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SARAH SJÖSTRÖM TOUJOURS PREMIÈRE DE LA CLASSE, MATE CAMPBELL, ZHANG ET KROMOWIDJOJO

Éric LAHMY

Samedi 11 Novembre 2017

Le caractère répétitif de la Coupe du monde ne se dément pas, et Sarah SJÖSTRÖM, qui l’a dominée en 2017  continue de régner sur la natation en petit bassin comme l’été dernier en grand bain. L’affaire était quelque peu compliquée ce samedi à Pékin, 2e journée du meeting, parce que le 100 papillon et le 100 libre féminin se déroulaient à la suite, à quelques minutes de distance, ce qui pouvait ressembler à un croc-en-jambe de la FINA contre la suprématie de la Suédoise, mais qui est dû sans doute également à la difficulté de présenter un programme harmonieux protégeant les spécialités de nageurs et d’ondines tentées par les répétitions d’efforts ; cela n’a pas empêché Sarah de triompher, d’abord de la Chinoise ZHANG et de KROMOWIDJOJO en papillon, ensuite de CAMPBELL et KROMOWIDJOJO, sur 100 libre.

SJÖSTRÖM aurait pu, afin de se réserver pour le crawl, nager à l’économie son 100 mètres papillon, puisque sa plus dangereuse rival, ZHANG, le 4 octobre dernier, à Doha, avait fini à 1s76, c’est-à-dire derrière son battement de dauphin. Elle avait donc de la marge. Mais j’imagine que la meilleure sprinteuse du monde ne s’arrête pas à ces petits calculs. Et puis ZHANG nageait devant son public et sans doute ne fallait-il pas essayer de faire joujou avec une fille électrisée par l’idée que la foule la portait. SJÖSTRÖM est donc partie encore plus vite qu’à Doha cinq semaines et demie plus tôt,  en 25s94 contre 26s05, et a terminé en 55s60 (contre 55s55 à Doha). Assez vite, donc, quoiqu’inférieur à son record mondial, 54s61 en 2014.

Sur 100 libre, elle devait faire attention à Campbell, mais aussi à Kromowidjojo, qui l’a serrée de très près cette saison. Mais la Néerlandaise, qui avait elle aussi disputé le 100 mètres papillon, fut en-dessous de sa valeur, et la course prit l’allure d’un duel. Campbell menait d’un rien au 50 (24s72 contre 24s75), mais cédait sur la fin, en 51s45 contre 51s25, assez loin de son récent record du monde, 50s25 aux championnats d’Australie en petit bassin…

On peut analyser cette course soit en termes de victoire de Sjöström, soit, bien sûr, en termes de défaite de Campbell, mais on admettra facilement que Sjöström, à la poursuite du petit pactole promis à la gagnante de la Coupe du monde, donne beaucoup plus d’importance aux compétitions FINA que son auguste rivale des antipodes.

D’un autre côté, même avec son bagage et son talent, on peut se demander si Campbell ne reste pas, relativement, fragile en grande compétition, comme le montre son palmarès en dents de scie.

A part cela, on notera les deux « records mondiaux juniors », battus sur 100 quatre nages par Michaël Andrew et sur 800 dames par la Chinoise Wang : mais aussi un fort 100 brasse messieurs, gagné par Koseki, du Japon ; un bon 400 libre hommes, dominé par un Chinois, Ji, une victoire « contre nature » de la sprinteuse jamaïcaine Alia Atkinson sur 200 brasse, devant Imai Runa et la recordwoman du monde en grand bassin, Rikke Pedersen.

Ah ! Les « dirigeants » de la FINA. Leurs actions ont un arrière-goût d’aberration. Après avoir imaginé une profusion d’épreuves dans un programme hypertrophié, ils s’aperçoivent que leur goinfrerie est en train d’étouffer le sport. Les voilà donc qui tronçonnent ce programme gargantuesque et le réduisent à des dimensions qui le rendent, à chaque fois, plus digeste. Mais de quelle façon ? A Pékin, ces boutures les amènent à effacer les courses suivantes de leur programme : 100, 800 et 1500 libre ; 100 dos ; 50 brasse ; 200 papillon messieurs ; 200 et 1500 libre, 100 et 200 dos, 100 brasse, 50 papillon et 400 quatre nages dames. Ils balancent des courses essentielles du programme et sauvent les épreuves les moins lisibles qu’ils ont inventées, les deux relais mixtes qui ne représentent rien, ne s’accrochent à aucune tradition du sport et s’ajoutent à un programme lourdement chargé de relais (sauf que les relais n’ont jamais été à l’honneur en meetings).

Bien entendu, ces maquillages ne rendront pas la santé à cette malheureuse Coupe du monde. Eliminer une moitié des épreuves phares de la natation, c’est bien entendu décourager les meilleurs nageurs du monde dans ces épreuves de venir s’y frotter. La World Cup continuera de souffrir de la désaffection générale. Elle avait beau enthousiasmer au rabais quand tombaient les records du monde en petit bassin souvent de valeur assez inférieure, elle n’a jamais été très significative, elle le sera de moins en moins, M. Marculescu peut augmenter les primes, il ne parviendra qu’à empêcher Katinka Hosszu d’emporter la mise, dans une formule où le seul tort de la Hongroise aura été de trop bien jouer le jeu loufoque inventé par les professeurs Nimbus de la Fédération mondiale…

MESSIEURS.- 50 libre  : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 20s83 ; 2. Shinri SHIOURA, Japon, 21s27 ; 3. Andrii GOVOROV, Ukraine, 21s30 ; 4. Cameron MCEVOY, Australie, 21s36. En séries, Clément MIGNON, France, 9e, 21s92.

400 libre : 1. Xinjie JI, Chine, 3’39s20; 2. Ziao QIU, Chine, 3’41s06 ; 3. Mykhailo ROMANCHUK, Ukraine, 3’41s42 ; 4. Poul ZELLMANN, Allemagne, 3’41s47.

200 dos : 1. Ryosuke IRIE, Japon, 1’50s24.

100 brasse : 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 56s75 ; 2. Zibei YAN, Chine, 56s88 ; 3. Ilya SHYMANOVICH, Biélorussie, 56s89; 4. Daya SETO, Japon, 56s93; 5. Kiril PRIGODA, Russie, et Lizhuo WANG, Chine, 57s07; 7. Feilian MAO, Chine, 57s36. ; 8. Matthew WILSON, Australie, 58s01.

50 papillon : 1. Chad LE CLOS, Af. Sud, 22s22 ; 2. Andrii GOVOROV, Russie, 22s60 ; 3. Qibin ZHANG, Chine, 22s88 ; 4. Kenneth TO, Hong Kong, 22s93 (en séries, 22s90); 5. Vladimir MOROZOV, Russie, 22s94; 6. Peng WANG, Chine, 22s98 (en séries, 22s92). En séries, Michaël ANDREW, USA, 22s87.

100 4 nages : 1. Vladimir MOROZOV, Russie, 50s36; 2. Michael ANDREW, USA, 51s86 (record junior); 3. Daya SETO, Japon, 52s09.          

4 fois 50 mixte : 1. Australie, 1’30s81 (McEvoy, 21s69, Graham, 21s90, B. Campbell, 24s12, C. Campbell, 23s10)

DAMES.- 100 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 51s25 ; 2. Cate CAMPBELL, Suède, 51s45 ; 3. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 51s91 ; 4. Menghui ZHU, Chine, 52s55 ; 5. Pernille BLUME, Danemark, 52s59 ; 6. Lia NEAL, USA, 52s68 ; 7. Brittany ELMSLIE, Australie, 53s67

800 libre : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 8’12s30 (record junior); 2. Yawen HOU, Chine, 8’15s04; 3. Boglarka KAPAS, Hongrie, 8’16s89; 4. Bingjie LI, Chine, 8’20s84.

50 dos : 1. Emily SEEBOHM, Australie, 26s28; 2. Katinka HOSSZU, Hongrie, 26s42; 3. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 26s58; 4. 4. Maaike DE WAARD, Pays-Bas, 26s62; 5. Xiang LIU, Chine, 26s74; 6. Jie CHEN, Chine, 26s95.

200 brasse : 1. Alia ATKINSON, Jamaïque, 2’19s58 ; 2. Runa IMAI, Japon, 2’19s77 ; 3. Rikke PEDERSEN, Danemark, 2’0s11 ; 4. Jingyao YU, Chine, 2’21s84 ; 5. Jinglin SHI, 2’22s05.

100 papillon : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 55s60 ; 2. Yufei ZHANG, Chine, 56s91 ; 3. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 57s18

200 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 2’4s64 ; 2. Emily SEEBOHM, Australie, 2’6s62 ; 3. Seoyeong KIM, Corée, 2’7s96.

AU MEETING DE PÉKIN, LE FÉMININ L’EMPORTE, AVEC SARAH SJÖSTRÖM QUE MENACE RANOMI KROMOWIDJOJO

Éric LAHMY

Vendredi 10 novembre 2017

Si le meeting de Pékin, qui inaugure le dernier bouquet des réunions en petit bassin réunies sous le sigle de Coupe du monde (étapes suivantes, Tokyo les 14 et 15 et Singapour les 18 et 19) a été vendu pour les locaux de l’étape autour de la personnalité de Jiayu Xu, le champion du monde en titre du 100 mètres dos – et si ce dernier a bien gagné le 50 dos (course dont il avait fini 5e des mondiaux de Budapest) – c’est bien – encore une fois dans cette série de meetings – du côté des femmes que sont venues les meilleures performances.

Le combat pour l’écriture inclusive a beau m’apparaître d’une pesanteur avérée (il faut vraiment être frivole et infantile, et n’avoir rien de mieux à faire qu’à pinailler sur des règles grammaticales quand plus de la moitié des femmes, dans le monde, sont considérées comme des sous-êtres humains chez elles), je dois dire qu’une fois de plus, en meeting de natation, c’est le féminin qui l’a emporté.

Et là, pas besoin de grammairien ni de grammairienne pour nous le dire.

Pékin se déroule sur deux jours, mais « la » course de ce vendredi a bien été le 50 mètres dames.

C’est vrai qu’au départ, sur le papier, le choc était prometteur. La reine actuelle du sprint, la Suédoise Sjöström, face à celles qu’elle a détrônées, l’Australienne Catherine Campbell, championne du monde 2013 et la Danoise Pernilla Blume, championne olympique 2016, et une plus ancienne gloire des efforts courts, double championne olympique à Londres, la Néerlandaise Kromowidjojo.

Depuis quelques mois, Kromowidjojo, qui avait semblé baisser pavillon, est revenue à un niveau exceptionnel, et elle apparait comme la plus redoutable adversaire de Sjöström. La brune Néerlandaise ne détient-elle pas le record en petit bassin avec 22s93 ? Une fois de plus, elle a poussé la grande Suédoise dans ses derniers retranchements. Sjöström l’a emporté de sept centièmes. Campbell a fini troisième, et toute championne olympique qu’elle est, Blume, qui traîne son statut de championne olympique de défaite en défaite, en petite forme, n’a pas pu finir mieux que quatrième, avec un bien quelconque 23s92. Quatrième, c’était sa place aux mondiaux de Budapest, l’été dernier, derrière Sjöström, Kromowidjojo et Simone Manuel…

Après Sjöström et Kromowidjojo, l’auteur de la meilleure performance reste le Japonais Daya Seto, qui a été entraîné en Australie. Seto a remporté le 400 mètres quatre nages dans un temps flatteur, 3’58s20, en laissant un client de la pointure du Hongrois  David Verraszto à quatre longueurs de corps. Seto a construit son avance dans tous les styles. Verraszto, 2e de l’épreuve aux mondiaux de Budapest, l’avait alors devancé (la course avait été gagnée par Chase Kalisz). Le record du monde petit bassin appartient à Ryan Lochte avec 3’55s70.

Par ordre de valeur, on notera aussi le 100 mètres quatre nages de Katinka Hosszu (devant deux excellentes Cate Campbell et Sarah Sjöström) et le 400 mètres féminin de la Chinoise Wang, 3’59s69, record du monde junior ; le double succès de Chad LeClos, sur 200 libre et 100 papillon, et un bon 200 brasse de Koseki.

Clément Mignon, qui s’entraîne en Australie, termine 4e du 200 en 1’44s61.

Résultats complets :

https://www.fina.org/event/fina/airweave-swimming-world-cup-2017-7/results

 MESSIEURS.- 200 libre : 1. Chad LE CLOS, Af. Sud, 1’41s81 ; 2. Xinjie JI, Chine, 1’42s49 ; 3. Matthew STANLEY, NZL, 1’43s68 ; 4. Clément MIGNON, France, 1’44s61

50 dos : 1. Jiayu XU, Chine, 23s09 ; 2. Pavel SANKOVICH, BLR, 23s11.

200 brasse : 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 2’3s43 ; 2. Kirill PRIGODA, Russie, 2’4s08 ; 3. Haiyang QIN, Chine, 2’4s18 : 4. Anton CHUPKOV, Russie, 2’4s23 ; 5. Matthew WILSON, Australie, 2’4s24 (en séries, 2’4s22).

100 papillon : 1. Chad LE CLOS, Af. Sud, 49s18

400 4 nages : 1. Daya SETO, Japon, 3’58s20; 2. David VERRASZTO, Hongrie, 4’4s31.

DAMES.- 50 libre : 1. Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 23s40 ; 2. Ranomi KROMOWIDJOJO, Pays-Bas, 23s47 ; 3. Cate CAMPBELL, Australie, 23s67

400 libre : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 3’59s69 (record du monde junior); 2. Bingjie LI, Chine, 4’1s75; 3. Boglarka KAPAS, Hongrie, 4’3s07; 4. Caiping YANG, Chine, 4’3s51; 5. Jie

50 brasse : 1. Alia ATKINSON, Jamaïque, 29s57.

200 papillon : 1. Yufei ZHANG, Chine, 2’5s02.

100 4 nages : 1. Katinka HOSSZU, Hongrie, 57s50; 2? Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 57s78; 3. Emily SEEBOHM, Australie, 58s86; 4. Runa IMAI, Japon, 59s00; 5. Shiwen YE, Chine, 59s09; 6. Seoyeong KIM, Corée, 59s52; 7. Sishi ZHANG, Chine, 59s54.       

QUEL AVENIR POUR LES PISCINES: DÉLÉGATAIRES DE SERVICE PUBLIC OU SYNDICATS DE MAITRES-NAGEURS-SAUVETEURS ? 

Éric LAHMY

Jeudi 9 Novembre 2017

Dans un précédent article (Plaidoyer pour la fin des haricots…) paru le 28 octobre dernier, je me suis demandé ce que devraient être les piscines de l’avenir, en France. Quand vous interrogez les personnes intéressées, les réponses sont de deux ordres. Les uns vous disent que le public attend essentiellement du ludique, les autres que le client premier des piscines reste le nageur.

Dans les deux camps, on trouve une forte proportion de gens qui croient ce qu’ils veulent croire.

Comme je ne m’exclue pas du nombre, j’ai tendance à préférer une utilisation classique de la piscine et à ne voir qu’un appauvrissement dans les innovations de ces dernières années… Je nage, donc je suis.

Pour moi, la piscine, en changeant de forme, de conception, en se chargeant de développer des jeux finalement assez peu aquatiques, se gadgétise, perd son âme et sa fonction la plus noble. Je dois admettre que beaucoup d’autres croient que c’est tout le contraire, et que la piscine s’est délivrée du carcan des lignes d’eau.

Je garde mon point de vue, mais ne suis pas sourd aux arguments des autres…

La première question qui me vient à l’esprit, c’est : comment en est-on arrivés là ? A l’évidence, le coût, le budget et la complexité de gestion des piscines ont été mal ressentis par les municipalités. Combien d’édiles, après s’être passionnés pour la construction d’une piscine, ne songent à rien d’autre qu’à s’en débarrasser !

Autre interrogation : peut-on faire venir un public à la natation en utilisant le jeu d’eau ? Possible. La plupart des bons nageurs sont arrivés au niveau des championnats de France en suivant une filière classique, école de nage, éducation au geste, entraînement rationnalisé. Mais d’autres ont suivi des voies plus incertaines. Le hasard ne joue sans doute plus aujourd’hui le même rôle que du temps où Don Talbot remarque dans le public un « mascaret » avançant à toute vitesse dans l’eau dont il fera, des années plus tard, John Konrads, champion olympique du 1500 mètres, et Harry Gallagher a son regard accroché par une sauvageonne qui folâtre autour des plongeoirs, clope dans les vestiaires et glisse comme un poisson, qui deviendra Dawn Fraser, la plus grande nageuse du 20e siècle.

Bien entendu, on ne peut pousser à la construction de centaines, de milliers de piscines, en fonction d’un nageur, d’une ondine, soient-ils John Konrads ou Dawn Fraser. Mais voilà bien deux exemples où l’attrait ludique d’une piscine a conduit à produire des champions… En France, les Alain Gottvalles et autres, élite de notre natation du demi-siècle dernier, présentèrent des parcours équivalents.

Deux conceptions s’affrontent autour des bassins. Toutes les deux participent à leur façon à l’air du temps. La première veut que la piscine corresponde aux agréments de la distraction ou aux caprices du jeu : son but est de n’en avoir aucun, de brûler le temps de façon joyeuse, sans contrainte ; la seconde répond au besoin d’excellence, elle est assez élitiste, puisque son produit achevé est le champion, éducative et structurante, puisqu’elle forme des nageurs, des gens qui se débrouillent, puis excellent dans l’eau et les sauve, par anticipation, de la noyade…

Dès lors, définir ce que doivent être les piscines de demain n’est pas une mince affaire. Difficile de « suivre les miettes de pain » pour arriver à une conclusion logique.

Pour complaire aux deux camps, on dit que la piscine doit être à la fois formatrice et ludique, gymnase et luna park. Elle est censée devoir assurer la cohabitation de deux populations qui peuvent s’ignorer ou s’opposer.

La forme d’une piscine s’assujettit à sa destination ; nager privilégie la ligne droite, et donc l’angle, et le rectangle, figure géométrique qui correspond. Le jeu, en revanche, a encouragé une déformation du bassin… Je soupçonne que l’idée première de cette déformation n’était pas tant de l’adapter au ludique que de chasser le nageur. Mais vous m’accuserez de « complotisme » !

Le souci que ressentent les nageurs est lié à ce que dans certains cas, on a si bien fait que le bassin ne peut plus être utilisé pour la natation. Quelquefois, cette non-conformité a été étendue aux bassins classiques. La piscine Suzanne Berlioux, au quartier des Halles, à Paris, a été ainsi volontairement raccourcie de deux centimètres en deçà des dimensions olympiques, donc 49,98m, pour qu’on ne puisse y organiser de compétitions.

LUCIEN GASTALDELLO : « LE SOI-DISANT DÉFICIT DES ¨PISCINES, C’EST LE PRIX DE L’APPRENTISSAGE DE LA NATATION AUX ENFANTS »

Anecdotes mises à part, en général, on s’accorde sur l’analyse que fait Lucien Gastaldello, ancien vice-président de la fédération française de natation et figure de proue du sport lorrain, à ce sujet qu’il connait parfaitement :

« Le vrai problème, explique-t-il, c’est que les municipalités mettent en avant les déficits de piscines. On oublie le travail fait sur les enfants, l’éducation à la nage, et quand on dit ce que ça coûte tant mais pas pourquoi cela coûte tant, bien entendu, on s’inquiète. Mais quand on sait ce que coûte un terrain de football qui n’est jamais utilisé, » en dehors des matches, alors que la piscine est fort employée, « on ne remet pas le stade en cause et ne conduit pas la même analyse. »

Puisque la piscine est « déficitaire » (on a vu combien cette notion est fautive), et que tout déficit est vécu en termes d’échec, ses problèmes de gestion apparaissent inextricables…

« Les questions liées à la gestion, continue M. Gastaldello, on les a bien connues avec les deux piscines que gérait la FFN, Georges-Hermant (gérée par Jean Pommat puis Jacques Arié) et Georges-Vallerey. La gestion avait été donnée à un délégataire de la ville de Paris pendant les travaux sur Georges-Vallerey quand la fédération avait émigré à Montreuil, et cela ne s’est pas bien passé. Christine Béraud (ancienne championne de France de dos) a repris les choses en mains. Dès qu’elle s’en est occupée, cela a coûté beaucoup moins cher. Avant elle, à la ville, le directeur des piscines ne savait pas utiliser les caisses, que tenait un autre service. En outre, il ne maitrisait pas le personnel. Un accord avait été conclu, selon lequel le nettoyage était effectué par les maîtres-nageurs-sauveteurs. En contrepartie, ils avaient le droit de donner des leçons qui leur assuraient un supplément de salaire. Du coup les maîtres-nageurs se faisaient concurrence auprès de la caissière pour qu’elle dirige vers eux une cliente potentielle de cours privés.

« Là où ça coinçait, c’est quand la cliente qui avait payé de la main à la main tel maître-nageur pour des cours arrivait et trouvait que son professeur de natation s’était fait porter pâle avec trois semaines d’arrêt maladie. Ce qui arrivait souvent et créait des embarras. Avec Gérard Garoff, on a essayé de trouver une solution et décidé de changer le système. J’ai donc été chargé de négocier avec tous les syndicats, cela a duré un temps fou, et je ne suis arrivé à RIEN… »

DOIT-ON VITUPÉRER LES SYNDICATS DE MAITRES-NAGEURS-SAUVETEURS ?

Jean-Pierre Le Bihan, ancien DTN adjoint de la FFN, aujourd’hui à la retraite, se souvient que cette tentative de réformer le système avait conduit le syndicat des M.N.S. à une grève de mille jours. Elle durait encore quand Gérard Garoff, l’auteur de cette tentative de réforme, quitta son poste à la ville.

Le Bihan, fort de ce souvenir (et de quelques autres), estime que leurs démêlés avec les maîtres-nageurs ont souvent conduit les mairies à se débarrasser des gestions de piscines. Il en est qui vitupèrent cette profession dont le bouillonnement syndical leur est insupportable.

« Les maîtres-nageurs forment une drôle de tribu, prétend encore Jean-Pierre Le Bihan. La grève des maîtres-nageurs qui a duré mille jours, contre la réforme souhaitée par Garoff, avait été orchestrée par un certain Eddy Schwartchgen. Il faut dire que pour les maîtres-nageurs, il s’agissait d’un complément de salaire important. »

Cette opinion de M. Le Bihan trouve un fort écho chez Jacky Brochen, l’un des coaches essentiels, passé un peu sous la ligne de pleine visibilité, mais qui, en quarante ans à arpenter les plages des piscines, entre Eaubonne, Clichy, Brest, Caen, Genève, puis Bordeaux, Bondy et Stella Saint-Maur, et à œuvrer dans les équipes de France (entraîneur) et de Suisse (entraîneur chef) a pu en voir et en a retenu beaucoup. Aujourd’hui, l’un de ces retraités actifs toujours sur la brèche et heureux de l’être, Jacky Brochen trouve dans sa situation une forme de liberté d’expression que l’obligation de réserve lui interdisait dans le passé. Faisons-en notre profit :

« L’une des raisons du passage de la gestion publique à celle de délégataires de services publics, dit-il, c’est que les municipalités en avaient assez d’avoir à payer un personnel très souvent peu engagé, plus souvent occupé à obtenir des avantages (temps de déshabillage et de rhabillage dans leur temps de travail, heures de temps d’encadrement scolaire doublées, etc…), fer de lance des syndicats de maîtres-nageurs plus préoccupés a obtenir des privilèges (semaines à moins de 30 heures) mettant loin la pédagogie moderne « Catteau – Garoff » (laisser l’eau faire) au profit des ceintures, planches et mécanisation de la brasse « plié – écarté – serré ou grenouille tour Eiffel » dans le digne prolongement de la potence « Trotzier ».

La municipalité quand elle délègue, c’est parce qu’elle ne veut pas entrer dans les complications de la gestion et en particulier également des nombreuses absences du personnel titulaire (à vie), de la rigidité qui souvent empêche des actions d’animation pour le public, etc… Pour ce faire, la municipalité donne de l’argent, paie l’entretien. Trop de maîtres-nageurs sont des fainéants qui ne veulent pas en foutre une rame, qui s’engagent dans des mauvais trips, avec des piquets de grève, on a eu comme ça une mélenchoniste qui a été virée de la piscine. Après cela, elle pleurait de ce qui lui arrivait, mais elle avait eu la rétribution de ses actions ! »

Après la mélenchonie, la mélancolie.

MÊME UN NAGEUR PEUT SE NOYER DANS UNE GESTION DE PISCINE

Tout le monde ne s’accorde pas avec ces critiques féroces des maîtres-nageurs. Lucien Gastaldello, qui s’est beaucoup occupé de la profession dans sa carrière, trouve ainsi « très exagéré de voir les choses ainsi. »

Véronique Cotteaux, formatrice au BPJEPS (brevet professionnel), aujourd’hui responsable de l’antenne Est Francilien CREPS d’Île de France, soulève, elle, une autre problématique :

« Qu’il y ait des soucis liés à la profession de maitre-nageur, c’est bien possible, dit-elle, mais ce qui amène au passage des piscines en direction des délégataires de services publics (DSP) est lié en grande partie à la complexité de la gestion  de ces équipements, des ressources humaines, de la réglementation qui évolue sans cesse… il est difficile pour les collectivités territoriales de recruter des agents avec ces compétences.

« Les maîtres-nageurs sont des hommes de bassin, mais la gestion d’une piscine, c’est bien d’autres choses. La maîtrise, utilisation et entretien, d’une pompe à chaleur, le traitement de l’eau, dont la qualité doit être très précisément maintenue, par exemple, demandent une certaine technicité. 

« Il y a donc toute une formation qui serait nécessaire pour gérer ce type d’équipement. Ces connaissances ne sont pas abordées dans la formation de  MNS. Je ne connais pas personnellement de formation spécifique pour diriger ce type d’établissement. 

« Les choses ont d’ailleurs évolué dans la formation des MNS. L’Etat ne détient plus le monopole de la formation. Les organismes de formation privés se développent. Les DSP type Récréa, Carilis ou Vert Marine ouvrent leur propre formation de MNS et des chefs de bassin.

« Actuellement, ce qui est frappant, c’est le manque de candidats au métier de maître-nageur. Pratiquement, très peu de nageurs, maintenant, veulent faire ce métier. La question de la rémunération est, il me semble, biaisée : on peut bien gagner sa vie comme maître-nageur avec les à-côtés, entraînements, leçons particulières. On peut gagner dans les 3.000€ en étant maître-nageur à condition de ne pas craindre de faire des heures. 

« Le problème des municipalités, c’est, quand elles délèguent, que le contrat qui les lie au délégataire ne donne pas forcement le bâtiment à ceux-ci. La municipalité reprend la piscine et la retrouve parfois  dans un état dégradé. Réparations qui auraient coûté moins cher si les travaux avaient été réalisés tout de suite.  

 « L’une des autres raisons du passage à des délégataires, et d’ailleurs la principale, c’est le coût des piscines. Les délégations de service public maîtrisent bien les techniques pour limiter les déficits : nombreuses activités payantes type aquagym,  plein emploi des installations : ouverture de 7h à 22 heures et le week-end, on ouvre le maximum de temps, car cela assure des rentrées et limite le déficit. Car construire une piscine, c’est être sûr d’un déficit. Il y a trop de frais pour espérer des bénéfices. Maintenant, le service public essaie aussi de bouger  et d’élargir ses horaires. »

Quand les délégataires s’étant emparé des bassins, cherchent à les rentabiliser, les soucis d’horaires des clubs ne font pas le poids. Cependant, des municipalités, quand elles signent avec un délégataire, n’oublient pas d’assurer par contrat au club des heures d’entraînement et un certain nombre d’autres avantages, comme des week-ends annuels pour organiser les meetings. Parfois la mairie assure au club des créneaux et des lignes d’eau, parfois elle assure au club des subventions qui vont lui permettre de louer des lignes. Mais une ligne d’eau une heure revient 25 ou 30€. Multipliez par le nombre nécessaire d’heures pour l’entraînement, cela fait beaucoup d’argent !

Le club n’est pas forcément désarmé, mais il doit se battre. C’est ce qu’explique Lucien Gastaldello, qui a organisé la résistance, en Lorraine, et marqué des points. Mais il faut pour cela être crédible, et performant. « A Epinal, une année, on avait avancé le nom d’un ami du directeur de la Fédération de l’époque, Bernard Rayaume ; mais on s’est battu, on a mis notre gestion en avant, et le club a gardé la gestion. »

Il faut savoir faire flèche de tout bois : « Les clubs, pour lutter contre les déficits, ont été obligés de développer des activités de loisirs. Cela leur permettait de survivre. A Longwy, par exemple, le club gérait les distributeurs de boissons, et les bénéfices nous permettaient de mener notre politique sportive. Dans le système,actuel où la gestion leur a échappé, cela n’est plus possible. »

Dans une période favorable, le club de Longwy, piscine ouverte en 1967, quand le FNDS (devenu CNDS) n’existait pas, avait obtenu des aides qui lui avaient permis, en gros, de récupérer l’équivalent de la TVA. « En contrepartie, dit encore M. Gastaldello, les clubs devaient engager leurs maîtres-nageurs. On s’aperçoit maintenant qu’on a vécu une belle période.»

Le secret de la réussite des clubs a-t-il été perdu ? Ont-ils été distancés, comme le supposait Véronique Cotteaux, voire ringardisés par les évolutions du métier ? Pourtant, certains dirigeants, au niveau local, avaient, quoique bénévoles, effectué un travail de professionnels. Jacky Brochen nous offre sur un plateau l’exemple de Caen.

« La ville, nous dit-il, dans un premier temps, avait copié notre organisation de l’apprentissage pour la faire pratiquer par le personnel municipal à des horaires privilégiés par rapport au club, mais bien vite les absences répétées des encadrants et leur manque d’enthousiasme à périclité et le club a repris le contrôle et tout est revenu comme avant. Mais on avait un marketing pédagogique (grâce à un « Aqualivre performant) et financier. On savait ainsi qu’il fallait sept nageurs pour payer un entraîneur des groupes d’apprentissage à l’année. On formait des groupes d’apprentissage de douze nageurs, et avec l’argent récupéré, on engageait et on menait une politique sportive ambitieuse. On a été pendant treize années dans la fourchette du 3e au 5e club français. Mais on avait un président formidable, Alain Tournaire (1982-1993). J’arrivais de Clichy, j’avais des idées arrêtées sur la façon de fonctionner, et Alain m’a forcé à faire des trucs sympas. Parmi les nageurs, on a eu nombre d’internationaux et une eau libre de première force en fréquentant notamment Stéphane Lecat. Aujourd’hui, le club a perdu cette dynamique et a reculé  (49e en 2016, cette année, il est 32e) »

SEZIONALE AURA-T-IL LES MOYENS DE BARRER LA ROUTE AUX PISCINES LUDIQUES ?

Aujourd’hui, à la Fédération française de natation, Gilles Sezionale met ses troupes en ordre de bataille pour reprendre au moins une partie du terrain perdu. Il s’agit pour le nouveau président, à la fois d’encourager les clubs à s’emparer des gestions, et de ne plus aider financièrement les constructions de piscines qui ne correspondent pas aux besoins de la natation.

Dans le courrier qui a suivi notre parution de samedi 28 octobre 2017, intitulée plaidoyer pour la fin des haricots et le retour des nageurs dans les piscines, André Zougs, un architecte qui a présidé la commission équipements pendant deux ans, puis, pendant quatorze ans (jusqu’en avril 2017), été, élu du Comité Directeur, chargé des équipements à la FFN, faisait état d’un certain scepticisme quant à la capacité de la Fédération de se faire entendre dans ce domaine : « depuis mon arrivée à la Fédé, écrit M. Zougs, je n’ai cessé de me battre contre cette promotion de la piscine haricot. Il a fallu se battre contre les programmistes nés, pour beaucoup, de sociétés financières intéressées par la gestion des piscines (DSP) en les transformant en équipements ludiques genre Aqualand, en plus petit. Les collectivités se sont laissé prendre à ce miroir de la rentabilité et les programmistes se sont empressés d’y répondre.
« La Fédération n’a pas fermé les yeux sur ces programmes mais s’est efforcée de défendre au moins une partie sportive dans chaque projet. Cela n’a pas toujours été accepté. Pour les subventions, la force des politiques à travers le ministère est incontrôlable, et je ne suis pas sûr que Gilles Sezionale arrive à évincer Saint Malo de la subvention si le projet n’est pas conforme aux souhaits de la Fédération. Je peux assurer que 90% des projets soutenus par la Fédé étaient à caractère majoritairement sportifs. »

Si M. Zougs insiste sur la difficulté de contrôler le moins du monde le type de piscines qui seront construites ces prochaines années, sur cette question, Lucien Gastaldello, lui, estime que la position de la Fédération n’est pas si fragile, et que l’institution, depuis quelques années, avait son mot à dire.

LES CLUBS DOIVENT SE METTRE EN AVANT

« Pour ce qui est à la subvention de construction de piscines, explique en effet M. Gastaldello, avant l’arrivée de Marie-Georges Buffet au ministère des sports (4 juin 1997-5 mai 2002), les politiques choisissaient et envoyaient librement les dossiers. Le choix était pour ainsi dire fait en amont, en l’absence, de la fédération. Marie-Georges Buffet et Henri Sérandour, président du CNOSF entre 1993 et 2009, qui étaient de bords différents mais qui s’appréciaient énormément, ont travaillé la question, et depuis le choix a été laissé à la fédération. Les concepteurs devaient venir défendre leurs projets à la fédération pour recevoir ces subventions. Dans un premier temps, arrivaient de six à sept dossiers par an. Et puis le système s’est amplifié, et c’est de douze à treize dossiers que la fédération a traité chaque année. La natation était devenue prioritaire pour le ministère, et en gros, la moitié des subventions étaient réservées aux piscines, l’ensemble des autres sports disposant de l’autre moitié. Depuis deux ans, on a limité le nombre de dossiers par région et les commissions régionales du CNDS émettent des avis. Les fonds du CNDS ont été réduits de moitié, autant dire que Gilles Sezionale ne bénéficie pas de la « bonne période » dont jouissait Luyce. » 

Toujours selon M. Gastaldello, la natation doit être toujours prête à défendre ses arrières et à présenter ses atouts : « quand la mairie proposait une solution privative, nous répondions en proposant une solution fédérale, explique-t-il au sujet de sa région, la Lorraine. Aujourd’hui encore, le club de Longwy est candidat à la gestion. »

Mais il aurait tendance à tempérer l’optimisme ambiant : « Quand la fédération se dit prête à gérer (le monument qui accueillera les Jeux olympiques après 2024, je leur dis de faire attention : « il y a du boulot, les copains. » On vient de loin !

De quoi s’agit-il? « La Fédération est candidate à la gestion du centre nautique de Saint-Denis, mais elle devra développer ses arguments parce que les édiles ont bonne mémoire et se souviennent de la gestion par la fédération des piscines de Paris, et de comment cela s’est passé. Les directeurs confondaient chiffres d’affaires et bénéfices, et cela finissait par des découverts importants. La FFN entend reprendre les méthodes de Rio de Janeiro et de Londres comme d’enlever les gradins. En revanche, la fosse à plongeon sera conservée. Qu’est-ce que cela va donner? »

Où en sont, dans tout cela, pour leur part, les délégataires de service public ? Vert Marine se trouve dans une mauvaise passe. Accusée de plusieurs défauts de gestion, d’employer du personnel à bon marché, mal formé voire sans diplômes, l’entreprise et ses dirigeants viennent de se faire condamner (première instance) à de sévères peine, amendes, prison avec sursis et dommages-intérêts.

L’entreprise, siège social Mont Saint-Aignan, en Normandie, a connu un glorieux quart de siècle de développement foudroyant. Créée en 1992 par Thierry Chaix, un hockeyeur, et Jean-Pascal Gleize, Vert Marine gère plus de 90 établissements et compte 1700 employés. Mais comme en sport, il faut se méfier, dans les affaires, des réussites trop voyantes. La procureure de la république, pour les faits reprochés aux gestionnaires, a recommandé des peines sévères, dont deux ans de prison ferme pour le directeur général, et un total de 190.000€ d’amendes. Les responsables ont obtenu le sursis, et autant Chaix que Gleize ont été interdits de gérer une entreprise commerciale pendant deux ans. Ils doivent payer conjointement 400.000€ d’amende et 432.000€ de dommages-intérêts aux parties civiles. Pour résumer, Vert Marine a faussé le jeu de la concurrence pour obtenir des délégations de services publics (DSP) et accroître son empire. Un ancien employé, Michaël Pasek, leur fournissait des informations leur permettant de déjouer la concurrence en posant leur offre en vue d’acquérir une demi-douzaine de délégations pendant trois années (2010-2012). Plusieurs marchés ont été enlevés de manière frauduleuse entre 2007 et 2012. Chaix, aujourd’hui président du club de hockey des Dragons de Rouen, et ses deux co-accusés, nient les faits et se sont pourvus en appel.

Bien entendu, tout cela fait mauvais genre, mais n’étonne pas trop ceux qui connaissent le personnage. Inspiré par l’exemple de Thierry Jacques Lacarrière, le créateur de France patinoires (qui deviendra Carilis), Chaix s’accapare de la façon qui a été sanctionnée par la justice d’un petit empire. Son arrivée dans les piscines est loin de représenter un plus pour la natation. Il n’a jamais installé un nageur à la tête des bassins, où il a poussé ses copains hockeyeurs.

L’arrivée du délégataire constitue aussi un beau moyen de contourner, voire d’entourlouper le personnel. Celui-ci est repris, mais à des conditions beaucoup moins favorables, et moins protectrices de son statut.

Ce n’est pas tout. Quand la mairie donne la gestion au délégataire, celui-ci doit ouvrir la piscine aux enfants des écoles, et reçoit donc une compensation, sous forme d’une subvention municipale. C’est un miracle qui en vaut bien d’autres, car le vilain déficit de la piscine municipale disparait au profit d’une honorable subvention liée à l’apprentissage de la natation aux écoliers… Qu’en termes choisis ces choses là sont dites !

Parmi les délégataires, il m’a semblé intéressant d’avoir l’avis de François Rosenblatt, le fondateur de Récréa, l’une des entreprises délégataires de services publics les plus importantes, pour deux bonnes raisons : il a été un champion de natation ; il sait exposer ses idées, qui me paraissent sensées et originales, comme vous pourrez le comprendre en vous promenant sur l’internet.

Voici le résultat de de court entretien téléphonique :

Question : Quelle est la place de Récréa dans les DSP ?

François  ROSENBLATT : Nous sommes en deuxième position derrière Vert Marine qui est leader, il y a cinq opérateurs importants, donc Vert Marine, Récréa, l’UCPA, Espace, Carilis, et comme le marché est en développement en raison de la demande des communes, d’autres opérateurs se créent…

Question : Voyez-vous des distinguos à faire entre les différents délégataires de service public sur les piscines ?

François  ROSENBLATT: En ce qui nous concerne, nous nous positionnons comme créateurs de concepts, nous avons lancé Swing, cross avec Florent Manaudou, une autre opération parrainée par Camille Lacourt. Notre type de management est différent, dans la mesure où nos directeurs de centres sont les grands patrons de leurs piscines. Il y a une importante délégation de pouvoir, nous les laissons apprécier la situation dans leur piscine et ils ont une grande latitude d’action. Pour ce nous embauchons des gens qualifiés, ce ne sont pas des maîtres-nageurs, certes, mais des Bac+5, et sous leurs directives, nous tenons à ce que les employés soient très qualifiés dans leurs domaines.

Question : Ayant été nageur croyez-vous qu’habitant dans une commune dont la piscine serait gérée par Recrea, un François Rosenblatt d’aujourd’hui aurait une chance de faire carrière ?

François  ROSENBLATT: Il ne faut pas se voiler la face, mais tout en gardant à l’esprit qu’une carrière de champion est très chronophage – je note que beaucoup de champions sont devenus des maîtres-nageurs –, le haut-niveau nous apprend à aller plus loin. Maintenant, le privé est marqué par son plus d’exigence. Pour répondre plus directement à votre question, nous sommes des partenaires des clubs dans le cadre des conventions et du contrat qui nous lient aux municipalités. Mais j’insiste, on n’est pas du tout des destructeurs des clubs. »

 

CONCLUSION PROVISOIRE 

La natation doit convaincre qu’elle ne fonctionne pas comme un lobby qui pousse les décisions dans une direction qui convient à des intérêts étriqués. Elle doit certes défendre le sport, mais en sachant gagner les faveurs du public.

On peut aussi méditer ces propos d’André Zougs, selon qui « le sport dans les piscines […], ce n’est pas seulement les clubs, mais les scolaires et aussi des nageurs qui viennent faire des longueurs… Je doute qu’il y ait des Délégations vraiment exemplaires pour la partie sportive des piscines, sauf si les collectivités ont bien étudié et écrit le contrat en préservant la partie sportive pour tous les publics nageurs, mais dans ce cas les délégataires ne se pressent pas. Attention il y a aussi des clubs, généralement petits ou moyens qui privilégient les activités lucratives au détriment du sportif dans des bassins rectangulaires, sans bassins ludiques. Même quand les piscines sont en régie les collectivités poussent les directeurs vers cette dérive.

« Pour la gestion par les clubs dont rêvent certains de nos dirigeants j’ai beaucoup de réserves. Combien de clubs ont une structure et des dirigeants capables de faire tourner ces petites entreprises avec un directeur et un certain nombre de salariés dont des techniciens ? Comment faire face au problème de la concurrence et des appels d’offres, combien gagnerons-nous de piscines, faudra-t-il rentrer dans les combines pour obtenir des résultats? »

Quoi d’autre ? La Fédération doit tenter de donner une assise à sa vision de l’intérêt public. Si l’on croit que le public naturel des piscines veut nager, et non pas glisser d’un toboggan, il faut donner corps à sa vision.

AURELIE MULLER MARATHONIENNE DE L’ANNEE

Mercredi 2 Novembre 2017

Dans son numéro de novembre, spécialement dédié à l’eau libre, la revue américaine Swimming World a annoncé quels étaient ses meilleurs nageurs d’eau libre de l’année. Aurélie Muller a été distinguée chez les femmes, tandis que le Néerlandais Ferry Weertman se voyait plébiscité chez les hommes. La revue qui décerne ses trophées depuis des décennies, et ses trophées d’eau libre depuis 2005, a donc reconnu la Française, championne du monde des 10 kilomètres. En 2016 comme en 2014, c’était la Néerlandaise Sharon Van Rouwendaal  qui avait été désignée. Muller l’avait emporté en 2015. Autant dire que depuis quatre ans, c’était les deux nageuses de Philippe Lucas qui trustent ce trophée.

En général, les classements de Swimming World sont plus crédibles que ceux, politiques, de la Fédération internationale de natationk, même si parfois, la revue américaine nous a paru pencher naturellement un peu trop dans la direction de la bannière étoilée.

L’INTERNATIONAL SWIMMING HALL OF FAME S’UNIT A LA REVUE SWIMMING WORLD

Mardi 1er octobre 2017

La revue Swimming World et l’International Swimming Hall of Fame  (ISHOF) ont uni leurs destinées. Cette union va donner à l’ISHOF un levier plus important pour raconter la natation, en conserver l’histoire et faire connaître les avantages de la pratique de ce sport. Brent Rutemiller, le patron de Swimming World et de l’organe de publication « Sports Publications International », devient le responsable exécutif de l’ISHOF, en lieu et place de Bruce Wigo, qui occupait la position depuis douze ans. La revue serait chargée d’assurer le marketing de l’ISHOF. Wigo restera dans l’organisation en tant qu’historien, en remplacement de Bob Duenkel qui a pris sa retraite après 40 années de services.

Historiquement, les liens entre la revue et le Hall of Fame ont été étroits. L’un des pères fondateurs de l’ISHOF était le très respecté Al Schoenfield, créateur et éditeur de Swimming World (1960) et de Swimming Technique (1964) et sans aucun doute le journaliste le plus influent du monde de la natation, jusqu’à son départ à retraite et la vente de sa revue. Sa vie tournait autour de la natation et sa fille Dana fut médaillée d’argent olympique en 1972.

SCOTT VOLKERS RETOURNE SUR LE BANC DES ACCUSÉS

SCOTT VOLKERS RETOURNE SUR LE BANC DES ACCUSÉS

Scott Volkers, l’un des entraîneurs vedettes australiens, vient d’être arrêté dans son pays et accusé d’agressions sexuelles sur des enfants.

Rien de nouveau. La plainte trainait depuis des années.

Volkers, en effet, avait été arrêté en 2002 ; suspicion de comportement indécent vis-à-vis de moins de seize ans. Plus exactement de trois d’entre elles : Julie Gilbert, Kylie Rogers and Simone Boyce, âgées de respectivement 12, 13 et 14 ans lors des faits, qui l’accusèrent, pendant que Volkers déniait vigoureusement tout méfait. Il était également accusé des mêmes faits par une jeune fille de dix-huit ans. Finalement, les poursuites furent abandonnées (manque de preuves) mais Volkers y perdit plus ou moins son job : à deux reprises, on ne lui accorda pas la « carte bleue » qui lui aurait permis de travailler avec des nageurs de moins de seize ans. Compte tenu de l’âge moyen des nageurs, c’était une situation très pénalisante.

Volkers est un entraîneur de l’élite qui a obtenu certains succès. Il a ainsi dirigé la carrière sportive de Susan O’Neil, la double championne olympique (200 mètres papillon en 1996 et 200 mètres nage libre en 2000) et l’une des nageuses les plus médaillées de l’histoire de l’Australie, et de Samantha Riley, une championne de brasse.

Rendu incapable de travailler dans la natation en Australie, Volkers s’exila finalement en 2011 au Brésil, et se mit à entraîner au club Minas Tenis de Belo Horizonte. Il eut vite fait de s’imposer par ses compétences et se retrouva à la tête d’une équipe de nageurs qualifiés pour les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, qu’il put encadrer dans les stages préolympiques de l’équipe brésilienne.

Mais il fut interdit d’accès au bord des bassins et privé d’accréditation pendant la durée des Jeux, à la suite d’une requête de John Coates, président du comité olympique australien et vice-président du CIO, lequel se fendit d’une lettre à Carlos Nuzman, alors président de Rio 2016, demandant d’interdire Volkers de Jeux olympiques.

Revenu dans son pays, Volkers est détenu dans sa maison du Queensland. Les plaignantes ont-elles mieux établi les charges qui avaient dû être abandonnées, par manque d’évidences, ou récolté d’autres témoignages ? Scott est accusé de cinq faits de « traitement indécent » d’un enfant et apparaitra devant la cour de justice de Maroochydore le 13 novembre prochain. Il s’est déclaré désireux de se défendre contre des charges qui, a-t-il expliqué, le « poursuivent depuis quinze ans. » Sa force ? Sa parole contre celle des accusatrices. Leur force ? Elles sont trois…

 

THOMAS DAHLIA ET KELSI WORRELL, MARIAGE

La maman de Thomas Maryvonne DAHLIA, me l’avait annoncé à l’avance et je ne me souvenais plus de la date. ça y est, Son fils Thomas, notre champion de France du 200 brasse, a épousé sa nageuse préférée, Kelsi WORRELL, l’une des meilleures nageuses américaines de sprint. C’était le 27 octobre, à Lexington City, « une merveilleuse journée pour un mariage d’amour et d’émotion. »

Alors bien entendu, tout plein de bonheur pour les jeunes époux et leurs familles. Qu’ils ne cessent jamais de nager dans la joie

 

RUTA MEILUTYTE SUR 1500 METRES, ÇA DURE LONGTEMPS

Éric LAHMY

Dimanche 29 Octobre 2017

Braden Keith, du site Swim Swam, signale, dans le 1500 mètres dames des championnats d’hiver d’Australie en petit bassin, qui se sont tenus de jeudi à samedi à Adelaïde, une présence inattendue. Celle de Ruta Meilutyte.

Il fallait avoir l’oeil affuté du confrère pour la découvrir: la championne olympique et recordwoman du monde du 100 mètres brasse a terminé sixième et dernière de l’épreuve que remportait Ashwood en 15’52s29, et nageait pour sa part la distance en 18’13s25. Elle a donc mis le temps qu’il fallait (et il ne semble pas qu’elle l’ait nagé en brasse).

On sait que Ruta Meilutyte fut l’enfant prodige des Jeux olympiques de Londres où, à quinze ans, elle défit en finale du 100 brasse la super-favorite américaine Rebecca Soni. On se souvient que la lituanienne fit sa carrière en Grande-Bretagne, à Plymouth. On sait moins qu’elle s’intéressait avant tout au crawl, et se voyait nageuse de libre. Sa distance de prédilection était le 100 mètres, et son explosivité, sa vitesse de réaction et sa science du départ (il me semble qu’elle est la meilleure « partante » au monde, il suffit de voir ses photos de départ des grandes courses où, les pieds encore sur les plots, elle semble disposer déjà de cinquante centimètres à un mètre d’avance sur ses concurrentes !) lui assurèrent, aux championnats du monde juniors de 2013 de remporter le 50 mètres en 25s10 et de finir 2e du 100 mètres en 54s94 (à ces championnats, elle remporta également 50 brasse, 100 brasse et 200 quatre nages).

C’est à Gold Coast, cité située à quinze ou vingt kilomètres au sud de Brisbane, au beau milieu de la côte orientale de l’Australie, et qui regarde, à quinze cents kilomètres au large (il faut avoir de bons yeux), la Nouvelle-Calédonie, que Meilutyte a décidé de poser pendant quelques temps ses bagages de nageuse itinérante, ayant abandonné ses pénates, le collège de Plymouth et son entraîneur de toujours, John Rudd. Elle y a trouvé le printemps austral, et au lu de ses tweets et autres instagram, ça lui plait.

Elle s’y est donc préparée depuis trois semaines sous la sévère autorité de Michael Bohl. Lequel Bohl, ayant sévi pendant des décennies à Saint-Peters Western (Inglewood, à l’ouest du pays continent) – où une certaine Stephanie Rice, double championne olympique du quatre nages des Jeux de Londres, assura sa réputation un peu comme Laure Manaudou fit la gloire de Philippe Lucas (et vice-versa) – Michael Bohl, donc a traversé d’ouest en est le pays continent pour assurer l’entraînement de l’équipe de l’Université Griffith. Parmi ses élèves, outre sa fille Georgia, les médaillées olympiques Emma McKeon et Madeleine Groves, David McKeon.

Coïncidence, sans doute, elle a aussi rencontré le Japonais Daya Seto (le nageur de 400 quatre nages le plus constant des cinq dernières années, champion du monde 2013 et 2015, 3e des Jeux olympiques 20°16 et 3e des mondiaux 2017), qui a bossé avec Bohl et s’est distingué aux championnats d’hiver du week-end où il s’est emparé des titres du 200 brasse, du 200 papillon, du 100 et du 200 quatre nages.

Meilutyte sur 1500 mètres, si projet il y a, c’est un projet sans suite. L’anecdote me rappelle l’aphorisme du mari de Shane Gould, Milton Nelms, concernant ces coaches qui « entraînent les chats comme des chiens. » C’était au sujet de Dara Torres et de Natalie Coughlin, préparées à rebours de leurs capacités, qu’il avait fait cette remarque. Ruta est un félin. Il serait dommage que la plus rapide nageuse de brasse du monde se change en une quelconque nageuse de 1500 mètres. Mais, direz-vous, un 1500 mètres ne fait de mal à personne. Sauf peut-être à une nageuse de 100 brasse ?

AUSTRALIE PETIT BASSIN: SANS CATE CAMPBELL, LA SOUPE MANQUE DE SEL

Eric LAHMY

Samedi 28 Octobre 2017

Les championnats d’Australie en petit bassin se sont terminés sur une note discrète, à Adelaïde, après une première journée (jeudi, tonitruante) et une seconde soirée (vendredi) relevée par les exploits de Catherine CAMPBELL.

Mais CAMPBELL ne nageait pas samedi, et on a ressenti un manque. A part elle, personne, parmi les vedettes de la natation des antipodes, ne s’était soucié de se présenter en grande forme dans une compétition mal placée, en plein travail foncier et loin des échéances du grand bassin, les seules qui valent la peine pour les Australiens. 2018, c’est l’année des Jeux du Commonwealth, et pour un Aussie, cela vaut presque les Jeux olympiques !

Le papillon reste la technique où les nageurs restent attachés à un départ rapide. Il semble très difficile pour eux de parvenir à nager en égalité d’allure. L’impression de plus mal équilibrer sa course est augmentée par le fait que les virages en papillon, comme en brasse, se font « à la main », et non pas au pied comme en dos et en crawl, ce qui change les données chiffrées de la course…

Nouvel exemple de ce déséquilibre avec Emma McKeon, qui, pour gagner son 200 papillon, passe en 27s8, 59s37 et 1’31s67 pour toucher en 2’4s35. Par 50 mètres, cela donne 27s8, 31s57, 32s30 et 32s68, ou encore 59s37 et 1’4s98. Et encore, était-elle celle de la finale qui tenait le mieux son rythme.

McKeon avait préféré le 200 papillon au 200 crawl, laissant la voie libre de cette deuxième course alors qu’elle en détient le record australien avec un temps de 1’51s66 (assez vieux il est vrai parce qu’établi en 2013, et réédité en 2014). Dès lors, c’était laisser la voie libre à la grande (1,80m) Madison Wilson, dont la carrière tire des bordées entre le crawl et le dos (elle a été médaillée d’argent du 010 mètres dos des mondiaux de Kazan en 2015).

A Adelaïde, les deux premiers jours de ce week-end, elle avait respectivement nage 53s56 au 100 mètres (6e) et 4’4s54 au 400 mètres (2e), temps qui lui donnaient l’alliage de vitesse et de résistance le plus élevé de la finale. Et en effet, elle devançait Mikkayla SHERIDAN qui l’avait battue au sprint sur 400 mètres mais ne dispose pas de sa vitesse de base. Le 200 mètres fut la grande course de cette dernière journée, mais disons que le temps de la gagnante n’a rien d’extraordinaire. Les courses masculines ont été marquées, elles, par la double victoire du double champion du monde du 400 quatre nages japonais Daya SETO, sur 200 brasse et 100 quatre nages, tandis que David MORGAN gagnait le 50 libre, le 50 et le 100 papillon.

 

MESSIEURS.- 50 libre : 1. David MORGAN, 21s46.

1500 libre : 1. Joshua PARISH, 14’45s29; 2. Jord WILIMOVSKY, USA, 14’45s67; 3. Jack MCLOUGHLIN, 14’53s18.

100 dos : 1. Bobby HURLEY, 51s76.

200 brasse : 1. Daya SETO, Japon, 2’4s57; 2. Zac STUBBLETY-COOK, 2’5s69.

50 papillon : 1. David MORGAN, 23s04.

100 papillon : 1. David MORGAN, 50s55.

100 4 nages : 1. Daya SETO, 52s81.         

400 4 nages : 1. Travis MAHONEY, 4’7s15; 2. Thomas ELLIOTT, 4’7s73.

DAMES.- 200 libre : 1. Madison WILSON, 1’54s69 ; 2. Mikkayla SHERIDAN, 1’55s36; 3. Carla BUCHANAN, 1’55s70; 4. Gemma COONEY, 1’55s62; 5. Leah NEALE, 1’56s22; 6. Brittany ELMSLIE, 1’56s35 (en séries, 1’55s96); 7. Shayna JACK, 1’56s40.

50 dos : 1. Minna ATHERTON, 26s23; 2. Holly BARRATT, 26s43; 3. Emily SEEBOHM, 26s48 (en séries, 26s15).

50 brasse : 1. Georgia BOHL, 30s57.

200 papillon : 1. Emma McKEON, 2’4s35; 2. Brianna THROSSELL, 2’6s52.

100 4 nages : 1. Emily SEEBOHM, 1’0s21.     

200 4 nages : 1. Emily SEEBOHM, 2’7s90; 2. Kaylee MCKEOWN, 2’8s12; 3. Blair EVANS, 2’8s65.

PLAIDOYER POUR LA FIN DES HARICOTS ET LE RETOUR DES NAGEURS DANS LES PISCINES

Éric LAHMY

Samedi 28 Octobre 2017

C’est quoi une piscine ? Pour les nageurs, c’est une concavité, creusée ou non dans un stade nautique, emplie d’eau à une profondeur variable et dédiée à la nage. Un lieu de sport.

Définition. Évidence.  Élémentaire. Mais parfois oubliée. « Dans les années 2000, explique Basile Gazeaud, responsable fédéral équipements et territoires de la Fédération française de natation, on a eu l’époque des piscines haricots, et de toutes formes. » Une piscine, c’est devenu un plan d’eau utilisé pour tout autre chose que nager. Quelquefois, on n’y a plus vu, au mieux, qu’un terrain de jeu, une surface de loisirs. On en était à se demander si nager n’était pas en train de devenir démodé, anachronique.

PARADOXE : PLUS LA NATATION S’IMPOSE COMME LE SPORT FITNESS RÊVÉ, MOINS LES PISCINES SE TOURNENT VERS L’ACCUEIL DES NAGEURS

La natation est devenue pour des raisons complexes, partiellement liées à la fascination de l’eau, le sport qui maîtrise peut-être le moins son lieu d’expression naturel (et en l’occurrence artificiel). A ce que je sache, le football a son terrain de foot où personne ne vient pratiquer l’accrobranche, le vélo sa piste cyclable où les patineurs en ligne ne s’égarent pas, l’athlétisme son stade dont les pom-pom girls n’ont jamais revendiqué un bout de terrain ni les pêcheurs à la mouche la fosse du steeple ; le judo a son dojo et ses tatami n’ont pas à se défendre de l’invasion des trampolinistes, le ski a ses pistes, qui ne paraissent menacées que par le réchauffement climatique…

…Mais la piscine, l’endroit où l’on nage, est revendiquée, elle, par des légions d’envahisseurs, et j’avoue avoir été étonné par l’afflux du kayak dit de piscine, du step et du vélo immergés, des palmeurs de tous poils, de la planche à voile, du ski nautique et du hockey subaquatique !

Bien entendu, d’autres utilisations surprenantes a priori peuvent se développer en piscine

Bref, comme dirait Dupont la Joie, on n’est plus chez soi…

 

« CES BASSINS DANS LESQUELS IL NE MANQUAIT PLUS QU’UN PANNEAU INDIQUANT UNE INTERDICTION DE NAGER… »

Une telle tendance parait illogique, voire absurde. Elle devient surtout invivable pour les 314.000 nageurs licenciés et le million de non licenciés.

Si l’on ne savait pas combien une société est compliquée, on s’étonnerait de voir que le développement de la piscine où on ne peut pas nager s’est orchestré alors que la grande mode du sport mettait en avant les vertus de la natation, sport pour tous, sport complet, sport santé, sport fitness, sport quasi-parfait, pratiqué à toutes les saisons de la vie, depuis les « bébés-nageurs » à l’âge où on ne sait pas encore tenir debout, jusqu’au troisième voire au quatrième âge, où l’on ne sait plus marcher sans une canne.

Toute une population a été alors invitée par un complot de concepteurs de piscines et d’édiles à faire trempette sans surtout se fatiguer ! La piscine qui pouvait aider à combler le déficit d’activités physiques dans lequel sombre l’être humain du 21e siècle, fut invitée à accueillir une autre forme de paresse. Le plausible mammifère marin se pétrifie en inerte bouée… Pour soigner sa sédentarité terrestre, l’air du temps l’encourage à l’immobilité aquatique.

Que les piscines, en tant qu’ornements de jardin des personnes privées, aient pris cette allure, est le problème de ceux qui font un tel choix. Grand bien leur fasse. Et d’ailleurs, peu de gens disposent d’assez de mètres carrés de jardin pour accueillir une piscine assez grande pour nager.

Que le détournement de fonction envahisse le secteur public et les piscines municipales en revanche intéresse tout le monde. Il peut avoir des résonnances inquiétantes pour le sport, et, surtout, ajouterai-je, pour la santé et la forme physique de générations. Bref, il importe qu’on interroge ce trend lamentable.

Or, me dit-on, « ces quinze dernières années, la Fédération française de natation a entériné ces bassins dans lesquels il ne manquait plus qu’un panneau indiquant une interdiction de nager… »

Celui qui m’affirme cela, Stéphane Bardoux, est un ancien entraîneur du Racing Club de France qui, depuis 2004, s’est recyclé dans la construction de piscines en France à travers Mission H20, un bureau d’études techniques expert de la programmation de piscines, qu’il a créé de concert avec Olivier Leroy, directeur technique du CNO Saint Germain en Laye entre 1991 et 2004. D’après Stéphane, Francis Luyce, le président de la FFN, avec une certaine naïveté, entérinait tous les projets qu’on lui soumettait sans distinguer les piscines où l’on nageait et les piscines ludiques à toboggans.  

POURQUOI TOUS LES SERVICES MUNICIPAUX ONT-ILS UN BUDGET, QUAND CELUI DE LA PISCINE S’APPELLE UN DÉFICIT ?

On est en train, d’aucuns m’affirment, de revenir sur cette fascination exercée par le « tout ludique » qui a culminé dans le bassin multiforme. Le haricot tendrait-il à flageoler, et se dirige-on vers la fin des haricots ? Oui et non, selon les personnes interrogées.

Ces piscines qui contingentent ou refoulent les nageurs ont été et continuent d’être vendues comme « originales et ludiques ». Je reconnais qu’elles proposent une esthétique souvent plus séduisante que le bassin rectangle. C’est mignon, un jet d’eau ! Mais leur originalité a été assez malmenée par le nombre considérable de bassins bâtis selon cette forme. Après que 1.000 bassins aient partagé la même originalité, on découvre qu’ils ne font autre chose qu’illustrer un autre conformisme.

Et leur caractère ludique ? Il reste à prouver. En quoi s’immerger dans une piscine haricot est-il plus amusant que de plonger dans un quadrilatère ? Y nager droit, effectuer des longueurs, devient impossible, c’est sûr. Sa forme d’humble légume  lui ôte donc une fonction essentielle. Et, à mon avis, elle ne lui en ajoute aucune. Quels enfants n’ont pas joué dans une piscine classique ? Avec des copains, dans un autre temps, on s’amusait dans une piscine « coque », rigoureusement rectangulaire, qui se trouvait être le bassin municipal (25 mètres) d’Issy-les-Moulineaux. On se disputait la propriété d’un pneu de camion et on « nageait » avec le chien de Christine Caron qui pesait 80 kg (pas Christine, le chien). Le bassin vient d’être reconstruit récemment. Et il est ? Ludique !

Donc tout ce que vous faites dans une piscine haricot, vous pouvez le faire aussi bien dans une « coque », mais vous ne pouvez pas faire dans un haricot tout ce que vous pouvez faire dans une « coque », et pour mon argent, son seul avantage est un inconvénient : pour y nager proprement, il faut être une loutre ou un poisson rouge. L’activité de piscine la plus normale, intelligente et formatrice y est interdite.

Mais je constate qu’il en est qui pensent différemment. Historiquement, ce sont des directeurs de piscines, souvent anciens nageurs ou entraîneurs, qui ont imaginé des bassins aux formes variées.

Du moins d’aucuns le prétendent. Unis dans un syndicat (dont le premier président fut Gilbert Seyfried), ils phosphoraient pour combler le « déficit » des bassins qu’ils exploitaient. A mon avis, l’un des malentendus qui sévit autour de la piscine est lié à ce qu’on appelle son « déficit. » C’est en regardant un budget de mairie que j’ai trouvé cette notion de déficit des piscines. Or elle me parait assez douteuse, voire disputable…

Mais les maires en font des cauchemars. Je me rappelle essayant dans une autre vie de suggérer à André Santini, maire d’Issy-les-Moulineaux, que sa piscine ne lui coûtait que le prix de l’enseignement obligatoire de la natation aux élèves du primaire, et qu’il était injuste d’appeler déficit les 300.000 francs qu’elle coûtait annuellement en termes d’entretien, de personnel et de chauffage, alors que le service des fleurs et jardins, qui revenait à peu près au même prix, ne creusait pas un déficit, ô qu’en termes choisis, mais donnait lieu à un budget !

Les affaires culturelles, le patrimoine, l’animation des quartiers, les affaires sociales, la santé, le handicap, l’éclairage public, la circulation, la voirie, la police municipale, tout ça bénéficiait de budgets dont certains étaient des plus conséquents. Mais cette horrible, cette ignoble piscine, elle, souffrait d’un déficit !

 Santini n’en disconvint pas, mais le prix du fuel ayant grimpé démesurément suite à un conflit moyen-oriental, le maire n’en donna pas moins, un peu plus tard, la gestion de sa piscine à Forest Hill.

Pourquoi parle-t-on de déficit, et non de budget d’une piscine ? Parce qu’il y a un public, une caisse et des rentrées. La terminologie liée à un mécanisme comptable a eu raison de la notion de service rendu par une piscine en remplaçant la noble notion de budget dépensier par celle, intolérable, de déficit !

Revenons à la FFN. On ne sait trop ce qui bouillait dans la marmite de Francis Luyce, dont l’intérêt personnel gouvernait la pensée. En revanche, Gilles Sezionale a saisi l’importance de l’enjeu et entend utiliser le bras de levier fédéral pour remédier à la situation dans laquelle les piscines de la génération où l’on en a le plus construit sont menacées d’obsolescence.

Stéphane Bardoux a l’impression que « Sezionale a des idées, mais ne se rend pas compte de la difficulté de construire des équipements. C’est une question de culture. En Espagne, vous pouvez construire en utilisant des investissements privés concurremment à des investissements publics. En France, dès qu’il y a de l’argent public, vous êtes contraint à l’appel d’offre. Ce qui s’est passé pour Mulhouse ou pour Nice n’est pas reproductible facilement. Les seuls exemples de construction de piscines qui n’ont pas été aidés publiquement, c’est Marseille et le Racing. Au Racing, la construction du second bassin de la rue Eblé a été payée par les leçons de l’école de natation. A Mulhouse, ils ont réussi à disposer d’un centre d’entraînement remarquable, mais il y a eu beaucoup d’argent de la Fédération française de natation et un partenariat avec la ville.

« A Nice, ville riche, il y a de gros moyens financiers. Pellerin rêvait – comme tout entraîneur rêve – d’avoir une piscine où il pourrait entraîner en toute tranquillité et le maire Estrosi a suivi. Philippe Lucas avait réussi à capitaliser à Melun. En 1991, il y a eu des problèmes à Rouen : la ville avait consenti de gros travaux pour permettre à Stéphan Caron de s’entraîner, et c’est alors qu’il a choisi de partir étudier à Paris. La municipalité ne l’a pas facilement pardonné »

UN SUPER PROJET À SAINT MALO, À UN DÉTAIL PRÈS

Doit-on comprendre par là que le scénario niçois n’est pas facile à reproduire ?

Certes. Mais d’autres scenarii se développent, et d’ailleurs il n’est pas sûr que le président de la Fédération n’a pas compris de quoi il retourne. Récemment, M. Sezionale a reçu le maire d’une ville moyenne, Saint-Malo, pour ne pas la nommer. Le projet de la mairie était (et reste) flamboyant, en ce que la volonté du maire Claude Renoult est de réaliser une piscine capable d’accueillir des compétitions internationales – ou des championnats de France. Mais – un mais qui se trouve au cœur de notre sujet –, ce projet, baptisé « centre aqualudique, que M. Renoult présente comme « le projet-phare de la nouvelle équipe de Saint-Malo agglomération » avait pour ambition d’être « une référence parmi les équipements aquatiques en Bretagne et en France » et comme on va le voir ne l’était pas tout à fait…

Bassin sportif modulable, 2000 mètres carrés de plans d’eau sur 5 hectares et demi (coût :  trente millions d’euros), bref du solide. Les Malouins avaient travaillé depuis deux ans le bel objet dans ses moindres détails, pour recevoir les grandes compétitions, prévu même la salle antidopage, et la part du ludique n’était pas oubliée, avec  un bassin de nordique (utilisable en toutes saisons).

Et alors ? Il s’avère que les concepteurs ignoraient ou avaient oublié que la compétition aujourd’hui, à un certain niveau, exige la présence d’un bassin de récupération. Sezionale a dû expliquer que ce centre aquatique, tel qu’il était conçu, tout magnifique et rutilant, ne pourrait jamais recevoir de compétitions du niveau championnats de France ; que, pour cette raison, lui Sezionale ne puiserait pas dans les fonds de l’agence de développement fédéral (non encore existante) ou n’interviendrait pas auprès du CNDS pour subventionner ce projet (les espoirs de Saint-Malo s’élevaient à 4 millions).

LE VRAI PUBLIC DE LA PISCINE, C’EST DES FEMMES D’ÂGE MOYEN QUI VEULENT NAGER

Quoique déçu d’apprendre que son centre, ouverture prévue en 2019, ne pourrait jamais, tel quel, recevoir les France, M. Renoult a bien compris qu’il devrait revoir le projet et on sent qu’il va revenir à la charge (un breton ne se décourage pas aussi facilement).

Peut-être le nordique incriminé perdra-t-il sa forme de crapaud ludique, et s’inspirera-t-on du rectangle pour le transformer en un – irrésistible – bassin de récupération ?

Revenons à H²O. « Nous aidons à produire 10 piscines par an, explique M. Bardoux, qui brosse à grands traits la problématique. Une piscine, c’est de 2 à 30 millions d’Euros. A la construction, c’est entre 2300 et 3000€ au m². Ce n’est pas seulement là qu’elle coûte cher. L’eau, le chlore, abîment, et il faut entretenir et réparer. Le coût réel est important.  

« Maintenant, une piscine découverte économise la structure halle-bassin. En contrepartie, on va dépenser plus en énergie. D’où une nécessaire prudence sur le montage financier. Ce qui est cher, c’est au quotidien : coûts, charges, frais. Il est donc nécessaire de bien caler son business plan. La FFN, sous sa forme juridique d’association, bénéfice d’avantages, elle peut inverser le mouvement. Après quinze années de laisser-aller, on sent une réaction. »  

Bernard Boullé, qui enseigne aujourd’hui à Montpellier (et aura du mal cette année à défendre ses titres de champion de France master des 50 et 100 papillon, s’étant méchamment brisé deux métatarses dans un accident) avait créé en 2005 le service que dirige aujourd’hui M. Gazeaud. Il est sévère pour les Innovations des bassins ludiques, qui ne sont, défend-il, « derrière le concept de piscine, que des attrape-nigauds. Le populaire n’est pas intéressé par ce qui lui est vendu en l’occurrence. Le vrai public de la piscine, c’est des femmes d’âge moyen (disons autour de 50 ans), qui veulent nager. La piscine toboggan est une hérésie. Combien de fois n’a-t-on pas hésité, en outre, à faire déboucher le toboggan en plein milieu du bassin olympique ? Cette disposition  flingue bien sûr toute possibilité de nager sur les lignes concernées, et quand on sait le prix du mètre carré de bassin, c’est une aberration sans nom. Imagine des montagnes russes sur une piste d’athlétisme ! Il y a derrière ces fantaisies une capacité de n’importe quoi… »

Bernard Boullé partage le sentiment de plusieurs personnes impliquées dans cette réflexion sur un point : Francis Luyce ne différenciait pas les divers types de piscines qui se créaient. Il soutenait également la construction de bassins ludiques ou sportifs, sans en mesurer la différence fondamentale. Il s’agissait d’une piscine, c’était tout bon. La FFN appuyait le projet, cela signifiait que des subventions venaient au secours, par la Fédération, le Centre National de Développement du Sport. C’est comme ça que les Grecs s’introduisirent à Troie en utilisant le mythique cheval.

Gilles Sezionale, lui, voit clairement la différence de concepts, et, on l’a compris, les projets ludiques ne devraient plus compter à l’avenir sur l’aide et les moyens dont dispose la FFN…

Bien entendu, tout le monde ne pense pas pareil.

Il y a trop d’intérêts divergents.

Personnellement, le principe de l’Aquaboulevard me sidère en ce qu’il offre au public me parait, sous les jets d’eaux, appauvrissant. Les jours de grande chaleur, j’y vois à travers les larges baies vitrées, toute une jeunesse assez inerte, les pieds dans l’eau jusqu’aux genoux et jamais plus haut ou piétinant en file indienne avant de glisser sur le toboggan.

Je vous dis ce que j’en pense, mais pourquoi interdire à qui que ce soit d’aimer ce lieu privilégié de drague, Luna Park faiblement inondé ? Surtout que c’est vraiment pour rien : hors l’accès à des tarifs préférentiels, l’entrée d’un adulte est à 29€ et celle d’un jeune 15€. Seulement de trois à six fois plus cher que la piscine lambda. A ce tarif là, on a envie d’y aller en famille tous les week-ends et d’amener aussi les grands parents ! Un mois d’Aquaboulevard coûte à peine plus cher que deux ans de cotisation au CNP ou au Racing.

70% DES CLUBS ENTRAÎNENT DANS DES PISCINES OBSOLÈTES ET QUI MENACENT D’ÊTRE FERMÉES

Et l’avenir? Il n’y a pas lieu de pavoiser. Basile Gazeaud confirme la vétusté et le rabougrissement du parc piscines. « On estime que 72% des piscines sont à la limite d’âge, menacées de vétusté, chose qui en moyenne survient à partir de 30 ans d’existence. Et 70% des clubs entraînent dans des piscines de cet âge.

« En 2000, la part du ludique dans les piscines, avec les haricots (toutes formes), ou ces équipements tournés vers les loisirs, les toboggans, les glisses, a atteint son sommet…

« Aujourd’hui, détaille M. Gazeaud, on comprend qu’au prix où sont les piscines, il faut absolument proposer des plans de nage. Il est très rare désormais que l’on construise un bassin privé d’un quadrilatère de nage. Par rapport à ce qui s’est construit dans les mille piscines, on ajoute maintenant au bassin classique, de vingt-cinq ou cinquante mètres, des offres diverses. On s’aperçoit d’ailleurs que la dimension sport est ce qui coûte le moins cher dans un bassin. »

Si l’on entend bien ce que dit M. Gazeaud, les fameuses « piscines cathédrales » ne coûtent pas aussi cher qu’on le dit. Une part très importante du prix de construction, c’est ce qu’on greffe autour : « le restaurant, la patinoire, etc. C’est ainsi qu’à Chartres, le sportif ne représente qu’un tiers du prix total, la remise en forme un autre tiers, le reste est représenté par la patinoire. La politique de la démesure a un autre effet, dans sa rentabilisation. Chartres, par exemple, c’est un million d’utilisateurs par an. Cela peut être rentable, et représente une réussite incontestée, mais attention, plusieurs Chartres se concurrenceraient et s’empêcheraient d’être rentables.

« D’un autre côté, l’on a les solutions proches de celle de Nice, avancée par Sezionale. Des clubs comme Nice, Mulhouse, le TOEC qui nage à Castex. La région carencée en piscines d’entraînement, c’est la Nouvelle-Aquitaine.

« Les fameuses 1000 piscines sont 750 qui arrivent aujourd’hui à saturation. Vu le boom démographique, les besoins doivent être vue à la hausse, or on en est en France à 70 ou 80 bassins par an dont une quarantaine sont couverts par la Fédération.

« Les piscines deviennent obsolètes au maximum au bout de trente ans, et les changements de normes rajoutent à cette obsolescence. Lors de leur construction, dans les années 1970, tout un ensemble de règles, ainsi concernant l’accès des handicapés, n’existaient pas. Tout cela fait qu’on ne peut plus se contenter de bassins de 25 mètres quatre couloirs. »

Les questions liées à la construction de piscines sportives et ludiques passent aussi par la formation de directeurs de piscines. Si la natation sportive veut continuer d’exister, il lui faudra également qu’on arrête de donner la gestion des bassins à des délégataires (privés) de services publics, lesquels sont menés par une politique purement économique, pour ne pas dire mercantile, éloignée de tous soucis de sport, de bien-être, de santé publique, et trop occupée à exploiter pour entretenir les bassins.

Mais ceci est une autre histoire…