Catégorie : Editoriaux

MICHEL PEDROLETTI : COMMENT REDONNER DE LA COMPÉTITIVITÉ À NOTRE NATATION

MICHEL PEDROLETTI, ENTRAÎNEUR NATIONAL AUJOURD’HUI À LA RETRAITE, QUI A AMENÉ FRÉDÉRIC DELCOURT ET CATHERINE POIROT AUX MÉDAILLES OLYMPIQUES AUX JEUX DE LOS ANGELES EN 1984, A PUBLIÉ SUR CE SITE, LE 3  MARS DERNIER, DEUX ARTICLES SURTITRÉS « MICHEL PEDROLETTI TOUS AZIMUTS » : RÉFLEXIONS SUR L’URGENCE DE PRÉPARER LES JEUX OLYMPIQUES IMMÉDIATEMENT ET SUR L’OBLIGATION DE RÉFORMER CE QUI NE VA PAS DANS L’ÉCOLE DE LA NATATION FRANCAISE.

À UNE OU DEUX EXCEPTIONS PRÈS, NOUS N’AVONS DÉTECTÉ AUCUNE RÉACTION À CES POINTS DE VUE, ALORS QU’IL APPARAIT QU’ILS ONT SUSCITÉ DES OPINIONS DIVERSES. AINSI VA LA NATATION FRANÇAISE, OU IL SEMBLE QUE VOISINENT UNE POIGNÉE DE THÉSARDS ET DES MILLIERS DE TAISEUX, DONT RIEN NE SEMBLE DEVOIR LIBÉRER LA PAROLE.

ICI, MICHEL PEDROLETTI PERSISTE ET SIGNE ET PROPOSE QUELQUES IDÉES DANS UN COURRIER QU’IL AVAIT ENVOYÉ PRÉCÉDEMMENT AU DIRECTEUR TECHNIQUE NATIONAL JULIEN ISSOULIÉ. Éric LAHMY

L’ART DE BIEN UTILISER LES JEUX DE PARIS

Par Michel PEDROLETTI

Jeudi 15 Mars 2018

Je vous fais part de quelques idées, la plupart, déjà développées depuis de nombreuses années auprès de Messieurs Henri Sérandour, Francis Luyce, Claude Fauquet et autres Christian Donzé, Lionel Horter et Jacques Favre !

La ligne d’eau olympique

 1. Profiter les JO de Paris pour contacter les municipalités et autres adjoints aux sports de ces villes pour leur demander de 

a. S’inscrire dans la préparation olympique de la fédération française de natation (FFN) pour Paris 2024

b. En mettant à disposition dans leurs piscines, 1 ou 2 lignes d’eau olympique(s), à la demande pour les nageurs de listes nationale à déterminer par la FFN, de quelque club que ce soit s’il y en a afin qu’ils puissent, relativement à leurs emplois de temps scolaire, universitaire, de formation ou professionnelle, avoir une séance de plus que celles qu’ils peuvent avoir dans leurs clubs, ou se préparer à des horaires où ils pourraient se libérer !

c. Avoir dans les bassins de France et de Navarre des «  lignes d’eau Olympiques » associerait pleinement les villes et leurs habitants à l’effort de leurs sportifs ! Une façon d’entrainer toute une population derrière nous ! 

 

  1. Une piscine, un club, un emploi !

Toujours avec les municipalités et les adjoints aux sports 

:a. Nous devrions, dans toutes les piscines de France, proposer  la mise en place d’un club de natation quand ce n’est pas le cas bUn club statut clef en main proposé par la FFN,

b. Des dirigeants fondateurs issus des comités régionaux pouvant rester licenciés dans leur club d’origine, ayant pour missions de lancer le club et de trouver dans les 6 ou 12 mois des dirigeants locaux !

c. Cela sur un programme d’action, de formation et d’entraînement proposé par la FFN, encadré et suivi par les cadres techniques régionaux !

d. Avec la mise en place d’un éducateur grâce au départ à une subvention, l’activité du club devant ensuite générer par les cotisations de ses membres l’emploi de ce cet éducateur !

e. L’activité de ce club se limitant dans les villes où des clubs existent à proposer :

   i une école de natation basée sur l’apprentissage du crawl

   ii.  et sur les premières années de préparation nécessaires pour acquérir des fondamentaux techniques et d’entraînement indispensables

   iii.   Avant de pouvoir aller poursuivre leurs carrières dans les clubs existants 

iiii. Une façon également de participer à l’éducation de notre jeunesse française grâce à la natation 

g. Dans les villes où il n’y a pas de clubs, une réflexion devant être menée sur les objectifs relativement aux moyens, se limiter à une action comme celle évoquée ci-dessus ou aller plus loin dans un démarche d’entraînement !  

 3. Travailler avec les municipalités et les clubs pour obtenir des délégations de service public concernant les piscines afin qu’elles ne finissent pas dans le privé 

a. Avec toujours la même actions, un parrainage de FFN au travers de ses comités et de ses cadres technique

b. Sur un programme de développement fixé par la FFN 

      i. Tant au plan financier

      ii. Qu’au plan sportif !

 4. Construire un dossier pour que certains clubs puissent à l’image de Mulhouse construire leur piscine [voir le document que j’ai fait il y a plus de 15 ans à ce propos sur la construction par un club d’un bassin olympique couvert].

a. Plan vis-à-vis d’un objectif et d’un fonctionnement

b, Montage financier. 

c. Plan d’amortissement. 

d.  Programme de développement sportif et de loisir répondant aux exigences financières qui en découlent

e. Parrainage de la FFN au travers de ses comités et de ses cadres techniques 

 5. Enfin, nous avons beaucoup de bassins de 50m découverts inutilisés en France, il était à la mode à une certaine époque d’en avoir ! Ils sont abandonnés ou ne sont, pour ainsi dire, plus utilisés !

a. Faire un état des bassins de 50m de plein air en France, nous allons en trouver plus d’une centaine !

b. Ils sont pour ainsi dire tous construits sur le même moule !

c. Relativement à un objectif fixé, une piscine, un club, des emplois, une délégation de service public pour éduquer et former la jeunesse française, proposer :

d. Un plan de rénovation clefs en main avec une grande entreprise de BTP,

e. Avec mise en  place d’une couverture mobile à l’image de celle de Canet  

f. Et selon les principes de montage financier, d’amortissement et de développement sous le parrainage de la FFN évoqué ci-dessus !

 Je vous souhaite toute la réussite possible pour notre Natation et les JO de Paris où nous devrons je pense être capables impérativement de présenter une équipe complète femmes et hommes COMPÉTITIVE , devant être capable avec les autres sports d’entraîner tout notre pays derrière elles !  

 Amicalement

Michel Pedroletti

MICHEL PEDROLETTI TOUS AZIMUTS (2) : L’ÉCOLE DE LA NATATION FRANÇAISE, UNE USINE À GAZ NOCIVE POUR L’AVENIR DE NOTRE NATATION

Michel PEDROLETTI

Samedi 3 Mars 2018

DANS UNE « PETITE NOTE DE RÉFLEXION POUR LA NATATION FRANÇAISE À L’ATTENTION DE MR. JULIEN ISSOULIÉ, DTN, » MICHEL PEDROLETTI, EN SEPTEMBRE DERNIER, PROPOSAIT LES CHANGEMENTS POLITIQUES ET INSTITUTIONNELS SUIVANTS POUR LA NATATION FRANÇAISE. MICHEL PEDROLETTI A ÉTÉ ENTRAINEUR NATIONAL ENTRE 1977 ET 1992, ET IL A ENTRAÎNÉ AVEC FRÉDÉRIC DELCOURT ET CATHERINE POIROT DEUX MÉDAILLÉS OLYMPIQUES DE LOS ANGELES EN 1984.

 Cinq points me semblent importants pour notre natation dans une optique d’avenir et pour les JO de 2024 à Paris :

  1. Adaptation pragmatique de l’ENF afin de ne pas perdre de licenciés et de ne pas voir nos jeunes nageurs partir vers d’autres horizons !
  2. Proposition de la suppression de nos catégories d’âges jusqu’aux championnats de France minimes pour une natation de niveau !
  3. Proposition d’uniformisation des calendriers sportifs départementaux, régionaux et nationaux autour d’une compétition toutes les 4 semaines !
  4. Recherche des talents et parrainage/tutorats de ces talents pour la meilleure évolution et la meilleure compétitivité possible dans une optique Olympique !
  5. Avoir une politique spécifique de développement pour les DOM TOM qui sont une source très riche de talents !

Je voudrais préciser que toutes ces propositions ont été faites en leur temps à Lionel Horter qui m’avait demandé de réfléchir sur les carences de la natation française, et furent transmises ensuite à Jacques Favre.

1. Adaptation de l’Ecole de la Natation Française.

De mon point de vue l’ENF est une usine à gaz nocive pour l‘avenir de notre natation. Empêcher un nageur de s’amuser en pratiquant la compétition avant d’avoir réussi un « 3ème niveau » et un 100 mètres quatre nages, c’est le meilleur moyen de perdre des nageurs, des licences et de faire en sorte que nous restions ridicules en quatre nages au plan international comme c’est le cas depuis de nombreuses années ! C’est un peu à l’image de nos intellectuels de l’Éducation Nationale qui préconisent la méthode globale avec les résultats qu’on sait au détriment de ce qui a toujours bien marché la syllabique !    

Sachant qu’on ne peut rien y changer (ce qui me semble un comble !), je préconise une adaptation au 2ème niveau de L’ENF :

  1. En permettant la pratique de la compétition sur 50 mètres,
  2. 50 mètres crawl (et non pas nage libre !), 50 mètres dos, 50 mètres brasse, à partir du moment où le nageur est capable de faire ces distances en moins de 50’’, les nageurs nageant plus lentement ne pouvant être classés,
  3. 50 mètres auquel on adjoint un 25 mètres technique noté avec une grille de jugement :
    • 5 points sur le départ avec élan des bras, détente, entrée dans l’eau, glisse et reprise de nage,
    • 10 points sur la nage, placement de la respiration, expiration dans l’eau, placement de l’inspiration, retour relâché du coude haut, enchaînement des appuis sans temps d’arrêt devant coordination bras jambes,
  4. Un classement prenant à la fois en compte le temps réalisé et la note du 25m technique imposé permettant le classement des nageurs, temps plus la différence entre la note obtenue et la note maximum de 20. Exemple 36’’ plus 15/20 donnant 41 et, par contre 32’’ et 10/20, 42, donc derrière le premier !

Une telle démarche nous permettrait :

  • De ne pas perdre  nos jeunes nageurs, de les intéresser et de les motiver !
  • Elle aurait un impact important sur les éducateurs mais aussi sur les enfants pour la pratique d’une bonne technique et d’une bonne maitrise des fondamentaux des différentes nages !
  • Elle donnerait du pouvoir et des outils à la formation en renforçant son importance, et cela tant auprès des enfants que des éducateurs !
  • De plus les discussions et les « polémiques » que cela induirait seraient une source de progrès pour nos nageurs et nos clubs en sortant d’un consensus mou, source de stagnation et de régression !

2. Suppression des catégories d’âges jusqu’aux championnats de France minimes et mise en place d’une natation de niveaux.

Les différentes catégories d’âges et les programmes qui s’y rapportent à chacun des niveaux ne sont :

  1. En aucun cas adaptés au développement physique des nageurs à qui ils s’adressent !
  2. Et encore moins à leur niveau technique !
  3. Nous fabriquons une natation de petits gabarits ! En effet les petits sont bien coordonnés et, de ce fait, progressent ! Dans le même temps nous perdons les futurs grands gabarits de talents qui, à cet âge, ne sont pas coordonnés ! Ils éprouvent des difficultés à acquérir une bonne technique, à progresser ! Ils s’écœurent de voir les petits leur tourner autour et abandonnent la natation, pensant n’y avoir aucun avenir ! Ils vont renforcer d’autres sports alors que c’est nous qui les avons en main au départ ! Nos nageurs de talents et de grands gabarits ont tous commencés dans de petits clubs, pour finir, plus tard dans les grands clubs !
  4. Les axes de formation de ces catégories d’âges sont basés sur les quatre nages et le demi-fond depuis plus de 40ans ! C’est sur ces épreuves que nous sommes le moins compétitifs au plan international depuis lors !
  5. De plus, imposer le quatre nages sur la base d’une mauvaise technique comme un 400 ou un 800 mètres avec une technique de « nage plus ou moins libre qui n’a que de lointains rapports avec le crawl » ne peut qu’être source de dégradation techniques et d’abandon de ces distances !
  6. Enfin, il n’y aucune place dans nos programmes et donc dans nos clubs pour des nageurs, peut-être beaucoup plus doués, mais un peu plus âgés de 10 à 14 ans qui souhaiteraient pratiquer la natation ! Si je prends mon exemple, j’ai commencé la natation à 14ans et j’ai été Champion de France et en Equipe de France, cela n’est plus possible actuellement !

Au vue de ces constations, il me semble important de proposer une natation de niveau, locale, départementale, régionale  et nationale commençant à partir des propositions faites ci-dessus pour le 2ème niveau de l’ENF :

  • Des 50m, en crawl, en dos et en brasse dans la mesure où ils sont nagés à moins de 50’’ et un 50m papillon quand on est capable de nager moins de 45’’
  • A partir de 35’’ sur chacun des 50m, on ne propose que des 100m avec obligation de nager moins de 1’30’’ en crawl, en dos, en brasse et en quatre nages.
  • Puis on peut offrir la pratique des 200m à partir de 3’ en crawl, en dos, en brasse et en 4N et 2’45s en papillon.
  • Des 400m à 5’45’’ en crawl mais aussi en 4 nages, des 800m à 11’ et des 1500m à moins de 20’ !

Ces limites de temps peuvent faire l’objet d’une discussion ou d’une réflexion plus approfondie mais, dans tous les cas, le cadre doit être simple et compréhensible !

Le principe de cette réflexion repose sur le fait qu’un niveau de performance doit correspondre à la fois  un niveau technique et un niveau d’entraînement. On commence par le plus simple, le 50m crawl pour aller progressivement vers le plus complexe le 4 nages et les longues distances qui demandent à la fois une bonne technique et un bon niveau d’entraînement ! Ce qui est l’exact opposé de ce qu’on propose depuis plus de 40 ans avec le succès que l’on sait !

 

3. Organiser les différents calendriers sportifs autour d’une compétition toutes les 4 semaines.

Il me semble important que le calendrier sportif, qu’il soit départemental, régional ou national, soit un outil et une aide pour la préparation, pour le développement des capacités et non pas le contraire !

  1. Il est important de donner du temps à la préparation et bien fixer l’objectif de compétition qui va permettre d’évaluer les progrès acquis à l’entraînement.
  2. Il est important d’amener le nageur et bien entendu l’éducateur/entraîneur à répondre présents à un moment donné. C’est l’éducation vers le haut niveau et il faut le commencer le plus rapidement possible.
  3. Un cycle d’une compétition toutes les 4 semaines permet d’avoir 3 semaines d’entraînement pour le développement des capacités qu’elles soient techniques, physiques ou physiologiques, avec une semaine de même volume avec une intensité moindre, un test éventuel en milieu de semaine et la compétition le week-end.
  4. Cette organisation a le mérite de bien fixer les choses tant sur le plan de l’entraînement, de la compétition ou de la détente qu’il ne faut pas oublier et cela pour le nageur comme pour l’entraîneur.

4. Recherche des talents et accompagnement de ceux-ci vers le haut niveau.

Il me semble indispensable d’aller à la recherche des talents ! Pour cela :

  1. Il faut bien comprendre qu’un bon brasseur a un bon ciseau, un bon nageur de dos a un bon battement de dos, un bon crawleur un bon battement de jambes et le bon papillonneur un bon dauphin !
  2. Il faut demander un test sur un 100m battement de jambes à la planche, dans des conditions biens réglementés pour les :
    • 10 ans et moins,
    • 12 ans et moins,
    • 14 ans et moins.
  3. Ce test doit être fait dans un premier temps dans les clubs, puis au plan départemental, régional et national relativement à une grille de temps ou à un nombre de places !
  4. Les meilleurs au plan régional puis national étant regroupés, des observateurs Fédéraux, ayant « l’œil », se rendraient sur place pour les observer et ainsi évaluer leurs capacités et leurs développements physiques.
  5. Il faut rechercher les nageurs ayant la « glisse », le gabarit et une bonne flottabilité pour le meilleur rapport poids puissance.
  6. Les nageurs identifiés, il faut mettre en place un suivi sur le temps :
    • Pour observer leurs évolutions physiques notamment chez les jeunes filles ;
    • Pour prendre contact avec les clubs et les entraîneurs pour leur préconiser des types d’entraînement dans une optique de haut niveau:
      • tant sur le plan technique,
      • que physique (renforcement musculaire, assouplissements, relâchement, travail de concentration et de relaxation…)
      • sans oublier la dimension de l’entraînement : nombre de séances, durée, volume, plan de séance, séries de nage, de jambes et de bras (eh ! oui, ces données me semblent importantes et je crois qu’on les oublie un peu trop actuellement)…
  1. On peut également imaginer mettre en place une évaluation de la puissance au travers d’un 100m de nage avec des plaquettes adaptées (Plaquettes/jambes) en crawl, en dos, en brasse pour tout le monde et en papillon pour les 12ans et moins !

 

Remettre les jambes au centre des choses me semble dans tous les cas, tant au point de vue de l’apprentissage que de l’entraînement être une chose indispensable !

Le mérite de cette proposition est qu’elle aussi est simple et compréhensible par tous.

5. Une politique spécifique pour les DOM TOM doit être mise en place.

Les DODM TOM sont une ressource de talents dont on ne se sert pas assez dans tous les sports en France mais en natation en particulier.

Si j’en juge par les résultats obtenus en très peu de temps par les nageurs guadeloupéens à la suite de la politique que j’ai pu mettre en place entre 2006 et 2011 sur les principes édictés ci-dessus, je pense que nous ne nous intéressons pas suffisamment à ces territoires qui méritent notre attention et une spécificité liée au climat et à l’éloignement et qu’un copié collé de notre programme ne saurait être suffisant !

 J’ai fait en leur temps dans ce domaine également de nombreuses propositions au travers de notes que j’ai pu envoyer à nos différents DTN.  

MICHEL PEDROLETTI TOUS AZIMUTS (1) LES JEUX OLYMPIQUES À PARIS EN 2020, CE SERA TOUT DE SUITE OU CE SERA TROP TARD

MICHEL PEDROLETTI, 67 ANS, ENTRAINEUR DE L’INSEP (1977-1982), ENTRAINEUR NATIONAL DE L’ÉQUIPE DE FRANCE (1977-1988) ET ENTRAINEUR DU CERCLE DES NAGEURS DE MARSEILLE (1984-1995), S’INQUIETE DE LA PRÉPARATION (L’IMPRÉPARATION ?) DES NAGEURS FRANÇAIS À SIX ANNÉES DE L’ORGANISATION DES JEUX OLYMPIQUES DE PARIS. IL A DONC ENVOYÉ QUELQUES MISSIVES SOUS FORME DE COURRIELS À QUELQUES-UNS DES DÉCISIONNAIRES DE LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE NATATION, PRÉSIDENT (GILLES SEZIONALE). DIRECTEUR TECHNIQUE (JULIEN ISSOULIÉ), DIRECTEUR DE LA NATATION (RICHARD MARTINEZ) AINSI QU’ALAIN BERNARD, RICHARD PAPAZIAN, PATRICK DELÉAVAL. IL INSISTE : IL NE DEMANDE RIEN POUR LUI, ET AGIT SOUS LE SENTIMENT D’UNE URGENCE ET LA PRESSION DES ÉVÉNEMENTS. É.L.

 

Michel PEDROLETTI

Samedi 3 Mars 2018

Avec les Jeux Olympiques en France dans  six ans, on devrait être dans l’urgence!

Chaque jour compte et chaque jour passé est un jour de perdu!

Remettre l’action à mener aux « prochains mois », c’est, peut être, passer complètement à côté de ces Jeux !

Les nageurs, quelques filles mises à part, qui devront défendre nos couleurs, sont déjà connus !

Peut-on rester vis-à-vis d’eux dans une gestion habituelle et normale si on a quelques ambitions de briller à ces Jeux Olympiques « à la maison »?

De mon point de vue – mais peut-être ai-je tort (ce dont mon expérience me fait douter) –, on devrait se trouver dans l’urgence maximum, et cela depuis des mois déjà !

Ayant passé ma vie à servir la natation et à penser natation, sans vouloir donner de leçon à quiconque, je pense qu’on devrait au minimum adopter la démarche suivante pour les TROIS MOIS QUI VIENNNENT. Je vous livre mes réflexions pour le cas où elles pourraient vous interpeller:

    1- Définir la problématique et les objectifs à attendre!

        -De mon point de vue, ces objectifs devraient être : TITRES ET MÉDAILLES AVEC LA CAPACITÉ DE PRÉSENTER DES ÉQUIPES COMPLÈTES HOMMES ET FEMMES!

        – La problématique, au niveau des performances à atteindre, doit induire trois types de réflexions:

            * relativement au talent du nageur!

            * aux axes techniques relatifs à ces niveaux de performances!

            *à la capacité musculaire nécessaire!

            *et aux axes d’entraînement indispensables à mettre en œuvre!

        – Mais il convient aussi de se servir de l’opportunité des J.O. et de ce qu’elle peut induire pour jeter les bases indispensables à l’avenir de notre natation au plus haut niveau international!

    2- Effectuer une réflexion en interne relativement à cette problématique!

    3-  Et surtout, en externe, faire appel à une dizaine de personnes reconnues pour leurs vécus, leurs expériences et leurs résultats, et leur poser la problématique, leur demander d’y réfléchir, puis de proposer en réponse à cette problématique, dans les 30 jours, une dizaine de recommandations.

    4- Communiquer sur cette démarche avec l’ensemble des acteurs de notre fédération et leur proposer, s’ils le souhaitent le faire, dans les 30 jours, 3 ou 4 grandes propositions personnelles répondant à cette problématique auprès de la DTN!

    5- A la réception des propositions des experts et des acteurs de notre natation, organiser un séminaire de débriefing réunissant le Président de la FFN, deux ou trois élus qu’il jugerait utile d’intégrer à cette démarche, les experts, la DTN, pour  arbitrer et s’accorder sur une dizaine d’axes prioritaires et sur leurs mises  en œuvre!!

    6- Mise en œuvre immédiate de tout ce qui peut l’être et se pencher sur ce qu’il y a lieu de faire pour la mise en œuvre à très court terme de ce qui doit être fait.

    7- Tous les mois et demi, réunir un comité de suivi des actions mises en œuvre, de résultats qu’elles induisent et du bien-fondé de ces actions pour les affiner, les accentuer ou les alléger relativement au moyens qu’elles exigent !

Par exemple, j’ai un peu de mal à comprendre qu’une action que je propose depuis longtemps pour la recherche de talents, ne soit pas déjà discutée et mise en œuvre si elle peut sembler être utile car, pour  faire faire un 100 mètres en jambes, ciseau de brasse, battement de dos et battement de crawl pour les 8 ans et moins, 10 ans et moins, 12 ans et moins, dans les clubs puis au niveau local, départemental, régional et national, n’implique pas grand-chose en termes d’organisation ou de moyens financier ; et, si elle ne donne pas de résultats elle ne coûte rien!

Pour conclure, j’aimerais insister sur un point : tout comme, dans l’entraînement, la notion de temps est fluctuante, – à certaines périodes, en début de saison, on peut prendre son temps et, plus la saison avance, moins on en a – il en va de même vis-à-vis de la préparation des Jeux Olympiques. Or, de mon point de vue, et on ne doit pas s’y tromper, à J.O. moins six ans, on se situe dans les derniers stades de la préparation !

C’est pour cette raison qu’il me parait urgent d’être sensible à cette question, et que je prends ici le risque de vous importuner.

QUAND IL Y A DE L’ABUS A PARLER D’ABUS

Éric LAHMY

Lundi 26 Février 2018 

Ça y est, c’est lancé, il parait que la natation américaine va essuyer un scandale équivalent à celui qui a sali la gymnastique des cinquante Etats. USA Swimming aurait ignoré ou couvert des centaines de cas d’abus sexuels. Pour l’instant, disons le, l’info du mois n’est que le témoignage direct, d’une bonne nageuse, championne du monde du 200 mètres quatre nages à Rome en 2009 (avec deux records mondiaux, un en demi-finale, l’autre en finale),  Ariana Kukors.

A son cas s’ajoute une enquête journalistique…

Ma source d’information est une récente livraison d’Huffington Post, dont la journaliste, Alanna Vagianos, se contente en fait de reprendre l’enquête menée pour le compte de la Southern California News Group (SCNG) et publiée vendredi dernier par l’Orange County Register.

A en croire l’investigation de ces distingués confrères, USA Swimming aurait, au cours des décennies passées, laissé sans suite des centaines de cas d’abus sexuels.

Après le scandale Nassar [ce docteur de l’équipe et pédophile qui profitait de son statut de médecin fédéral de la gymnastique pour « séduire » (appelons ça comme ça) un certain nombre de petites gymnastes], on pouvait se demander ce qu’il en était de la natation, autre sport qui implique une pratique très précoce…

Dans le cas de la gymnastique, les dirigeants auraient tenté, mauvais réflexe, de « sauvegarder » l’image de leur sport, ce qui était revenu à protéger celui qui avait abusé ces toutes jeunes athlètes. On n’est pas souvent gagnant, au final, lorsque le scandale éclabousse, quand on utilise ce genre de stratégies, même si cela permet de gagner du temps et parfois même d’éviter l’orage…

Citant des documents juridiques et des communications internes, les confrères du SCNG affirment donc qu’USA Swimming (l’équivalent de notre fédération), a, selon la formulation de Vagianos, « laissé la voie libre de centaines de prédateurs, coaches pour la plupart, et permis une culture de la maltraitance dans laquelle des coaches plus âgés pouvaient entretenir des relations sexuelles avec des athlètes mineures. L’article se concentre sur Chuck Wielgus, l’ancien directeur exécutif d’USA Swimming, qui disparut en avril des suites d’un cancer du colon. »

Dans les conclusion de l’Orange County Register, « la F. de natation des USA a manqué de façon répétée les opportunités qui lui étaient données de refondre une culture dans laquelle l’abus sexuel de nageuses mineures par leurs coaches ou par d’autres personnes en position de pouvoir à l’intérieur de leur ressort était un fait banalement commun voire accepté par les dirigeants et les entraîneurs en place, selon les documents issus d’entretiens avec les personnes abusées, anciens olympiens, dirigeants d’USA Swimming, défenseurs d’un sport sans danger et de quelques membres bienfaiteurs d’USA Swimming. »

USA Swimming n’a pas daigné répondre aux demandes d’entretiens de la SCNG ou d’Huffington Post. Selon un ancien membre du Comité directeur de l’institution, Mike Saltzstein, l’attitude d’USA Swimming était d’arranger le coup et de cacher les faits, et sa stratégie de sauvegarder son image à tout prix. Après avoir plongé dans des milliers de mémos, de courriels, de décisions judiciaires, d’entretiens concernant l’application de la loi, de rapports de réunions, les reporters en ont déduit que l’organisation n’avait aucun désir de prendre à rebrousse-poil sa « base de pouvoir », essentiellement les coaches, et s’était montrée obsédée avant tout par la protection de son image et sa marque.

Les conclusions de leur article, assez sévères, se résument en trois points :

  1. Pendant des années, les dirigeants, officiels et entraîneurs savaient que de nombreux prédateurs sexuels se trouvaient dans des positions d’entraîneurs, et n’avaient pas sévi.
  2. Depuis 1997, plus de 590 victimes d’abus sexuels avaient été identifiées dans la natation US. Au moins 252 coaches avaient été arrêtés, accusés ou disciplinés par USA Swimming pour agression ou inconduite sexuelle contre des athlètes de moins de dix-huit ans. Pendant quatre des six dernières années, plus de vingt coaches ont été arrêtés, accusés ou convaincus de délits sexuels divers, viols, agression sexuelle sur enfants de trois et huit ans, détournement de mineur, pornographie enfantine et pédophile ou vidéos volées de jeunes nageurs-nageuses dans leurs vestiaires. Tout un programme.
  3. Au moins trente coaches où officiels, signalés à USA Swimming après avoir été accusés ou arrêtés pour agression sexuelle ou pornographie infantile par l’application de la loi, une fois convaincus d’avoir fauté ont pu continuer à travailler dans la natation. Certains dirigeants également condamnés ne furent pas plus écartés du sport.

Entre 2006 et 2016, USA Swimming aurait dépensé 7.450.000 dollars en frais légaux. Sans trop savoir quelle part de cet argent a été dépensé pour stopper des actions en justice liées à des agressions sexuelles, la SCNG relève que la fédération « a arrangé des accords dans au moins trois états avec des victimes d’agressions sexuelles supposées par des coaches de natation avant que ces affaires n’arrivent en justice. »

590 CAS D’ABUS, C’EST 590 CAS DE TROP, CERTES, MAIS CELA REPRÉSENTE UN RATIO DE 0,3/1000, SOIT UN INCIDENT POUR 3300 NAGEURS. JE NE SAIS DÈS LORS SI L’ON PEUT PARLER DE « CULTURE DE L’ABUS SEXUEL ».

La fédération aurait payé 75.000$ à des lobbys chargés d’empêcher l’adoption d’un projet de loi californien censé faciliter les actions en justice civile de victimes d’agressions sexuelles contre leurs agresseurs et les organisations qui les emploient, continuent les enquêteurs.

Si USA Swimming, comme il apparait et comme des affaires récentes l’ont peut-être démontré, ne s’est pas comportée comme l’aurait dû une institution chargée d’une mission d’éducation, il faut se dire cependant que le phénomène, qui semble prendre d’effrayantes proportions notamment avec ces 590 cas non traités d’abus sexuels, est beaucoup moins dramatique qu’il n’y parait. Dans les dix années que couvre l’enquête, USA Swimming, qui compte 400.000 nageurs, fidélise 62% des 12 ans et 90% des 13 ans. Elle accueille donc entre 25 et 30% de nouveaux membres chaque année, ce qui fait que 1.500.000 nageurs ont appartenu à l’institution.

Alors ? Alors doit-on céder à ce terrorisme statistique ? 590 cas d’abus, c’est 590 cas de trop, certes, mais cela représente un ratio de 0,3/1000, soit un incident pour 3300 nageurs. Je ne sais dès lors si l’on peut parler de « culture de l’abus sexuel ». Mes expériences de la natation américaine commencent à dater, certes, mais chaque fois que, journaliste, je tentai de communiquer avec une nageuse en déplacement, je tombais sur une cerbère fédérale qui se présenterait comme un chaperon (mais ressemblait plutôt au loup de la fable). Les filles étaient bien gardées!

Par ailleurs, quand je lis que ces entraîneurs ont été arrêtés, accusés ou convaincus et disciplinés par USA Swimming, je pense que cette institution, même si elle n’a pas bien fait son travail, n’est pas restée aussi inerte qu’il ne parait à la lecture des gros titres qui accompagnent l’article.

Le témoignage récent le plus dérangeant reste celui d’une nageuse de haut niveau, championne et recordwoman du monde, Ariana Kukors, née le 1er juin 1989. Kukors raconte que son entraîneur, Sean Hutchinson, abusa d’elle pendant presqu’une décennie.

Hutchinson aurait commencé ses approches alors qu’elle n’avait que treize ans, quand il devint son entraîneur dans un club de Seattle, le King Aquatic. « Je n’aurais jamais imaginé que je raconterais un jour mon histoire, a-t-elle expliqué. J’ai réussi à quitter un horrible monstre et construire une vie que je n’avais jamais imaginée pour moi-même. Entre-temps j’ai compris que des histoires comme la mienne étaient trop importantes pour ne pas être écrites. »

Kukors a raconté qu’Hutchinson avait attendu ses dix-huit ans avant d’avoir des relations physiques, et qu’ils cohabitèrent deux ans après, quand elle eut vingt ans. Elle décrit le coach entreprenant comme un manipulateur, jaloux, adepte des violences verbales. Hutchinson a bien sûr nié.

Le Huffington Post cite ensuite Nancy Hogshead, championne olympique du 100 mètres aux Jeux olympiques de 1984. Il est commun, relève-t-elle, que des entraîneurs épousent des nageuses qu’ils ont entraînées. Puis ajoute qu’une telle « culture est diablement problématique. »

Selon Hogshead-Makar, « quand une organisation permet des mariages, quand elle permet à une petite fille de onze ans de voir son équipière de dix-huit ans qu’elle prend comme une égale – elles vont dans les mêmes meetings, restent dans le même hôtel, s’entraînent ensemble – puis quand elle voit la nageuse plus âgée épouser son entraîneur, elle croit que c’est un véritable amour et ne reconnait pas le caractère inapproprié de la situation. »

Donald Trump, le président des Etats-Unis, a signé début février un projet de loi dont on attend qu’il protège les sportifs amateurs des abus sexuels. Les responsables, coaches, dirigeants, sont sommés de rapporter toute allégation d’abus à la police dans une période de vingt-quatre heures, et étend le statut de limitation à dix années après qu’une personne ait réalisé qu’elle a été agressée. Le texte limite aussi la possibilité d’athlètes de moins de dix-huit ans de se trouver seul(e)s avec un adulte qui n’est pas leur parent.

Si les média US sont entrés dans cette saga avec délices, j’aimerais quand même relever quelques zones d’ombre.

Tout d’abord, je trouve très sympathique Nancy Hogshead, avec qui j’ai passé une superbe soirée de cérémonie de clôture olympique en 1996, dans le stade d’Atlanta, mais sa vision des choses n’emporte guère mon adhésion !

Plus sérieusement, dans l’ensemble, il est absolument impossible de dire si toutes les histoires relèvent réellement de l’abus sexuel, de l’abus de position de la part d’un entraîneur adulte vis-à-vis d’une nageuse (en l’occurrence), jeune et donc supposée naïve victime.

LE CARACTÈRE APPROPRIÉ DE LA RELATION AMOUREUSE DE DEUX ADULTES CONSENTANTS NE CONCERNE QU’EUX-MÊMES

Les propos de Nancy Hogshead ne me paraissent pas péremptoires, dans la mesure où le caractère approprié d’un mariage entre deux adultes consentants n’intéresse ni Nancy Hogshead, ni la petite équipière de onze ans, ni la police des mœurs qu’elle semble appeler de ses vœux, en fait personne d’autre que les deux personnes concernées. Quant à évoquer un quelconque caractère d’ « exemple » du mariage d’une aînée sur la fille de onze ans, cela me parait une absurdité. Enfin, deux fiancés doivent-ils attendre l’autorisation de la Fédé avant de convoler? Comme par ailleurs une majorité des unions à notre époque se nouent sur le lieu d’activités, Nancy propose-t-elle d’aller sur des sites de rencontres ?

Il vaudrait mieux couper la télé lors des infos sur le Moyen-Orient et interdire la vente des armes lourdes aux citoyens que de développer de tels enfantillages.

La candeur d’Ariana Kukors peut difficilement être mise en doute, a priori, dans son affaire, parce que, quand une victime supposée accuse un supposé bourreau, on se trouve dans l’écoute et la commisération. Mais tout de même…

Je veux croire qu’elle souffre en revisitant son passé et sa relation… Mais on aimerait savoir si Ariana Kukors avait des parents – il parait que oui, elle avait même deux sœurs qui ont nagé en même temps qu’elle –, si sa famille s’en était détachée, l’abandonnant au club et au bon vouloir d’un jeune et « pernicieux » entraîneur ; elle-même n’avait-elle pas, de par son comportement, laissé au dit entraîneur une trop grande liberté de manœuvre ? On voudrait comprendre ce qu’elle signifie quand elle dit que le coach a commencé à la « draguer » quand elle avait treize ans, puisque, comme on le comprend bien, il n’y a pas eu, pendant les cinq années qui séparent cet âge de sa majorité, quoique ce soit de clairement répréhensible de la part de ce manipulateur.

On aimerait aussi demander si le fait que l’entraîneur ait attendu les dix-huit ans de la jeune fille pour passer à l’acte relève de l’agression sexuelle, étant entendu que cet acte ne peut constituer un détournement de mineur ; et si le fait que ces deux, Ariana et son coach, se soient mis en ménage deux ans plus tard, puisse être la résultante d’une action prédatrice d’un homme « manipulateur, jaloux et verbalement violent » ou la concrétisation d’une rencontre – même si déséquilibrée – entre deux êtres. En lisant son témoignage me revient cette phrase de Jean-Paul Sartre : « à moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde ».

KUKORS: COMMENT J’AI TOUT À COUP PERDU LE FIL D’ARIANE…

La biographie d’Ariana par Wikipedia indique en effet qu’en 2009, l’année de ses vingt ans et de son titre mondial, ayant nagé la saison précédente à l’Université de Washington, dont les programmes de natation furent interrompus par des mesures d’économie du département athlétique, Kukors alla s’installer chez Hutchinson. Toute cette année, ils vécurent en couple. Il avait 37 ans, elle 20.

On peut certes croire que Kukors a aujourd’hui l’impression d’avoir été entre les mains d’un être « éminemment puissant et manipulateur », mais peut-elle se dédouaner d’être retournée, jeune adulte de 20 ans, chez ce « monstre » qui venait d’être bombardé entraîneur en chef du club FAST ? Et, si Hutchinson dit vrai, dans sa défense, est-il plausible que non seulement elle partagea la demeure du coach, mais la sœur de la nageuse vint vivre avec le couple et ses parents leur rendirent visite ? Peut-on croire, si ces détails sont avérés, en dehors d’un maraboutage en règle, d’un envoutement des Kukors, à cette version diabolique qu’elle nous présente, dix ans après, de sa relation ?

Pour finir, j’aimerais être sûr que l’accusation d’Ariana Kukors ne constitue pas un tardif règlement de compte d’amoureuse pour châtier l’homme qui l’a séduite et peut-être abandonnée. Brutalement dit, je ne trouve pas autant de certitudes que j’aimerais dans l’histoire que raconte cette charmante personne. Au point où je me trouve, Ariane, j’ai le regret de vous dire que j’ai perdu le fil.

De la même façon, le fait qu’Hutchinson ait poursuivi une relation huit années de suite sans qu’il n’y ait (jusqu’ici) rien d’autre à lui reprocher avec d’autres nageuses, ne démontre-t-il pas de sa part une fidélité et un attachement ? Si l’Hutchinson en question s’en est tenu à poursuivre une seule et même nageuse pendant cette malheureuse décennie, je ne puis en rien l’accabler au même titre que ce dérangé d’Harvey Weinstein.

Je me demande si l’on ne nous sert pas là, nolens volens, un triste panaché de Portier de Nuit et de Lolita.

APRÈS AVOIR ACCUEILLI AVEC UNE CERTAINE SYMPATHIE CETTE TENDANCE À DIRE LES CHOSES, JE COMMENCE À M’AGACER DES EXCÈS DU MOUVEMENT ME TOO

Mais on devrait en savoir un peu plus, bientôt. Homeland, l’organisme de la sécurité intérieure des USA, s’est emparé de l’affaire… Ils cherchent chez Hutchinson des « preuves. »

Les doutes qui me viennent en lisant cette saga me conduisent à d’autres considérations. On a tous une ou plusieurs histoires à raconter dans le domaine du sexe non consenti, on peut tous avoir vécu des moments désagréables en ce domaine, on n’a peut-être pas toujours été parfait, ni glorieux, nous-mêmes, dans ce domaine. Il est très possible, aussi, que les fédérations sportives, au même titre que l’église catholique, que les campus d’université où l’on viole en moyenne une jeune fille par jour, ou n’importe quel lieu où les deux « genres » cohabitent, soient mal armés pour réagir dans des situations de ce genre, et je ne sais pas trop s’il est licite, hors certains cas limite, de se mêler de certaines affaires qui s’adressent d’une certaine façon à la liberté personnelle.

Je ne sais pas trop non plus si, après avoir accueilli avec sympathie cette tendance à afficher ses déboires née outre-Atlantique, je ne commence pas à m’agacer de ce qui me semble être des excès du mouvement ≠MeToo. La légende selon laquelle l’homme est toujours un prédateur et la femme toujours une victime ? Permettez-moi d’en douter. J’aurais tellement d’exemples inverses dans la natation, des exemples de tentatives de séduction et autres harcèlements opérés par des femmes sur des hommes (principalement), et plus spécialement par des jeunes nageuses sur leurs adultes d’entraîneurs, que je me décourage de les évoquer – d’autant qu’on ne peut citer les noms.

Je vous raconterai seulement que sachant à quelles oiselles il avait affaire, un entraîneur national prenait bien soin, quand il recevait une nageuse dont il avait la charge afin d’évoquer sa situation, d’ouvrir en grand la porte de son bureau situé au fond de la plage de la piscine.

LA DEMOISELLE ME CONVIA À L’ACCOMPAGNER DANS LE VESTIAIRE « POUR GAGNER DU TEMPS » ET À L’INTERROGER PENDANT QU’ELLE SE DÉSHABILLAIT DEVANT MOI, SE DOUCHAIT ET SE RHABILLAIT

Je vous raconterai aussi l’anecdote de ce conseiller technique qui avait prié son épouse de le rejoindre sur le lieu du stage où il se trouvait afin de calmer les tentatives de séductions des effrontées qu’il entraînait.

Je vous conterai aussi cette histoire vécue dans l’hôtel où je me trouvais à la veille d’un championnat de France, d’une nageuse de dix-huit ans qui exigeait de son quadragénaire entraîneur qu’il vienne dans sa chambre la border et lui faire la bise le soir quand elle était couchée – ce sans quoi elle prétendait ne pas pouvoir s’endormir.

Je vous conterai mon histoire personnelle, quand, étant allé à Créteil interviewer cette gamine de quinze ans, la demoiselle me convia à l’accompagner dans le vestiaire « pour gagner du temps » et à l’interroger pendant qu’elle se déshabillait complètement devant moi, se douchait et se rhabillait. Mais est-ce que j’aurais dû m’en plaindre ?

J’ai bien apprécié la position de Catherine Deneuve, qui revendiquait la liberté d’être importunée. Une position mal perçue, parce que ses adversaires, celles et ceux qui l’ont humiliée et insultée pour cette prise de position tellement fine et intelligente, ont feint de ne pas comprendre qu’elle désirait être « importunée » gentiment, vu qu’il y a trente-six façons d’ « importuner » une personne…  

Bien sûr, il y a de désagréables personnages pour qui « non » n’est pas une réponse, et aussi de vilaines habitudes prises pendant les millénaires qui ont formé l’espèce humaine. Entre en compte aussi la différence de force physique entre le mâle et la femelle, qui peut conduire l’homme à en abuser. Il doit être cependant plus facile, il est vrai, d’en imposer à la petite Ariana Kukors qu’à Valerie Adams, la quadruple championne du monde de lancer de poids, 1,96m, 122kg !

L’ÊTRE HUMAIN PROCÈDE A LA FOIS DE LA NATURE ET DE LA CULTURE. LA NATURE EST LE DOMAINE DU LIBRE INSTINCT ; LA CULTURE CELUI DU SURMOI ET DE LA RÉPRESSION. PARFOIS, TROUVER LA BONNE FRÉQUENCE EST UN PEU DIFFICILE.

Bientôt, ces délatrices vont quand même devoir réfléchir à la portée de leurs accusations et admettre que, peut-être, les relations entre les sexes ne peuvent être aussi policées que la circulation en ville, ni réglées que les horaires de chemins de fer. L’être humain procède à la fois de la nature et de la culture. La nature est le domaine du libre instinct ; la culture celui du surmoi et de la répression. Parfois, trouver la bonne fréquence est un peu difficile.

Pour Anna Santamans, avec qui j’ai évoqué cette question, il n’est pas normal que dans la relation entraîneur-entraîné, entre une ambiguïté d’ordre amoureux. A son avis, une toute jeune fille peut avoir du mal à analyser ses émotions, et confondre le respect porté à l’entraîneur avec un émoi amoureux. Dès lors, dit-elle, c’est à l’adulte d’y mettre bon ordre. 

Quand des relations de pouvoir s’en mêlent, cela devient plus compliqué. Le mois dernier, une certaine Cristina Garcia, puissante avocate californienne et porte-parole écoutée de ≠MeToo, s’est trouvée poursuivie par deux de ses employés pour tentatives de « relations inappropriées. » Cette zélée pourfendeuse de l’instinct mâle s’est découverte harceleuse, qui aimait mêler l’excès de boisson et ses plans Q. Retour de bâton !

Mais j’ai depuis longtemps compris que, chez les Américaines – du moins chez celles qui se trouvent en pointe dans ces combats – et chez celles qui chez nous admirent leurs façons, il ne s’agit pas de sexe, ou d’amour, ou appelez cela comme vous voulez, mais de rapports de force entre les deux « genres. »

AU F.I.N.A.L, L’EUROPE SE FAIT-ELLE TONDRE LA L.E.N. SUR LE DOS ?

Éric LAHMY

Mercredi 27 Septembre 2017

Battu à l’élection à la présidence de la Fédération Internationale de Natation, Paolo BARELLI, le président italien de la Ligue Européenne de Natation, se persuade que son combat contre les sombres magouilleurs internationaux qui ont fait de la gestion de ce sport le marigot qu’on sait est le bon.

La LEN a publié un texte, intitulé « L’Europe mérite plus », reprenant les critiques de Barelli à l’encontre de la FINA et, en l’occurrence, du traitement déloyal vis-à-vis de l’Europe.

« Les athlètes et les fédérations nationales de l’Europe ont replacé ce continent à la tête des autres continents en termes de médailles et de finalistes dans les six disciplines, lors des championnats du monde 2017. L’Europe a aussi accueilli quatre des cinq dernières éditions des championnats du monde, mais aucun effort ne parait suffisant pour lui valoir un traitement juste de la part de la FINA.

« Lors de la distribution des sièges dans les différents comités et commissions techniques de la FINA, l’Europe a reçu bien moins que la part correspondant à son poids dans le monde aquatique. Les Fédération européennes à succès, investissant beaucoup pour produire des athlètes de qualité pour le bénéfice du monde aquatique, ont été négligées tandis que des pays d’autres continents privés de résultats et de traditions peuvent envoyer par poignées des membres pour suivre à l’avenir les activités futures de la FINA.

« Il ne s’agit pas là seulement d’un manque d’appréciation, mais d’une mise en danger des succès futurs au niveau global. »

Selon Barelli, si l’on se réfère aux tables et aux statistiques présentées en annexe à son texte, « il est évident que la direction de la FINA ne respecte pas les principes de base d’une « bonne gouvernance », et ne respecte ni n’apprécie le fait que les athlètes ou les fédérations d’Europe méritent d’être traités de façon équitable. » Barelli, à travers la LEN, analysant les résultats des mondiaux 2017 à travers le poids politique de la LEN au sein de la FINA, ne peut que constater, dit-il, « une douloureusement claire image de cette bien triste situation. »

Les points-clés de la démonstration sont les suivants: l’Europe, dans son ensemble, a enlevé 46% des médailles, et placé 49% des finalistes ; ses nations représentent 55% de celles qui ont enlevé des médailles et 59% des finalistes ; en sens contraire, se plaint l’Europe à travers son président, l’Europe a obtenu 25% des sièges disponibles dans les comités et commissions de la FINA, moins que les Amériques, 26% de sièges à la FINA, qui ont « enlevé 28% des médailles et conquis 25% des places de finalistes ». L’Asie, elle, toujours selon les comptes de la LEN, dispose de 22% des sièges, contre 19% des médailles et 18% des finalistes ; l’Océanie a 11% des sièges, avec seulement 5% des médailles et 7% des finalistes ; l’Afrique a eu droit à 16% des sièges, ce qui peut paraître luxueux pour un continent qui a raflé 2% des médailles et compté moins de 1% des finalistes.

Les chiffres qui précèdent ne me paraissent pas particulièrement scandaleux. Je ne crois pas un seul instant que le nombre de dirigeants doive absolument coller exactement à celui des médaillés. Fallait-il, pour donner un exemple à peine caricatural, offrir des places dirigeantes au Zimbabwe après les médailles de Kirsty Coventry et les renvoyer à la maison dès que cette grande nageuse eut pris sa retraite ?

Mais, selon l’expression, le diable se cache dans les détails…

« Plusieurs fédérations nationales européennes qui ont enlevé des médailles autant à Budapest qu’à Rio ne disposent d’aucune place en comités ou commissions. La Suède, pays de la meilleure nageuse du monde, n’a pas un membre dans la commission de natation et un seul en tout (en plongeon). La Serbie, l’actuelle championne du monde de water-polo messieurs, invaincue depuis trois saisons, qui remporté en water-polo toutes les grandes rencontres, de 2014 à 2016, a perdu son siège en Comité de water-polo. La Grèce compte un membre dans le comité des athlètes, l’Ukraine (9 médailles), natation de pointe en synchro et en plongeon, n’a qu’un membre, en synchro. »

Ni la Belgique, ni la Lituanie, ni la Norvège, pays de grandes traditions aquatiques qui ont placé des finalistes à Budapest, ne disposent de sièges en comités ou en commissions. Et la lettre de la LEN d’ajouter : « il ne s’agit là que d’exemples. Plusieurs autres fédérations européennes n’ont été considérées de façon appropriée. »

LE DIRIGEANT FINA TYPE EST CELUI QUI N’A PAS DE NAGEURS. NORMAL : IL NE SERT PAS, IL SE SERT

Après avoir salué l’émergence de nations, sinon dans la pratique sportive, du moins dans l’activité dirigeante, et admis qu’il fallait bien encourager cette émergence, la LEN appuie là où ça fait mal : « certains points clé qui soulignent l’incohérence des décisions de la FINA dans l’allocation de telles positions. »

« En Europe, les fédérations qui ont le plus de membres dans la FINA sont la Hongrie et l’Espagne, avec 7 membres chacune – les USA dominent pour les Amériques, avec 23 membres ; l’Australie, pour l’Océanie, en compte 17.

« Au total, en Asie, 15 fédérations membres placent trente membres dans les comités et commissions de la FINA sans placer le moindre finaliste aux mondiaux de Budapest. Même situation en Afrique avec 13 fédérations membres, lesquelles envoient trente membres dans les comités et commissions, pour zéro finaliste dans les compétitions. Onze fédérations américaines placent 24 comitards et commissionnaires sans parvenir à une place de finaliste en compétition mondiale, tandis que seulement quatre nations européennes (7 membres) se trouvent dans cette situation.

« Quelques autres exemples soulignent le manque d’honnêteté dans la politique suivie par la FINA dans sa désignation de ses membres (ce qui est mis en cause n’est pas la valeur des personnes désignées, mais la façon dont les fédérations nationales sont traitées, sans tenir compte de leurs achèvements. L’Afrique du Sud a onze membres et deux médailles et sept finalistes ; l’Egypte a cinq membres, contre un seul finaliste et médaillé. Le Koweit, une fédération suspendue, dispose de quatre membres et n’a emmené aucun finaliste dans les compétitions. Argentine, quatre membres, zéro finaliste. Oman, trois membres, zéro finaliste. Inde, 3 membres, zéro finaliste. Arabie Séoudite, 3 membres, zéro finaliste. Uruguay, 3 membres, zéro finaliste. Nigéria, 3 membres, zéro finaliste.

En contrepoint, le texte de la LEN note : « Suède, 1 membre contre 4 médailles et 7 finalistes ; Ukraine, 1 membre contre 9 médailles, 22 finalistes ; Danemark, zéro membre, mais 1 médaille, 4 finalistes à Budapest, 2 médailles à Rio ; Pologne, 0 membre pour une médaille et six finalistes ; la Serbie, zéro membre contre une médaille en water-polo. »

LA FINA N’A PAS DE PROBLÈME : ELLE EST DEVENUE LE PROBLÈME

Que penser de ce brûlot ? Qu’il confirme un évident problème avec la FINA. Entendons-nous. L’institution internationale n’A pas de problème. Elle EST un problème. Elle est la catastrophe de ce sport. La politique de son directeur, Cornel Marculescu, le philistin en chef, qui ne voit dans son sport que l’argent qu’il peut rapporter sans aucun souci d’une quelconque authenticité sportive ; ses atermoiements honteux vis-à-vis du dopage institutionnel ; la manipulation aussi méprisable que scandaleuse de l’institution orchestrant la disparition de la limite d’âge (à 80 ans !) pour permettre au grigou présidentiel de se représenter ; la captation des leviers du pouvoir par une caste de suceurs qui se coopte, se perpétue ; tout cela, allié au temps, qui a permis à toute une vermine de s’incruster, a fait disparaître tout semblant de démocratie, et, forte de sa légalité olympique et des confortables sommes qu’elle lui procure, n’a que faire d’une authentique légitimité sportive ; tout cela, dis-je, mène à cette étrange arithmétique mise en lumière par Barelli.

Pour tenir la baraque, ces braves gens de la haute direction de la FINA sont en effet très occupés à ne coopter que des personnes » manipulables à plaisir. Ces personnes doivent être soit des paillassons, soit des politiques. Politiques, on les acoquine, elles mangent à l’auge collective. Paillassons, le seul fait de se rendre aux réunions de la FINA, de dormir dans les grands hôtels, de toucher les copieuses compensations quotidiennes, les fameux « per diem », suffit à leur bonheur : ces dirigeants-sic sont achetés à peu de frais. Regardez les nationalités des cooptés par la FINA. On y trouve des très riches (comme le Koweit, ou les dictatures pétrolières d’Oman et d’Arabie séoudite) ou des très pauvres. Dans les deux cas, des gens faciles à mener : quand ils sont trop riches pour être corrompus, ils ne pèsent rien sportivement, le savent, et sont trop contents d’être mis dans le coup. Ces zéros cherchent les honneurs qui consistent à se la jouer dirigeants. Issus de nations pauvres, ils réagissent de la même façon, sauf qu’ils se font acheter par les voyages et l’argent. Et comme ce ne sont pas leurs vertus dirigeantes, mais bien un mélange de flagornerie et d’égoïsme qui les a amenés là, ils vont servir admirablement les intérêts de la caste… A noter que nombre de ces dirigeants-sic ainsi cooptés viennent de nations autocrates.

La FINA adore les dictatures. Enfin, elle ne les déteste pas. Elle parle leur langage. Marculescu, qui a prospéré sous Ceaucescu, doit s’y trouver à son aise… Ceux qui ont vécu dans une dictature sont très dépolitisés ; ils ont le culte du chef, savent courber la tête devant un médiocre adossé à un pouvoir. Ils font de parfaits larbins du régime. De tout régime.

Ce dévoiement de l’organisme faîtier du sport n’est pas nouveau. Pendant 80 ans, de 1908 à 1988, la FINA a été menée par des présidents issus de grandes nations de natation : USA, France, Grande-Bretagne, Suède, Allemagne, Belgique, Argentine, Pays-Bas, Australie, Mexique, Yougoslavie ; depuis bientôt trente ans, ses présidents viennent de nations qui n’ont pas produit un seul grand nageur : Algérie, Uruguay. Deux présidents de la FINA aux personnalités plus ou moins sympathiques, mais dont on se demande bien ce qu’elles ont apporté à la natation de leurs pays…

On n’est pas sorti de l’auberge.

LA COLÈRE ET L’APAISEMENT

Éric LAHMY

Mercredi 9 Août 2017

Savez-vous ce qu’il faut penser de la « voix du peuple » ? Difficile d’élaborer, en face d’elle, une ligne de conduite. Je vous parle de ça parce que, ces derniers jours, à Londres où se tiennent de très beaux championnats du monde, la Fédération Internationale d’Athlétisme a hésité à organiser la cérémonie de remise de médailles du 100 mètres plat à l’issue de la course.

L’épreuve a été gagnée par Justin GATLIN, l’athlète, nous dit-on, le plus détesté de l’époque. GATLIN, à chacune de ses apparitions sur le stade, est copieusement hué. La crainte du scandale faisait l’IAAF hésiter à organiser une remise de médailles! Le public lui reproche deux contrôles anti-dopage positifs, l’un aux amphétamines, l’autre à un anabolisant.

Comme dirait l’autre: que fait la police?

Au nom du principe de proportionnalité, le souhait de certains d’écarter des stades à vie de tels récidivistes, ne peut être exaucé. Or, le traumatisme (fort médiatisé d’ailleurs) que constitue, dans le sport, aujourd’hui, chaque contrôle positif, salit, dirait-on, de façon indélébile, ceux qui en sont les sujets. Voir ceux qui ont fraudé hanter le stade et surtout enlever des médailles en insupporte plus d’un.

Craig Lord, sur son site SwimVortex, a pris sur le sujet, en natation, une position de pointe. Il accompagne systématiquement d’un astérisque le nom de chaque contrevenant, quand l’actualité le contraint à en commenter les faits et gestes .

Marque infâmante qui, dans le cas du Chinois SUN Yang, après ses victoires mondiales, aboutit à ce qu’il n’eut pas même droit à ce que son nom soit cité. Lord désignait SUN sous le nom d’ « astérisque » tout le long de l’article. La Russe Julia EFIMOVA a été traitée de manière équivalente. Il s’agit d’un rejet total et semble-t-il définitif. Dans le passé, on marquait les criminels au fer rouge – flétrissure définitive, infamante.

On peut s’interroger sur la validité d’un tel extrémisme. Se doper est tricher, certes. Mais tricher, en football ou en water-polo, par exemple, conduit au pire à une expulsion temporaire. Une interdiction de jouer quelques matches peut s’ensuivre. Dans les cas les plus graves, elle couvre quelques rencontres, ou quelques semaines.

Par ailleurs, on peut distinguer des degrés dans la culpabilité d’un dopé. Il y a ce que j’appelle le dopage par accident. Il y a aussi les dopés « à l’insu de leur plein gré », selon la formule immortelle du cycliste Richard Virenque. Peut-on sérieusement comparer le cas de ces nageuses chinoises ou est-allemandes, innocentes et parfois même victimes, trafiquées par le médecin de leur équipe, avec celui de Lance ARMSTRONG, cynique de tempérament criminel, qui orchestrait lui-même les tricheries de son équipe ?

Il y a, sous cet angle, deux façons de voir le champion: soit comme on le voit traiter dans les sports olympiques, selon la  version anglo-saxonne, intransigeante, de la morale; soit comme un être que son statut place au-dessus des règles – Diego MARADONA et Lionel MESSI, dieux du foot, bâtis à force d’anabolisants et d’hormones de croissance sans que nul n’ait paru s’en offusquer, MARADONA encore, tricheur mégalo, corrompu, drogué jusqu’à l’os, dont rien ne parait devoir affecter l’aura divine que lui trouvent ses admirateurs.

Disons-le, cette rigidité là, que l’on voit faire tant de dégâts dans le monde politique, où qui « vole un œuf » est traité comme s’il avait tué père et mère, finit par être presqu’aussi dérangeante que l’attitude contraire…

C’est que les temps ont changé. En-dehors des limites du sport, dans la fiction, les héros du passé se sont perdus dans les sables de l’ambiguïté. L’antihéros leur a succédé : mesurez la distance entre Richard RIDDICK, le sombre personnage de Pitch Black, incarné à l’écran par Vin DIESEL, et Robin des Bois, joyeux maître de la forêt de Sherwood. Et goûtez la différence.

Les antihéros actuels, tissés d’autant de défauts que de qualités, font plus vrais, en cette époque de désillusions, que les chevaliers blancs du passé, qu’ils ont un peu ringardisé – et dont les profils, d’ailleurs, étaient plus compliqués qu’il n’y parait. L’Hercule romain, son modèle grec, n’étaient guère recommandables. Leurs actions les rapprocheraient du « cool bad guy » de Quentin Tarantino plus que du preux Lancelot du Lac (lequel, d’ailleurs, couchait avec l’épouse de son roi lige).    

Thomas BACH, le président du Comité International Olympique, s’est récemment déclaré pour la radiation à vie de ceux qui étaient convaincus de dopage. Une déclaration coûte certes moins qu’une action, et on se souvient des atermoiements, des manœuvres diverses du même BACH, l’an passé, pour se débarrasser de l’affaire du dopage organisé en Russie, de son peu d’empressement à sévir quand il le pouvait. Depuis Jean-Sébastien, les BACH, il est vrai, connaissent la musique, et plus encore l’art de la fugue.

Comment agir face à un athlète dont le dopage est avéré ? Peut-on le considérer comme un criminel ? Doit-on lui garder une éternelle aversion ?  

On a vu l’Australien Mackenzie HORTON et l’Américaine Lilly KING adopter, aux Jeux olympiques de Rio, des positions très agressives face à leurs adversaires directs, respectivement SUN Yang (Chine) et Julia EFIMOVA (Russie), bien trop protégés par la FINA, disons-le. Ces relations tendues perdurèrent jusqu’aux championnats du monde de Budapest. SUN et HORTON réussirent à se saluer sans trop de grimaces sur le podium du 400 mètres, où ils cohabitèrent un instant.

Quelle que soit la sympathie limitée que provoque SUN Yang, la radiation à vie n’est pas proportionnée à ses erreurs. Et le stigmate éternel, le signe infâmant pérenne, le doigt sur la faute, ne me parait pas très généreux. Il est bon qu’à un moment donné, la faute soit sinon oubliée, du moins pardonnée.

A la fin des mondiaux, ce 30 juillet, à l’issue de leur dernière rencontre individuelle, sur 50 brasse, on a pu voir KING et EFIMOVA parler, rire et échanger quelques mots dans l’eau. Interrogée au sujet de ce changement de comportement, l’Américaine expliqua qu’elle avait eu du plaisir à se confronter avec la Russe, que celle-ci avait, au fond valorisé ses courses, les avait rendues intéressantes. Elle semblait avoir pardonné la faute de la rivale. Deux jours plus tôt, une autre nageuse US, Bethany GALAT, l’avait précédée dans cette attitude. Deuxième du 200 brasse derrière la Russe, GALAT s’en alla féliciter EFIMOVA ; interrogée par les medias, elle expliqua qu’il lui paraissait naturel et congratuler la gagnante : « c’est une grande nageuse ; c’est une fantastique nageuse de brasse ; elle a produit une course phénoménale. Alors oui, je la félicite. Je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas. » Après le temps de la colère était venu celui de l’apaisement.

KATINKA, LA COUPE DU MONDE, LA DÉMOCRATIE SPORTIVE ET L’AVENIR CHANCELANT DE LA « FINATATION »

“Tu peux résumer tout ce qui ne va pas au monde”, disait ma mère, « par le fait que certaines personnes estiment qu’ils peuvent poser une serviette le matin et disposer d’une chaise d’hôtel toute la journée » (Andy RASKIN).

Éric LAHMY

Dimanche 26 Juin 2017

La lettre ouverte de Katinka HOSSZU qui remet en cause la politique de la Fédération internationale ne semble pas avoir fait trop de vagues pour l’instant… Pourtant, elle dénonce les errances de la gouvernance mondiale du sport.

Pourquoi ce faible écho ? Il se peut que les nageurs, d’ailleurs en pleine préparation des mondiaux, ne se passionnent guère pour les dysfonctionnements de la FINA et le peu de cas que l’organisation mondiale fait de leurs soucis. Il se peut que seule Katinka HOSSZU se trouve concernée par ce changement de règlement qui interdit à un nageur de présenter plus de quatre courses – alors qu’elle s’était ces dernières années engagée partout !

HOSSZU, ce faisant, était en quelque sorte devenue synonyme de coupe du monde… au point qu’il est difficile de savoir si la coupe du monde avait fait la marque d’HOSSZU ou HOSSZU la réputation de la coupe du monde.

La Hongroise a été choquée d’apprendre un changement de règles soudain, décidé sans respect de ce qu’est le principe d’une compétition, manifestement bâclé moins de deux mois avant son démarrage. Si elle a préparé le planning de cette WorldCup 2017-2018 avec son sérieux habituel, admirer la nonchalance avec laquelle la FINA a opéré au dernier moment des changements qui auraient dû être prévus plus d’un an à l’avance, je comprends son énorme révolte. Comment prendre au sérieux les ploucs dangereux de l’organisation mondiale?

Peut-être ceux qui ont lu sa missive ont-ils eu les mêmes sentiments que moi ? A la fois cette idée qu’enfin quelqu’un qui n’est pas Paolo BARELLI ou Craig LORD est en train d’émettre quelques vérités bien senties, et la sensation que Katinka a plutôt mal engagé la discussion.

La nageuse hongroise a bien utilisé le système et ne s’est jamais élevée, tant que ses règles l’avantageaient, contre les manières de la FINA. Elue à trois reprises nageuse mondiale de l’année contre certaines évidences en faveur de Katie LEDECKY, grâce à ses numéros dans le cirque WorldCup, elle n’a rien trouvé à redire à cela.

D’où vient cette gêne que je ressens en face de sa lettre ? D’une sorte de confusion, de contradiction entre, d’un côté, la générosité dans l’effort de Katinka HOSSZU, son courage, un engagement qui laisse rêveur. De l’autre le fait qu’elle ait systématiquement ratissé sans le moindre état d’âme cette épreuve bancale, incapable de décoller et mal en point qu’on appelle la Coupe du monde. HOSSZU est une vraie professionnelle du sport, il est vrai, mais sa pratique répond à sa rapacité…

Que les participants ne cessent de s’interroger sur le calendrier WorldCup  tordu imposé par l’organisation mondiale en fonction de ses lubies et de son désir d’inonder la saison de compétitions qui en arrivent à se cannibaliser, est chose avérée. Que la plupart des nageurs ne veulent ou ne peuvent s’engager dans cette formule, que la Coupe du monde ne présente aucune étape en Amérique du Nord comme du Sud, en Afrique ou en Australie, et soit centrée sur un continent, l’Asie, avec trois étapes entre Singapour et deux Emirats qui disposent de plus d’argent que de nageurs, tout cela n’a jamais dérangé Madame HOSSZU, bien occupée à faire son beurre.

Sa façon de partir du sort de ce vaisseau en détresse qu’est la Coupe du monde pour attaquer les pratiques de la FINA affaiblit à mes oreilles son propos. HOSSZU, parce que la coupe du monde lui a rapporté un million de dollars, estime qu’il s’agit de la grande épreuve internationale. Elle entend rabaisser les championnats du monde, qu’elle prétend être inférieurs à la Coupe. Or rien n’est moins vrai. Pour elle, et elle ne vous le dira pas, une Coupe du monde bancale et n’attirant pas même vingt pour cent des meilleurs nageurs lui convient parfaitement : c’est dans ce cas-là qu’elle a réussi ses jackpots, car moins elle y trouve d’opposition, plus elle ratisse large. J’appellerai cela une Coupe rêglée aux dimensions d’Hosszu…

Alors ? Katinka HOSSZU ne veut pas réformer la WorldCup. Elle veut seulement les plus gros bonus possibles, de façon à engraisser ses comptes en banque…

…Certes, l’argent, c’est le propos des professionnels.

 SOUS COUVERT DES PRINCIPES, HOSSZU NE DÉFEND-ELLE PAS  LÀ QUE SES INTÉRÊTS PERSONNELS ?

HOSSZU soulève à côté de cela, cet article de règlement étrange qui prévoit de qualifier d’emblée en finale le vainqueur de l’édition précédente, et celui qui amène à ne disputer qu’une partie du programme à chaque étape.

Ces fantaisies paraissent particulièrement insatisfaisantes. Elles le sont d’autant plus qu’elles sortent de nulle part, « out of the blue ». La première est carrément idiote et rétrograde. (1) La seconde répond au caractère pléthorique du programme FINA.

Mais une fois de plus le sentiment domine que Katinka défend ses intérêts personnels. Empêcher un nageur de se présenter dans plus de quatre courses en Coupe du monde dérange une dame qui a décidé de tout avaler, par ici la bonne soupe, et qui peut le faire grâce à une organisation très rigoureuse. HOSSZU, en Coupe du monde, se déplace et nage dans les meilleures conditions.

Or elle est bien la seule que cette limitation dérange aujourd’hui, car les autres ont déjà du mal, en deux jours, à enquiller quatre séries et quatre finales! Elle non. Son comportement est tellement atypique et hors normes qu’un entraîneur aussi dur et exigeant que Frédéric VERGNOUX m’a affirmé qu’il ne comprenait pas comment elle faisait.

Autant dire que dans cette critique, elle risque d’être seule. Michael PHELPS aurait pu faire écho à ses gémissements, mais il ne nage plus et n’a jamais disputé la WorldCup.

HOSSZU a été tellement avantagée par la formule qu’elle ne s’est pas rendu compte que la compétition avait, en partie de sa faute, du plomb dans l’aile.

La FINA, depuis quarante ans, a créé dans un mouvement qui s’est accéléré ces derniers temps, sans retenue encore et toujours plus d’épreuves, des 50 mètres de spécialités, des pelletées de relais comme ceux mixtes, des 800 mètres chez les hommes, des 1500 chez les femmes, des 100 mètres quatre nages, au point que les organisateurs d’étapes renâclaient en face de cette imbécile folie créatrice née du désir de « dépasser l’athlétisme » en médailles olympiques: on est parvenu à un point où ces courses s’enquillent, se bousculent et s’embouteillent, les unes derrière les autres, dans un programme délirant. Ce que la FINA a fait des meetings, en les estampillant FINA, c’est de les rendre obèses, pléthoriques, apoplectiques, ingouvernables. La natation devient de moins en moins lisible.

Utilisant semble-t-il des méthodes d’entraînement proches de l’Ultra Short Race Pace Training (USRPT), HOSSZU est parvenue à tout nager (sauf les courses masculines bien sûr) et à faire sauter la banque. Avec le temps, cette façon de truster, d’abord saluée par des étonnements admiratifs, a fini par agacer…

UN CHALUTAGE SYSTÉMATIQUE DU PROGRAMME

La réponse de la FINA à cette gloutonnerie gargant(hossz)uesque a été de limiter à quatre courses ce qu’un nageur a le droit de disputer. Cette décision a été vue, à juste titre, comme une décision anti-HOSSZU. Elle a été prise en catimini, comme d’habitude, sans consultation sérieuse… Mais elle correspond à un constat : le jeu d’HOSSZU, on l’a dit, après deux ou trois ans à susciter surprise et admiration, a fini par lasser. Mais surtout, les dirigeants de la FINA se sont aperçus qu’ils ne connaissaient pas aussi bien leur sport qu’ils le devraient…

Dans cette confusion d’épreuves qui fait leur orgueil, il arrive qu’un nageur supérieur pourrait tout gagner s’il le voulait. HOSSZU l’a montré. Dans le passé, Tracy CAULKINS, que je tiens pour la plus grande « quatre nageuse » de l’histoire, l’a démontré – vers 1980 dans un championnat des Etats-Unis de valeur d’ailleurs supérieure à celle d’un meeting FINA, battant les records US sur 100 et 500 yards, 100 yards dos, et gagnant des courses en brasse, en papillon plus bien entendu les épreuves de quatre nages. CAULKINS, à cette époque, aurait pu gagner toutes les courses du championnat des Etats-Unis si le programme avait été assez dilué, et en faire de même aux mondiaux si les nageuses de l’Est n’avaient pas été dopées jusqu’à l’os !

On a vu de même, en 2011, à des Jeux panarabes, Oussama MELLOULI gagner 15 médailles d’or et une d’argent. Le même MELLOULI a opéré des ravages en … coupe du monde 2008, enlevant 27 courses, terminant 6 fois 2e et deux fois 3e. Et je ne parle pas des razzias « sommitales » de Mark SPITZ et de Michaël PHELPS aux championnats des USA et aux Jeux olympiques, dans des conditions autrement difficiles que celles que rencontre HOSSZU… Katinka, elle, aux Jeux olympiques, a gagné 100 dos, 200 et 400 quatre nages et fini 2e du 200 dos, ce qui me parait plus fort que ces numéros de WorldCup… Or, ce ne sont « que » quatre courses.

En France, Lara GRANGEON, quoiqu’assez éloignée de ce niveau, s’est à plus d’une reprise amusée à monopoliser aux championnats de plusieurs îles du Pacifique. En 2011, elle a enlevé ainsi 17 médailles d’or, 3 d’argent et une de bronze aux championnats de Nouvelle-Calédonie, du 50 libre au 5 kilomètres en mer!

Ces nageurs démontrent combien le programme de la FINA, soi-disant étoffé pour « universaliser » la natation, est une pure inconséquence !

Mais Katinka ne vous le dira pas, puisque cette inconséquence la nourrit. Mariée avec son entraîneur, très aidée par ses sponsors sinon sa fédération, Katinka HOSSZU peut se déplacer dans le monde entier en restant en famille. Elle s’est parfaitement adaptée à la Coupe du monde et s’y trouve chez elle : et de remplir le tiroir-caisse.

MAIS OU SE TROUVE LE LAMAR HUNT DE LA NATATION ?

On a vu que l’an passé, Katinka HOSSZU, ayant réglé quelques comptes avec sa fédération, avait réussi à se payer successivement la peau de l’entraîneur national, puis du président…

Ce qui a si bien marché à l’intérieur du pays pourra-t-il être reproduit à l’international ? Ce n’est pas sûr. En soi, je ne crois pas que les dirigeants de la FINA aient tellement d’amis parmi les nageurs et les entraîneurs, en-dehors des dopés dont elle sauve la mise. Mais les nageurs sont en général jeunes, peu politisés, hyperconcentrés sur leurs perfs, et comme professionnels, n’ont pas forcément, tous, les mêmes intérêts. D’ailleurs, la FINA, sorte de club autocrate, se situe hors de portée de toute révolte démocratique.

La fameuse révolte de l’ATP à Wimbledon, il y a plus de quarante ans, dont HOSSZU assène l’exemple aux nageurs, ne risque pas de se reproduire en natation; elle n’avait rien de spontané, était orchestrée en sous-main, au-delà de l’ATP que dirigeait Cliff DRYSDALE, par un milliardaire, Lamar HUNT, occupé à monter un circuit tennistique pro et dissident, et qui mettait beaucoup de moyens dans l’opération. Les joueurs qui ne s’étaient pas présentés à Wimbledon se produisaient dans le juteux circuit de Lamar HUNT, et la Fédération internationale de tennis, dirigée par le Français Philippe CHATRIER, avait senti le vent du boulet: le projet de HUNT pouvait vider le tennis mondial de sa substance. Je ne vois pas le Lamar HUNT de la natation, encore moins la possibilité d’en voir débarquer un.

Si la Coupe du monde était viable, un circuit parallèle aurait déjà été tenté, ou envisagé. Il ne l’est pas. La natation, aux petits soins pour ses dirigeants, ne peut pas faire vivre ses nageurs. Et tant que la FINA aura le contrôle de l’éligibilité olympique, elle ne risquera rien, parce que l’image du sport se situe aux Jeux olympiques. Hors les Jeux, point de salut pour les nageurs…

Katinka HOSSZU risque d’être bien seule dans sa défense de la liberté de nager autant de courses qu’on le désire. Entre une majorité qui s’en fiche et ceux, nombreux, que sa boulimie énerve, elle va pouvoir compter ses alliés. Je ne sais quel dirigeant français expliquait qu’organiser la Coupe du monde en France ne servait à rien, puisque tout l’argent s’en allait chez Katinka HOSSZU ! Mettre 250.000 dollars sur un meeting et voir une nageuse partir avec la caisse à la fin du week-end n’est pas un rêve de dirigeant ou de nageur…

Il faudra quand même que quelqu’un le lui explique!

La limitation du nombre d’épreuves nagées pour un nageur est d’ailleurs la règle dans un certain nombre de compétitions interéquipes (Interclubs, NCAA), afin d’empêcher qu’une équipe, forte d’un très petit nombre de nageurs, ne gagne les championnats… Donc c’est une règle qui existe. En revanche, admettre en finale directe un vainqueur de la compétition précédente a quelque chose d’absurde et d’antisportif.

Alors ? Il est un peu dommage qu’’HOSSZU ait engagé le fer d’une façon qui me parait assez maladroite, et peut-être regrettable qu’elle n’ait pas cherché à contacter ses camarades nageurs ou à informer les membres de la commission des nageurs de la FINA (présidée par Jihong ZHOU, 17 membres, dont Alexandre POPOV, Vladimir SALNIKOV, Penny HEYNS, Camelia POTEC, Martina MORAVCOVA, Thiago PEREIRA et une Française, Virginie DEDIEU…)

Doit-on condamner pour autant sa révolte ? Certes pas. HOSSZU pourrait être une voix qui compte dans une critique fondée de la FINA; son énergie, sa volonté, son courage dans l’adversité, sont choses précieuses. Il lui faudra quand même apprendre à tenir compte du collectif.

 

(1) Aux débuts de Wimbledon, le vainqueur de l’année précédente était exempté de tournoi. Il rencontrait le vainqueur de celui-ci. Cette règle fut assez vite abandonnée.

 

KATINKA HOSSZU: NAGEURS, RÉVOLTEZ-VOUS

KATINKA HOSSZU DÉNONCE LE « CHAOS » DE LA FINA ET INCITE LES NAGEURS PROFESSIONNELS À LA RÉVOLTE

Éric LAHMY

Jeudi 22 Juin 2017

LA CHAMPIONNE HONGROISE KATINKA HOSSZU A PUBLIÉ CE 21 JUIN UNE LETTRE OUVERTE (EN ANGLAIS) À TOUS LES NAGEURS. CETTE MISSIVE REMET EN CAUSE LA GOUVERNANCE DE LA NATATION MONDIALE, ET PROPOSE D’ASSOCIER DÉSORMAIS LES NAGEURS PROFESSIONNELS AUX DÉCISIONS QUI SONT PRISES JUSQU’ICI PAR UNE AUTORITÉ REFERMÉE SUR ELLE-MÊME. BEAUCOUP DE RÉFLEXIONS NOUS SONT VENUES SUR CETTE LETTRE, SON AUTEUR, PEUT-ÊTRE LA MIEUX PLACÉE AUJOURD’HUI POUR LANCER UNE TELLE ACTION, ET LES CIRCONSTANCE DE CETTE PUBLICATION, MAIS IL M’A SEMBLÉ PLUS INTÉRESSANT – EN RAISON DE SON IMPORTANCE – DE LA PUBLIER TELLE QUELLE, DANS LA TRADUCTION FRANÇAISE QUE J’EN AI FAITE, ET DANS SA RÉDACTION ORIGINALE EN ANGLAIS, AFIN DE DE VOIR QUELLES RÉACTIONS ELLE POURRAIT SUSCITER…

 

Lettre à la Natation

Par KATINKA HOSSZU

Budapest, 21 Juin 2017

 

Chers confrères nageurs

Vous pourrez lire ces mots au milieu de la nuit ou juste avant l’aube. Je ne suis pas sûr quand vous en trouverez le temps, mais ce que je sais assurément et que de tous les athlètes d’élite du globe, les nageurs se lèvent le plus tôt et se couchent le plus tard. Cela n’est pas exactement par choix. La plupart d’entre nous avons à vivre deux vies. Tandis que nous luttons pour obtenir la grandeur dans la piscine, nous devons également nous débrouiller dans nos vies hors des bassins. Quand la Dame de Fer prépare les championnats du monde de Budapest, Katinka se prépare pour la vie d’après la natation. Quand le monde nous tient, nous les nageurs, pour les professionnels les plus durs et déterminés, nos dirigeants semblent penser que notre sport est amateur, et c’est exactement de cette façon qu’ils nous traitent.

Si la natation n’est toujours pas un sport professionnel, alors cela est le reflet du travail que la FINA a fait ces dernières décennies, non pas le reflet d’un des sports fondamentaux du développement athlétique de l’enfant. Il existe une raison pour laquelle bien des enfants ne vont pas à la natation compétitive ; elle est extrêmement exigeante. Si vous voulez devenir un nageur en 2017, vous devez avoir une certitude. Si vous ne vous situez pas dans le « top 5 »’ mondial, vous investirez plus que vous gagnerez. Cela vous semble-t-il intéressant ? Pas vraiment. Peut-on rendre la chose plus attractive ? Je suis certaine que nous le pouvons, aussi longtemps que la FINA nous aidera, au lieu de refouler les meilleurs athlètes en arrière.

« NOS DIRIGEANTS NE NOUS ECOUTENT PAS »

D’abord, ils devraient tendre la main et nous écouter, nous, les nageurs. Ils devraient nous écouter et ne pas décider des changements majeurs des règles sans notre apport dans le sujet. S’ils nous avaient demandé notre opinion, nous aurions pu leur dire que la Coupe du Monde a un énorme potentiel, mais que les nouveaux changements de règles sont destructeurs et hypocrites.

Tout le monde pense que les nouveaux règlements de la Coupe du monde ont été faits contre Katinka Hosszu. C’est partiellement vrai, parce qu’ils m’ont définitivement baisée, imaginez, je suis comme un de ces étudiants qui ont des 10 dans toutes les matières et qui en plus ont pris le dessin et de chant en activité extracurriculaires. Aussi, l’année suivante, on me dit que je ne peux plus effectuer d’activités extracurriculaires parce que mes succès dérangent le reste des étudiants. La vérité est que seul le prof est ennuyé.

Je pourrais me voir comme une victime, mais d’un autre côté, je reçois des avantages de la FINA que je n’ai jamais requis. Je ne veux pas avancer automatiquement en finales des compétitions de la FINA sur la base de mes résultats précédents en compétitions internationales. Je veux lutter pour les places de finale avec les nouveaux talents, les Iwasakis et les Egerszegis, et s’ils sont meilleurs que moi à l’âge de 14 ans, laissons-les montrer leur talent. Avec les nouveaux changements en Coupe du monde, ils vont partir avec un désavantage – ils devront également attendre que les nageurs du sommet deviennent vieux avant d’avoir droit à leur tour à l’avancement automatique en finales. C’est tout simplement injuste.

LES NOUVELLES REGLES DE LA COUPE DU MONDE SONT INJUSTES

Selon les nouvelles règles de la compétition, chaque épreuve ne sera pas nagée à chaque étape. Ainsi par exemple, le meilleur nageur allemand pourrait ne pas nager dans son pays parce que sa ou ses courses privilégiées ne seront disputées qu’à Moscou ou Eindhoven, mais pas à Berlin. Pourquoi la FINA érige-t-elle des règles qui sont nocives pour les nageurs, les organisateurs de la compétition, la Coupe du monde elle-même et la natation dans son ensemble ? Ces règles menacent l’avenir même du sport, aussi je ne puis les appuyer par mon silence.

Comment un sport peut-il étiqueter « innovations » de nouvelles règles destructives, limitatives de la participation des athlètes du sommet ? La NBA limiterait-elle une de ses plus grandes étoiles, Le Bron James, dans sa huitième participation à la grande finale l’année prochaine ? L’ATP va-t-elle rappeler à Nadal et Federer que leur temps est terminé ? En tant que visage actuel de la natation, je devrais être concentrée sur la préservation et l’extension de ma carrière en ne disputant pas un trop grand nombre de compétitions et de veiller à ce qu’on n’abuse pas de mon image, et me voici maintenant en train de lutter pour pouvoir me présenter à toutes les épreuves qu’il me plait et à continuer à populariser mon sport.

S’il vous plait, ne croyez pas que les dirigeants de la FINA ne savent pas tout ça. Ils désespèrent de conserver vivante l’importance et la prospérité des championnats du monde – un événement dont les revenus et profits ne sont pas partagés avec les athlètes – en détruisant la Coupe du monde, une compétition qui pourrait représenter à l’avenir une opportunité plus lucrative financièrement pour plusieurs nageurs ; la FINA, clairement, voit qu’elle pourrait desserrer son pouvoir total sur la natation mondiale si même seulement les images de quelques individualités pourraient dépasser celle de la FINA. Mon sujet ne concerne pas Katinka Hosszu, mais les nageurs ayant déjà réalisé qu’ils disposaient d’un pouvoir suffisant pour influencer l’avenir du sport.   

LES DIRIGEANTS DE LA FINA NE VEULENT PAS TRAITER LES NAGEURS COMME DES PARTENAIRES EGAUX DE NEGOCIATIONS

Je crois fort que la natation peut être un sport pro, mais pour cela, nous devons briser la vieille mentalité qui a dominé depuis de longues décennies, basée sur l’idéal tous sont égaux, mais parmi les égaux se trouvent de plus égaux que les autres. Les dirigeants de la FINA ont déjà décidé : ils ne veulent pas traiter les nageurs comme des partenaires égaux de négociation, et en sens contraire ils ont créé des règles destructives, qui limitent de façon spécifique nos opportunités. Au lieu de représenter le sport et les intérêts des nageurs, ils se concentrent exclusivement sur l’avancement de leurs propres intérêts professionnels et opèrent comme si l’on était en 1989 plutôt qu’en 2017.  

6,9 milliards. Selon la FINA, c’est le nombre de fois que les gens allumèrent leurs postes de télé pour suivre les championnats du monde de Kazan, en Russie. Ces mêmes personnes, qui se vantent au sujet de ces chiffres de retransmissions, prennent bien soin de nous dire qu’il n’y a guère d’argent dans la natation, en faisant un sport amateur. Si ce qu’ils nous disent est vrai, alors nous devrions voir combien de revenus sont générés par les droits télé. Si tous les nageurs se voient interdire le port des casques (à écouteurs) de leurs sponsors, depuis qu’un article d’un contrat signé par la FINA a spécifié une telle interdiction, pourquoi alors les nageurs ne sauraient-ils pas ce que la FINA retire de ce partenariat ? Pourquoi les nageurs ne pourraient-ils bénéficier de l’événement le plus achevé de leur propre sport ? Ceci sans même mentionner les logos sur les appareils !

LA FINA EST DANS UN CHAOS, ET PRATIQUE ZERO TRANSPARENCE

Il n’est pas exagéré de dire que la FINA est dans un chaos. Il y a un manque de transparence dans ses finances, le changement constant de ses règlements, et ses chefs sans vision. Au départ, cela peut sembler un peu effrayant, mais il est temps pour nous, les nageurs, de faire quelque chose au sujet de l’avenir de notre sport. Nous n’aurions pas même besoin d’être des pionniers. Il y a eu avant nous tant d’exemples exaltants dans d’autres sports.

Les règles de la NBA prévoient que la ligue doit rétrocéder plus de la moitié des Revenus Reliés au Basket aux joueurs ; exactement 51% des sommes vont aux athlètes, comme salaires, ni plus ni moins. De ce fait, autant la ligue que les athlètes ont les mêmes motifs. Ce système est transparent et juste. Savez-vous pourquoi la Ligue s’est-elle construite ainsi ? Non parce que les dirigeants de la NBA sont tellement généreux et ont offert ces pourcentages aux joueurs ? Non, c’est parce que les joueurs ont reconnu la puissance d’être unis et la NBA réalisa qu’elle n’était rien sans les athlètes.

En 1973, Nikola Pilic, le meilleur joueur yougoslave de tennis du temps fut banni de sa fédération pour avoir participé à une compétition professionnelle au Canada au lieu de jouer gratuitement dans son équipe nationale. Quand le tournoi de Wimbledon récusa sa participation sur les bases de sa sanction, Pilic fut furieux ! Le tennis se développait alors, et hommes d’affaires, agents, et télévision attendaient de recevoir leur part du gros argent que les joueurs pouvaient faire avec leurs performances. Ceux-ci savaient qu’ils devaient se préparer pour ce changement, et un an plus tôt ils établirent leur ATP (Association des Pro du Tennis). Pilic évoqua son interdiction au président de l’Association, lequel convainquit 50% des joueurs de signer une pétition selon laquelle, si Pilic ne jouait pas, ils ne joueraient pas. La Fédération internationale, les médias et le public raillèrent cette faible tentative des joueurs et parièrent sur un changement de position à la veille du tournoi, mais à la fin des engagements, seuls un britannique et quatre joueurs de l’Est étaient engagés, les 81 meilleurs joueurs du monde restant solidaires. Ce fut le plus minable Wimbledon de l’histoire, le public assistant à des matches de joueurs de troisième rang.

ON A RAISON DE SE REVOLTER

La Fédération Internationale fut forcée de réaliser que le pouvoir se situait dans les mains des joueurs, elle leva aussitôt la punition contre Pilic, donna aux athlètes la liberté de choisir où et quand ils voulaient jouer et avoir leur mot dans les changements de règlement. Dès lors dans les dix années qui suivirent, le tennis est devenu un des sports les plus profitables, pour les organisateurs, les joueurs et toutes les personnes impliquées. Nous devons apprendre du boycott de Wimbledon, parce que sans lui, il n’y aurait pas eu ces grands, les Agassi, Federer ou Djokovic. Leur message a la clarté du cristal : nous devons nous lever, et ne pas les laisser décider sans nous, quand et où nous pouvons nager et pour combien d’argent. Si les règles qu’ils ont créées sans demander notre avis sont nuisibles, illogiques et vaines, nous devons nous lever pour ce que nous croyons, parce que telle est notre responsabilité.

J’ai 28 ans, j’ai gagné 21 médailles aux Jeux olympiques, aux championnats du monde et d’Europe, et je suis sûr de me trouver dans la seconde moitié de ma carrière. Je pourrais mettre ma tête dans le sable, disputer encore quelques compétitions et vivre confortablement le reste de ma vie. Croyez-moi, je n’écris pas ceci pour moi mais pour les jeunes nageurs et les générations qui viennent ensuite.

N’est-il pas merveilleux de voir des enfants de huit ans courir vers nous et, admiratifs, nous demander des autographes ? N’est-il pas merveilleux que des adultes nous voient comme des modèles de rôles ? N’êtes-vous pas fier quand vous entendez un grand-père dire à son fils qu’on devrait être leur héros ? Pour eux et des millions de gens, nous sommes le sport de la natation. C’est pourquoi la façon de changer notre sport est notre responsabilité. L’opportunité a toujours été devant nous. Mais c’est à nous de prendre cette chance, et comme toute performance, nous devons commencer cela ensemble ; mais plutôt que de concourir les uns contre les autres, cette fois, nous devons combattre ensemble, comme une seule personne.

Katinka Hosszú

 

TEXTE ORIGINAL EN ANGLAIS

Letter to Swimming

Budapest, 06.21.2017

 

Dear Fellow Swimmers,

 

You might be reading these words in the middle of the night or just before dawn. I am not sure when you find the time, but what I do know for sure is that from all of the elite athletes in the world, swimmers get up the earliest and go to bed the latest. This isn’t exactly by choice. Most of us have to live two lives. While we strive for greatness in the pool, we must also manage our lives outside the pool. While the Iron Lady is preparing for Worlds in Budapest, Katinka prepares for her life after swimming. Although the World sees us, swimmers, as one of the most hard working and determined professionals, our leaders seem to think our sport is amateur, therefore we are amateurs, and that is exactly the way they treat us. 

If swimming is still not a professional sport, then that is a reflection of the work FINA has been doing for the past few decades, not a reflection on the sport that is one of the fundamentals of childhood athletic development. There is a reason why many children do not stick to competitive swimming; it is extremely challenging. If you want to be a swimmer in 2017, you can know one thing is for sure, if you are not in the top 5 in the World, you will invest more than you will make. Does it sound attractive? Not really. Could we make it more appealing? I am certain that we can, so long as FINA helps us, instead of holding the best athletes back. 

First of all, they should reach out and listen to us, the swimmers. They should hear us out and not decide upon major rule changes without our input on the topic. If they would have asked for our opinion, we could have told them that the World Cup has huge potential, but the planned new rule changes are destructive and hypocritical.

Everyone thinks that the new World Cup rule changes are against Katinka Hosszu. That can be partially true, because they definitely screwed me over. Imagine, I’m like one of those students that got straight A’s in every class, plus took-on drawing and chorus as extra curricular activities. Then, the next year I’m told I cannot do extra curricular activities because my success was bothering the rest of the students. The real truth, however, was that it was only the teacher who was bothered.

I could view myself as a victim, but, on the other hand, I get advantages from FINA that I never requested. I don’t want to automatically advance to the finals of the World Cup competitions based on my previous results at international competitions. I want to race for the final spots with young talents, like Iwasakis or Egerszegis, and if they are better than me at the age of 14, let them show their talent. With the new World Cup rule changes they have to start from a disadvantage—they have to wait until the sport’s top athletes get old or finish their careers before they can have the advantage of automatic advancement to finals. This is just not fair. 

According to the new rules of the competition, every event won’t be offered at every stop. Now, for example, a top German swimmer might not compete in his own country because his main event (or events) will only be offered in Moscow or Eindhoven, but not Berlin. Why does FINA make rules that are harmful for the athletes, the organizers of the competition, the World Cup itself and swimming as a whole? These rules are risking the future of our sport, which I am not willing to support with my silence. 

How can a sport label rules “innovative” when they are actually destructive, limiting the participation of the sport’s top athletes? Will the NBA limit one of its biggest stars, LeBron James, in his eighth participation in the big final next year? Will the ATP try to remind Nadal and Federer that their time is over? As one of the current faces of swimming, I should be focused on preserving and extending my career by not taking on too many events and not having my image being overused. Instead, here I am fighting to be allowed to swim as much as I want and to continue to popularize my sport. 

Please don’t think that the leaders of FINA don’t know all of this. They are desperate to keep the importance of the World Championships alive and thriving – an event in which the revenues and profits do not get shared with the athletes – by destroying the World Cup, an event that could be in the future a more lucrative opportunity financially for many swimmers. FINA clearly sees that they could loose their complete power over the sport if even a few of the athlete’s images were to grow bigger than FINA’s. My story is not about Katinka Hosszu but about all the professional swimmers who have already realized they have enough power to influence the sport’s future.

I strongly believe that swimming can be a real professional sport, but for that we need to break the sport’s previous decades long mentality, which is based on the idea: everyone is equal, but among equals there should be more equals. FINA’s leaders have already decided: they do not want to treat the swimmers as equal negotiating partners, and instead they created destructive rules, which are specifically limiting our opportunities. Instead of representing the sport and the swimmers’ interests, they focus exclusively to please their own business interests while they operate as if it were 1989 rather than 2017. 

6,8 billion. According to FINA this is how many times people switched to the TV broadcasts of the 2015 World Championships in Kazan, Russia. These same people, who are bragging about these amazing broadcasting numbers, dare to tell us that there is no money in swimming, making it an amateur sport. If this is in fact true, why can’t we see how much revenue was generated from the broadcasting rights? If all swimmers are blocked from wearing headphones from one of their own personal sponsors, since one of FINA’s sponsorship contracts specifically blocks this, then why can’t the swimmers see exactly how FINA is benefitting from this partnership? Why can’t the swimmers benefit from the sport’s most popular international events? This is not even mentioning logos on apparel. 

It’s not an exaggeration to say that FINA is in chaos. There is the lack of transparency in the financials, the constantly changing rules, and leaders with no vision. At first it may seem a bit scary, but this is the time for us, the swimmers, to do something about the future of our sport. We wouldn’t need to be pioneers; there are so many inspiring examples from other sports before us.

Based on regulations in the NBA, the league has to give more than half of the yearly Basketball Related Income to the athletes; exactly 51% goes to the athletes as salary, not more, not less. Therefore both the league and the athletes have the same motives. This system is transparent and fair. Do you know why the league is set up this way? Not because the leadership of NBA was so generous and offered a percentage of the Basketball Related Income as a gift. It’s because the players recognized the power of being united and the NBA had to realize that without the players the league would be worth nothing. 

In 1973, Nikola Pilic, the best Yugoslavian tennis player of his time, was banned by his federation because instead of playing for the national team for free, he participated in a Canadian prize money competition. When the organizers of Wimbledon told Pilic that because of his sanction he couldn’t compete, he was furious. 

Tennis was on its rise at this time: businessmen, agents, and broadcasters were all waiting to come in for their cut of the big money that the players could make with their performances. The athletes knew that they had to be prepared for this change, so a year earlier they established ATP (Association of Tennis Professionals). Pilic told the president of the players association about his ban, who then convinced almost all of the 50 top tennis players to sign a petition which said, If he won’t play, we won’t either. 

The international federation, the media and the public laughed at the athletes for their weak attempt unify and everyone was sure that when the biggest tournament was about to start the athletes will change their mind. On the day of the draw, out of all the biggest stars, there was only one English and four East-European players set to compete. (The English player was there for patriotic reasons and the other four players because of their communist country’s pressure.) The other 81 players left united. And what was the result? The most awkward sporting event of all time, where the 300,000 fans could watch amateur third class players compete. It became clear, even the biggest, most prestigious event is worthless without the best athletes. 

The international federation was forced to realize, the power was in the player’s hands: they immediately cleared Pilic’s ban, gave the athletes the freedom to choose where and when they want to play and to let the athletes have a say on the most important decisions and rule changes of the sport’s future. 

From that point on there was no stopping: in the next 10 years the prize money increased tenfold and tennis has become one of the most profitable sports of all time, and not just for the organizers or the players, but for everyone involved.

We must learn from the boycott of Wimbledon, because without them there wouldn’t be greats like Agassi, Federer, or Djokovic. Their message is crystal clear: we have to stand up for ourselves, we don’t have to let them decide without us, when and where we compete and for how much money. If the rules – which they create without asking for our opinion – are harmful, illogical and pointless, we have to stand up for what we believe in because that’s our responsibility!

I’m 28 years old. I’ve won 21 gold medals in the Olympics, World and European championships, and I’m sure I am already in the back half of my career. I could put my head in the sand, compete a little longer and then live comfortably for the rest of my life. Believe me, I am not writing these words for myself, but for the younger swimmers and those generations who come after them. 

Isn’t it amazing when 8-year-old kids are running up to us with awe and asking for autographs? Isn’t it amazing when successful adults look at us as their role models? Aren’t you proud when you hear a grandpa tell his grandchild that we should be their heroes? For them and millions of people, we are the sport of swimming. This is why it is our responsibility how we change the future of swimming. 

The opportunity has always been right in front of us. But it is up to us to take the chance. Just like in any performance, we all have to start this together, but instead of us competing against each other, this time we have to fight together as one.

 Katinka Hosszú

DÉFENSE ET ILLUSTRATION DE LA LICENCE INDIVIDUELLE

Éric LAHMY

Mercredi 7 Juin 2017

Le changement de gouvernance à la Fédération française de natation a éveillé l’attention d’un ancien technicien français – aujourd’hui à la retraite mais toujours en alerte – DTN adjoint en son temps, Jean-Pierre Le Bihan. Installé désormais quelque part sur la route des Pargues, à Avirey-Lingey, dans l’Aube, Jean-Pierre, pendant presque toute sa carrière, a été affilié à la Fédération à titre individuel – ce qui signifie qu’il n’était pas attaché à un club. C’était une originalité, puisqu’on n’en comptait guère plus qu’un sur mille, lorsque la licence individuelle fut supprimée en 2006, par un vote de l’Assemblée générale de la Fédération.

Je ne crois pas exagérer en disant que Le Bihan ne s’en est jamais remis. Je ne garantis pas qu’il en rêve la nuit, mais disons, pour utiliser une métaphore brutale, que la plaie ne s’est jamais refermée. Mercredi, alors qu’en compagnie de Patrice Prokop et d’autres amis, il s’en allait visiter deux cathédrales de Troyes (Saint-Pierre et Saint-Paul et la piscine Lucien-Zins), oasis d’eau bénite puis oasis d’eau chlorée) il m’a rassuré sur un point. Il avait écrit à ce sujet à Gilles Sezionale (à qui il a rappelé malicieusement qu’il avait voté la suppression de la licence individuelle).

UNE GARANTIE DE NEUTRALITÉ POUR LES TECHNICIENS

Pour Jean-Pierre, cet abandon d’une possibilité pour un quidam d’être directement associé à sa Fédération sans passer par un club était et reste antidémocratique. Ayant saisi en vain Jean François Lamour, alors ministre de la jeunesse et des sports, puis la haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité des citoyens (aujourd’hui dissoute), et encore deux autres ministres des sports, Roselyne Bachelot, puis Bernard Laporte, il avait porté sa cause par une lettre du 30 avril 2009 devant un sénateur, David Assouline. Lettre qui disait notamment :

«  Cette possibilité, inscrite dans les statuts de la FFN depuis 1921, date de sa création, écrivait-il, permettait à des citoyens d’y être licenciés sans appartenir à un club et d’y être élus aux diverses instances dirigeantes. Ainsi, sur les 125 licenciés individuels, on comptait cinq présidents de comités régionaux. L’actualité me rappelle d’ailleurs que Mr René Monory, ancien président du Sénat a été membre du Comité directeur de la FFN étant licencié individuel. Il en a été aussi exclu pour trois absences consécutives non excusées !! » Ce détail pour vous démontrer la connaissance par Le Bihan de son sujet.

Dans sa lettre à David Assouline, il avait insisté sur un a côté peu visible de la licence individuelle, qui est de favoriser la démocratie. 

« En effet, dans quelques semaines, écrivait-il, un nouveau président sera élu au Comité National (Olympique) et Sportif Français par des représentants élus des fédérations sportives et non-sportives, un représentant des athlètes, les membres français du C.I.O., etc. Ces représentants sont eux-mêmes élus par des représentants régionaux, eux-mêmes élus (ou non) par des assemblées générales des clubs de la région. Les 12,5 millions de licenciés de base ne savent pas quels sont les candidats (Jean-Louis Boujon, Guy Drut, Denis Masseglia, Jean-Luc Rougé). Ils ne connaissent pas plus leurs programmes. Cela n’empêchera pas le futur président du C.N.O.S.F. de s’affirmer comme le représentant des 12,5 millions de sportifs français. On finira par regretter l’époque des barons et des comtes qui se cooptaient pour former le C.N.O. en 1894, tout en communiquant leur programme ! »

« Toutes les fédérations sportives, précisait alors Le Bihan, n’ont pas les mêmes modes d’élection ; certaines permettent directement aux clubs de voter, d’autres, aux comités départementaux, d’autres, comme la F.F.N. aux seuls représentants des régions (3 par région, soit 81 personnes s’il n’y a pas d’absents, ‘’pesant’’ environ 900 voix). Parmi ces 81 personnes, certaines sont à la fois candidats et électeurs et… il y a 32 sièges à pourvoir. Madame Marie-George Buffet, alors ministre de la jeunesse et des sports, avait osé lancer le principe : « un licencié, une voix». La plupart des présidents de fédérations sportives ont senti le boulet passer très près et ont vite mis en place l’autre principe : « on ne change pas une formule qui nous sourit. »

CINQ PRÉSIDENTS DE RÉGIONS LICENCIÉS INDIVIDUELS

Jean-Pierre Le Bihan pose sa défense de la licence individuelle sur trois idées et un constat. Les idées : « 1, ce sont les individus qui constituent les clubs et non l’inverse ; 2, l’Etat aide les fédérations sportives en personnel technique et pédagogique, et ces cadres interviennent dans la vie des comités régionaux. Leur statut d’agent de l’Etat devrait, au nom du service public, les obliger à rester neutres et indépendants vis-à-vis des différents clubs de leur région, tout en leur permettant d’être licenciés à la fédération qui utilise leurs compétences ; » 3, même chose pour « les juges, les arbitres, les officiels, les médecins et kinés des équipes de France. » Le constat : « à un moment de l’histoire de la fédération, cinq présidents de région sur vingt-sept étaient licenciés à titre individuel, ce qui leur donnait la liberté de régler les conflits internes à leur région, sans être suspectés de parti-pris en faveur d’un club. »

Rappel historique. Le ministre de la jeunesse et des sports ayant exigé que les licenciés individuels soient représentés à l’assemblée générale de la fédération, le secrétaire général de la fédération de l’époque, Jean Chastagner, peu désireux de respecter cette demande, stoppa leur élection, volontairement mal organisée, au prétexte qu’aucun des 14 candidats n’avaient obtenu 25% des voix.

Que va-t-il se passer maintenant ? La réponse provisoire nous parait pouvoir être empruntée à la conclusion par Marcuse de L’Homme Unidimensionnel : « c’est seulement à cause de ceux qui sont sans espoir que l’espoir nous est donné. »

OU EST PASSÉ, ET COMMENT SAUVER, LE PLONGEON FRANÇAIS

Par Daniel CAOUS

 Mercredi 5 Avril 2017

La communauté du plongeon français – l’une des 5 disciplines olympiques de la natation – peut se réjouir particulièrement de l’arrivée du nouveau président de la Fédération française de natation, Gilles Sezionale, ainsi que du renouvellement de l’équipe dirigeante. Avec, dans la composition de ce nouveau comité directeur la présence de Messieurs Serge Brunet et Michel Boussard, tous deux gens de consensus :

– le premier, ayant infatigablement défendu historiquement les intérêts du plongeon en Bretagne (sa région de rattachement) et très sensible à la présence de cette discipline, en ayant particulièrement œuvré en 2007 et 2010 pour le maintien et la rénovation des installations de plongeon, à Rennes (l’une des trois piscines opérationnelles avec plongeoirs de 1 m à 10 m, couverts et clubs de plongeon en activité).

– le second, déjà présent dans les précédents comités directeurs de la FFN au fil des anciennes mandatures, particulièrement dévoué, compétent, excellent technicien ; il est à ce jour un homme de référence dans le plongeon international pour son concept de la discipline.

Toutefois, le président Sezionale et sa nouvelle équipe auront fort à faire pour redynamiser le plongeon français : celui-ci – en dépit de cadres fédéraux dévoués, d’entraîneurs de clubs et de bénévoles passionnés – a été laissé en jachère depuis 25 ans par désintérêt, négligence, absence d’une vision ambitieuse de la part du noyau décisionnaire de l’ancienne Présidence.

Quelques exemples :

– Sait-on que depuis 1990, le nombre de clubs où le plongeon est enseigné est passé d’environ 25 à une dizaine, à peine ?

– Sait-on que peu d’actions de lobbying ont été entreprises « de haut » pour contrecarrer les projets de destructions d’équipements de plongeon opérationnels dans le pays, et qu’il aurait fallu rénover ou reconstruire ? Dans certaines villes où des organisations de compétitions nationales de plongeon se sont soit déroulées par le passé, soit étaient possibles (Pau, Bordeaux, Massy, Montélimar, Condom, Brive, Dreux, Tours, Audincourt, et tout dernièrement Lille et Poitiers), les élus locaux gestionnaires ont fait le choix de supprimer les fosses à plongeon et les plongeoirs.

Ceci a pu se faire en parfaite connaissance de cause de la part de la FFN, sans que des actions de lobbying indispensables n’aient eu lieu pour limiter la casse. Absence d’actions ou d’incitations, cautionnant de fait les reconstructions / reconversions en centres aquatiques insipides avec toboggans ruineux et ambiance lisse, ennuyeuse, non sportive, (comme lu plus bas, sur l’excellent fil « Journal d’un nageur de l’ère post Trump », 19/3/2017), ceci au frais du contribuable.

Mais également absence ou manque d’actions de la FFN vers les élus locaux en vue d’inciter à compléter les projets et réalisations d’équipement nautiques à caractère sportif, où seule la discipline reine a / a eu sa place (Dijon, Chartres, Saint-Raphaël, Montpellier : établissements luxueux aux noms pompeux mais non dotés de plongeoirs ; identiquement pour des projets comme celui de Reims où « ce n’est pas prévu »). Honteux.

À L’INSEP LE PLONGEON S’ARRÊTE À CINQ MÈTRES

Sait-on, a-t-on conscience à ce jour que la reconstruction de la piscine de l’Insep s’est heurtée aux règlementations ubuesques du plan d’occupation des sols et qu’il n’a pas été possible d’y adjoindre une fosse à plongeon avec plates-formes supérieures à 5m ? Ceci dans l’institut national du sport français ?! Dans la capitale du pays France ?! Et que suite à pareil manque, nos athlètes plongeuses et plongeurs sont obligés continuellement à effectuer des navettes incessantes entre l’Insep et la le stade nautique de Montreuil-sous-Bois ? Honteux.

Sans vouloir tirer sur l’ambulance qui vient d’évacuer certaines « élites fédérales » – mot bien galvaudé – usées par l’effort du pouvoir (mais guère par l’effort de leurs actions) : qui peut citer des initiatives incitant les élus des villes à valoriser le plongeon ? Au moins autour d’une table lors des projets connus, encore sur plan, qu’il aurait été possible de modifier, compléter, avant que les budgets afférents de ces constructions ne soient ficelés ?

Et surtout qu’à ce jour en France, désormais seules 3 installations de Plongeon à la fois couvertes avec plates-formes de 10 mètres (Rennes, Schiltigheim, Montreuil-sous-Bois) permettent l’organisation biannuelle des Championnats nationaux de Plongeon ? Ceci en regroupant les Championnats des jeunes par catégories d’âges avec le Championnat de Plongeon « Elite » pour éviter les contraintes d’absence de lieux et de mise à disposition ?

Sait-on que ces 3 installations ne sont même plus aux normes internationales (largeur des plates-formes de haut-vol), interdisant de facto toute compétition internationale dans le pays ? A-t-on conscience que si la France décide un jour d’organiser un Championnat d’Europe ou du Monde de Natation, elle ne le pourra pas : en effet les 4 disciplines de piscine doivent être présentes sur une même ville et le plongeon doit y être représenté avec des installations aux normes exigées par la FINA ?

Tout ceci, en comparant avec nos amis allemands, anglais, italiens, espagnols, nous place hélas bon derniers parmi les pays dits « riches », tant en terme d’infrastructures de plongeon et de clubs où cette discipline est enseignée, pratiquée. La France, candidate aux jeux olympiques de 2024 n’est guère crédible si l’on s’en tient à ces points : elle fait pâle figure ! Et finalement encore plus pâle figure à l’heure où des rumeurs font état d’une fosse à plongeon… démontable  (!!!) pour le futur centre aquatique J.O. Paris 2024, de Saint-Denis.

Alors, à partir du moment où les équipements de plongeon manquent et où ceux qui existaient sont détruits, comment est-il possible d’y installer des clubs de plongeon et des « encadrants » ?

Et pourtant, par la succession des différentes directions techniques du plongeon français très compétentes et efficientes, adossées à des cadres professionnels et bénévoles dévoués et passionnés, le plongeon français peut s’enorgueillir d’avoir eu et d’avoir encore des athlètes, plongeuses et plongeurs, qui obtiennent des performances internationales intéressantes. Mais ces résultats constituent à ce jour un cache misère au regard du constat de la disparition des clubs de plongeon en France. Des bouts de ficelle pour faire fonctionner le peu de clubs de plongeon restants.

Les professionnels et bénévoles du plongeon français – qui depuis des années sacrifient beaucoup de leur temps libre – ont besoin d’être rassurés. La nouvelle mandature de Monsieur Sezionale aura fort à faire en matière d’idées, comme force de propositions, et en termes de lobbying en faveur du plongeon français. La natation, au sens des instances fédérales et quels que soient les pays, est constituée de 5 disciplines dont le plongeon. Il convenait, dans cet article un peu long, de repréciser les choses dans le contexte français.

Daniel CAOUS, Officiel fédéral et Juge national de Plongeon à la FFN, Encadrant BF2 / ENF3 Plongeon, Pratiquant la discipline en niveau « Maîtres 50-59 ans », à Rennes, Dirigeant du CPB Plongeon de Rennes (Président de ce groupe de 2000 à juin 2016), Membre de la Commission nationale de développement du Plongeon 2013-2017,