lettre à David Assouline, il avait insisté sur un a côté peu visible de la licence individuelle, qui est de favoriser la démocratie. 

« En effet, dans quelques semaines, écrivait-il, un nouveau président sera élu au Comité National (Olympique) et Sportif Français par des représentants élus des fédérations sportives et non-sportives, un représentant des athlètes, les membres français du C.I.O., etc. Ces représentants sont eux-mêmes élus par des représentants régionaux, eux-mêmes élus (ou non) par des assemblées générales des clubs de la région. Les 12,5 millions de licenciés de base ne savent pas quels sont les candidats (Jean-Louis Boujon, Guy Drut, Denis Masseglia, Jean-Luc Rougé). Ils ne connaissent pas plus leurs programmes. Cela n’empêchera pas le futur président du C.N.O.S.F. de s’affirmer comme le représentant des 12,5 millions de sportifs français. On finira par regretter l’époque des barons et des comtes qui se cooptaient pour former le C.N.O. en 1894, tout en communiquant leur programme ! »

« Toutes les fédérations sportives, précisait alors Le Bihan, n’ont pas les mêmes modes d’élection ; certaines permettent directement aux clubs de voter, d’autres, aux comités départementaux, d’autres, comme la F.F.N. aux seuls représentants des régions (3 par région, soit 81 personnes s’il n’y a pas d’absents, ‘’pesant’’ environ 900 voix). Parmi ces 81 personnes, certaines sont à la fois candidats et électeurs et… il y a 32 sièges à pourvoir. Madame Marie-George Buffet, alors ministre de la jeunesse et des sports, avait osé lancer le principe : « un licencié, une voix». La plupart des présidents de fédérations sportives ont senti le boulet passer très près et ont vite mis en place l’autre principe : « on ne change pas une formule qui nous sourit. »

CINQ PRÉSIDENTS DE RÉGIONS LICENCIÉS INDIVIDUELS

Jean-Pierre Le Bihan pose sa défense de la licence individuelle sur trois idées et un constat. Les idées : « 1, ce sont les individus qui constituent les clubs et non l’inverse ; 2, l’Etat aide les fédérations sportives en personnel technique et pédagogique, et ces cadres interviennent dans la vie des comités régionaux. Leur statut d’agent de l’Etat devrait, au nom du service public, les obliger à rester neutres et indépendants vis-à-vis des différents clubs de leur région, tout en leur permettant d’être licenciés à la fédération qui utilise leurs compétences ; » 3, même chose pour « les juges, les arbitres, les officiels, les médecins et kinés des équipes de France. » Le constat : « à un moment de l’histoire de la fédération, cinq présidents de région sur vingt-sept étaient licenciés à titre individuel, ce qui leur donnait la liberté de régler les conflits internes à leur région, sans être suspectés de parti-pris en faveur d’un club. »

Rappel historique. Le ministre de la jeunesse et des sports ayant exigé que les licenciés individuels soient représentés à l’assemblée générale de la fédération, le secrétaire général de la fédération de l’époque, Jean Chastagner, peu désireux de respecter cette demande, stoppa leur élection, volontairement mal organisée, au prétexte qu’aucun des 14 candidats n’avaient obtenu 25% des voix.

Que va-t-il se passer maintenant ? La réponse provisoire nous parait pouvoir être empruntée à la conclusion par Marcuse de L’Homme Unidimensionnel : « c’est seulement à cause de ceux qui sont sans espoir que l’espoir nous est donné. »

OU EST PASSÉ, ET COMMENT SAUVER, LE PLONGEON FRANÇAIS

Par Daniel CAOUS

 Mercredi 5 Avril 2017

La communauté du plongeon français – l’une des 5 disciplines olympiques de la natation – peut se réjouir particulièrement de l’arrivée du nouveau président de la Fédération française de natation, Gilles Sezionale, ainsi que du renouvellement de l’équipe dirigeante. Avec, dans la composition de ce nouveau comité directeur la présence de Messieurs Serge Brunet et Michel Boussard, tous deux gens de consensus :

– le premier, ayant infatigablement défendu historiquement les intérêts du plongeon en Bretagne (sa région de rattachement) et très sensible à la présence de cette discipline, en ayant particulièrement œuvré en 2007 et 2010 pour le maintien et la rénovation des installations de plongeon, à Rennes (l’une des trois piscines opérationnelles avec plongeoirs de 1 m à 10 m, couverts et clubs de plongeon en activité).

– le second, déjà présent dans les précédents comités directeurs de la FFN au fil des anciennes mandatures, particulièrement dévoué, compétent, excellent technicien ; il est à ce jour un homme de référence dans le plongeon international pour son concept de la discipline.

Toutefois, le président Sezionale et sa nouvelle équipe auront fort à faire pour redynamiser le plongeon français : celui-ci – en dépit de cadres fédéraux dévoués, d’entraîneurs de clubs et de bénévoles passionnés – a été laissé en jachère depuis 25 ans par désintérêt, négligence, absence d’une vision ambitieuse de la part du noyau décisionnaire de l’ancienne Présidence.

Quelques exemples :

– Sait-on que depuis 1990, le nombre de clubs où le plongeon est enseigné est passé d’environ 25 à une dizaine, à peine ?

– Sait-on que peu d’actions de lobbying ont été entreprises « de haut » pour contrecarrer les projets de destructions d’équipements de plongeon opérationnels dans le pays, et qu’il aurait fallu rénover ou reconstruire ? Dans certaines villes où des organisations de compétitions nationales de plongeon se sont soit déroulées par le passé, soit étaient possibles (Pau, Bordeaux, Massy, Montélimar, Condom, Brive, Dreux, Tours, Audincourt, et tout dernièrement Lille et Poitiers), les élus locaux gestionnaires ont fait le choix de supprimer les fosses à plongeon et les plongeoirs.

Ceci a pu se faire en parfaite connaissance de cause de la part de la FFN, sans que des actions de lobbying indispensables n’aient eu lieu pour limiter la casse. Absence d’actions ou d’incitations, cautionnant de fait les reconstructions / reconversions en centres aquatiques insipides avec toboggans ruineux et ambiance lisse, ennuyeuse, non sportive, (comme lu plus bas, sur l’excellent fil « Journal d’un nageur de l’ère post Trump », 19/3/2017), ceci au frais du contribuable.

Mais également absence ou manque d’actions de la FFN vers les élus locaux en vue d’inciter à compléter les projets et réalisations d’équipement nautiques à caractère sportif, où seule la discipline reine a / a eu sa place (Dijon, Chartres, Saint-Raphaël, Montpellier : établissements luxueux aux noms pompeux mais non dotés de plongeoirs ; identiquement pour des projets comme celui de Reims où « ce n’est pas prévu »). Honteux.

À L’INSEP LE PLONGEON S’ARRÊTE À CINQ MÈTRES

Sait-on, a-t-on conscience à ce jour que la reconstruction de la piscine de l’Insep s’est heurtée aux règlementations ubuesques du plan d’occupation des sols et qu’il n’a pas été possible d’y adjoindre une fosse à plongeon avec plates-formes supérieures à 5m ? Ceci dans l’institut national du sport français ?! Dans la capitale du pays France ?! Et que suite à pareil manque, nos athlètes plongeuses et plongeurs sont obligés continuellement à effectuer des navettes incessantes entre l’Insep et la le stade nautique de Montreuil-sous-Bois ? Honteux.

Sans vouloir tirer sur l’ambulance qui vient d’évacuer certaines « élites fédérales » – mot bien galvaudé – usées par l’effort du pouvoir (mais guère par l’effort de leurs actions) : qui peut citer des initiatives incitant les élus des villes à valoriser le plongeon ? Au moins autour d’une table lors des projets connus, encore sur plan, qu’il aurait été possible de modifier, compléter, avant que les budgets afférents de ces constructions ne soient ficelés ?

Et surtout qu’à ce jour en France, désormais seules 3 installations de Plongeon à la fois couvertes avec plates-formes de 10 mètres (Rennes, Schiltigheim, Montreuil-sous-Bois) permettent l’organisation biannuelle des Championnats nationaux de Plongeon ? Ceci en regroupant les Championnats des jeunes par catégories d’âges avec le Championnat de Plongeon « Elite » pour éviter les contraintes d’absence de lieux et de mise à disposition ?

Sait-on que ces 3 installations ne sont même plus aux normes internationales (largeur des plates-formes de haut-vol), interdisant de facto toute compétition internationale dans le pays ? A-t-on conscience que si la France décide un jour d’organiser un Championnat d’Europe ou du Monde de Natation, elle ne le pourra pas : en effet les 4 disciplines de piscine doivent être présentes sur une même ville et le plongeon doit y être représenté avec des installations aux normes exigées par la FINA ?

Tout ceci, en comparant avec nos amis allemands, anglais, italiens, espagnols, nous place hélas bon derniers parmi les pays dits « riches », tant en terme d’infrastructures de plongeon et de clubs où cette discipline est enseignée, pratiquée. La France, candidate aux jeux olympiques de 2024 n’est guère crédible si l’on s’en tient à ces points : elle fait pâle figure ! Et finalement encore plus pâle figure à l’heure où des rumeurs font état d’une fosse à plongeon… démontable  (!!!) pour le futur centre aquatique J.O. Paris 2024, de Saint-Denis.

Alors, à partir du moment où les équipements de plongeon manquent et où ceux qui existaient sont détruits, comment est-il possible d’y installer des clubs de plongeon et des « encadrants » ?

Et pourtant, par la succession des différentes directions techniques du plongeon français très compétentes et efficientes, adossées à des cadres professionnels et bénévoles dévoués et passionnés, le plongeon français peut s’enorgueillir d’avoir eu et d’avoir encore des athlètes, plongeuses et plongeurs, qui obtiennent des performances internationales intéressantes. Mais ces résultats constituent à ce jour un cache misère au regard du constat de la disparition des clubs de plongeon en France. Des bouts de ficelle pour faire fonctionner le peu de clubs de plongeon restants.

Les professionnels et bénévoles du plongeon français – qui depuis des années sacrifient beaucoup de leur temps libre – ont besoin d’être rassurés. La nouvelle mandature de Monsieur Sezionale aura fort à faire en matière d’idées, comme force de propositions, et en termes de lobbying en faveur du plongeon français. La natation, au sens des instances fédérales et quels que soient les pays, est constituée de 5 disciplines dont le plongeon. Il convenait, dans cet article un peu long, de repréciser les choses dans le contexte français.

Daniel CAOUS, Officiel fédéral et Juge national de Plongeon à la FFN, Encadrant BF2 / ENF3 Plongeon, Pratiquant la discipline en niveau « Maîtres 50-59 ans », à Rennes, Dirigeant du CPB Plongeon de Rennes (Président de ce groupe de 2000 à juin 2016), Membre de la Commission nationale de développement du Plongeon 2013-2017,

CONTRE GALAXIE NATATION, LA FÉDÉRATION ATTEINT LE TAUPE NIVEAU

LES PANTINS DE FRANCIS LUYCE APRÈS TROIS ANS À PATAUGER DANS LEUR CHASSE AUX SORCIÈRES FONT MAINTENANT LA PLANCHE.

Éric LAHMY

Vendredi 25 Novembre 2016

Cela fait bientôt trois années, me dit-on, qu’à la fédération française de natation, on s’efforce de connaître une supposée « taupe » qui fournit des informations à Galaxie Natation.

Bien entendu, cela devrait me laisser indifférent. Parce qu’il n’y a pas de « taupe ». Il y a une certaine recherche d’informations qui est faite par ce blog, qui nécessite une foule de contacts. 

Sincèrement, je n’ai pas le sentiment que la politique (un bien grand mot) d’une fédération sportive devrait faire l’objet d’un secret quelconque. Il ne devrait rien y avoir à taire, à cacher dans une institution reconnue d’utilité publique, qui utilise indifféremment des fonds d’Etat et privés, qui vit du prix de ses licences, des commandites de ses sponsors et d’une généreuse enveloppe publique, et qui est censée inciter la jeunesse à pratiquer la vie au grand air et développer l’activité physique.

La natation est le premier des sports, magnifique, indispensable, elle appartient à tout le monde, et pas à une caste.

Depuis 1945, la FFN, installée dans la piscine Georges-Vallerey avenue Gambetta, jouxtait les services de renseignements, boulevard Mortier, le SDECE devenu la DGSE ! Dans ces services, le secret est une règle, on le comprend. Il y va de la sûreté de l’Etat et de la défense du pays. En raison de la proximité de Georges-Vallerey, le siège des services secrets français est baptisé depuis toujours « la piscine. »

En quittant ces lieux, la fédé semble avoir emporté un sens du secret qui me parait plus convenir à la « piscine » du boulevard Mortier qu’à celle de l’avenue Gambetta. On se calme, les mecs !

 Je ne revendique pas ici un droit à l’information, qui serait le seul droit du journaliste – ou du blogueur – de s’approprier et de « balancer » des infos plus ou moins excitantes. Je militerais – si je devais jamais « militer » – pour un devoir d’informer.

Qu’est-ce à dire ? Qu’un journaliste se doit d’informer, c’est sa fonction démocratique. Annoncer toujours, expliquer beaucoup, dénoncer parfois.

Et je trouve répugnant que la tête de la fédération ait décidé de cacher des informations qui sont le plus souvent anodines, et parfois ne le sont pas, mais qui permettraient, si elles étaient diffusées, de savoir comment le sport est gouverné.

LA NOMENKLATURA DE LA F.F.N.

C’est une vraie perversion qui s’est installée dans les têtes de cette fédération.

Je tiens à la disposition les courriels de Louis-Frédéric Doyez, qui, en février 2014, quand je l’encourageais à pratiquer la transparence, défendait quant à lui le principe d’une gouvernance secrète, ne rendant aucun compte. Selon sa conception – erronée, perfide et équivalente à celle de toutes les dictatures et « nomenklaturas » -, c’était la seule méthode qui permettait de travailler.

Pendant que nous débattions, Doyez rédigeait pour le compte de Luyce une lettre au ministère pour dénoncer le travail de mon blog, sur l’air de « ça ne peut plus durer. » Voilà les méthodes de ces gens là !

Le même Doyez était tout ébaubi quand récemment, je révélais qu’il avait envoyé à des personnes judicieusement choisies le double d’une lettre de démission adressée à Francis Luyce, dans laquelle cet honnête homme abhorrait ce qu’il avait adoré.

Comme il sentait le vent tourner, après avoir servi la présidence actuelle en se donnant des airs de Talleyrand ou de Fouché, il signalait ainsi aux prétendants et autres présumés successeurs qu’il collaborerait tout aussi bien avec eux.

De la même façon, à la dernière assemblée générale de la fédération, il s’était empressé d’aller courtiser M. Gilles Sezionale, l’épigone supposé de Luyce, et de déjeuner avec lui. C’est beau d’avoir des convictions !

Comme les esprits malsains ont institué la règle selon laquelle informer des faits et gestes de l’institution est un crime, me voici devenu selon eux la tête agissante d’une petite bande de criminels qui me renseignent. On m’a rapporté sérieusement que dans l’ébullition née de mes billets, un des abrutis appartenant à ce nid de vipères avait fortement affirmé qu’Eric Lahmy, c’était « une balle entre les deux yeux. » Me voici menacé de tomber, enrichi d’un deuxième trou de balle, qui me viendrait entre les sourcils, ce qui est mieux que de n’avoir été qu’un trou de balle toute sa vie.

L’une des innombrables taupes qui m’informent – je devrai sans doute rebaptiser mon site Taupinière Natation – m’avait envoyé récemment le programme de l’équipe nationale, des nageurs qui s’y trouvaient, le pourquoi et le comment de leurs présences, les règles et les exigences techniques qui justifiaient  leurs rétributions, bref tout. C’est un document sans éclat mais impeccable de précisions, de clarté, d’information, d’ouverture d’esprit et donc finalement d’intelligence. Je me suis dit : bravo la fédération.

…La fédération américaine de natation : USA swimming!

 LA LOI DU SILENCE VERSION RUE SCANDICCI

Parce qu’en France, il n’en est pas question. Notre fédération est policière, et digne d’une république bananière. Ce qui est navrant, dans la fin de règne de Francis Luyce, c’est que le goût paranoïaque du secret a atteint des sommets sans précédent. Récemment, j’ai pu donner au départ d’un article, assez anodin, posté le 16 novembre dernier, et intitulé « l’open quitte Vichy pour Chartres, l’arrivée de Vergnoux se précise », un certain nombre de précisions sur le programme de la réunion du surlendemain.

Quelle a été ma surprise d’apprendre le soir du 24 novembre, de M. Gilles Sezionale que j’ai découvert et avec qui il me plait de converser, que ce texte avait lancé le branle-bas de combat de toutes les bourriques fédérales, sur la piste de la légendaire « taupe », et, après avoir enquêté sur les rares personnes qui, selon eux, avaient été informées du contenu de ce programme (dont tout le monde se fout, de vous à moi), ont décrété qu’ils avaient déniché la taupe en question, et qu’il s’agissait d’un technicien de province, M. Marc Planche.

QUATRE RAISONS QUI FONT QUE JE VAIS ME FÂCHER

Il m’est pour le moins désagréable d’entendre dire de telles sornettes pour quatre raisons.

La première, c’est que je déteste qu’un innocent soit soupçonné…

La deuxième, c’est que mes informateurs sont beaucoup plus nombreux que cela, et qu’ils ne m’informent pas pour médire de qui que ce soit, mais parce qu’ils n’imaginent pas, à la différence des grands malades qui, l’un préside, les deux autres dirigent les services fédéraux, une information sans qu’elle circule. L’info, c’est le sang d’une société, elle l’irrigue, fait battre son cœur et fonctionner ses organes.

La troisième, c’est que lorsque Galaxie Natation a commencé à s’inquiéter des dérives de la politique fédérale, je me suis aperçu que je devrais « protéger » deux des trois copains que je m’étais fait parmi les techniciens de la fédé et avec qui j’aimais évoquer depuis tant d’années la vie de notre sport, en ne les contactant plus, pour ne pas les mettre en péril, ce qui m’agaçait. Ces copains s’appellent Patrick Deléaval et Marc Planche. De vous à moi, ils me manquent parfois et ça me démange de les appeler pour parler de tout autre chose que de Luyce et Favre… Le troisième copain n’est plus là, c’était un monsieur, Jacques Meslier, et lui me manquera toujours…

La dernière raison d’agacement de ma part vient du fait que ces gens ne comprennent pas qu’une information ouverte perd son côté délétère. Ne se rendent-ils pas compte que, volée, elle prend une importance, parce que le doute s’installe, et qu’on se dit qu’ « ils » voulaient nous la cacher? Or la voler n’est pas si difficile que ça.

 LE TOP DES TAUPES, C’EST QUAND MÊME FRANCIS LUYCE!

Aujourd’hui, ne voilà-t-il pas que les infos les plus frivoles ne sont plus diffusées dans le secteur technique, et restent contingentées dans le seul groupe des dirigeants?

Qu’ils le sachent. C’est insuffisant. Pour que le secret soit gardé, il faudrait qu’il soit réservé aux trois caciques de Pantin !

Luyce et ses sbires ont, dans leur chasse aux sorcières, soupçonné tout le monde. Et terrorisé, puni ou placardisé pas mal de gens, un coup c’était M. Beurrier, une autre Deléaval, ou M. Wachter, après ça  a été Laurent Viquerat, maintenant c’est Marc Planche !

Mais si je vous disais que la « taupe » numéro un s’appelle Francis Luyce ? En notre époque post McLuhan, le président, qui en est resté à Gutenberg, semble incapable d’ouvrir son ordinateur. Ses messages les plus ésotériques sont traités par son secrétariat, qui les imprime avant de les lui transmettre, et sont inévitablement connus de pas mal de monde.

Les dirigeants, plus modernes, quand ils se rendent rue Scandicci, se rient lorsque telle ou telle secrétaire, en toute innocence, d’ailleurs, leur suggère, avant d’entrer dans son bureau, telle ou telle attitude, en fonction de l’échange supposé confidentiel qu’ils ont eu précédemment par mail avec Luyce XVI !

Je sens que les trois Stooges vont se sentir de plus en plus seuls. Ils devraient savoir que l’eau porte et propage les sons! Qu’ils continuent comme ça. Moins l’info circulera, plus on va s’amuser. 

DOPAGE, COÛT DES CONTRÔLES ET DROITS DE LA PERSONNE

PLUS DE QUESTIONS QUE DE RÉPONSES POUR UN SUJET QUI FÂCHE

Éric LAHMY

Mardi 20 Juin 2016

Dernière débarquée de la planète dopage, avec la tête éberluée qui va avec (« qui, moi, non, vous êtes sûr? Ce n’est pas possible. Je vous jure »), Etiene Medeiros, recordwoman du monde du 50 mètres dos en petit bassin et bombardée « meilleure nageuse brésilienne de tous les temps » (bon, derrière ce n’est pas terrible), qui s’est fait piquer avec un produit. On reviendra dessus, c’est toujours le même scénario dans ces cas là, elle ne sait pas comment c’est venu là, on suggère que ce serait l’opération du Saint Esprit, et comme elle est brésilienne et qu’elle préparait les Jeux à domicile, ça fait du foin.

Voici un an, John Coates, président du CO Australien, avait accusé le Sénat australien de ne pas avoir aidé assez dans la lutte contre le dopage dans le pays. Parlant à la réunion annuelle de l’AOC, à Sydney, il avait estimé que l’ASADA, l’autorité anti-dopage, s’est retrouvée mains liées derrière le dos après que le Sénat ait rejeté un texte d’amendement de cette institution en 2013.

Ce texte tentait de donner les pouvoirs coercitifs, par lesquels les athlètes seraient requis de se rendre aux convocations qui leur seraient faites afin de répondre aux questions, de donner des informations et de produire des documents concernant le dopage, même si cela pouvait mener à s’auto-incriminer. Le refus du Sénat d’entériner de tels textes proposés par le gouvernement n’a pas empêché l’ASADA d’introduire ses propres changements dans sa loi anti-dopage, en mai 2013, et d’inclure les pouvoirs qu’il avait vainement requis du législatif. Bref, la dictature!

« Malheureusement, nous nous trouvons avec une Loi qui permet aux individus de ne pas répondre à des questions ni donner des informations, si l’information ou la question tend à l’incriminer », avait expliqué Coates aux représentants des sports olympiques. « Quand il s’agit sur la plupart des neuf violations aux règles de l’anti-dopage qui ne sont pas basées sur la présence d’un produit interdit dans le (corps) d’un athlète, l’ASADA a pour ainsi dire les mains liées dans le dos. Ce que nos élus à Canberra n’ont pas fait pour nos sportifs, nous l’avons fait pour eux. »

Le Sénat avait cependant adopté en juin 2013 une loi donnant à l’ASADA de grands pouvoirs d’enquêtes sur le dopage. Selon Coates, « il est tout à fait faux, comme je l’ai lu, de dire que le Code WADA ne vise pas les sports d’équipes. Ces commentateurs oublient que les équipes très professionnelles du football, du hockey sur glace, du basket et du volley et autres sports d’équipes, handball, rugby à sept, hockey et water-polo ont toujours été tenus de respecter le code et sont sports olympiques. »

Le contrôle anti-dopage pas toujours sérieux. En natation, on essayait qinsi de contrôler ceux dont on est sûr qu’ils ne se dopaient pas. Des nageurs dont était sûrs de la « propreté » avaient droit à des contrôles à peu près à chaque compétition. Pendant qu’on poursuivait les honnêtes gens, on pouvait dire que le dopage,, en France, n’existait pas ! 

On essayait surtout de ne pas prendre d’athlètes, ça salissait le sport. C’était la politique qui consiste à faire disparaître la poussière sous le tapis… Le ministère, l’institution,  cachaient les noms des positifs. Je le savais bien parce que je côtoyais les haltérophiles, qu’un sur deux, en équipe de France, était aux stéroïdes (ils me le disaient), qu’ils se faisaient prendre de temps en temps et qu’officiellement, il ne se passait rien. Je me souviens, au cours d’une réunion, le docteur Maurice Vrillac, du Ministère des sports, devenu président honoraire de la commission médicale du CNOSF, vint littéralement me narguer : « Lahmy, j’en ai trois ici, dit-il en tapotant sa poche de veste ; et vous ne les aurez pas. » Trois sportifs dopés dont je ne saurais pas les noms.

L’haltérophilie française organisa le dopage, moins par goût que par conviction qu’elle n’y arriverait pas sans. Quand elle importa un des premiers entraîneurs russes, celui-ci réunit l’équipe de France et demanda qui « prenait » des produits. Ils étaient une moitié environ. « Niet Dianabol, niet résultats », dit le coach. Les stéroïdes étaient un passage obligé vers l’excellence ! Une autre fois, j’interrogeais un ancien champion olympique (en 1964) soviétique, ukrainien d’origine allemande, Rudolf Plyukfelder. Il entraînait  Vassiliy Alexeev, David Rigert, et une quantité des plus fameux haltérophiles des années 1970-80. Je lui demandai ce qu’il pensait des anabolisants. Indispensables ! Je lui suggérais qu’ils pouvaient être dangereux. Il me rassura : « mais non, pas du tout. Est-ce que vous mangez de la viande ? C’est comme la viande, c’est bon pour la santé. »

Si l’on trouve toujours autant de dopés en Russie, en Chine et dans plusieurs autres pays, c’est en fonction de cette certitude ancrée du caractère à la fois anodin et indispensable de la potion magique dans la soupe de l’athlète. Chez certains esprits, cette conviction est telle qu’ils n’imaginent pas une autre voie. En bodybuilding, activité totalement pervertie par de telles idées, certains fanatiques, incapables de tolérer une certaine réussite (en l’occurrence un certain développement physique) en dehors de leurs chers produits vont jusqu’à soutenir mordicus que des champions de l’ère pré-stéroïdienne, Steve Reeves ou Reg Park, étaient aux anabolisants alors que les produits n’existaient même pas, et montent pour prouver ces fantasmes les scenarii complotistes proches de celui selon lequel les extraterrestres ont visité Roswell !

L’haltérophilie, les lancers en athlétisme, puis toutes les disciplines ont été touchés, puisqu’il suffit qu’un athlète s’y mette pour affecter (infecter) sa discipline.

Et les autorités françaises ? Il y avait autant d’avis et de politiques que de dirigeants. Au ministère, on savait (puisqu’on prenait des dopés) mais on ne lâchait pas les noms. Comme j’étais, avec le patron de la rédaction Robert Parienté, l’un de ceux sinon celui qui réprouvait le plus le dopages, j’étais assez mal vu. Je me souviens de l’agacement, presque de la colère, de Catherine de Foligny, une responsable du service médical du ministère, avec qui je nourrissais pourtant des relations sympathiques, parce que j’essayais de savoir. Bien entendu, ce n’est pas que le ministère organisait le dopage, on ne peut même pas dire qu’il le couvrait au sens qu’il l’encourageait, loin de là,, mais il ne voulait pas que ça se sache et tentait de préserver l’anonymat de ceux qui étaient pris. Car c’eut été un beau scandale, vu les noms ! Les choses n’ont changé qu’à l’arrivée de Christian Bergelin (1986-88), un homme intègre, passionné et courageux que je compte parmi les meilleurs titulaires du poste et qui prit une position ferme en face du dopage. Il a préparé une loi qui porte le nom de Roger Bambuck (lequel n’a eu qu’à la signer à son arrivée).

Combien coûte… un contrôle anti dopage : 568 €

Un demi Smic.

En 2008, l’Agence française de lutte contre le dopage a effectué 10 349 contrôles anti-dopage. Compétente pour prélever, analyser et sanctionner, l’AFLD a réussi en 2008 à faire baisser le coût d’un contrôle anti-dopage pour la collectivité. Il en coûte désormais 568 euros par contrôle anti-dopage. Dans cette démarche, le contrôle lui-même coûte 127 € tandis que l’analyse revient à 441 €. Moralité : en plus de décevoir les amateurs de sport, le dopage coûte de l’argent aux Français.

 La Cour des Comptes recommande à l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) de mieux cibler ses contrôles dans un souci de réduction des coûts, selon son rapport annuel dévoilé mercredi 11 février. La Cour juge « large » le champ des contrôles réalisés par l’AFLD, et invite l’instance à « redéfinir ses modalités ».

Actuellement, l’AFLD effectue des contrôles sur trois groupes différents: un premier constitué des 17 millions de sportifs licenciés en France; un deuxième regroupant 20.700 sportifs d’élite; un troisième dénommé « groupe cible » qui regroupe en substance les meilleurs sportifs français. Ce groupe comptait 429 personnes en 2013.

« L’agence ne différencie pas suffisamment sa stratégie de contrôle pour chacune des trois cibles », est-il écrit dans le rapport de la Cour des Comptes. « La mise en place d’une véritable stratégie de contrôle par cible devient indispensable à la fois pour des raisons d’efficacité mais aussi pour des raisons de coût », note le rapport.

Les pistes de la Cour des comptes

Il parait qu’un radar automatique coûte 67.500€, bien plus cher qu’une bagnole…Je ne sais pas ce qu’en pense la Cour des comptes, mais pour ce qui est du dopage… La Cour des Comptes suggère à l’AFLD quelques pistes. Pour le groupe des 17 millions de licenciés, elle suggère l’abandon des contrôles en compétition. Pour les 20.700 sportifs d’élite, la Cour des Comptes recommande d’avoir recours « aux méthodes de renseignement visant à contrôler mieux plutôt que contrôler plus ». La Cour des comptes a dû trop entendre dire qu’un renseignement ne coûte rien. Ce qu’elle ne dit pas, c’est combien vont coûter ces renseignements…

Enfin, pour le groupe cible, elle suggère à l’AFLD de « tirer les conséquences de la mise en place progressive » du profil biologique, qui permet de suivre tout au long de l’année un individu et de détecter d’éventuelles anomalies liés à la prise de substance interdite.

Pour le moment, le volet hématologique (EPO, notamment) fonctionne, en attendant la mise en place prochaine des volets endocrinien (hormones de croissance) et stéroïdien (anabolisants). Dans sa réponse à la Cour des Comptes, le président de l’AFLD (Bruno Genevois) n’avait pas manqué de souligner que c’est « l’Agence qui avait donné l’impulsion » dans le domaine du profil biologique.

En 2013, l’AFLD a réalisé 11.040 contrôles antidopage en France. Le coût moyen d’un contrôle et de l’analyse était de 541 euros dans le cadre d’une compétition et 235 euros hors compétition. L’AFLD dispose d’un budget annuel d’environ 8 M EUR, abondé principalement par une subvention de l’Etat à hauteur de 7 M EUR, et complété par des ressources propres (travaux d’analyses sur commandes par exemple) pour 1 M EUR. Si on rapporte le nombre de contrôles, 11.000, au budget de 8 millions, on s’aperçoit qu’en fait chaque contrôle revient autour de 730€…

 

CONTRÔLES ET DROITS DE LA PERSONNE

En 2006, dans une étude concernant la politique anti-dopage, trios auteurs, Bengt Kayser, Alexandre Mauron et Andy Miah en conclurent que l’investissement de la profession médicale dans le dopage et l’anti-dopage défiait les principes de non-malfaisance et de protection de la vie privée. Telles qu’elles sont, les mesures anti-dopage introduisent potentiellement de plus gros problèmes qu’ils n’en résolvent, et placent les médecins qui travaillent avec les athlètes ou dans des structures anti-dopage dans une position éthiquement difficile. En réponse, concluaient-ils, nous proposons des pratiques de renforcement dans les sports dans une structure de supervision médicale.

FÉDÉRATION INTERNATIONALE, BUSINESS ET DOPAGE, LE TRYPTIQUE INFERNAL QUI MENACE LA NATATION

Éric LAHMY

Dimanche 12 Juin 2016

A la demande pressante d’un certain nombre d’institutions et de personnalités souhaitant une lutte anti-dopage plus efficace, la FINA a annoncé que 1427 tests hors-compétitions avaient été conduits concernant 678 athlètes depuis le début de l’année 2016.

On sait qu’USA Swimming (la fédération US), l’association mondiale des entraîneurs de natation, des nageurs comme Ruta Meilutyte (Lituanie) ou Adam Peaty (Grande-Bretagne), des dirigeants comme Erik van Heijningen, juriste et président de la Fédération Royale Néerlandaise de natation, d’éminents journalistes comme le Britannique Craig Lord, toujours très en pointe dans la lutte contre le dopage en natation dans son site SwimVortex, des nageurs australiens (Lisbeth Trickett-Lenton, Thomas Fraser-Holmes et Grant Hackett), mais aussi des responsables de l’Association Mondiale Antidopage s’étaient élevés pour « encourager » la FINA à afficher plus de diligence qu’elle n’en fait montre sur un sujet qui ne l’inspire guère…

QUAND LA FINA S’ENDORMAIT SUR L’AFFAIRE KYLIE PALMER

On se souvient que l’AMA avait décidé de réagir quand la FINA avait enterré (immergé ?) le cas d’une nageuse australienne, Kylie Palmer. Pour des raisons d’autorité et administratives, l’AMA, ayant découvert un problème, n’a pas le droit de sévir : elle passe l’info dans son ensemble à la Fédération internationale concernée, FINA en l’occurrence, qui traite l’affaire.

L’institution s’étant endormie sur le dossier, à l’AMA, l’on s’agaçait de cette léthargie qui ne devait pas être la première. Dix-huit mois s’étaient passés après des courriers restés sans réponse, quand l’autorité anti-dopage fut informée par la FINA que celle-ci avait tranché : on ne poursuivrait pas Palmer. A L’AMA, où l’on trouvait la façon un peu cavalière, on décida alors de passer en force et de porter l’affaire devant le  tribunal arbitral du sport.

C’est ainsi que Palmer fut très étonnée d’être avertie en avril 2015 qu’elle avait raté un contrôle en juillet 2013, lors des championnats du monde de Barcelone. Elle put apprendre qu’on avait trouvé alors dans ses analyses de faibles traces de furosémide, un diurétique lequel n’est pas en soi un dopant, mais est traqué en raison d’une possible action d’agent masquant. Incapable de présenter une défense cohérente en raison des 21 mois écoulés entre l’infraction et la notification, peu à même de se souvenir de ses allées et venues aux mondiaux et de tenter de comprendre comment du furosémide s’était introduit dans son organisme, Palmer s’en tira avec une réprimande et un avertissement, [ce qui était déjà beaucoup dans de si pitoyables circonstances] ; à la fois stressée et déprimée, elle ne chercha d’ailleurs pas à contre-attaquer, ce qu’elle aurait pu faire, et la Fédération australienne la retira de l’équipe des mondiaux de Kazan.

LES DOPÉS SUR LES PODIUMS, LES DOPÉS HONORÉS PAR LA « FINA »

Le cas Palmer, fut resté assez anecdotique (dopage peu avéré), s’il n’eut représenté un symptôme, 1), du peu de respect de la Fédération Internationale vis-à-vis de la lutte anti-dopage, 2) d’une certaine morgue de l’institution. Mais derrière cette malheureuse affaire, tout le paysage s’encombrait de cas et de controverses, d’affaires douteuses, autour surtout des natations russe et chinoise. Résultat d’années de ce laisser-aller : trois des cinq titres mondiaux de nage libre de natation masculine de Kazan furent enlevés par les Chinois Ning Zetao (100 mètres) et Sun Yang (400 et 800 mètres) – bravo les Chinois –, tous deux portant encore les stigmates de contrôles anti-dopage positifs – haro sur les Chinois –, tandis que le 100 mètres brasse revenait à la Russe Julia Efimova, fort charmante, on en convient, mais toute fraîche émoulue d’un contrôle de dopage anabolisé (et qui a remis ça entre-temps avec du meldonium) !

Ce n’est pas tout, car la FINA avait réduit de deux ans à seize mois la sanction qui frappait Efimova (31 octobre 2013-28 février 2015) afin, a-t-on dit de lui permettre de présenter son pays aux championnats du monde, chez elle à Kazan. Le genre d’amabilité qui oblige celui qui en profite, mais irrite fortement les autres. On pouvait considérer ces gentillesses de l’institution de Lausanne comme la suite d’un flirt poussé avec les autorités du Kremlin, la FINA ayant offert sa plus haute distinction à Vladimir Poutine.

Pour couronner le tout, la FINA n’avait pas trouvé mieux, à la fin des mondiaux de Kazan, que d’élire Sun Yang, vainqueur des 400 et 800 mètres, meilleur nageur du mondial des championnats ! Ce qui, techniquement, n’est pas scandaleux, quoique dans l’ensemble, les connaisseurs estiment que le Britannique Peaty, le Français Florent Manaudou et le dossiste d’Australie Mitchell Larkin (seul vainqueur individuel, celui-ci, de deux courses du programme olympique) avaient nagé de façon (au moins) équivalente.

Mais il ne s’agissait pas seulement de ça. L’élévation de Sun Yang au titre de meilleur nageur des mondiaux relevait d’un certain cynisme, compte tenu de la valeur faiblement exemplaire du Chinois, lequel, outre son épisode de dopage, avait fait de la prison suite à un accident de la circulation alors qu’il conduisait sans permis) ; à Kazan, il ne s’était pas présenté à la finale du 1500 mètres, à laquelle il s’était qualifié, et n’avait pas même pris soin d’en avertir ses dirigeants ou les organisateurs… Bref, le mec ne manque pas de casseroles !

La distinction offerte à Sun Yang (1) était un autre signe fort de la collusion de la FINA avec les deux grandes nations de l’est, et de la volonté de la Fédération Internationale de bien effectuer un distinguo entre les « amis », fussent-ils dopés, et les autres. On verrait ressurgir ce type de comportement lors de l’attribution, à la fin de l’année, des titres de nageurs de l’année…

AVOIR ENFIN SA GROSSE PART DU GÂTEAU

Mais revenons au dopage. Le cas Palmer, tel que présenté par David Howman, le directeur général de l’AMA (agence mondiale anti-dopage, plus connue sous son acronyme anglais, WADA), est symptomatique de la « distraction » de la FINA. La FINA avait ignoré les questions et les relances de l’AMA, comportement systématique de sa part, revenant à traiter par le mépris les questions des autorités, des entraîneurs, des nageurs et des media quand ses dirigeants estiment que ces questions les embarrassent. Il y a du : « circulez, il n’y a rien à voir » de Coluche dans ce comportement.

L’agacement des responsables de l’anti-dopage, faisant écho aux inquiétudes et récriminations des uns et des autres, donnait une forte légitimité à ceux qui ne croient pas à une détermination de l’organisation mondiale à éradiquer le dopage. Exciper d’un grand nombre de contrôles effectués sous son égide depuis le 1er janvier et à l’approche des Jeux olympiques est une chose, mais, au-delà de cette belle agitation, enfouir les cas positifs, montrer du laxisme en termes de sanctions, cela est beaucoup plus significatif: il y a contrôler et faire semblant de contrôler!

La réaction de la FINA aux cas de dopage qui lui sont soumis est d’une mollesse qui signale où se situent ses priorités. Accepter que Sun Yang soit réintégré quelques mois après son contrôle positif, raccourcir la sanction d’Efimova de façon qu’elle puisse nager aux mondiaux en Russie devant son public, laisser les Chinois se contenter d’admonester sans les sanctionner leurs dopés, et les Russes ne pas poursuivre leurs jeunes espoirs, voir que Wang Lizhuo, récent dopé, nage et bat ses records de Chine comme si de rien n’était, c’est mettre la lutte du dopage sous le boisseau dès qu’il s’agit de l’opposer à des exigences politiques et des intérêts commerciaux.

Lorsque, voici vingt-cinq ans, Karin Helmstatd, nageuse binationale (canadienne-allemande) devenue journaliste d’une scrupuleuse intégrité, s’interrogeait sur les buts poursuivis par la FINA, Marculescu, le (toujours) Directeur de la fédération, lui avait expliqué qu’il s’agissait d’avoir enfin accès au « gâteau » financier dont les grandes Fédérations Internationales et le CIO se goinfraient alors que la natation, selon lui, n’avait que les miettes. Je me souviens encore des yeux écarquillés de Karin quand elle me rapportait cette conversation!

Entendons-nous bien : augmenter la part du gâteau de la natation, n’est pas en soi une mauvaise chose. Mais que cela devienne l’alpha et l’omega d’une politique aux dépens de tout le reste, cela revient à effectuer des décisions et accepter des dérives  politiques douteuses.

Cela a été, par exemple, développer sans cesse le programme au-delà du raisonnable et jusqu’au pléthorique, en ajoutant régulièrement des épreuves redondantes ou sans signification comme les 50 mètres de spécialités, comme le 1500 mètres féminin et le 800 mètres masculin; comme, en eau libre,  le triplement (5km, 10km, 25km du programme initial) auquel s’est ajouté le trio mixte, l’ajout des relais de genre ; comme, en natation synchronisée, la multiplication cancéreuse du nombre d’épreuves, comme destinée à satisfaire l’appétit des Russes et permettant ainsi à leur championne Ilchenko, en l’espace d’UN championnat de se construire un palmarès d’un poids de breloques supérieur à celui accumulé après leurs longues carrières par une Tracy Ruiz ou une Virginie Dedieu, et à la natation russe de grimper au classement des nations des championnats du monde de façon inespérée ; comme, en plongeon, la création de sauts synchronisés et l’adjonction d’une belle épreuve de cirque, le plongeon de très haut vol.

Seul le water-polo jusqu’ici a échappé à ce délire inventeur et cette folie organisationnelle…

DU SUICIDE D’UN ORGANISATEUR CANADIEN AU RETRAIT DE LA CANDIDATURE MEXICAINE

Pour la FINA, s’attribuer sa part du gâteau, c’était, parallèlement, augmenter de façon exponentielle les droits d’organisation des compétitions mondiales (au point de provoquer par exemple le suicide d’un organisateur montréalais en 2005 et le retrait de la onzième heure de l’organisation mexicaine pour 2017) et finalement se jeter, financièrement, dans les bras des seuls pays qui, pour des raisons d’organisation politique extrêmement jacobines, centralisées, acceptent de payer des sommes pharamineuses pour avoir le droit d’organiser ; ce qui fait qu’organiser un mondial de natation relève de la double peine :on se ruine en droits d’organisation pour avoir ensuite le droit de se ruiner en organisant ces compétitions pléthoriques ; c’était mettre en avant et chercher à imposer le sigle FINA comme s’il s’agissait d’une marque déposée ou je ne sais quel gage de qualité – ou comme ces vulgaires organisations qui se disputaient le sommet de la boxe mondiale ou ces franchises américaines, grandes ligues et petites ligues de hockey ou de base-ball : l’air de dire, « attention ce sport nous appartient. »

C’est tordre le sens des choses et détourner l’attention, c’est chercher à imposer depuis le sommet la façon dont le public doit percevoir les choses ; c’est, deux années de suite, nier à Kathleen Ledecky d’être reconnue comme la meilleure nageuse du monde, chose admise par la quasi-totalité de tous les nageurs, entraîneurs, spectateurs, journalistes, observateurs, et promouvoir en lieu et place, avec un culot phénoménal, cette brave Katinka Hosszu pour la simple raison qu’Hosszu, de par son professionnalisme à tous crins, ratisse chaque étape de la Coupe du monde, laquelle n’est rien d’autre pour l’instant que le cirque Marculescu avec ses éléphants, ses lions, ses clowns, et donc la fameuse trapéziste de l’est Katinka Hosszu (roulements de tambours) et dont les étapes, très régionalisées, des Asiatiques en Asie, des Européens en Europe, ne représentent, pour les plus distinguées d’entre elles qu’un cinquième de la valeur d’une finale olympique ou mondiale…

Ce que fait Hosszu en Coupe du monde est certes très bien, mais c’est une suite de triomphes de deuxième division.

LA FINA N’EST PAS UNE FÉDÉRATION INTERNATIONALE, C’EST UN BUSINESS

L’élévation d’Hosszu avait un autre avantage, en 2015, celui de remercier la Fédération hongroise de natation d’avoir pris en catastrophe le relais des Mexicains défaillants dans l’organisation des mondiaux 2017. Distinguer en grande pompe Hosszu à Budapest, c’était renvoyer l’ascenseur tout en s’assurant une couverture locale exceptionnelle. En face de ça, la pauvre Ledecky (qui doit s’en ficher complètement), ayant empilé les records du monde, pouvait se gratter.

Récemment, Erik van Heijningen, président des Pays-Bas, avait basé sa candidature à la présidence de la Ligue Européenne de Natation sur une série d’actions à mener en cent jours. Un vrai programme, ambitieux. Parmi ses propositions, une action concernant le dopage, pour éviter, avait-il suggéré, que ce phénomène ne « tue » le sport.

Puisque nous en sommes aux symptômes, on peut prendre pour un signe que la candidature du président de la Fédération néerlandaise n’avait recueilli qu’un quart des voix des votants au sein de la LEN. En France on a retenu de cette élection que Francis Luyce était vice-président de la LEN. D’autres notaient que Paolo Barelli, l’Italien réélu triomphalement, était toujours poursuivi dans son pays pour certaines jongleries financières comme le « double financement » par le Ministère de l’économie de la piscine olympique de Rome).

On a l’air, ici, de s’être très éloigné de notre sujet, le dopage. Il n’en est rien. Dans la conception du professionnalisme vu depuis la FINA, il est important que la lutte contre le dopage ne nuise jamais aux affaires, et l’essentiel reste que le business soit prévalent. Le succès financier de l’opération championnats du monde nécessite-t-il qu’une nageuse de brasse dopée s’aligne au départ de la course ? On arrange le coup. Les affaires de dopage nuisent-ils à l’image de grands pays organisateurs comme la Chine ? Elisons champion des champions du monde un Chinois dopé et mal élevé par-dessus le marché et faisons-le passer avant le Britannique, le Français ou l’Australien qui, à divers titres, auraient mérité cette distinction au moins autant. Dans ces décisions, dans ce fonctionnement, on voit un divorce prononcé avec ce qu’est historiquement la natation et l’idée qu’on peut se faire d’un sport propre. Le clin d’oeil de dirigeants retors en direction de ce qui est malsain, mais qui paie: « on se comprend », semblent dire Maglione et Marculescu aux dopeurs. « Tant que vous paierez, tant que vous organiserez nos raouts à prix d’or, on vous couvrira, et vous serez honorés. »

Les nageurs peuvent admirer le précédent de l’athlétisme mondial, passé en quelques années du statut de sport éducatif numéro un à celui de creuset d’un dopage massif de ses élites – par le biais, bien évidemment, du professionnalisme. C’est la voie choisie par Cornel Marculescu, Julio Maglione et consorts. On ne saurait trop les féliciter.

 (1). Paradoxe: Sun Yang qui aurait fait un très beau « meilleur nageur » des Jeux olympiques en 2012 et des mondiaux de Barcelone en 2013 en raison de ses doublés sur 400 et 1500 mètres, s’est alors vu préférer d’autres nageurs. A Kazan, il fait moins bien, sort de contrôles positifs, et triomphe. Je dis: bizarre!

NON-ENTRETIEN CHOC DE JACQUES FAVRE SUR SON NON-BILAN

Eric LAHMY

Jeudi 5 Mai 2016

Jacques Favre aime prendre des risques. C’est lui qui le dit. Dans une interview parue dans la revue officielle de la Fédération (mai 2016). L’intervieweur est bluffé. Favre n’annule ni ne retarde pas leur rendez-vous, programmé depuis longtemps, après « la bourrasque médiatique » des championnats de France de Montpellier. Mais il aime les risques, Favre, et celui d’être interviewé par le journaliste officiel de la revue officielle de la Fédération ne lui fait pas peur, bravo.

Il a raison de ne pas avoir peur, parce qu’en six pages illustrées de portraits en gros plan dont on ne saisit pas le bien fondé, il n’a droit à aucune question soit dangereuse, soit même impertinente, et encore moins pertinente – on comprend le questionneur, surtout ne pas heurter un des patrons – ; répondre à des clichés comme « d’une certaine manière on pourrait dire que vous cherchez à renforcer le lien entre le sommet de la pyramide fédérale et les clubs », et surtout pouvoir certifier ce qu’il veut sans être repris, par exemple son « non » à la question de savoir si « la Fédération a négligé ses clubs », ou encore pouvoir balancer que « le sport est désormais un levier aussi important que la culture pour entretenir la cohésion de notre pays », alors que ça fait quarante ans qu’on a eu à peu près tout faux dans le domaine (voir le pourrissement du foot). Mettre en avant tout ce que les poloïstes, les plongeurs, les nageuses synchronisées vont pouvoir faire aux Jeux olympiques (c’est certes bien qu’ils y soient) quand on sait qu’ils participeront sans plus et que ce sont les résultats des nageurs qui seront jugés. Se sortir un peu plus loin d’une question pourtant bien anodine sur la défense du bilan (lequel, d’ailleurs?) au sujet des vingt-huit qualifiés pour les Jeux de Rio par un cryptique « il ne suffit pas de se hisser au sommet d’une montagne et de hurler pour se faire entendre ! Je n’entends pas être jugé sur les résultats olympiques mais sur tout ce qui a été fait depuis un an », montre, un, qu’il prépare le parachute, deux, qu’il n’a sans doute pas bien pris la mesure de l’héritage d’excellence qui est le sien ?

Sommé poliment de développer au sujet de ce « tout ce qui a été fait », nous faire connaître les « microprojets qui mettent de l’air dans le système, à tous ces détails qui font évoluer les mentalités et libèrent les athlètes. Je pense au « lab des Lucioles », expérimentation sur les habiletés mentales et la lucidité, menée auprès des nageurs de l’INSEP, pour apprendre à mieux se connaître, je pense à Gavroche 2024, programme élargi et multi disciplinaire de détection et de suivi de la relève. Je pense à l’intégration de Philippe Lucas dans le staff de l’équipe de France olympique. Je pense au renforcement du suivi social des athlètes » – voilà qui n’est pas forcément anodin, mais soit reste bien elliptique, soit ne pèse pas bien lourd (1).

Il n’est pas bête du tout, le DTN. Il est même bien cérébré, et je crois qu’il pourrait apporter quelque chose à cette natation. Il faudrait quand même qu’il passe l’épreuve de Rio… Pas de la tarte.

En attendant, la preuve est faite que Jacques Favre parle bien. Il faudrait peut-être maintenant qu’il trouve quelque chose à dire.

_________ 

(1). La reconversion des athlètes, qui était à zéro dans le passé, a été prise en compte, et c’est Odile Petit qui s’en occupe à la Fédération. A mes yeux c’est rassurant. Elle fut une nageuse synchronisée épatante, puis est devenue une entraîneur exemplaire.

COMMENT LA NATATION FRANÇAISE SE REMETTRA-T-ELLE DU PASTIS DES SÉLECTIONS ?

BIEN / MAL / JE NE SAIS PAS:

RAYER LES MENTIONS INUTILES

Éric LAHMY

C’est un article assez bizarre paru sur le site SwimSwam, signé Chris De Santis. Le titre est alléchant : qu’est-ce qui a « tué » la natation britannique. Vous lisez et vous vous apercevez qu’il n’y a rien de ce qui était annoncé. Ni le couteau, ni l’assassin… Seulement ce constat : La Grande-Bretagne, qui, en 2014, au sortir d’une saison où on l’avait vue marquer des points autant en championnats d’Europe qu’aux Commonwealth Games, connait en avril 2016 une sorte de régression. On n’en saura donc pas plus, dommage.

Pourtant, au détour de sa non-démonstration, De Santis rédige une phrase digne d’intriguer : “Alors que tant de conversations en cette saison olympique ont tourné autour des minima pour Rio, la Grande-Bretagne s’est détachée. Tandis que la France était en quelque sorte défendable pour ce qui est du niveau de ses minima, la Grande-Bretagne les a gravement surestimés. Dans plusieurs courses, les standards de Rio étaient beaucoup trop hors d’atteinte et démoralisèrent les nageurs. Quand une Chloé Tutton bat le record national de 1s5 sur 200 brasse, établit un temps qui lui aurait donné l’argent à Kazan, et doit ensuite gagner sa sélection sur tapis vert, quelque chose ne va plus. Si dans le passé, voici plusieurs olympiades, des problèmes de la natation britannique devaient être attribués à des minima trop faibles, le pendule s’est incliné trop loin de l’autre côté. »

Voilà qui est fort. Un journaliste britannique donne un blanc-seing aux minima de la natation française ! Il doit être le seul au monde – enfin de ceux que ce genre de choses intéresse, et je crois qu’il a vu le film français en VO sans sous-titres.

Mis à part, donc, le segment de phrase concernant les minima français, tout est vrai. Si une natation a été à peu près aussi follement irréaliste que la française pour ce qui est de ses critères de sélection, c’est bien la britannique. Avec des résultats peut-être destructifs pour leurs nageurs ?

Il y a quand même une différence. A leurs championnats de Glasgow, les Britanniques ont démontré qu’ils disposaient de jeunes d’avenir, la France non. Le constat est clair. A ce jour, nous avons peu de jeunes, peu de talents, peu d’avenir. Pour ce qui est du présent, les championnats de France de Montpellier montrent un visage à l’expression assez floue, un peu Jean qui rit (50m, 100m) et beaucoup Jean qui pleure (à peu près tout le reste, malgré de petits sourires de ci et de là).

Mais le fait du jour n’est pas l’état de la natation française. C’est sa gestion. Après avoir établi ses règles, la Fédération s’est assise dessus. L’affaire des minima a été désolante. Ce qui n’a pas tué Stravius (mais il s’en est fallu de peu) a plus ou moins massacré à peu près tous les autres !!

Comme on avait six qualifiés, plus les relayeurs, on s’est mis à tordre les critères puis à les jeter aux orties et, allant en sens contraire de ce qu’on avait annoncé à grands renforts de coups de menton, on a fini par ajouter la bagatelle de treize filles et garçons et rien ne dit qu’on ne sera pas à 30 nageurs français à Rio – quatre de moins que les Australiens !

Les entraîneurs que l’on a interrogés après la publication des sélections avaient l’air éberlués par ce tour de passe-passe.

L’impression générale a été qu’à la Fédération française de natation, on a vraiment eu peur de rien. Ce qui, en l’occurrence, dans l’esprit des gens, n’est pas un compliment…

Par exemple, Michel Chrétien, l’entraîneur de Jérémy Stravius à Amiens, a dû jouer serré pour amener son nageur à se qualifier : « En effet j’ai préparé Jeremy Stravius en fonction de ces minima. Le côté positif, cela a été de réaliser un temps très difficile. On a été obligés de mettre en place un modèle de nage différent afin d’y parvenir. L’inconvénient, c’est qu’on s’est préparé comme s’il s’agissait d’une haute compétition internationale avec un affutage de trois ou quatre semaines et on a perdu en temps d’entraînement dans notre cycle. »

Aujourd’hui, une chape de plomb a recouvert la sélection des équipes de France. Comment dénoncer cette farce, alors que treize à quinze nageurs ont été récupérés sur le tapis vert ? Les intéressés sont contents, bien sûr, on se met à leur place, ils iront à Rio. Ce ne sont pas leurs entraîneurs, leurs parents, leurs amis, qui vont faire grise mine !

Mais je vous fiche mon billet qu’au fond d’eux-mêmes, ils se disent qu’ils n’ont pas mérité leurs places, que ce sont des manœuvres de couloir qui les ont réintégrés. La fierté en prend un coup. Dommage. Parce que ces jeunes gens n’ont pas démérité : les seuls à s’être plantés sont les supposés adultes que les malheurs de ce temps ont placés aux postes de responsables !

Les minima étaient durs, ce que beaucoup croient utiles, et autant d’autres croient nuisibles. Mais ils n’étaient pas seulement durs. Ils étaient mal pensés, irréalistes, et guère à même de monter une équipe de France cohérente.

Si on ne les avait pas placés, en début de saison, comme un épouvantail à moineaux, et si l’on s’était contenté de dire que l’on ne voulait rien de plus que les minima de la FINA, certes, d’aucune auraient regretté l’intransigeance des minima « à la Fauquet », mais… MAIS ON N’AURAIT PAS FAIT DE LA MOITIÉ DE L’ÉQUIPE DE FRANCE LES OBLIGÉS DE CES MESSIEURS DE LA FÉDÉRATION.

Cette démagogie est une double erreur dont on ignore si les effets vont tarder à se manifester.

La Fédération française de natation s’est décrédibilisée. Son président a joué son rôle dans la partition parce que, bombardé chef de délégation française à Rio grâce au travail de Claude Fauquet, il veut que les nageurs soient nombreux aux Jeux de Rio. Il a parfois montré un certain dépit de voir l’athlétisme déplacer un nombre très élevé de sélectionnés aux Jeux ou aux mondiaux, alors que seulement quelques nageurs faisaient l’équipe. [J’ai accompagné l’athlétisme comme journaliste dans plusieurs de ces compétitions, et je me souviens de collègues qui n’envoyaient plus leurs papiers que de l’infirmerie : une moitié des sélectionnés était blessée, l’autre éliminée en séries. Mais bon, ils étaient quarante athlètes aux Jeux.]  On ne lui a toujours pas dit, à Luyce, que c’est dans l’avion du retour des Jeux que devaient se faire les comparaisons?

JACQUES FAVRE MI-COMPLICE MI-VICTIME ?

Le Directeur technique ? S’est-il fait rouler dans la farine ou a-t-il manœuvré tout son monde? A Montpellier, et même après Montpellier, Jacques Favre paraissait croire à des minima intransigeants.

L’adresse qu’il a rédigée et qui accompagne sa liste de sélectionnés a quelque chose de presque schizophrène. Pendant qu’il permet à vingt-huit nageurs de passer, presque deux fois plus que ce que les minima autorisent, il signe en effet le 6 avril, un texte passablement chtarbé, genre harangue de l’Empereur sur le front des troupes, dans lequel on trouve cependant des phrases qui défendent l’intransigeance dont il s’est défait :

« A la sortie des championnats du monde de Kazan, nous avions choisi de relever de façon radicale notre niveau d’exigence en proposant des critères de sélection aux Jeux Olympiques très élevés. C’est la bonne décision, nous poursuivrons et durcirons ce modèle dans l’avenir… Les meilleurs nageuses et nageurs français se sont engagés depuis 7 mois pour répondre aux exigences que nous leur avions fixées afin de séparer froidement « le bon grain de l’ivraie ». Ils ont, la semaine dernière, véritablement inversé le niveau des championnats de France…Au regard des enjeux sportifs, nous nous devons de respecter les règles que nous nous étions fixées pour pouvoir choisir qui participera aux Jeux Olympiques parmi nos meilleurs athlètes. »

Cet exposé, manifestement, n’est pas celui du sélectionneur ! Favre Jacques, son signataire, ne sait pas que Jacques Favre, le DTN, n’a respecté ni les règles, ni le niveau d’exigence. Ces deux-là feraient mieux de se parler plus souvent! Ignorance, déni de réalité, dédoublement de personnalité ? Ou simplement paresse, Favre Jacques ayant écrit son poulet avant les tripotages d’après championnats et n’ayant pas pensé indispensable après coup de revoir son texte, en fonction des décisions de Jacques Favre ?  

Selon la formule qui revient à rechercher « à qui le crime profite », d’aucuns désignent le club de Marseille. Les Phocéens ont réalisé la bonne affaire, ils comptent dix nageurs (douze avec ceux qui l’utilisent comme pôle France) sur les vingt-huit (en attendant ceux qui pourraient être rajoutés après les Européens de Londres) de l’équipe de France. Et une brochette de qualifiés sur le tapis vert…

Le méfait parait d’ailleurs signé, quand s’ajoute le nom de Fred Bousquet sur la liste. Dans quel pays vit-on? Dès lors, Jacques Favre, issu du Cercle, mais manquant d’expérience, se serait-il laissé circonvenir ?

Tout désigne Marseille derrière l’étrange revirement en épingle à cheveux qui a surpris tout le monde après les championnats de France. Etrange ?

« Jamais ces dernières années les nageurs n’étaient partis des championnats de France sans savoir s’il étaient sélectionnés », m’assure un technicien. Je ne suis pas tout à fait sûr de cela, mais en réalité, le Comité directeur se serait bel et bien réuni à Montpellier après les championnats, et aurait désigné QUINZE nageurs pour Rio. Là-dessus, Favre, Luyce, etc., s’asseoient sur la liste, trois jours se passent, et à l’issue d’une agitation fiévreuse de concertations téléphoniques ou autres entre Favre, Luyce, et semble-t-il quelques Marseillais triés sur le volet, par une mystérieuse scissiparité, les quinze deviennent vingt-huit.

LES VAINQUEURS SONT LES REPÊCHÉS. ET LES VAINCUS, CEUX QUI ONT CRU AUX MINIMA

Si l’on ne trouvait que des vainqueurs dans ce scénario, tout irait pour le mieux dans la meilleure des Républiques bananières (en attendant, certes, de payer l’addition à Rio de Janeiro).

Mais voilà, Jacques Favre a joué avec le feu, et ce sont des nageurs qui se sont brûlés… Tous ceux qui ont été troublés par ces minima.

Michel Chrétien, l’un de ceux que j’ai interrogé, reste prudent dans ses formulations. On évoque Pauline Mahieu que tout le monde attendait et qui paraissait en confiance avant Montpellier. « On fonde beaucoup d’espoirs pour Pauline mais elle reste très jeune et il n’est pas impossible que dans un coin de sa tête, elle ne songeait pas, plutôt qu’à Rio, aux compétitions juniors, » dit ce sage entraîneur amiénois. Et qui sait en effet ? Dans quelques années, cette affaire prendra pour elle l’allure d’une simple anecdote, et non plus d’un traumatisme.

Michel Chrétien s’inscrit en faux sur le bruit selon lequel les minima olympiques ont été élaborés par le « collège des entraîneurs », « cellule de réflexion auprès du Directeur national du moment », et dont font partie tous les entraîneurs qui ont un nageur dans l’équipe nationale, Richard Martinez, Fabrice Pellerin, Romain Barnier et ses assistants à Marseille, Lionel Horter, etc. On a entendu dire que c’est là que les minima ont été forgés – d’aucuns désignent Romain Barnier comme leur auteur – et que les entraîneurs en ont eu vent à ce moment.

« Il n’en est rien, on nous a seulement dit qu’ils seraient très durs, mais ne savions rien d’autre et n’en avons appris la teneur exacte qu’en même temps que tout le monde. » Barnier, d’ailleurs, était contre le fait d’ajouter des minima français, et voulait en rester à ceux de la FINA. Mais même s’il n’y est pour rien, c’est bien ce scénario qui a prévalu !  

Les temps de passage de bien des nageurs qui ambitionnaient une place aux Jeux ont témoigné d’une stratégie très aventureuse, choisie en fonction de ces temps de qualification terriblement durs. A la poursuite des minima, Charlotte Bonnet est passée en 56s20 pour un temps final de1m56s32 sur 200 mètres. En 2015, elle avait nagé 56s69 au passage de son 1m56s16…

Sur 400 mètres, Coralie Balmy, est passée en 2m0s65 pour 4m5s38, alors qu’en 2015, elle avait viré en 2m2s66 pour 4m7s42. Sa nervosité initiale se voit dans la première moitié de course… Elle avait fini pratiquement aussi vite en étant en bien moindre forme en 2015. Pauline Mahieu 29s65 pour 1m2s49 au 100 mètres dos, contre 29s62 pour 1m1s34 en 2015. Or elle s’annonçait elle-même en forme, et a raté ses courses. Là, son cas ne prouve rien, mais l’idée que le stress des minima a joué ne doit pas être rejetée.

Sur 200 mètres brasse, Fanny Deberghes, 1m10s87 (et surtout 33s36) pour 2m28s67. Elle nage d’abord pour 2:25s avant que le ciel ne lui tombe sur la tête. Paquit, qui ne songe sans doute pas au minima, ou pas de la même façon, équilibre sa course, passe en 34s27 et 1m12s01 pour gagner en 2m28s65. A poursuivre les deux lièvres du titre et des minima, Fanny perd tout. Sur 200 mètres papillon, Jordan Coelho passe en 25s62 et 55s03 pour 1m56s49. L’année d’avant, 25s95 et 55s82 pour 1m56s47. Il passe donc 0s8 plus vite pour tout reperdre ensuite.

Sur 400 mètres, Pothain va passer en 53s87 et 1m51s32 pour un temps de 3m47s77. On peut voir dans cette entame ultra-rapide une objurgation à tout tenter pour atteindre ces irritants minima. Ce n’est pas absolument sûr, car Pothain a l’habitude de partir vite. En 2015, il est passé en 1m53s10 pour un temps final de 3m49s66, en 2014 en 1m54s3 pour finir en 2 minutes : 3m54s36…

JORIS BOUCHAUT NOYÉ DANS LA SOUPE AUX MINIMA

L’une des victimes les moins contestables de la soupe aux minima est Joris Bouchaut. Joris, perle du demi-fond antillais, entraîné à Toulouse, est d’une espèce rare, un doué besogneux. Il faut, pour le demi-fond, disposer d’un physique et d’un mental. Joris a les deux. Il y a les experts du 50 mètres, Bouchaut en aligne trente d’une seule pièce sans sourciller.

C’est aussi un pratiquant fidèle de l’égalité d’allure, voire de la course en accélération. Le garçon parait disposer d’un chronomètre incorporé.  Il nage dans le seuil (ce passage physiologique, à la fois mythique et bien réel, entre l’aérobie et l’anaérobie) et « gère » avec talent. Il faut pour cela de l’intelligence, du sang froid et une connaissance approfondie de ses potentiels.

Un entraîneur, aujourd’hui retraité, qui le connaît bien, m’affirme qu’il était contraint de le secouer pour qu’il ne parte quand même pas trop lentement… En 2014, il a dominé le bilan national du quinze cents mètres en 15m8s après être passé en 7m36s dans les basques de Damien Joly qu’il a écoeuré ensuite par son gros finish, nageant ses trois tiers de courses en respectivement 5m5s, 5m2s et 5m1s !!

Ces derniers mois, Joris, dans ce domaine, a atteint sa perfection. On croirait que ce garçon a avalé un pendule. En novembre dernier, en petit bassin, à Angers, il a battu son record du 1500 mètres avec 14m35s08, et nagé toutes ses fractions de 100 mètres du 200 au 1400 entre 58s35 et 59s13…

…Quand il arrive à Montpellier pour disputer ses chances olympiques, Bouchaut sait cependant qu’il ne pourra pas atteindre les temps exigés s’il ne tente pas autre chose. Les minima insensés sont sous les 15 minutes. Joris se sent donc contraint à l’exploit. La mort ou la victoire… Il va donc faire comme beaucoup d’autres nageurs: nager contre nature…

…Son entame à Montpellier se situe au croisement de l’héroïque et du suicidaire. Je ne vous ferai grâce d’aucun centième, 57s90 au 100m, 1m57s94 au 200m, 2m58s19, 3m58s76, 4m59s27, 6m0s81, 7m2s39, 8m4s34, 9m6s19, 10m7s72, 11m9s40, 12m12s42, 13m16s07, 14m20s08, 15m22s38. Pendant trois ou quatre cents mètres, Bouchaut s’est mis au niveau des minima (que même Joly n’atteindra pas).

Bouchaut, le 4 mars précédent, avait nagé 15m7s79, passant en 58s97 au 100 mètres, 5m1s96 et 10m4s76 course équilibrée en 7m32s78 plus 7m35s01. Il a liquidé ses derniers deux cents en 1m59s43. A Montpellier, détruit par la course aux minima, il finit sept secondes moins vite en 2:6s31, derrière Nicolas D’Oriano, qui ne l’a jamais devancé jusqu’alors et qui est récupéré pour les Jeux olympiques…

Bien entendu, quand la FFN tente de recoller les morceaux dans les jours qui suivent les championnats, Bouchaut part au vide-ordures, victime collatérale des errances venues d’en haut…

Je ne sais combien la natation française, à Montpellier, a compté de Joris Bouchaut, mais j’avoue avoir de la compassion pour eux. Pas parce qu’ils n’ont pas été sélectionnés. Mais parce qu’on les a trompés, et ça m’ennuie un peu.

Je ne sais pas quelles jolies phrases Favre pourrait faire les concernant… Un mot d’excuse, peut-être, suffira ?

…Par amitié, trouvez-moi la morale de cette histoire, moi je n’en ai pas !

YANNICK AGNEL ET LA BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE DE MONSEIGNEUR PHELPS

Éric LAMY

Mercredi 20 Avril 2016

Donc Michael Phelps a plébiscité Yannick Agnel. Cela peut n’être qu’un propos diplomatique. Mais pour lui, le Français peut gagner le 200 mètres nage libre à Rio. C’est un regard à la fois technicien, positif et sans doute amical du plus fameux nageur de notre époque à quelqu’un qu’il a bien connu, semble avoir apprécié, et avec qui il a partagé des lignes d’eau à l’entraînement.

Bien entendu, Phelps n’a sans doute pas suivi le détail de la saga d’Agnel depuis deux ans, et cette difficulté de revenir aux commandes que le Français a vécu.

Puisque Phelps a positivé sur le Français, essayons de le suivre dans cette voie, fut-ce sans trop se faire d’illusions, mais en mesurant les atouts du toujours champion olympiques de Londres.

Premier point : Agnel, dans son arrivée à moitié plantée et à moitié noyée des championnats de France de Montpellier, touche en 1:46s99. Or les images filmées montrent qu’il a une tête d’avance sur Pothain à ce moment. On en conclut que s’il n’avait pas tâtonné vers le mur comme quelqu’un qui cherche son chemin (ou, autre hypothèse, que les chronométreurs n’ont pas nourri le système d’un temps inventé vu que le sien ne s’était pas inscrit), il aurait été crédité d’un temps d’un dixième supérieur à celui de Pothain, donc de l’ordre de 1:46s7.

Agnel, 16e dans les bilans de l’année, aurait été avec 1 :46s70, 12e ex-aequo, ce qui ne permet pas de pavoiser ou de le marquer favori possible olympique, mais est très loin d’être misérable.

Et puis il y a un mais qui pourrait lui être favorable. La densité des bilans. Eloigné en place, Agnel n’est pas si loin en termes de performances. Le meilleur nageur de l’année est James Guy, avec 1 :45s19. C’est trois mètres d’avance. Enorme, et pas tant que ça à la fois. Dans les trois quatre mois qui nous séparent des Jeux, est-il possible de combler ce gap ? Disons que ce n’est pas impossible. Cela reste très théorique, mais voilà…

Un autre point positif, c’est que le 200 mètres n’a guère évolué depuis 2012, quand Agnel a triomphé aux Jeux olympiques en 1:43s14 devant les deux Asiatiques de service Park et Sun, 1:44s79.

En 2015, James Guy a dominé le bilan avec 1:45s14 devant Yang, 1:45s20.

En 2014, le mieux disant a été Thomas Fraser-Holmes avec 1:45s08 devant Kosuke Hagino, 1:45s23. En 2013, seul Agnel est passé sous les 1:45s, avec 1:44s20 devant Yang, 1:44s47 et Danila Izotov, 1:44s87.

Depuis 2013, personne n’a franchi jusqu’ici la limite des 1:45s. Si les choses en restent là…

Bien entendu, rien de tout cela n’est sûr et il faut être un incorrigible optimiste pour penser que d’ici les Jeux ou aux Jeux, de grosses performances ne risquent pas de dégringoler. Pour Agnel, les questions qui se posent à mon sens sont les suivantes :

1)       A-t-il conservé sa détermination et son enthousiasme, et à l’approche des Jeux peut-il trouver une volonté inébranlable de l’emporter ?

2)       A-t-il toujours sa santé ? Est-ce que deux épisodes de pleurésie n’ont pas entamé son potentiel physique ?

3)       Est-il au point techniquement ?

En cas de triple réponse positive, tout reste possible. Il ne pourra pas maîtriser ce que feront les autres nageurs, mais s’il parvient à maîtriser ce qu’il fait…