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“KORNELIA” MISE EN CALE SECHE PAR VINCENT DULUC

…L’ART SUBTIL ET NARCISSIQUE DE RATER SON SUJET EN L’OUBLIANT SYSTEMATIQUEMENT POUR MIEUX SE METTRE EN AVANT…

« Kornelia » de Vincent Duluc, Stock, coll. « La Bleue », 2018)

Par Alain Philippe COLTIER

Lundi 11 Février 2019

     Au départ, la démarche de l’auteur procédait plutôt d’un sympathique et louable sentiment : revisiter un amour (somme toute très platonique) de jeunesse. En plus, pas n’importe lequel : Kornelia Ender. Pas moins ! L’égérie de tout un système, celui du sport en RDA ; l’ambassadrice dite de charme de toute une nation, l’Allemagne de l’Est.

     Car non contente d’avoir raflé quatre titres  olympiques (100 mètres et 200 mètres nage libre, 100 mètres papillon et quatre fois 100 mètres 4 nages), celle qui forma avec son compatriote de champion Roland Matthes, le couple – éphémère – le plus glamour, voire le plus hygiénique du mouvement olympique, avait chaque fois battu à ces Jeux Olympiques de Montréal le record du monde de la spécialité.

     Ceci dit, on ne demandait, façon de parler, qu’à rentrer au plus vite dans le vif du sujet.

     Mais voilà, d’emblée, on reste en rade, à patauger comme un improbable imbécile au beau milieu d’une affreuse odeur de grenier rongé par l’humidité. Manifestement intoxiqué par les chaînes (de télévision) commerciales occidentales, mal à l’aise dans la peau du type qui croit être déjà arrivé en fin de parcours, l’auteur est incapable de s’effacer derrière son sujet ; celui-ci n’étant finalement qu’un prétexte peu avouable pour évoquer sa propre vie, son état d’esprit, ses idées toutes faites prêtes à être emballées sans papier cadeau et surtout, et avant tout, ses angoisses à répétition sur les années qui passent.

Qu’est-ce qu’un lecteur/lectrice lambda ou pas peut bien y faire ? Rien. Kornelia for ever ! Oui, pourquoi pas ? Mais sûrement pas dans ces conditions. Bref, ce texte est déboussolant et exaspérant comme la trajectoire de l’Allemagne de l’Est, une nation qui n’existe plus.

     Pour ne rien arranger, cet ouvrage hybride, mi-psychanalyse, mi-dossier journalistique, est également plombé par le style. En outre, l’auteur consacre le plus clair de son temps à creuser des sillons, puis à bifurquer. En ruptures permanentes.    

    Et la natation dans tout ça ? On y vient. S’aventurer dans de telles eaux oblige (à l’insu de son plein gré) l’auteur à faire du cabotage à la godille. Les affirmations lapidaires sont légions. “ Á 19 ans elle (là, il parle de Shirley Babashoff, adversaire dépitée et infortunée d’Ender) était vieille maintenant.”

     Vieille à dix-neuf ans ? Cliché, car dans ces conditions, quid de l’Australienne Dawn Fraser ? Triple championne olympique sur 100 mètres nage libre, si sa Fédération ne l’avait pas ‘autocratiquement’ suspendue pour dix ans, Dawn aurait encore, sans doute, plané au dessus des débats en 1968, aux Jeux Olympiques de Mexico, à l’âge de… 31ans. Sans parler des trentenaires qui encombrent les podiums de nos jours?

Autres morceaux choisis, évoquant cette fois les Jeux Olympiques de Munich, en 1972. “Les Américains avaient convenu qu’ils ne connaissaient qu’une méthode pour aller plus vite : s’entraîner jusqu’à ce que cela fasse mal et continuer.” Et Mark Spitz alors, que personne, pas même son propre entraîneur, n’avait vu s’entraîner dans les mois qui précédèrent les Jeux Olympiques de Munich ? Entre enfoncement de portes-ouvertes, appréciations dénuées de tout fondement et grosses contre-vérités, on n’en sort plus.

     Tiens, à propos de Shane Gould : “Elle avait décidé au soir de ses 17 ans qu’elle était trop vieille (ndlr : on y revient encore) pour continuer à nager.” En Australie, terre de natation aussi bien en piscine que dans l’océan (n’en déplaise à l’auteur), la petite héroïne des Antipodes en avait plutôt marre de tout le satané battage médiatique autour de sa personne et des affrontements entre son père et son entraîneur. Au point de se marier aussi sec et d’aller mener une vie de hippie bien à l’abri des regards indiscrets.

     Quant à se trouver trop vieille pour nager au plus haut niveau, cela fait doucement rigoler lorsque l’on sait que 20ans plus tard, Shane Gould prit un malin plaisir à réécrire une pléiade de records du monde chez les Masters, et tenta même de décrocher sa qualification pour les Jeux Olympiques de l’An 2000.

     Encore aujourd’hui, la triple championne olympique des Jeux de Munich nage au quotidien, de préférence dans l’océan.

     Cependant, parfois, au détour d’un paragraphe, l’auteur s’applique comme par miracle à glisser une piqure de rappel et même, luxe suprême pour l’occasion, à la… développer. Souvenez-vous un peu de ces nageurs transformés en baudruches pour soi-disant améliorer leur indice de flottabilité – ce qui en dit assez long quand même sur la connerie humaine !

     Malheureusement ce genre d’anecdote croustillante a dû mal à surnager au milieu du naufrage programmé.

     Á l’arrivée, l’auteur avait sous la main de formidables ingrédients. Le sujet lui a échappé. Malencontreuse erreur d’aiguillage ? Une telle trajectoire aurait mérité meilleur traitement. Le lecteur/lectrice reste derrière la porte, pas plus avancé(e) sur Kornelia qu’il/elle ne l’était au départ. Miné par ses propres et nombreuses angoisses, l’auteur a même oublié de signaler, en autres, que l’Apollon des grands bassins Roland Matthes était quand même entraîné par une femme, chose rarissime, tous sports confondus, à cette époque, et même encore de nos jours. 

    Dans son dernier opus, Bullshits Jobs, David Graeber constate la prolifération des boulots à la con, ces emplois très bien payés mais parfaitement inutiles. Á l’avenir (qui ne semble pas appartenir à l’auteur de Kornelia – si on veut bien l’entendre), l’anthropologue et économiste américain devrait cette fois s’amuser à consacrer un ouvrage sur ces livres qui certes ne laissent pas indifférents mais qui surtout n’apportent ou n’éclairent rien ou si peu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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AFFAIRE SUN YANG: SELON LES CHINOIS, SUN YANG A EU RAISON DE CHINOISER!

LES CHINOIS ONT EMBOITÉ LE PAS DE SUN YANG DANS L’AFFAIRE QUI A MENÉ A LA DESTRUCTION PAR L’IMPÉTRANT DES FIOLES OU SE TROUVAIT SON SANG GÉNÉREUX. A L ARRIVÉE? SI ON N’Y PRÊTE GARDE, ON NE POURRA PLUS CONTRÔLER PAR SURPRISE C’EST-A-DIRE QU’ON NE POURRA PAS CONTRÔLER SÉRIEUSEMENT.

L’Association chinoise de natation soutient Sun Yang contre les accusations du Sunday Times

(article du Quotidien du Peuple en ligne)
 L’Association chinoise de natation (CSA) a affirmé le 27 janvier que Sun Yang n’avait commis aucun acte répréhensible et n’avait pas enfreint les règles antidopage lorsqu’il a subi un test d’urine hors compétition en septembre dernier.

Selon un communiqué rendu public le même jour, la CSA a cité une décision finale du jury antidopage de la FINA, disant « En conséquence, la session de prélèvement d’échantillons lancée par l’IDDM le 4 septembre 2018 est invalide et nulle ».

Le 4 septembre 2018, Sun Yang avait rejeté un test de dopage hors compétition fait chez lui, dans la province du Zhejiang, car les contrôleurs de dopage de l’IDDM, l’organisation alors autorisée par la FINA pour effectuer de tels tests, n’avaient pas présenté de preuve d’identité suffisante.

Le différend entre le nageur et l’équipe de contrôle du dopage a ensuite été soumis à la FINA, la Fédération mondiale de natation, qui s’est prononcée en faveur de Sun Yang après une audience de 13 heures le 3 janvier.

Dans un article intitulé « Le champion olympique Sun Yang a agressé des contrôleurs de dopage », le journal britannique Sunday Times a déclaré que le nageur chinois « risque une interdiction à vie après qu’un affrontement avec des contrôleurs antidopage se soit terminé par la destruction d’une fiole scellée contenant le sang du nageur à coups de marteau, par son garde de sécurité et lui ».

L’article a ajouté que Sun Yang « a refusé la carte d’identité du contrôleur, afin de l’observer laisser passer son urine, affirmant que c’était une preuve insuffisante pour certifier qu’il était bien un membre officiel de l’équipe de contrôle ».

La CSA a cité la décision de la FINA, qui, dans son communiqué, a dit que « M. Sun Yang n’a pas commis de violation des règles antidopage en vertu de la FINA DC 2.3 ou de la FINA DC 2.5 ».

« Après que la FINA ait ouvert une enquête sur le problème, la CSA a ordonné à Sun Yang de coopérer pleinement avec la FINA et de rapporter chaque détail de l’affaire au plus juste. Selon la décision finale du panel antidopage de la FINA, la FINA a confirmé que l’athlète n’avait pas commis violation des règles antidopage », a annoncé la CSA dans une déclaration.

Sun Yang, détenteur du record du monde du 1500 mètres nage libre et triple champion olympique, envisage de porter plainte contre le Sunday Times, a annoncé le 27 son avocat, Zhang Qihuai. M. Zhang a indiqué que le journal avait relaté l’incident « avec une intention malveillante » qui « portait gravement atteinte à la réputation de Sun Yang ainsi qu’à sa vie privée ».

« Nous nous réservons le droit de poursuivre en justice les médias internationaux concernés qui ont rapporté l’incident », a-t-il ajouté, selon un communiqué transmis à Xinhua. « Les trois membres du personnel IDDM n’ont pas été en mesure de produire des documents d’autorisation de celle-ci et n’ont pas non pas fourni non plus un certificat d’agent de contrôle du dopage ou une licence d’infirmier », a précisé M. Zhang dans son communiqué. « Et ils ont fabriqué un rapport mensonger selon lequel Sun Yang avait enfreint les règles antidopage et l’avaient envoyé à la FINA ».

Lors d’une interview ultérieure, M. Zhang a révélé que l’équipe de contrôle du dopage était composée de l’agent de contrôle du dopage en chef, d’un camarade de classe non formé et d’un ami.

« En fait, les deux autres personnes n’avaient pas de formation en matière de contrôle du dopage, ni de certificats d’agents de contrôle du dopage et ni de documents d’autorisation appropriés », a expliqué M. Zhang, qui a ajouté que Sun Yang a immédiatement signalé le problème aux autorités de natation du Zhejiang, qui « ont consulté le chef de l’équipe nationale de natation et ont décidé d’empêcher les agents de contrôle du dopage de prélever l’échantillon de sang, leurs identifications et le processus de contrôle de dopage étant discutables ».

À la suite de l’incident, Sun Yang et Zhang Qihuai ont assisté à une audience de la FINA en novembre 2018 à Lausanne. « Nous avons fourni de nombreuses preuves, notamment 58 captures vidéo et des images de surveillance reproduisant de manière objective la scène », a déclaré M. Zhang. « La FINA a donc conclu que Sun Yang n’avait commis aucun acte répréhensible », et « Sun Yang a le droit de rejeter tout test de dopage non valide et de protéger la réputation et l’intégrité des athlètes chinois », a-t-il ajouté dans une interview.

(Rédacteurs :Yishuang Liu, Gao Ke)

ET UNE NOUVELLE AFFAIRE DE DOPAGE POUR SUN YANG

DANS LA PHILOSOPHIE CHINOISE, LE YIN ET LE YANG S’OPPOSENT POUR FORMER LA RÉALITÉ DU MONDE. LE YIN ÉTANT LA FACE CLAIRE DE LA VIE, LE YANG SA FACE OBSCURE. POUR CE QUI CONCERNE SUN YANG, C’EST LA MÊME CHOSE. UNE NOUVELLE FOIS, C’EST LA FACE SOMBRE, LE YANG INDIQUÉ PAR SON PRÉNOM, QUI RESSORT. LE TRIPLE CHAMPION OLYMPIQUE S’EST OPPOSÉ À UN CONTRÔLE SURPRISE EFFECTUÉ PAR LA WADA, L’ORGANE ANTI-DOPAGE MONDIAL. ET IL EST SOUTENU PAR L’ANTIDOPAGE CHINOIS, LES FÉDÉRATIONS CHINOISE ET INTERNATIONALE DE NATATION ! UNE BELLE PLÉAIDE DE FAUX DERCHES QUI N’ONT JAMAIS FAIT FORT DANS LEUR LUTTE CONTRE LE DOPAGE, A LA RESCOUSSE D’UN CHAMPION POUR LE MOINS INTERLOPE.

Éric LAHMY

L’histoire est un peu vieille mais n’a éclaté au grand jour que depuis quelques jours, et se trouve être assez insolite pour mériter qu’on s’y arrête. D’autant que le nageur chinois SUN Yang, qui s’y trouve impliqué, n’est pas n’importe qui. Il aurait, le 4 septembre dernier, donc il y a près de cinq mois, tenté d’échapper à un contrôle anti-dopage en utilisant la manière forte. Aidé de son garde du corps, il a, dit-on, détruit à coups de marteau un flacon contenant son sang. Cet incident musclé aurait été provoqué par la suspicion du nageur au regard de l’authenticité de la carte d’identification du testeur.

Les faits ont été rapportés par le britannique Sunday Times.

D’après les rapports, une infirmière, accompagnée d’autres officiels de l’antidopage, s’était rendue au domicile du nageur, situé dans la province du Zheijiang, afin de recueillir des échantillons sanguins et d’urine du nageur. On leur demanda d’attendre dehors, le nageur ne se trouvant pas à son domicile.

Après l’arrivée de Sun (triple champion olympique, 400 et 1500 mètres à Londres en 2012 et 200 mètres à Rio de Janeiro en 2016), les faits ne sont pas clairs. Il est dit qu’un flacon de sang fut prélevé à un clubhouse voisin. Selon le Sunday Times, Sun Yang aurait soulevé des objections concernant l’identification d’un officiant, estimant que ses papiers ne démontraient pas de façon claire qu’il s’agissait d’officiels dé l’anti-dopage.

Il aurait, d’après les rapports, quitté de façon répétée la chambre prévue à cet effet alors qu’il était censé produire un échantillon d’urine, fait qui se trouve être en contravention avec le protocole de l’antidopage. Le ton ayant monté, la mère du nageur, Yang Ming, une ancienne volleyeuse qui avait montré en d’autres occasions qu’elle perd vite son Yin quand il s’agit de son Yang, ordonna à son garde du corps d’attaquer à coups de marteau le flacon de sang. L’infirmière, qui prenait des notes sur la situation provoquée par le champion et sa volleyeuse d’attaque de mère, se serait vue arracher son carnet par le nageur qui l’aurait mis en pièces (le carnet, pas l’infirmière).

Sun Yang a nié la présentation des faits du Sunday Times et menacé d’intenter un procès à l’hebdomadaire britannique, mais on affirme qu’à la WADA (World Antidoping Agency), on est très remonté par l’affaire, après que la Fédération Internationale (FINA) ait donné raison au nageur.

Avocat du nageur, M. Zhang Qihuai, a déclaré à l’agence Xinhua que les articles britanniques étaient mensongers, alors qu’un grand nombre d’évidences auraient été envoyées à la FINA pour démontrer qu’aucune faute n’aurait été commise par le nageur. Le responsable du Centre anti-dopage du Zheijiang, M. Dan Zhaoqi, aurait pris fait et cause pour le nageur dans son plaidoyer. Les papiers de l’infirmière, prétend-il à la suite du nageur, n’étaient pas adéquats. Comme M. Dan n’était pas sur place, son « témoignage » reste fragile. Mais il semble avoir pleinement convaincu la Fédération chinoise de natation et la FINA. En revanche, la WADA considérerait une action devant le Tribunal arbitral du sport.

Le plus grave, dans cette affaire, qui est loin d’être vénielle, c’est, au-delà de son côté effarant, que Sun Yang a un passé. En 2014, il a été banni pour trois mois, ayant été positif à la trimetazidine, un produit interdit.

La Fédération chinoise, se basant essentiellement sur le point de vue du responsable (absent) de l’antidopage du Zheijiang, s’est rangée du côté de son nageur vedette.

Il est pourtant assez difficile de croire que briser un flacon à coups de marteau constitue une réponse adéquate dans une situation de doute, et en sens contraire assez tentant d’imaginer que, de la part du nageur, échapper au contrôle constituait une question de vie ou de mort (sportive tout au moins), s’il savait qu’il serait positif à quelque produit que ce soit.

Ce d’autant plus qu’une loi chinoise récente a décidé de criminaliser le dopage, lequel peut être puni de prison. Mais Sun connait ça. Il avait purgé une peine d’une semaine après avoir été impliqué dans un accident de la circulation alors qu’il n’avait pas passé son permis de conduire, à une époque post-olympique (de Londres) où il était devenu intenable…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA FINA PERSISTE ET SIGNE : SA SERIE DE MEETINGS SE TIENDRA A HANGZHOU, CHINE, BUDAPEST, ET INDIANAPOLIS, USA

Eric LAHMY

Samedi 19 Janvier 2019

Guangzhou, Budapest et Indianapolis devraient accueillir la série de meetings dits Champions Swim Series de la FINA, annonce la Fédération Internationale de Natation. Les trois manches de ces « séries », crées dans la hâte afin de contrer le projet de l’International Swimming League (ISL) et annoncées lors du congrès de Hangzhou à la mi décembre devraient se tenir entre mars et mai prochain.

La FINA annonce qu’elle distribuera à la suite de ces meetings une somme de 3,5 millions d’Euros. Des invitations ont été envoyées aux fédérations internationales après invitations de 45 garçons de 15 nations et de 37 nageuses de 17 pays. Médaillés olympiques et mondiaux, recordmen du monde et détenteurs des premières places de classements internationaux (rankings) seraient invités.

Guangzhou recevrait la première manche de cette série les 27 et 28 avril. Budapest suivrait, les 11 et 12 mai ; la finale se tiendrait à Indianapolis les 31 mai et 1er juin.

Les épreuves se dérouleraient en bassin olympique et opposeraient dans des finales directes, quatre athlètes. Epreuves individuelles, 50 mètres, 100 mètres et 200 mètres nage libre, dos brasse et papillon, 400 mètres libre et 200 mètres quatre nages. Les dépenses des nageurs seront couvertes et chaque vainqueur toucherait 10.000$, avec 8000$ au 2e, 6000 et 5000$ aux suivants. Les vainqueurs des relais se partageraient 16.000$, les suivants 12.000$, 8000$ et 2000$. 20.000$ seront attribués à celles ou ceux qui établiraient un record du monde.

ISL a accusé la FINA de copier son projet de compétition par équipes dans un effort pour éliminer la compétition. La FINA, après avoir conduit par son comportement inamical à l’annulation du projet de grand meeting de l’ISL à Turin, fin décembre en Italie, a fait savoir, une fois le danger passé, que les nageurs étaient libres de participer aux compétitions et spectacles tenus par des organisateurs indépendants. Auparavant, ils étaient menacés de suspension

D’une certaine façon, la FINA devrait se voir attribuer immédiatement une prime de 20.000$, car elle vient d’établir un record mondial du n’importe quoi !

On peut quand même se demander, en effet, de quelle logique sportive relève cette organisation hâtive et tardive de la FINA, au beau milieu du calendrier international, aux dates où un certain nombre des meilleurs nageurs du monde, a priori intéressés par ces shows, devraient se qualifier dans leurs sélections nationales pour les championnats du monde.

On comprend qu’ils ont hâte de couper l’herbe sous les pieds d’ISL, mais tout cela est-il bien convenable?

 

ALFRED NAKACHE (1915-1983) AU PANTHEON DE LA NATATION EN FLORIDE

Vendredi 19 Janvier 2019

La 55e induction à l’International Swimming Hall of Fame (ISHOF), musée de la renommée de la natation, sis à Fort Lauderdale, en Floride, aura lieu les 17-19 mai prochain, sur les lieux mêmes de l’ISHOF.

Un Français a été honoré, au titre de « pionnier » de la natation. Il s’agit d’Alfred Nakache. Celui qui fut recordman du monde du 200 mètres brasse dans les dernières années 1930 et un rescapé du camp de concentration d’Auschwitz était sur les listes de l’ISHOF déjà l’an passé.

Les lauréats de cette année incluent les nageurs Jason LEZAK (USA),Otylia JEDRZEJCZAK (Pologne), Stephanie RICE (Australie), Britta STEFFEN  (Allemagne); le plongeur Ting LI (Chine); le joueur de Water Polo Alessandro CAMPAGNA (Italie); l’entraîneur de natation Boris POPOV (Russie); la nageuse synchronisée Olga SEDAKOVA (Russie); la nageuse de longues distances  Marcy MACDONALD (USA); au titre de contributeur, le docteur Ferenc SALAMON (Hongrie); et donc, le « pionnier »: Alfred NAKACHE (France).

ISHOF présentera également le Gold Medallion Award au Dr Joseph B. MacInnis.

LA FINA AMORCE LA MARCHE ARRIERE, MAIS ISL NE LÂCHE PAS LE MORCEAU

Eric LAHMY

Vendredi 18 Janvier 2019

La FINA est-elle en train de louvoyer dans l’affaire qui l’oppose à la jeune Ligue de Natation (ISL) qui a réussi à s’associer et à faire lever la révolte d’un nombre important des meilleurs nageurs du monde alliés à ce nouvel organisateur indépendant ? C’est ce qui parait en tout cas.

L’organisation mondiale, touchée par la grâce, ayant fait savoir que les nageurs seraient libres de se produire dans des événements indépendants (Alléluia), les responsables d’ISL ont noté qu’une telle déclaration de la part des dirigeants FINA constituait un aveu de culpabilité, nous explique Liam Morgan, sur le site Inside the Games.

D’un côté, Andrea di Nino, le directeur et manager d’ISL, note qu’il s’agit d’un mouvement dans la bonne direction, de la part de la FINA, [personnellement, je qualifierai ça de marche arrière toutes]. D’un autre côté, Konstantin Grigorishin, tête financière (et en fait patron du groupe) exige de la FINA un accord contraignant qui montrerait la bonne volonté de l’institution internationale.

Dans sa déclaration, ISL ne s’est pas privée de continuer ses attaques contre la Fédération Internationale.

On ne peut qu’être d’accord avec les responsables d’ISL quand ils affirment que la déclaration de la FINA selon laquelle les nageurs ne seraient pas sanctionnés s’ils nageaient dans les épreuves ISL était en réaction directe avec les deux procès civils en cours devant un tribunal américain, intentés l’un par ISL et l’autre par trois nageurs (la Hongroise Katinka Hosszu et les Américains Michael Andrew et Tom Shields).

Ces procès tentent de mettre en lumière le caractère illégal du comportement de la FINA quand elle menaçait de sanctions « ses » nageurs, dans le but d’assurer une situation de monopole sur le sport. Et il y a peu de chance que la FINA s’en sorte indemne!

Rien de tel que de bons coups de bâton pour vous aider à trouver l’illumination : la FINA a commencé de faire savoir de façon insistante que ses nageurs étaient « libres de participer à des compétitions et épreuves créées par des organisateurs indépendants », et donc en totale contradiction avec les claires menaces, proférées oralement et par écrit, au sujet de l’organisation ISL de Turin, qu’elle avait refusé de sanctionner. C’est ce comportement délétère et capricieux de la FINA, tout le long de l’année 2018, qui avait conduit Paolo Barelli, président de la Fédération italienne et de la Ligue européenne, à décider de son annulation pure et simple.

Signe de leur manque de scrupules (et d’imagination, disons le aussi), les dirigeants de la FINA avaient immédiatement enchaîné, et sorti de leur chapeau puis lancé dans la hâte leurs propres « Champions Series », séries fort peu originales en ce qu’elles ressemblaient furieusement au projet ISL qu’ils avaient blackboulé à la fois dans leur formule et dans les bourses attribuées, 4 millions de dollars (et dont on ne sait pas trop ce quelles deviennent aujourd’hui). Conclusion, comme disait Lino Ventura dans les Tontons Flingueurs: « les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait. »

En face de ce comportement à la fois stupide et diabolique, les responsables d’ISL ont raison d’exiger des garanties, et de maintenir la pression. « Nous accueillons l’admission tardive de ses fautes par la FINA ainsi que ses assurances qu’elle cessera désormais de se conduire d’une façon illégale, qui pénalise lourdement les nageurs qu’elle, FINA, prétend représenter » a déclaré Grigorishin.

« Cette admission implicite de faute par la FINA n’arrive qu’après que l’institution ait forcé de façon illégale à l’annulation d’une compétition organisée à Turin et que la FINA ait copié de façon flagrante le modèle ISL dans une tentative manifeste de l’emporter auprès d’une communauté de nageurs que la FINA n’avait cessé d’exploiter. »

« Nous attendons de la FINA qu’elle consacre cette toute nouvelle déférence vis-à-vis des lois des Etats-Unis et de l’Union Européenne – ainsi que des droits des nageurs et d’ISL – par le biais d’un accord exécutoire contraignant. Nous tendons la main en direction de la FINA en vue d’obtenir un accord contraignant. Si la FINA est sincère, alors elle devra coopérer. »

De son côté, la FINA a tenu une réunion avec ses fédérations nationales pour « clarifier » son attitude vis-à-vis d’événements tels que ceux organisés par ISL. Bien entendu, vu qu’il n’y avait rien à clarifier dans leurs précédents coups tordus, les Finassiers de Lausanne se sont drapés dans un langage juridique et réglementaire qui leur va bien.

Les organisateurs indépendants devraient « coopérer » ou rechercher l’approbation de la FINA s’ils veulent que leurs résultats soient reconnus, ont-ils ainsi recommandé. Dans le cas contraire, les résultats et les records obtenus dans ces compétitions ou événements seront considérés nuls et ignorés par la FINA et ne seront pas pris en compte ultérieurement pour quelque raison que ce soit. Bref, du baratin : s’il est vrai comme il a été dit que tel nageur ou telle nageuse pourra recevoir quinze fois plus d’une organisation ISL que de la FINA World Cup, l’enregistrement par l’organisme dirigeant de ses performances lui paraitrait moins essentiel (1).

Manifestement, ce laïus n’a pas désarmé ISL qui continue de juger sévèrement les méfaits de l’institution internationale (l’annulation de Turin lui a coûté au bas mot la bagatelle de deux millions d’Euros) : « outre la promesse selon laquelle elle se comportera de façon correcte et légale, la FINA doit accepter de se lier de façon claire et dans des termes exécutoires qui assureront une organisation honnête, en manière d’expiation des méfaits dont la FINA s’est rendue coupable. » Comme on connait ses saints, on les honore.

(1).Mais ces sommes alléchantes, bien sûr, ne sont toujours pas dans les poches des nageurs.

POUR ISL, SARAH SJÖSTRÖM GAGNERAIT 15 FOIS PLUS DANS LEUR CONCEPT QU’EN REMPORTANT LA COUPE DU MONDE FINA

Eric LAHMY

Lundi 8 Janvier 2018

Ayant échappé à un cobra du Cap, une espèce des plus venimeuses, qui s’est mis à la siffler à un demi-mètre de ses jambes, alors qu’elle se promenait à cheval au Cap, en Afrique du Sud, où elle passait des vacances studieuses – famille et natation – Sarah Sjöström a évoqué pour certains journaux suédois l’opportunité de nager dans la formule proposée par Konstantin Grigorishin et le cadre de la Ligue de Natation Internationale (ISL).

Il y a de quoi être tenté pour la Suédoise. Bien qu’elle ait gagné 3 millions de Couronnes (300.000 euros environ) grâce à ses prestations en Coupe du monde, elle ne peut pas rester insensible aux calculs prometteurs qu’ont agités devant elle les organisateurs de la Ligue. Ceux-ci ont estimé que dans le cadre des compétitions qu’ils prévoient de lancer, elle aurait gagné quinze fois plus.  

« Cette compétition, a-t-elle expliqué sur la chaîne SVT Sport, a été imaginée selon un format très amusant pour les nageurs, mais également attractif pour les spectateurs. Vous concourez dans le cadre de votre équipe et essayez de ramasser le plus grand nombre de points. C’est un peu la réponse de la natation à la Champions League. »

« IL SERAIT DOMMAGE DE RESTER COLLES AU MODELE DES ANNEES 1970 »

Au sujet du concept proposé par la FINA pour contrer celui de l’ISL dans un modèle lui ressemblant comme un jumeau, Sjöström a paru s’étonner : « on se demande bien d’où ils vont sortir cet argent ; du ciel semble-t-il ? Ils l’avaient depuis toujours, mais préféraient le garder pour leurs vacances en famille. De plus, ils commettent un plagiat. Etrange également qu’ils monopolisent l’organisation. Cela doit changer et d’autres qu’eux devraient pouvoir créer des compétitions. Que la FINA soit capable de menacer de suspendre, d’éliminer des nageurs, est en soi une chose incroyable. »

A la question de savoir si elle préférait le concept d’ISL à celui de la FINA, Sjöström a répondu avec prudence : « nous n’avons pas testé le concept jusqu’ici. C’est une ère nouvelle pour la natation. Il serait dommage de rester collés aux années 1970. Nous méritions mieux en termes d’argent. Après tout la natation est le sport le plus pratiqué au monde. Il y a de l’argent, et je ne pense pas tellement à ma situation, mais ceux qui sont derrière, peut-être les 20 nageurs au sommet dans le monde, qui ont du mal à toucher un centime et peuvent à peine payer leur loyer. » 

Cornel Marculescu interrogé par la même chaîne suédoise de télévision le 17 décembre dernier, prétendait que la FINA défendait l’intérêt des nageurs. Mais pour donner plus, vous devez avoir plus d’argent sur la table, expliquait-il, mettant en avant que « la FINA est la seule fédération internationale qui assure des compensations pour les voyages, le logement et la nourriture des nageurs. Aujourd’hui nous avons 960 nageurs [dont quatre par nations invités aux championnats du monde] et tout le monde participe. »

Disons que ces invitations ne sont pas forcément une bonne idée, au plan de la compétition, puisque sont invités aux mondiaux des nageurs relativement très faibles, sans aucune représentativité à ce niveau ; en revanche, c’est une excellente initiative sur le plan électoral, puisqu’elle permet à la FINA de s’assurer une clientèle et des suffrages tout acquis lors des élections.

On a pu voir ainsi à Hangzhou une nageuse gambienne à 46s14 au 50 mètres, soit deux fois moins rapide de Kromowidjojo, gagnante en 23s19, une dossiste soudanaise à 49s06 sur 50, ou encore 35 filles entre 1’ et 1’23s en séries du 100 libre. Bien entendu, il ne s’agit pas de désigner ces personnes qui ne sont pas responsables d’être invitées, mais de constater que rien n’est trop cher, pour la FINA, quand il s’agit de s’assurer sa réélection.

LA BANALITE DE L’EXCELLENCE OU L’ABSENCE VISIBLE DU TALENT

Eric LAHMY

Vendredi 4 Janvier 2018

Rien de nouveau sous le soleil. Cela fait des années que Daniel F. Chambliss, professeur en sociologie du collège Hamilton, à Clinton, état de New-York, s’est fendu d’un essai sur « La Banalité de l’Excellence ». Pourquoi n’en parler qu’aujourd’hui ? Parce que j’ignorais l’existence de ce texte jusqu’ici.

La question du talent obsède les pensées et les discours. Elle est très controversée. Pour les uns, le talent est essentiel et il ne sert à rien de s’efforcer si on n’a pas en soi cette qualité. Pour les autres, le talent est surfait, il n’explique rien, l’essentiel se trouve ailleurs ; Chambliss penche de ce côté de la balance, et surtout, prétend-il, le talent est plus banal qu’il n’y parait.  

Pourquoi Chambliss a-t-il choisi de se pencher sur la natation pour approfondir ce sujet ? Dans aucun autre domaine que le sport, nous dit-il, la réussite ne peut se mesurer plus clairement et plus exactement. Temps électroniques, classements, médailles pour le premier, le deuxième, le troisième, bilans et statistiques donnent la place exacte des athlètes, des nageurs.

La mesure de l’excellence descend, en natation, jusqu’à des profondeurs insoupçonnées. Le sport est stratifié en « séries ». Tel va nager en juniors, l’autre se situe au niveau olympique, etc. Les couches de niveaux s’ajoutent et se superposent.

D’une façon plus personnelle, Chambliss, au moment de son travail, avait enseigné la natation en « age group » pendant cinq années dans l’état de New York ce qui lui avait permis de suivre un nombre de compétitions.

L’enquête sociologique de Chambliss s’est étendue de janvier 1983 à août 1984, vingt mois durant lesquels il suivit une série de compétitions nationales ou internationales conduites par la Fédération US de natation, USA Swimming.

Pourquoi Chambliss a-t-il été amené à questionner la notion de talent ? Parce qu’il estimait, me semble-t-il, que le terme était mal employé.

« Quand les coaches des sommets de la hiérarchie parlent de ce qui fait le succès, ils songent aux différences entre athlètes qu’ils voient tout en haut du sport. Leur ignorance des réalités quotidiennes des programmes inférieurs les empêche d’avoir une vue vraiment comparative. Quand les journalistes olympiques écrivent au sujet des athlètes, ils débutent leur enquête typiquement après la réussite, et ne disposent pas d’une vue longitudinale légitime, seulement de la mémoire, distordue des lointains de la carrière du nageur… »

Je ne sais pas si Chambliss estime que le talent n’existe pas. Mais cela ressemble. En sociologue averti, il n’utilise pas un langage aussi direct. Dans sa démarche, il part de la notion d’excellence sportive. « Par excellence, dit-il je désigne « la supériorité cohérente de performance ». L’athlète qui excelle est celui qui, de façon régulière, presque routinière, fait de meilleures performances que ses concurrents. Cette régularité inscrit sa supériorité (individuelle ou collective) dans la durée et montre qu’elle n’est pas accidentelle.

Chambliss établit la liste de ce qui, selon lui, ne produit pas l’excellence : 1). L’excellence, dit-il, n’est pas le produit de personnes socialement déviantes. Si leurs résultats  résultent de caractéristiques personnelles, ces caractéristiques n’ont rien d’évident. La légende veut qu’ils aient plus de confiance en eux, mais cette confiance est plus causée par leur réussite que le contraire. 2). L’excellence ne résulte pas de changements dans le comportement de la personne. En soi, l’augmentation du temps d’entraînement, une amélioration de son psychisme, le fait de tourner les bras plus vite, n’amènent pas le nageur à s’élever dans son sport. 3). L’excellence ne résulte pas non plus d’une qualité spéciale innée de l’athlète. Qu’on l’appelle « talent », « don », ou « habileté naturelle, » « ces termes sont utilisés pour créer la mystique des processus essentiellement banals de la réussite sportive, nous laissant loin d’une analyse réaliste des facteurs de création des performances exceptionnelles ; ils permettent de nous protéger de la responsabilité de nos propres achèvements. »

D’où vient donc l’excellence ?

Elle n’est pas le produit de facteurs quantitatifs comme le volume d’entraînement, le temps passé à s’entraîner, soutient encore Chambliss. Ces facteurs existent bien, mais ne sont pas décisifs. En revanche, ajoute-t-il, ceux qui excellent font les choses différemment. Leurs parents traitent le sport différemment, les nageurs se préparent différemment pour leurs courses.

Chambliss met en exergue trois « différences » : 1). La technique. La différence technique entre un nageur international et de petit niveau est importante. 2). La discipline. 3). L’attitude : ce qui ennuie le petit nageur plait au grand nageur. Il est incorrect de dire que les bons nageurs font des sacrifices. Ils aiment ce qu’ils font.

Ce sont donc des « différences qualitatives » qui distinguent les niveaux sportifs. En outre, « les athlètes grimpent vers les sommets par bonds qualitatifs. Ces bonds qualitatifs concernent la technique, la discipline, l’attitude. »

Plus n’égale pas mieux, dit-il encore, tentant une comparaison hardie avec Clausewitz et Napoléon. Selon Clausewitz, les grands généraux grimpent vite, et chacun sait que Bonaparte était général à 26 ans.

« Les coaches de pointe américains tombent dans ce panneau ; ils attribuent le succès, souvent, au « travail dur » ou au « talent ». Comme ils vivent au sommet, de façon non réfléchie, y ayant passé pratiquement toute leur carrière, ils ne voient pas ce qui crée la différence entre les différents niveaux. Dans certaines situations, celui qui va faire plus va un peu progresser. De là, on extrapole… »

En interrogeant les uns et les autres, on imagine que tout un chacun chez les nageurs vise le même objectif, que tous veulent devenir des champions olympiques. Faux, répond Chambliss. D’aucuns veulent l’or, d’autres veulent entrer dans l’équipe, d’autres encore veulent s’exercer pour être en forme, ou s’amuser avec des copains, ou être au soleil et dans l’eau… Il y a aussi ceux qui entendent échapper à leurs parents.

Pour notre auteur, ce qu’il a vu peut simplement refléter la domination d’une certaine faction de nageurs et de coaches. Cette faction impose une terminologie, qui est celle du sommet de la pratique, et cela donne à peu près ceci :  

« Ceux qui font des performances sont censés avoir le talent. Quand leurs performances déclinent, ils sont supposés avoir gâché leur talent. »

Est-il idéologique de penser, comme il le prétend, qu’il est des « athlètes naturels » quand d’autres ne le sont pas ? Nous croyons, insiste-t-il, que ce talent, conçu comme une substance derrière la réalité de surface de la performance, est ce qui distingue finalement les meilleurs athlètes.

Or sur au moins trois points le talent est inadéquat.

*D’autres facteurs que le talent expliquent le succès athlétique plus précisément. La localisation géographique par exemple en Californie du Sud ; un assez haut revenu familial pour payer les coûts générés par la natation ; l’accès à une piscine ; la taille, le poids et les proportions du corps ; la chance d’avoir un bon enseignement ; une structure musculaire si possible forte et flexible ; le plaisir de nager, une bonne coordination ; des fibres musculaires adaptées. »

Un peu plus loin, il cite une étude  sur le développement des nageurs olympiques, d’Anthony G. KALINOWSKI, lequel, à l’issue d’une recherche sur les nageurs olympiques, s’étonne : « une des plus effarantes découvertes de notre étude a été qu’il faut du temps pour reconnaître un talent de nageur. En fait, cela demande d’être performant à un niveau régional. Et plus souvent à un niveau national, avant que l’enfant soit identifié comme talentueux. »

Suit le propos désabusé ou interrogatif d’un nageur : « ils ne disaient pas que j’avais du talent avant que je ne devienne bon. Puis ils ont commencé à dire que j’avais du talent. »

Selon KALINOWSKI, « on voit le succès et immédiatement on en infère une cause, une cause pour laquelle il n’a aucune autre évidence que le succès lui-même. Ici, comme ailleurs, le dit talent, ou ce qu’on appelle le talent, ne peut être mesuré, ou vu, ou senti d’une autre façon que par le succès auquel il est supposé donner naissance. »

Parmi les nageurs qu’il cite, Steve LUNDQUIST, le champion olympique du 100 mètres brasse des Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984, qui s’acharnait à tout gagner, à l’entraînement, à ne jamais rien laisser passer, pas la moindre série, par même l’échauffement…

Il raconte également le « développement » de Mary T. MEAGHER, qui, à un moment donné, dans sa vie de nageuse, devient plus sérieuse, et par exemple s’efforce d’effectuer tous ses virages et se montre très impliquée à l’entraînement. Meagher qui, rapporte-t-il, confie : « les gens ne se rendent pas compte à quel point le succès est une chose ordinaire. »

La question que je me pose est la suivante : le fait qu’un nageur soit sérieux et que son sérieux l’amène à de grandes réussites, contredit-il le fait qu’il ait du talent ? Et Chambliss, comme tous ceux qui nient la réalité du talent, font-ils, dans leur entreprise de déconstruction, semblant de croire que si le talent existait, il autoriserait celui qui en était pourvu à ne pas faire d’efforts ?

Dès lors, tous les exemples qui peuvent être trouvés de sérieux, d’engagement, voire de fanatisme à l’entraînement contrarient-ils l’existence du talent ?

Le talent est-il une tautologie ? Parle-t-on de talent, de façon erronée, comme synonyme de réussite ? Cela arrive, c’est sûr.  

Je suis persuadé que le talent existe. Et l’absence de talent aussi. Que les sociologues ne le voient pas ne démontre pas qu’il n’existe pas. Le talent ne se saisit pas facilement. Il est multiforme, un peu sournois, et insuffisant à assurer la réussite. Quelquefois, il éclate. Il est une chose, ce plus sans quoi on ne peut pas parvenir au plus haut: la part d’innéité indispensable. Le talent, c’est notre potentiel de base. Après, on peut n’en faire rien.

Brassens l’a chanté ; « sans technique, un don n’est rien qu’une sale manie… » Et le bon sens populaire l’a répété inlassablement : 5% d’inspiration, 95% de transpiration.

(1)The mundanity of excellence : : An Ethnographic Report on Stratification and Olympic Swimmers.

DE L’ÉGALITÉ DE TRAIN À L’EXIGENCE DE MAITRISES D’ALLURES VARIABLES

UN CHAMPION DE CRAWL DOIT- IL POSSÉDER PLUSIEURS TECHNIQUES DE NAGE ?

Éric LAHMY

Vendredi 28 décembre 2018

Que peut suggérer une thèse qui prendrait en compte la complexité de la natation ? C’est la question que je me posais lorsque au mois de février dernier, un jeune doctorant équatorien installé en France, David Napoléon Simbana Escobar, présenta sous la direction de David Seifert, enseignant et directeur de recherches de l’Université de Rouen et l’encadrement de Philippe Hellard, un sujet de thèse de doctorat, intitulée « variabilité de la technique de nage : adaptabilité aux contraintes et performance en natation. »

L’analyse du mouvement, en référence aux sciences de la complexité, constitue aujourd’hui une des directions dans lesquelles la recherche sportive tente des percées.

Or la natation se distingue, sous son apparente simplicité de reptation aquatique, par la complexité des mouvements qu’elle exige. Cette complexité n’est apparue qu’assez récemment. Jusqu’à ce qu’on puisse filmer de dessous la surface de l’eau le nageur en mouvement, ce qu’il faisait pour avancer évoquait pour ceux qui l’observaient d’en haut une devinette posée sur un rébus, ou la face cachée de la lune.
Mais cette complexité ne tient pas à l’ignorance initiale qu’on pouvait en avoir. C’est tout autre chose qui la distingue. L’humain est bâti pour la cueillette et la course terrestre ; rien ne le prédispose à nager… Nos débuts intra-utérins ne font pas de nous des êtres aquatiques, ce ne sont que la récapitulation par l’embryon, dans sa formation, de l’histoire évolutive de l’espèce, et donc, en l’occurrence, de son ancêtre aquatique. Comme le dit la science : l’ontogénèse récapitule la phylogénèse.

A la naissance, dès le cri primal, ses poumons se déploient et l’ultime représentant des primates n’est pas plus aquatique que le papillon n’est chenille en son envol.

Donc, l’humain ne nait pas nageur, il le devient… plus ou moins. Il s’y débrouille. L’élément liquide représente pour lui un défi important. Le mouvement de la nage s’effectue dans une position qui lui est étrangère, couché, allongé, dans un élément, l’eau, où respirer pose problème. L’homme ne dispose ni d’un corps fusiforme, ni de nageoires, et pour des raisons anatomiques, son effort privilégie, dans les techniques les plus efficaces qu’il a su développer, l’action des bras, qui sont deux fois moins forts que ses jambes.

D’autres particularités du milieu aquatique pourront en revanche paraître relativement avantageuses: ce sport est le seul qui, en course, provoque une fatigue première asphyxique et non cardiaque (a priori du moins) ; l’homme plongé pèse une fraction de son poids aérien, l’immersion provoque une reposante bradycardie. En sens inverse, l’élément liquide ne prête à ses actions motrices que des appuis incertains, voire fuyants, et le freine 800 fois plus que l’air. Si l’action verticale du battement de jambes, dans l’axe du corps, ne dérange pas la position posée sur l’eau, le travail des bras, conjugué avec l’obligation de respirer, exige un fort roulis des épaules, qui rend aléatoire le parcours de la main dans l’eau et exige un constant réalignement des surfaces propulsives. Le coureur à pied s’appuie sur la terre ferme et traverse l’air. Le nageur est doublement pénalisé dans son mouvement aquatique, dont la fluidité rend les appuis incertains, et la résistance contraint à produire, pour la vaincre, une forte action mécanique. Nager est un art différent de la course à pied ou du cyclisme. Tout, dans la nage, se conjugue pour exiger des adaptations particulières.

Assorti à la marche et à la course terrestre par un ou plusieurs millions d’années d’acclimatation, l’homme n’a découvert que par hasard les meilleures propulsions aquatiques. Ce marcheur, ce coureur programmé n’est nageur que par raccroc. Son premier mouvement naturel dans l’eau, panique mise à part, bras en avant comme pour conjurer une menaçante noyade, a pu ressembler à la brasse, plutôt celle de la grenouille d’ailleurs, que son acception moderne de technique de course: plus « pitié » que PEATY, si vous préférez. Certains nageurs développèrent aussi une technique où l’homme se posait dans l’eau sur le côté (l’indienne) ou sur le dos.

Si je puis me permettre d’avancer une hypothèse personnelle, je dirai que le style le plus adapté à la vitesse, le crawl, ne fut conçu que de façon indirecte, et presqu’accidentelle, par les Egyptiens, qui l’ont peut-être découvert, comme semble l’indiquer l’hiéroglyphe « nager », et les indigènes des mers du sud du Pacifique, qui l’ont imposé.

Pourquoi ces deux peuples et non pas d’autres? Le retour aérien des bras du crawl, aussi « naturel » peut-il paraître, n’est guère aisé à enseigner…

Or le point commun entre les anciens Egyptiens et les naturels des mers du Sud était que les premiers, pour enseigner la nage, posaient le corps des jeunes élèves sur une planche de papyrus, afin de les libérer du souci de respirer et de flotter, chose qui leur permettait de tirer sous l’eau et d’effectuer un ramener aérien des bras. Et que l’adaptation à l’eau des seconds se faisait sur des planches de surf, et donc exactement de la même façon. Il ne restait plus ensuite qu’à reproduire spontanément ce mouvement, une fois maîtrisé, cette fois sans la planche. Or, le reproduire, c’était crawler.

Certes, il s’agit d’une thèse très personnelle, indémontrable, mais qui me parait défendable.

LE RECORD, UN MOTEUR QUE MENACE LA PANNE SECHE ?

Pendant près d’un siècle et demi, le record a été le moteur de l’évolution de la natation. Aujourd’hui, ce moteur est menacé de panne sèche. Il devient de plus en plus difficile d’aller plus vite ; ces dernières décennies la plupart des avancées chronométriques se sont faites sur des innovations non nagées, ondulations sous-marines et virages acrobatiques. Les entraîneurs du haut niveau, qu’obsède à juste titre la question de l’efficacité motrice maximale, et face à la résistance grandissante des records à l’approche possible de limites humaines, cherchent à briser cette résistance et de trouver la faille dans « les aspects multiples [mis] en relation » dans la performance.

C’est là qu’une étude menée sur cette multiplicité, cette complexité qui tiendrait compte de la multitude de facteurs mis en jeu pouvait avoir quelque chose d’alléchant.

COMMENT NE PAS RATER LE TRAIN ET CONSERVER UNE BELLE ALLURE

L’étude du train (anglais: pace) en natation a ses lettres de noblesse. Elle a été depuis fort longtemps à la base des analyses de course. En France, voici plus d’un demi-siècle, l’entraîneur et journaliste François Oppenheim, avait collationné un grand nombre d’informations et aussi pas mal théorisé autour de la notion d’égalité d’allure. Il en avait fait, technicien averti qu’il était (il avait entraîné au Cercle des Nageurs de Marseille) l’un des secrets de la performance…

La notion a été affinée. En juillet dernier (donc en 2017), nous dit M. Simbana, quatre auteurs anglo-saxons (Kathy E. McGibbon, D.B. Pyne, M.E. Shephard et K.G. Thompson), effectuaient une recension des travaux sur le sujet (Pacing in Swimming : A Systematic Review) et sélectionnaient 23 études publiées jusqu’au 1er août 2017. Ils tentaient de mettre en lumière les stratégies les plus efficientes, course par course. Par exemple, ils concluaient que la stratégie la plus efficace en quatre nages est de conserver de l’énergie dans le parcours en papillon afin d’optimiser les performances dans les autres parcours, ou encore que la clé de la performance est de réserver la possibilité d’une accélération finale dans les courses du 200 au 1500 mètres. L’un des risques de ce genre de préceptes est de présenter un profil de course victorieux comme exemplaire d’une stratégie gagnante. On ne peut avoir plus tort.

M.SIMBANA a suivi dans son gros travail ce qu’il appelle des axes thématiques de recherche, lesquels se trouvent être :

1) l’analyse du mouvement en natation, la nage, les virages et les départs ;

2) la modélisation des effets de l’entraînement sur les réponses immunitaires, inflammatoires et neuro-végétatives. Toutes les études, relève-t-il, font apparaitre que si « l’exercice modéré renforce les défenses neurovégétatives et immunitaires […] l’activité excessive conduit à un dysfonctionnement de ces mêmes fonctions » ;

3) l’étude des relations entre l’entraînement et la performance : il tente donc, à partir de l’observation menée pendant vingt ans, de 150 nageurs, de dégager les modèles de préparation les plus performants « en terme de progressivité, de polarisation et de concentration », sachant que jusqu’ici, c’est dans ce qu’il appelle le seuil de nage que l’efficience de nage parait la plus élevée ;

4) l’étude sur les adaptations biologiques à l’entraînement, et en fait, la recherche de la prévention du surentraînement ;

5) l’étude de l’expérience et des conceptions des cadres en situation de conception du processus d’entraînement : plus simplement, il s’agit ici d’interroger les entraîneurs afin de mieux comprendre les facteurs de leur compétence…

Il y a du fourre-tout là-dessous, et parfois un jargon d’une inutile complication. Faut-il croire qu’on ne peut évoquer simplement la complexité ?

M. Simbana semble défendre l’idée que la recherche à prétention scientifique a permis une évolution de la natation. Il cite ainsi un travail d’Alain Catteau sur le 100 mètres nage libre s’étendant sur trois finales olympiques [dont on peut d’ailleurs dire qu’il n’avait pas été effectué, comme il le suggère, sur les Jeux de Munich, de Montréal et de Moscou, mais sur ceux de Mexico, de Munich et de Montréal (détail on ne peut moins indifférent)].

Discuter d’un tel « apport » (celui de M. Catteau) exigerait de trop longs développements, mais s’il peut être intéressant, c’est plus sur un plan anecdotique ou journalistique que scientifique.

Alain Bernard aux Europe 2010 de Budapest, raconte-t-il encore, visionne sa course de série et note qu’il n’a respiré que deux fois, donc pas assez, dans le premier 50. Il rectifie le tir en finale et gagne de 0s03, devant le Russe qui l’a dominé en série comme en demi-finale. Je ne suis pas contre, mais là encore, on peut raconter l’histoire d’une autre façon !

Des entraîneurs, ajoute M. Simbana, tissant sa problématique, ont suggéré que « la baisse de la fréquence gestuelle en entrée et en sortie de virage entraînait une réalisation non optimale de cette partie de la course… et que les meilleurs nageurs étaient caractérisés par la capacité de changer de stratégie technique au cours même d’une course pour s’adapter aux modifications de leur état physiologique et au déroulé stratégique de l’épreuve. »

Ces constats, continue-t-il, appuient ceux obtenus dans diverses études : les meilleurs nageurs étaient ceux qui étaient à la fois stables et adaptatifs dans leurs mouvements. Ces éléments sont capables de mettre en place des changements de stratégie instantanés devant les diverses contraintes liées à la course, dont la fatigue n’est certes pas la moindre.

Dès lors, il émet l’hypothèse que la COMTENCE DU NAGEUR DE HAUT NIVEAU est la capacité à créer de la vitesse horizontale en exerçant des forces propulsives élevées et en réduisant les résistances à l’avancement, et ce pour une gamme étendue de vitesses et de fréquences de nage (c’est moi qui souligne, E.L.).

Cette dernière précision est assez frappante dans la mesure où elle semble contrarier l’exigence d’égalité de train au nom d’une exigence opposée, celle d’une maîtrise d’allures variables.

Cette variabilité, continue-t-il, a amené les entraîneurs à « mettre en place des situations d’entraînement permettant aux nageurs d’acquérir des compétences visant à créer le maximum de vitesse dans des conditions de fréquences gestuelles et de coordinations élargies… » Cela pouvait être de « nager à des vitesses élevées stables avec des fréquences variables, élevées ou faibles ; ou nager à des fréquences stables avec des vitesses variables. 

M. Simbana cite une séance demandée à ses nageurs niçois par Fabrice Pellerin, dont je soupçonne fort qu’il a, par sa curiosité et sa créativité, inspiré pas mal d’avancées actuelles d’entraîneurs et de théories de chercheurs : il s’agit d’une série (10 fois 25 mètres) à « vitesse progressive sans fatigue », pour observer les liens entre les évolutions des vitesses et des fréquences gestuelles, qui sont, pense-t-il, « des indicateurs des qualités sensorimotrices du répertoire comportemental et des compétences techniques des nageurs. » M. Simbana rappelle alors que, selon Seyfried et Van Hoocke, 1993, « la seule prise en compte du nombre d’actions motrices, le nombre de coups de bras, pour des vitesses de nage variables, de sous-maximales à maximales, risquait d’induire des modifications des modèles de locomotion cycliques efficaces sur le plan du rendement propulsif mais non économiques sur le plan du coût énergétique et du contrôle moteur – coût attentionnel élevé pour contrôler la coordination motrice. »

Phrase assez sibylline, comme souvent dans ce genre de travaux, qui pourrait signifier, en clair : compter les mouvements de bras et ne s’appuyer que sur ce comptage pouvait être défavorable à l’efficacité du nageur, et donc contre-performant.

Comme tout un pan de l’école française s’est appuyé sur le comptage des coups de bras, je verrai là une pierre dans son jardin…

…Avec la fatigue intervenant, continue M. Simbana, « ces auteurs jugeaient problématique de demander à des nageurs le même nombre de coups de bras » tout le long d’une course. Le risque de travailler dans la même gestuelle dans une recherche d’une excellente maîtrise du cycle de nage aboutit, dit-il, à des stéréotypes.

J’ajouterai qu’il pourrait aboutir aussi à des défaites en course comme celle, à mes yeux emblématique, aux championnats du monde 2013, sur le 200 mètres brasse dames, de la Danoise PEDERSEN face à la Russe Julia EFIMOVA. Pedersen ayant battu le record mondial en qualifications, fut, dans la finale, devancée par Efimova. La Russe, après le virage des 150 mètres, changea complètement de rythme, raccourcissant sa nage et accélérant son mouvement, et parut y trouver une manière de se relancer. Pedersen sembla, en face, sans réaction ; elle continua à nager long dans d’immenses brassées de moins en moins toniques, parut s’éteindre, et perdit la course.

L’allongement de la nage, et donc l’efficacité maximale de chaque mouvement, qui est recherchée à travers le comptage, peut donc dans certains cas être défavorable à la réalisation de la meilleure performance possible, ou par exemple coûter la victoire dans une course serrée. Passer d’une nage longue à une nage plus courte, en fin de course, quand la fatigue atteint des niveaux panique, permet aussi d’accélérer le rythme respiratoire et donc d’améliorer l’oxygénation.

Il faudrait donc, soutient M. Simbana, barder le nageur d’un choix de gestuelles diverses, parmi lesquelles il pourra, selon la situation, mais aussi l’état de fatigue dans lesquels il se trouve, choisir l’outil technique opportun. On sait qu’entre autres, Guennadi TOURETSKI, l’entraîneur d’Alexandr POPOV, aimait faire nager ses élèves à des fréquences diverses et leur demandait parfois même d’effectuer des parcours à des fréquences « panique », style j’ai un requin qui me poursuit.

Ces expériences avaient, pour ce coach extrêmement inventif, un caractère empirique. Analysant les courbes de la vitesse de nage, de la fréquence gestuelle et de leurs relations, Fabrice Pellerin, mettant en lumière des « paliers non efficients » dans lesquels « l’augmentation de la vitesse est associée à une très importante augmentation de la vitesse gestuelle et donc à une diminution de l’efficience de nage » inférait que les dits paliers « pouvaient indiquer une phase de transition entre deux modes de coordination ou alors un mauvais couplage entre les registres sensoriel et moteur. »

« Des plateaux de fréquences gestuelles associées à une stagnation de la vitesse dans les derniers plateaux du test » pouvaient « témoigner d’une impossibilité à générer une fréquence de mouvement élevée » voire « d’un déficit de force propulsive à fréquence gestuelle élevée. »

MODÈLE DE FONCTIONNEMENT DU NAGEUR, VALEUR, INFLUENCE, LIMITES.

Le nageur tel qu’il a été défini par Raymond Catteau selon une formule célèbre, « est un corps projectile qui doit s’orienter, s’allonger, s’aligner, se rendre indéformable ; un corps propulseur qui doit pousser la plus grande masse d’eau possible, en sens contraire du déplacement, en profondeur, au moyen de forces d’intensité croissante. »

« Les limites de ce schéma, relève M. SIMBANA, étaient que les modalités d’adaptation des nageurs n’étaient pas interprétées. » La nage devenait un exercice figé.

Je suppose qu’elles n’étaient pas interprétées parce que là n’était pas le propos de Raymond Catteau, qui ne prétendait pas définir son nageur dans le cadre de la haute compétition, mais dans celui, plus général, d’un savoir nager. Si l’enseignement de M. Catteau est critiquable à plus d’un titre, il ne l’est pas dans cette définition.

Ce savoir nager va être enseigné par un maître de nage. Il restera ensuite à l’entraîneur, Bob Bowman, Lionel Horter ou Fabrice Pellerin, à lui enseigner les « tours » de la compétition… Comme le professeur d’université ne remet pas en cause l’enseignement de l’institutrice, mais l’élargit en le dépassant…

Dans ce qui ressemble assez à un long rappel des apports qui assoient son sujet, M. Simbana expose ensuite par le menu les modalités de l’analyse de course en France. Ces modalités permettent de découper la course en phases : temps de réaction, temps d’envol, distance coulée de départ, temps de coulée, temps de passage aux 15, 25, 50, 75 mètres, fréquence moyenne (cycles par minute), distance moyenne par cycle, nombre de mouvements, temps 5 mètres avant le virage, temps 5 mètres après le virage, distances de coulées…

…Il en va ainsi de la science. Loin de nous offrir une approche holistique, elle tronçonne constamment les problèmes. C’est une approche réductionniste, finalement assez exténuantes, sans doute indispensable. Qui a prétendu que le Diable est dans les détails ?

C’est un peu le sentiment qui m’étreint, en tant que lecteur de tels travaux. On parait vous proposer une thèse et vous vous retrouvez dans une problématique hérissée d’incidentes…

M. Simbana nous propose ainsi d’étudier le « pacing », si vous préférez l’équilibre d’allure ou encore le train en course.

L’auteur relève ce qu’il appelle une « complexité ‘’psychologique’’ » du pacing : « il est complexe de déterminer si le mode de pacing reflète une performance spontanée ou une stratégie prédéterminée et délibérée, » note-t-il. Au sens strict, il ne s’agit pas d’une complexité, mais d’une ignorance des choix (ou des absences de choix) des nageurs d’une course. L’idée qu’on a d’une performance peut être faussée par l’ignorance de ce que le nageur a voulu faire… comme rien ne dit qu’il a fait ce qu’il a voulu !

Il peut être frappant de voir comment, sorti de son attirail de mesures, le scientifique peut devenir incertain dans l’analyse, au point d’en oublier ses outils statistiques.

LA COURSE DU SIÈCLE, THORPE-VDH-PHELPS, AU FILTRE D’INTERPRÉTATIONS DIVERSES

Dès le début de son travail (page 25), M. SIMBANA donne l’exemple du 200 mètres nage libre des Jeux olympiques d’Athènes, en 2004, qu’il appelle la « course du siècle ». Or son commentaire me parait très discutable, et je me dis que nous n’avons pas vu la même course.

Comparant les temps des deux dernières longueurs de bassin que le vainqueur, Ian Thorpe, effectue en 26s88 et 26s79, il estime que Thorpe a accéléré. Bien sûr, puisque deux et deux font quatre? Eh! bien non, l’Australien n’a pas maintenu sa vitesse, et a perdu une demi-seconde. Finir en 26s79 du 150 au 200, c’est nager moins vite qu’en 26s88 du 100 au 150! En effet le 3e 50 mètres d’un 200 est chronométré de la touche du pied au mur des cent mètres à la touche du pied au mur des 150, alors que le temps du 4e 50 mètres est celui qui va de la touche au pied des 150 mètres à la touche finale du 200, à la main, donc avec un virage en moins.

Le temps d’un virage étant estimé à six dixièmes, on constate que Thorpe n’a pas accéléré dans sa dernière longueur, mais a perdu un peu de vitesse. S’il avait dû virer au 200, son temps eut été retardé de 0s6, soit 27s39. Élémentaire, mon cher Watson.

Trois années plus tôt, au Japon, lors des championnats du monde de Fukuoka, Thorpe avait établi le record du monde (1’44s06). Là, il avait fini en bolide, en 25s80, une seconde plus vite qu’à Athènes, après un passage plus lent. Aux Jeux olympiques, dans la course qu’analyse M. Simbana, il semble appuyer plus résolument afin de maintenir ses adversaires hors de leur zone de confort. Mais ce n’est pas tout: on peut noter que le Thorpe de 2004, à vitesse sur 100 mètres égale, nageait le 400 mètres trois secondes moins vite qu’en 2001. Ce fait avait dû le rendre moins confiant sur 200 mètres.

Une autre analyse fautive qui concerne la vitesse de nage peut être inférée, me signale Robin Pla, quand on explique, dans le parcours en dos d’un 400 mètres quatre nages, par une accélération le fait que le 2e 50 mètres du parcours en dos est plus rapide que le premier, alors que c’est l’effet de la différence entre le virage de papillon, touche à la main avec obligation de se tourner avant de se relancer au début du parcours en dos du 4 nages, et le virage en dos extrêmement propulsif avec touche au pied qui relance le nageur dans son 2e 50 mètres dos.

LA COURSE VUE DE PROFIL ET LE COMPROMIS DISTANCE FRÉQUENCE

Pour en revenir à Thorpe, il gagne à Athènes non pas parce qu’il accélère, mais parce que Van Den Hoogenband qui a lancé la course à une vitesse folle s’effondre épuisé. M. Simbana  note par ailleurs les « dégâts » que provoquent dans la course les virages de Thorpe, qui, écrit-il, domine totalement VDH dans ce secteur. Dès lors pourrait-on dire que Thorpe a gagné ce 200 sur les virages? Le vu de la course, qu’on trouve facilement sur You Tube,  n’est pas aussi évident, Thorpe ne distance VDH que dans le dernier virage, incident indicateur de l’épuisement du Hollandais, qui va se faire reprendre un mètre par Phelps dans la dernière longueur, et sauve de justesse la médaille d’argent.

Les chercheurs se sont amusés à élaborer des profils de train baptisés pacing négatif, positif, décroissant, stable, parabolique, en forme de J. La rapidité de la première longueur est provoquée par le plongeon, elle est moindre en dos, en raison du départ aquatique, ce qui donne des profils de courses différents.

En sprint, généralement, la stratégie est limitée. La « gestion » d’un sprint consiste à ne jamais oublier d’appuyer et de ne pas faire de faute technique.

La vitesse de nage est le produit  de la fréquence gestuelle et de la distance de nage, note encore l’auteur, truisme utile et répétitif qui permet d’affronter pour les renvoyer dos à dos les tenants de la fréquence et ceux de la distance de nage.

L’ÉQUILIBRE INSTABLE DE LA COURSE DE CENT MÈTRES

On peut cependant noter que les sprinteurs modernes équilibrent mieux leur course. On a pu voir cette tentative de nager un 100 mètres en égalité d’allure aux derniers championnats du monde en petit bassin de Hangzhou, en Chine, où le vainqueur, l’Américain Caeleb DRESSEL, gagne la course en alignant ses deux moitiés de course en 21s86 et 23s76, et devance, 45s62 contre 45s64, le Russe David MOROZOV, 21s39 et 24s25. Un autre finaliste de ce 100, le Russe GRINEV, 4e en 45s92, effectue également une course très équilibrée : 22s09 plus 23s83. Le champion olympique de Rio, l’Australien CHALMERS, observe lui aussi de telles données…

LA RELATION CONFLICTUELLE DE LA FRÉQUENCE GESTUELLE ET DE LA DISTANCE PAR CYCLE

L’auteur professe, expériences à l’appui, insiste-t-il, que le nageur adopte des profils de course assez similaires dans le temps, ce qui donne à penser qu’il « choisi sa stratégie de pacing en fonction d’une expérience antérieure indépendante de la compétition et du type de course. » Cette fidélité à une stratégie peut résulter, j’imagine, d’une qualité musculaire et nerveuse, d’un tempérament, d’un sentiment de confiance né d’un souvenir de succès obtenu avec cette stratégie, d’une directive d’entraîneur, de la façon dont celui-ci a conduit la préparation, etc., bref d’un grand nombre d’influences …

Si deux éléments participent à la vitesse de nage, la fréquence gestuelle et la distance par cycle, leur relation n’est pas simple. On ne peut  sans difficulté augmenter les deux paramètres conjointement, d’où la nécessité pour les entraîneurs de rechercher d’inévitables compromis. Pour M. Simbana, le nageur dispose de cinq possibilités. Un peu comme une voiture qui utiliserait un boîtier à cinq vitesses.

QUAND LE BATTEMENT DE PIED SE TRAITE PAR-DESSUS LA JAMBE

Malgré le caractère poussé de l’analyse, je dois admettre une certaine déception. Nul ne semble se risquer en-dehors, dans l’étude de la nage, de l’analyse du travail des bras. Pourquoi négliger ainsi les jambes ? Est-ce parce qu’on ne peut pas mesurer leur apport essentiel dans les accélérations ou le maintien de la vitesse de nage chez le crawleur, est-ce qu’elles ne répondent pas à de possibles améliorations techniques dans leur forme, ou a-t-on entériné une fois pour toutes le mantra selon lequel les jambes ne sont pas propulsives, toujours est-il que les jambes du nageur restent terra incognita, la face cachée de la Lune.

Dès lors je soupçonne des raccourcis, des erreurs par omission. Est-il sérieux, par exemple, d’analyser la fatigue comme le produit de la diminution de la cadence des bras quand, en fait, l’accélération du rythme cardiaque est provoquée par l’accélération de son battement de jambes, afin de maintenir sa vitesse alors qu’il ralentit son rythme de bras ?

C’est un petit peu comme si vous disiez d’un marcheur qui stoppe son mouvement pour griller une cigarette que d’arrêter sa marche produit un nuage de fumée.

Toujours est-il qu’on en restera là, un peu frustré par cette impression de fuite en face de la vraie complexité, quand, tout en admettant que « des performances de nage similaires se caractérisent par une plus grande variabilité de la distance par cycle que de la fréquence gestuelle », on ne tentera pas sérieusement d’aller plus loin que des « accélérations produites par les membres supérieurs du bassin » en passant une nouvelle fois sous silence le rôle du battement.

ÉQUILIBRER SON EFFORT OU S’ÉTALER À L’ARRIVÉE

Varier sa vitesse de nage, le fait a été établi et vérifié mille fois dans le cas classique des départs de course trop rapides, demande un effort supplémentaire au nageur, et, donc, nuit à sa performance. Si certains auteurs ne sont parvenus que récemment à quantifier de façon assez précise ce supplément de travail, les effets négatifs de la fatigue provoquée par un début de course trop rapide ont été mis en lumière assez tôt : François Oppenheim, dans son ouvrage La Natation, paru en 1965, insistait sur l’importance de l’égalité d’allure, surtout en demi-fond. Il citait des exemples d’équilibre de train respecté par des nageurs de demi-fond japonais (précurseurs) des années 1930 et 1940, et proposait de suivre une telle tendance.

J’ai oublié qui professait, voici fort longtemps, qu’une première moitié de course nagée une seconde trop vite était payée de deux (ou trois) secondes perdues dans la seconde moitié.

L’avenir a donné raison à ces précurseurs empiriques. De plus en plus souvent, les meilleurs nageurs ont eu tendance à étaler leur effort, puis à en mesurer les bénéfices, avant que l’idée selon laquelle cette régularité de nage permettait de nager plus vite ne se généralise.

QUAND DAVID WOTTLE MÈNE SA COURSE COMME ON CONDUIT UN TRAIN

L’égalité d’allure était défendue plus ou moins mollement aussi en athlétisme, et connut son apothéose aux Jeux olympiques de Munich, en 1972, quand l’Américain Dave Wottle, dernier et attardé aux 500 mètres de son 800, remonta tous ses adversaires et enleva le titre, pour trois centièmes de seconde, devant le Soviétique Arzhanov. Dans une autre occasion, Wottle égala le record du monde de l’épreuve en 1’44s3, courant chacun de ses huit 100 mètres en 13 secondes. Il fallait un certain courage et une foi profonde dans les vertus de l’égalité d’allure pour agir ainsi, et il est possible qu’elle mit du temps à être pratiquée parce qu’il se trouvait toujours dans une course un concurrent qui se précipitait en avant et entraînait tous ceux qui craignaient de se laisser larguer, dans la crainte de ne jamais « revenir ».

En natation, l’avantage d’une course menée de façon étale s’accroit en raison de la résistance de l’eau, 800 fois supérieure à celle de l’air, et qui s’accroit au carré de l’augmentation de la vitesse.  Partir trop vite, c’est non seulement comme sur terre sprinter précocement et brûler ses réserves anaérobies, mais aussi se heurter à un élément, l’eau, comme durci par le surcroit de vitesse.  C’est ainsi que des variations de 10% dans la vitesse de course demanderaient un travail additionnel de 3% à 4% au nageur.

La difficulté est de marier ces considérations d’économie d’effort avec les nécessités de la course. Au plan physiologique, il semble pourtant, la course idéale reviendrait à respecter une vitesse linéaire, constante, sans le moindre à coup. Mais une course n’est pas que ça, et le jour où elle ne sera que ça n’est pas près d’arriver.

Pour la même raison, prétend notre auteur, il serait avantageux de minimiser la glisse, afin d’éviter les décélérations relativement fortes des temps de glisse. De vous à moi, je me demande ce qui lui permet d’écrire cela…

 Par moments, on a l’impression que l’auteur se satisfait d’avoir élaboré une belle doctrine. Dire ainsi que l’expertise en natation est la capacité à interagir avec les contraintes pour exploiter au mieux les possibilités de l’environnement, a un côté écologique qui nous fait nous demander s’il (le nageur, pas l’auteur) est en train de remonter la Seine.

L’environnement d’un bassin olympique, aujourd’hui, a tellement été arrêté dans tous les détails que les conditions de l’effort du nageur sont totalement répétitives. On ne trouvera dans le bassin ni courants, ni nénuphars. En revanche, je saisis mieux la proposition qui suit : la capacité d’adaptation consiste à être stable quand il faut et flexible quand il faut. Un mode de coordination peut être stable sans être stéréotypé et rigide, soit flexible.

Quelquefois, cependant, certaines sentences du travail de M. Simbana me figent un peu. Par exemple, « la variabilité comportementale intra et inter individuelle peut jouer un rôle fonctionnel dans la performance en natation » est du genre de propositions qui, sans paraître le moins du monde fautive, me laisse pantois.

Un tel jargon, utilisé trop souvent, me donne l’impression, sans doute fausse, de me trouver en face d’une sorte de répertoire, plutôt sympathique d’ailleurs, des idées reçues sur la question, un empilage de problématiques qui finit par étouffer l’attention par trop de questions sans réponse.

Quelquefois, je m’inquiète. N’est-ce pas là une présentation trop timide ou paresseuse, trop simple de la complexité ? L’auteur (page 137) insiste par exemple sur la question de la durée du virage, et le ralentissement –  que les entraîneurs, nous dit-il, ont mesuré – de tous les nageurs avant le virage. A-t-on trouvé là une niche de progrès non encore explorée ? Je retrouvelà comme l’écho d’un développement de Fabrice Pellerin, dans son ouvrage (de 2013) au sujet d’une innovation d’Yannick Agnel qui virait en mode sous-marin.

M. Simbana ne nous en dira rien de plus et nous laissera sur notre faim. Ses « nageurs de grande valeur internationale » qui freinent malencontreusement au virage ne sont pas nommés, donc pas individualisés, on ne donne pas leurs tailles, leur valeur. Et au lieu d’approfondir, on perd tout à coup ce sujet dans les sables. On n’en saura guère plus…

PLONGÉE À RISQUES DANS LA FRÉQUENCE GESTUELLE, LES BATTEMENTS, LES BRAS TENDUS ET AUTRES NOTIONS

Un exemple de paradoxes apparents qui surgissent dans la nage : M. Simbana rappelle que « plusieurs études se sont penchées sur les manipulations de la fréquence gestuelle. Selon McLean (2010) à vitesse égale, la consommation d’oxygène, la fréquence cardiaque et la perception de l’effort augmentent de façon significative uniquement quand la fréquence gestuelle est réduite, et non pas augmentée. Pourquoi ? Parce que pendant que les bras ralentissent leur cadence, les battements, passent de 2,6 à 3,8 par seconde. Qui dit fréquence élevée de jambes dit dépense énergétique élevée. Des tests mesurés de nageurs à une vitesse constante représentant 80% de leur vitesse maximale aérobie,  ont montré qu’à vitesses égales, la réduction de vitesse gestuelle des bras s’accompagne d’une élévation du coût énergétique de leur locomotion, et du nombre de battements (jusqu’à huit ou dix temps). »

Bien entendu, le résultat n’étonnera personne : quand vous mettez les jambes, vous activez les plus grosses masses musculaires du corps, avec les effets physiologiques qu’on imagine.

… Ce que M. SIMBANA ne nous dit pas, en l’occurrence (sans doute parce que cela n’entre pas dans son propos), c’est qu’en son temps, l’entraîneur russe Guennadi TOURETSKI, installé en Australie, avait déjà mis en lumière ce phénomène qu’un accroissement du battement de jambes conduisait le nageur au réflexe de ralentir sa cadence de bras. Pour neutraliser cette réaction instinctive, il avait greffé chez certains nageurs un retour aérien des bras tendus (technique Janet Evans, en quelque sorte). Le changement avait permis à Michael KLIM de conserver un rythme de bras élevé en poussant sur les jambes (et d’établir quelques records du monde !)… Bien que je n’aie rien trouvé sur ce sujet concernant Kristin Otto, connue surtout pour sa technique originale de plongeon départ (avec flexion-extension des jambes pendant l’envol), elle utilisait elle aussi le retour bras tendu en crawl, et il est possible que cette technique lui était enseignée. A noter également qu’Otto, nageuse très versatile, était une championne du monde en dos, en papillon et en crawl, et que le retour des bras en dos comme en papillon s’effectue bras tendus, chose qui peut aider au bouturage de cette technique en crawl.

NAGER MOINS VITE, C’EST RATTRAPER : IL FAUDRAIT EN PARLER À IAN THORPE…

Le projet sous-tendu par cet empilage d’études que nous propose M. Simbana revient à enseigner aux nageurs à diversifier leur forme de nage, à les « adapter à des fréquences gestuelles variées », par « un entraînement à long terme de la fréquence gestuelle » alors que les expériences qui ont été poursuivies dans ce domaine n’ont pas donné jusqu’ici de résultats positifs.

Manifestement, l’auteur n’aime pas que le nageur rattrape. « Nager moins vite, c’est rattraper », dit-il, preuve qu’il n’a pas vu nager Ian Thorpe, et que ce constat descriptif n’apporte pas grand’ chose. Découvrir qu’à certaines allures, la nage se dégrade n’est pas une découverte, mais la mise en lumière des raisons pour lesquelles l’efficience diminue et la nage se « désorganise » pourrait être intéressante..

L’ART D’EMBRASSER UN SUJET JUSQU’À L’ÉTOUFFER

La tendance (mortifère) des auteurs à négliger voire à passer à la trappe les battements de jambes a quelque chose de frappant. Dans tous les travaux mis en avant par Simbana, tout se focalise sur le bras, voire la main. Maglischo se base sur cinq points clés pour décomposer le « cycle de nage » : entrée, prise d’appui, point le plus profond, balayage intérieur, balayage extérieur… Alain Catteau se focalise sur les variations de position de la main : entrée, point le plus en avant, point le plus profond, fin de poussée (quand la vitesse horizontale est maximale), point le plus arrière et point de sortie.  Chollet, lui, découpe le cycle de nage en quatre phases distinctes, entrée et glisse, traction, poussée et retour aérien (en différenciant les phases propulsives et non propulsives).

M. Simbana ne nous épargne aucun modèle. La capacité de compiler des doctorants est extraordinaire… Et avec les autres études qui sortent, ça n’ira qu’en s’aggravant.

Quelquefois, le travail mis en exergue ne me parait pas signifier grand-chose, mais c’est sans doute que je ne suis pas armé pour avaler tout ça.. Prenez la notion bizarre (à mes yeux) de fréquence de nage préférentielle qui est mise en avant dans une série d’études que M. Simbana reprend à son compte.

De quoi s’agit-il ? On demande au nageur de choisir sa fréquence de nage préférentielle. Chocolat? Vanille? Pistache? Puis on lui demande de nager plus vite et on note le moment où sa coordination, mesurée par un « index » (de coordination), s’effrite. Et on découvre que les femmes perdent plus vite de leur coordination au-delà de cette fréquence.

Or, pour commencer, la notion de fréquence de nage préférentielle telle qu’elle est présentée est subjective, donc sujette à caution. Selon que j’opte  pour une fréquence de nage préférentielle peinarde ou andante, mon test va se présenter différemment.

Si, comme tous s’accordent à le dire, les femmes réussissent moins bien à ce test, qu’est-ce que cela signifie ? C’est, supposent les testeurs, que leur moindre puissance musculaire d’épaules ne leur permet pas de contrôler leur coordination aussi bien que les hommes.

Mais peut-être s’avère-t-il que les femmes ont tendance à jouer plus sincèrement le jeu proposé, ce qui ne m’étonnera guère, et qu’elles choisissent une fréquence préférentielle plus proche de leur maximum que les hommes.

Si c’est le cas, que conclure ? Que le résultat de la recherche est à jeter au panier,…  

Je songe aussi à autre chose. La femme est bâtie plus en force au niveau  pelvien, l’homme au niveau scapulaire…  Dès lors un travail qui se fait autour des épaules n’aboutirait-il pas inévitablement à de tels résultats ?

Pour appuyer, semble-t-il, sa thèse issue de la zone préférentielle, M. Simbana, suggère que le « plus grand différentiel de vitesse » entre 400 mètres et 50 mètres chez les hommes (0,45m/s) que chez les femmes (0,33m/s) met en évidence une plus grande capacité de vitesse chez les hommes des distances les plus longues aux plus courtes. En outre (Seifert) les hommes montrent un « index » de coordination plus élevé que les femmes pour un niveau de performance équivalent quelles que soient les différentes allures de course. La combinaison de ces deux études, qui semble fasciner nos chercheurs, me semble modestement intéressante, dans l’attente qu’on m’en dise plus.

En effet, que signifie ce différentiel de vitesse ?

Les records masculins du 50 mètres et du 400 mètres sont, respectivement de 20s91 et de 3’40s07 (soit huit fois 27s51). Les records féminins correspondants de 23s67 et 3’56s46 (soit huit fois 29s66). La perte de vitesse que représentent ces records est donc plus élevée chez les hommes (6s60, entre 20s91 à 27s51) que chez les femmes (5s99 entre 23s67 et 29s66).

Tirer de cette statistique la conclusion que les femmes ont moins de capacité, toutes choses étant égales par ailleurs, à nager vite, est peut-être intéressant. Mais on peut aussi voir le phénomène en sens contraire, et supposer que LES FEMMES ONT UN INDEX DE RESISTANCE SUPERIEUR A CELUI DES HOMMES DES DISTANCES LES PLUS COURTES AU DISTANCES LES PLUS LONGUES. Par ailleurs, toute cette gymnastique chiffrée ne tient pas compte du phénoménal talent de Katie LEDECKY, qui devrait décourager un peu toute utilisation abusive du différentiel en question !

Vu que pour faire la différence, Katie, elle sait!

Et j’ajouterai que j’émettrais certains doutes sur l’intérêt de l’index de coordination pour une raison très simple. Si bien nager était nager en opposition et en opposition seulement, ça se saurait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

QUEENSLAND, AUSTRALIE -NING ZETAO, 22s40 ET 48s43 ; WINNINGTON 1’46s13

Dimanche 23 Décembre 2018

Elijah WINNINGTON, un jeune nageur australien, a été nommé nageur du meeting, aux championnats du Queensland, à Brisbane. Winnington a remporté à deux reprises le 200 mètres, le titre adulte et le titre des 17-18 ans, en respectivement 1’46s64 et 1’46s13. Il a été nettement devancé, sur 400 mètres, par Jack McLoughlin. Shayna JACK arencontré Emma MCKEON à trois reprises sur 50, 100 et 200 libre, et l’a emporté sur 50 et 200. MCKEON a gagné le 100 devant JACK et le 100 papillon, non sans mal, devant la Coréenne AN…

A noter le retour en forme du champion du monde du 100 mètres chinois (47s84 en 2015) NING Zetao, facile vainqueur du 50 et du 100 mètres, ainsi que la suprématie japonaise dans les catégories 12 et 13 ans. A l’approche des Jeux de Tokyo ?

MESSIEURS.- 50 libre: 1. NING Zetao, Chine, 22s40; 2. TEONG Tzen Wei, 22s93. 100 libre : 1. NING Zetao, Chine, 48s43. 18 ans: 1. Elijah WINNINGTON, 49s44. 200 libre : 1. Elijah WINNINGTON, 1’46s64 ; 2. Jack MCLOUGHLIN, 1’46s70. 18 ans: Elijah WINNINGTON, 1’46s13. 400 libre: 1. Jack MCLOUGHLIN, 3’45s17; 2. Elijah WINNINGTON, 3’47s44.; 3. Max CARLETON, 3’51s30. 100 brasse : 1. Jake PACKARD, 1’0s58; 2. Matthew WILSON, 1’0s76; 3. Zac STUBBLETY-COOK, 1’0s89. 200 brasse : 1. Matthew WILSON, 2’9s14; 2. Zac STUBBLETY-COOK, 2’10s72. 200 4 nages: 1. Matthew WILSON, 2’0s25; 2. Clyde LEWIS, 2’0s26.

DAMES.- 50 libre: 1. Shayna JACK, 24s68; 2. Emma MCKEON, 24s70; 3. Bronte CAMPBELL, 25s19; 4. Meg HARRIS, 16 ans, 25s23. 100 libre : 1. Emma MCKEON, 53s72 ; 2. Shayna JACK, 53s79; 3. Bronte CAMPBELL, 53s98. 200 libre : 1. Shayna JACK, 1’58s30 ; 2. Emma MCKEON, 1’58s73. 16 ans: 1. Leni PALLISTER, 1’58s79. 400 libre : 1. Kiah MELVERTON, 4’7s72 ; 2. Leni PALLISTER, 4’8s97. 100 dos : 17 ans : 1. Kaylee MCKEOWN, 1’0s75. 200 dos : 17 ans, 1. Kaylee MCKEOWN, 2’9s47. 100 papillon : 1. Emma MCKEON, 58s40 ; 2. AN Sehyeon, Corée, 58s72.