Category: Editoriaux

Familles de champions

C’EST PAS MOI, C’EST MA SOEUR

 Eric LAHMY

Florent Manaudou champion olympique huit ans après sa sœur, a soulevé une interrogation. Frères et sœurs, champions olympiques, cela a-t-il eu lieu avant eux ? Maintenant, le voilà champion du monde, toujours comme Laure. Et en Australie, encore plus étonnant, peut-être, Bronte Campbell SUCCÈDE à sa sœur Cate au titre de championne du monde du 100 mètres nage libre.

Dimanche 9 août 2015

Manaudou frère et sœur champions olympiques et du monde de natation, fait unique ? Presque. Ou plutôt : oui et non. Jamais une sœur et un frère ne sont montés sur la plus haut marche du podium aux Jeux. Mais il s’en est fallu de peu. Et des frères l’ont fait. D’ailleurs, le nombre de fratries qui ont nagé à très haut niveau n’est pas négligeable, surtout aux débuts de l’histoire des Jeux olympiques.

Aux origines du sport organisé, « LA » tribu emblématique de nageurs est celle des Cavill. Sept frères (et trois sœurs), issus d’un sauveteur émérite australien, Frederick Cavill. Ernest, Percy, Richard, Arthur, Frederick (fils), Charles, Sydney, furent tous, à la charnière du 19e et du 20e siècle, des nageurs brillants, champions, recordmen sur toutes les distances, des show-men et des enseignants. La famille s’en alla diffuser en Amérique, en Europe, en Asie, partout, la technique de crawl inventée par les indigènes des « mers du sud ». Comme ils étaient professionnels, aucun d’eux n’apparait au palmarès des Jeux, mais leur neveu, Richard Eve, fils d’une des sœurs Cavill, fut champion olympique de plongeon aux Jeux de Paris en 1924.

D’autres frères et sœurs ont été des champions, ou sont montés, ensemble ou séparément, sur un podium olympique.

Alfred Hajös fut à 18 ans et demi, en 1896, champion olympique du 100m et du 1200m aux Jeux d’Athènes, son cadet Henrik à 19 ans et 9 mois champion olympique avec le relais hongrois 4fois 250m aux Jeux intercalaires de 1906.

Entre 1912 et 1932, trois fratries originaires de Hawaii, les Kealoha, les Kahanamoku et les Kalili, se distinguèrent. Aux Jeux d’Anvers, en 1920, Warren Kealoha, 16 ans et 5 mois, remporta le 100m dos (il conserva le titre en 1924). Son aîné Pua Kealoha, 17 ans et 9 mois, gagna l’or avec le relais quatre fois 200m, et fut 2e du 100m libre, derrière Duke Paoa Kahanamoku…

…Lequel Kahanamoku, champion olympique du 100m en 1912 et en 1920, fut en 1924, 12 ans après son premier titre, à 33 ans et 11 mois, 2e derrière Johnny Weissmuller, et devant son jeune frère, Samuel Kahanamoku (21ans et 8 mois). C’est bien la seule fois que deux nageurs montèrent sur le podium olympique de la même course individuelle aux Jeux… chose que les Campbell sisters ont réalisé en championnats du monde, 91 ans après!

Les frères Kalili, Maiola (22 et Manuella (19 ans 9 mois), firent partie du relais quatre fois 200m médaillé d’argent aux Jeux de Los Angeles en 1932.

John Weissmuller avait un frère qui nageait : Peter. A l’énorme palmarès de John, Peter n’oppose qu’un titre de champion (avec son frère) dans le relais 4 fois 100 yards de l’Illinois A.C., en 1923. Anecdote : en fait, les deux frères avaient échangé leurs noms de baptême : Johnny s’appelait Peter, et Peter John. Ils racontèrent alors que c’était parce que chacun d’eux préférait le nom de l’autre. On sut beaucoup plus tard qu’en fait, c’était parce que John (enfin, Peter) n’était pas né aux USA mais à Timisoara, en Europe et que c’était une bonne façon d’embrouiller les autorités américaines!

Le plus fort adversaire de Weissmuller, le Suédois Arne Borg, champion olympique du 1500m aux Jeux d’Amsterdam en 1928, avait un frère jumeau, Äke. Tous deux nagèrent à 23 ans dans la finale du 400m des Jeux de Paris en 1924 : Arne fut 2e et Äke 4e. Tous deux entrèrent dans le 4 fois 200m suédois médaillé de bronze.

Une famille de Canadiens, les Spence, rivalisa avec les Cavill. Elle donna dix nageurs de compétition, dont trois recordmen du monde, Walter, Wally et Leonard (mais aucun champion olympique). Leur particularité : ils apprirent à nager dans la rivière Demerada, en Guyane Britannique, où sévissaient des piranhas. La seule façon de ne pas être mordu par ces charmantes bestioles – chose qui leur arrivait parfois – consistait à nager le plus vite possible. Leurs blessures montrent a contrario que les piranhas étaient moins féroces qu’on ne l’a dit, car sinon, il n’auraient pas laissé de Spence vivant pour raconter l’histoire. A moins, bien entendu, que les piranhas aient trouvé les Spence immangeables!

Les Australiens (nés Lettons) John et Ilsa Konrads établirent 37 records du monde entre 1958 et 1960, 8 pour Ilsa (sur 400m et 800m) et 29 pour John (sur 200m, 400m, 800m et 1500m). John fut champion olympique du 1500m aux Jeux de Rome en 1960 à 18 ans, et Ilsa, à 16 ans, fut 2e avec le relais quatre fois 100m et 4e du 400m olympique.

Les Collela, USA, deux frères et une sœur, furent champions des Etats-Unis. Lynn termina 2e du 200m papillon aux Jeux de Munich en 1972, Rick 3e du 200m brasse à Montréal, en 1976. Les yougoslaves Borut et Darjan Petric, partagèrent le podium du 400m des Championnats d’Europe. Evelyn et David Verraszto, qui remportèrent respectivement 3 et 1 titres de champion d’Europe en quatre nages, sont les enfants d’un recordman du monde, Zoltan Verraszto, médaillé de bronze des Jeux de Moscou, en 1980, à 24 ans. Le fils d’un autre crack des quatre nages hongrois, Csaba Sos, essaie aussi de se faire un prénom.

Le frère aîné de Bruce Furniss (champion olympique du 200m et du relais 4 fois 200m aux Jeux de Montréal, en 1976), Steve (l’un des fondateurs de la marque Tyr) a obtenu le bronze sur 200m quatre nages aux Jeux précédents, à Munich, en 1972. Des frères Bottom, Joe a été recordman du monde et 2e du 100m papillon aux Jeux de Montréal, Mike membre de l’équipe US des Jeux de Moscou et donc, victime collatérale du boycott de ces Jeux par les Américains ; un troisième frère Bottom, David, fut un double champion US en dos. David Lopez Zubero a été, 3e du 100m papillon des Jeux de Moscou en 1980, Martin son cadet, champion olympique du 200m dos aux Jeux de Barcelone, en 1992.

D’autres doublés : les gigantesques Costaricaines Silvia, 1,95m (2e du 200m de Séoul 1988) et Claudia Poll, 1,90m (Championne Olympique du 200m d’Atlanta 1996). Claudia a été malheureusement convaincue de dopage quelques années plus tard. Charles Hickox, avait 21 ans quand il devint double champion olympique aux Jeux de Mexico, en 1968 ; son frère Tom devint quant à lui champion US du 100m libre en 1974.

Shirley Babashoff fut une nageuse au palmarès énorme et d’une des victimes du dopage des Allemandes de l’Est : championne olympique du 4X100m quatre nages à Munich en 1972, et du 4x100m à Munich et à Montréal en 1976, sextuple médaillée olympique entre 1972 (derrière la grande Shane Gould) et 1976 (derrière une flopée de dopées de RDA) ; son frère aîné, Jack Babashoff, fut, lui, 2e du 100m olympique en 1976. Beaucoup plus jeune, Debbie, la dernière des enfants Babashoff, fut championne des USA du 1500m en 1989.

Questions de gènes sans doute, les sœurs de deux des plus grands noms de la natation ont été extrêmement talentueuses. Whitney Phelps fut championne des USA du 200m papillon en 1995 et fut considérée comme un espoir olympique, avant de tomber malade, et que son frère Michael ne se distingue. Hayley Peirsol, (1985), 2e du 1500m des mondiaux 2003, laissa vite la vedette à son cadet Aaron, qui régna sur le dos mondial pendant une décennie. Enfin, un frère a littéralement « noyé » les espoirs de sa jeune sœur. Quand Mark Spitz fut exclu en raison de son comportement du Santa-Clara Swimming Club par son entraîneur George Haines, celui-ci se débarrassa également de la sœur, Nancy, championne des USA des 500 yards, qui, elle, n’avait rien fait de mal ! Familles, je vous hais ? Haines, en fait, voulait surtout se débarrasser d’Arnold Spitz, l’irascible pater familias de ces deux jeunes gens…

Souvent, ces réussites en équipes s’expliquent, parce que, dans les familles nombreuses, les parents aiment bien faire coup double ou triple, ils amènent leur progéniture à la piscine; d’autres fois, le petit frère admire la grande sœur (Phelps), ou la grande sœur jalouse, puis admire la cadette (Campbell). D’autres types de fratries ont fonctionné en natation, toujours est-il que les exemples de familles de sportifs sont en fait légion. Pour les Australiens David et Emma Mc Keon, c’est plus simple, leur père était aussi leur entraîneur. Ce qui nous fait entrer dans les champions de père (mère) en fils (fille). Les plus fameux sont Gary Hall senior et junior, médaillés olympiques en 1972-1976 et 1996-2004. Mais junior, du côté de sa mère, était aussi petit-fils d’un champion des Etats-Unis du 200 mètres brasse, ce qui fait qu’il hérita d’une tradition qui perdura trois générations…

Les Campbell, Cate et Bronte, en revanche, ont vécu leur rêve sans que leurs parents ne s’en mêlent. Les voilà toute deux championnes du monde du 100 mètres, Cate en 2013, Bronte en 2015. Pour être tout à fait à égalité, il ne leur reste plus qu’à être championnes olympiques ex-æquo aux Jeux de Rio.

IL Y A POPOV, ET IL Y A AUSSI BIONDI!

Par Eric LAHMY                                                Samedi 16 Mai 2015

Lorsque, en 1992, le sceptre du 100 mètres nage libre passa de Matt Biondi à Alexandr Popov, il se passa quelque chose de frappant. Pour moi. Il me sembla que tout le monde avait trouvé dans Popov quelque chose de nouveau, d’unique, qu’il ouvrait une voie nouvelle dans la natation. J’entendis proférer qu’on avait là le meilleur sprinteur de l’histoire, et même, d’après un bon connaisseur de la natation, le  nageur du siècle.

Je deviens prudent quand des points de vue autorisés contrecarrent mes opinions. Ce qu’on disait du champion russe me paraissait parfois trop enthousiaste. Certes, Popov méritait l’admiration comme nageur et, ce qui n’est pas rien, l’estime en tant qu’homme.

Mais en haussant le champion russe, les commentateurs semblaient s’ingénier à rabaisser son prédécesseur, l’Américain Matt Biondi. Comparer (sauf par jeu) Alexandr Popov à Duke Kahanamoku et à Johnny Weissmuller, les deux Américains qui, à eux deux, avaient raflé tous les titres olympiques du 100 mètres entre 1912 et 1928, est un exercice des plus aléatoires : époques et techniques trop éloignées. Il pourrait paraître incongru de lui opposer John Henricks, le vainqueur olympique de 1956, lequel, malade, n’avait pu défendre sa chance à Rome en 1960 de conserver son titre (Henricks restera pour l’éternité le premier nageur à s’être rasé le corps pour une compétition). Si je mettais Mark Spitz devant Popov, ce qui me parait d’ailleurs équitable, ce serait plus par la variété de ses talents (il avait approché de 0’’4 le record du monde du 1500 mètres, battu trois fois le record du 400 mètres, été champion olympique du 100 mètres, du 200 mètres, des 100 et 200 mètres papillon) que pour toute autre raison. En revanche, juste avant Popov, Biondi avait été le cador des 100 mètres, et de façon assez extraordinaire. Pour moi, il serait candidat « sprinteur du siècle » autant, ou plus, que Popov…

L’une des notations que répétaient devant moi ces connaisseurs, partait d’une comparaison entre Popov et Biondi tellement à l’avantage du Russe qu’elle me laissait sans réaction. C’était quand même un point sur lequel Francis Luyce et Claude Fauquet étaient d’accord, c’est dire ! Il m’est difficile de faire le tour de ces points de vue épars, souvent des bouts de conversations sans suite. Mais j’ai trouvé dans la littérature un texte de Laughlin qui résume avec abondance d’arguments ce sentiment général que, donc, je ne pouvais partager.

« Popov, écrit Laughlin, a attiré l’attention du monde entier sur lui à l’âge de 20 ans pendant les J.O. de Barcelone en 92 en détrônant le favori de l’époque Matt Biondi, l’Américain, arrachant l’or du 50 et du 100 libre. Mais ce ne fut pas seulement sa vitesse de course qui retint l’attention. Ce fut surtout parce, mieux qu’aucun nageur de sa génération, il prouva à la face du monde, confirmant les résultats scientifiques, que c’est l’efficacité, plus que la condition physique ou la puissance, qui distingue les champions de leurs concurrents. »

Laughlin continue : « Quand  Popov gagna sa première médaille d’or olympique, avec un 50 libre en 21″91, il battit Biondi de deux dixièmes de seconde, un écart d’1% de la performance chronométrique. Mais c’est en réalité un véritable gouffre quand vous réunissez, dans une seule course, les meilleurs nageurs du monde. Ce fut surtout l’écart d’efficacité motrice de Popov qui laissa les spectateurs stupéfaits au bord du bassin. Les entraîneurs furent surpris de voir que Popov n’eut besoin que de 33 coups de bras pour couvrir 50 mètres, un écart de 10% comparés aux 36 de Biondi. Biondi avait toujours été considéré comme le summum de la précision d’horloger, avec ses bras d’une envergure de plus de 2 mètres qui travaillaient élégamment, presque en dilettante lorsqu’il survolait le bassin à la conquête des record du monde. Avec Popov, le principe selon lequel « l’efficacité génère la vitesse » est étayé avec une force inimaginable auparavant.

La révélation de Popov, aussi étonnante qu’elle fût pour la natation mondiale, ne fut une surprise ni pour lui, ni pour son entraîneur. Popov s’était entraîné pendant des années pour devenir le nageur le plus rapide du monde en apprenant à nager avec plus d’efficacité qu’aucun nageur avant lui. »

Laughlin se posait du point de vue de la technique et partait de là pour proposer (avec son concept de Total Immersion) un enseignement de la nage disons révolutionnaire qui lui permettait de se poser en compagnie de 45.000 élèves, etc., selon la méthode de vente toujours un peu crispante des gourous américains qui prétendent toujours avoir inventé quelque chose qui, finalement, se traduit en millions de dollars dans leur compte en banque. Laughlin proposait donc l’image pathétique d’un Biondi étriqué dans une godille de bras obsolète en face d’un Popov aux nageoires de géant ou encore d’une brute domptée par un artiste.

Je me souviens fort bien de l’événement, parce que j’étais, en 1992, à la piscine à Barcelone. Il est vrai que Biondi y était tellement favori que nul (du moins autour de moi) ne voyait réellement ce qui était en train de se passer. La façon dont les media traitèrent l’événements me donna l’un des exemples de ce que j’appelle regarder l’avenir dans le rétroviseur. Toutes les images du passé brouillaient la vue et le raisonnement, et troublaient littéralement l’événement.

Pendant ces Jeux, en raison d’un accord entre Canal Plus et L’Equipe, j’avais été appelé à assister le commentateur de Canal en tant qu’expert. Notre groupe avait été renforcé par un ancien champion, qui était Alain Mosconi. Le matin, après les séries du 100 mètres, le journaliste de Canal qui avait du bagout, mais en termes de natation différenciait difficilement un bonnet de bain, un bonnet de nuit et un bonnet d’âne, pratiquait assidument l’erreur de parallaxe et n’aimait rien tant que d’annoncer qu’untel, à la ligne 4, était « bien parti ». Ce charmant garçon avait trouvé judicieux de faire commenter le « fameux départ » de Biondi par Mosconi. Je n’étais pas au courant et fut mis devant ce fait accompli, ce dont je me fichais comme de mon premier Speedo, après tout je n’étais qu’un invité.

Donc la régie repassa les images du départ de Biondi vieilles de quelques minutes et Mosconi, sommé de commenter et qui ne savait trop quoi dire, lançait des « bon, là bonne position sur le plot, bonne poussée, très bonne entrée dans l’eau », etc., sans conviction J’étais interloqué par ce qui se passait à l’écran, mais surtout par l’incapacité dans laquelle  autant le journaliste de Canal que Mosconi se trouvaient de voir ce qu’il s’était passé. J’attendais donc la fin de ce brillant exemple de journalisme à chaud et poussais déjà un soupir de soulagement quand l’exercice parut terminé, quand le présentateur eut le bon goût de se tourner vers moi en me disant (d’un air un peu goguenard) ! « Eric Lahmy, vous avez quelque chose à ajouter ? » Ma réponse jaillit à la seconde : « oui, pendant que Matt Biondi réalisait ce magnifique plongeon départ d’école, Popov, dans la ligne d’à côté, lui a pris un mètre. »

C’était bien entendu cela qui s’était passé, et personne ne semblait l’avoir vu. Un Biondi défait, en-dessous de sa valeur, 3e de cette série derrière Popov et Borges, qui, quatre ans ou six ans plus tôt, mangeait un mètre à Stephan Caron au départ, calait maintenant au démarrage. Canal avait décidé de montrer Biondi le meilleur partant du monde, ce qu’il n’était plus, ce fut Biondi le meilleur partant du monde !

Ce n’est pas tout. Je me rendis un peu plus tard dans ce qui se trouvait une zone mixte où se rencontraient nageurs et journalistes. Un groupe de média français commentait les séries, autour de Franck Schott (1), qui avait nagé très bien quelques minutes plus tôt sur 100 mètres dos. Notre Stephan Caron s’était qualifié également avec brio pour la finale du libre, et je me souviens du commentaire de Gilles Bornais, pour qui Biondi « avait caché son jeu ». Point de vue déconcertant, car Biondi en fait était à cent lieues de ce qu’il avait été dans une autre vie, entre 1985 et 1988. Ces propos me firent douter : après tout pourquoi Biondi n’aurait-il pas feint, en effet ? Mais en 1991, Biondi était passé à Paris, et je m’étais plu à lui servir de taxi. Je l’accompagnais ainsi à la piscine du CNP où il voulait s’entraîner, et ce que je vis, ce fut le premier professionnel de l’histoire, un peu à l’abandon, vaguement paumé, sans entraîneur, effectuer des allers retours de bassin.

Aussi, ses défaites de Barcelone me désolèrent (pour lui) mais ne me surprirent pas. Il est vrai que, sur 50 mètres, Popov couvrit le terrain en 33 mouvements et Biondi en 37. Mais quatre ans plus tôt, Biondi avait couvert les premiers 50 mètres de son 100 mètres en 34 mouvements, la seconde moitié de l’épreuve en 37 mouvements, et son parcours du 50 mètres en 39 mouvements. Techniquement, Biondi « boitait » parce qu’il se tournait largement du côté où il respirait, ce qui n’est pas une faute, mais donnait un rythme très particulier à sa nage, une brève une longue. Enfin, malgré toute l’admiration que suggère une « belle » nage, il s’agit d’aller vite par tous les moyens. D’ailleurs, la nage de Biondi était belle à sa façon. Ou plutôt les nages, car il n’en allait pas de même sur 50, 100 et 200 mètres. Quoiqu’il en soit, sa nage procédait, par rapport à Popov, plus du talent que de l’apprentissage.

Et pour ce qui est du palmarès ? Popov a eu deux titres olympiques, Biondi un. Mais c’est une question de circonstances. Biondi était un peu trop jeune en 1984, même s’il a été champion olympique du relais quatre fois 100 mètres, il a gagné son titre individuel à Séoul après avoir dominé toute l’olympiade, et donc s’est trouvé un peu trop vieux en 1992, mais son règne a duré sept ans. Comme Popov, qui, lui, est arrivé idéalement en année olympique1992, a dominé en 1996 et a trouvé Van Den Hoogenband sur son chemin en 2000. Popov a été deux fois double vainqueur 50 mètres 100 mètres, Biondi une seule fois, mais Biondi nageait aussi le 200 mètres et le 100 mètres papillon.

Biondi a amené le record du monde de 49’’36 à 48’’42. Popov de 48’’42 à 48’’21. Biondi a nagé tous ses records du monde dans des grandes compétitions, 49’’24, 48’’95, aux championnats US, 48’’74 aux sélections mondiales de 1986 et 48’’42 aux sélections olympiques 1988 ; Popov son meilleur chrono dans une sorte de tentative, à Monaco. C’était d’ailleurs le cas du précédent recordman, Gaines, 49’’36 en tentative. Biondi a battu ses meilleurs adversaires, Stephan Caron de 0’’99 soit pratiquement une longueur, aux mondiaux de 1986, et Chris Jacobs, 0’’45 aux Jeux de 1988 ; il a à un moment, a détenu les 10 meilleures performances sur 100 mètres, et été pendant huit ans le seul nageur sous les 49’’; Popov, lui, a laissé Borges à 0’’42 à Barcelone, Gary Hall à 0’’07 à Atlanta. En 1988, Biondi a battu le record olympique du 100 mètres de 1’’07, Popov n’a pas battu ce record en 1992 ou en 1996. Même si sa nage représentait en effet une signature bien à lui, Popov était dans une position plus incertaine, en course, que Biondi. Il a moins dominé que l’Américain en son temps…

Je m’aperçois là que je me trouve piégé, avec l’air de diminuer Popov en remontant Biondi, en réaction à ceux qui diminuaient Biondi. Tel n’est pas mon propos. Je veux seulement dire qu’il ne me parait pas juste de rapetisser Biondi pour magnifier son successeur.

 (1). Franck Schott  qui a 45 ans aujourd’hui: BON ANNIVERSAIRE.

CAMILLE MUFFAT, TIMIDE FEE DES EAUX

Par Eric LAHMY                  Mercredi 11 Mars 2015

C’était les Jeux olympiques de Londres. Invité par un copain dans sa maison de campagne, je lui répondis que je voulais suivre les Jeux olympiques à la télé, et tenais à voir ce que feraient les nageurs. Pas de problème, me dit-il, j’ai tout ce qu’il faut là-bas. Et en effet, nous pûmes assister aux Jeux. Dont, bien entendu, l’un des personnages centraux fut Camille Muffat.

Elle était un personnage intrigant. Souvent perçue comme une pas très belle fille. Pourtant, elle était beaucoup plus mignonne que la moyenne… En abandonnant les bassins, il y a eu d’ailleurs tout un côté “trop rincé” dans son allure qui avait disparu. Elle rayonnait, mais doucement, sans éclat. Elle avait un beau regard, qui laissait filtrer une beauté intérieure. Elle laissait échapper des réflexions pleines de bons sens, d’intelligence, des analyses subtiles, toujours posément. Miracle, se disait-on, et en plus elle parle! Une remarque m’a frappé, pendant les compétitions, alors que nous évoquâmes Laure Manaudou au sommet de sa gloire.

C’est là, pendant ces courses londonienne, que mon copain eut ce propos un peu politiquement incorrect de mec d’un certain âge, et me dit très sérieusement ceci: “tu vois, ce n’est qu’hypothèse d’école, mais si demain, mon fils avait le choix de sortir avec Manaudou ou avec cette fille, je lui conseillerais cette fille.”  Ce que cette intuition amusée me signala touchait juste, et c’est pourquoi, malgré le caractère décalé et impertinent du propos, je le ressors. Il y avait, dans cette jeune fille qui paraissait un peu fermée, coincée, mal à l’aise sous les sunlights, qui pratiquait le regard par en-dessous quand la situation ne paraissait pas lui plaire, quelque chose de profond que seul une oeil attentif pouvait sinon atteindre, du moins conjecturer, et qui allait beaucoup plus loin que la superficialité triomphante mais menacée par le vide de son aînée.

Je ne pouvais m’empêcher de nourrir une certaine inquiétude pendant ses combats, dans les épreuves de Londres, parce que je supposais la fille pas très adaptée aux stress de la compétition. Mon analyse n’était ni originale, ni perspicace. Il y a des attitudes, des façons d’être, qui ne trompent pas. Et des (contre)-performances aussi. Hubert Padovani, un ancien nageur du SFOC, m’avait un jour fait cette réflexion qui me paraissait judicieuse: “Tu vois, Camille Muffat est trop gentille. Elle a du mal à combattre.”

Il y a plusieurs façons d’entrer dans sa bulle avant la course. Cet instant où la nageuse tente de faire le vide et à devenir cette combinaison quasi animale, ou mécanique, qui va dévider dans une suite d’automatismes sa leçon, départ, nage, virage, nage, virage, etc., sans autre états d’âme. Cette concentration peut apparaître presque menaçante, quand c’est  Katie Ledecky qui entre dans sa bulle, ou d’une sérénité de yoghi quand c’est Melissa Franklin; la façon de Camille Muffat, pas du tout guerrière, c’était une concentration où l’on croyait deviner des interstices, par où pouvaient s’infiltrer, quoi? L’angoisse, la peur de mal faire, le soupçon d’une incompétence, des émotions mal maîtrisées, quelque chose d’effarouché?

Qu’on ne voie rien de péjoratif ou de méprisant dans cette affirmation! Quel nageur n’a pas connu de telles craintes, le sentiment d’être écrasé par la tâche? Que de souvenirs d’angoisses personnelles ne pourrais-je vous raconter, dans des compétitions fort éloignées des Jeux olympiques? La grande tragédie de Muffat nageuse fut d’avoir trimballé sa douceur, sa non-violence et ses doutes jusqu’en finales olympiques, et sa plus grande gloire, d’y avoir quand même triomphé!

Car dans les grandes finales mondiales, ont disparu tous les incertains, et dans ce 400 mètres libre des Jeux olympiques de Londres, le plus délicieux sentiment nous vint d’avoir vu cette douceur de gazelle museler sept lionnes de bassins…

Après un échec aux Jeux de Pékin, où, attendue au meilleur niveau des quatre nages, elle resta embourbée dans le ventre des résultats, loin des duels au sommet d’où émergea l’Australienne Stephanie Rice, je cherchais à savoir ce qui avait bien pu se passer, et j’entendis quelques propos navrés, du style que cette “pauvre fille” ne ferait jamais rien! Muffat avait gagné sa réputation de fragilité.

Pendant des années, Muffat dut supporter le poids écrasant que représenta pour l’équipe de France l’aura de Laure Manaudou. Elle n’était pas de taille à en prendre son parti, et quand, en 2005, à quinze ans, elle défit son aînée dans un 200 mètres quatre nages qui mérite de ne pas être oublié, on pouvait saisir, en haut du podium, l’embarras palpable de la triomphatrice qui avait osé détrôner la reine. Ce sentiment d’usurpation alla jusqu’à lui faire dire qu’elle craignait que Manaudou ne la boxe pour s’être permis ce crime de lèse-majesté.

Avec quelques amis, à l’issue des Jeux de Londres, nous étions sûrs d’ailleurs qu’elle aurait dû pouvoir faire beaucoup mieux. Ses performances d’entraînements aux mois de mai et de juin laissaient imaginer une valeur supérieure. Ce que la Niçoise avait réalisé au meeting EDF à Paris, quelques semaines avant les Jeux, comme terminer un 800 mètres en 4’5’’, on pensait que nulle autre nageuse au monde ne pouvait l’imiter (1). Aussi, ses 4’1’’45 de Londres, officieux record du monde en maillot “tissu”, représentaient, croyions-nous, un service minimum pour Camille, dont nous prétendions qu’elle aurait dû frôler ou casser les 4’. Ses résultats sur 200 mètres, moins encore, ne nous parurent représenter son potentiel.

Je crois que la frustration de ne pas pouvoir mieux encore exploiter ses capacités a pu être à la base de sa décision d’arrêter sa carrière. Sa contre-performance, l’année précédente, aux championnats du monde de Barcelone, nageant moins vite en finale qu’en séries, avait dû représenter un signe que sa gloire olympique n’avait pas fait d’elle une guerrière des bassins.

Son arrêt, à un mois des championnats d’Europe est peut-être dû à son désir définitif de ne pas revivre ça. On a évoqué un désaccord avec Fabrice Pellerin. Mais n’est-ce que cela? Camille Muffat, était une nageuse exemplaire, héroïque dans ses entraînements, appliquée, honnête, rigoureuse, et toujours la première dans le bassin; son entraîneur avait fait d’elle une styliste incomparable; mais, parée de tous les dons, cette artiste, cette féérie des eaux, ne serait jamais une tueuse. Le goût de faire autre chose, de vivre sa vie, était là, certes, mais il n’entra, ne s’installa et ne disposa de Camille, qu’une fois sa décision prise de ne plus être une nageuse… Or la crainte que ses émotions gâcheraient une nouvelle fois, à l’heure H, tout le travail consenti, cette crainte joua, je crois, un rôle non négligeable dans sa décision. On eut dit là un pur-sang qui se refuse à l’obstacle. Et c’est en cela que son départ fut une libération.

  1. On n’avait pas encore pris la mesure de Katie Ledecky.

L’ITALIE LOIN DEVANT LA FRANCE?

Par ERIC LAHMY                                Samedi 28 Février 2015

Les Italiens ont produit une étude comptable basée sur le bilan mondial 2014 de natation et sont très satisfaits de s’être retrouvé à une flatteuse 6e place. Ce classement intéresse aussi les Français. Ils sont très loin derrière!

La Federnuoto (Fédération Italienne de Natation) a publié sur son site une étude basée sur le bilan mondial (1er octobre 2013-30 septembre 2014). Il apparait que l’Italie s’y situe en sixième position pour ce qui concerne les présences de nageurs entre la 1ere et la 8eme place du bilan, en grand bassin (50 mètres). Les pays qui la devancent sont les Etats-Unis d’Amérique, l’Australie, la Grande-Bretagne (comme cela avait été signalé dans ce site, l’un des pays émergents), le Japon et la Chine. Un autre classement se base non plus sur les huit premiers mais sur les huit suivants (de 9e à 16e), ce qui correspond bien sûr à des positions de demi-finalistes.

Les présences italiennes dans les huit premiers mondiaux de chaque épreuve du programme de la FINA sont celles qui suivent: 200 libre dames, Federica Pellegrini (4) 400 libre dames, Federica Pellegrini (5) 800 libre messieurs, Gabriele Detti (1) 800 libre messieurs, Gregorio Paltrinieri (2) 1500 libre messieurs, Gregorio Paltrinieri (1) 1500 libre messieurs, Gabriele Detti (7) 1500 libre dames, Martina Rita Caramignoli (8) 50 dos messieurs, Niccolò Bonacchi (6) 50 brasse messieurs, Andrea Toniato (7) 50 papillon dames, Silvia Di Pietro (6)

Les présences italiennes entre la 9e et la 16e place sont: 100 libre messieurs, Luca Leonardi (12) 100 libre messieurs, M Luca Dotto (16) 400 libre messieurs, Andrea Mitchell D’Arrigo (12) 50 dos dames, Arianna Barbieri (16) 100 dos messieurs, Christopher Ciccarese (13) 100 dos messieurs, Niccolò Bonacchi (14) 100 dos dames, Arianna Barbieri (16) 200 dos messieurs, Christopher Ciccarese (15) 200 dos dames, Federica Pellegrini (11) 50 brasse messieurs, Mattia Pesce (13) 50 brasse dames, Lisa Fissneider (16) 100 brasse messieurs, Fabio Scozzoli (16) 100 brasse dames, Arianna Castiglioni (13) 200 brasse messieurs, Luca Pizzini (15) 200 brasse dames, Elisa Celli (16) 50 papillon messieurs, Piero Codia (13) 100 papillon dames, Ilaria Bianchi (9) 100 papillon dames, Elena Di Liddo (10) 200 papillon dames, Stefania Pirozzi (14)

En attribuant un point par présence d’un nageur dans les dix-sept finales, le classement qu’obtiennent les Italiens est le suivant:

1. USA, 47, 27; 2. AUSTRALIE, 42, 25; 3. GRANDE-BRETAGNE, 28, 19; 4. JAPON, 22, 12; 5. CHINE, 19, 12; 6. ITALIE, 10, 7; 7. BRÉSIL, 9, 7; 8. DANEMARK, 9, 5; 9. HONGRIE, 9, 4; 10. RUSSIE, 8, 5; 11. ESPAGNE, 8, 4; 12. SUEDE, 7, 3; 13. CANADA, 7, 5; 14. PAYS-BAS, 6, 4; 15. FRANCE, 5, 3; 16. ALLEMAGNE, 5, 4; 17. RÉPUBLIQUE SUD AFRICAINE, 6, 3; 18. NOUVELLE- ZÉLANDE, 3, 1; 19. LITUANIE, 3, 3; 20. POLOGNE, 3, 3; 21. BIÉLORUSSIE, 2, 2; 22. SERBIE, 2, 2; 23. BAHRAIN, 2, 1; 24. CORÉE, 2, 1; 25. ILES FÉROÉ, 2, 1; 26.JAMAIQUE, 1, 1;  27. KAZHAKSTAN, 1, 1; 28. UKRAINE, 1, 1; 29. SINGAPOUR, 1, 1.

Tel que présenté par nos amis italiens, le classement entre le 9e et le 16e nageur, donne les résultats suivants. Ce tableau est tout de même moins significatif que celui des finalistes, ne serait-ce que plus on trouve de nageurs d’un pays dans les 8 premiers, moins il a de chances relatives d’en placer dans les 8 suivants. Par ailleurs, donner la même importance à une place de premier ou de huitième d’un côté, de neuvième et de seizième de l’autre, ne nous parait pas très réaliste. Imaginons qu’un pays aurait classé dix-sept nageurs en tête des bilans, et un autre dix-sept nageurs en huitième place, ils seraient ex-aequo dans ce classement. Disons donc que ce tableau est seulement indicatif.

Il est aussi inquiétant pour les Français, quinzièmes, qui s’en sont sortis jusqu’ici surtout grâce, nous semble-t-il, au très bon management de l’équipe nationale dans les grands événements. Ici, autant la louve italienne a le pelage lustré, autant le coq gaulois parait déplumé. Pourvu que la préparation à la française, qui a fait quelques miracles ces dernières années, ne nous lâche pas à Kazan, aux prochains mondiaux!
Le classement pour des demi-finalistes:

1.GRANDE-BRETAGNE, 19, 17; 2. ITALIE, 18, 16; 3. RUSSIE, 18, 15; 4. USA, 15, 12; 5. CHINE, 14, 12; 6. JAPON, 12, 12; 7. ALLEMAGNE, 12, 11; 8. AUSTRALIE, 11, 11; 9. HONGRIE, 11, 8; 10.FRANCE, 10, 9; 11. CANADA, 9, 8; 12. ESPAGNE, 7, 6; 13. PAYS-BAS, 6, 5; 14. BRÉSIL, 5, 5; 15. DANEMARK, 4, 3; 16. SUEDE, 3, 3; 17. BIÉLORUSSIE, 3, 2; 18. POLOGNE, 3, 2; 19. RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE, 2, 2; 20. UKRAINE, 2, 2; 21 LITUANIE, 2, 2; 22. NOUVELLE-ZÉLANDE, 2, 1; 23. JAMAIQUE, 1, 1; 24. CORÉE, 1, 1; 25. KAZAKHSTAN, 1, 1.

DOPAGE : UN COMPTE A DORMIR DEBOUT ?

POUR CES LABORATOIRES, CRIER AU DOPAGE GENERALISE, C’EST UNE FACON DETOURNEE DE DEMANDER PLUS D’ARGENT

Par Eric LAHMY

Mercredi 25 Février 2015

Entre le “tous dopés” des uns et “un sport propre” des autres, je ne sais pas pour vous, mais j’ai toujours navigué dans un brouillard de convictions. C’est sans doute ce brouillard qui m’a permis de continuer à m’intéresser à la compétition. Les illusions d’un « sport propre » m’habitaient (comme sans doute beaucoup de jeunes, j’ignorais l’existence de moyens de se doper). Mais peut-être manquai-je d’imagination ! Quand, étudiant nageur, mon entraîneur m’avait recommandé de prendre de la striadyne, un vaso-dilatateur, que, dans mon souvenir, j’avais refusé d’ingurgiter, ou quand, de ma propre initiative, je consommais du Guronsan, une vitamine C effervescente au goût d’orange contenant de la caféine (plus pour me soutenir dans mes études que pour nager d’ailleurs), j’aurais été très étonné de savoir que ces produits d’apparence anodine seraient un jour inscrits dans des listes de produits dopants !

Une toute récente étude néerlandaise publiée dans Sports Medicine de janvier 2015 prétend que la prévalence du dopage dans le sport d’élite s’inscrit dans une fourchette (trop large pour être prise au sérieux ?) de 14 à 39 pour cent – mais, malgré l’imprécision dans sa précision, je me dis que jusqu’ici, jamais l’on avait envisagé une telle étendue du problème – très au-dessus de ce qu’on croyait, et pour ainsi dire catastrophique …

Sur quoi se base une telle conclusion? Sur deux études utilisant des méthodes très différentes. La première a comparé 7.000 tests sanguins prélevés entre 2001 et 2010 chez 2700 pratiquants d’élite de l’athlétisme avec des lectures effectuées à la fois sur des dopés et des non-dopés également répertoriés. Il est apparu que 14 pour cent des athlètes d’élite montraient un taux d’hémoglobine élevé. Pourraient-ils s’être engagés dans une quelconque manipulation sanguine ? C’est ce que supposent les auteurs de cette recherche. Ce travail était centré sur le dopage sanguin seul et s’était désintéressé du « reste ». Le passeport stéroïdien ne devrait pas permettre d’étude sur les prises d’anabolisants avant quelques années.

AUCUNE PREUVE DE DOPAGE

La deuxième étude effectuée par Olivier De Hon, directeur des affaires scientifiques de Dopingautoriteit, l’organisation néerlandaise anti-dopage (NADO), et ses confrères, consiste en une technique de réponse aléatoire dite RRT dans laquelle on questionne un groupe : en l’occurrence 400 athlètes allemands de niveau olympique en 2007. Le principe de cette technique de questionnement, utilisée dans les affaires criminelles, permettrait d’éliminer les réponses évasives et de compenser les répugnances à répondre franchement à une question directe en associant la question qui fâche à une autre anodine et dont la portée peut être déduite de façon mathématique. De vous à moi, je n’y ai rien compris mais d’après De Hon, la proportion d’athlètes qui ont admis ainsi implicitement (1) s’être dopés se situait dans une fourchette large) de 20 à 39%.

Un que ce rapport n’a pas impressionné, c’est Frédéric Nordmann, ancien nageur et hockeyeur sur gazon, qui a longtemps travaillé et s’est souvent exprimé sur les questions du dopage; des taux d’hémoglobine élevés, nous explique-t-il, ne sont en rien la preuve d’un dopage. « Entre trois et quatre virgule cinq pour cent des citoyens présentent naturellement des taux plus élevés que les normes établies. De plus, des dosages sur des gens qui s’entraînent en altitude vont vous donner là aussi des chiffres hors-normes. Ajoutez ces deux populations, et vous n’êtes pas bien loin des quatorze pour cent dénoncés par l’étude ! Maintenant, pour ce qui concerne le test de réponse aléatoire, il me semble relever de la psychiatrie cognitive, dont raffolent les Américains, mais qui ne correspond pas à notre approche. » On ne saurait être plus dubitatif que Nordmann selon qui l’urgence serait de poser la question du dopage dans l’entreprise : « le sport est à l’image de ce qui se passe dans le monde ; si la réflexion concernant les produits a bien été menée dans l’aviation et dans l’armée, il n’en va pas de même pour certaines professions, ainsi les routiers. »

C’EST FOU? OU C’EST FLOU?

Quoiqu’il en soit, interrogé par le journaliste britannique David Owen, pour le site britannique insidethegames, De Hon a regretté la minceur des informations courant sur la question du dopage, et en a appelé aux gouvernements pour qu’ils permettent une meilleure connaissance du phénomène. « Notre conclusion est que la fourchette 14-39 est la meilleure estimation qu’on puisse avoir aujourd’hui, a continué De Hon, pour qui cette imprécision était le signe d’une vraie méconnaissance de la pratique dopante et de son étendue. « Si les organismes gouvernementaux étaient plus actifs et plus transparents dans ce domaine, nous serions en mesure de nous faire une meilleure idée de la vraie prévalence du dopage dans le sport. » Maintenant, avouer son ignorance et publier de tels chiffres, qu’est-ce que cela peut signifier? Un effet d’annonce? Ou une vraie inquiétude? Et ces chiffres fous sont-ils autre chose que des chiffres flous? Il y a un côté « je ne sais rien mais je dirai tout » assez décevant dans tout cela.

Déjà, il y a trois ans, David Howman, directeur général de l’Agence mondiale anti-dopage (WADA) avait suggéré que, si le nombre des dopés avait été évalué à un ou deux pour cent des sportifs, des recherches récentes suggéraient de retenir plutôt un nombre à deux chiffres. Mais, ajoutait-il, les incertitudes restaient nombreuses, et, donc, impossible de savoir si le dopage gagnait ou perdait du terrain, si la politique menée est efficace, si l’argent employé dans cette lutte était bien dépensé et si les désagréments que vivaient les sportifs contrôlés régulièrement en valaient la peine. Pour De Hon, comme ses confrères Harm Kuipers et Maarten van Bottenbourg, des Universités de Maastricht et d’Utrecht, les autorités ont une responsabilité morale  dans l’impact des contrôles sur les champions ; d’autres études non publiées ont été menées sur la question, dont ils souhaitent qu’elles soient rendues publiques. Un jour, ont-ils ajouté, on devrait pouvoir mesurer les taux de certains produits à travers l’analyse chimique des égouts dans les centres d’entrainement !

Quel bonheur! Passera-t-on ainsi, sans crier gare, du goût du sport à l’égout du sport ?

(1) Le implicitement est ajouté par moi. E.L.

Jacques Favre, le bon feeling

Par Eric LAHMY

Dimanche 15 Février 2015

Ne frappez plus, j’avoue. Je ne me souviens absolument pas de Jacques Favre, le nageur ! Bon, c’est comme ça, à l’époque, j’essayais de m’intéresser au-delà des vedettes, à tout ce qui rampait dans l’eau, mais cela marchait surtout avec les nageurs parisiens que je pouvais rencontrer dans les compétitions régionales. Alors j’ai de gros trous dans mes je-me-souviens. J’espère que ce n’est pas l’Alzheimer…

Je ne m’en souviens plus, alors me direz-vous, pourquoi est-ce que j’ai un bon feeling ? Je ne sais pas, les premières interviews, des propos qui tiennent la route, qui ont du bon sens, qui ne sont pas des copié-collé de communiqués officiels à la gomme, ces originalités, son « jugaad » ramené d’Inde à travers ses lectures en-dehors des sentiers battus. L’idée qu’un DTN, ce n’est pas seulement un bloc de compétences, mais aussi un être humain, un style, une approche des problèmes qui se posent. Il y a une sérénité chez lui, qui sera peut-être mise à rude épreuve, mais qui est là…

Se pourrait-il que Francis Luyce ait eu finalement la main heureuse en l’imposant ainsi, à la hussarde, à la onzième heure?

Jusqu’à son apparence, l’œil bleu zen, pas allumé mais brillant juste comme il faut, presqu’ironique, ce corps d’ascète, ou d’athlète, à 51 ans. Je sais, ça ne parait pas sérieux, mais je vois ça comme ça. Je ne connais pas plus son  »programme », je ne sais pas s’il en a un. Mais je pense qu’il peut en bâtir un, à l’intuition, parce qu’il a l’intelligence et la curiosité et qu’il suffit qu’il y ajoute la volonté et la patience. Parce que le programme olympique (merci Patrick) est lancé et qu’il n’aura qu’à le suivre. Ah ! Il faudra aussi lui souhaiter de la chance, car sans cela, tout devient plus difficile. Et puis ce soir, j’ai eu deux personnes qui l’ont bien connu dans le temps… Michel Pedroletti et Frédéric Delcourt.

Michel Pedroletti se souvient-il de Jacques Favre ? Et que si! Michel, ancien entraîneur de l’équipe de France, puis du Cercle des Nageurs de Marseille, a pris la suite de Georges Garret comme entraîneur du Cercle quand Favre y nageait encore.

« Je ne l’ai plus beaucoup vu depuis longtemps, mais… Que dire ? Il avait un très gros battement de jambes. Quoi d’autre ? C’était un bon type. Stable, cohérent, intelligent. Et il avait de l’humour. Il avait cette tchatche marseillaise, le mot pour rire. Sympathique. »

« Il avait nagé avec Garret, pendant que j’entrainais l’équipe nationale jusqu’en 1984. Quand je suis retourné à Marseille, de 1985 à 1988, il y était revenu, après avoir, je crois, fréquenté pendant deux ans le sport-études d’Antibes, peut-être avec Michel Guizien… ou David Dickson ?? Au Cercle, ça ne s’entraînait pas beaucoup, c’était des trois ou quatre fois par semaine, Antibes avait bien planifié son truc.

Donc Favre a nagé avec moi, mais il avait d’autres choses dans la vie, ses études universitaires, bref il n’avait pas le temps. C’était un nageur de niveau de finales des championnats de France sur 100 mètres et surtout sur 200 mètres, et il a répondu à quelques sélections internationales. Il axait tout sur les jambes, ce qui le faisait un peu ‘’rattraper’’. »

« Je crois qu’une de ses idées comme DTN concernant la natation concerne la communication et l’image. Il veut travailler sur l’image des nageurs. J’ai cru comprendre, quand il a décidé de se présenter comme candidat au poste, il a beaucoup travaillé la question, il a beaucoup lu, cherché des idées, et a fait un gros travail sur lui-même pour expliquer ce qu’il pourrait développer. »

« Le jour de l’oral devant le Bureau, il était donc armé pour un discours très cadré, enregistré, et au dernier moment il a laissé tomber son power-point et il a improvisé. Il a du se sentir plus à son aise dans ce mode d’expression. »

« Je ne suis pas si étonné d’apprendre qu’il ait pu ne pas convaincre. Ce n’est pas en chaire que tu démontres que tu es un bon. C’est sur le terrain. »

Les candidats ont été en effet  un peu secoués par les membres du Bureau. C’est la règle du jeu de ce genre d’examens.

Mais peut-être, à y regarder de plus près, que le problème de la Fédération (et pas seulement en natation), c’est le pouvoir des élus. Voilà des gens fort honorables et que je songerais pas un instant à vilipender, mais qui n’ont pas de compétences précises, qui ne prennent pas de risques, et qui décident de tout. Les techniciens, qui généralement, en savent bien plus qu’eux, leur sont inféodés.

Maintenant, d’où vient, non plus l’autorité, mais la capacité d’un membre du bureau, du comité directeur, pour juger de ce que va amener telle personnalité à la DTN ? Tout le monde s’interroge sur la compétence des techniciens, mais qui se pose la question de la compétence des élus ? Leur pouvoir se passe d’une quelconque compétence. Ils tranchent, un point c’est tout.

La position de Jacques Favre au siège de la Fédération peut-elle s’avérer délicate ? Ce n’est pas impossible, si les élus se mettent en  demeure de lui gâcher la vie. Les témoins évoquent des parties de manivelles assez féroces entre Lionel Horter et Gilles Sezionale lors de comités directeurs où, à chaque proposition de Horter, Sezionale disait le contraire. Qui avait raison, qui tort? Au delà des casquettes, il n’est pas interdit de penser que le dirigeant voyait mieux que le technicien. Mais en l’occurrence, tel n’est pas mon propos, qui se trouve dans la confusion des compétences et des prérogatives.

Le glissement de « souveraineté » peut s’illustrer très simplement. Quand en 1968, le DTN Lucien Zins amenait la liste des sélectionnés olympiques au président André Soret, ce dernier lui disait en souriant: « oui, chef. » Quand en 2001, Claude Fauquet décida de faire respecter ses règles de sélection et pour cela de refuser la qualification de la tenante du titre mondial du 200 mètres dos qui n’avait pas atteint tous les minima pour les mondiaux du Japon, le Bureau tenta de passer outre et Fauquet, pour imposer son choix, menaça de démissionner!

Là, on verra ce qui va se passer.

ETRE DE MARSEILLE PEUT DONNER UNE COHERENCE A SON ACTION

En ce qui concerne les techniciens, la position de Favre est incertaine, mais tout peut très bien se dérouler ! « Il ne va pas trouver devant lui des personnalités aux énormes compétences », explique encore Pedroletti, comme du temps où des Barbit, des Zins, des Garret, des Boissière, pouvaient représenter des contre-pouvoirs. Dans les meilleurs termes avec Romain Barnier qui est la tête de gondole de la natation française, il ne risque pas trop de se voir confronté aux Lucas, Pellerin, Lacoste, Chrétien, Martinez, et aucun d’eux ne cherchera à lui mettre des bâtons dans les roues (sauf s’il va les chercher bien entendu). Et au siège fédéral, il ne peut attendre que du bon des adjoints, tels Patrick Deléaval qui a assumé l’intérim, ou David Nolot, piliers de la Fédération.

Il est marqué Cercle? Mais enfin, il faut être bien étroit du cortex pour refuser quelqu’un sous le prétexte qu’il vient de quelque part ! « Au fond, s’il se sert bien de cette origine, vu que le Cercle c’est le top, cela peut donner une cohérence à son action, » dit encore à ce sujet Pedro…

Frédéric Delcourt, notre vice-champion olympique du 200 mètres dos en 1984 a nagé dans les eaux du DTN. Aujourd’hui il entraîne à Montpellier et, à divers titres, donne une vision assez précise des choses.

« Il y a trente ans, on était dans le même club. Je m’entendais assez bien avec lui, il était drôle, spirituel. Maintenant, je ne sais pas trop ce qu’a été son parcours. Je l’ai revu aux championnats de France quand j’ai su qu’il se présentait. Je lui ai posé des questions. Je suis impatient de voir ce qu’il fera. C’est dans l’action qu’il va pouvoir s’affirmer… Mais maintenant, pourra-t-il résister à Louis XVI ? Quant au fait qu’il soit Marseillais, cela pose une autre question. Aura-t-il le caractère de rester neutre ? »

Favre a tout d’une star. Maintenant, il a dix-huit mois pour nous décevoir. Ou non…

L’ART DE TOUT EMBROUILLER

Par Eric LAHMY

Lundi 9 Février 2015

En 2013, le passage de Benoit XVI, le Pape précédent, à François, le Pape actuel, avait demandé quinze jours, et une élection en cinq tours de scrutin pour deux jours de conclave. La Fédération française de natation, en revanche, n’est toujours pas près d’avoir un DTN, et après dix-sept candidatures, cent trente-cinq jours de palabres, de synodes, de pow wow, de comités, de commissions, de chausse-trappes et de rencontres entre la Fédération et ce qui prétend être le Ministère, c’est toujours une fumée noire qui s’élève de l’improbable Vatican de la rue Scandicci.

Ceux qui suivent le feuilleton « nomination du Directeur Technique National de la Fédération française de natation » et dont on ne saurait trop louer la patience, se souviendront peut-être que, les 3 et 4 janvier dernier, le Bureau directeur de la fédération, après trois mois à tourner autour du pot, s’était réuni pour examiner les candidatures au poste. Les trois impétrants restés alors en lice, Roxana Maracineanu, Jacques Favre et Philippe Hellard, dont vous ne m’ôterez pas de l’esprit qu’ils avaient été tirés au hasard, parmi les dix-sept, sur une galette des rois, à l’issue d’une soirée arrosée avenue de France par un cabinet du Ministre ayant poussé sur la coke – ces trois survivants, donc, furent entendus. Après quoi les membres du bureau – le président Francis Luyce, le secrétaire général Michel Sauget, le trésorier général Jean-Paul Vidor, et les trois vice-présidents délégués Jean Jacques Beurrier, Gilles Sezionale et Henri Wachter – échangèrent leurs opinions des candidats.

Que se dirent-ils ? Selon le procès-verbal de la réunion, chaque membre du bureau donna son avis sur les présentations des candidats et félicita ces derniers pour la qualité des dossiers présentés et la réflexion sur les missions pouvant être dévolues au DTN. « Chaque candidat, lisait-on, a défendu une approche à la fois très personnelle et pertinente de la mission et des fonctions proposées. … A l’issue de ces premiers entretiens, le Président échangera avec le Directeur des Sports. Il recevra éventuellement un des candidats avant de proposer définitivement la candidature retenue au Ministère. Le bureau du samedi 14 février à Amiens procèdera à la validation de la proposition du président. »

Bref, un communiqué qui manie parfaitement l’art de ne trop rien dire, dans le genre « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. » Mais ce laïus fédérateur n’aura pas fait l’unanimité du bureau, pour la raison qu’il oblitérait la réalité des opinions échangées dans le dit Bureau. M. Sezionale, président du comité de la Côte d’Azur, s’est fendu à ce sujet d’un courrier bien senti en direction de la Fédération.

MANDAT DE LUYCE: CHERCHER D’AUTRES CANDIDATS

« Je ne peux valider le PV qui, à mon avis, a été diffusé bien trop rapidement avant approbation des membres du bureau exécutif, écrit M. Sezionale, qui fait état de «  l’opinion des trois vice-présidents qui ont clairement donné leur avis au président qu’aucun des candidats n’avait le profil pour le poste de DTN, chacun ayant ses propres qualités. Nous avons demandé au président d’ouvrir les entretiens à d’autres candidats du fait de l’absence de Marie Laure Etienne, position plusieurs fois évoquée par lui-même. A la suite des entretiens il n’y a pas eu de vote du bureau, le président se laissant le temps de la réflexion … Merci de prendre en compte mes remarques à retranscrire dans le PV. »

Au vu des observations de M. Sezionale, il appert que le compte rendu fédéral, relayé d’ailleurs par un communiqué de presse, empruntait pas mal à la langue de bois, beaucoup au jet d’encre de la seiche et totalement à la désinformation pure et simple. Le bureau avait manifesté son mécontentement de devoir s’exprimer sur des candidats qu’il estimait être aussi peu disant, quand le compte rendu laissait presque entendre que son embarras provenait de la difficulté de choisir entre les trois lumières qui s’étaient proposées au poste.

Tout au contraire, Luyce avait mandat de chercher d’autres candidats, et paraissait d’ailleurs lui-même approuver une telle démarche. Ce que le communiqué ne dit pas…

Ça vous étonne ?

Alors, quoi? Pour l’instant, la « stratégie » de Francis Luyce pour pêcher l’héritier de Lionel Horter est perdante. Au lieu d’aller directement à l’essentiel, et de désigner l’homme qu’il voulait pour le poste, il a lancé une procédure longue et lourde qui a conduit, après 135 jours, à une impasse. Pourquoi cela ? Orgueil mal placé ? Incapacité à diriger, c’est-à-dire à montrer la voie ? Si gouverner, c’est choisir, je ne vois point de gouvernance ici.

Autre hypothèse. Il ne va pas choisir l’homme qui lui convient parce que, dans son esprit, ce serait s’abaisser. « Quoi ? Notre Majesté, aller chercher un DTN ? Fi donc. C’est à lui de venir, de faire acte de candidature comme d’autres font acte de contrition, de se prosterner, de chercher à capter notre écoute, de nous convaincre. Et nous, régalien, nous tranchons. Tel est notre bon plaisir… »

« Le président », donc, comme il adore se qualifier lui-même non sans quelque trémolo dans la voix, n’a pas fait le moindre signe pour attirer vers le poste l’homme ou la femme qu’il jugeait digne. Il s’est drapé dans un silence dédaigneux, une attitude de ‘’sphinx’’, parait-il, manifestement très mal inspirée. En l’occurrence, ce côté fermé qu’il affecte fait moins songer au sphinx de Gizeh qu’à une huitre de pleine mer… S’il ne dédaigne pas se prendre parfois pour Louis XIV, il ne parait pas savoir que le roi-soleil n’attendait pas, pour les installer, que Colbert, ou Louvois, ou Vauban, fissent acte de candidature . Conclusion ? A force de s’élever au-dessus de tous, Francis 1er s’interdit la possibilité de se faire entendre.

Mais peut-être ne voyait-il personne ? Dans ce cas, c’est un peu grave.

DE 17 CANDIDATS A ZERO DTN.

Manœuvrer peut toujours servir. Mais s’embrouiller dans ses propres toiles n’est pas recommandé… Ce piétinement pour le poste qu’il a provoqué de 17 personnes, ramenées à quatre, puis trois, le voilà réduit à zéro. C’est en tous cas l’opinion des vice-présidents agacés d’avoir à choisir entre des finalistes qu’ils ne jugent pas être au niveau de la tâche (l’un des vice-présidents, peu impressionné par leurs prestations, aurait même ouvertement désigné le triumvirat des impétrants sous le vocable générique assez peu charitable des « trois toquards »).

Dès lors que va-t-il advenir ? Luyce va-t-il tenter un passage en force et désigner impérieusement celui des trois qui lui convient (assez peu semble-t-il, son silence étant le signe d’un embarras) malgré les mises en gardes de ses vice-présidents, avec le risque qu’un nouvel échec, après celui d’Horter, lui serait dès lors sévèrement imputé ? Va-t-il retourner à sa solution première, celle de 2012, qui consistait à désigner son directeur général Louis-Frédéric Doyez ? Le Ministère l’avait alors récusé, Doyez n’étant ni inspecteur des sports, ni conseiller technique et pédagogique, ni professeur de sport, comme il est exigé.

Mais, nous souffle-t-on ici, l’argument ne porte plus, depuis que le ministère a entériné comme finalistes Roxana Maracineanu et Jacques Favre, qui ne répondent guère plus que Doyez au profil que l’institution avait elle-même défini.

Il reste à savoir ce que les vice-présidents pensent de cette solution…

Bien entendu, on pourrait continuer avec l’intérimaire de service, Patrick Deléaval. Lequel, ayant vu les désastres qu’ont vécus les DTN sous la présidence de Luyce (épuisement, dépression nerveuse, crise cardiaque fatale, démission soudaine), ne tient pas à jouer la sixième victime d’un président qui jouit manifestement de peser sur les dossiers et d’aplatir les hommes… Patrick aurait fait l’affaire, mais il semble qu’il veuille encore moins le poste que Francis ne consentirait à le lui offrir.

Mais ça urge. Pourquoi ? Parce que pendant les six années de DTN Donzé-Horter, la natation française a perdu toute sa valeur chez les jeunes. Mal managée ces dernières saisons, elle a obtenu des résultats très faibles dans les compétitions de cadets et juniors. Qu’en attendant une relève qui ne vient pas, l’équipe de France actuelle, recroquevillée dans quelques courses de sprint, vieillit. Et qu’en l’absence de sang neuf, elle pourrait retrouver, son rang d’intermittente du spectacle de 1994, après Rio, où chacun prie pour que Florent Manaudou et Yannick Agnel sauvent la mise.

En « remerciant » ceux qui avaient, autour de Claude Fauquet, fait la force de la natation française, les Bernard Boullé, les Marc Begotti, les Philippe Dumoulin, en marginalisant un Patrick Deléaval, il en est qui se sont fait bien plaisir. Alors que les clignotants se mettent au rouge un à un, et que la boucle se boucle, il en est d’autres qui se disent que les poses du président Luyce vont finir par se retourner contre lui.

« Il emmerde tout le monde », nous suggérait récemment un fin connaisseur du petit milieu FFN. A force, il pourrait finir par se salir…

TOUJOURS TROIS CROCOS DANS LE MARIGOT

Par Eric LAHMY

 Samedi 24 Janvier 2015

 Les trois candidats à la DTN de la Natation ont présenté leurs programmes. Il semble jusqu’ici qu’aucun d’eux n’a eu la peau des autres. Faut croire qu’elle est épaisse…

 

 « Candidatures au poste de Directeur Technique National de la Fédération Française de Natation

 Ce vendredi 23 janvier 2015, le Bureau fédéral a auditionné 3 postulants au poste de Directeur Technique National :

– Madame Roxana Maracineanu

– Monsieur Jacques Favre

– Monsieur Philippe Hellard

Ces entretiens ont été de grande qualité.

Chaque candidat a défendu une approche à la fois très personnelle et pertinente de la fonction et des missions proposées.

A l’issue de ces premiers entretiens, le Président de la Fédération échangera avec le Directeur des Sports du Secrétariat d’Etat aux Sports.

Le Bureau fédéral actera sa décision finale lors de sa prochaine tenue, le samedi 14 février 2015, à Amiens.

L’objectif demeure que le futur DTN prenne ses fonctions dès le début du mois de mars 2015. »

 

Tel est le communiqué fédéral envoyé aujourd’hui samedi 24 janvier à 10h51 par le service communication de la Fédération française de natation. Les réunions aboutissant au communiqué se sont tenues hier matin à la Fédération et sans doute l’après-midi à Chartres où Luyce et le maire de Chartres ont signé la convention posant l’organisation par la ville d’un meeting FINA World Cup.

Qu’en dire ? Va-t-on réellement désigner l’un des trois prétendants samedi 14 février ?

Il est  peu près sûr aujourd’hui que le Bureau fédéral réuni autour de Francis Luyce n’a pas été suffisamment convaincu par tel ou tel candidat pour décider qu’on tenait l’homme ou la femme idéale et proposer tout de suite sa nomination. Non pas qu’on nie les qualités des trois postulants, mais aucun d’eux n’a convaincu qu’il avait le « full package », l’ensemble d’aptitudes requises par le poste. C’est dire que tous trois offrent des carences qui retiennent l’enthousiasme.

Rien d’étonnant à cela. D’abord, sur un plan général, on ne nait pas DTN, on le devient. Jamais un Directeur technique, avant d’être nommé, n’avait paru totalement indiscuté. C’est à la tâche qu’on a pu constater qu’ils étaient ou non à la mesure du poste.

Ensuite selon le bout de la lorgnette par lequel on examine chaque personnalité, on peut découvrir des points de vue très différents, mais on n’a jamais une vision globale : toute nomination est un pari, que va-t-on découvrir quand apparaîtra la face cachée de la Lune ?

Des membres du bureau ont estimé qu’en additionnant les personnalités (ou les programmes) de Roxana, Jacques et Philippe, on pourrait obtenir le candidat idéal à la DTN. Voire un portrait de Picasso, ou encore le monstre de Frankenstein ?

Cet assemblage est des plus difficiles à réaliser et surtout à tenir. Au temps de la Révolution, les trois consuls, Cambacérès, Bonaparte et Lebrun, avaient abouti à offrir l’Empire au plus futé d’entre eux. Et on a vu précédemment comment une tête de la direction du haut-niveau bicéphale avait sectionné l’autre ! Bref, ces trois tiers ne font pas un, et j’ai suffisamment exposé mes interrogations, voire mes réticences les concernant sur mon site pour n’avoir pas à revenir là-dessus.

Dire ça, c’est signifier qu’on est bien ennuyés ! Ou du moins qu’on se trouve en pleine interrogation.

Bien entendu, il y a aussi la perspective qu’un choix a été opéré, mais qu’on veut en réserver la primeur au Ministère, ou aux autres élus fédéraux. Pas impossible… mais pas très crédible non plus. La meilleure hypothèse est que les rois mages du Bureau directeur se trouvent dans l’embarras et cogitent ferme en espérant que les étoiles s’alignent par miracle d’ici la mi-février et leur découvrent le berceau du Divin Enfant. C’est ce qu’on leur souhaite, même si notre époque est très éloignée du temps des prodiges.

Une autre possibilité : un refus de trancher de la Fédération qui demanderait au permanent de service (Patrick Deléaval) d’assurer la suite en le nommant au poste dont il assure en fait la fonction. Pas impossible non plus, Patrick ayant assuré la continuité, seul, depuis quatre mois stratégiques quant au suivi et au bouclage des nombreux dossiers qu’il a dû gérer avec son sérieux habituel. Cela nous semble, dans ce contexte à vingt et un mois des Jeux olympiques et en l’absence d’un emballement pour un candidat, une façon habile de jouer la montre…

TROIS PRÉTENDANTS ET LA 7EME CAMPAGNE

La Fédération Française de Natation n’a toujours pas de Directeur, encore moins de direction, mais elle dispose désormais d’un Président, Francis Luyce, et d’un candidat à la présidence en 2016, Francis Luyce. Les deux hommes devraient s’entendre.

Par Eric LAHMY

Jeudi 23 Janvier 2015.

La disparition de Marie-Laure Etienne des écrans radar donne à la finale de la course au poste de DTN de la natation française un aspect morose. Philippe Hellard ? Luyce avait bien dit qu’il ne prendrait pas un des techniciens fédéraux, ce qui est son cas. Luyce pourra-t-il se déjuger ? Roxana Maracineanu et Jacques Favre ont été sélectionnés par le Ministère en contradiction avec les règles du jeu du Ministère qui s’est donc, lui, déjà déjugé. Ne trouvez-vous pas que l’affaire est magnifiquement emmanchée?

Au-delà du nom de l’héritier du trône, restent beaucoup d’inconnues dans cette affaire, et la plus importante consiste à savoir si la DTN va retrouver le rôle moteur qui était quand même le sien jusqu’en 2008.

Depuis six ans, il y a de la déconstruction à la FFN et on ne sait pas trop où cela va nous mener.

On aime rappeler que Christian Donzé a été nommé par Francis Luyce parce qu’il s’était affirmé comme opposant à Claude Fauquet alors même qu’il faisait partie de son équipe, sans d’ailleurs que l’objet de son ire le sache le moins du monde. C’était plus habile et politique que courageux ou franc du collier, mais c’est ainsi. Le fonctionnement de Donzé, une fois en poste, affirma et confirma qu’il s’agissait de défaire l’œuvre de son prédécesseur.

L’un des responsables de la montée en puissance de la FFN, Philippe Dumoulin, a été écarté par deux fois des affaires. Une fois par Donzé, qui lui a intimé sa méfiance d’entrée de jeu, le conduisant vers la sortie (tout de suite, d’ailleurs, après avoir viré Marc Begotti, autre sherpa de Fauquet). Une autre fois par Horter qui a pris fait et cause contre lui, face à un autre technicien, Patrick Cassagne. On en reparle tout de suite…

LE TORPILLAGE DE DUMOULIN

On pourrait imaginer que ces deux mésaventures sont arrivées à Dumoulin parce qu’il s’était conduit de façon problématique. Pas de fumée sans feu, dit le proverbe. Or des rangs des techniciens fédéraux nous viennent les témoignages de l’enthousiasme et de l’engagement de Dumoulin. « Du temps de Fauquet, nous a-t-on dit, il pouvait donner l’impression de se prévaloir de la confiance de Claude pour ne pas prendre de gants, et paraître cavalier. Mais là, son attitude était tout à fait positive. »

L’une des curiosités de cette affaire est que Dumoulin a été torpillé par Horter peu de temps avant que celui-ci ne parte. Il est également curieux de voir que ce gros bosseur s’était fait écarter par le DTN le plus dilettante de l’histoire du poste. Omni-absent, Lionel n’arrivait à Paris que les jours de comités directeurs ou de bureau exécutif, une fois par semaine, et n’existait que de manière virtuelle aux yeux des techniciens qu’il était censé chapeauter. Des témoins ont conté qu’il était capable de disparaître en cours d’une réunion et de ne plus revenir. Mais peut-être n’avait-il pas trouvé où étaient les W.-C. ?

Il n’avait pas plus pris le temps d’émettre un projet fédéral. La DTN vivait au jour le jour, allait à vau l’eau.

Le 15 septembre, lors de l’annonce de la démission de Horter, Francis Luyce apparaissait pourtant bien embêté. « On avait déjà eu du mal à remplacer Christian Donzé, déclarait-il au Monde. Je pense que je vais être dans les mêmes difficultés. Le poste de DTN est extrêmement contraignant, ça n’attire pas les foules. » En effet, il n’y eut que 17 candidats…

« La tâche peut être ingrate, commentait le journaliste. Que les résultats ne soient pas tout à fait au rendez-vous, comme à Berlin cet été, et voilà le DTN responsable de l’échec – une absurdité en l’occurrence, puisqu’en un an et demi, l’action de Lionel Horter n’a pas pu avoir d’effets « visibles » dès Berlin. »

Ce qui motivait le départ d’Horter était ce qui avait retardé son arrivée : son inappétence pour le poste, ainsi que quelques éléments nouveaux qu’il convient de conter ici.

UN RAPPORT GRATINÉ

Même ceux qui croient connaître Francis Luyce pourront s’étonner d’apprendre que le président avait trouvé avec Lionel Horter un DTN selon son cœur. Mais c’est ainsi. Horter lui laissait le soin de trancher sur tout. Horter déléguait au maximum. Moins il en faisait, moins Horter se frottait au président qui n’avait qu’à se féliciter de la présence fantomatique de son DTN.

L’affaire Horter aurait pu prendre une vilaine tournure quand le ministère entra dans la danse et pondit un rapport d’inspection défavorable à son endroit. Le rapport, assez gratiné, appuyait lourdement sur les carences du titulaire du poste. Lionel, en fait, n’avait jamais laissé Mulhouse, dont il n’avait abandonné que l’équipe première. Pour le reste, il s’occupait de tout le reste au Mulhouse Olympique Natation, stages y compris, et laissait son siège directorial parisien se recouvrir de poussière. La FFN de son fait, nous ont conté les témoins (qui devaient dire la même chose aux inspecteurs du Ministère) était devenue le château de la Belle au Bois Dormant, puisque, comme chacun sait, le chat n’étant pas là, les souris dansent. Chacun se calant sur l’emploi du temps du chef, on apparaissait au 14 rue Scandicci quand Horter y était. Ces délicieux détails se trouvaient contés dans le langage administratif du rapport ministériel.

HORTER SAUVÉ PAR BARNIER

Finalement, le Mulhousien fut partiellement sauvé par… le CN Marseille de Romain Barnier. Les formidables résultats des Phocéens, Florent Manaudou en tête, aux championnats d’Europe de Berlin, sauvèrent la mise de la natation française. Les médias se jetèrent sur l’os Manaudou et s’en délectèrent. La France avait perdu 4 places au classement général et 5 au classement natation, dans le concert des nations, mais ce n’est pas ce genre de détail qu’on met à la une en haut de page quand on a un gaillard de 100kg pour 1,99m qui sucre son café au lait à la créatine et réussit le triplé 50m, 100m, 50m papillon. Le petit frère de Laure, moitié Superman, moitié cache-misère, avait assuré (avec la participation d’Axel Reymond) le festival des cocoricos et des on est les plus forts. Le rapport du Ministère, jusque là intraitable, fut vite amendé : on adoucit ici, on édulcora là, on retrancha ailleurs telle notation un peu dure…

Sauvé par le gong, il n’en devenait pas moins urgent pour Lionel, de trouver une sortie vite fait du poste qu’il n’occupait que de façon épisodique et qui lui sortait manifestement par les yeux. L’idée de « tangenter » s’ancrait avec d’autant plus de force qu’aux championnats d’Europe de Berlin, Yannick Agnel, de plus en plus déçu des résultats de son séjour US à mesure que ses contre-performances s’ajoutaient au fil des jours, s’était mis à ruminer un retour en France. Et Horter, à titre de Directeur technique national, était à ce sujet son premier confident. Agnel prétendait qu’il voulait revoir son entraîneur US, Bob Bowman, avant de décider, mais il est difficile de croire que l’affaire n’était pas pliée au moment où il prit l’avion pour Baltimore. Agnel est un garçon poli et bien élevé et il voulait dire adieu dans les formes, chose qui est toute à son honneur. Pour Horter, plus coach que jamais, il n’était pas raisonnable de laisser Agnel atterrir ailleurs qu’à Mulhouse ! Il y avait là un joli coup à tenter. Mais il était important de coordonner l’action et surtout de maîtriser le temps, en l’occurrence de n’annoncer la chose (Agnel à Mulhouse) qu’après avoir pris un certain nombre de précautions.

VAINQUEUR SUR TOUS LES TABLEAUX

Lionel Horter, tout DTN qu’il était, n’était qu’un contractuel, et n’avait pas de garantie au plan de sa carrière ; pour cela, se présentait l’opportunité d’un diplôme de professeur de sport. Prof de sport, cela représente cinq années d’études après le baccalauréat. Mais dans sa situation, cela nécessitait seulement, en raison d’un certain nombre d’équivalences, une semaine de stage. Il fut titularisé le 1er octobre. Titularisation qui lui permettait d’être intégré professeur de sport, donc statut de fonctionnaire, donc retraite et tous avantages liés.

Le 1er octobre fut également le jour de sa démission de DTN. Et l’arrivée d’Agnel à Mulhouse. Pour partir, il lui fallait un prétexte, et c’est le sort de son adjoint, Patrick Cassagne, qui le lui offrit.

Depuis quelques temps, un dirigeant régional, Gilles Sezionale, avait décidé de débarrasser la Fédération de Patrice Cassagne, l’adjoint de Horter (Sezionale dément). Il faut savoir que c’est un affrontement entre Cassagne et Philippe Dumoulin qui a conduit ce dernier à démissionner. L’affaire démarrait mal, les deux hommes partageant la même fonction de gestion du haut niveau. Les choses ne pouvaient bien se passer, mais ce fut le pot de terre contre le pot de fer. A ma gauche, Philippe Dumoulin, expérience, compétence, capacité supérieure de raisonnement qui lui donne une allonge phénoménale. Il ne décide jamais sans avoir mûri la question. A ma droite, Patrick Cassagne, zéro virgule cinq formation initiale, sorti du rang, malin et instinctif, maître du corps à corps et combat au feeling. L’homme a entraîné le CNO Saint-Germain et hanté la direction régionale de Nantes, où il a développé une amitié avec Christian Donzé, qui s’en souviendra quand il sera DTN.

LE BOSSEUR ET LE COURTISAN

L’influence de Cassagne sur Donzé fait partie de l’histoire officieuse de la Fédération. Donzé, parait-il, n’écoutait que lui, et les deux hommes s’offraient des brainstormings en tête à tête où ils décidaient de tout. Très vite, en court-circuitant les uns et les autres, le DTN se trouva dans une situation assez compliquée de conflit avec techniciens et élus, et un de nos informateurs nous l’a décrit comme « aux abois. »

Au décès de Donzé, Cassagne se retrouva subitement à découvert. Pas pour longtemps. Il joua avec insistance la carte Horter, dont il savait qu’il était dans les petits papiers de Luyce, allant carrément le chercher, et, après s’être porté candidat (comme déjà en 2012) il retira immédiatement sa candidature quand Lionel se présenta. Aussi Cassagne retrouva-t-il une protection sous le chapiteau de Horter. Il ne restait plus qu’à dégouter Dumoulin. Entre le tâcheron et le courtisan, devinez qui l’emporta ? Finalement, Dumoulin ne fut même plus convié aux réunions des commissions de son ressort. Au bout de quelques mois, écoeuré, au bord de la dépression, il s’en allait.

Les tentatives de certains responsables fédéraux de se débarrasser de Cassagne sonnaient donc comme un retour des choses.

C’était l’occasion attendue : jouant l’offusqué qu’on veuille le débarrasser de son indispensable adjoint, Horter présenta sa démission. Luyce la refusa, mais il eut beau tempêter et cajoler, réprimander et s’agacer, Horter ne changea pas d’un pouce. En s’en allant, il éliminait d’un coup tous ses soucis, abandonnait une fonction détestée, écartait d’un revers le rapport d‘inspection ministérielle, rentrait définitivement à Mulhouse avec la plus excitante mission qui soit, remettre Yannick Agnel à flot, cela en ayant réussi un autre joli coup, l’accession au professorat de sport !

QUE RESTE-T-IL DE NOS AMOURS ?

Aujourd’hui, que reste-t-il de l’héritage de Fauquet ? Et surtout, comment se projeter vers le futur, après 2016, quand la génération des champions du monde et olympiques sera poussée par la limite d’âge ou tentée de se retirer ? Comment la Direction technique pourra-t-elle jouer le rôle inscrit dans son intitulé, directionnel et technique, de la natation française ? Saura-t-elle proposer une action exaltante, aider les clubs, les pousser dans la bonne direction, répondre aux défis multiples de l’excellence à tous les niveaux de pratique ?

Francis Luyce est optimiste. Il a assuré l’essentiel. Ne vient-il pas d’annoncer, des fois qu’on ne le saurait pas, qu’il présentera en 2016, pour la septième fois, sa candidature de président de la Fédération française de natation ?

Je respire. Nous sommes sauvés.

LA DTN A LE BONJOUR D’ETIENNE

Par Eric LAHMY

Jeudi 22 Janvier 2015

La natation a perdu un quart de ses finalistes au poste de DTN avant même le passage de la deuxième haie. Marie-Laure Etienne a trouvé un bon job en Picardie et ne se présentera pas comme prévu à l’oral de l’examen, devant Francis Luyce, ce vendredi 23 janvier au matin au siège fédéral, Tour Essor, à Pantin!

Malgré les étranges nouvelles selon lesquelles la messe était dite en roumain et le poste de DTN se présentait comme une promenade sur un boulevard fleuri pour Mme Roxana Maracineanu, il se disait de plus en plus que le meilleur candidat au poste technique clé de la natation française était Mme Marie-Laure Etienne. Et d’aucuns de la chanter à la Guesch Patty : « Etienne, Etienne, Oh ! Tiens le bien… »

Or ne voilà-t-il pas qu’Etienne a « glissé comme un gant »… et qu’elle va être difficile à rallumer.

Plus candidate, et plus en course pour la DTN ! Madame Etienne a été bombardée en fin de semaine dernière directrice de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale de la région de Picardie.

Francis Luyce, qui ne déteste pas se donner des airs de sphinx, n’en menait pas large, et quand l’information lui est tombée dessus, avait plutôt l’apparence d’un qui a marché du pied gauche sur une crotte. Etienne ressemblait-elle de plus en plus, à ses yeux, à une candidate solide ?

Que voulez-vous, ce sont les meilleurs qui s’en vont ! Pour des tas de raisons, même du point de vue de Luyce tel qu’il faisait connaître ses préférences (femme, étrangère au milieu natation, mais sportive et administratrice chevronnée), elle pouvait passer pour le plus excitant des finalistes proposés à son choix final par le Ministère.

Lequel Ministère ne sera pas félicité pour sa vision. Car enfin, ses responsables savaient bien que Marie-Laure Etienne, qui avait été écartée de son poste à la mairie de Pau par François Bayrou pour des raisons d’étiquette politique, recherchait un point de chute depuis des mois. Il est vrai que le retard pris dans la nomination du DTN, qui aurait pu être pliée fin novembre, y a été aussi pour quelque chose. Marie-Laure,  désignée à la FFN, n’aurait plus été en recherche d’emploi ! Ce retard, au fond, on doit admettre qu’il a été orchestré par Francis Luyce sous le prétexte qu’il ne pouvait prendre une telle décision sans en référer à son Secrétaire général, M Michel Sauget, objet d’une lourde opération, quadruple pontage cardiaque, ce 26 novembre dernier. Sauget, président de la Ligue du Centre et personne très impliquée et fort aimable au demeurant, avant de monter sur le billard, a dû se trouver très étonné de savoir que Luyce trouvait indispensable de le consulter sur ce sujet. C’est le genre d’information rare qui favorise la guérison !

D’un autre côté, on ne peut en vouloir à Marie-Laure Etienne. Entre ici une procédure assez longue en vue d’obtenir un poste qu’elle n’était pas sûre d’obtenir malgré la qualité de son profil, aux yeux du spectateur averti et sans doute de Luyce lui-même, et là une nomination acquise, pourquoi n’aurait-elle pas joué la sécurité ? Entre courir et tenir, il n’y avait pas photo…

Ce n’est pas tout. Dans sa perspective de carrière, il est clair que la position qu’elle vient d’obtenir en Picardie, quoiqu’éloignée des flonflons médiatiques et des mondanités parisiennes, se trouve plus proche de ses intérêts bien compris qu’un rôle de DTN. Pourquoi ?  Parce qu’avec son parcours, l’ambition de Marie-Laure ne peut pas ne pas être de tenter d’intégrer le corps des inspecteurs Jeunesse et Sports, pour espérer ensuite déboucher sur le Graal de l’Inspection générale (tous mes vœux l’accompagnent).

Sa demande d’intégration directe dans le corps des inspecteurs de la DJS avait d’ailleurs été examinée sans trop d’enthousiasme par la Commission administrative paritaire de la SEJS du 18 septembre 2014 pour des raisons purement administratives  Or, une direction en Picardie représente un meilleur tremplin, dans cette optique, qu’un poste de Directrice technique nationale de la natation !

Ayant raté l’opportunité pour avoir donné trop de temps au temps, que peut faire Luyce maintenant ? Va-t-il s’obliger à piquer l’un des trois noms restés dans l’étrange panier que lui a servi l’avenue de France (où siège le Ministère) ?

Etrange panier, dis-je : en quoi ?

Dans sa note de service du 10 octobre 2014 relative à l’appel de candidature pour exercer la mission de Directeur(trice) technique national(e) de la natation française, le Directeur des sports, Thierry Mosimann, rappelait en effet que « la dite mission peut être confiée à un(e) inspecteur(trice) de la Jeunesse et des Sports, un(e) conseiller (ère) technique et pédagogique supérieur(e) ou à un(e) professeur(e) de sport. »

Or  deux des quatre (passés à trois) finalistes désignés par le Ministère concernent des candidats qui n’ont pas du tout ce profil, puisque ni Roxana Maracineanu, ni Jacques Favre, le mystérieux candidat marseillais, ne répondent à ces exigences. Reste Philippe Hellard, dont on ne sait trop quel attelage il pourrait former avec Francis Luyce sans parler du directeur administratif, Louis-Frédéric Doyez !

Le Ministère n’ayant pas respecté ses propres critères administratifs (on peut voir là des raisons politiques, et donc le fait du Prince, lisez: la main du Cabinet), Luyce va-t-il absolument devoir nommer ? Il pourra toujours arguer que l’absence d’Etienne brouille assez la liste des finalistes pour qu’il ne puisse opérer un choix, et demander un second tour.

Personnellement je n’ai aucun conseil à donner au président, mais comment se fait-il qu’il n’a pas vu qu’il avait un homme en or massif pour le poste, qu’il s’appelle Patrick Deléaval, qu’il est intègre, bosseur, enthousiaste et passionné, que son tempérament le rend très rassurant pour tous les techniciens, tout en étant extrêmement vigilant sur la cohérence, ensuite qu’il assure avec brio la DTN depuis le départ de Horter et, enfin, qu’il a ficelé tous les dossiers brûlants concernant la convention d’objectifs, l’évaluation de la saison sportive et les critères FINA de sélection pour les Jeux ?

C’est peut-être pour Luyce le moment de consulter Michel Sauget.