Catégorie : Editoriaux

LA NATATION, MAUVAIS SPECTACLE PERMANENT

LA COUPE DU MONDE DE NATATION FORMULE

PERDANTE MAIS PAS POUR TOUT LE MONDE

Eric LAHMY

Mardi 18 août 2015

A peine les championnats du monde de natation se sont-ils achevés le 9 août à Kazan, en Russie, que le cirque FINA s’est déplacé, d’abord à Moscou, les 11 et 12 août, puis à Chartres, les 15 et 16. Les deux premières étapes de ce qu’on appelle la Coupe du monde.

Il s’agit en fait de la labellisation des meetings d’antan, captés et « remastérisés » par Lausanne. Supposée être universelle, elle se pose essentiellement en Asie, avec six de ses huit étapes, plus, en 2015, Chartres et Moscou. Censée représenter un circuit en petit bassin, elle s’est nagée cette année en grand, un peu pour attirer plus de nageurs des Amériques et d’Australie, beaucoup parce que la FINA, comme toute camarilla qui se respecte, n’est pas tenue de respecter les critères de la FINA.

Pendant ce temps, se préparent les mondiaux juniors, création récente réservée aux 18 ans qui démarrent la semaine prochaine. Et cela va continuer, sans discontinuer, compétitions, compétitions, compétitions. Les nageurs n’auront pas le temps de s’ennuyer… ni peut-être même de s’entraîner…

Le spectacle est permanent.

C’est le souhait de notre époque.

D’où vient l’idée ? Primo Nebiolo, un jour que je l’interviewai pour L’Equipe magazine, m’avait expliqué son projet : « savez-vous quel est le visage le plus connu au monde » m’avait-il demandé, avant de répondre : « c’est celui de Steffi Graf. Et savez-vous pourquoi ? Parce qu’elle joue les tournois du Grand Chelem et d’autres compétitions de tennis, qui font, que, gagnant le plus souvent, elle apparait régulièrement, des semaines et des semaines ; elle est la personne au monde qui apparait le plus à la télévision et dans les médias… »

Le président italien de la Fédération Internationale d’Athlétisme ajoutait : « je veux que Carl Lewis devienne aussi connu que Steffi Graf. Je veux que l’athlétisme occupe l’actualité tout au long de l’année et que ses champions soient les plus reconnaissables. » Pour cela, dans ces années même où il m’expliquait sa stratégie, il avait créé un mondial de marathon (1985), un mondial d’épreuves combinées devenu en 1998 Coupe du monde d’épreuves combinées, un mondial d’athlétisme en salle (1985), tout un ensemble de championnats et de labellisations chargés de permettre à cette ambition de prendre forme. L’athlétisme, jusqu’alors un sport saisonnier, contingenté à deux mois d’été, égrenait son chapelet de rendez-vous sur les quatre saisons…

Le fait est que tous les sports ont depuis adopté une telle vision. C’est la bataille, entre eux, afin de capter les media. Pourquoi ne pas refuser cela, se dire qu’on va exister sans media ? Parce que le sport qui ne se montre pas ne crée pas de vocations. Être un sport en vue, c’est se donner la chance d’attirer les jeunes talents et de s’offrir un avenir.

Le professionnalisme a accentué cette tendance à se rendre le plus visible possible. L’athlète amateur a d’autres contraintes, le professionnel doit être vu. Il s’expose. Le « pro » doit se produire assez souvent pour mériter ses émoluments, mais surtout pour que ses commanditaires s’y retrouvent.

Mais encore faut-il se conduite en professionnel. Quand des nageurs de renom nagent le matin en séries, et se défilent avant les finales, à Chartres, où des spectateurs ont payé leurs billets afin de les voir nager, même s’ils ont de bonnes raisons personnelles comme de revoir leur bonne mère après un mois loin de la maison, cela manque un peu de rigueur. Les Marseillais, dans ce domaine, se conduisent comme de fameux récidivistes !

Maintenant, certes, si la Fédération a contraint ces nageurs à venir se produire à Chartres après les championnats du monde, la faute retombe sur elle. Après les mondiaux de Kazan, peut-on exiger de nageurs de continuer à se mobiliser pour un show qui ne les concerne pas vraiment ? Est-ce une bonne idée ? Ça se discute et on a pu entendre ces deux sons de cloche ! Aujourd’hui, il n’y a que Katinka Hosszu et Chad Le Clos que cette Coupe passionne, et je leur trouve bien du mérite…

…En tout cas, cela vous dit l’aura et l’audience de la Coupe du monde, très faible, surtout au regard des espérances nourries à la FINA. Il faut avoir vu, à Chartres, ces « séries du matin » où huit nageurs se disputaient les… huit… places de finalistes du soir, pour se dire que, décidément, la FINA, n’a pas perdu la main et qu’après le scandale des combinaisons polyuréthane, la fabrication d’épreuves fantaisistes, la création d’un calendrier pléthorique qui ne respecte pas la nécessité pour les nageurs de se reposer et de s’entraîner, elle reste à la pointe du dilettantisme lourdingue et du n’importe quoi commercial, avec sa Coupe du monde en petit bassin disputée en grand bassin. La FINA n’a pas perdu la formule magique. Elle ne cesse de transformer l’or en plomb.

Maintenant, bien entendu, pour certains, ce plomb vaut de l’argent. Voyageant dans les cinq continents et se posant dans des hôtels cinq étoiles, vivant aux frais de la princesse, recevant des frais quotidiens royaux, toute une petite caste parasite (c’est peut-être, ça les fameux « dinosaures » désignés par Amaury Leveaux) se goberge des efforts des entraîneurs, des nageurs et des organisateurs des compétitions, et croque joyeusement dans les fonds importants que versent télés et sponsors.

Où cela mène-t-il le sport ? A sa décadence, bien évidemment.

QUELLES CHANCES OLYMPIQUES POUR YANNICK AGNEL?

AGNEL, LES CHAMPIONS DU PASSÉ

ET LES MÉDAILLES À VENIR

Éric LAHMY

Samedi 15 août 2015

Alors que son protégé, retour d’une pleurésie, reprend l’entraînement dans un lieu exotique, Lionel Horter se serait basé sur une étude pour illustrer les chances de son nageur Yannick Agnel aux prochains jeux. Que dit cette étude ? Que les champions du monde, dans le passé, n’étaient pas si nombreux à conserver leur titre au rendez-vous olympiques…

Si l’on suit l’approche de l’entraîneur de Mulhouse, les succès de Manaudou sont-ils de mauvais augure, Lacourt a-t-il du souci à se faire ? Mais en revanche, ça baigne-t-il pour Agnel ? Je ne sais pas s’il a voulu dire cela, mais c’est ce qu’en ont retenu les journaux.

Il est un point où je serais tenté de lui donner raison. La vie n’est pas répétition bornée d’événements, c’est toujours du nouveau. Qu’après, on veuille la faire entrer dans un schéma, c’est une chose, mais croire que ce schéma ait la moindre valeur de prédiction, c’est faire montre de pas mal de naïveté…

Que les nageurs et leurs entraîneurs aient voulu préparer les Jeux de Rio à travers Kazan est une chose. Que cela donne une valeur prédictive à Kazan vis-à-vis de Rio, que gagner à Kazan représente la moindre garantie de succès à Rio est une illusion.

Aux Jeux olympiques de 2012, tous les vainqueurs de 2011 ne sont pas repassés. Le contraire eut été étonnant. Mais voyons ce qu’ont fait les champions 2011 aux Jeux de Londres, un an plus tard. 50 mètres, Cesar Cielo : 3e ; 100 mètres, James Magnussen : 2e ; 200 mètres, Ryan Lochte : 4e ; 400 mètres, Park Tae-Hwang : 2e ; 1500 mètres, Sun Yang : 1er ; 100 mètres dos, Jérémy Stravius : non qualifié, et Camille Lacourt : 4e ; 200 mètres dos, Ryan Lochte : 3e ; 100 mètres brasse, Alexander Dale Oen : décédé ; 200 mètres brasse, Daniel Gyurta : 1er ; 100 mètres papillon, Michael Phelps : 1er ; 200 mètres papillon, Michael Phelps : 2e ; 200 mètres quatre nages, Ryan Lochte : 2e ; 400 mètres quatre nages, Ryan Lochte : 1er.

Des 14 vainqueurs (deux ex-aequo) des 13 épreuves olympiques masculines de Shanghai, quatre conservent leur titre au rendez-vous olympique, quatre sont 2e de la même épreuve aux Jeux, deux sont 3e, deux sont 4e, un ne dispute pas la course, n’étant pas parvenu à se qualifier, et enfin un est tragiquement décédé avant les Jeux.

Regardons dans l’autre sens maintenant. Qu’en est-il des champions olympiques de Londres ? Quelle était leur situation un an avant leur triomphe, aux mondiaux de Shanghaï ?

50 mètres, Manaudou : absent ; 100 mètres, Nathan Adrian : 6e ; 200 mètres, Yannick Agnel : 5e ; 400 mètres, Sun Yang : 2e ; 1500 mètres, Sun Yang : 1er ; 100 mètres dos, Matt Grevers : absent. 200 mètres dos, Tyler Clary : 3e ; 100 mètres brasse, Cameron van den Burgh : 3e ; 200 mètres brasse, Daniel Gyurta : 1er ; 100 mètres papillon, Michael Phelps : 1er ; 200 mètres papillon, Tyler Clary : 5e ; 200 mètres 4 nages, Michael Phelps : 2e ; 400 mètres 4 nages, Ryan Lochte : 1er.

Rien de ce qui précède ne nous dit quoique ce soit d’encourageant sur les chances de Yannick Agnel de gagner le 200 mètres des Jeux olympiques de Rio. En dehors de la victoire de Florent Manaudou sur 50 mètres, on n’a enregistré aucune énorme surprise aux Jeux olympiques de 2012, sauf à considérer que rien ne doit bouger d’une année à l’autre. Agnel, vainqueur du 200 mètres de Londres, était très présent à Shanghai, où il a terminé à 0.55 du vainqueur. A Londres, Manaudou et lui sont de jeunes nageurs, ce qu’Agnel ne sera plus à Rio (en tout cas, il aura quatre ans de plus). Autre absent à Shanghai en 2011, Grevers était déjà médaillé en 2008, et en 2011, s’il ne s’était pas produit à Shanghai, il avait gagné les 100 mètres dos de grandes courses (comme Duel in the pool), et on pouvait le considérer aisément comme le favori des Jeux, un peu comme Michael Phelps aujourd’hui, hors de Kazan mais pétaradant de forme et d’ambition.

Aucun champion olympique de Londres n’était absent pour maladie à Shanghai, comme Agnel a été absent à Kazan pour pleurésie.

Tout cela est du passé dépassé, des ornements statistiques autour de faits qui font leur entrée dans l’histoire…

Si l’on doit faire confiance à Agnel (et pourquoi pas ?) ce n’est certes pas en raison de « précédents » contradictoires et qui ne « précèdent » rien. Aucune statistique ne distribue de médaille, ni n’en ôte. Chaque victoire, chaque défaite, est une anecdote séparée, elle a son propre contexte, elle est vécue dans une situation dont la spécificité n’est assujettie à aucune mathématique. On peut la trouver exemplaire, ou instructive, voire digne d’inspirer les générations suivantes. Mais elle relève du « chaos » cher aux météorologues. La course aux médailles est par définition « imprédictible ».

Cela dit, il est permis de penser qu’Agnel part de plus loin que Guy James, le vainqueur du 200 mètres de Kazan !

Conclusion ? Agnel va nager, Horter l’entraîner, et la compétition relèvera les compteurs. Pour nous, on ne peut que leur souhaiter bonne chance !

LA NATATION HEURTÉE PAR LA THÉORIE DU GENRE

QUAND LA FINA FINASSE

TOUT LE SPORT A L’AIR IDIOT

Éric LAHMY

Jeudi 13 août 2015

La théorie du genre est l’expression d’une forme d’aliénation mentale qui vient frapper de plein fouet les sociétés nord-atlantiques. Cette fascinante divagation est née d’un déni, celui des hommes qui se disent femmes, des femmes qui se veulent hommes. Bien entendu, qui ne s’est pas posé un jour la question : « pourquoi ne suis-je pas un homme », ou : « si j’avais été une femme » ? Pour la plupart d’entre nous, il s’agit certes d’un jeu. Mais pour un assez petit nombre, il s’agit d’un refus de ce que la nature nous a fait.

Ce sont des choses que le temps apaise, la psychologie soigne, ou, de nos jours, le scalpel arrange. En arriver à se haïr en raison de l’inadéquation entre ce qu’on est et l’idée qu’on a de soi est trop triste pour qu’on ne tente pas d’y remédier si possible.

L’étrange, ou du moins, économisons les grands mots, le curieux, c’est, partant de ces cas limites (estimés à 1% de la population), qu’un certain nombre de réflexions pour le moins hardies ont abouti à remettre en cause l’appartenance sexuelle de tout un chacun et à englober l’humanité entière dans la théorie du genre. Or, détricoter de cette façon les évidences de la nature pour imposer sa feuille de route, c’est n’avoir peur de rien.

La théorie du genre, initialement, avait été développée en linguistique dans le but relativement modeste mais finalement assez compliqué, de renouveler la façon dont on définit les choses ou les idées. On proposait l’adoption d’un pronom ou d’un article (défini ou indéfini) de genre neutre pour signaler les objets qui nous entourent : pourquoi en effet dire LA fleur, LE livre, LA page, LE navire, LA Barque, tous objets ou êtres qui ne sont en fait ni féminins ni masculins, et pourquoi ne pas promouvoir (ce que les Suédois ont fait avec le neutre « hen ») un appareil grammatical qui nous éviterait « madame la chaise » et « monsieur le fauteuil ».

Je vous passe les étapes théoriques de l’évolution du genre qui relèvent selon moi d’une thérapie ; comme je l’ai dit, l’axiomatique du genre reformate l’humanité dans le déni de la césure masculin-féminin. Le genre a totalement pris le pouvoir en Suède (je reconnais que je préfère ça au Califat en Iran) !

UNE MIXITÉ FACTICE CHARGÉE DE GONFLER LE PROGRAMME

En sport, les instances de la natation ont montré dans leur adhésion au genre un enthousiasme déconcertant, au point de conduire à quelques inepties de la plus belle eau (de piscine, bien entendu). La folie du genre a atteint gravement les dirigeants de la FINA, en fait pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’illumination de ses dirigeants. Ils y ont trouvé d’excellentes raisons d’ajouter au programme déjà pléthorique de la natation de nouvelles épreuves en se donnant un air de jeunesse et de modernité. On a eu ainsi les relais mixtes de natation, la course de 5 kilomètres mixte en nage de grand fond, les plongeons synchronisés mixtes, une épreuve mixte de natation synchronisée.

Il n’y a là pas grand’ chose d’intéressant ! De façon très subjective, je trouve des qualités sportives réelles au plongeon mixte où les filles, plus menues que les hommes, parviennent à compenser un déficit de force et de puissance par leur souplesse et leur grâce. En revanche, je ne vois aucune valeur dans les relais mixtes en piscines : les garçons comme les filles s’expriment parfaitement dans les relais existant déjà, le 4 fois 100m, le 4 fois 200m et le 4 fois 100m quatre nages messieurs, et dames, soit six relais, ce qui fait beaucoup. Le programme olympique de l’athlétisme n’en accueille que quatre avec les 4 fois 100 et les 4 fois 400 mètres.

L’ajout de relais mixtes permet de gonfler le programme, souci numéro un du Comité Directeur de la FINA, dans des exercices factices où finalement les relayeurs surpassent les relayeuses, lesquelles leur font perdre du temps.

De même, dans la course mixte du grand fond, on associe une fille qui, soit-elle WonderWoman en personne, est traînée pendant cinq kilomètres par ses deux équipiers… La mixité devient une course handicap, le handicap étant la nageuse. Je trouve ces courses presque insultantes pour les femmes. Je préfère que chacun des « genres » développe ses qualités chacun de son côté.

C’est que si une activité se prête mal aux théories du genre que produit notre culture épuisée, c’est bien le sport. Simone de Beauvoir remarquait avec justesse, quand on suggéra qu’elle avait développé une idée quelconque parce qu’elle était une femme (et donc parce qu’elle avait des ovaires) qu’on n’avait jamais accusé un romancier d’écrire avec ses testicules. Si j’adhère d’enthousiasme à l’idée qu’Emilie du Chatelet ou Marie Curie furent d’éminentes scientifiques, Germaine de Staël le plus grand penseur de son temps, loin devant sa majesté Chateaubriand en personne, ou que Beauvoir se comparait à Sartre, j’aurais du mal à soutenir que Bronte Campbell est plus fort nageur que Cesar Cielo.

La seule façon d’admirer pleinement la force de Sarah Sjöström ou de Katie Ledecky n’est certes pas de les opposer à Florent Manaudou ou à Gregorio Pellegrini. Ranomi Kromowidjojo, qui s’y était essayée, a promis qu’on ne l’y reprendrait plus. Et donc les relais mixtes représentent pour moi une régression ou encore une diversion. J’y vois l’idée tordue de camelots sans culture.

Le sport s’est développé non pas sur les fantaisies d’institutions internationales aussi dévoyées et sans vergogne que les roublards qui gèrent la FINA aujourd’hui, mais par des élaborations enthousiastes de longue haleine d’une base de pratiquants. C’est pourquoi la natation synchronisée mixte, autre finasserie, création ex nihilo, est aussi peu justifiée qu’on puisse l’être.

On n’a qu’à voir les garçons qui ont été conviés à se produire dans les ballets nautiques aux championnats du monde de Kazan: intermittents du spectacle fourbus récupérés au Cirque du Soleil ou à je ne sais quel Casino de Paris, pour saisir la faiblesse d’appel d’air que cette invention a suscitée. Pendant que les nageurs, plongeurs, poloïstes, devaient se qualifier pour Kazan par des performances exceptionnelles, le duo de synchro mixte était formé dans des arrangements à la va vite, en petits comités, dans des scénarii proche de l’immaculée conception: miracle, encore une nouvelle épreuve en natation synchronisée !

Bien entendu, avec les fantasmes du genre, tout est désormais permis, mais si j’ai toujours été frappé par l’attrait immédiat que l’expression ballets nautiques pouvait susciter chez des toutes jeunes filles, autant je puis vous dire que les garçons ne répondaient pas du tout d’enthousiasme à l’idée de pratiquer une telle activité… Les nageurs synchronisés tels qu’on les a vus à Kazan, plus de poil aux pattes que sur la tête, ça n’est qu’une idée showbiz qui va avoir du mal à diffuser…

Au bout du compte, c’est toujours, sous couvert de modernité et d’ouverture d’esprit (1) la même rengaine : susciter le plus grand nombre d’épreuves, tenter de forcer l’entrée aux Jeux olympiques, agiter, faire de la démagogie, pomper le maximum aux organisateurs des compétitions, ramasser une part toujours plus grande des droits télé. Le but ? Permettre à de « grands » dirigeants avides et que n’étouffent pas les scrupules, de vivre sur un grand pied, de se déplacer en première classe de par le monde, de tester un maximum d’hôtels cinq étoiles à l’année à travers la planète, de s’octroyer des remboursements de frais babyloniens, et ceci si possible jusqu’à leur mort puisqu’ils s’ingénient en outre à reculer sans arrêt l’âge de leur retraite…

C’est pourquoi je crie avec force : vive le sport.

 

(1) Cette grande modernité des autorités suprêmes de notre sport se signale par le fait que, pour un sport majoritairement féminin (en France plus de pratiquantes que de pratiquants) on trouve une seule femme parmi les 35 membres du comité directeur de la FINA, la japonaise Zihong Zhou.

 

Familles de champions

C’EST PAS MOI, C’EST MA SOEUR

 Eric LAHMY

Florent Manaudou champion olympique huit ans après sa sœur, a soulevé une interrogation. Frères et sœurs, champions olympiques, cela a-t-il eu lieu avant eux ? Maintenant, le voilà champion du monde, toujours comme Laure. Et en Australie, encore plus étonnant, peut-être, Bronte Campbell SUCCÈDE à sa sœur Cate au titre de championne du monde du 100 mètres nage libre.

Dimanche 9 août 2015

Manaudou frère et sœur champions olympiques et du monde de natation, fait unique ? Presque. Ou plutôt : oui et non. Jamais une sœur et un frère ne sont montés sur la plus haut marche du podium aux Jeux. Mais il s’en est fallu de peu. Et des frères l’ont fait. D’ailleurs, le nombre de fratries qui ont nagé à très haut niveau n’est pas négligeable, surtout aux débuts de l’histoire des Jeux olympiques.

Aux origines du sport organisé, « LA » tribu emblématique de nageurs est celle des Cavill. Sept frères (et trois sœurs), issus d’un sauveteur émérite australien, Frederick Cavill. Ernest, Percy, Richard, Arthur, Frederick (fils), Charles, Sydney, furent tous, à la charnière du 19e et du 20e siècle, des nageurs brillants, champions, recordmen sur toutes les distances, des show-men et des enseignants. La famille s’en alla diffuser en Amérique, en Europe, en Asie, partout, la technique de crawl inventée par les indigènes des « mers du sud ». Comme ils étaient professionnels, aucun d’eux n’apparait au palmarès des Jeux, mais leur neveu, Richard Eve, fils d’une des sœurs Cavill, fut champion olympique de plongeon aux Jeux de Paris en 1924.

D’autres frères et sœurs ont été des champions, ou sont montés, ensemble ou séparément, sur un podium olympique.

Alfred Hajös fut à 18 ans et demi, en 1896, champion olympique du 100m et du 1200m aux Jeux d’Athènes, son cadet Henrik à 19 ans et 9 mois champion olympique avec le relais hongrois 4fois 250m aux Jeux intercalaires de 1906.

Entre 1912 et 1932, trois fratries originaires de Hawaii, les Kealoha, les Kahanamoku et les Kalili, se distinguèrent. Aux Jeux d’Anvers, en 1920, Warren Kealoha, 16 ans et 5 mois, remporta le 100m dos (il conserva le titre en 1924). Son aîné Pua Kealoha, 17 ans et 9 mois, gagna l’or avec le relais quatre fois 200m, et fut 2e du 100m libre, derrière Duke Paoa Kahanamoku…

…Lequel Kahanamoku, champion olympique du 100m en 1912 et en 1920, fut en 1924, 12 ans après son premier titre, à 33 ans et 11 mois, 2e derrière Johnny Weissmuller, et devant son jeune frère, Samuel Kahanamoku (21ans et 8 mois). C’est bien la seule fois que deux nageurs montèrent sur le podium olympique de la même course individuelle aux Jeux… chose que les Campbell sisters ont réalisé en championnats du monde, 91 ans après!

Les frères Kalili, Maiola (22 et Manuella (19 ans 9 mois), firent partie du relais quatre fois 200m médaillé d’argent aux Jeux de Los Angeles en 1932.

John Weissmuller avait un frère qui nageait : Peter. A l’énorme palmarès de John, Peter n’oppose qu’un titre de champion (avec son frère) dans le relais 4 fois 100 yards de l’Illinois A.C., en 1923. Anecdote : en fait, les deux frères avaient échangé leurs noms de baptême : Johnny s’appelait Peter, et Peter John. Ils racontèrent alors que c’était parce que chacun d’eux préférait le nom de l’autre. On sut beaucoup plus tard qu’en fait, c’était parce que John (enfin, Peter) n’était pas né aux USA mais à Timisoara, en Europe et que c’était une bonne façon d’embrouiller les autorités américaines!

Le plus fort adversaire de Weissmuller, le Suédois Arne Borg, champion olympique du 1500m aux Jeux d’Amsterdam en 1928, avait un frère jumeau, Äke. Tous deux nagèrent à 23 ans dans la finale du 400m des Jeux de Paris en 1924 : Arne fut 2e et Äke 4e. Tous deux entrèrent dans le 4 fois 200m suédois médaillé de bronze.

Une famille de Canadiens, les Spence, rivalisa avec les Cavill. Elle donna dix nageurs de compétition, dont trois recordmen du monde, Walter, Wally et Leonard (mais aucun champion olympique). Leur particularité : ils apprirent à nager dans la rivière Demerada, en Guyane Britannique, où sévissaient des piranhas. La seule façon de ne pas être mordu par ces charmantes bestioles – chose qui leur arrivait parfois – consistait à nager le plus vite possible. Leurs blessures montrent a contrario que les piranhas étaient moins féroces qu’on ne l’a dit, car sinon, il n’auraient pas laissé de Spence vivant pour raconter l’histoire. A moins, bien entendu, que les piranhas aient trouvé les Spence immangeables!

Les Australiens (nés Lettons) John et Ilsa Konrads établirent 37 records du monde entre 1958 et 1960, 8 pour Ilsa (sur 400m et 800m) et 29 pour John (sur 200m, 400m, 800m et 1500m). John fut champion olympique du 1500m aux Jeux de Rome en 1960 à 18 ans, et Ilsa, à 16 ans, fut 2e avec le relais quatre fois 100m et 4e du 400m olympique.

Les Collela, USA, deux frères et une sœur, furent champions des Etats-Unis. Lynn termina 2e du 200m papillon aux Jeux de Munich en 1972, Rick 3e du 200m brasse à Montréal, en 1976. Les yougoslaves Borut et Darjan Petric, partagèrent le podium du 400m des Championnats d’Europe. Evelyn et David Verraszto, qui remportèrent respectivement 3 et 1 titres de champion d’Europe en quatre nages, sont les enfants d’un recordman du monde, Zoltan Verraszto, médaillé de bronze des Jeux de Moscou, en 1980, à 24 ans. Le fils d’un autre crack des quatre nages hongrois, Csaba Sos, essaie aussi de se faire un prénom.

Le frère aîné de Bruce Furniss (champion olympique du 200m et du relais 4 fois 200m aux Jeux de Montréal, en 1976), Steve (l’un des fondateurs de la marque Tyr) a obtenu le bronze sur 200m quatre nages aux Jeux précédents, à Munich, en 1972. Des frères Bottom, Joe a été recordman du monde et 2e du 100m papillon aux Jeux de Montréal, Mike membre de l’équipe US des Jeux de Moscou et donc, victime collatérale du boycott de ces Jeux par les Américains ; un troisième frère Bottom, David, fut un double champion US en dos. David Lopez Zubero a été, 3e du 100m papillon des Jeux de Moscou en 1980, Martin son cadet, champion olympique du 200m dos aux Jeux de Barcelone, en 1992.

D’autres doublés : les gigantesques Costaricaines Silvia, 1,95m (2e du 200m de Séoul 1988) et Claudia Poll, 1,90m (Championne Olympique du 200m d’Atlanta 1996). Claudia a été malheureusement convaincue de dopage quelques années plus tard. Charles Hickox, avait 21 ans quand il devint double champion olympique aux Jeux de Mexico, en 1968 ; son frère Tom devint quant à lui champion US du 100m libre en 1974.

Shirley Babashoff fut une nageuse au palmarès énorme et d’une des victimes du dopage des Allemandes de l’Est : championne olympique du 4X100m quatre nages à Munich en 1972, et du 4x100m à Munich et à Montréal en 1976, sextuple médaillée olympique entre 1972 (derrière la grande Shane Gould) et 1976 (derrière une flopée de dopées de RDA) ; son frère aîné, Jack Babashoff, fut, lui, 2e du 100m olympique en 1976. Beaucoup plus jeune, Debbie, la dernière des enfants Babashoff, fut championne des USA du 1500m en 1989.

Questions de gènes sans doute, les sœurs de deux des plus grands noms de la natation ont été extrêmement talentueuses. Whitney Phelps fut championne des USA du 200m papillon en 1995 et fut considérée comme un espoir olympique, avant de tomber malade, et que son frère Michael ne se distingue. Hayley Peirsol, (1985), 2e du 1500m des mondiaux 2003, laissa vite la vedette à son cadet Aaron, qui régna sur le dos mondial pendant une décennie. Enfin, un frère a littéralement « noyé » les espoirs de sa jeune sœur. Quand Mark Spitz fut exclu en raison de son comportement du Santa-Clara Swimming Club par son entraîneur George Haines, celui-ci se débarrassa également de la sœur, Nancy, championne des USA des 500 yards, qui, elle, n’avait rien fait de mal ! Familles, je vous hais ? Haines, en fait, voulait surtout se débarrasser d’Arnold Spitz, l’irascible pater familias de ces deux jeunes gens…

Souvent, ces réussites en équipes s’expliquent, parce que, dans les familles nombreuses, les parents aiment bien faire coup double ou triple, ils amènent leur progéniture à la piscine; d’autres fois, le petit frère admire la grande sœur (Phelps), ou la grande sœur jalouse, puis admire la cadette (Campbell). D’autres types de fratries ont fonctionné en natation, toujours est-il que les exemples de familles de sportifs sont en fait légion. Pour les Australiens David et Emma Mc Keon, c’est plus simple, leur père était aussi leur entraîneur. Ce qui nous fait entrer dans les champions de père (mère) en fils (fille). Les plus fameux sont Gary Hall senior et junior, médaillés olympiques en 1972-1976 et 1996-2004. Mais junior, du côté de sa mère, était aussi petit-fils d’un champion des Etats-Unis du 200 mètres brasse, ce qui fait qu’il hérita d’une tradition qui perdura trois générations…

Les Campbell, Cate et Bronte, en revanche, ont vécu leur rêve sans que leurs parents ne s’en mêlent. Les voilà toute deux championnes du monde du 100 mètres, Cate en 2013, Bronte en 2015. Pour être tout à fait à égalité, il ne leur reste plus qu’à être championnes olympiques ex-æquo aux Jeux de Rio.

IL Y A POPOV, ET IL Y A AUSSI BIONDI!

Par Eric LAHMY                                                Samedi 16 Mai 2015

Lorsque, en 1992, le sceptre du 100 mètres nage libre passa de Matt Biondi à Alexandr Popov, il se passa quelque chose de frappant. Pour moi. Il me sembla que tout le monde avait trouvé dans Popov quelque chose de nouveau, d’unique, qu’il ouvrait une voie nouvelle dans la natation. J’entendis proférer qu’on avait là le meilleur sprinteur de l’histoire, et même, d’après un bon connaisseur de la natation, le  nageur du siècle.

Je deviens prudent quand des points de vue autorisés contrecarrent mes opinions. Ce qu’on disait du champion russe me paraissait parfois trop enthousiaste. Certes, Popov méritait l’admiration comme nageur et, ce qui n’est pas rien, l’estime en tant qu’homme.

Mais en haussant le champion russe, les commentateurs semblaient s’ingénier à rabaisser son prédécesseur, l’Américain Matt Biondi. Comparer (sauf par jeu) Alexandr Popov à Duke Kahanamoku et à Johnny Weissmuller, les deux Américains qui, à eux deux, avaient raflé tous les titres olympiques du 100 mètres entre 1912 et 1928, est un exercice des plus aléatoires : époques et techniques trop éloignées. Il pourrait paraître incongru de lui opposer John Henricks, le vainqueur olympique de 1956, lequel, malade, n’avait pu défendre sa chance à Rome en 1960 de conserver son titre (Henricks restera pour l’éternité le premier nageur à s’être rasé le corps pour une compétition). Si je mettais Mark Spitz devant Popov, ce qui me parait d’ailleurs équitable, ce serait plus par la variété de ses talents (il avait approché de 0’’4 le record du monde du 1500 mètres, battu trois fois le record du 400 mètres, été champion olympique du 100 mètres, du 200 mètres, des 100 et 200 mètres papillon) que pour toute autre raison. En revanche, juste avant Popov, Biondi avait été le cador des 100 mètres, et de façon assez extraordinaire. Pour moi, il serait candidat « sprinteur du siècle » autant, ou plus, que Popov…

L’une des notations que répétaient devant moi ces connaisseurs, partait d’une comparaison entre Popov et Biondi tellement à l’avantage du Russe qu’elle me laissait sans réaction. C’était quand même un point sur lequel Francis Luyce et Claude Fauquet étaient d’accord, c’est dire ! Il m’est difficile de faire le tour de ces points de vue épars, souvent des bouts de conversations sans suite. Mais j’ai trouvé dans la littérature un texte de Laughlin qui résume avec abondance d’arguments ce sentiment général que, donc, je ne pouvais partager.

« Popov, écrit Laughlin, a attiré l’attention du monde entier sur lui à l’âge de 20 ans pendant les J.O. de Barcelone en 92 en détrônant le favori de l’époque Matt Biondi, l’Américain, arrachant l’or du 50 et du 100 libre. Mais ce ne fut pas seulement sa vitesse de course qui retint l’attention. Ce fut surtout parce, mieux qu’aucun nageur de sa génération, il prouva à la face du monde, confirmant les résultats scientifiques, que c’est l’efficacité, plus que la condition physique ou la puissance, qui distingue les champions de leurs concurrents. »

Laughlin continue : « Quand  Popov gagna sa première médaille d’or olympique, avec un 50 libre en 21″91, il battit Biondi de deux dixièmes de seconde, un écart d’1% de la performance chronométrique. Mais c’est en réalité un véritable gouffre quand vous réunissez, dans une seule course, les meilleurs nageurs du monde. Ce fut surtout l’écart d’efficacité motrice de Popov qui laissa les spectateurs stupéfaits au bord du bassin. Les entraîneurs furent surpris de voir que Popov n’eut besoin que de 33 coups de bras pour couvrir 50 mètres, un écart de 10% comparés aux 36 de Biondi. Biondi avait toujours été considéré comme le summum de la précision d’horloger, avec ses bras d’une envergure de plus de 2 mètres qui travaillaient élégamment, presque en dilettante lorsqu’il survolait le bassin à la conquête des record du monde. Avec Popov, le principe selon lequel « l’efficacité génère la vitesse » est étayé avec une force inimaginable auparavant.

La révélation de Popov, aussi étonnante qu’elle fût pour la natation mondiale, ne fut une surprise ni pour lui, ni pour son entraîneur. Popov s’était entraîné pendant des années pour devenir le nageur le plus rapide du monde en apprenant à nager avec plus d’efficacité qu’aucun nageur avant lui. »

Laughlin se posait du point de vue de la technique et partait de là pour proposer (avec son concept de Total Immersion) un enseignement de la nage disons révolutionnaire qui lui permettait de se poser en compagnie de 45.000 élèves, etc., selon la méthode de vente toujours un peu crispante des gourous américains qui prétendent toujours avoir inventé quelque chose qui, finalement, se traduit en millions de dollars dans leur compte en banque. Laughlin proposait donc l’image pathétique d’un Biondi étriqué dans une godille de bras obsolète en face d’un Popov aux nageoires de géant ou encore d’une brute domptée par un artiste.

Je me souviens fort bien de l’événement, parce que j’étais, en 1992, à la piscine à Barcelone. Il est vrai que Biondi y était tellement favori que nul (du moins autour de moi) ne voyait réellement ce qui était en train de se passer. La façon dont les media traitèrent l’événements me donna l’un des exemples de ce que j’appelle regarder l’avenir dans le rétroviseur. Toutes les images du passé brouillaient la vue et le raisonnement, et troublaient littéralement l’événement.

Pendant ces Jeux, en raison d’un accord entre Canal Plus et L’Equipe, j’avais été appelé à assister le commentateur de Canal en tant qu’expert. Notre groupe avait été renforcé par un ancien champion, qui était Alain Mosconi. Le matin, après les séries du 100 mètres, le journaliste de Canal qui avait du bagout, mais en termes de natation différenciait difficilement un bonnet de bain, un bonnet de nuit et un bonnet d’âne, pratiquait assidument l’erreur de parallaxe et n’aimait rien tant que d’annoncer qu’untel, à la ligne 4, était « bien parti ». Ce charmant garçon avait trouvé judicieux de faire commenter le « fameux départ » de Biondi par Mosconi. Je n’étais pas au courant et fut mis devant ce fait accompli, ce dont je me fichais comme de mon premier Speedo, après tout je n’étais qu’un invité.

Donc la régie repassa les images du départ de Biondi vieilles de quelques minutes et Mosconi, sommé de commenter et qui ne savait trop quoi dire, lançait des « bon, là bonne position sur le plot, bonne poussée, très bonne entrée dans l’eau », etc., sans conviction J’étais interloqué par ce qui se passait à l’écran, mais surtout par l’incapacité dans laquelle  autant le journaliste de Canal que Mosconi se trouvaient de voir ce qu’il s’était passé. J’attendais donc la fin de ce brillant exemple de journalisme à chaud et poussais déjà un soupir de soulagement quand l’exercice parut terminé, quand le présentateur eut le bon goût de se tourner vers moi en me disant (d’un air un peu goguenard) ! « Eric Lahmy, vous avez quelque chose à ajouter ? » Ma réponse jaillit à la seconde : « oui, pendant que Matt Biondi réalisait ce magnifique plongeon départ d’école, Popov, dans la ligne d’à côté, lui a pris un mètre. »

C’était bien entendu cela qui s’était passé, et personne ne semblait l’avoir vu. Un Biondi défait, en-dessous de sa valeur, 3e de cette série derrière Popov et Borges, qui, quatre ans ou six ans plus tôt, mangeait un mètre à Stephan Caron au départ, calait maintenant au démarrage. Canal avait décidé de montrer Biondi le meilleur partant du monde, ce qu’il n’était plus, ce fut Biondi le meilleur partant du monde !

Ce n’est pas tout. Je me rendis un peu plus tard dans ce qui se trouvait une zone mixte où se rencontraient nageurs et journalistes. Un groupe de média français commentait les séries, autour de Franck Schott (1), qui avait nagé très bien quelques minutes plus tôt sur 100 mètres dos. Notre Stephan Caron s’était qualifié également avec brio pour la finale du libre, et je me souviens du commentaire de Gilles Bornais, pour qui Biondi « avait caché son jeu ». Point de vue déconcertant, car Biondi en fait était à cent lieues de ce qu’il avait été dans une autre vie, entre 1985 et 1988. Ces propos me firent douter : après tout pourquoi Biondi n’aurait-il pas feint, en effet ? Mais en 1991, Biondi était passé à Paris, et je m’étais plu à lui servir de taxi. Je l’accompagnais ainsi à la piscine du CNP où il voulait s’entraîner, et ce que je vis, ce fut le premier professionnel de l’histoire, un peu à l’abandon, vaguement paumé, sans entraîneur, effectuer des allers retours de bassin.

Aussi, ses défaites de Barcelone me désolèrent (pour lui) mais ne me surprirent pas. Il est vrai que, sur 50 mètres, Popov couvrit le terrain en 33 mouvements et Biondi en 37. Mais quatre ans plus tôt, Biondi avait couvert les premiers 50 mètres de son 100 mètres en 34 mouvements, la seconde moitié de l’épreuve en 37 mouvements, et son parcours du 50 mètres en 39 mouvements. Techniquement, Biondi « boitait » parce qu’il se tournait largement du côté où il respirait, ce qui n’est pas une faute, mais donnait un rythme très particulier à sa nage, une brève une longue. Enfin, malgré toute l’admiration que suggère une « belle » nage, il s’agit d’aller vite par tous les moyens. D’ailleurs, la nage de Biondi était belle à sa façon. Ou plutôt les nages, car il n’en allait pas de même sur 50, 100 et 200 mètres. Quoiqu’il en soit, sa nage procédait, par rapport à Popov, plus du talent que de l’apprentissage.

Et pour ce qui est du palmarès ? Popov a eu deux titres olympiques, Biondi un. Mais c’est une question de circonstances. Biondi était un peu trop jeune en 1984, même s’il a été champion olympique du relais quatre fois 100 mètres, il a gagné son titre individuel à Séoul après avoir dominé toute l’olympiade, et donc s’est trouvé un peu trop vieux en 1992, mais son règne a duré sept ans. Comme Popov, qui, lui, est arrivé idéalement en année olympique1992, a dominé en 1996 et a trouvé Van Den Hoogenband sur son chemin en 2000. Popov a été deux fois double vainqueur 50 mètres 100 mètres, Biondi une seule fois, mais Biondi nageait aussi le 200 mètres et le 100 mètres papillon.

Biondi a amené le record du monde de 49’’36 à 48’’42. Popov de 48’’42 à 48’’21. Biondi a nagé tous ses records du monde dans des grandes compétitions, 49’’24, 48’’95, aux championnats US, 48’’74 aux sélections mondiales de 1986 et 48’’42 aux sélections olympiques 1988 ; Popov son meilleur chrono dans une sorte de tentative, à Monaco. C’était d’ailleurs le cas du précédent recordman, Gaines, 49’’36 en tentative. Biondi a battu ses meilleurs adversaires, Stephan Caron de 0’’99 soit pratiquement une longueur, aux mondiaux de 1986, et Chris Jacobs, 0’’45 aux Jeux de 1988 ; il a à un moment, a détenu les 10 meilleures performances sur 100 mètres, et été pendant huit ans le seul nageur sous les 49’’; Popov, lui, a laissé Borges à 0’’42 à Barcelone, Gary Hall à 0’’07 à Atlanta. En 1988, Biondi a battu le record olympique du 100 mètres de 1’’07, Popov n’a pas battu ce record en 1992 ou en 1996. Même si sa nage représentait en effet une signature bien à lui, Popov était dans une position plus incertaine, en course, que Biondi. Il a moins dominé que l’Américain en son temps…

Je m’aperçois là que je me trouve piégé, avec l’air de diminuer Popov en remontant Biondi, en réaction à ceux qui diminuaient Biondi. Tel n’est pas mon propos. Je veux seulement dire qu’il ne me parait pas juste de rapetisser Biondi pour magnifier son successeur.

 (1). Franck Schott  qui a 45 ans aujourd’hui: BON ANNIVERSAIRE.

CAMILLE MUFFAT, TIMIDE FEE DES EAUX

Par Eric LAHMY                  Mercredi 11 Mars 2015

C’était les Jeux olympiques de Londres. Invité par un copain dans sa maison de campagne, je lui répondis que je voulais suivre les Jeux olympiques à la télé, et tenais à voir ce que feraient les nageurs. Pas de problème, me dit-il, j’ai tout ce qu’il faut là-bas. Et en effet, nous pûmes assister aux Jeux. Dont, bien entendu, l’un des personnages centraux fut Camille Muffat.

Elle était un personnage intrigant. Souvent perçue comme une pas très belle fille. Pourtant, elle était beaucoup plus mignonne que la moyenne… En abandonnant les bassins, il y a eu d’ailleurs tout un côté “trop rincé” dans son allure qui avait disparu. Elle rayonnait, mais doucement, sans éclat. Elle avait un beau regard, qui laissait filtrer une beauté intérieure. Elle laissait échapper des réflexions pleines de bons sens, d’intelligence, des analyses subtiles, toujours posément. Miracle, se disait-on, et en plus elle parle! Une remarque m’a frappé, pendant les compétitions, alors que nous évoquâmes Laure Manaudou au sommet de sa gloire.

C’est là, pendant ces courses londonienne, que mon copain eut ce propos un peu politiquement incorrect de mec d’un certain âge, et me dit très sérieusement ceci: “tu vois, ce n’est qu’hypothèse d’école, mais si demain, mon fils avait le choix de sortir avec Manaudou ou avec cette fille, je lui conseillerais cette fille.”  Ce que cette intuition amusée me signala touchait juste, et c’est pourquoi, malgré le caractère décalé et impertinent du propos, je le ressors. Il y avait, dans cette jeune fille qui paraissait un peu fermée, coincée, mal à l’aise sous les sunlights, qui pratiquait le regard par en-dessous quand la situation ne paraissait pas lui plaire, quelque chose de profond que seul une oeil attentif pouvait sinon atteindre, du moins conjecturer, et qui allait beaucoup plus loin que la superficialité triomphante mais menacée par le vide de son aînée.

Je ne pouvais m’empêcher de nourrir une certaine inquiétude pendant ses combats, dans les épreuves de Londres, parce que je supposais la fille pas très adaptée aux stress de la compétition. Mon analyse n’était ni originale, ni perspicace. Il y a des attitudes, des façons d’être, qui ne trompent pas. Et des (contre)-performances aussi. Hubert Padovani, un ancien nageur du SFOC, m’avait un jour fait cette réflexion qui me paraissait judicieuse: “Tu vois, Camille Muffat est trop gentille. Elle a du mal à combattre.”

Il y a plusieurs façons d’entrer dans sa bulle avant la course. Cet instant où la nageuse tente de faire le vide et à devenir cette combinaison quasi animale, ou mécanique, qui va dévider dans une suite d’automatismes sa leçon, départ, nage, virage, nage, virage, etc., sans autre états d’âme. Cette concentration peut apparaître presque menaçante, quand c’est  Katie Ledecky qui entre dans sa bulle, ou d’une sérénité de yoghi quand c’est Melissa Franklin; la façon de Camille Muffat, pas du tout guerrière, c’était une concentration où l’on croyait deviner des interstices, par où pouvaient s’infiltrer, quoi? L’angoisse, la peur de mal faire, le soupçon d’une incompétence, des émotions mal maîtrisées, quelque chose d’effarouché?

Qu’on ne voie rien de péjoratif ou de méprisant dans cette affirmation! Quel nageur n’a pas connu de telles craintes, le sentiment d’être écrasé par la tâche? Que de souvenirs d’angoisses personnelles ne pourrais-je vous raconter, dans des compétitions fort éloignées des Jeux olympiques? La grande tragédie de Muffat nageuse fut d’avoir trimballé sa douceur, sa non-violence et ses doutes jusqu’en finales olympiques, et sa plus grande gloire, d’y avoir quand même triomphé!

Car dans les grandes finales mondiales, ont disparu tous les incertains, et dans ce 400 mètres libre des Jeux olympiques de Londres, le plus délicieux sentiment nous vint d’avoir vu cette douceur de gazelle museler sept lionnes de bassins…

Après un échec aux Jeux de Pékin, où, attendue au meilleur niveau des quatre nages, elle resta embourbée dans le ventre des résultats, loin des duels au sommet d’où émergea l’Australienne Stephanie Rice, je cherchais à savoir ce qui avait bien pu se passer, et j’entendis quelques propos navrés, du style que cette “pauvre fille” ne ferait jamais rien! Muffat avait gagné sa réputation de fragilité.

Pendant des années, Muffat dut supporter le poids écrasant que représenta pour l’équipe de France l’aura de Laure Manaudou. Elle n’était pas de taille à en prendre son parti, et quand, en 2005, à quinze ans, elle défit son aînée dans un 200 mètres quatre nages qui mérite de ne pas être oublié, on pouvait saisir, en haut du podium, l’embarras palpable de la triomphatrice qui avait osé détrôner la reine. Ce sentiment d’usurpation alla jusqu’à lui faire dire qu’elle craignait que Manaudou ne la boxe pour s’être permis ce crime de lèse-majesté.

Avec quelques amis, à l’issue des Jeux de Londres, nous étions sûrs d’ailleurs qu’elle aurait dû pouvoir faire beaucoup mieux. Ses performances d’entraînements aux mois de mai et de juin laissaient imaginer une valeur supérieure. Ce que la Niçoise avait réalisé au meeting EDF à Paris, quelques semaines avant les Jeux, comme terminer un 800 mètres en 4’5’’, on pensait que nulle autre nageuse au monde ne pouvait l’imiter (1). Aussi, ses 4’1’’45 de Londres, officieux record du monde en maillot “tissu”, représentaient, croyions-nous, un service minimum pour Camille, dont nous prétendions qu’elle aurait dû frôler ou casser les 4’. Ses résultats sur 200 mètres, moins encore, ne nous parurent représenter son potentiel.

Je crois que la frustration de ne pas pouvoir mieux encore exploiter ses capacités a pu être à la base de sa décision d’arrêter sa carrière. Sa contre-performance, l’année précédente, aux championnats du monde de Barcelone, nageant moins vite en finale qu’en séries, avait dû représenter un signe que sa gloire olympique n’avait pas fait d’elle une guerrière des bassins.

Son arrêt, à un mois des championnats d’Europe est peut-être dû à son désir définitif de ne pas revivre ça. On a évoqué un désaccord avec Fabrice Pellerin. Mais n’est-ce que cela? Camille Muffat, était une nageuse exemplaire, héroïque dans ses entraînements, appliquée, honnête, rigoureuse, et toujours la première dans le bassin; son entraîneur avait fait d’elle une styliste incomparable; mais, parée de tous les dons, cette artiste, cette féérie des eaux, ne serait jamais une tueuse. Le goût de faire autre chose, de vivre sa vie, était là, certes, mais il n’entra, ne s’installa et ne disposa de Camille, qu’une fois sa décision prise de ne plus être une nageuse… Or la crainte que ses émotions gâcheraient une nouvelle fois, à l’heure H, tout le travail consenti, cette crainte joua, je crois, un rôle non négligeable dans sa décision. On eut dit là un pur-sang qui se refuse à l’obstacle. Et c’est en cela que son départ fut une libération.

  1. On n’avait pas encore pris la mesure de Katie Ledecky.

L’ITALIE LOIN DEVANT LA FRANCE?

Par ERIC LAHMY                                Samedi 28 Février 2015

Les Italiens ont produit une étude comptable basée sur le bilan mondial 2014 de natation et sont très satisfaits de s’être retrouvé à une flatteuse 6e place. Ce classement intéresse aussi les Français. Ils sont très loin derrière!

La Federnuoto (Fédération Italienne de Natation) a publié sur son site une étude basée sur le bilan mondial (1er octobre 2013-30 septembre 2014). Il apparait que l’Italie s’y situe en sixième position pour ce qui concerne les présences de nageurs entre la 1ere et la 8eme place du bilan, en grand bassin (50 mètres). Les pays qui la devancent sont les Etats-Unis d’Amérique, l’Australie, la Grande-Bretagne (comme cela avait été signalé dans ce site, l’un des pays émergents), le Japon et la Chine. Un autre classement se base non plus sur les huit premiers mais sur les huit suivants (de 9e à 16e), ce qui correspond bien sûr à des positions de demi-finalistes.

Les présences italiennes dans les huit premiers mondiaux de chaque épreuve du programme de la FINA sont celles qui suivent: 200 libre dames, Federica Pellegrini (4) 400 libre dames, Federica Pellegrini (5) 800 libre messieurs, Gabriele Detti (1) 800 libre messieurs, Gregorio Paltrinieri (2) 1500 libre messieurs, Gregorio Paltrinieri (1) 1500 libre messieurs, Gabriele Detti (7) 1500 libre dames, Martina Rita Caramignoli (8) 50 dos messieurs, Niccolò Bonacchi (6) 50 brasse messieurs, Andrea Toniato (7) 50 papillon dames, Silvia Di Pietro (6)

Les présences italiennes entre la 9e et la 16e place sont: 100 libre messieurs, Luca Leonardi (12) 100 libre messieurs, M Luca Dotto (16) 400 libre messieurs, Andrea Mitchell D’Arrigo (12) 50 dos dames, Arianna Barbieri (16) 100 dos messieurs, Christopher Ciccarese (13) 100 dos messieurs, Niccolò Bonacchi (14) 100 dos dames, Arianna Barbieri (16) 200 dos messieurs, Christopher Ciccarese (15) 200 dos dames, Federica Pellegrini (11) 50 brasse messieurs, Mattia Pesce (13) 50 brasse dames, Lisa Fissneider (16) 100 brasse messieurs, Fabio Scozzoli (16) 100 brasse dames, Arianna Castiglioni (13) 200 brasse messieurs, Luca Pizzini (15) 200 brasse dames, Elisa Celli (16) 50 papillon messieurs, Piero Codia (13) 100 papillon dames, Ilaria Bianchi (9) 100 papillon dames, Elena Di Liddo (10) 200 papillon dames, Stefania Pirozzi (14)

En attribuant un point par présence d’un nageur dans les dix-sept finales, le classement qu’obtiennent les Italiens est le suivant:

1. USA, 47, 27; 2. AUSTRALIE, 42, 25; 3. GRANDE-BRETAGNE, 28, 19; 4. JAPON, 22, 12; 5. CHINE, 19, 12; 6. ITALIE, 10, 7; 7. BRÉSIL, 9, 7; 8. DANEMARK, 9, 5; 9. HONGRIE, 9, 4; 10. RUSSIE, 8, 5; 11. ESPAGNE, 8, 4; 12. SUEDE, 7, 3; 13. CANADA, 7, 5; 14. PAYS-BAS, 6, 4; 15. FRANCE, 5, 3; 16. ALLEMAGNE, 5, 4; 17. RÉPUBLIQUE SUD AFRICAINE, 6, 3; 18. NOUVELLE- ZÉLANDE, 3, 1; 19. LITUANIE, 3, 3; 20. POLOGNE, 3, 3; 21. BIÉLORUSSIE, 2, 2; 22. SERBIE, 2, 2; 23. BAHRAIN, 2, 1; 24. CORÉE, 2, 1; 25. ILES FÉROÉ, 2, 1; 26.JAMAIQUE, 1, 1;  27. KAZHAKSTAN, 1, 1; 28. UKRAINE, 1, 1; 29. SINGAPOUR, 1, 1.

Tel que présenté par nos amis italiens, le classement entre le 9e et le 16e nageur, donne les résultats suivants. Ce tableau est tout de même moins significatif que celui des finalistes, ne serait-ce que plus on trouve de nageurs d’un pays dans les 8 premiers, moins il a de chances relatives d’en placer dans les 8 suivants. Par ailleurs, donner la même importance à une place de premier ou de huitième d’un côté, de neuvième et de seizième de l’autre, ne nous parait pas très réaliste. Imaginons qu’un pays aurait classé dix-sept nageurs en tête des bilans, et un autre dix-sept nageurs en huitième place, ils seraient ex-aequo dans ce classement. Disons donc que ce tableau est seulement indicatif.

Il est aussi inquiétant pour les Français, quinzièmes, qui s’en sont sortis jusqu’ici surtout grâce, nous semble-t-il, au très bon management de l’équipe nationale dans les grands événements. Ici, autant la louve italienne a le pelage lustré, autant le coq gaulois parait déplumé. Pourvu que la préparation à la française, qui a fait quelques miracles ces dernières années, ne nous lâche pas à Kazan, aux prochains mondiaux!
Le classement pour des demi-finalistes:

1.GRANDE-BRETAGNE, 19, 17; 2. ITALIE, 18, 16; 3. RUSSIE, 18, 15; 4. USA, 15, 12; 5. CHINE, 14, 12; 6. JAPON, 12, 12; 7. ALLEMAGNE, 12, 11; 8. AUSTRALIE, 11, 11; 9. HONGRIE, 11, 8; 10.FRANCE, 10, 9; 11. CANADA, 9, 8; 12. ESPAGNE, 7, 6; 13. PAYS-BAS, 6, 5; 14. BRÉSIL, 5, 5; 15. DANEMARK, 4, 3; 16. SUEDE, 3, 3; 17. BIÉLORUSSIE, 3, 2; 18. POLOGNE, 3, 2; 19. RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE, 2, 2; 20. UKRAINE, 2, 2; 21 LITUANIE, 2, 2; 22. NOUVELLE-ZÉLANDE, 2, 1; 23. JAMAIQUE, 1, 1; 24. CORÉE, 1, 1; 25. KAZAKHSTAN, 1, 1.

DOPAGE : UN COMPTE A DORMIR DEBOUT ?

POUR CES LABORATOIRES, CRIER AU DOPAGE GENERALISE, C’EST UNE FACON DETOURNEE DE DEMANDER PLUS D’ARGENT

Par Eric LAHMY

Mercredi 25 Février 2015

Entre le “tous dopés” des uns et “un sport propre” des autres, je ne sais pas pour vous, mais j’ai toujours navigué dans un brouillard de convictions. C’est sans doute ce brouillard qui m’a permis de continuer à m’intéresser à la compétition. Les illusions d’un « sport propre » m’habitaient (comme sans doute beaucoup de jeunes, j’ignorais l’existence de moyens de se doper). Mais peut-être manquai-je d’imagination ! Quand, étudiant nageur, mon entraîneur m’avait recommandé de prendre de la striadyne, un vaso-dilatateur, que, dans mon souvenir, j’avais refusé d’ingurgiter, ou quand, de ma propre initiative, je consommais du Guronsan, une vitamine C effervescente au goût d’orange contenant de la caféine (plus pour me soutenir dans mes études que pour nager d’ailleurs), j’aurais été très étonné de savoir que ces produits d’apparence anodine seraient un jour inscrits dans des listes de produits dopants !

Une toute récente étude néerlandaise publiée dans Sports Medicine de janvier 2015 prétend que la prévalence du dopage dans le sport d’élite s’inscrit dans une fourchette (trop large pour être prise au sérieux ?) de 14 à 39 pour cent – mais, malgré l’imprécision dans sa précision, je me dis que jusqu’ici, jamais l’on avait envisagé une telle étendue du problème – très au-dessus de ce qu’on croyait, et pour ainsi dire catastrophique …

Sur quoi se base une telle conclusion? Sur deux études utilisant des méthodes très différentes. La première a comparé 7.000 tests sanguins prélevés entre 2001 et 2010 chez 2700 pratiquants d’élite de l’athlétisme avec des lectures effectuées à la fois sur des dopés et des non-dopés également répertoriés. Il est apparu que 14 pour cent des athlètes d’élite montraient un taux d’hémoglobine élevé. Pourraient-ils s’être engagés dans une quelconque manipulation sanguine ? C’est ce que supposent les auteurs de cette recherche. Ce travail était centré sur le dopage sanguin seul et s’était désintéressé du « reste ». Le passeport stéroïdien ne devrait pas permettre d’étude sur les prises d’anabolisants avant quelques années.

AUCUNE PREUVE DE DOPAGE

La deuxième étude effectuée par Olivier De Hon, directeur des affaires scientifiques de Dopingautoriteit, l’organisation néerlandaise anti-dopage (NADO), et ses confrères, consiste en une technique de réponse aléatoire dite RRT dans laquelle on questionne un groupe : en l’occurrence 400 athlètes allemands de niveau olympique en 2007. Le principe de cette technique de questionnement, utilisée dans les affaires criminelles, permettrait d’éliminer les réponses évasives et de compenser les répugnances à répondre franchement à une question directe en associant la question qui fâche à une autre anodine et dont la portée peut être déduite de façon mathématique. De vous à moi, je n’y ai rien compris mais d’après De Hon, la proportion d’athlètes qui ont admis ainsi implicitement (1) s’être dopés se situait dans une fourchette large) de 20 à 39%.

Un que ce rapport n’a pas impressionné, c’est Frédéric Nordmann, ancien nageur et hockeyeur sur gazon, qui a longtemps travaillé et s’est souvent exprimé sur les questions du dopage; des taux d’hémoglobine élevés, nous explique-t-il, ne sont en rien la preuve d’un dopage. « Entre trois et quatre virgule cinq pour cent des citoyens présentent naturellement des taux plus élevés que les normes établies. De plus, des dosages sur des gens qui s’entraînent en altitude vont vous donner là aussi des chiffres hors-normes. Ajoutez ces deux populations, et vous n’êtes pas bien loin des quatorze pour cent dénoncés par l’étude ! Maintenant, pour ce qui concerne le test de réponse aléatoire, il me semble relever de la psychiatrie cognitive, dont raffolent les Américains, mais qui ne correspond pas à notre approche. » On ne saurait être plus dubitatif que Nordmann selon qui l’urgence serait de poser la question du dopage dans l’entreprise : « le sport est à l’image de ce qui se passe dans le monde ; si la réflexion concernant les produits a bien été menée dans l’aviation et dans l’armée, il n’en va pas de même pour certaines professions, ainsi les routiers. »

C’EST FOU? OU C’EST FLOU?

Quoiqu’il en soit, interrogé par le journaliste britannique David Owen, pour le site britannique insidethegames, De Hon a regretté la minceur des informations courant sur la question du dopage, et en a appelé aux gouvernements pour qu’ils permettent une meilleure connaissance du phénomène. « Notre conclusion est que la fourchette 14-39 est la meilleure estimation qu’on puisse avoir aujourd’hui, a continué De Hon, pour qui cette imprécision était le signe d’une vraie méconnaissance de la pratique dopante et de son étendue. « Si les organismes gouvernementaux étaient plus actifs et plus transparents dans ce domaine, nous serions en mesure de nous faire une meilleure idée de la vraie prévalence du dopage dans le sport. » Maintenant, avouer son ignorance et publier de tels chiffres, qu’est-ce que cela peut signifier? Un effet d’annonce? Ou une vraie inquiétude? Et ces chiffres fous sont-ils autre chose que des chiffres flous? Il y a un côté « je ne sais rien mais je dirai tout » assez décevant dans tout cela.

Déjà, il y a trois ans, David Howman, directeur général de l’Agence mondiale anti-dopage (WADA) avait suggéré que, si le nombre des dopés avait été évalué à un ou deux pour cent des sportifs, des recherches récentes suggéraient de retenir plutôt un nombre à deux chiffres. Mais, ajoutait-il, les incertitudes restaient nombreuses, et, donc, impossible de savoir si le dopage gagnait ou perdait du terrain, si la politique menée est efficace, si l’argent employé dans cette lutte était bien dépensé et si les désagréments que vivaient les sportifs contrôlés régulièrement en valaient la peine. Pour De Hon, comme ses confrères Harm Kuipers et Maarten van Bottenbourg, des Universités de Maastricht et d’Utrecht, les autorités ont une responsabilité morale  dans l’impact des contrôles sur les champions ; d’autres études non publiées ont été menées sur la question, dont ils souhaitent qu’elles soient rendues publiques. Un jour, ont-ils ajouté, on devrait pouvoir mesurer les taux de certains produits à travers l’analyse chimique des égouts dans les centres d’entrainement !

Quel bonheur! Passera-t-on ainsi, sans crier gare, du goût du sport à l’égout du sport ?

(1) Le implicitement est ajouté par moi. E.L.

Jacques Favre, le bon feeling

Par Eric LAHMY

Dimanche 15 Février 2015

Ne frappez plus, j’avoue. Je ne me souviens absolument pas de Jacques Favre, le nageur ! Bon, c’est comme ça, à l’époque, j’essayais de m’intéresser au-delà des vedettes, à tout ce qui rampait dans l’eau, mais cela marchait surtout avec les nageurs parisiens que je pouvais rencontrer dans les compétitions régionales. Alors j’ai de gros trous dans mes je-me-souviens. J’espère que ce n’est pas l’Alzheimer…

Je ne m’en souviens plus, alors me direz-vous, pourquoi est-ce que j’ai un bon feeling ? Je ne sais pas, les premières interviews, des propos qui tiennent la route, qui ont du bon sens, qui ne sont pas des copié-collé de communiqués officiels à la gomme, ces originalités, son « jugaad » ramené d’Inde à travers ses lectures en-dehors des sentiers battus. L’idée qu’un DTN, ce n’est pas seulement un bloc de compétences, mais aussi un être humain, un style, une approche des problèmes qui se posent. Il y a une sérénité chez lui, qui sera peut-être mise à rude épreuve, mais qui est là…

Se pourrait-il que Francis Luyce ait eu finalement la main heureuse en l’imposant ainsi, à la hussarde, à la onzième heure?

Jusqu’à son apparence, l’œil bleu zen, pas allumé mais brillant juste comme il faut, presqu’ironique, ce corps d’ascète, ou d’athlète, à 51 ans. Je sais, ça ne parait pas sérieux, mais je vois ça comme ça. Je ne connais pas plus son  »programme », je ne sais pas s’il en a un. Mais je pense qu’il peut en bâtir un, à l’intuition, parce qu’il a l’intelligence et la curiosité et qu’il suffit qu’il y ajoute la volonté et la patience. Parce que le programme olympique (merci Patrick) est lancé et qu’il n’aura qu’à le suivre. Ah ! Il faudra aussi lui souhaiter de la chance, car sans cela, tout devient plus difficile. Et puis ce soir, j’ai eu deux personnes qui l’ont bien connu dans le temps… Michel Pedroletti et Frédéric Delcourt.

Michel Pedroletti se souvient-il de Jacques Favre ? Et que si! Michel, ancien entraîneur de l’équipe de France, puis du Cercle des Nageurs de Marseille, a pris la suite de Georges Garret comme entraîneur du Cercle quand Favre y nageait encore.

« Je ne l’ai plus beaucoup vu depuis longtemps, mais… Que dire ? Il avait un très gros battement de jambes. Quoi d’autre ? C’était un bon type. Stable, cohérent, intelligent. Et il avait de l’humour. Il avait cette tchatche marseillaise, le mot pour rire. Sympathique. »

« Il avait nagé avec Garret, pendant que j’entrainais l’équipe nationale jusqu’en 1984. Quand je suis retourné à Marseille, de 1985 à 1988, il y était revenu, après avoir, je crois, fréquenté pendant deux ans le sport-études d’Antibes, peut-être avec Michel Guizien… ou David Dickson ?? Au Cercle, ça ne s’entraînait pas beaucoup, c’était des trois ou quatre fois par semaine, Antibes avait bien planifié son truc.

Donc Favre a nagé avec moi, mais il avait d’autres choses dans la vie, ses études universitaires, bref il n’avait pas le temps. C’était un nageur de niveau de finales des championnats de France sur 100 mètres et surtout sur 200 mètres, et il a répondu à quelques sélections internationales. Il axait tout sur les jambes, ce qui le faisait un peu ‘’rattraper’’. »

« Je crois qu’une de ses idées comme DTN concernant la natation concerne la communication et l’image. Il veut travailler sur l’image des nageurs. J’ai cru comprendre, quand il a décidé de se présenter comme candidat au poste, il a beaucoup travaillé la question, il a beaucoup lu, cherché des idées, et a fait un gros travail sur lui-même pour expliquer ce qu’il pourrait développer. »

« Le jour de l’oral devant le Bureau, il était donc armé pour un discours très cadré, enregistré, et au dernier moment il a laissé tomber son power-point et il a improvisé. Il a du se sentir plus à son aise dans ce mode d’expression. »

« Je ne suis pas si étonné d’apprendre qu’il ait pu ne pas convaincre. Ce n’est pas en chaire que tu démontres que tu es un bon. C’est sur le terrain. »

Les candidats ont été en effet  un peu secoués par les membres du Bureau. C’est la règle du jeu de ce genre d’examens.

Mais peut-être, à y regarder de plus près, que le problème de la Fédération (et pas seulement en natation), c’est le pouvoir des élus. Voilà des gens fort honorables et que je songerais pas un instant à vilipender, mais qui n’ont pas de compétences précises, qui ne prennent pas de risques, et qui décident de tout. Les techniciens, qui généralement, en savent bien plus qu’eux, leur sont inféodés.

Maintenant, d’où vient, non plus l’autorité, mais la capacité d’un membre du bureau, du comité directeur, pour juger de ce que va amener telle personnalité à la DTN ? Tout le monde s’interroge sur la compétence des techniciens, mais qui se pose la question de la compétence des élus ? Leur pouvoir se passe d’une quelconque compétence. Ils tranchent, un point c’est tout.

La position de Jacques Favre au siège de la Fédération peut-elle s’avérer délicate ? Ce n’est pas impossible, si les élus se mettent en  demeure de lui gâcher la vie. Les témoins évoquent des parties de manivelles assez féroces entre Lionel Horter et Gilles Sezionale lors de comités directeurs où, à chaque proposition de Horter, Sezionale disait le contraire. Qui avait raison, qui tort? Au delà des casquettes, il n’est pas interdit de penser que le dirigeant voyait mieux que le technicien. Mais en l’occurrence, tel n’est pas mon propos, qui se trouve dans la confusion des compétences et des prérogatives.

Le glissement de « souveraineté » peut s’illustrer très simplement. Quand en 1968, le DTN Lucien Zins amenait la liste des sélectionnés olympiques au président André Soret, ce dernier lui disait en souriant: « oui, chef. » Quand en 2001, Claude Fauquet décida de faire respecter ses règles de sélection et pour cela de refuser la qualification de la tenante du titre mondial du 200 mètres dos qui n’avait pas atteint tous les minima pour les mondiaux du Japon, le Bureau tenta de passer outre et Fauquet, pour imposer son choix, menaça de démissionner!

Là, on verra ce qui va se passer.

ETRE DE MARSEILLE PEUT DONNER UNE COHERENCE A SON ACTION

En ce qui concerne les techniciens, la position de Favre est incertaine, mais tout peut très bien se dérouler ! « Il ne va pas trouver devant lui des personnalités aux énormes compétences », explique encore Pedroletti, comme du temps où des Barbit, des Zins, des Garret, des Boissière, pouvaient représenter des contre-pouvoirs. Dans les meilleurs termes avec Romain Barnier qui est la tête de gondole de la natation française, il ne risque pas trop de se voir confronté aux Lucas, Pellerin, Lacoste, Chrétien, Martinez, et aucun d’eux ne cherchera à lui mettre des bâtons dans les roues (sauf s’il va les chercher bien entendu). Et au siège fédéral, il ne peut attendre que du bon des adjoints, tels Patrick Deléaval qui a assumé l’intérim, ou David Nolot, piliers de la Fédération.

Il est marqué Cercle? Mais enfin, il faut être bien étroit du cortex pour refuser quelqu’un sous le prétexte qu’il vient de quelque part ! « Au fond, s’il se sert bien de cette origine, vu que le Cercle c’est le top, cela peut donner une cohérence à son action, » dit encore à ce sujet Pedro…

Frédéric Delcourt, notre vice-champion olympique du 200 mètres dos en 1984 a nagé dans les eaux du DTN. Aujourd’hui il entraîne à Montpellier et, à divers titres, donne une vision assez précise des choses.

« Il y a trente ans, on était dans le même club. Je m’entendais assez bien avec lui, il était drôle, spirituel. Maintenant, je ne sais pas trop ce qu’a été son parcours. Je l’ai revu aux championnats de France quand j’ai su qu’il se présentait. Je lui ai posé des questions. Je suis impatient de voir ce qu’il fera. C’est dans l’action qu’il va pouvoir s’affirmer… Mais maintenant, pourra-t-il résister à Louis XVI ? Quant au fait qu’il soit Marseillais, cela pose une autre question. Aura-t-il le caractère de rester neutre ? »

Favre a tout d’une star. Maintenant, il a dix-huit mois pour nous décevoir. Ou non…

L’ART DE TOUT EMBROUILLER

Par Eric LAHMY

Lundi 9 Février 2015

En 2013, le passage de Benoit XVI, le Pape précédent, à François, le Pape actuel, avait demandé quinze jours, et une élection en cinq tours de scrutin pour deux jours de conclave. La Fédération française de natation, en revanche, n’est toujours pas près d’avoir un DTN, et après dix-sept candidatures, cent trente-cinq jours de palabres, de synodes, de pow wow, de comités, de commissions, de chausse-trappes et de rencontres entre la Fédération et ce qui prétend être le Ministère, c’est toujours une fumée noire qui s’élève de l’improbable Vatican de la rue Scandicci.

Ceux qui suivent le feuilleton « nomination du Directeur Technique National de la Fédération française de natation » et dont on ne saurait trop louer la patience, se souviendront peut-être que, les 3 et 4 janvier dernier, le Bureau directeur de la fédération, après trois mois à tourner autour du pot, s’était réuni pour examiner les candidatures au poste. Les trois impétrants restés alors en lice, Roxana Maracineanu, Jacques Favre et Philippe Hellard, dont vous ne m’ôterez pas de l’esprit qu’ils avaient été tirés au hasard, parmi les dix-sept, sur une galette des rois, à l’issue d’une soirée arrosée avenue de France par un cabinet du Ministre ayant poussé sur la coke – ces trois survivants, donc, furent entendus. Après quoi les membres du bureau – le président Francis Luyce, le secrétaire général Michel Sauget, le trésorier général Jean-Paul Vidor, et les trois vice-présidents délégués Jean Jacques Beurrier, Gilles Sezionale et Henri Wachter – échangèrent leurs opinions des candidats.

Que se dirent-ils ? Selon le procès-verbal de la réunion, chaque membre du bureau donna son avis sur les présentations des candidats et félicita ces derniers pour la qualité des dossiers présentés et la réflexion sur les missions pouvant être dévolues au DTN. « Chaque candidat, lisait-on, a défendu une approche à la fois très personnelle et pertinente de la mission et des fonctions proposées. … A l’issue de ces premiers entretiens, le Président échangera avec le Directeur des Sports. Il recevra éventuellement un des candidats avant de proposer définitivement la candidature retenue au Ministère. Le bureau du samedi 14 février à Amiens procèdera à la validation de la proposition du président. »

Bref, un communiqué qui manie parfaitement l’art de ne trop rien dire, dans le genre « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. » Mais ce laïus fédérateur n’aura pas fait l’unanimité du bureau, pour la raison qu’il oblitérait la réalité des opinions échangées dans le dit Bureau. M. Sezionale, président du comité de la Côte d’Azur, s’est fendu à ce sujet d’un courrier bien senti en direction de la Fédération.

MANDAT DE LUYCE: CHERCHER D’AUTRES CANDIDATS

« Je ne peux valider le PV qui, à mon avis, a été diffusé bien trop rapidement avant approbation des membres du bureau exécutif, écrit M. Sezionale, qui fait état de «  l’opinion des trois vice-présidents qui ont clairement donné leur avis au président qu’aucun des candidats n’avait le profil pour le poste de DTN, chacun ayant ses propres qualités. Nous avons demandé au président d’ouvrir les entretiens à d’autres candidats du fait de l’absence de Marie Laure Etienne, position plusieurs fois évoquée par lui-même. A la suite des entretiens il n’y a pas eu de vote du bureau, le président se laissant le temps de la réflexion … Merci de prendre en compte mes remarques à retranscrire dans le PV. »

Au vu des observations de M. Sezionale, il appert que le compte rendu fédéral, relayé d’ailleurs par un communiqué de presse, empruntait pas mal à la langue de bois, beaucoup au jet d’encre de la seiche et totalement à la désinformation pure et simple. Le bureau avait manifesté son mécontentement de devoir s’exprimer sur des candidats qu’il estimait être aussi peu disant, quand le compte rendu laissait presque entendre que son embarras provenait de la difficulté de choisir entre les trois lumières qui s’étaient proposées au poste.

Tout au contraire, Luyce avait mandat de chercher d’autres candidats, et paraissait d’ailleurs lui-même approuver une telle démarche. Ce que le communiqué ne dit pas…

Ça vous étonne ?

Alors, quoi? Pour l’instant, la « stratégie » de Francis Luyce pour pêcher l’héritier de Lionel Horter est perdante. Au lieu d’aller directement à l’essentiel, et de désigner l’homme qu’il voulait pour le poste, il a lancé une procédure longue et lourde qui a conduit, après 135 jours, à une impasse. Pourquoi cela ? Orgueil mal placé ? Incapacité à diriger, c’est-à-dire à montrer la voie ? Si gouverner, c’est choisir, je ne vois point de gouvernance ici.

Autre hypothèse. Il ne va pas choisir l’homme qui lui convient parce que, dans son esprit, ce serait s’abaisser. « Quoi ? Notre Majesté, aller chercher un DTN ? Fi donc. C’est à lui de venir, de faire acte de candidature comme d’autres font acte de contrition, de se prosterner, de chercher à capter notre écoute, de nous convaincre. Et nous, régalien, nous tranchons. Tel est notre bon plaisir… »

« Le président », donc, comme il adore se qualifier lui-même non sans quelque trémolo dans la voix, n’a pas fait le moindre signe pour attirer vers le poste l’homme ou la femme qu’il jugeait digne. Il s’est drapé dans un silence dédaigneux, une attitude de ‘’sphinx’’, parait-il, manifestement très mal inspirée. En l’occurrence, ce côté fermé qu’il affecte fait moins songer au sphinx de Gizeh qu’à une huitre de pleine mer… S’il ne dédaigne pas se prendre parfois pour Louis XIV, il ne parait pas savoir que le roi-soleil n’attendait pas, pour les installer, que Colbert, ou Louvois, ou Vauban, fissent acte de candidature . Conclusion ? A force de s’élever au-dessus de tous, Francis 1er s’interdit la possibilité de se faire entendre.

Mais peut-être ne voyait-il personne ? Dans ce cas, c’est un peu grave.

DE 17 CANDIDATS A ZERO DTN.

Manœuvrer peut toujours servir. Mais s’embrouiller dans ses propres toiles n’est pas recommandé… Ce piétinement pour le poste qu’il a provoqué de 17 personnes, ramenées à quatre, puis trois, le voilà réduit à zéro. C’est en tous cas l’opinion des vice-présidents agacés d’avoir à choisir entre des finalistes qu’ils ne jugent pas être au niveau de la tâche (l’un des vice-présidents, peu impressionné par leurs prestations, aurait même ouvertement désigné le triumvirat des impétrants sous le vocable générique assez peu charitable des « trois toquards »).

Dès lors que va-t-il advenir ? Luyce va-t-il tenter un passage en force et désigner impérieusement celui des trois qui lui convient (assez peu semble-t-il, son silence étant le signe d’un embarras) malgré les mises en gardes de ses vice-présidents, avec le risque qu’un nouvel échec, après celui d’Horter, lui serait dès lors sévèrement imputé ? Va-t-il retourner à sa solution première, celle de 2012, qui consistait à désigner son directeur général Louis-Frédéric Doyez ? Le Ministère l’avait alors récusé, Doyez n’étant ni inspecteur des sports, ni conseiller technique et pédagogique, ni professeur de sport, comme il est exigé.

Mais, nous souffle-t-on ici, l’argument ne porte plus, depuis que le ministère a entériné comme finalistes Roxana Maracineanu et Jacques Favre, qui ne répondent guère plus que Doyez au profil que l’institution avait elle-même défini.

Il reste à savoir ce que les vice-présidents pensent de cette solution…

Bien entendu, on pourrait continuer avec l’intérimaire de service, Patrick Deléaval. Lequel, ayant vu les désastres qu’ont vécus les DTN sous la présidence de Luyce (épuisement, dépression nerveuse, crise cardiaque fatale, démission soudaine), ne tient pas à jouer la sixième victime d’un président qui jouit manifestement de peser sur les dossiers et d’aplatir les hommes… Patrick aurait fait l’affaire, mais il semble qu’il veuille encore moins le poste que Francis ne consentirait à le lui offrir.

Mais ça urge. Pourquoi ? Parce que pendant les six années de DTN Donzé-Horter, la natation française a perdu toute sa valeur chez les jeunes. Mal managée ces dernières saisons, elle a obtenu des résultats très faibles dans les compétitions de cadets et juniors. Qu’en attendant une relève qui ne vient pas, l’équipe de France actuelle, recroquevillée dans quelques courses de sprint, vieillit. Et qu’en l’absence de sang neuf, elle pourrait retrouver, son rang d’intermittente du spectacle de 1994, après Rio, où chacun prie pour que Florent Manaudou et Yannick Agnel sauvent la mise.

En « remerciant » ceux qui avaient, autour de Claude Fauquet, fait la force de la natation française, les Bernard Boullé, les Marc Begotti, les Philippe Dumoulin, en marginalisant un Patrick Deléaval, il en est qui se sont fait bien plaisir. Alors que les clignotants se mettent au rouge un à un, et que la boucle se boucle, il en est d’autres qui se disent que les poses du président Luyce vont finir par se retourner contre lui.

« Il emmerde tout le monde », nous suggérait récemment un fin connaisseur du petit milieu FFN. A force, il pourrait finir par se salir…