Category: Editoriaux

OU EST PASSÉ, ET COMMENT SAUVER, LE PLONGEON FRANÇAIS

Par Daniel CAOUS

 Mercredi 5 Avril 2017

La communauté du plongeon français – l’une des 5 disciplines olympiques de la natation – peut se réjouir particulièrement de l’arrivée du nouveau président de la Fédération française de natation, Gilles Sezionale, ainsi que du renouvellement de l’équipe dirigeante. Avec, dans la composition de ce nouveau comité directeur la présence de Messieurs Serge Brunet et Michel Boussard, tous deux gens de consensus :

– le premier, ayant infatigablement défendu historiquement les intérêts du plongeon en Bretagne (sa région de rattachement) et très sensible à la présence de cette discipline, en ayant particulièrement œuvré en 2007 et 2010 pour le maintien et la rénovation des installations de plongeon, à Rennes (l’une des trois piscines opérationnelles avec plongeoirs de 1 m à 10 m, couverts et clubs de plongeon en activité).

– le second, déjà présent dans les précédents comités directeurs de la FFN au fil des anciennes mandatures, particulièrement dévoué, compétent, excellent technicien ; il est à ce jour un homme de référence dans le plongeon international pour son concept de la discipline.

Toutefois, le président Sezionale et sa nouvelle équipe auront fort à faire pour redynamiser le plongeon français : celui-ci – en dépit de cadres fédéraux dévoués, d’entraîneurs de clubs et de bénévoles passionnés – a été laissé en jachère depuis 25 ans par désintérêt, négligence, absence d’une vision ambitieuse de la part du noyau décisionnaire de l’ancienne Présidence.

Quelques exemples :

– Sait-on que depuis 1990, le nombre de clubs où le plongeon est enseigné est passé d’environ 25 à une dizaine, à peine ?

– Sait-on que peu d’actions de lobbying ont été entreprises « de haut » pour contrecarrer les projets de destructions d’équipements de plongeon opérationnels dans le pays, et qu’il aurait fallu rénover ou reconstruire ? Dans certaines villes où des organisations de compétitions nationales de plongeon se sont soit déroulées par le passé, soit étaient possibles (Pau, Bordeaux, Massy, Montélimar, Condom, Brive, Dreux, Tours, Audincourt, et tout dernièrement Lille et Poitiers), les élus locaux gestionnaires ont fait le choix de supprimer les fosses à plongeon et les plongeoirs.

Ceci a pu se faire en parfaite connaissance de cause de la part de la FFN, sans que des actions de lobbying indispensables n’aient eu lieu pour limiter la casse. Absence d’actions ou d’incitations, cautionnant de fait les reconstructions / reconversions en centres aquatiques insipides avec toboggans ruineux et ambiance lisse, ennuyeuse, non sportive, (comme lu plus bas, sur l’excellent fil « Journal d’un nageur de l’ère post Trump », 19/3/2017), ceci au frais du contribuable.

Mais également absence ou manque d’actions de la FFN vers les élus locaux en vue d’inciter à compléter les projets et réalisations d’équipement nautiques à caractère sportif, où seule la discipline reine a / a eu sa place (Dijon, Chartres, Saint-Raphaël, Montpellier : établissements luxueux aux noms pompeux mais non dotés de plongeoirs ; identiquement pour des projets comme celui de Reims où « ce n’est pas prévu »). Honteux.

À L’INSEP LE PLONGEON S’ARRÊTE À CINQ MÈTRES

Sait-on, a-t-on conscience à ce jour que la reconstruction de la piscine de l’Insep s’est heurtée aux règlementations ubuesques du plan d’occupation des sols et qu’il n’a pas été possible d’y adjoindre une fosse à plongeon avec plates-formes supérieures à 5m ? Ceci dans l’institut national du sport français ?! Dans la capitale du pays France ?! Et que suite à pareil manque, nos athlètes plongeuses et plongeurs sont obligés continuellement à effectuer des navettes incessantes entre l’Insep et la le stade nautique de Montreuil-sous-Bois ? Honteux.

Sans vouloir tirer sur l’ambulance qui vient d’évacuer certaines « élites fédérales » – mot bien galvaudé – usées par l’effort du pouvoir (mais guère par l’effort de leurs actions) : qui peut citer des initiatives incitant les élus des villes à valoriser le plongeon ? Au moins autour d’une table lors des projets connus, encore sur plan, qu’il aurait été possible de modifier, compléter, avant que les budgets afférents de ces constructions ne soient ficelés ?

Et surtout qu’à ce jour en France, désormais seules 3 installations de Plongeon à la fois couvertes avec plates-formes de 10 mètres (Rennes, Schiltigheim, Montreuil-sous-Bois) permettent l’organisation biannuelle des Championnats nationaux de Plongeon ? Ceci en regroupant les Championnats des jeunes par catégories d’âges avec le Championnat de Plongeon « Elite » pour éviter les contraintes d’absence de lieux et de mise à disposition ?

Sait-on que ces 3 installations ne sont même plus aux normes internationales (largeur des plates-formes de haut-vol), interdisant de facto toute compétition internationale dans le pays ? A-t-on conscience que si la France décide un jour d’organiser un Championnat d’Europe ou du Monde de Natation, elle ne le pourra pas : en effet les 4 disciplines de piscine doivent être présentes sur une même ville et le plongeon doit y être représenté avec des installations aux normes exigées par la FINA ?

Tout ceci, en comparant avec nos amis allemands, anglais, italiens, espagnols, nous place hélas bon derniers parmi les pays dits « riches », tant en terme d’infrastructures de plongeon et de clubs où cette discipline est enseignée, pratiquée. La France, candidate aux jeux olympiques de 2024 n’est guère crédible si l’on s’en tient à ces points : elle fait pâle figure ! Et finalement encore plus pâle figure à l’heure où des rumeurs font état d’une fosse à plongeon… démontable  (!!!) pour le futur centre aquatique J.O. Paris 2024, de Saint-Denis.

Alors, à partir du moment où les équipements de plongeon manquent et où ceux qui existaient sont détruits, comment est-il possible d’y installer des clubs de plongeon et des « encadrants » ?

Et pourtant, par la succession des différentes directions techniques du plongeon français très compétentes et efficientes, adossées à des cadres professionnels et bénévoles dévoués et passionnés, le plongeon français peut s’enorgueillir d’avoir eu et d’avoir encore des athlètes, plongeuses et plongeurs, qui obtiennent des performances internationales intéressantes. Mais ces résultats constituent à ce jour un cache misère au regard du constat de la disparition des clubs de plongeon en France. Des bouts de ficelle pour faire fonctionner le peu de clubs de plongeon restants.

Les professionnels et bénévoles du plongeon français – qui depuis des années sacrifient beaucoup de leur temps libre – ont besoin d’être rassurés. La nouvelle mandature de Monsieur Sezionale aura fort à faire en matière d’idées, comme force de propositions, et en termes de lobbying en faveur du plongeon français. La natation, au sens des instances fédérales et quels que soient les pays, est constituée de 5 disciplines dont le plongeon. Il convenait, dans cet article un peu long, de repréciser les choses dans le contexte français.

Daniel CAOUS, Officiel fédéral et Juge national de Plongeon à la FFN, Encadrant BF2 / ENF3 Plongeon, Pratiquant la discipline en niveau « Maîtres 50-59 ans », à Rennes, Dirigeant du CPB Plongeon de Rennes (Président de ce groupe de 2000 à juin 2016), Membre de la Commission nationale de développement du Plongeon 2013-2017,

CONTRE GALAXIE NATATION, LA FÉDÉRATION ATTEINT LE TAUPE NIVEAU

LES PANTINS DE FRANCIS LUYCE APRÈS TROIS ANS À PATAUGER DANS LEUR CHASSE AUX SORCIÈRES FONT MAINTENANT LA PLANCHE.

Éric LAHMY

Vendredi 25 Novembre 2016

Cela fait bientôt trois années, me dit-on, qu’à la fédération française de natation, on s’efforce de connaître une supposée « taupe » qui fournit des informations à Galaxie Natation.

Bien entendu, cela devrait me laisser indifférent. Parce qu’il n’y a pas de « taupe ». Il y a une certaine recherche d’informations qui est faite par ce blog, qui nécessite une foule de contacts. 

Sincèrement, je n’ai pas le sentiment que la politique (un bien grand mot) d’une fédération sportive devrait faire l’objet d’un secret quelconque. Il ne devrait rien y avoir à taire, à cacher dans une institution reconnue d’utilité publique, qui utilise indifféremment des fonds d’Etat et privés, qui vit du prix de ses licences, des commandites de ses sponsors et d’une généreuse enveloppe publique, et qui est censée inciter la jeunesse à pratiquer la vie au grand air et développer l’activité physique.

La natation est le premier des sports, magnifique, indispensable, elle appartient à tout le monde, et pas à une caste.

Depuis 1945, la FFN, installée dans la piscine Georges-Vallerey avenue Gambetta, jouxtait les services de renseignements, boulevard Mortier, le SDECE devenu la DGSE ! Dans ces services, le secret est une règle, on le comprend. Il y va de la sûreté de l’Etat et de la défense du pays. En raison de la proximité de Georges-Vallerey, le siège des services secrets français est baptisé depuis toujours « la piscine. »

En quittant ces lieux, la fédé semble avoir emporté un sens du secret qui me parait plus convenir à la « piscine » du boulevard Mortier qu’à celle de l’avenue Gambetta. On se calme, les mecs !

 Je ne revendique pas ici un droit à l’information, qui serait le seul droit du journaliste – ou du blogueur – de s’approprier et de « balancer » des infos plus ou moins excitantes. Je militerais – si je devais jamais « militer » – pour un devoir d’informer.

Qu’est-ce à dire ? Qu’un journaliste se doit d’informer, c’est sa fonction démocratique. Annoncer toujours, expliquer beaucoup, dénoncer parfois.

Et je trouve répugnant que la tête de la fédération ait décidé de cacher des informations qui sont le plus souvent anodines, et parfois ne le sont pas, mais qui permettraient, si elles étaient diffusées, de savoir comment le sport est gouverné.

LA NOMENKLATURA DE LA F.F.N.

C’est une vraie perversion qui s’est installée dans les têtes de cette fédération.

Je tiens à la disposition les courriels de Louis-Frédéric Doyez, qui, en février 2014, quand je l’encourageais à pratiquer la transparence, défendait quant à lui le principe d’une gouvernance secrète, ne rendant aucun compte. Selon sa conception – erronée, perfide et équivalente à celle de toutes les dictatures et « nomenklaturas » -, c’était la seule méthode qui permettait de travailler.

Pendant que nous débattions, Doyez rédigeait pour le compte de Luyce une lettre au ministère pour dénoncer le travail de mon blog, sur l’air de « ça ne peut plus durer. » Voilà les méthodes de ces gens là !

Le même Doyez était tout ébaubi quand récemment, je révélais qu’il avait envoyé à des personnes judicieusement choisies le double d’une lettre de démission adressée à Francis Luyce, dans laquelle cet honnête homme abhorrait ce qu’il avait adoré.

Comme il sentait le vent tourner, après avoir servi la présidence actuelle en se donnant des airs de Talleyrand ou de Fouché, il signalait ainsi aux prétendants et autres présumés successeurs qu’il collaborerait tout aussi bien avec eux.

De la même façon, à la dernière assemblée générale de la fédération, il s’était empressé d’aller courtiser M. Gilles Sezionale, l’épigone supposé de Luyce, et de déjeuner avec lui. C’est beau d’avoir des convictions !

Comme les esprits malsains ont institué la règle selon laquelle informer des faits et gestes de l’institution est un crime, me voici devenu selon eux la tête agissante d’une petite bande de criminels qui me renseignent. On m’a rapporté sérieusement que dans l’ébullition née de mes billets, un des abrutis appartenant à ce nid de vipères avait fortement affirmé qu’Eric Lahmy, c’était « une balle entre les deux yeux. » Me voici menacé de tomber, enrichi d’un deuxième trou de balle, qui me viendrait entre les sourcils, ce qui est mieux que de n’avoir été qu’un trou de balle toute sa vie.

L’une des innombrables taupes qui m’informent – je devrai sans doute rebaptiser mon site Taupinière Natation – m’avait envoyé récemment le programme de l’équipe nationale, des nageurs qui s’y trouvaient, le pourquoi et le comment de leurs présences, les règles et les exigences techniques qui justifiaient  leurs rétributions, bref tout. C’est un document sans éclat mais impeccable de précisions, de clarté, d’information, d’ouverture d’esprit et donc finalement d’intelligence. Je me suis dit : bravo la fédération.

…La fédération américaine de natation : USA swimming!

 LA LOI DU SILENCE VERSION RUE SCANDICCI

Parce qu’en France, il n’en est pas question. Notre fédération est policière, et digne d’une république bananière. Ce qui est navrant, dans la fin de règne de Francis Luyce, c’est que le goût paranoïaque du secret a atteint des sommets sans précédent. Récemment, j’ai pu donner au départ d’un article, assez anodin, posté le 16 novembre dernier, et intitulé « l’open quitte Vichy pour Chartres, l’arrivée de Vergnoux se précise », un certain nombre de précisions sur le programme de la réunion du surlendemain.

Quelle a été ma surprise d’apprendre le soir du 24 novembre, de M. Gilles Sezionale que j’ai découvert et avec qui il me plait de converser, que ce texte avait lancé le branle-bas de combat de toutes les bourriques fédérales, sur la piste de la légendaire « taupe », et, après avoir enquêté sur les rares personnes qui, selon eux, avaient été informées du contenu de ce programme (dont tout le monde se fout, de vous à moi), ont décrété qu’ils avaient déniché la taupe en question, et qu’il s’agissait d’un technicien de province, M. Marc Planche.

QUATRE RAISONS QUI FONT QUE JE VAIS ME FÂCHER

Il m’est pour le moins désagréable d’entendre dire de telles sornettes pour quatre raisons.

La première, c’est que je déteste qu’un innocent soit soupçonné…

La deuxième, c’est que mes informateurs sont beaucoup plus nombreux que cela, et qu’ils ne m’informent pas pour médire de qui que ce soit, mais parce qu’ils n’imaginent pas, à la différence des grands malades qui, l’un préside, les deux autres dirigent les services fédéraux, une information sans qu’elle circule. L’info, c’est le sang d’une société, elle l’irrigue, fait battre son cœur et fonctionner ses organes.

La troisième, c’est que lorsque Galaxie Natation a commencé à s’inquiéter des dérives de la politique fédérale, je me suis aperçu que je devrais « protéger » deux des trois copains que je m’étais fait parmi les techniciens de la fédé et avec qui j’aimais évoquer depuis tant d’années la vie de notre sport, en ne les contactant plus, pour ne pas les mettre en péril, ce qui m’agaçait. Ces copains s’appellent Patrick Deléaval et Marc Planche. De vous à moi, ils me manquent parfois et ça me démange de les appeler pour parler de tout autre chose que de Luyce et Favre… Le troisième copain n’est plus là, c’était un monsieur, Jacques Meslier, et lui me manquera toujours…

La dernière raison d’agacement de ma part vient du fait que ces gens ne comprennent pas qu’une information ouverte perd son côté délétère. Ne se rendent-ils pas compte que, volée, elle prend une importance, parce que le doute s’installe, et qu’on se dit qu’ « ils » voulaient nous la cacher? Or la voler n’est pas si difficile que ça.

 LE TOP DES TAUPES, C’EST QUAND MÊME FRANCIS LUYCE!

Aujourd’hui, ne voilà-t-il pas que les infos les plus frivoles ne sont plus diffusées dans le secteur technique, et restent contingentées dans le seul groupe des dirigeants?

Qu’ils le sachent. C’est insuffisant. Pour que le secret soit gardé, il faudrait qu’il soit réservé aux trois caciques de Pantin !

Luyce et ses sbires ont, dans leur chasse aux sorcières, soupçonné tout le monde. Et terrorisé, puni ou placardisé pas mal de gens, un coup c’était M. Beurrier, une autre Deléaval, ou M. Wachter, après ça  a été Laurent Viquerat, maintenant c’est Marc Planche !

Mais si je vous disais que la « taupe » numéro un s’appelle Francis Luyce ? En notre époque post McLuhan, le président, qui en est resté à Gutenberg, semble incapable d’ouvrir son ordinateur. Ses messages les plus ésotériques sont traités par son secrétariat, qui les imprime avant de les lui transmettre, et sont inévitablement connus de pas mal de monde.

Les dirigeants, plus modernes, quand ils se rendent rue Scandicci, se rient lorsque telle ou telle secrétaire, en toute innocence, d’ailleurs, leur suggère, avant d’entrer dans son bureau, telle ou telle attitude, en fonction de l’échange supposé confidentiel qu’ils ont eu précédemment par mail avec Luyce XVI !

Je sens que les trois Stooges vont se sentir de plus en plus seuls. Ils devraient savoir que l’eau porte et propage les sons! Qu’ils continuent comme ça. Moins l’info circulera, plus on va s’amuser. 

DOPAGE, COÛT DES CONTRÔLES ET DROITS DE LA PERSONNE

PLUS DE QUESTIONS QUE DE RÉPONSES POUR UN SUJET QUI FÂCHE

Éric LAHMY

Mardi 20 Juin 2016

Dernière débarquée de la planète dopage, avec la tête éberluée qui va avec (« qui, moi, non, vous êtes sûr? Ce n’est pas possible. Je vous jure »), Etiene Medeiros, recordwoman du monde du 50 mètres dos en petit bassin et bombardée « meilleure nageuse brésilienne de tous les temps » (bon, derrière ce n’est pas terrible), qui s’est fait piquer avec un produit. On reviendra dessus, c’est toujours le même scénario dans ces cas là, elle ne sait pas comment c’est venu là, on suggère que ce serait l’opération du Saint Esprit, et comme elle est brésilienne et qu’elle préparait les Jeux à domicile, ça fait du foin.

Voici un an, John Coates, président du CO Australien, avait accusé le Sénat australien de ne pas avoir aidé assez dans la lutte contre le dopage dans le pays. Parlant à la réunion annuelle de l’AOC, à Sydney, il avait estimé que l’ASADA, l’autorité anti-dopage, s’est retrouvée mains liées derrière le dos après que le Sénat ait rejeté un texte d’amendement de cette institution en 2013.

Ce texte tentait de donner les pouvoirs coercitifs, par lesquels les athlètes seraient requis de se rendre aux convocations qui leur seraient faites afin de répondre aux questions, de donner des informations et de produire des documents concernant le dopage, même si cela pouvait mener à s’auto-incriminer. Le refus du Sénat d’entériner de tels textes proposés par le gouvernement n’a pas empêché l’ASADA d’introduire ses propres changements dans sa loi anti-dopage, en mai 2013, et d’inclure les pouvoirs qu’il avait vainement requis du législatif. Bref, la dictature!

« Malheureusement, nous nous trouvons avec une Loi qui permet aux individus de ne pas répondre à des questions ni donner des informations, si l’information ou la question tend à l’incriminer », avait expliqué Coates aux représentants des sports olympiques. « Quand il s’agit sur la plupart des neuf violations aux règles de l’anti-dopage qui ne sont pas basées sur la présence d’un produit interdit dans le (corps) d’un athlète, l’ASADA a pour ainsi dire les mains liées dans le dos. Ce que nos élus à Canberra n’ont pas fait pour nos sportifs, nous l’avons fait pour eux. »

Le Sénat avait cependant adopté en juin 2013 une loi donnant à l’ASADA de grands pouvoirs d’enquêtes sur le dopage. Selon Coates, « il est tout à fait faux, comme je l’ai lu, de dire que le Code WADA ne vise pas les sports d’équipes. Ces commentateurs oublient que les équipes très professionnelles du football, du hockey sur glace, du basket et du volley et autres sports d’équipes, handball, rugby à sept, hockey et water-polo ont toujours été tenus de respecter le code et sont sports olympiques. »

Le contrôle anti-dopage pas toujours sérieux. En natation, on essayait qinsi de contrôler ceux dont on est sûr qu’ils ne se dopaient pas. Des nageurs dont était sûrs de la « propreté » avaient droit à des contrôles à peu près à chaque compétition. Pendant qu’on poursuivait les honnêtes gens, on pouvait dire que le dopage,, en France, n’existait pas ! 

On essayait surtout de ne pas prendre d’athlètes, ça salissait le sport. C’était la politique qui consiste à faire disparaître la poussière sous le tapis… Le ministère, l’institution,  cachaient les noms des positifs. Je le savais bien parce que je côtoyais les haltérophiles, qu’un sur deux, en équipe de France, était aux stéroïdes (ils me le disaient), qu’ils se faisaient prendre de temps en temps et qu’officiellement, il ne se passait rien. Je me souviens, au cours d’une réunion, le docteur Maurice Vrillac, du Ministère des sports, devenu président honoraire de la commission médicale du CNOSF, vint littéralement me narguer : « Lahmy, j’en ai trois ici, dit-il en tapotant sa poche de veste ; et vous ne les aurez pas. » Trois sportifs dopés dont je ne saurais pas les noms.

L’haltérophilie française organisa le dopage, moins par goût que par conviction qu’elle n’y arriverait pas sans. Quand elle importa un des premiers entraîneurs russes, celui-ci réunit l’équipe de France et demanda qui « prenait » des produits. Ils étaient une moitié environ. « Niet Dianabol, niet résultats », dit le coach. Les stéroïdes étaient un passage obligé vers l’excellence ! Une autre fois, j’interrogeais un ancien champion olympique (en 1964) soviétique, ukrainien d’origine allemande, Rudolf Plyukfelder. Il entraînait  Vassiliy Alexeev, David Rigert, et une quantité des plus fameux haltérophiles des années 1970-80. Je lui demandai ce qu’il pensait des anabolisants. Indispensables ! Je lui suggérais qu’ils pouvaient être dangereux. Il me rassura : « mais non, pas du tout. Est-ce que vous mangez de la viande ? C’est comme la viande, c’est bon pour la santé. »

Si l’on trouve toujours autant de dopés en Russie, en Chine et dans plusieurs autres pays, c’est en fonction de cette certitude ancrée du caractère à la fois anodin et indispensable de la potion magique dans la soupe de l’athlète. Chez certains esprits, cette conviction est telle qu’ils n’imaginent pas une autre voie. En bodybuilding, activité totalement pervertie par de telles idées, certains fanatiques, incapables de tolérer une certaine réussite (en l’occurrence un certain développement physique) en dehors de leurs chers produits vont jusqu’à soutenir mordicus que des champions de l’ère pré-stéroïdienne, Steve Reeves ou Reg Park, étaient aux anabolisants alors que les produits n’existaient même pas, et montent pour prouver ces fantasmes les scenarii complotistes proches de celui selon lequel les extraterrestres ont visité Roswell !

L’haltérophilie, les lancers en athlétisme, puis toutes les disciplines ont été touchés, puisqu’il suffit qu’un athlète s’y mette pour affecter (infecter) sa discipline.

Et les autorités françaises ? Il y avait autant d’avis et de politiques que de dirigeants. Au ministère, on savait (puisqu’on prenait des dopés) mais on ne lâchait pas les noms. Comme j’étais, avec le patron de la rédaction Robert Parienté, l’un de ceux sinon celui qui réprouvait le plus le dopages, j’étais assez mal vu. Je me souviens de l’agacement, presque de la colère, de Catherine de Foligny, une responsable du service médical du ministère, avec qui je nourrissais pourtant des relations sympathiques, parce que j’essayais de savoir. Bien entendu, ce n’est pas que le ministère organisait le dopage, on ne peut même pas dire qu’il le couvrait au sens qu’il l’encourageait, loin de là,, mais il ne voulait pas que ça se sache et tentait de préserver l’anonymat de ceux qui étaient pris. Car c’eut été un beau scandale, vu les noms ! Les choses n’ont changé qu’à l’arrivée de Christian Bergelin (1986-88), un homme intègre, passionné et courageux que je compte parmi les meilleurs titulaires du poste et qui prit une position ferme en face du dopage. Il a préparé une loi qui porte le nom de Roger Bambuck (lequel n’a eu qu’à la signer à son arrivée).

Combien coûte… un contrôle anti dopage : 568 €

Un demi Smic.

En 2008, l’Agence française de lutte contre le dopage a effectué 10 349 contrôles anti-dopage. Compétente pour prélever, analyser et sanctionner, l’AFLD a réussi en 2008 à faire baisser le coût d’un contrôle anti-dopage pour la collectivité. Il en coûte désormais 568 euros par contrôle anti-dopage. Dans cette démarche, le contrôle lui-même coûte 127 € tandis que l’analyse revient à 441 €. Moralité : en plus de décevoir les amateurs de sport, le dopage coûte de l’argent aux Français.

 La Cour des Comptes recommande à l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) de mieux cibler ses contrôles dans un souci de réduction des coûts, selon son rapport annuel dévoilé mercredi 11 février. La Cour juge « large » le champ des contrôles réalisés par l’AFLD, et invite l’instance à « redéfinir ses modalités ».

Actuellement, l’AFLD effectue des contrôles sur trois groupes différents: un premier constitué des 17 millions de sportifs licenciés en France; un deuxième regroupant 20.700 sportifs d’élite; un troisième dénommé « groupe cible » qui regroupe en substance les meilleurs sportifs français. Ce groupe comptait 429 personnes en 2013.

« L’agence ne différencie pas suffisamment sa stratégie de contrôle pour chacune des trois cibles », est-il écrit dans le rapport de la Cour des Comptes. « La mise en place d’une véritable stratégie de contrôle par cible devient indispensable à la fois pour des raisons d’efficacité mais aussi pour des raisons de coût », note le rapport.

Les pistes de la Cour des comptes

Il parait qu’un radar automatique coûte 67.500€, bien plus cher qu’une bagnole…Je ne sais pas ce qu’en pense la Cour des comptes, mais pour ce qui est du dopage… La Cour des Comptes suggère à l’AFLD quelques pistes. Pour le groupe des 17 millions de licenciés, elle suggère l’abandon des contrôles en compétition. Pour les 20.700 sportifs d’élite, la Cour des Comptes recommande d’avoir recours « aux méthodes de renseignement visant à contrôler mieux plutôt que contrôler plus ». La Cour des comptes a dû trop entendre dire qu’un renseignement ne coûte rien. Ce qu’elle ne dit pas, c’est combien vont coûter ces renseignements…

Enfin, pour le groupe cible, elle suggère à l’AFLD de « tirer les conséquences de la mise en place progressive » du profil biologique, qui permet de suivre tout au long de l’année un individu et de détecter d’éventuelles anomalies liés à la prise de substance interdite.

Pour le moment, le volet hématologique (EPO, notamment) fonctionne, en attendant la mise en place prochaine des volets endocrinien (hormones de croissance) et stéroïdien (anabolisants). Dans sa réponse à la Cour des Comptes, le président de l’AFLD (Bruno Genevois) n’avait pas manqué de souligner que c’est « l’Agence qui avait donné l’impulsion » dans le domaine du profil biologique.

En 2013, l’AFLD a réalisé 11.040 contrôles antidopage en France. Le coût moyen d’un contrôle et de l’analyse était de 541 euros dans le cadre d’une compétition et 235 euros hors compétition. L’AFLD dispose d’un budget annuel d’environ 8 M EUR, abondé principalement par une subvention de l’Etat à hauteur de 7 M EUR, et complété par des ressources propres (travaux d’analyses sur commandes par exemple) pour 1 M EUR. Si on rapporte le nombre de contrôles, 11.000, au budget de 8 millions, on s’aperçoit qu’en fait chaque contrôle revient autour de 730€…

 

CONTRÔLES ET DROITS DE LA PERSONNE

En 2006, dans une étude concernant la politique anti-dopage, trios auteurs, Bengt Kayser, Alexandre Mauron et Andy Miah en conclurent que l’investissement de la profession médicale dans le dopage et l’anti-dopage défiait les principes de non-malfaisance et de protection de la vie privée. Telles qu’elles sont, les mesures anti-dopage introduisent potentiellement de plus gros problèmes qu’ils n’en résolvent, et placent les médecins qui travaillent avec les athlètes ou dans des structures anti-dopage dans une position éthiquement difficile. En réponse, concluaient-ils, nous proposons des pratiques de renforcement dans les sports dans une structure de supervision médicale.

FÉDÉRATION INTERNATIONALE, BUSINESS ET DOPAGE, LE TRYPTIQUE INFERNAL QUI MENACE LA NATATION

Éric LAHMY

Dimanche 12 Juin 2016

A la demande pressante d’un certain nombre d’institutions et de personnalités souhaitant une lutte anti-dopage plus efficace, la FINA a annoncé que 1427 tests hors-compétitions avaient été conduits concernant 678 athlètes depuis le début de l’année 2016.

On sait qu’USA Swimming (la fédération US), l’association mondiale des entraîneurs de natation, des nageurs comme Ruta Meilutyte (Lituanie) ou Adam Peaty (Grande-Bretagne), des dirigeants comme Erik van Heijningen, juriste et président de la Fédération Royale Néerlandaise de natation, d’éminents journalistes comme le Britannique Craig Lord, toujours très en pointe dans la lutte contre le dopage en natation dans son site SwimVortex, des nageurs australiens (Lisbeth Trickett-Lenton, Thomas Fraser-Holmes et Grant Hackett), mais aussi des responsables de l’Association Mondiale Antidopage s’étaient élevés pour « encourager » la FINA à afficher plus de diligence qu’elle n’en fait montre sur un sujet qui ne l’inspire guère…

QUAND LA FINA S’ENDORMAIT SUR L’AFFAIRE KYLIE PALMER

On se souvient que l’AMA avait décidé de réagir quand la FINA avait enterré (immergé ?) le cas d’une nageuse australienne, Kylie Palmer. Pour des raisons d’autorité et administratives, l’AMA, ayant découvert un problème, n’a pas le droit de sévir : elle passe l’info dans son ensemble à la Fédération internationale concernée, FINA en l’occurrence, qui traite l’affaire.

L’institution s’étant endormie sur le dossier, à l’AMA, l’on s’agaçait de cette léthargie qui ne devait pas être la première. Dix-huit mois s’étaient passés après des courriers restés sans réponse, quand l’autorité anti-dopage fut informée par la FINA que celle-ci avait tranché : on ne poursuivrait pas Palmer. A L’AMA, où l’on trouvait la façon un peu cavalière, on décida alors de passer en force et de porter l’affaire devant le  tribunal arbitral du sport.

C’est ainsi que Palmer fut très étonnée d’être avertie en avril 2015 qu’elle avait raté un contrôle en juillet 2013, lors des championnats du monde de Barcelone. Elle put apprendre qu’on avait trouvé alors dans ses analyses de faibles traces de furosémide, un diurétique lequel n’est pas en soi un dopant, mais est traqué en raison d’une possible action d’agent masquant. Incapable de présenter une défense cohérente en raison des 21 mois écoulés entre l’infraction et la notification, peu à même de se souvenir de ses allées et venues aux mondiaux et de tenter de comprendre comment du furosémide s’était introduit dans son organisme, Palmer s’en tira avec une réprimande et un avertissement, [ce qui était déjà beaucoup dans de si pitoyables circonstances] ; à la fois stressée et déprimée, elle ne chercha d’ailleurs pas à contre-attaquer, ce qu’elle aurait pu faire, et la Fédération australienne la retira de l’équipe des mondiaux de Kazan.

LES DOPÉS SUR LES PODIUMS, LES DOPÉS HONORÉS PAR LA « FINA »

Le cas Palmer, fut resté assez anecdotique (dopage peu avéré), s’il n’eut représenté un symptôme, 1), du peu de respect de la Fédération Internationale vis-à-vis de la lutte anti-dopage, 2) d’une certaine morgue de l’institution. Mais derrière cette malheureuse affaire, tout le paysage s’encombrait de cas et de controverses, d’affaires douteuses, autour surtout des natations russe et chinoise. Résultat d’années de ce laisser-aller : trois des cinq titres mondiaux de nage libre de natation masculine de Kazan furent enlevés par les Chinois Ning Zetao (100 mètres) et Sun Yang (400 et 800 mètres) – bravo les Chinois –, tous deux portant encore les stigmates de contrôles anti-dopage positifs – haro sur les Chinois –, tandis que le 100 mètres brasse revenait à la Russe Julia Efimova, fort charmante, on en convient, mais toute fraîche émoulue d’un contrôle de dopage anabolisé (et qui a remis ça entre-temps avec du meldonium) !

Ce n’est pas tout, car la FINA avait réduit de deux ans à seize mois la sanction qui frappait Efimova (31 octobre 2013-28 février 2015) afin, a-t-on dit de lui permettre de présenter son pays aux championnats du monde, chez elle à Kazan. Le genre d’amabilité qui oblige celui qui en profite, mais irrite fortement les autres. On pouvait considérer ces gentillesses de l’institution de Lausanne comme la suite d’un flirt poussé avec les autorités du Kremlin, la FINA ayant offert sa plus haute distinction à Vladimir Poutine.

Pour couronner le tout, la FINA n’avait pas trouvé mieux, à la fin des mondiaux de Kazan, que d’élire Sun Yang, vainqueur des 400 et 800 mètres, meilleur nageur du mondial des championnats ! Ce qui, techniquement, n’est pas scandaleux, quoique dans l’ensemble, les connaisseurs estiment que le Britannique Peaty, le Français Florent Manaudou et le dossiste d’Australie Mitchell Larkin (seul vainqueur individuel, celui-ci, de deux courses du programme olympique) avaient nagé de façon (au moins) équivalente.

Mais il ne s’agissait pas seulement de ça. L’élévation de Sun Yang au titre de meilleur nageur des mondiaux relevait d’un certain cynisme, compte tenu de la valeur faiblement exemplaire du Chinois, lequel, outre son épisode de dopage, avait fait de la prison suite à un accident de la circulation alors qu’il conduisait sans permis) ; à Kazan, il ne s’était pas présenté à la finale du 1500 mètres, à laquelle il s’était qualifié, et n’avait pas même pris soin d’en avertir ses dirigeants ou les organisateurs… Bref, le mec ne manque pas de casseroles !

La distinction offerte à Sun Yang (1) était un autre signe fort de la collusion de la FINA avec les deux grandes nations de l’est, et de la volonté de la Fédération Internationale de bien effectuer un distinguo entre les « amis », fussent-ils dopés, et les autres. On verrait ressurgir ce type de comportement lors de l’attribution, à la fin de l’année, des titres de nageurs de l’année…

AVOIR ENFIN SA GROSSE PART DU GÂTEAU

Mais revenons au dopage. Le cas Palmer, tel que présenté par David Howman, le directeur général de l’AMA (agence mondiale anti-dopage, plus connue sous son acronyme anglais, WADA), est symptomatique de la « distraction » de la FINA. La FINA avait ignoré les questions et les relances de l’AMA, comportement systématique de sa part, revenant à traiter par le mépris les questions des autorités, des entraîneurs, des nageurs et des media quand ses dirigeants estiment que ces questions les embarrassent. Il y a du : « circulez, il n’y a rien à voir » de Coluche dans ce comportement.

L’agacement des responsables de l’anti-dopage, faisant écho aux inquiétudes et récriminations des uns et des autres, donnait une forte légitimité à ceux qui ne croient pas à une détermination de l’organisation mondiale à éradiquer le dopage. Exciper d’un grand nombre de contrôles effectués sous son égide depuis le 1er janvier et à l’approche des Jeux olympiques est une chose, mais, au-delà de cette belle agitation, enfouir les cas positifs, montrer du laxisme en termes de sanctions, cela est beaucoup plus significatif: il y a contrôler et faire semblant de contrôler!

La réaction de la FINA aux cas de dopage qui lui sont soumis est d’une mollesse qui signale où se situent ses priorités. Accepter que Sun Yang soit réintégré quelques mois après son contrôle positif, raccourcir la sanction d’Efimova de façon qu’elle puisse nager aux mondiaux en Russie devant son public, laisser les Chinois se contenter d’admonester sans les sanctionner leurs dopés, et les Russes ne pas poursuivre leurs jeunes espoirs, voir que Wang Lizhuo, récent dopé, nage et bat ses records de Chine comme si de rien n’était, c’est mettre la lutte du dopage sous le boisseau dès qu’il s’agit de l’opposer à des exigences politiques et des intérêts commerciaux.

Lorsque, voici vingt-cinq ans, Karin Helmstatd, nageuse binationale (canadienne-allemande) devenue journaliste d’une scrupuleuse intégrité, s’interrogeait sur les buts poursuivis par la FINA, Marculescu, le (toujours) Directeur de la fédération, lui avait expliqué qu’il s’agissait d’avoir enfin accès au « gâteau » financier dont les grandes Fédérations Internationales et le CIO se goinfraient alors que la natation, selon lui, n’avait que les miettes. Je me souviens encore des yeux écarquillés de Karin quand elle me rapportait cette conversation!

Entendons-nous bien : augmenter la part du gâteau de la natation, n’est pas en soi une mauvaise chose. Mais que cela devienne l’alpha et l’omega d’une politique aux dépens de tout le reste, cela revient à effectuer des décisions et accepter des dérives  politiques douteuses.

Cela a été, par exemple, développer sans cesse le programme au-delà du raisonnable et jusqu’au pléthorique, en ajoutant régulièrement des épreuves redondantes ou sans signification comme les 50 mètres de spécialités, comme le 1500 mètres féminin et le 800 mètres masculin; comme, en eau libre,  le triplement (5km, 10km, 25km du programme initial) auquel s’est ajouté le trio mixte, l’ajout des relais de genre ; comme, en natation synchronisée, la multiplication cancéreuse du nombre d’épreuves, comme destinée à satisfaire l’appétit des Russes et permettant ainsi à leur championne Ilchenko, en l’espace d’UN championnat de se construire un palmarès d’un poids de breloques supérieur à celui accumulé après leurs longues carrières par une Tracy Ruiz ou une Virginie Dedieu, et à la natation russe de grimper au classement des nations des championnats du monde de façon inespérée ; comme, en plongeon, la création de sauts synchronisés et l’adjonction d’une belle épreuve de cirque, le plongeon de très haut vol.

Seul le water-polo jusqu’ici a échappé à ce délire inventeur et cette folie organisationnelle…

DU SUICIDE D’UN ORGANISATEUR CANADIEN AU RETRAIT DE LA CANDIDATURE MEXICAINE

Pour la FINA, s’attribuer sa part du gâteau, c’était, parallèlement, augmenter de façon exponentielle les droits d’organisation des compétitions mondiales (au point de provoquer par exemple le suicide d’un organisateur montréalais en 2005 et le retrait de la onzième heure de l’organisation mexicaine pour 2017) et finalement se jeter, financièrement, dans les bras des seuls pays qui, pour des raisons d’organisation politique extrêmement jacobines, centralisées, acceptent de payer des sommes pharamineuses pour avoir le droit d’organiser ; ce qui fait qu’organiser un mondial de natation relève de la double peine :on se ruine en droits d’organisation pour avoir ensuite le droit de se ruiner en organisant ces compétitions pléthoriques ; c’était mettre en avant et chercher à imposer le sigle FINA comme s’il s’agissait d’une marque déposée ou je ne sais quel gage de qualité – ou comme ces vulgaires organisations qui se disputaient le sommet de la boxe mondiale ou ces franchises américaines, grandes ligues et petites ligues de hockey ou de base-ball : l’air de dire, « attention ce sport nous appartient. »

C’est tordre le sens des choses et détourner l’attention, c’est chercher à imposer depuis le sommet la façon dont le public doit percevoir les choses ; c’est, deux années de suite, nier à Kathleen Ledecky d’être reconnue comme la meilleure nageuse du monde, chose admise par la quasi-totalité de tous les nageurs, entraîneurs, spectateurs, journalistes, observateurs, et promouvoir en lieu et place, avec un culot phénoménal, cette brave Katinka Hosszu pour la simple raison qu’Hosszu, de par son professionnalisme à tous crins, ratisse chaque étape de la Coupe du monde, laquelle n’est rien d’autre pour l’instant que le cirque Marculescu avec ses éléphants, ses lions, ses clowns, et donc la fameuse trapéziste de l’est Katinka Hosszu (roulements de tambours) et dont les étapes, très régionalisées, des Asiatiques en Asie, des Européens en Europe, ne représentent, pour les plus distinguées d’entre elles qu’un cinquième de la valeur d’une finale olympique ou mondiale…

Ce que fait Hosszu en Coupe du monde est certes très bien, mais c’est une suite de triomphes de deuxième division.

LA FINA N’EST PAS UNE FÉDÉRATION INTERNATIONALE, C’EST UN BUSINESS

L’élévation d’Hosszu avait un autre avantage, en 2015, celui de remercier la Fédération hongroise de natation d’avoir pris en catastrophe le relais des Mexicains défaillants dans l’organisation des mondiaux 2017. Distinguer en grande pompe Hosszu à Budapest, c’était renvoyer l’ascenseur tout en s’assurant une couverture locale exceptionnelle. En face de ça, la pauvre Ledecky (qui doit s’en ficher complètement), ayant empilé les records du monde, pouvait se gratter.

Récemment, Erik van Heijningen, président des Pays-Bas, avait basé sa candidature à la présidence de la Ligue Européenne de Natation sur une série d’actions à mener en cent jours. Un vrai programme, ambitieux. Parmi ses propositions, une action concernant le dopage, pour éviter, avait-il suggéré, que ce phénomène ne « tue » le sport.

Puisque nous en sommes aux symptômes, on peut prendre pour un signe que la candidature du président de la Fédération néerlandaise n’avait recueilli qu’un quart des voix des votants au sein de la LEN. En France on a retenu de cette élection que Francis Luyce était vice-président de la LEN. D’autres notaient que Paolo Barelli, l’Italien réélu triomphalement, était toujours poursuivi dans son pays pour certaines jongleries financières comme le « double financement » par le Ministère de l’économie de la piscine olympique de Rome).

On a l’air, ici, de s’être très éloigné de notre sujet, le dopage. Il n’en est rien. Dans la conception du professionnalisme vu depuis la FINA, il est important que la lutte contre le dopage ne nuise jamais aux affaires, et l’essentiel reste que le business soit prévalent. Le succès financier de l’opération championnats du monde nécessite-t-il qu’une nageuse de brasse dopée s’aligne au départ de la course ? On arrange le coup. Les affaires de dopage nuisent-ils à l’image de grands pays organisateurs comme la Chine ? Elisons champion des champions du monde un Chinois dopé et mal élevé par-dessus le marché et faisons-le passer avant le Britannique, le Français ou l’Australien qui, à divers titres, auraient mérité cette distinction au moins autant. Dans ces décisions, dans ce fonctionnement, on voit un divorce prononcé avec ce qu’est historiquement la natation et l’idée qu’on peut se faire d’un sport propre. Le clin d’oeil de dirigeants retors en direction de ce qui est malsain, mais qui paie: « on se comprend », semblent dire Maglione et Marculescu aux dopeurs. « Tant que vous paierez, tant que vous organiserez nos raouts à prix d’or, on vous couvrira, et vous serez honorés. »

Les nageurs peuvent admirer le précédent de l’athlétisme mondial, passé en quelques années du statut de sport éducatif numéro un à celui de creuset d’un dopage massif de ses élites – par le biais, bien évidemment, du professionnalisme. C’est la voie choisie par Cornel Marculescu, Julio Maglione et consorts. On ne saurait trop les féliciter.

 (1). Paradoxe: Sun Yang qui aurait fait un très beau « meilleur nageur » des Jeux olympiques en 2012 et des mondiaux de Barcelone en 2013 en raison de ses doublés sur 400 et 1500 mètres, s’est alors vu préférer d’autres nageurs. A Kazan, il fait moins bien, sort de contrôles positifs, et triomphe. Je dis: bizarre!

NON-ENTRETIEN CHOC DE JACQUES FAVRE SUR SON NON-BILAN

Eric LAHMY

Jeudi 5 Mai 2016

Jacques Favre aime prendre des risques. C’est lui qui le dit. Dans une interview parue dans la revue officielle de la Fédération (mai 2016). L’intervieweur est bluffé. Favre n’annule ni ne retarde pas leur rendez-vous, programmé depuis longtemps, après « la bourrasque médiatique » des championnats de France de Montpellier. Mais il aime les risques, Favre, et celui d’être interviewé par le journaliste officiel de la revue officielle de la Fédération ne lui fait pas peur, bravo.

Il a raison de ne pas avoir peur, parce qu’en six pages illustrées de portraits en gros plan dont on ne saisit pas le bien fondé, il n’a droit à aucune question soit dangereuse, soit même impertinente, et encore moins pertinente – on comprend le questionneur, surtout ne pas heurter un des patrons – ; répondre à des clichés comme « d’une certaine manière on pourrait dire que vous cherchez à renforcer le lien entre le sommet de la pyramide fédérale et les clubs », et surtout pouvoir certifier ce qu’il veut sans être repris, par exemple son « non » à la question de savoir si « la Fédération a négligé ses clubs », ou encore pouvoir balancer que « le sport est désormais un levier aussi important que la culture pour entretenir la cohésion de notre pays », alors que ça fait quarante ans qu’on a eu à peu près tout faux dans le domaine (voir le pourrissement du foot). Mettre en avant tout ce que les poloïstes, les plongeurs, les nageuses synchronisées vont pouvoir faire aux Jeux olympiques (c’est certes bien qu’ils y soient) quand on sait qu’ils participeront sans plus et que ce sont les résultats des nageurs qui seront jugés. Se sortir un peu plus loin d’une question pourtant bien anodine sur la défense du bilan (lequel, d’ailleurs?) au sujet des vingt-huit qualifiés pour les Jeux de Rio par un cryptique « il ne suffit pas de se hisser au sommet d’une montagne et de hurler pour se faire entendre ! Je n’entends pas être jugé sur les résultats olympiques mais sur tout ce qui a été fait depuis un an », montre, un, qu’il prépare le parachute, deux, qu’il n’a sans doute pas bien pris la mesure de l’héritage d’excellence qui est le sien ?

Sommé poliment de développer au sujet de ce « tout ce qui a été fait », nous faire connaître les « microprojets qui mettent de l’air dans le système, à tous ces détails qui font évoluer les mentalités et libèrent les athlètes. Je pense au « lab des Lucioles », expérimentation sur les habiletés mentales et la lucidité, menée auprès des nageurs de l’INSEP, pour apprendre à mieux se connaître, je pense à Gavroche 2024, programme élargi et multi disciplinaire de détection et de suivi de la relève. Je pense à l’intégration de Philippe Lucas dans le staff de l’équipe de France olympique. Je pense au renforcement du suivi social des athlètes » – voilà qui n’est pas forcément anodin, mais soit reste bien elliptique, soit ne pèse pas bien lourd (1).

Il n’est pas bête du tout, le DTN. Il est même bien cérébré, et je crois qu’il pourrait apporter quelque chose à cette natation. Il faudrait quand même qu’il passe l’épreuve de Rio… Pas de la tarte.

En attendant, la preuve est faite que Jacques Favre parle bien. Il faudrait peut-être maintenant qu’il trouve quelque chose à dire.

_________ 

(1). La reconversion des athlètes, qui était à zéro dans le passé, a été prise en compte, et c’est Odile Petit qui s’en occupe à la Fédération. A mes yeux c’est rassurant. Elle fut une nageuse synchronisée épatante, puis est devenue une entraîneur exemplaire.

COMMENT LA NATATION FRANÇAISE SE REMETTRA-T-ELLE DU PASTIS DES SÉLECTIONS ?

BIEN / MAL / JE NE SAIS PAS:

RAYER LES MENTIONS INUTILES

Éric LAHMY

C’est un article assez bizarre paru sur le site SwimSwam, signé Chris De Santis. Le titre est alléchant : qu’est-ce qui a « tué » la natation britannique. Vous lisez et vous vous apercevez qu’il n’y a rien de ce qui était annoncé. Ni le couteau, ni l’assassin… Seulement ce constat : La Grande-Bretagne, qui, en 2014, au sortir d’une saison où on l’avait vue marquer des points autant en championnats d’Europe qu’aux Commonwealth Games, connait en avril 2016 une sorte de régression. On n’en saura donc pas plus, dommage.

Pourtant, au détour de sa non-démonstration, De Santis rédige une phrase digne d’intriguer : “Alors que tant de conversations en cette saison olympique ont tourné autour des minima pour Rio, la Grande-Bretagne s’est détachée. Tandis que la France était en quelque sorte défendable pour ce qui est du niveau de ses minima, la Grande-Bretagne les a gravement surestimés. Dans plusieurs courses, les standards de Rio étaient beaucoup trop hors d’atteinte et démoralisèrent les nageurs. Quand une Chloé Tutton bat le record national de 1s5 sur 200 brasse, établit un temps qui lui aurait donné l’argent à Kazan, et doit ensuite gagner sa sélection sur tapis vert, quelque chose ne va plus. Si dans le passé, voici plusieurs olympiades, des problèmes de la natation britannique devaient être attribués à des minima trop faibles, le pendule s’est incliné trop loin de l’autre côté. »

Voilà qui est fort. Un journaliste britannique donne un blanc-seing aux minima de la natation française ! Il doit être le seul au monde – enfin de ceux que ce genre de choses intéresse, et je crois qu’il a vu le film français en VO sans sous-titres.

Mis à part, donc, le segment de phrase concernant les minima français, tout est vrai. Si une natation a été à peu près aussi follement irréaliste que la française pour ce qui est de ses critères de sélection, c’est bien la britannique. Avec des résultats peut-être destructifs pour leurs nageurs ?

Il y a quand même une différence. A leurs championnats de Glasgow, les Britanniques ont démontré qu’ils disposaient de jeunes d’avenir, la France non. Le constat est clair. A ce jour, nous avons peu de jeunes, peu de talents, peu d’avenir. Pour ce qui est du présent, les championnats de France de Montpellier montrent un visage à l’expression assez floue, un peu Jean qui rit (50m, 100m) et beaucoup Jean qui pleure (à peu près tout le reste, malgré de petits sourires de ci et de là).

Mais le fait du jour n’est pas l’état de la natation française. C’est sa gestion. Après avoir établi ses règles, la Fédération s’est assise dessus. L’affaire des minima a été désolante. Ce qui n’a pas tué Stravius (mais il s’en est fallu de peu) a plus ou moins massacré à peu près tous les autres !!

Comme on avait six qualifiés, plus les relayeurs, on s’est mis à tordre les critères puis à les jeter aux orties et, allant en sens contraire de ce qu’on avait annoncé à grands renforts de coups de menton, on a fini par ajouter la bagatelle de treize filles et garçons et rien ne dit qu’on ne sera pas à 30 nageurs français à Rio – quatre de moins que les Australiens !

Les entraîneurs que l’on a interrogés après la publication des sélections avaient l’air éberlués par ce tour de passe-passe.

L’impression générale a été qu’à la Fédération française de natation, on a vraiment eu peur de rien. Ce qui, en l’occurrence, dans l’esprit des gens, n’est pas un compliment…

Par exemple, Michel Chrétien, l’entraîneur de Jérémy Stravius à Amiens, a dû jouer serré pour amener son nageur à se qualifier : « En effet j’ai préparé Jeremy Stravius en fonction de ces minima. Le côté positif, cela a été de réaliser un temps très difficile. On a été obligés de mettre en place un modèle de nage différent afin d’y parvenir. L’inconvénient, c’est qu’on s’est préparé comme s’il s’agissait d’une haute compétition internationale avec un affutage de trois ou quatre semaines et on a perdu en temps d’entraînement dans notre cycle. »

Aujourd’hui, une chape de plomb a recouvert la sélection des équipes de France. Comment dénoncer cette farce, alors que treize à quinze nageurs ont été récupérés sur le tapis vert ? Les intéressés sont contents, bien sûr, on se met à leur place, ils iront à Rio. Ce ne sont pas leurs entraîneurs, leurs parents, leurs amis, qui vont faire grise mine !

Mais je vous fiche mon billet qu’au fond d’eux-mêmes, ils se disent qu’ils n’ont pas mérité leurs places, que ce sont des manœuvres de couloir qui les ont réintégrés. La fierté en prend un coup. Dommage. Parce que ces jeunes gens n’ont pas démérité : les seuls à s’être plantés sont les supposés adultes que les malheurs de ce temps ont placés aux postes de responsables !

Les minima étaient durs, ce que beaucoup croient utiles, et autant d’autres croient nuisibles. Mais ils n’étaient pas seulement durs. Ils étaient mal pensés, irréalistes, et guère à même de monter une équipe de France cohérente.

Si on ne les avait pas placés, en début de saison, comme un épouvantail à moineaux, et si l’on s’était contenté de dire que l’on ne voulait rien de plus que les minima de la FINA, certes, d’aucune auraient regretté l’intransigeance des minima « à la Fauquet », mais… MAIS ON N’AURAIT PAS FAIT DE LA MOITIÉ DE L’ÉQUIPE DE FRANCE LES OBLIGÉS DE CES MESSIEURS DE LA FÉDÉRATION.

Cette démagogie est une double erreur dont on ignore si les effets vont tarder à se manifester.

La Fédération française de natation s’est décrédibilisée. Son président a joué son rôle dans la partition parce que, bombardé chef de délégation française à Rio grâce au travail de Claude Fauquet, il veut que les nageurs soient nombreux aux Jeux de Rio. Il a parfois montré un certain dépit de voir l’athlétisme déplacer un nombre très élevé de sélectionnés aux Jeux ou aux mondiaux, alors que seulement quelques nageurs faisaient l’équipe. [J’ai accompagné l’athlétisme comme journaliste dans plusieurs de ces compétitions, et je me souviens de collègues qui n’envoyaient plus leurs papiers que de l’infirmerie : une moitié des sélectionnés était blessée, l’autre éliminée en séries. Mais bon, ils étaient quarante athlètes aux Jeux.]  On ne lui a toujours pas dit, à Luyce, que c’est dans l’avion du retour des Jeux que devaient se faire les comparaisons?

JACQUES FAVRE MI-COMPLICE MI-VICTIME ?

Le Directeur technique ? S’est-il fait rouler dans la farine ou a-t-il manœuvré tout son monde? A Montpellier, et même après Montpellier, Jacques Favre paraissait croire à des minima intransigeants.

L’adresse qu’il a rédigée et qui accompagne sa liste de sélectionnés a quelque chose de presque schizophrène. Pendant qu’il permet à vingt-huit nageurs de passer, presque deux fois plus que ce que les minima autorisent, il signe en effet le 6 avril, un texte passablement chtarbé, genre harangue de l’Empereur sur le front des troupes, dans lequel on trouve cependant des phrases qui défendent l’intransigeance dont il s’est défait :

« A la sortie des championnats du monde de Kazan, nous avions choisi de relever de façon radicale notre niveau d’exigence en proposant des critères de sélection aux Jeux Olympiques très élevés. C’est la bonne décision, nous poursuivrons et durcirons ce modèle dans l’avenir… Les meilleurs nageuses et nageurs français se sont engagés depuis 7 mois pour répondre aux exigences que nous leur avions fixées afin de séparer froidement « le bon grain de l’ivraie ». Ils ont, la semaine dernière, véritablement inversé le niveau des championnats de France…Au regard des enjeux sportifs, nous nous devons de respecter les règles que nous nous étions fixées pour pouvoir choisir qui participera aux Jeux Olympiques parmi nos meilleurs athlètes. »

Cet exposé, manifestement, n’est pas celui du sélectionneur ! Favre Jacques, son signataire, ne sait pas que Jacques Favre, le DTN, n’a respecté ni les règles, ni le niveau d’exigence. Ces deux-là feraient mieux de se parler plus souvent! Ignorance, déni de réalité, dédoublement de personnalité ? Ou simplement paresse, Favre Jacques ayant écrit son poulet avant les tripotages d’après championnats et n’ayant pas pensé indispensable après coup de revoir son texte, en fonction des décisions de Jacques Favre ?  

Selon la formule qui revient à rechercher « à qui le crime profite », d’aucuns désignent le club de Marseille. Les Phocéens ont réalisé la bonne affaire, ils comptent dix nageurs (douze avec ceux qui l’utilisent comme pôle France) sur les vingt-huit (en attendant ceux qui pourraient être rajoutés après les Européens de Londres) de l’équipe de France. Et une brochette de qualifiés sur le tapis vert…

Le méfait parait d’ailleurs signé, quand s’ajoute le nom de Fred Bousquet sur la liste. Dans quel pays vit-on? Dès lors, Jacques Favre, issu du Cercle, mais manquant d’expérience, se serait-il laissé circonvenir ?

Tout désigne Marseille derrière l’étrange revirement en épingle à cheveux qui a surpris tout le monde après les championnats de France. Etrange ?

« Jamais ces dernières années les nageurs n’étaient partis des championnats de France sans savoir s’il étaient sélectionnés », m’assure un technicien. Je ne suis pas tout à fait sûr de cela, mais en réalité, le Comité directeur se serait bel et bien réuni à Montpellier après les championnats, et aurait désigné QUINZE nageurs pour Rio. Là-dessus, Favre, Luyce, etc., s’asseoient sur la liste, trois jours se passent, et à l’issue d’une agitation fiévreuse de concertations téléphoniques ou autres entre Favre, Luyce, et semble-t-il quelques Marseillais triés sur le volet, par une mystérieuse scissiparité, les quinze deviennent vingt-huit.

LES VAINQUEURS SONT LES REPÊCHÉS. ET LES VAINCUS, CEUX QUI ONT CRU AUX MINIMA

Si l’on ne trouvait que des vainqueurs dans ce scénario, tout irait pour le mieux dans la meilleure des Républiques bananières (en attendant, certes, de payer l’addition à Rio de Janeiro).

Mais voilà, Jacques Favre a joué avec le feu, et ce sont des nageurs qui se sont brûlés… Tous ceux qui ont été troublés par ces minima.

Michel Chrétien, l’un de ceux que j’ai interrogé, reste prudent dans ses formulations. On évoque Pauline Mahieu que tout le monde attendait et qui paraissait en confiance avant Montpellier. « On fonde beaucoup d’espoirs pour Pauline mais elle reste très jeune et il n’est pas impossible que dans un coin de sa tête, elle ne songeait pas, plutôt qu’à Rio, aux compétitions juniors, » dit ce sage entraîneur amiénois. Et qui sait en effet ? Dans quelques années, cette affaire prendra pour elle l’allure d’une simple anecdote, et non plus d’un traumatisme.

Michel Chrétien s’inscrit en faux sur le bruit selon lequel les minima olympiques ont été élaborés par le « collège des entraîneurs », « cellule de réflexion auprès du Directeur national du moment », et dont font partie tous les entraîneurs qui ont un nageur dans l’équipe nationale, Richard Martinez, Fabrice Pellerin, Romain Barnier et ses assistants à Marseille, Lionel Horter, etc. On a entendu dire que c’est là que les minima ont été forgés – d’aucuns désignent Romain Barnier comme leur auteur – et que les entraîneurs en ont eu vent à ce moment.

« Il n’en est rien, on nous a seulement dit qu’ils seraient très durs, mais ne savions rien d’autre et n’en avons appris la teneur exacte qu’en même temps que tout le monde. » Barnier, d’ailleurs, était contre le fait d’ajouter des minima français, et voulait en rester à ceux de la FINA. Mais même s’il n’y est pour rien, c’est bien ce scénario qui a prévalu !  

Les temps de passage de bien des nageurs qui ambitionnaient une place aux Jeux ont témoigné d’une stratégie très aventureuse, choisie en fonction de ces temps de qualification terriblement durs. A la poursuite des minima, Charlotte Bonnet est passée en 56s20 pour un temps final de1m56s32 sur 200 mètres. En 2015, elle avait nagé 56s69 au passage de son 1m56s16…

Sur 400 mètres, Coralie Balmy, est passée en 2m0s65 pour 4m5s38, alors qu’en 2015, elle avait viré en 2m2s66 pour 4m7s42. Sa nervosité initiale se voit dans la première moitié de course… Elle avait fini pratiquement aussi vite en étant en bien moindre forme en 2015. Pauline Mahieu 29s65 pour 1m2s49 au 100 mètres dos, contre 29s62 pour 1m1s34 en 2015. Or elle s’annonçait elle-même en forme, et a raté ses courses. Là, son cas ne prouve rien, mais l’idée que le stress des minima a joué ne doit pas être rejetée.

Sur 200 mètres brasse, Fanny Deberghes, 1m10s87 (et surtout 33s36) pour 2m28s67. Elle nage d’abord pour 2:25s avant que le ciel ne lui tombe sur la tête. Paquit, qui ne songe sans doute pas au minima, ou pas de la même façon, équilibre sa course, passe en 34s27 et 1m12s01 pour gagner en 2m28s65. A poursuivre les deux lièvres du titre et des minima, Fanny perd tout. Sur 200 mètres papillon, Jordan Coelho passe en 25s62 et 55s03 pour 1m56s49. L’année d’avant, 25s95 et 55s82 pour 1m56s47. Il passe donc 0s8 plus vite pour tout reperdre ensuite.

Sur 400 mètres, Pothain va passer en 53s87 et 1m51s32 pour un temps de 3m47s77. On peut voir dans cette entame ultra-rapide une objurgation à tout tenter pour atteindre ces irritants minima. Ce n’est pas absolument sûr, car Pothain a l’habitude de partir vite. En 2015, il est passé en 1m53s10 pour un temps final de 3m49s66, en 2014 en 1m54s3 pour finir en 2 minutes : 3m54s36…

JORIS BOUCHAUT NOYÉ DANS LA SOUPE AUX MINIMA

L’une des victimes les moins contestables de la soupe aux minima est Joris Bouchaut. Joris, perle du demi-fond antillais, entraîné à Toulouse, est d’une espèce rare, un doué besogneux. Il faut, pour le demi-fond, disposer d’un physique et d’un mental. Joris a les deux. Il y a les experts du 50 mètres, Bouchaut en aligne trente d’une seule pièce sans sourciller.

C’est aussi un pratiquant fidèle de l’égalité d’allure, voire de la course en accélération. Le garçon parait disposer d’un chronomètre incorporé.  Il nage dans le seuil (ce passage physiologique, à la fois mythique et bien réel, entre l’aérobie et l’anaérobie) et « gère » avec talent. Il faut pour cela de l’intelligence, du sang froid et une connaissance approfondie de ses potentiels.

Un entraîneur, aujourd’hui retraité, qui le connaît bien, m’affirme qu’il était contraint de le secouer pour qu’il ne parte quand même pas trop lentement… En 2014, il a dominé le bilan national du quinze cents mètres en 15m8s après être passé en 7m36s dans les basques de Damien Joly qu’il a écoeuré ensuite par son gros finish, nageant ses trois tiers de courses en respectivement 5m5s, 5m2s et 5m1s !!

Ces derniers mois, Joris, dans ce domaine, a atteint sa perfection. On croirait que ce garçon a avalé un pendule. En novembre dernier, en petit bassin, à Angers, il a battu son record du 1500 mètres avec 14m35s08, et nagé toutes ses fractions de 100 mètres du 200 au 1400 entre 58s35 et 59s13…

…Quand il arrive à Montpellier pour disputer ses chances olympiques, Bouchaut sait cependant qu’il ne pourra pas atteindre les temps exigés s’il ne tente pas autre chose. Les minima insensés sont sous les 15 minutes. Joris se sent donc contraint à l’exploit. La mort ou la victoire… Il va donc faire comme beaucoup d’autres nageurs: nager contre nature…

…Son entame à Montpellier se situe au croisement de l’héroïque et du suicidaire. Je ne vous ferai grâce d’aucun centième, 57s90 au 100m, 1m57s94 au 200m, 2m58s19, 3m58s76, 4m59s27, 6m0s81, 7m2s39, 8m4s34, 9m6s19, 10m7s72, 11m9s40, 12m12s42, 13m16s07, 14m20s08, 15m22s38. Pendant trois ou quatre cents mètres, Bouchaut s’est mis au niveau des minima (que même Joly n’atteindra pas).

Bouchaut, le 4 mars précédent, avait nagé 15m7s79, passant en 58s97 au 100 mètres, 5m1s96 et 10m4s76 course équilibrée en 7m32s78 plus 7m35s01. Il a liquidé ses derniers deux cents en 1m59s43. A Montpellier, détruit par la course aux minima, il finit sept secondes moins vite en 2:6s31, derrière Nicolas D’Oriano, qui ne l’a jamais devancé jusqu’alors et qui est récupéré pour les Jeux olympiques…

Bien entendu, quand la FFN tente de recoller les morceaux dans les jours qui suivent les championnats, Bouchaut part au vide-ordures, victime collatérale des errances venues d’en haut…

Je ne sais combien la natation française, à Montpellier, a compté de Joris Bouchaut, mais j’avoue avoir de la compassion pour eux. Pas parce qu’ils n’ont pas été sélectionnés. Mais parce qu’on les a trompés, et ça m’ennuie un peu.

Je ne sais pas quelles jolies phrases Favre pourrait faire les concernant… Un mot d’excuse, peut-être, suffira ?

…Par amitié, trouvez-moi la morale de cette histoire, moi je n’en ai pas !

YANNICK AGNEL ET LA BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE DE MONSEIGNEUR PHELPS

Éric LAMY

Mercredi 20 Avril 2016

Donc Michael Phelps a plébiscité Yannick Agnel. Cela peut n’être qu’un propos diplomatique. Mais pour lui, le Français peut gagner le 200 mètres nage libre à Rio. C’est un regard à la fois technicien, positif et sans doute amical du plus fameux nageur de notre époque à quelqu’un qu’il a bien connu, semble avoir apprécié, et avec qui il a partagé des lignes d’eau à l’entraînement.

Bien entendu, Phelps n’a sans doute pas suivi le détail de la saga d’Agnel depuis deux ans, et cette difficulté de revenir aux commandes que le Français a vécu.

Puisque Phelps a positivé sur le Français, essayons de le suivre dans cette voie, fut-ce sans trop se faire d’illusions, mais en mesurant les atouts du toujours champion olympiques de Londres.

Premier point : Agnel, dans son arrivée à moitié plantée et à moitié noyée des championnats de France de Montpellier, touche en 1:46s99. Or les images filmées montrent qu’il a une tête d’avance sur Pothain à ce moment. On en conclut que s’il n’avait pas tâtonné vers le mur comme quelqu’un qui cherche son chemin (ou, autre hypothèse, que les chronométreurs n’ont pas nourri le système d’un temps inventé vu que le sien ne s’était pas inscrit), il aurait été crédité d’un temps d’un dixième supérieur à celui de Pothain, donc de l’ordre de 1:46s7.

Agnel, 16e dans les bilans de l’année, aurait été avec 1 :46s70, 12e ex-aequo, ce qui ne permet pas de pavoiser ou de le marquer favori possible olympique, mais est très loin d’être misérable.

Et puis il y a un mais qui pourrait lui être favorable. La densité des bilans. Eloigné en place, Agnel n’est pas si loin en termes de performances. Le meilleur nageur de l’année est James Guy, avec 1 :45s19. C’est trois mètres d’avance. Enorme, et pas tant que ça à la fois. Dans les trois quatre mois qui nous séparent des Jeux, est-il possible de combler ce gap ? Disons que ce n’est pas impossible. Cela reste très théorique, mais voilà…

Un autre point positif, c’est que le 200 mètres n’a guère évolué depuis 2012, quand Agnel a triomphé aux Jeux olympiques en 1:43s14 devant les deux Asiatiques de service Park et Sun, 1:44s79.

En 2015, James Guy a dominé le bilan avec 1:45s14 devant Yang, 1:45s20.

En 2014, le mieux disant a été Thomas Fraser-Holmes avec 1:45s08 devant Kosuke Hagino, 1:45s23. En 2013, seul Agnel est passé sous les 1:45s, avec 1:44s20 devant Yang, 1:44s47 et Danila Izotov, 1:44s87.

Depuis 2013, personne n’a franchi jusqu’ici la limite des 1:45s. Si les choses en restent là…

Bien entendu, rien de tout cela n’est sûr et il faut être un incorrigible optimiste pour penser que d’ici les Jeux ou aux Jeux, de grosses performances ne risquent pas de dégringoler. Pour Agnel, les questions qui se posent à mon sens sont les suivantes :

1)       A-t-il conservé sa détermination et son enthousiasme, et à l’approche des Jeux peut-il trouver une volonté inébranlable de l’emporter ?

2)       A-t-il toujours sa santé ? Est-ce que deux épisodes de pleurésie n’ont pas entamé son potentiel physique ?

3)       Est-il au point techniquement ?

En cas de triple réponse positive, tout reste possible. Il ne pourra pas maîtriser ce que feront les autres nageurs, mais s’il parvient à maîtriser ce qu’il fait…

YANNICK AGNEL, LA LENTE ET IRRÉSISTIBLE PLONGÉE D’UN VAINQUEUR OLYMPIQUE

YANNICK AGNEL PERDU DANS QUEL BROUILLARD ?

Éric LAHMY

Mardi 9 Février 2016

AUCUN NAGEUR DANS L’HISTOIRE OLYMPIQUE DE LA COURSE, ENTRE 1968 ET 2012, N’A RÉUSSI À CONSERVER LE TITRE DU 200 MÈTRES. C’EST DIRE L’EXPLOIT QUE SERAIT UNE VICTOIRE D’AGNEL QUATRE ANS APRÈS LONDRES. MAIS TOUT CELA PARAIT LOIN. BIEN LOIN. TROP LOIN…

C’est l’image du boxeur sonné mais qui continue à simuler tous les gestes du combat. Il est là, « punch drunk ». Saoulé de coups. Cuit, incapable de filer un jab, ni d’en prendre un, mais pas sûr qu’il le sache vraiment. Il s’en doute cependant un peu, et c’est pour ça qu’il ne parait plus nulle part. Regarder ailleurs, faire comme si…

On l’écoute. Il a encore perdu récemment cinq kilos. Depuis deux ans, il a dû en perdre vingt avant de les reprendre. Mauvais signe parmi d’autres, cette tendance à faire du gras n’est pas une caractéristique du champion préparé sérieusement, en possession de ses moyens. Passé nageur de l’est, mais aussi nageur de lest ! Voilà qui est lourd de conséquences !

Quoi d’autre ? Il se « régale. » Il se « reconstruit. » Il est « en reconstruction. » On dirait quand même qu’il repose sans arrêt la première pierre de son édifice. Zéro compétition et silence radio. Ou plutôt non, il envoie des tweets du style tout va très bien madame la marquise. Une compète en Slovénie. Une photo de Phuket, en Thaïlande, où il s’est entraîné pendant un mois, et a sans doute visité Koh Tapu. Tous les grands nageurs foncent en stages d’altitude, lui c’est au bord de l’eau, au  niveau de la mer, VVF cinq étoiles… Un tweet allusif au « caturday » [le samedi comme-ci comme-chat qu’il a lancé chez Bowman et qui semble toujours l’amuser]… Enfin, des tweets, vous voyez, des petites miettes de vécu qui ne visent pas plus loin que le bout de son nez. Agaçant quand on se souvient de ce que ce jeune homme paraissait recéler de profondeur, de subtilité, de vivacité… Rendez-nous Yannick Agnel ! Bon, 153.000 followers…

Pour le reste, des entretiens, délivrés par le biais de RMC et BFM télé. De la com’ maquillée. Questions bateau, réponses sous-marin. Ça va ? « Oui ça va », ou « demandez à mon entraîneur… » Ouh, ça donne envie de lire, lui qui dévorait Gogol !

Le week-end passé, à Amiens, pour le meeting Camille-Muffat, Jeremy Stravius a nagé 50-100-200. A chaque compétition, explique-t-il, il apprend certaines choses, met en place des techniques, teste ses moyens, s’essaie à des trucs nouveaux. Il prépare les Jeux olympiques avec un entrain renouvelé. Florent Manaudou, lui, a laissé courir les 50 dos et papillon qu’il affectionne et s’est concentré sur 50 et 100 mètres. Lui aussi s’inquiète, travaille, met en chantier des mécanismes qu’il convient d’intégrer complètement. Je ne sais pas s’il y croit, mais au moins il s’en donne l’air. Il a explosé le 50 mètres, le 100 est encore un chantier, mais la direction est prise. Hosszu s’est multipliée, Sarah Sjöström aussi, Bonnet a nagé tout plein… Coralie Balmy a dévoré un 400 avec un bel appétit. Pothain déglingue ses records sur 400.

…Agnel, lui, cela fait trois ans que son projet s’émiette, que sa stratégie se consume, qu’il nage de moins en moins longtemps, de moins en moins vite, que sa nage s’est déconstruite, pour ne pas dire détruite. C’est l’abonné absent, le nageur fictif, ou abstrait… On ne sait pas où il est, mais on sait où il n’est pas. A la place qui est censée être sienne.

Il restera sans doute le meilleur nageur français de tous les temps (champion olympique et du monde, et de relais), et aussi cet immense sourire, et sa gentille famille recomposée, et des messages qui allaient droit au cœur, on ne lui enlèvera pas ça de sitôt. Mais il aura été en même temps une étoile filante, et, aujourd’hui, ressemble de plus en plus à un vieux roi du ring qui retarde au maximum l’instant de remettre sa ceinture en jeu, ou la Du Barry au pied de l’échafaud: « encore un instant monsieur le bourreau. »

 JAMAIS REMIS DE SON DIVORCE NICOIS

Les ennuis commencent après les Jeux. Le mauvais côté de sa relation avec son entraîneur niçois éclate. Fabrice Pellerin explique depuis toujours à ses nageurs que les Jeux ne sont qu’une épreuve parmi d’autres. C’est une bonne façon de démystifier l’ogre olympique, que de faire croire qu’il n’a rien de spécial.

Mais après la razzia de Londres, Pellerin persiste et signe, il a dû finir par croire à son pieux mensonge. Ô Niçois qui mal y pense! Le coach a oublié la vérité. Les Jeux ne sont pas une épreuve parmi d’autres, pour une raison bien simple : parce que des milliards de personnes les scrutent pour des millions qui regardent les mondiaux et cinq mille trois vingt-cinq la Coupe du monde FINA qui ne sert qu’à bombarder HOSSZU nageuse FINA de l’année en lieu et place de Katie LEDECKY. Les Jeux ne sont pas une compétition comme une autre, il sont LA compétition qui compte. La seule.

Et le voilà, Pellerin, qui exige de ses nageurs qu’ils reprennent l’entraînement le plus vite possible, tout de suite après Londres ; cette erreur d’un des plus fins techniciens au monde, je ne sais pas pourquoi mais tous les entraîneurs qui ont réussi l’ont partagée, Lucas avec Manaudou, Auguin avec Bernard ont voulu aussi que leurs élèves ne s’arrêtent pas. A l’arrivée, tous les champions ainsi sur-sollicités, asphyxiés d’effort, ont abandonné : même Camille Muffat a sans doute raté, en 2013, le mondial par manque de fraîcheur, pour n’avoir pas coupé les mois de l’hiver 2012…

Cette erreur récidivante des coaches est-elle généralisée dans le monde ? Non, a l’air de dire Marc Begotti : « un jour je parlais avec l’entraîneur de Kristin Otto et Stellmach ; en RDA, me disait-il, quand un nageur avait fini une olympiade et on savait qu’il irait au bout de la suivante, on le mettait au repos pendant six mois; ça m’a semblé une idée intéressante. »

Muffat avait un long passé derrière elle et peut-être aurait-elle de toute façon passé la main avant Rio. Pas Agnel. Mieux géré dans le temps, il aurait dû pouvoir redémarrer. Il quitte Nice, excédé par sa relation avec Pellerin, après avoir claqué la porte. Et commet (le crois) l’erreur de rejoindre le coach de Phelps, Bob Bowman, où sa technique commence à partir en quenouille pour des raisons difficiles à expliciter sauf à admettre que « le meilleur entraîneur du monde » est incapable de voir qu’un nageur perd sa précision gestuelle.

Mais aussi (surtout?), Agnel entre dans un mode de vie de « professionnel » de la natation qui, me semble-t-il, ne peut pas lui convenir. A moins qu’on se soit complètement trompé à son sujet. Ce garçon parait trop cultivé, trop cérébral pour se construire dans des « aller et retour » de piscine. D’aucuns se complaisent dans ce mode de vie. Mais lui ?

Nul n’ose le dire. Mais beaucoup de gens dans la natation croient qu’Agnel est fini. Qu’il ne retrouvera pas ses performances, et de loin, au moins d’ici les Jeux. Que son absence est le signe incontournable d’une perte de confiance, d’une incapacité à conserver sa nage.

Pourquoi ne pas le dire ? Par crainte de paraître idiot! Si jamais Agnel craquait un 200 mètres en 1’44.-1’45. aux championnats de France, de quoi aurions-nous l’air? Mais je veux bien être comme la lune (et d’ailleurs très heureux de l’être) si cela arrive…

Pour expliquer ce qui arrive probablement à Agnel, et pourquoi cet événement butte sur des non-dits, je vais utiliser deux histoires que je sors de mon chapeau.

QUAND MARY-LOU RETTON NE CESSAIT PAS DE NE PAS S’ENTRAINER

1)…Celle de la gymnaste américaine Mary-Lou Retton. Retton est devenue une gloire nationale US en triomphant aux Jeux olympiques de 1984. En 1987, une stagiaire de L’Equipe, ancienne gymnaste, rencontre des copines US au Grand Prix de Paris. Les filles lui racontent que Retton ne s’entraîne pas et n’ira pas aux Jeux de Séoul.  SCOOP! Notre stagiaire envoie l’info. A l’agence France Presse, vexés comme des poux de s’être fait griller, on émet une réaction outragée et rapporte un démenti encore plus outragée de l’agent de la gymnaste qui s’entraîne, dit-il, et sera bel et bien présente aux Jeux de Séoul. Au lieu de défendre son informatrice, L’Equipe passe piteusement la dépêche de l’AFP. Et la stagiaire se fait savonner par les ahuris du « groupe olympique » du quotidien du sport. Or Retton a bel et bien cessé de s’entraîner. Mais ses contrats de sponsoring et les copieuses mensualités qui y sont attachées sont liés à sa poursuite de l’activité. Retton annoncera sa retraite, forcée et contrainte, deux ans après l’avoir prise, le jour même des « trials » US 1988, où elle déclare forfait. La pigiste sanctionnée pour avoir bien travaillé a entre-temps claqué la porte du quotidien. Elle vit à Melbourne, en Australie, où elle enseigne le français.

QUAND MICHAEL PHELPS NE VOULAIT PLUS

2)…L’affaire Tyler Clary-Michael Phelps.

Cette affaire est bien racontée par Jim Alexander dans The Press-Enterprise du 16 novembre 2015. Clary, le champion olympique de Londres, un mois avant d’arracher son titre, créa, en juillet 2012, un choc national, quand il affirma que Michael Phelps, qu’il avait côtoyé à Michigan, n’avait montré aucun empressement à s’entraîner.

L’article une fois publié, Clary tenta une marche arrière presque immédiate. L’ampleur que prenaient ses propos, les hurlements de son propre agent, le fait qu’il devrait nager en camp d’entraînement avec Phelps, sont autant de bonnes raisons pour rentrer dans sa coquille.

Trois années plus tard, en octobre 2015, Michael Phelps donnera pourtant raison à l’analyse de Clary dans une interview à la revue Sports Illustrated. « Après 2008, j’étais mentalement cuit. Je n’en voulais plus. Mais je savais aussi que je ne pouvais pas m’arrêter. Je me suis donc forcé à faire quelque chose que je ne voulais pas faire en réalité, continuer à nager. Pendant cette période de quatre ans, je manquais en moyenne deux séances par semaine. Pourquoi ? Je ne voulais pas y aller. Pas question. Qu’ils crèvent! Je dors. Je saute vendredi et me paie un long week-end.” Or c’est assez exactement de cet état d’esprit chez Phelps qu’a témoigné Clary trois ans plus tôt. « J’ai vu un vrai manque de préparation chez lui. Au départ, c’était un nageur qui ne voulait pas se trouver là. Ils peuvent évoquer tous ces buts, et leurs plans, et leur préparation. J’ai vu. Et aucun rapport. Il était quelqu’un à qui on avait demandé de prendre des coups depuis trop longtemps. Et le fait qu’il est qui il est, et qu’il a fait ce qu’il a fait, constitue un obstacle mental sévère pour beaucoup de monde. On voit cela dans beaucoup de sports, et c’est toujours la même histoire. Les reporters arrivent et on leur répond, « oh yeah, j’ai tellement travaillé, j’ai tel et tel but, bla bla bla bla. » Maintenant allez-y incognito, suivez un seul entraînement en cachette. Un seul entrainement, pas plus. Cela suffit. Vous voyez la différence dans l’éthique de travail. »

Vous aurez compris: le scandale n’et pas que le roi soit nu, mais de dire qu’il est nu; le champion, ce roi de notre temps, est intouchable et sacré. Et l’ère professionnelle a changé la donne des carrières. Dans le passé, on arrêtait sa carrière quand on l’avait décidé. Aujourd’hui, on arrête et on fait semblant de continuer tant que ça arrange tout le monde et le tiroir-caisse par-dessus le marché.

L’affaire Agnel pourrait bien ressembler à ce piège de silences distillés. Aucune vraie information ne le concernant, mais de la communication, orchestrée par des gourous. La communication ? Ce cancer de l’information, ce vomi qu’on vous fourgue pour aliments.

J’oubliais de préciser. L’entraînement d’Agnel, à Mulhouse et ailleurs, s’effectue à huis clos. Les journalistes n’y sont pas les bienvenus.

UNE SORTE DE MALEDICTION

En général, il n’y a aucune sévérité dans ce soupçon de carence que font tous ceux qui ne croient pas au retour d’Agnel. Bien au contraire. On trouve des raisons, on dit comprendre. « Laure Manaudou, Alain Bernard, Camille Muffat, Yannick Agnel montrent combien il est difficile, en France, pour un champion olympique de natation, de rebondir, » me disait en l’espèce Jean-Christophe Sarnin. Lui qui a manqué d’un rien le titre mondial du 200 mètres brasse en 1998, devenu entraîneur en Suisse, est sûr d’une chose : « en gagnant à Londres, il a vécu quelque chose de tellement extraordinaire, de tellement satisfaisant, qu’il lui devient terriblement difficile de rebondir. »

D’autres rejoignent Sarnin en focalisant sur la quasi-impossibilité de gagner deux titres olympiques de suite, et parlent, pour les champions français, d’une sorte de « malédiction ». Je n’y crois pas trop, et le contre-exemple s’appelle Florent Manaudou, toujours dans le coup. Une chose vraie, c’est que les exemples en sens contraire de Phelps, Lochte, Coughlin, ne sont pas nombreux. Habituellement, un champion olympique ne conserve pas son titre quatre ans plus tard. Ce qui est encore plus vrai en nage libre…

Les nageurs qui ont depuis 1948 conservé leur titre olympique en nage libre sont tous des monstres sacrés: Alexandr Popov et Gary Hall sur 50 mètres, Popov et Van Den Hoogenband sur 100 mètres, Murray Rose et Ian Thorpe sur 400 mètres, Michael Burton, Vladimir Salknikov, Kieren Perkins et Grant Hackett sur 1500 mètres. Dans les spécialités, David Theile, Roland Matthes et Aaron Peirsol sur 100 mètres dos, Roland Matthes sur 200 mètres dos, Kosuke Kitajima sur 100 mètres brasse et sur 200 mètres brasse, Michael Phelps sur 100 mètres papillon (trois fois),  et sur 200 mètres papillon, Tamas Darny et Michael Phelps (encore trois fois, le bougre) sur 200 mètres quatre nages, Tamas Darny, Tom Dolan, Michael Phelps sur 400 mètres quatre nages.

Finalement, il y en a un certain nombre. Mais il n’est peut-être pas inintéressant de noter que personne, même pas des monuments comme Phelps, Spitz ou Gross, ni même Thorpe ou Van Den Hoogenband, n’a réussi à conserver son titre olympique sur 200 mètres nage libre !

Le programme de la course ne démarre qu’en 1968. Auparavant, les nageurs de 200 mètres devaient se contenter, aux Jeux olympiques, de s’exprimer sur quatre fois 200 mètres. En 2000 et 2004, deux nageurs intervertissent leurs places, Peter Van Der Hoogenband, vainqueur en 2000, et Ian Thorpe, vainqueur en 2004… Tous deux se sont interdits l’un l’autre d’effectuer le doublé.

Si Agnel ne gagne pas à Rio, il sera donc en bonne compagnie. Mais la vraie question est : sera-t-il seulement à Rio ?

 

MISSY FRANKLIN, C’EST QUOI LE SOUCI?

RIEN NE VA-T-IL PLUS POUR LA REINE DES JEUX DE LONDRES ET DES MONDIAUX DE BARCELONE?

Eric LAHMY

Lundi 18 Janvier 2016

Dans USA Swimming, la revue de l’association américaine, si Katie LEDECKY avait bien spécifié qu’elle nagerait tout le crawl du 100 au 1500 mètres au meeting d’AUSTIN,  et qu’après deux semaines à Colorado Springs (« j’aime m’entraîner ici, c’est un si bon environnement, tellement concentré, seulement juste manger dormir nager, manger dormir nager. Et je respire mieux quand je redescends d’altitude. »), elle se sentait en forme ascendante, les chroniqueurs maison se sont un peu plantés de guingois en présentant ce qu’ils estimaient être l’affrontement majeur du meeting Arena d’Austin : celui de Katie LEDECKY et de Missy FRANKLIN.

L’idée était que ces deux filles se rencontrant sur 100 et 200 mètres, l’une, FRANKLIN, avait le dessus en termes de vitesse, et l’autre, LEDECKY, en termes de résistance. Pas bête, mais voilà, difficile de raisonner en face de LEDECKY, et celle-ci a fait exploser toutes les expectatives. Désormais, à l’issue du 100 mètres d’Austin, LEDECKY est plus rapide et plus résistante ! Allez faire monter la mayonnaise sur le suspense dans l’événement maintenant.

Que se passe-t-il avec FRANKLIN ? Bon, d’abord, il y a que, comparativement à LEDECKY, toute nageuse de crawl est mise minable. Cela a commencé sur 400, 800 et 1500 mètres en 2012, puis c’est descendu sur 200 mètres avec le titre mondial à Kazan, en 2015. C’est de plus en plus vrai, la robuste gamine de 18 ans et d’1,83m ne cesse de progresser au niveau des records du monde, lesquels sont hors de portée de toutes ses adversaires. En vieillissant, elle prend de la vitesse sans trop paraître être affectée en endurance. Arrivée très jeune, elle a passé victorieusement le cap de la puberté à la fois physiquement en mentalement. Elle est capable de rester concentrée sur son projet qui est triple : nager, nager et nager.

En face, Missy a-t-elle tout simplement au moins partiellement la glisse, la légèreté qui a fait d’elle, à seize ans, la meilleure dossiste du monde et à dix-sept la nageuse des mondiaux de Barcelone. Bien malin qui pourrait le dire. Nul jusqu’ici ne s’est risqué à une telle hypothèse. FRANKLIN est certes une très grande fille de six pieds un pouce et demi, ce qui se traduit grossièrement par 1,87m – et on ne voit pas chez elle de changements morphologiques importants. Elle pèse 5 kilos de plus que LEDECKY pour 4 centimètres de taille en plus et est relativement solide de jambes. Cela dit, on la crédite toujours du même poids, 75kg, qu’en 2012. Elle est toujours dotée des spécificités morphologiques (grands bras qui lui donnent une envergure de 1,92m, battement de pieds très puissant) qu’on a avancées comme étant des « secrets » de ses succès. On sait par ailleurs qu’avec Todd SCHMITZ, elle n’avait pas l’habitude de s’entraîner beaucoup – presque deux fois moins que les autres grands nageurs. Est-ce que ce régime léger a fini par la rattraper ?

Alors ? Peut-être est-ce seulement qu’elle a atteint ses limites ? Ou encore que, sortie du cocon universitaire après deux années à Berkeley, elle a du mal à s’adapter aux contraintes du professionnalisme ? Missy semble être une jeune fille scrupuleuse ; il n’est pas interdit de penser qu’elle s’impose d’accorder beaucoup trop de temps aux obligations que requièrent d’elle ses sponsors. Elle a passé aussi pas mal de temps à des opérations charitables ou autres que ses tendances mystiques la poussent à satisfaire. Y a-t-il là de quoi l’empêcher de prospérer à la veille des Jeux ? Possible.

Mais en-dehors de ça, ce qu’elle exprime de ses journées est extrêmement précis. Quatre heures de natation en deux séances plus une à la « salle de poids », neuf à dix heures de sommeil par nuit plus une courte sieste de trente minutes, une alimentation équilibrée. Ah ! Oui, ce qu’elle déteste le plus c’est la course à pied : « je ne saurais pas courir pour sauver ma vie », plaisante-t-elle. Mais jusque là, ça ne l’a pas empêchée de nager vite… Alors ?

S’entraîne-t-elle trop peu au regard des fanatiques à la LEDECKY, HOSSZU et autres pour lesquelles la natation, c’est du huit heures par jour ? A-t-elle épuisé ses capacités de progrès, après avoir été une quasi-géante de quatorze ans ? On sait aussi parce que Schmitz l’a déclaré, qu’elle utilise relativement mal tout ce qui est lié aux murs du bassin, départs et virages. D’après le coach, c’est sa taille qui la handicape dans ce domaine, et pour sa part, il semble avoir jeté l’éponge : « on a suffisamment exploré dans cette direction » dit-il avec le ton de celui qui n’y croit plus. Bob BOWMAN, pour Michael PHELPS, avait été plus tenace, et avait fait appel, afin d’améliorer les départs et les virages de son champion, à un spécialiste du sprint…

L’autre piste : ces ennuis de dos, ces crispations extrêmement douloureuses (« insupportables » a-t-elle affirmé) qui ont ruiné sa saison 2014 et la contraignent depuis dix-huit mois à de quotidiennes séances de soins et qui, peut-être, entravent sa progression ?

Bon, il n’y a pas mort d’homme. Mais s’il est une nageuse américaine qu’on aimerait voir briller, pour ce qu’elle propose en-dehors de l’eau, ce qu’elle irradie, sa personnalité exemplaire, c’est bien Missy FRANKLIN.

SI ON EN FINISSAIT AVEC LE « DOPAGE » DE SHIWEN YE?

ARRETONS DE CHINOISER, SHIWEN YE, A LONDRES N’EST PAS PLUS DOPEE QUE KATIE LEDECKY!

Eric LAHMY

Samedi 9 Janvier 2016

Pourquoi ne faut-il jamais dire qu’une performance exceptionnelle démontre un quelconque dopage? Parce qu’alors, tout recordman, toute recordwoman du monde aujourd’hui, est dopé(e)… En 2012, sous l’impulsion de notre excellent ami John LEONARD, relayé par un autre excellent ami, Craig LORD (il faut se méfier de ses amis!) la suspicion a atteint de plein fouet la jeune nageuse chinoise Shiwen YE, double championne olympique, sur 200 et 400 mètres quatre nages. Pourquoi? Parce qu’elle avait nagé le dernier 100 mètres de son 400 mètres quatre nages aussi vite que le vainqueur de la course masculine, Ryan LOCHTE. Bien entendu, on n’a pas entendu John LEONARD apporter la suspicion dans les performances de Michael PHELPS ou encore de Katy LEDECKY, dont la propreté est assurée par le drapeau étoilé et la plus grande démocratie du monde. Pourtant, si la petite Shiwen YE a droit a une analyse aussi mal intentionnée, ces deux ci mériteraient alors de belles analyses paranoïaques-critiques.

Suite à mon analyse des chances de Shiwen YE de conserver ses titres à RIO, un de mes sympathiques lecteurs, nageur de masters, a redonné vie à ces attaques injustifiées vis-à-vis de Shiwen YE. Sincèrement, je ne sais pas si la demoiselle a été dopée, mais je ne sais pas non plus si les milliers d’autres nageurs qui apparaissent dans les cinquante premiers de chacune des vingt-six courses olympiques masculines et féminines sont dopés. Nous ne connaissons que ceux qui ont été contrôlés positifs. Ce qui suit est ma réponse à ce cher lecteur. J’ai préféré qu’elle ne reste pas dans le cadre d’un commentaire, toujours un peu perdu, et soit érigée comme un article.

J’espère démontrer ce faisant que la performance douteuse de Shiwen YE n’est pas plus douteuse que les exploits de Katinka HOSSZU, de Katie LEDECKY, de Michael PHELPS, de Ryan LOCHTE, de Florent MANAUDOU. Les mondiaux de Kazan, grâce à la diligence des dirigeants de la FINA, a offert assez de titres à des « positifs » avérés comme Yang SUN, ZeTao NING, Julia EFIMOVA pour qu’on ajoute des noms de nageurs qui ont passé sans encombre les contrôles de dopage. Je ne sais si je suis convaincant, mais je plaiderai pour la présomption d’innocence et conserverai toute mon admiration à la (toujours) jeune Chinoise.

Si des doutes sont permis pour ce qui concerne d’ailleurs les Chinois en général, et les Russes, aussi, compte tenu de leur conception de l’honnêteté en sport et en-dehors du sport d’ailleurs, rien ne permet d’accuser un champion à partir de sa seule performance. C’est du moins ce que le crois.

J’ai tenté d’expliquer dans le passé, dans un long article sur la stratégie en natation mon hypothèse concernant les fins de course de Yang SUN, lui aussi très fort finisseur, et de Shiwen YE. Ce n’est pas une fin de course, mais toute la course qui doit être prise en compte, et YE, tout simplement, a pu finir plus vite que LOCHTE (je vous concède que c’est effarant, ou du moins atypique) parce que, pendant trois cents mètres, étant beaucoup plus forte que les autres finalistes de Londres, elle avait été peu sollicitée par la vitesse de course, alors que LOCHTE, lui, avait pris le train en mains dès le début et avait subi un coup de fatigue à l’arrivée, coup de fatigue démontré par le fait que quelques finalistes de ce 400 quatre nages étaient revenus sur lui dans ce dernier 100 crawl.. En ce qui concerne Yang SUN, il est remarquable qu’il avait nagé aux Jeux olympiques le dernier 100 mètres de son 1500 plus vite que celui de son 400, et le dernier 100 mètres de son 400 plus vite que le dernier 100 mètres de son 200! Si la fin de course doit être retenue comme un symptôme du dopage, faut-il donc dire que Sun n’était pas dopé sur 200, dopé sur 400 et proche de l’overdose sur 1500m ?

Ces fins de course sont explicables par des stratégies, ainsi que par les trois filières énergétiques employées dans l’effort sportif, et non par le dopage…

Autre élément : en séries du 400 quatre nages de Londres, Ye avait nagé 1’1.99 en papillon, 2’9.95 (1’7.96) en dos, 3’29.71 (1’19.76) en brasse et fini en 4’31.73 (1’2.02) dans le seul but de se qualifier en finale. Lors de cette finale, alors qu’il ne s’agit plus de se qualifier mais de gagner le titre olympique, Ye nage 1’2.19 en papillon, 2’11.73 (1’9.54) en dos, 3’29.75 (1’18.02) en brasse, ET DONC PASSE MOINS VITE A L’ISSUE DE LA BRASSE EN FINALE QUE DANS SA SERIE. Cela lui donne une fraîcheur qui lui permet de sprinter en 58.68…

Conclusion? Ces finish ne s’expliquent pas par un quelconque dopage, mais parce que Shiwen YE était préparée à nager BEAUCOUP plus vite que ses 4’28., si elle avait été contrainte de le faire.

Il convient d’ailleurs de noter que le record du monde du 400 quatre nages dames est beaucoup moins fort, chez les dames, que celui des hommes si on les compare, tous deux, à l’autre épreuve de même longueur du programme olympique, le 400 mètres nage libre…

En effet, en 2012, entre le record du 400 libre, 3’40.07, et du 400 4 nages messieurs, 4’3.84, 21sec.77 centièmes…

En 2012, entre les records du 400 libre et du 400 4 nages dames, 3’59.15 et 4’28.43, la différence est de 29sec.28 centièmes. POUR SE TROUVER AU PRORATA DU 400 QUATRE NAGES MESSIEURS LE RECORD FEMMES DEVRAIT ETRE DE 4 MINUTES 21 secondes!

On comprend dès lors qu’une super nageuse de quatre nages comme YE ait pu finir en boulet de canon dans un contexte qui a dû lui paraître très lent!

Dès lors, les fins de course n’ont pas grande importance: Dans son record du monde en 4’3.84, Phelps finit en 56.79 ; et 56.80 dans son record des championnats US en 2008..Lochte finit en 58.65, comme Pereira, 59.70, Hagino finit en 58.20, Phelps en 58.32, Le Clos en 59.05, Horihata en 57.58, Fraser-Holmes en 58.13, Luca Marin en 60.12.s, Ye, dans la course des hommes aurait fait le 6e 100 mètres terminal. Mais elle n’aurait pu la disputer, car en séries, elle aurait fini 34e avec son temps record. Et ne nous y trompons pas, c’est cette place là qu’il convient de retenir…