Category: Editoriaux

Débâcle olympique en Europe

Par Eric LAHMY

Vendredi 7 Novembre 2014

Le refus norvégien de prolonger sa candidature à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2022 a conduit les Comités Olympiques Européens à créer un Groupe de travail dont la mission est d’évaluer les raisons du déclin de l’intérêt, en Europe, à l’organisation de Jeux olympiques. Réunis au Centre de Convention Centara de Bangkok (encore un bel endroit de villégiature typiquement européen, n’est-il pas vrai), les Comités Olympiques Européens sont encore sous le choc du retrait de la candidature olympique d’hiver d’Oslo. L’affaire leur parait grave, ne serait-c qu’en raison de la popularité des Jeux d’hiver en Europe. En dehors du vieux continent, les candidats ne se pressent pas ! Depuis 1924, année des premiers Jeux olympiques d’hiver, jusqu’aux Jeux prévus en Corée du Sud en 2018, 23 Jeux olympiques d’hiver se sont tenus et 14 d’entre eux se sont tenus en Europe, contre 4 aux USA, 2 au Canada, 2 au Japon et ceux de 2018, nous l’avons dit, en Corée du Sud.

L’organisation des Jeux olympiques d’été pose moins de problèmes (malgré la contre-publicité enregistrée par l’organisation brésilienne en 2016, des organisateurs potentiels fleurissent à travers les cinq continents) et on a appris avant-hier que le président de la République française entendait proposer l’organisation des Jeux olympiques d’été comme s’il s’agissait d’un grand projet national (confondante naïveté!). Il n’empêche, “nous avons assisté, ces dernières années, dans la communauté, particulièrement en Europe, à un questionnement des valeurs et de l’impact social et économique des Jeux et des grands événements sportifs », a déclaré M. Hickey, le président irlandais des comités olympiques européens. Les villes européennes qui ont abandonné en route leurs projets de candidatures ? Munich et Saint Moritz/Davos, en raison de défaites en referendums avant même que le processus de candidature soit lancé, Stockholm, Kraków, Lviv et Oslo. Le retrait de Lviv (ex Lvov) est du à la situation politique en Ukraine. Pour le reste, il s’agit bien d’une vraie débâcle : dès que la question se pose aux populations, elles répondent négativement à l’organisation ! Dans un vieux continent en crise, pour ne pas dire en récession, avec près de 26 millions de chômeurs, il n’est pas inconvenant de penser que les Jeux olympiques apparaissent comme un « potlatch » extrêmement couteux, voire une extravagance coupable, et par certains côtés, comme l’a montrée la critique des Norvégiens des exigences de Lausanne, prétentieuse et arrogante…

KATINKA HOSSZU ET LE MILLION

Par Eric LAHMY

Dimanche 26 Octobre 2014

Voulez-vous savoir pourquoi le million d’Euros gagné en compétitions par Katinka Hosszu démontre-t-il a priori qua la natation professionnelle reste une illusion?

A force d’écumer les compétitions et d’aligner les victoires, la Hongroise Katinka Hosszu s’apprête à devenir la première nageuse (en fait le premier nageur, tous genres confondus) à gagner plus d’un million de dollars de prix en nageant, lit-on dans Swim Vortex, le site anglophone de natation de l’excellent Craig Lord. D’autres nageurs comme Michael Phelps, Ian Thorpe, Franziska Van Almsick, rappelle Lord, ont obtenu des contrats juteux de marketing, et dans un passé plus lointain Mark Spitz (années 1970), voire, pour ceux dont la mémoire porte au plus loin, Esther Williams (années 1940-1950) et Johnny Weissmuller (années 1930), ont amassé des fortunes, à peine sortis de leurs années de compétition. Mais dans un contexte où le professionnalisme est toléré, qui reste relativement récent (Mark Spitz stoppa sa carrière parce que les règles de l’amateurisme lui interdisaient de signer les contrats alléchants qui lui étaient offerts), Hosszu a, seule, rejoint un nouvel horizon. En trois saisons dont celle de 2014 n’est pas achevée, elle a accumulé 1,2 millions de prix. Une projection de sa saison actuelle fait penser qu’elle pourrait y gagner 400.000 dollars (elle en est à 215.000 après cinq étapes).

Les point marqués et les sommes gagnées par les nageurs, cette saison ?

Dames

Katinka Hosszu , 757pts et 215.000$

Inge Dekker, 297pts et 99.500$

Mireia Belmonte Garcia, 213pts et 74.500$

Alia Atkinson, 207pts et 46.500$

Darynia Zevina, 123pts et 32.000$

Evelyne Verraszto, 87pts et 17.500$

Messieurs

Chad Le Clos, 354pts et 131.500$

Daniel Gyurta, 260pts et 91.500$

Tom Shields, 223,5pts et 78.250$

Thomas Fraser-Holmes, 186pts et 73.000$

Marco Koch, 150pts et 32.500$

Christian Diener, 123pts et 24.500$

POURQUOI ELLE ?

La question qui se pose maintenant est : pourquoi elle ? Hosszu n’est pas la meilleure nageuse du monde, je crois que des filles comme Katie Ledecky, Melissa Franklin et l’Australienne Campbell ont été soit proches d’elle, soit supérieures à elle ces saisons passées. En revanche, le talent d’Hosszu est des plus versatiles, et elle peut se placer dans toutes les courses en dehors des 50 mètres dans les quatre styles ! Ce qui lui permet de multiplier ses engagements et donc ses possibilités de gains. Mais surtout, c’est le choix qu’elle a fait, de façon beaucoup plus délibérée que toutes les autres, d’être présente dans les courses de la FINA Cup, qui a joué à plein. Cela a été possible parce que Katinka Hosszu est mariée à son entraîneur, Shane Tusup, et que celui-ci adhère totalement à son projet. Il y adhère d’autant mieux que chaque dollar gagné par son élève d’épouse arrondit le compte en banque de la famille. Aucune autre nageuse que Katinka ne dispose d’un entraîneur aussi attaché à son projet qu’elle-même ! Je ne crois pas que d’autres entraîneurs soient contents de voir leur nageuse se disperser (enfin, c’est comme ça qu’ils verraient la chose) à travers le monde pendant qu’elle prend du retard à l’entraînement. Prenons un cas que nous connaissons, celui de Camille Muffat, au talent également versatile et sans doute comparable à celui de Hosszu. On voit mal Fabrice Pellerin l’accompagner (ou lui permettre de nager) dans un circuit comme celui de la FINA Cup. De la même façon, une Katie Ledecky, encore écolière, ou une Melissa Franklin, universitaire, ne peuvent pas prendre part à un cirque qui se situe pendant leurs études. Or, on imagine les dégâts que de telles nageuses opèreraient dans un circuit comme la FINA Cup (et le manque à gagner que devrait enregistrer Hosszu).

Là vient la deuxième raison de son succès. Katinka et Shane Tusup, prennent ces compétitions comme de formidables entraînements. Et, ma foi, pourquoi pas ? Guennadi Touretski, quand il entraînait Alexandre Popov, n’exigeait-il pas que son protégé s’aligne dans 100 courses entre son premier entraînement de la saison et LA grande compétition qui se trouvait en bout de course ? (Mais attention, il ne s’agit pas là de LA recette à copier. Ce système, qui avait si bien fonctionné avec Popov, réutilisé par Ian Thorpe dans sa tentative de come-back, ne donna aucun bon résultat). Et une Laure Manaudou, qui détestait s’entraîner mais adorait gagner aurait peut-être aimé de fonctionner comme Katinka Hosszu…

Enfin, la troisième raison d’une telle réussite, c’est qu’Hosszu et Tusup ont un but. Accumuler assez d’argent pour pouvoir lancer leur école de natation en Hongrie. C’est l’argent, le nerf de la guerre qui la motive, et après tout pourquoi pas ?

On peut essayer de conclure en disant que le circuit FINA Cup ne propose pas des sommes suffisantes à ses concurrents. Le million que Katinka a amassé en trois ans, c’est ce que Serena Williams empoche le soir d’un Wimbledon victorieux. Aujourd’hui, au risque de faire grincer des dents, je crois que le professionnalisme en natation, à une Katinka Hosszu près, reste une illusion.

Park, Yang, Agnel, sprinters de demi-fond

Par Eric LAHMY

Mardi 4 Mars 2014

A quoi servent les spécialités ? Michael Phelps a répondu à sa façon : elles servent à enrichir (ou à alourdir le programme), et a permettre à certains types de nageurs de se faire des palmarès sans mesure commune avec ce qui se faisait dans le passé.

Elles représentent un développement en trompe l’œil. Les lecteurs de ce site – et eux seuls – savent que si Michael Phelps avait nagé à Pékin sur le programme des Jeux de Paris, en 1924, seulement dans les épreuves qui sont les siennes, n’aurait rapporté de sa semaine de natation à la piscine des Tourelles qu’un souvenir de la Tour Eiffel et une seule médaille d’or, celle du relais quatre fois 200m, puis que les autres relais, le papillon et les quatre nages n’existaient pas.

Je ne sais pas quel grand homme avait écrit que « comparaison n’est pas raison. » Le mot vaut son pesant de sagesse ne serait-ce qu’en raison de la rime riche.

Si en natation les spécialités désignent les divers styles de nage, on peut aussi lui trouver une autre acception, celui de spécialités de distance. Il y a bien longtemps déjà, on a entendu prophétiser dans les cercles de la natation la fin des nageurs à tout faire et l’obligation de se spécialiser. Or à chaque fois ce genre de supputation est mise à mal par des nageurs qui n’ont cure de se cantonner sur une seule distance.

Ce n’est pas que les spécialistes n’existent pas. Mais ils sont quelquefois tellement bousculés par les généralistes qu’il y a parfois des raisons de s’apitoyer sur leur sort. Entre vendredi et dimanche, à Sydney, au cours des championnats des Nouvelles Galles du Sud où il s’était présenté pour clôturer un stage de deux mois en Australie, le sud Coréen Park a fait fort dans cette direction. Entre le 28 février et le 2 mars, Park, qui est pratiquement à son pic de forme, a nagé un 50 mètres en 22’’80 (24e temps mondial 2014), un 100 mètres en 48’’42 (5e mondial de l’année), un 200 mètres en 1’46’’05 (2e mondial), un 400 mètres en 3’43’’96 (1er mondial) et un 1500 mètres en 15’3’’38 (2e mondial).

LES GRANDS NAGEURS VIENNENT DU LONG

Puisque comparaison n’est pas raison (air connu), il convient de préciser ici que l’année venant à peine de commencer, on ne va pas faire l’injure à tous les nageurs qui, entre les compétitions en yards et en petit bassin et les gros entraînements hivernaux, n’ont pas encore dégainé, de croire qu’il n’en est pas quelques-uns qui pourront faire mieux que Park sur toutes ces distances, à l’exception du 400 mètres où il faudra faire fort pour le déloger.

Il n’empêche, voilà un expert du 400 mètres qui se faufile dans une finale de 50 mètres du championnat des Nouvelles Galles du Sud. Il y a fort à parier qu’aucun des leaders planétaires des 50 mètres ne pourrait lui rendre la pareille et venir le chatouiller sur sa distance reine.

Je ne sais si l’exploit de Park (c’en est un) corrobore une intuition personnelle que ce sport reste gouverné par les longues distances.

C’est un paradoxe de voir que tous les honneurs vont vers les épreuves courtes alors que les grands nageurs sont des hommes et des femmes du long.

L’idée a souvent été proposée, que le sprint recèle le talent et que le demi-fond est l’enclos réservé aux besogneux. En athlétisme, je l’entendais souvent dire par… les sprinteurs : quand on n’était pas bon (sous-entendu, quand on n’avait pas la vitesse), on courait longtemps. C’était la punition infligée aux sous-doués.

Bien entendu, tout point de vue se respecte, mais cela signifierait que la vitesse est le talent. Il serait difficile de démontrer le contraire dans bien des sports, comme la boxe, le baseball, le tennis ou le foot. Ne pas compter suffisamment de fibres rapides dans ses muscles peut poser des problèmes compliqués quand il s’agit de réagir, de « proagir » ou tout simplement d’agir dans ce que Lacan appelait des « conditions d’égarement », où le réflexe précède toute pensée.

UNE QUESTION DE PHYSIOLOGIE

Mais il faut que ces fibres rapides puissent agir un certain temps – puisqu’un combat de boxe (sauf quand vous affrontiez Mike Tyson) dure quelques rounds de trois minutes, un match de foot deux fois quarante-cinq minutes et une rencontre de tennis de une heure à trois heures (voire plus quand vous vous appelez John Isner et Nicolas Mahut et vous renvoyez la baballe pendant 11h5’ en trois jours d’été 2010 à Wimbledon). Dès lors, il faut mêler une bonne quantité de fibres « lentes », lesquelles ne sont d’ailleurs pas si lentes que ça. On pourrait d’ailleurs changer la terminologie et baptiser par exemple les fibres rapides « fatigables » et les lentes « increvables. »

Il est arrivé dans le passé que d’autres nageurs de demi-fond se soient intéressés à toutes les distances. Ce fut le cas de John Konrads qui en 1960 détint tous les records mondiaux du 200m au 1500m et s’en alla battre le recordman du monde du 100 mètres John Devitt aux… championnats de Nouvelles Galles du Sud 1960 dans un temps qui approchait de 0’’8 le record du monde. De la même façon, l’Américain Tim Shaw battit à deux reprises les records du monde des 200m, 400m et 1500m, en 1974 et en 1975. Depuis, dans certaines circonstances, deux Australiens, Kieren Perkins et Grant Hackett, maîtres du demi-fond, ont fait des percées sur 200 mètres.

Plus récemment, le Chinois Sun Yang, a démontré une capacité de nager vite. Champion du monde et olympique du 400 mètres, recordman du monde du 1500 m, il a nagé de grands 200m et fait partie des relais quatre fois 100 m chinois.

Park, quoique régulièrement battu sur 1500 m par Yang dans les grandes circonstances, est lui aussi doté d’un registre exceptionnel. Il a remporté le 100 mètres des Jeux asiatiques, mais n’a pas nagé la distance aux mondiaux et aux Jeux.

PARK AURAIT FAIT PLEURER QUELQUES SPRINTEURS

Là, avec 48’’42, il fait partie de l’élite mondiale du sprint sans être un sprinteur. Sa performance lui aurait donné la 9e place en demi-finale des Jeux olympiques de Londres. Je vous vois faire d’ici la fine bouche, mais il aurait passé devant 48 sprinteurs patenté, dont notre Fabien Gilot national. Aux mondiaux de Barcelone, la même performance l’aurait amené en finale où Gilot l’aurait devancé de 0’’09. Dans ces deux événements, 48’’42 lui aurait donné sa place dans les relais champions !

Il faudrait maintenant tenter d’expliquer pourquoi un tel type de nageur représente l’avenir du demi-fond. Car c’est à peu près sûr. Le grand nageur de demi-fond doit pouvoir maîtriser une gamme d’allures et de changements de rythme, notamment en fin de course, qui font de lui une sorte de « sprinter de demi-fond » (en admettant que ce concept tienne debout, bien sûr). C’est aux Chinois, nous semble-t-il, que nous devons cela. Ils ont développé un mode de course qui leur permet des sprints extrêmement véloces. Nous avons analysé ces modes de nage dans ces colonnes lors des mondiaux de Barcelone et nous avons expliqué pourquoi ils ont fait croire à un dopage aux Jeux de Londres, tant Ye Shiwen en avait fait la démonstration dans ses courses de quatre nages. Certes, ils ne sont pas les premiers à avoir travaillé leurs fins de course, mais ils l’ont fait avec assez de réussite qu’un Park travaille dans leur sillage à les battre sur leur propre terrain dans l’optique des Jeux asiatiques.

LE DEMI-FOND PROGRESSE PLUS VITE QUE LE SPRINT

L’une des autres raisons de la capacité supérieure des demi-fondeurs à talonner les sprinteurs dans leur pré carré tien peut-être également dû au « tassement » des performances. De quoi s’agit-il ? Quand en 1960, John Konrads établit son grand record du 1500 mètres en 17’11’’, il représente une moyenne de 1’8’’7 par 100 mètres, et le record du monde est de 54’’6. Soit une différence de 14’’1 entre le dit record et le train moyen du 1500 mètres de Konrads. En 2012 le titre olympique du 100 mètres se joue en 47’’52 et celui du 1500 mètres en 14’31’’02, soit un rythme de 58’’07 par cent mètres. Ce qui donne une différence de rythme de 10’’55. L’évolution de la natation s’est faite moitié par l’amélioration de la vitesse, moitié par des gains en résistance.

Pour gagner, le nageur de demi-fond devra être complet, et donc rapide et résistant. Bien sûr, ce ne sera pas nécessaire pour se faire plaisir dans son club. Mais nourrir de grandes ambitions en face d’un Agnel, d’un Park ou d’un Sun sans passer par là nous parait une affaire diablement difficile.

Le sport a-t-il un sens ?

+++Sport de Haut Niveau. La Performance Humaine à la Recherche du Sens, par François Bigrel, 98713.- Papeete, Tahiti, Polynésie Française, ST987@jeunesse-sports.gouv.fr

Par Éric LAHMY

13 janvier 2014

  « Ce que l’homme est, il l’est devenu à travers cette cause qu’il a faite sienne »  (Karl Jaspers)

 

Lors d’un séminaire sport de haut niveau organisé en juin 2009 en Polynésie française, et auquel participait Claude Fauquet, François Bigrel, agrégé d’EPS, fondateur et coordonnateur des « Rencontres d’Aquitaine », s’était interrogé sur le sens de la performance humaine. Un ouvrage (couplé avec un DVD) « La Performance Humaine à la Recherche du Sens » fut alors publié en janvier 2010 par les autorités Jeunesse et sport de Tahiti. Le sujet interpellait toujours deux ans plus tard l’ancien Directeur technique de la natation française devenu directeur adjoint de l’INSEP.
Le terme même de sens n’est pas privé d’ambiguïté. On peut questionner le sens de la vie  ou de telle activité humaine en se situant au niveau théologique ou anthropologique. Même si le sport des Grecs anciens représentait une expérience religieuse (leurs Jeux honoraient les Dieux) et si, dans certains pays (les USA pour ne citer qu’eux) la compétition commence par une prière, le sens invoqué par les sportifs modernes nous parait plutôt être d’ordre sociologique.

Dans sa réflexion, Bigrel semble n’avoir pas vu ou voulu tenir compte de cette duplicité, développant ses réflexions sans trop se préoccuper de l’acception du « sens » qu’il privilégie. Laisser traîner une équivoque peut se révéler fertile. Bigrel lance son projet par une définition large du mot : le sens, dit-il est le « contenu conceptuel et affectif présent dans un signe, dans un geste ou dans une existence. Par extension, la raison d’être, la justification d’une action ou d’une existence… Le but qui, investi d’une valeur confère en retour une signification au sujet qui la constitue. »

 ENTRAINEUR, MÉTIER IMPOSSIBLE

 François Bigrel, qui s’adresse alors essentiellement à des entraîneurs, compare leur action à celles du médecin et de l’homme politique, qu’il qualifie de « métiers impossibles. » Ces trois professions sont censées répondre à des exigences élevées, parfois irréalistes, face à des enjeux extrêmes, l’organisation de la vie collective, la performance, la mort.

Il n’est pas toujours facile de relier les questions que soulève le « sens » du sport à celles de la performance, mais l’enjeu tombe sous le sens si l’on écoute d’une oreille attentive les problématiques que soulèvent les responsables (quand ils sont éclairés).

Bigrel part ainsi à l’assaut des « représentations », ces habitudes de pensée qu’il compare à des vêtements d’idées, indispensables pour traduire le monde tel qu’il est en termes fonctionnels, mais qui, malheureusement, correspondent en foule à des erreurs, et font perdre un temps et une énergie énormes. Il donne l’exemple de la musculation, qui a été une source permanente de pièges de pensée, et de la musique, où le passage prétendument obligé par le solfège des apprentissages a fait de millions de musiciens potentiels de possibles « Mozart assassinés ». Bigrel milite pour un véritable strip-tease de ces vêtements d’idées préconçues, d’a priori stérilisants qui entravent la pensée, l’enferment dans des routines. On sait combien Fauquet se sera appliqué à effectuer une remise en cause – ou du moins un réexamen minutieux – de ces préjugés, dans chaque secteur de son action de DTN, qu’il s’agisse des minimas, de la détection des talents, des primes à la performance, du calendrier, de l’organisation des stages, des techniques de nage, de l’approche de la compétition, etc.

 ATTENTION AUX CONTRESENS

 La difficulté, on l’aura compris, reste de démêler la représentation fallacieuse de l’intention vertueuse, rien ne ressemblant plus à la première que la seconde. Dire qu’on est victime d’une représentation fausse est une chose, le démontrer en est une autre…

…Bigrel note la complexité de la situation de compétition, qui lui donne ses caractères : imprévisible, singulière, ouverte ; elle représente une situation qui ne se reproduira plus (« contingente », dit-il, et « irréductiblement spécifique »). Ces caractéristiques, soutient Bigrel, font de la compétition une productrice de sens.

C’est là que l’auteur se voit contraint de poser une question fondamentale : le sens préexiste-t-il quelque part et s’agit-il de le trouver ? Ou bien le sens n’existe-t-il pas et doit-il être inventé ? Philosophiquement, la question nous paraissait avoir été réglée depuis un siècle par Husserl, et importée en France, depuis soixante cinq ans par Sartre, avec son « existence précède l’essence », mais Bigrel doit douter que ses auditeurs aient lu l’introduction de « L’Être et le Néant » ou ruminé les « Ideen », car le conférencier se sent contraint d’enfoncer le clou. On ne peut lui donner tort d’insister, car poser les questions qu’il pose sans s’être assuré que la donne a bien été comprise, c’est risquer d’aller percuter un mur de confusions. Il serait assez farce de s’interroger sur le sens et d’enfiler les contresens comme autant de perles. « Le sens, expose-t-il donc, ne préexiste pas. Il doit être inventé. »

Pas de sens qui tombe du ciel, prêt à porter, il revient donc à l’homme de s’en inventer un, sur mesure. Fort de cette certitude, Bigrel se sent à même de se positionner philosophiquement vis-à-vis de la performance. Le sportif serait « cet être humain en ‘’expansion d’être’’ dont l’organisation et la capacité d’action augmentent et se renforcent grâce à des occurrences qui le déstabilisent. » La poursuite de la performance, comme celle de tant d’autres activités humaines, emprunte la forme d’un tricotage d’habitudes et d’innovations, « un système toujours entre le cristal et la fumée. » Dans l’entraînement et la compétition, « le sujet et son cerveau questionnent l’environnement, l’habitent peu à peu et finalement le maîtrisent… » C’est dans ce travail habité d’essais et d’erreurs, ces répétitions incessantes qui lui permettent d’affiner son projet et d’atteindre son ‘’intention’’ initiale que, selon Bigrel, se fonde le sens : « ce tâtonnement fait d’essais et d’erreurs et de temps passé à agir est essentiel à l’émergence d’un sens incarné par l’acteur. »

Cela revient à confirmer dans le champ de la performance « la qualité auto-transcendantale de l’existence humaine [qui] fait de l’homme un être qui va au-delà de lui-même, » telle que la désigne l’anthropologie.

On ne saurait trop dire si la démonstration est convaincante, ou, pour reprendre ses termes si elle est cristal ou fumée. Mais Bigrel est plein de bonne volonté, et on lui en saura gré. Dans sa conclusion, il se fait le champion de la créativité et de la dimension artistique du sport. Son essai s’achève sur un éloge de la diversité, une prise en compte de notre exotisme généralisé, du caractère exceptionnel de chacun de nous. Voilà un appel libérateur et humaniste qu’on n’aurait pas le cœur de dédaigner. Bigrel nous incite aussi à distinguer le pouvoir de l’autorité, et débouche sur une exhortation éthique de l’entraîneur. Le pouvoir est la maladie de l’autorité, pourrait-on dire. Le pouvoir cherche à assujettir, quand l’autorité aimante les adhésions. De tout ce qui précède, on soupçonnera que le sens ne se situe pas dans le sport, mais bel et bien dans l’homme !

 DES NAINS JUCHÉS SUR LES ÉPAULES DES GÉANTS

Dans notre société, cependant, il me semble que l’approche technicienne et dynamique de l’entraînement représente un danger sous-jacent plus pernicieux que l’excès de pouvoir qu’entend conjurer Bigrel. Pour Viktor Frankl, ce psychiatre germano américain (peu connu en France) qui a dédié son œuvre à la recherche du sens de la vie, « approcher l’être humain en termes de techniques implique nécessairement qu’on les manipule et les approcher en termes de dynamique implique qu’on les réifie, qu’on transforme les êtres humains en objets. » L’action de ce que serait un entraîneur de natation authentique, par rapport à celle de ceux que je nommai non sans une certaine colère dans les années 1970 des « contremaîtres de bassin » (race, heureusement, en voie de disparition) vient de ce que le contremaître de bassin ne voit dans ses nageurs que des objets d’expériences techniques et dynamiques et l’entraîneur authentique vit leur relation comme une rencontre d’êtres humains.

La technique n’en est pas moins indispensable. C’est à travers elle que le sport peut se saisir dans le flux d’un progrès de l’homme, qui s’appréhende dans le phénomène du record, et l’image des nains juchés sur les épaules des géants est parfaitement explicite du sport actuel. Qu’une nageuse presque « médiocre » de douze ans puisse en 2014 nager un 400 mètres nage libre plus vite que Tarzan Weissmuller quatre-vingt-dix ans plus tôt peut être considéré comme une conquête collective de ces auto-transcendances individuelles, par le biais d’une foule d’acquisitions techniques. Aucun animal n’effectue de tels progrès et l’espadon, recordman de vitesse, n’a sans doute pas évolué d‘un iota, sous cet angle, depuis cent mille ans ! Le sens de ce progrès de l’homme est celui d’une maîtrise à la fois de la gestuelle et de l’élément, par une meilleure compréhension  de l’enjeu que représente le fait de nager.

Mais bien entendu, il ne s’agit pas que de ça. L’affaire qui nous concerne est manifestement une question morale, liée à certaines exigences, « liberté de vouloir, volonté de sens, et sens de la vie. La liberté humaine ne consiste pas à se libérer des conditions, mais elle est liberté d’adopter une attitude en face de toutes les conditions qui pourraient la confronter. » Toujours d’après Frankl, survivant de quatre camps d’extermination, « l’humour et l’héroïsme nous rappellent à la capacité humaine de détachement de soi. On s’élève du somatique et du psychique au mental. La dimension spirituelle du sens ne l’est pas dans son acception religieuse. Elle témoigne seulement de notre humanité. »

JEANNE D’ARC ET TEDDY RINER

Il convient de ne pas se tromper. Si l’homme n’est pas qu’un animal, il n’en reste pas moins aussi, un animal. A ce sujet, lorsque Bigrel, au détour de sa démonstration, dénonce le point de vue du commentateur selon qui le champion de judo Teddy Riner, pour l’emporter aux Jeux olympiques, a « réveillé la bête qui est en lui », je peux comprendre son dépit. Mais si j’examine de près cette assertion a priori choquante, je conclus que Bigrel a tout à fait raison de la dénoncer, et tout à fait tort. Raison parce que Riner est un talent du judo, que le déchaînement qu’il opère sur un tatami pour mettre ippon l’armoire normande qui lui fait face, est parfaitement maîtrisé, et répond à des choix « guerriers » qui, simples ou compliqués, correspondent à des opérations mentales ou à des réflexes conditionnés par une longue pratique qu’aucune « bête » ne pourrait maîtriser, suivant la logique d’un sport codifié de façon trop précise et complexe pour qu’une animalité, aussi éveillée soit-elle, puisse la respecter. D’une certaine façon, quand Mike Tyson, au milieu d’un combat de boxe, déchira l’oreille d’Evander Holyfield d’un coup de dents, il avait éveillé la bête qui dormait en lui, parce que son acte de sauvagerie échappait aux règles de ce qu’il était censé faire dans un ring et retrouvait la férocité du fauve. Mais si Bigrel a tout de même tort de s’insurger contre cette métaphore appliquée à notre champion de judo, c’est parce qu’un geste technique aussi affiné, gorgé de signification et d’humanité, qu’une prise de judo, un saut à la perche et toute une kyrielle de gestes athlétiques, n’est jamais complètement débarrassée d’une dimension animale.

L’erreur aurait été bien entendu de réduire le combat de Riner, homme à la fois raffiné, intelligent et pétri d’humanité, à un éveil de la bête, comme dans d’autres champs de l’activité humaine, les réductionnistes ont interprété l’amour comme une simple sublimation du sexe, ou analysé la conscience comme une intervention du surmoi freudien. Mais il n’en est pas moins vrai que les interdits du surmoi se connectent à la conscience ou que l’amour intègre la sexualité. Si l’homme n’est ni ange ni bête, il opère à divers niveaux qu’il intègre dans sa personnalité, et résume en lui toute l’évolution qui le précède, phénomène que la biologie a résumé sous l’assertion selon laquelle « l’ontogénèse résume (ou récapitule) la phylogénèse. » L’homme, en étant devenu un homme, ne cesse pas d’être un animal.

Continuons dans cette direction, car l’enjeu, vis-à-vis du sens, n’est pas mince. Diverses interprétations peuvent être données d’un même phénomène. Analysant le cas célèbre de Jeanne D’Arc, Viktor Frankl avait bien cerné cette problématique : « il ne fait aucun doute que d’un point de vue psychiatrique, la sainte aurait été reconnue schizophrène, et aussi longtemps que nous nous confinons dans le champ de la psychiatrie, Jeanne D’Arc ne sera rien d’autre qu’une schizophrène. Ce qu’elle est au-delà de la schizophrénie ne pourra être perçu depuis la dimension psychiatrique. Mais dès que nous la suivrons dans la dimension de l’esprit, de la pensée, et que nous analysons son importance théologique et historique, il devient clair que Jeanne D’Arc est plus qu’une schizophrène. L’un n’empêche pas l’autre et en sens inverse, le fait qu’elle était une sainte ne change rien au fait qu’elle était schizophrène. »

Pour en revenir à Teddy Riner, la différence entre le judoka et la bête, c’est que même s’il est possible d’enseigner o soto gari ou de-ashi-garai à un orang-outang, vous seriez très étonné de voir ce cousin éloigné de l’homo faber disputer une rencontre de judo en respectant les codes de ce sport. Montrez m’en un et je l’inviterai volontiers à venir boire un verre à la maison !

Il est un point sur lequel Bigrel n’a pas voulu insister, celui de la pluridisciplinarité : aujourd’hui, le dialogue de l’entraîneur et de l’athlète est remplacé par un fonctionnement plus collectif. La formidable progression des performances sportives rend l’entraîneur incapable de répondre à nombre d’aspects de la problématique du haut niveau. Même un entraîneur de natation aussi farouchement indépendant que Philippe Lucas délègue certaines responsabilités et fait appel à des spécialistes dans le domaine, par exemple, de la musculation. Nous avons par ailleurs dans d’autres articles de Galaxie Natation évoqué les différents apports, extérieurs au duo fatidique, médecin, kiné, psychologue.

LA GREVE DE KNYSNA, DÉFAITE DU SENS

 Le sport a donc suivi l’air du temps, et s’est engouffré dans l’ère du spécialiste. Phénomène qui se paie, parfois cher. Dans un travail d’équipes, le spécialiste est indispensable. Il représente à la fois un bien et un mal nécessaires. Ce que nous devons déplorer, n’est pas que les hommes se spécialisent, mais que les spécialistes se mettent à généraliser. Mais pour ce qui concerne l’équipe de France de natation, les choses ont eu l’air de bien se passer.

Une menace autrement redoutable plane sur le sport et ses significations, et elle est liée à l’invasion de valeurs qui ne sont pas siennes. On a beaucoup parlé de la grande plongée du football français et les suites de la grève de Knysna, pendant la Coupe du monde 2010. Mais qui a fait le lien entre cette lamentable affaire et tout un ensemble de choix qui l’ont précédée ? Dans les années 1980, toute une stratégie avait été mise en place dans les zones difficiles, dans laquelle le sport devait ‘’récupérer’ une jeunesse volatile. Comme celle-ci n’était pas près de se soumettre aux règles du sport, on la laissa définir ses codes, et ceci sous la garde de « grands frères », bien souvent les trublions les plus actifs! Les valeurs éducatives s’étiolent, le lien social se défait, quand les conventions du sport ne fonctionnent pas. Depuis un siècle, la coutume voulait qu’on s’essuyât les pieds (et les esprits) en entrant sur le terrain. Les lois de la rue, en pénétrant sur le stade, piétinèrent ses valeurs séculaires. Le nouveau paradigme n’avait plus qu’à faire des petits. L’atmosphère du foot atteignit un paroxysme tel qu’entre autres, en Seine-Saint-Denis, les arbitres, conspués et menacés à chaque week-end, décidèrent de faire grève.

 LIBÉRATEUR ET CRÉATEUR DE TENSIONS

 Quand le sport parvient à imposer ses valeurs à ses pratiquants, il répond en revanche assez bien à cet impératif de la psychologie qui veut qu’ « être un être humain signifie toujours d’être dirigé, et de pointer vers quelque chose ou quelqu’un autre que soi-même. » Ce n’est pas d’un mince intérêt. L’épanouissement de la personnalité se réalise à travers un travail important. Des expériences dites « de pointe » offrent ce sentiment d’accomplissement que nous recherchons tous plus ou moins. Un sentiment de bonheur peut être atteint par d’autres stimulants. La musique, la drogue, l’alcool, un accomplissement personnel, etc. Malgré un renversement récent, et un retour des tensions, le monde moderne évolue vers une réduction des tensions. Ce qui peut se percevoir comme un progrès produit pourtant des effets contraires au développement de la personnalité : un affaiblissement du sens de la vie, qu’on appelle aussi le vide existentiel. En effet, une certaine tension est nécessaire à l’obtention d’un sentiment d’accomplissement. L’affaiblissement des tensions dans une société provoque ces manifestations de vide existentiel. Un tel vide, de telles frustrations, se traduisent par un sentiment d’ennui général. Le 15 mars, huit semaines avant l’explosion de mai 1968, le journaliste du « Monde » Pierre Viansson-Ponté avait titré : « la France s’ennuie. »

Il est frappant de constater que, pendant les guerres, ou les périodes de tensions, les problèmes psychologiques s’effacent. Sur le campus de Berkeley, lorsque les agitations étudiantes commencèrent, on nota un effondrement des admissions d’étudiants dans le département psychiatrique de l’Université. Pendant des mois, à travers la libre parole véhiculée par mai 1968, les étudiants rencontrèrent un sens dans leur vie

Nous sommes-nous éloignés du sport ? Point du tout. L’anthropologie a reconnu dans le sport une façon de redonner cette tension nécessaire à la santé mentale de l’homme. 

« Une saine création de tension, écrit ainsi Viktor Frankl dans The Will To Meaning, me semble être une fonction des sports, qui permettent aux gens d’exprimer leurs besoins de tension en s’imposant délibérément une demande qui leur est épargnée par une société privée de contraintes et d’exigences. Le sport réintroduit dans cette société un équivalent séculaire, substitut de l’ascétisme médiéval. »

Le sens du sport pourrait bien se nicher là, semble-t-il, tel un idéal à notre portée. Et s’il est vrai que « les idéaux sont l’étoffe de notre survie », il n’est peut-être guère besoin d’aller le chercher beaucoup plus loin.

+++Sport de Haut Niveau. La Performance Humaine à la Recherche du Sens, par François Bigrel, 98713.- Papeete, Tahiti, Polynésie Française, ST987@jeunesse-sports.gouv.fr

 

 

 

 

 

 

 

Marc Begotti: non, les jambes NE SONT PAS propulsives

L’article de Gary Hall Sr, que j’avais intitulé « Gary Hall contre une légende française », paru dans Galaxie Natation le 19 août dernier, repris (et traduit) sur le site de The Race Club, ainsi que mon commentaire défendant l’idée d’un effet propulseur du battement, a amené Marc Begotti à réagir. L’entraîneur de Catherine Plewinski et de Franck Esposito, aujourd’hui conseiller technique de la région Dauphiné-Savoie, défend ci-dessous un point de vue diamétralement opposé à celui de Hall (et le mien). Il s’appuie sur un article de Terry Laughlin (auteur du livre fameux et par certains côtés révolutionnaire Total Immersion) et développe des résultats troublants qui mènent vers des pistes très intéressantes… Malgré un aspect qui pourrait être académique, se cache là un vrai enjeu d’entraînement. Eric Lahmy

MARC BEGOTTI, en réponse à l’argument concernant la vitesse obtenue par les bons nageurs de jambes, jambes seules, répond :

« Bien sûr, certains nageurs peuvent réaliser 58 » en jambes seules. C’est parce que l’on peut se propulser avec les jambes et avec les bras que l’on croit communément que la vitesse en nage complète = vitesse obtenue avec les bras + vitesse obtenue avec les jambes ; qui plus est, quand un nageur accélère je vois qu’il intensifie son battement, il est alors facile de croire que c’est parce qu’il met les jambes qu’il accélère !

En réalité c’est parce que pour nager plus vite il pulse plus fort les masses avec ses bras qui ainsi s’écartent de l’axe du corps que les jambes qui sont coordonnées aux bras battent plus vite pour que le nageur puisse rester aligné (grand axe de son corps sur axe de déplacement).

En course à pied c’est l’inverse : le coureur se propulse avec ses jambes ; plus il pousse puissamment sur le sol plus la fréquence de sa foulée augmente et plus ses bras qui sont coordonnés aux jambes se balancent vite. Les sprinters ne pourraient pas courir en ligne droite si leurs bras n’étaient pas très puissants pour contrecarrer les poussées des jambes.

La natation, la marche ou la course, sont des locomotions, où les jambes, les bras assurent des fonctions différentes. En natation (sauf en brasse) l’action des jambes est subordonnée à l’action des bras, dans la marche c’est l’inverse. Pour info les coordinations échappent à la conscience (cervelet) c’est la raison pour laquelle elles ne peuvent pas s’enseigner.

Courez à une certaine allure puis essayer de garder la même vitesse de déplacement avec la même foulée mais ralentissez le balancé des bras, vous verrez …

 Je voudrais citer ici un article de Terry Laughlin, le fondateur et directeur de Total Immersion. Cet article tiré du chapitre 8 de Swimming Made Easy), est intitulé:

« Les séries de jambes en valent-elles la peine ? »

Comme certains des plus rapides nageurs du monde font merveille avec une planche – les champions mondiaux et olympiques Ian Thorpe, Alexandre Popov, Grant Hackett et Pieter Van den Hoogenband peuvent tous franchir 50 mètres en moins de 30 secondes de cette façon – de nombreux nageurs en viennent à la conclusion qu’ils devraient également être des virtuoses de la planche et y consacrer d’innombrables heures d’entraînement.

Bien qu’un grand nombre des plus rapides nageurs du monde aient aussi des battements de jambes très rapides, j’hésite à tirer la conclusion suivante :

1. ils s’entraînent très fort avec la planche; donc…

2. ils accélèrent leur propulsion avec la planche; donc…

3. ils nagent très vite.

    Je suis plutôt porté à penser que les attributs physiques qui leur permettent de nager plus rapidement que qui que ce soit d’autre leurs permettent aussi de pousser une planche plus rapidement que qui que ce soit d’autre. Je doute que les séries de jambes avec planche rehaussent la vitesse, et je me demande même, à supposer que les nageurs et leurs entraîneurs osent délaisser l’entraînement avec la planche pendant une saison, s’ils perdraient vraiment de la vitesse ou s’ils ne deviendraient pas de meilleurs nageurs?

COMMENTAIRE DE MARC BEGOTTI : « Pourquoi  « ne pas oser » ? Quelles sont les raisons qui nous empêchent  de faire autrement ?

Les raisons  sont nombreuses mais la principale est que nous sommes enfermés dans des représentations collectives  véhiculées par  le milieu de  la natation.

Lorsque la question « Ce que vous proposez à l’entraînement, ça vient d’où ? » est posée à des entraîneurs, toutes disciplines confondues, les réponses sont toujours les mêmes :

–          « Je fais faire ce que j’ai fait quand j’étais moi-même athlète »  (donc reproduction et rien d’innovant…)

–          « Je reproduis ce que je vois faire par mes collègues » (qui eux même reproduisent ce qu’ils ont fait athlètes… donc rien d’innovant…)

–          « j’applique ce que j’ai appris » (donc reproduction et rien d’innovant)

–          « j’observe les façons de faire des meilleurs athlètes et tente de le faire reproduire à ceux que j’entraîne » (l’observation première* est un frein à  la connaissance car j’observe ce que je crois être vrai…)

 Nous somme dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir ! Qui plus est, nos représentations ont une capacité de résistance extraordinaire au changement notamment aux modèles qui viendraient les contredire.

Pour ma part, j’ai fait fonctionner un nouveau modèle dans lequel les séries jambes seules n’avaient plus de sens.  Le temps passé traditionnellement à travailler en  jambes à l’entraînement  a été consacré à la recherche d’une meilleure efficience et à l’amélioration du rendement dans toutes les nages (nage complète).  Ce bouleversement  s’est révélé extrêmement bénéfique en termes d’efficacité. Je regrette de ne pas avoir été en mesure de changer de modèle de fonctionnement du nageur, qui conditionnait ma façon d’agir et de penser à mon insu, beaucoup plus tôt. »

Texte de LAUGHLIN.- Voici une expérience que vous voudrez peut-être essayer. Demandez à être filmé (sous l’eau) en battant des jambes avec une planche, puis en nage libre. Si vous étudiez les deux vidéos au ralenti, vous verrez qu’il y a très peu de ressemblance entre le battement des jambes avec une planche et ce que font vos jambes quand vous nagez. Je crois que le battement des jambes  » avec planche  » diffère tellement du battement de jambes  » au naturel  » que l’entraînement avec une planche est surtout efficace pour entraîner vos jambes à pousser une planche sur toute la longueur de la piscine, mais en fait très peu pour les entraîner à battre plus efficacement pendant que vous nagez.

COMMENTAIRE DE MARC BEGOTTI.

Lorsque le nageur pousse une planche en la tenant avec ses bras il se propulse avec ses jambes, quand il nage, le battement est coordonné** à l’action des bras ; plus le nageur accélère les masses d’eau avec ses bras, plus le battement s’intensifie, et, vice-versa, le battement est subordonné à l’action des bras.

À quoi sert le battement des jambes ?

Pour nager plus vite le nageur accélère plus intensément des masses d’eau vers l’arrière  à l’aide de ses bras,  ses propulseurs s’écartent de plus en plus de l’axe du corps au détriment de l’alignement du grand axe du corps sur l’axe de déplacement. L’action des jambes s’intensifie pour permettre à l’axe du corps du nageur de rester confondu à l’axe de déplacement.

C’est l’alignement «nuque/ colonne vertébrale », l’indéformabilité et l’immersion qui permettent l’alignement sur l’axe de déplacement afin de réduire les résistances à l’avancement et non pas le battement.  Le battement permet de PRESERVER cet alignement quand le nageur pulse intensément des masses d’eau.  C’est  fondamentalement différent !

TEXTE DE MCLAUGHLIN    La plupart des nageurs et des entraîneurs se demandent peut-être à l’occasion dans quelle mesure les jambes contribuent à la vitesse, sans oser toutefois prendre le risque de ne pas faire de séries de jambes avec une planche. En fait, le battement des jambes contribue quelque peu à la propulsion, (MARC BEGOTTI : « Contribuer quelque peu » n’est pas possible ! soit le battement  propulse, soit il ne propulse pas) mais pas de la façon que nous nous l’imaginons.

COMMENTAIRE DE MARC BEGOTTI

 Le battement permet  de nager plus vite mais le battement ne contribue pas à propulser. Deux vitesses ne peuvent pas s’additionner  (bras+jambes) !

Si nous prenons l’exemple de la course à pied, l’action des bras, coordonnée à l’action des jambes permet de courir plus vite mais  ne participe pas à la propulsion. L’action des bras est subordonnée à l’action des jambes qui prennent appuis sur le sol, l’action des bras contribue à conserver le centre de gravité du coureur sur la trajectoire qu’il se fixe. 

Dans cet exemple il est accepté par tous que les fonctions des jambes et des bras sont différentes sans doute parce que « balancer » ses bras seuls ne permet pas  au coureur de se déplacer !

Quand on observe un nageur,  « l’observation première » nous joue des tours : en effet je vois le battement s’intensifier quand le nageur accélère, je vois l’intensité de son battement diminuer quand sa vitesse de nage diminue.  Nous avons l’illusion que le nageur utilise 2 moteurs !

Cette illusion s’en trouve d’autant plus renforcée par le fait que le battement est bien propulsif quand le nageur pousse une planche !

TEXTE DE LAUGHLIN.- Je crois que la plupart des gens pensent qu’il leur faut un bon battement des jambes pour l’une des raisons suivantes :

 » Si mes bras peuvent propulser mon corps à 4 pieds/seconde et que mes jambes peuvent le faire à 2 pieds/seconde, ensemble ils propulsent donc mon corps à 6 pieds/seconde « .

 » Si je travaille vraiment très fort à ces séries de jambes avec la planche, j’aurais un « moteur » plus puissant « .

Il est vrai qu’un nageur qui bat des jambes avec une planche crée de la propulsion, et parfois même une propulsion très rapide. Mais cela ne nous dit rien sur ce qu’un battement de jambes beaucoup plus puissant peut vraiment ajouter à la nage complète ni sur la dépense d’énergie nécessaire à l’accélération ainsi obtenue.

Mesurer l’effet véritable du battement des jambes.

Dans les années 50, le chercheur-entraîneur James « Doc » Counsilman a mis au point une expérience visant à mesurer ce que le battement des jambes ajoutait à la propulsion. Il a « remorqué » des nageurs en position de glissement à diverses vitesses, avec et sans battement de jambes. Il a mesuré la tension du câble utilisé pour vérifier si elle était plus grande, identique ou moins élevée lorsque le nageur battait des jambes ou se laissait glisser.

Le battement des jambes ne diminuait la tension du câble (c’est—à-dire qu’il ajoutait à la propulsion) que lorsque la vitesse de traction était faible et que le nageur battait des jambes avec un effort maximum.

Cependant, à toutes les vitesses supérieures à 5 pieds/seconde (1 minute 8 secondes le 100 mètres), le battement des jambes ne contribuait aucunement à la vitesse et, dans certains cas, produisait même une résistance accrue! Imaginez une traction avant et une traction arrière sur le même véhicule. Si les roues avant tournent à 30 mi/h, mais que les roues arrière tournent à 20 mi/h, la vitesse totale du véhicule ne sera pas de 50 mi/h, mais se situera plutôt à moins de 30 mi/h puisque les roues arrière créent une résistance. Le même phénomène se produit lorsqu’un nageur dont le mouvement des bras est raisonnablement efficace utilise un battement des jambes moins efficace.

Le battement des jambes consomme de l’énergie et crée de la résistance.

Plus d’effort, moins de vitesse.

La dépense d’énergie liée au battement des jambes a aussi été mesurée. Plusieurs études des 30 dernières années ont évalué la consommation d’oxygène des nageurs de compétition avec battement des bras seulement, battement des jambes seulement ou mouvement complet.

Chaque étude a démontré qu’un battement des jambes vigoureux augmentait considérablement la dépense d’énergie requise pour se déplacer à une vitesse donnée. Dans une de ces études, un battement de jambes d’une vitesse approximative de 60 secondes, soit une vitesse plutôt modérée pour un nageur de compétition, exigeait quatre fois plus d’oxygène que le battement des bras à la même vitesse.

Une conclusion s’impose : le battement des jambes n’ajoute que relativement peu de propulsion à un style de nage efficace, mais il peut augmenter beaucoup la résistance et accroître énormément la dépense d’énergie du mouvement complet si on lui accorde trop d’importance. Par conséquent, les nageurs devraient tout faire pour maximiser l’avantage de leur battement de jambes tout en minimisant les efforts qu’ils y consacrent. »

CONCLUSION DE MARC BEGOTTI

 Ce qui est déterminant pour nager plus vite c’est :

 Se construire le plus efficacement possible pour passer à travers l’eau en offrant le moins de résistance possible (s’aligner, s’orienter, se rendre indéformable, s’immerger) et se « ré accélérer » le plus efficacement possible (construire la pâle, construire l’arrière, construire l’intensité de force croissante) dans toutes les nages.  

Pour ensuite augmenter son rendement par augmentation du volume nagé.

Pour ensuite augmenter sa puissance disponible afin de pulser plus fortement les masses d’eau.

–          Travailler jambes seules n’est pas un moyen qui permette d’obtenir une plus grande efficience et un meilleur rendement

–          Les jambes ne sont pas un second moteur et ne sont pas propulsives.

 MARC BEGOTTI

 La « patiente recherche » de la nage la plus efficiente possible et la recherche du meilleur rendement  doivent être les objectifs recherchés à chaque instant de l’entraînement.

Le temps passé à s’entraîner jambes seules ne contribue ni à l’efficience de la nage ni à l’amélioration du rendement.

 

*« l’observation première est toujours un obstacle à la connaissance » BACHELARD

**Coordination : système fonctionnant comme une totalité organisée, à partir du fonctionnement simultané de composantes qui s’influencent mutuellement. Les coordinations qui dépendent du cervelet ne sont pas conscientes  donc ne s’enseignent pas, elles s’affinent par réajustement.

Le lecteur qui souhaite approfondir et élargir sa réflexion sur ce thème peut consulter une présentation intitulée « Le nageur, la technique et l’entraîneur » sur le site : abcnatation.com/dauphine-savoie    rubrique ERFAN,  onglet en bas à gauche : documents ressources

Gary HALL contre une légende française

19 août 2013

C’est d’une légende française que je voudrais vous parler aujourd’hui. Cette légende, défendue dans l’Hexagone par le pédagogue Raymond Catteau, prétend que le battement de jambes n’est pas propulsif.

Cela ressemble à une provocation, mais une provocation qui a connu un beau succès chez nous. Plusieurs techniciens souscrivent, dirait-on, de confiance, à cette idée de Catteau selon qui le battement de jambes n’est pas propulseur mais stabilisateur ; mais c’est sans insister qu’ils récitent ce mantra, et passent vite au sujet suivant. Cet été, commentant les Mondiaux de Barcelone, Roxana Maracineanu a, à plusieurs reprises, insisté sur le fait que les bras font l’essentiel de la propulsion dans les nages crawlées (à la différence de la brasse).

Raymond Catteau, qui a mis en place une pédagogie,  a aussi permis d’établir des lignes théoriques de ce qui est peut-être (il convient de se montrer prudent à ce sujet) une façon française de nager. S’il est un point où il ne nous parait pas convaincant, c’est bien au sujet du rôle des jambes dans la propulsion du nageur !

Nous n’avons jamais interrogé suffisamment longtemps Catteau, alerte nonagénaire, sur cette question, mais nous disposons de quelques instruments de réflexion qu’il a proposés, ainsi son ouvrage de 2010, sa disquette incorporée, et l’analyse qu’il fait de la question dans un DVD publié par l’INSEP, dans lequel il nous donne à observer une phase de la nage de Roland Matthes, l’un des plus fameux dossistes du siècle. D’après Catteau, le DTN, Lucien Zins, avait montré (cela doit être vers 1968) un film de la nage de Roland Matthes à ses techniciens, et, se souvient Catteau, commentait : « regardez comme il pousse ». Même s’il nous semble que Zins ne parlait pas de « pousser », mais d’ « appuyer » sur le battement, on peut admettre qu’il a employé ce terme… qui a déplu à Catteau.

En examinant longuement un film de Matthes de 1975, se repassant l’action des dizaines de fois, Catteau avait cherché à comprendre un moment de l’action où, son bras gauche s’approchant de l’eau à la fin de son retour aérien, Matthes semblait « appuyer » sur le battement de la jambe opposée, comme le montrait un remous de plus forte amplitude. Catteau en conclut que Matthes appuyait à cet instant sur son battement pour équilibrer son corps. L’équilibre étant menacé par ce bras sorti de l’eau…

Or il semble bien que Catteau commettait là l’erreur qu’il imputait à Zins. En effet, fasciné par ce que l’image lui offrait, le bras encore émergé de Matthes prêt à plonger pour effectuer son attaque sous-marine au moment même où un puissant remous au niveau des pieds du nageur indiquait un temps fort dans son battement, Catteau a relié logiquement ce retour aérien du bras émergé et le temps fort de son battement. Or il n’a pas songé que l’autre bras (invisible parce qu’immergé) de Matthes était en train d’achever son action propulsive sous-marine. Catteau n’a-t-il pas envisagé qu’en appuyant sur son battement à cet instant précis, Matthes ne cherchait pas à assurer un équilibre menacé par la phase de retour aérien de son bras gauche, mais bel et bien à « appuyer » l’action propulsive du bras droit, alors immergé (et donc invisible dans le film en question) ? A l’appuyer, donc, par un battement ‘’équilibrateur’’, peut-être, mais propulseur, certainement, de la jambe correspondante ?

Soyons clair. Nous n’avons jamais cru à cette idée que le battement de jambes n’est pas propulsif, nous ne croyons pas plus qu’il soit stabilisateur. Chez un bon nageur ‘’de jambes’’, le battement aide à la propulsion. Chez un nageur ‘’de bras’’, il permet aux jambes, qui sont plus lourdes que le haut du corps, de ne pas descendre et entraver la position hydrodynamique du nageur. Le battement ne stabilise pas, mais équilibre le nageur (sur le plan horizontal). La fonction de stabilisation (latérale) se fait par tout le corps, la tête et la région des hanches (le triptyque abdominaux, obliques, lombaires) jouant dans ce domaine un rôle fondamental

Il ne s’agit pas là d’une croyance au sens où je crois en la réincarnation ! C’est un fait avéré dès les débuts de l’histoire de la natation. Les ennuis nés de cette théorie ont commencé le jour de 1898 où Alix Wickham fit la démonstration du « taptapala », une nage mélanésienne qu’on allait appeler le crawl : il ne battait pas sur ses jambes, mais tournait des bras. Lorsque Cavill s’y essaya, il s’aperçut qu’il nageait plus vite jambes entravées que jambes battant. Preuve que le battement n’est pas propulsif ? Preuve aussi, soit qu’en crawl, il n’est pas stabilisateur, soit que la stabilisation ainsi opérée n’aide pas à l’avancement du corps, puisque le nageur allait plus vite sans cette supposée action stabilisante du battement ? Mais il faut savoir de quoi l’on parle, et qui dit battement de jambes aux débuts du crawl et aujourd’hui parle de deux choses très différentes. François Oppenheim, dans son magistral ouvrage de 1964, La Natation, nous explique bien qu’aux débuts, le battement du crawl  partait du genou. Les cuisses étaient rigides, seule la partie inférieure de la jambe battait l’eau. Ce sera Bill Bachrach, le coach de Weissmuller, qui proposera un quart de siècle plus tard un battement auquel participe toute la jambe, un battement qui part de l’articulation de la hanche.

La querelle des bras et des jambes en natation a tout d’un faux problème, qui  ressemble parfois à celle des « petit boutiens » et des « gros boutiens » qui provoque une guerre sans merci, dans les Voyages de Gulliver, entre ceux qui estiment que l’œuf coque doit s’ouvrir par le gros bout et ceux qui pensent que l’œuf doit être cassé par le petit bout.

Catteau, sur l’analyse de la nage de Matthes opérée d’après un film de 1975, m’a expliqué que cette action, qu’il estimait fautive au plan technique, du nageur allemand, annonçait sa défaite aux Jeux olympiques de 1976. Ayant vu de mes yeux Roland Matthes pleurer dans un bus qui le ramenait d’une course, aux championnats du monde de Cali, en 1975, tandis qu’Ulrike Richter cherchait à le consoler (j’étais assis juste derrière eux), et sachant qu’après dix ans de compétition, il souffrait de très douloureuses tendinites aux épaules et nageait sur ordre impératif des dirigeants est-allemands, je supposais d’autres causes qu’une carence technique à son échec de 1976.

Je ne voudrais pas aller plus loin dans une critique de l’idée de battement non propulseur,  les évidences étant souvent difficiles à envelopper dans un raisonnement. Enfonçons une porte ouverte. Le battement est propulseur, mais consommateur d’énergie, aussi la puissance du battement doit-elle être inversement proportionnelle à la distance nagée : autant il peut être difficile de nager vite sans un fort battement, autant il n’est guère souhaitable de mettre un gros battement sur de longues distances. Cela une fois dit, l’opinion selon laquelle le battement est stabilisateur et pas propulseur est au mieux académique, au pire trompeuse

Voici, au sujet du battement de jambes, le point de point de vue de Gary Hall Sr. Gary Hall, père du sprinter de même nom, a battu des records du monde en quatre nages, en dos et en papillon, et remporté des médailles à trois Jeux olympiques, en 1968, 1972 et 1976. Ophtalmologiste de profession, il a créé le Race Club, une entité qui a produit de très bons nageurs, surtout en sprint…

Selon Gary Hall senior, à la question de savoir ce qui contribue le plus à la propulsion (il emploie le terme : vitesse générale) du nageur, du battement ou de l’attaque de bras, il convient, dit-il, « de peser la force et la technique de chaque composant du mouvement de nage, mais, » ajoute-t-il, « pour la plupart des nageurs raisonnablement bons, je dirai que la contribution du battement à l’avancement du corps est supérieure à celle de la traction du bras. » Suivons Gary Hall sans intervenir dans son raisonnement. Lui-même admet qu’il y a un paradoxe dans son propos en prenant l’exemple d’un nageur qui effectue un 50 mètres bras en 35’’ et un 50m jambes en 40’’.

« Il faut bien comprendre que dans le battement de jambes et le tirage des bras, on trouve une contribution à la propulsion et une autre contribution, négative, celle-ci, à un effet de résistance frontale (il y a aussi une contribution au soulèvement du corps, mais nous l’ignorerons pour l’instant). Même chez les nageurs dotés d’un très fort battement de jambes, peu de gens disputeront l’idée que la propulsion des bras est supérieure à celle des jambes. Cependant, quand le battement est effectué proprement, jambes serrées et avec une fréquence rapide, l’action de tirage des bras est aussi une plus grande contributrice  à l’effet de trainée, la force qui ralentit le nageur. »

« Les deux facteurs majeurs qui déterminent les forces de freinage qui s’imposent à un nageur évoluant à travers l’élément liquide sont la forme de l’objet (le corps nageant) et la vitesse de l’objet, continue Hall. Notre forme est certainement influencée par nos techniques de bras et de jambes, mais supposons acquise l’idée qu’un battement des jambes serrées à haute fréquence et un mouvement de bras avec les coudes haut réduiront au maximum les frottements contre-productifs. Reste l’autre facteur, la vitesse, parce qu’en raison de la densité de l’eau, même des petits accroissements de vitesse provoqueront de gros accroissements des effets de freinage pour une forme non hydrodynamique comme un nageur qui effectue les mouvements du crawl. »

« Quand nous ajoutons le battement de jambes à l’attaque des bras pour créer le mouvement d’ensemble de nage, continue Hall, l’accroissement de vitesse suffit à ajouter à l’effet de freinage imposé par l’action de tirage, essentiellement du bras (par opposition à l’avant-bras). Le résultat net de ces actions et contre-actions est que chez un nageur doté d’un honnête battement de jambes, la contribution du battement à la vitesse totale sera plus grande que celle du mouvement de bras quand ces deux actions sont simultanées. »

« Un exemple: j’entraîne actuellement l’Irlandais Andy Hunter, qui cherche à se qualifier aux Jeux du Commonwealth 2014. Il a récemment nagé un 50 mètres à Fort Lauderdale contre Cesar Cielo. Aucun des deux n’était rasé, mais aucun n’est bien velu. Cesar nagea en 22’’, Andy en 25’’7 et finit huit mètres derrière. En sortant de l’eau, Andy, qui a plus de trente ans et est très fort du haut du corps, me demanda : « comment peut-il me battre de huit mètres sur 50 mètres ? » Ma réponse fut celle-ci. Andy effectue un 50 mètres en battements de jambes avec planche en 45 secondes (vitesse de base, 1,1m/s), contre 30 secondes pour Cesar dans le même exercice (vitesse de base, 1,66m/s). Si l’on admet que tous deux battent à leur vitesse maximale, il apparait que le battement de jambes de Cesar ajoute 0,64m/s pour atteindre 2,3m/s. Pour Andy, le tirage des bras doit contribuer à hauteur de 0,83m/s pour atteindre 1,9m/s. Ce faisant, sa vitesse totale est de 0,4m/s inférieure à celle de Cesar, en fonction de son infériorité en vitesse de battement. A l’arrivée, cela donne une différence de 8,80 mètres. C’est la différence de la vitesse respective de leurs battements qui les sépare. »

« Andy a donc travaillé très dur sur son battement, par des séries de battements, des assouplissements et des exercices de force. Le mois dernier, il a effectué 38’’ à la planche et son sprint est descendu à 23’’. »

« La plupart des entraîneurs et des nageurs ne comprennent ni n’apprécient l’importance de la vitesse des jambes dans la vitesse globale de nage, ni ne travaillent assez les jambes à l’entraînement. Dans la course, les jambes ne disposent pas, à la différence des bras dans leur retour aérien, d’un temps de repos, et leur mouvement est triple (sextuple si vous considérez l’élévation  du pied) du mouvement des bras. Les jambes travaillent dans les deux directions,  tandis que les bras reçoivent quelques dixièmes de seconde de repos à chaque cycle. »

« Par rapport aux bras, les jambes doivent être mieux conditionnées afin de soutenir ces mouvements rapides pendant la course. Quand des parents me demandent ce qui fait un Michael Phelps, un Ryan Lochte, une Missy Franklin ou un Cesar Cielo, la réponse est dans leur battement de jambes. Je leur dis de travailler les jambes à l’entraînement pour se donner un meilleur battement et une nage plus rapide. »

Éric LAHMY

Echec britannique à Barcelone : c’est la faute à la piscine !

8 juillet 2013

Par Eric LAHMY

Après une performance collective jugée catastrophique aux Jeux olympiques de Londres, l’an dernier, l’équipe britannique de natation s’est distinguée par de nouvelles contre-performances en séries aux mondiaux de Barcelone, achevés ce 4 août. Jazmin Carlin, qui devait porter la contradiction à Katie Ledecky dans toutes les compétitions de demi-fond, Jamieson, le nageur de brasse, la sprinteuse Halsall, etc., ont tous fini très loin de leurs ambitions.

Bill Furniss, le patron de la natation britannique, a trouvé la raison de cette défaillance collective. Il a déclaré que les conditions parfaites dans lesquelles évoluaient les nageurs de compétition étaient contreproductives, parce qu’elles les rendaient incapables de reproduire leurs performances dans les conditions de la compétition internationale.

La piscine Ponds Forge de Sheffield, dans laquelle se déroulent les compétitions nationales et internationales ainsi que les sélections britanniques, est célèbre en raison des performances remarquables qui sont réalisées. D’après Furniss, repris par le quotidien The Telegraph, cette particularité est due à son dessin ainsi qu’à la qualité de son eau. Les niveaux d’ozone et d’oxygène qu’elle contiendrait améliorent la flottabilité des nageurs, tandis que sa profondeur uniforme de trois mètres et des particularités de son design amoindriraient la résistance à l’avancée des nageurs. La viscosité de l’eau, rendue plus faible par divers traitements, améliore la portance (comme l’eau de mer). Le gradient de vélocité de l’eau près de sa surface (où évolue le nageur) est influencé favorablement par cette profondeur du bassin. Interrogé par la BBC Radio 5 Live, Mr Furniss a déclaré : « Sheffield est un problème. Je n’y veux pas de sélections. A l’avenir, nous questionnerons cela. Je préfère utiliser des piscines moins rapides.” Selon Mr Furniss, la question ne se pose pas seulement dans les meetings: “ces jeunes gens nagent toute leur carrière, sept ou huit années de suite, en age groupe, dans les équipes nationales de jeunes puis seniors, dans ce bassin. C’est un confort que nous devons leur ôter. »

Cette fameuse piscine a en effet été pensée pour la vitesse. Profondeur uniforme de trois mètres, eau traitée à l’ozone et oxygénée, bouées et plages brise-vagues. Les nageurs britanniques adorent s’y retrouver en raison des excellentes conditions d’entraînement qu’ils y trouvent.

D’après un ancien champion britannique, ce bassin est victime de son succès en raison de sa qualité : « tous nos nageurs y vont, ils y font de très bons temps qu’ils ne peuvent dupliquer ailleurs et je crois que cela travaille contre eux. »

La réflexion de Mr Furniss peut paraître bizarre. Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre. La saga des piscines rapides démontre pourtant qu’il ne s’agit pas d’une légende. Les Britanniques disposaient d’ailleurs dans le passé d’une piscine réputée pour sa vitesse, le bassin de 55 yards de Blackpool, alimenté en eau de mer. Un grand nombre de records mondiaux y furent améliorés (jusqu’à ce que l’eau de mer soit interdite). Mais on trouva d’autres moyens d’améliorer la « vitesse » des bassins.

En sens inverse, on peut toujours empêcher un bassin d’être trop bon. Peter Daland, le fameux entraîneur d’USC dans les années 1950-1980, faisait parfois évoluer ses nageurs dans le bassin dont le niveau d’eau avait baissé d’un demi-mètre, sans lignes d’eau brise-vagues. Conseil gratuit pour les coaches de Sheffield…

Le champion et le noyé

8 juillet 2013

Pendant que la natation française se distinguait aux Championnats du monde de Barcelone, l’opinion était alertée par un nombre important de noyades sur les lieux de vacances des Français. Cette conjonction choquante de l’actualité a conduit la Fédération Française de Natation de publier aujourd’hui le communiqué qui suit.

« Les récents Championnats du Monde de Barcelone ont apporté beaucoup de joie et de fierté à la France et aux français.Les activités aquatiquesont en effet vocation à être sources de bonheur et de détente.

La Fédération Française de Natation est donc profondément attristée que l’eau puisse être aussi source de malheur, et non plus de plaisir et d’épanouissement. La Fédération, ses acteurs et représentants, adressent aux nombreuses familles des victimes des récentes noyades de très sincères condoléances.

Ils regrettent que l’apprentissage de la natation ne soit envisagé en France avec le sérieux nécessaire. A l’instar du savoir-lire et du savoir écrire, le «savoir nager» doit être un des enseignements primordiaux de nos enfants.

Le déficit ou le sous-dimensionnement d’équipements aquatiques de proximité, l’absence de coopération avec l’Education Nationale, les missions diverses sollicitéesdesprofesseurs des Ecoles sans formation et soutien spécifiques, la gestion mercantile de certains équipements aquatiques, sont autant de causes rendant inadapté ou incomplet l’apprentissage de la natation

La Fédération Française de Natation rappelle qu’elle accueille dans ses clubs tous les niveaux de pratique, du bébé nageur, à l’enfant, au compétiteur, au sein de l’Ecole de Natation Française.

Elle organise par ailleurs, en partenariat avec le Ministère de la Jeunesse, des sports et de la Vie Associative, tous les étés, l’Opération Savoir Nager qui dispense gratuitement des sessions de natation en vue de l’obtention du premier niveau d’apprentissage le «Sauv Nage».

La Fédération est présente aussi sur des sites naturels (mers, lacs, rivières,…) dans le cadre des activités «Nagez Grandeur Nature». Sur ces sites, une lecture des vagues et courants d’eau est proposée aux pratiquants afin de comprendre et d’évoluer au mieux en milieu naturel.

La Fédération Française de Natation travaille ainsi sans relâche sur la qualité des contenus pédagogiques délivrés dans ses programmes et sur la formation de ses intervenants. Il existe ainsi au niveau national un Institut National de Formation des Activités de la Natation (INFAN) et dans chaque région, une Ecole Régionale de Formation aux Activités de la Natation (ERFAN).

Ces établissements dispensent des formations qui permettent l’obtention de brevets fédéraux et d’Etat garantissant la sécurité des activités aquatiques.

Enfin, la Fédération Française de Natation a une expertise et un positionnement forts auprès des décideurs publics (locaux et nationaux)afin que la construction des établissements aquatiques soit amplifiée et que leur configuration et gestion permettent de répondre réellement à la destination et à la demande sociale diverse de ces équipements publics.

La Fédération Française de Natation défend en effet qu’une piscine est un équipement public par excellence,tout à fait spécifique dans son utilisation puisqu’à la différence des grands stades, voire des grandes salles de sports collectifs, elle a vocation à être utilisée quotidiennement par de multiples et divers publics (jeunes à l’école à l’université; grand public; forme bien être; santé; pompiers et service de protection; sport en entreprise; bébé nageurs, aquaform, activités sportives avec plusieurs disciplines olympiques,…) en périodes scolaires et hors de ces périodes scolaires.

La Fédération Française de Natation souhaite que les récents événements, ceux heureux des Championnats du Monde de Barcelone et ceux dramatiques du nombre de noyades, posent les bases d’un service public de la natation rénové, renforcé.

Service public de la sécuritéet de la prévention des noyades, Service public de l’Education, Service public de l’égalité des territoires et de l’accès aux activités sportives et de loisir, Service public de santé, de prévention sanitaire, Service public d’aménagement et de développement territoriaux, Service public de lien social et d’actions citoyennes au sein du secteur associatif, Service public de la performance et du rayonnement international.  Les activités de la natation nécessitent certainement plus d’intérêt, de réflexion et d’accompagnement de la part des politiques publiques

La Fédération Française de Natation est l’opérateur de toutes les activités aquatiques. Elle met son cœur de métier: la performance, au service de chacun et du plus grand nombre pour que l’eau demeure source de plaisir, de santé, d’épanouissement et de dépassement de soi! »

La France et le paradoxe Virginie Dedieu

24 juillet 2013

Barcelone, 24 juillet 2013

La natation synchronisée, est le dernier venu des sports reliés à la natation. Les courses, les plongeons, le water-polo, ont été pratiqués au plus haut niveau de compétition depuis beaucoup plus d’un siècle maintenant. Née d’une distraction de grandes bourgeoises américaines passionnées de ballet et de nage, la « synchro » a eu du mal à se faire prendre au sérieux. Elle est entrée au programme des premiers championnats du monde, en 1973, certes, mais parce que pendant 77 ans, la FINA a estimé que ses championnats du monde étaient les Jeux olympiques. Une suite d’opportunités l’a conduite au programme olympique (boycottage des Jeux de 1984 par les Russes, désir des télévisions américaines d’ajouter des compétitions favorables aux Américains, qui régnaient sur la discipline, appui déterminé à la discipline de Monique Berlioux, alors Directeur du CIO).

Entre-temps, grâce au statut olympique, les ballets nautiques sont passés d’un sport régional (Canada, Etats-Unis, Japon) à une activité intercontinentale et mondiale. La Russie, pays à la fois européen et asiatique, règne depuis quinze ans. D’autres équipes se sont imposées comme des rivales potentielles et maintiennent un haut niveau de compétitivité, Espagne, Chine, Ukraine. Des trois pays qui ont dominé la scène de 1973 à 1996, le Japon a le mieux résisté aux émergences de nouvelles nations et les Etats-Unis ont eu le plus de mal à surnager.

La France fait partie, ou pas, selon les années, d’un deuxième peloton de « synchros » dans lequel on trouve l’Italie, la Grèce, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis. Sa situation varie, alternant entre le correct, vers la 7e place, et le moins bon. Elle a vécu un paradoxe avec Virginie Dedieu.

La soliste la plus artistique, la plus inventive et la plus médaillée de l’histoire, avec les titres mondiaux 2003, 2005 et 2007, et deux secondes places, en 1998 (derrière Sedakova) et en 2001 (derrière Brousnikina) se place en tête du palmarès du siècle. Elle s’est maintenue au sommet de la hiérarchie plus longtemps que toutes les autres solistes. Son palmarès a souffert d’un événement qui n’était pas de son fait, la disparition du solo des Jeux olympiques après 1996, mais cela ne change en rien son vrai statut, à notre avis de nageuse synchronisée n°1 du siècle, avec l’Hawaïenne Tracie Ruiz.

Le talent, l’ambition et surtout les résultats de Virginie ont parfois masqué les faiblesses du potentiel de l’équipe de France. A Londres, le duo tricolore a été 11e, l’équipe était absente. Le meilleur résultat de toute l’olympiade précédente a été une 7e place en solo de Chloé Wilhelm. La France a trouvé en 2013 une nouvelle soliste, encore jeune avec l’Aixoise (comme Virginie Dedieu) formée à Gap Estelle Anaïs Hubaud. A voir…

Estelle était aujourd’hui la plus jeune des douze filles retenues pour la finale. Elle a fini 11e , mais c’est une anecdote. Sa présence à cet âge tendre en est une autre. Il ne faut pas en tirer de conclusions erronées. Elle est là, et d’autres juniors plus fortes qu’elle ne le sont pas. Pourquoi? Parce que leur synchro dispose de solistes plus âgées et mieux classées. Estelle Anaïs a fini 3e des championnats d’Europe juniors, avec 15 points de moins que la première, une Russe, Anisiya Neborako, qui est de douze mois sa cadette, et 4 de moins que l’Ukrainienne Anastasia Savchuk. Celle-ci a été incorporée dans le ballet d’équipe ukrainien, celle-là n’a pas été dans l’équipe nationale russe, quand Hubaud est la vedette de l’équipe de France. D’autres très jeunes solistes sont devant elles de par le monde, comme la Canadienne Chouinard. Hubaud souligne a contrario le peu de profondeur de l’élite de notre synchro.

La percée de Hubaud représente un défi et une interrogation. Elle ne mesure que 1,58m, et la synchro a presque toujours servi les longs segments. L’Aixoise (originaire de Gap) saura-t-elle imposer grâce à autre chose qu’il lui faudra inventer ses particularités physiques ? La performance est certes aussi question de tonicité, de muscles, et de souplesse ; sur ce plan Estelle est bien pourvue. Même si la plupart des solistes d’élite ont été grandes, des exceptions n’ont jamais manqué, et Ruiz, 1,62m, Dedieu, 1,63m, et, plus loin dans le temps, Sylvie Fortier, 1,58m, ou Jocelyne Carrier, 1,57m, sont passées par là pour le prouver. Mais il serait bien hardi de dire que la France a trouvé la nouvelle Virginie Dedieu.

Entre Esther Williams et June Taylor, la nostalgie reste ce qu’elle était

22 juillet 2013

Esther Williams et June Taylor sont mortes. June qui ? June Taylor, laissez moi continuer… La déesse des ondes hollywoodiennes et la marsouine hydrothérapeute canadienne, disparues à trois semaines d’intervalle en juin ; deux grands-mères fondatrices des ballets nautiques. C’est la fin d’une belle histoire d’eau, et de deux « grandes » de dimension et d’audiences différentes. Esther, mille fois plus célèbre que June, entra dans cette aventure, poussée par le hasard qu’aida sa plastique hors-normes. Nageuse, mais pas ‘’synchronisée’’, nulle femme ne finissait ses 100 mètres plus vite qu’elle en 1939. Jetée dans une retraite anticipée par l’annulation des Jeux olympiques de 1940, elle se retrouva, afin de gagner sa vie, en train de gigoter dans une féérie des eaux aux côtés de ‘’Tarzan’’ Johnny Weissmuller, puis projetée en direction d’Hollywood où son minois et ses mensurations constituaient un solide gage de talent artistique. C’est du dehors et sans s’en rendre compte qu’elle promut ce sport qu’elle ne pratiquait pas. Taylor, tout au contraire, fut une passionnée, une pionnière, qui oeuvra à un niveau beaucoup plus paisible de notoriété, première championne du Canada et des Etats-Unis, puis ardente propagandiste. La nouvelle de la mort d’Esther a été connue le soir même, aux quatre coins du monde. Celle de June Taylor a mis près d’un mois à nous atteindre, par les canaux sous-marins des fidèles du Swimming Hall of Fame. L’une a créé un tsunami, l’autre produit trois vaguelettes. Qu’importe. Elles étaient soeurs, sans trop le savoir, et venaient d’un temps où la danse dans l’eau ne se savait pas trop synchro et tâtonnait encore un peu entre libre activité de beauté et sport de notation. E.L.