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CATE CAMPBELL 51s00 LANCÉE, L’AUSTRALIE BAT LE RECORD MONDIAL DU 4 FOIS 100 METRES

CATE CAMPBELL, DÉCHAÎNEE, 51s00 LANCÉE, ET L’AUSTRALIE BAT LE RECORD MONDIAL DU 4 FOIS 100 MÈTRES

Éric LAHMY

Jeudi 3 Avril 2018

Les Australiennes ont frappé un grand coup, dans la première journée de natation des Commonwealth Games, à Gold Coast. Elles ont touché et coulé le record du monde du relais quatre fois 100 mètres, qu’elles avaient amené, le 6 août 2016, en finale des Jeux olympiques de Rio, à 3’30s65. Cette fois, l’addition des temps du quatuor de service donne 3’30s05. Le record a été battu essentiellement grâce un de ces parcours phénomènes qu’une « énorme » Cate Campbell réalisa, lancée comme dernière relayeuse, en 51s00. Auparavant, ses consoeurs avaient, au plan chronométrique, fait le minimum, à l’exception de la petite sœur, Bronte Campbell, 52s03, et se retrouvaient un peu ou beaucoup en-dessous de leurs prestations habituelles : Shayna Jack qui partait, 54s03 (contre 53s75 au départ du relais des mondiaux de Budapest), et Emma McKeon, probablement secouée par ses efforts du 200 mètres, plus tôt dans l’après-midi, 52s99 contre 52s29 à Budapest.

Les Canadiennes enlevaient l’argent en 3’33s92, pratiquement le même temps qu’aux mondiaux (3’33s88) et confirmaient la forme de Taylor Ruck, 51s82 lancée et l’incroyable méforme de Penny Oleksiak, 54s33, elle aussi lancée – une Oleksiak (également 7e du 200 en 1’59s55) qui ne parait pas s’être remise de son titre olympique du 100 mètres de Rio !

JAMES GUY JOUE ET PERD : MCKENZIE HORTON RESTE LE PATRON DU 400

Sur 400 mètres messieurs, il se chuchotait que James Guy (Angleterre) était décidé à frapper un grand coup, et qu’à 22 ans, il ne convenait plus de se contenter des places d’honneur. C’est pour cette raison qu’il n’a attendu personne pour lancer la course.

25s65 au virage des 50 mètres, 53s05 aux 100 mètres, 1’21s21 aux 150, 1’49s88 aux 200, c’était assez, à condition de tenir, pour approcher le record du monde (3’40s07).

Mais il ne finissait pas, et après 53s05 et 56s83, il nageait le troisième quart de son parcours en 57s54 et finissait clopin-clopant en 57s90. Cela eut été suffisant si Horton, le champion olympique et vice-champion du monde australien, ici son principal adversaire, avait été usé par l’allure, mais il n’en fut rien. Horton avait laissé Guy partir et son compatriote australien Jack McLoughlin, jusqu’ici plutôt répertorié sur 1500 mètres, essayer de suivre l’anglais (en 53s58 et 1’50s23). Horton rejoignait Guy aux 350 et l’assaisonnait d’une dernière longueur en 27s82, guère mirobolante, mais suffisante pour lui faire lâcher prise.

Les passages d’Horton témoignaient d’une course bien menée et équilibrée, tandis que le volontarisme de James Guy, finalement payé de bronze, ne devait pas répondre à ses ambitions ! Guy retrouvait sa 3e place des Jeux du Commonwealth 2014, à Glasgow, où, en 3’44s58, il avait été devancé par le Canadien Ryan Cochrane et l’Australien David McKeon.

AIMÉE WILLMOTT ENFIN DEVANCE HANNAH MILEY

L’après-midi des finales démarrait sur un duel serré, du début à la fin du 400 quatre nages entre Aimée Willmott et Hannah Miley, assez proches de valeur dans toutes les nages. C’est la suite d’une longue empoignade entre ces deux ondines qui, ici, sont l’une anglaise l’autre écossaise, mais, en-dehors des Jeux du Commonwealth, font partie de l’équipe britannique. On peut se demander de quelle revanche il s’agit pour Willmott, tant les deux filles se sont affrontées et, généralement, c’est Miley qui a fini devant, mais on peut choisir les Jeux du Commonwealth 2014, à Glasgow, où Miley, en super-forme, l’emportait en 4’31s76 contre 4’33s01 à Willmott. A part cela, elles offrent des points communs, des similitudes, Miley petite, 1,66m, Willmott normalement grande, 1,72m, leurs pères étant tous deux des entraîneurs… On peut mesurer le sentiment de Willmott, après tous ces « échecs », après sa victoire. Cri du cœur « tweeté » ainsi : “It feels so surreal… I can’t believe I finally got my hands on one of these!

POUR AIMÉE, C’EST OUI, POUR EMMA, C’EST NON

Le temps final du vainqueur restait inférieur aux 3’41s55 qui lui avaient donné le titre olympique à Rio en 2016 et comparable à celui des championnats du monde 2017, à Budapest (2e en 3’43s85).

De façon parallèle à l’erreur de train de James Guy, l’Australienne Emma McKeon, qui a tout d’une grande batailleuse devant l’Eternel, décida elle aussi de prendre d’assaut le 200 mètres libre dames. On ne sait trop s’il s’agissait d’une stratégie concertée ou d’une sorte de va-tout, face à deux nageuses plus jeunes qu’elle et présumées plus fortes. Techniquement, la difficulté pour Emma était d’être opposée à une endurante comme Ariarne Titmus ET à une formidable nageuse fort atypique capable de sprinter comme de tenir des efforts prolongés, lesquels (-les) représentent (à mes yeux) les plus terrifiants défis en ce que dans leur cotte de maille de nageur (-euse) on n’arrive pas à trouver la faille. J’imagine que John Weissmuller était taillé dans ce bois, et Mark Spitz faisait partie de cette engeance. Les années 2000 ont représenté un âge d’or des courses aquatiques parce que trois torpilles de cette espèce se trouvaient en même temps dans l’eau, qui s’appelaient Van Den Hoogenband, Thorpe et Phelps. Tracy Caulkins donnait comme ça l’impression d’être assistée d’un petit moteur, et tout laisse croire que Taylor Ruck, en forme, appartient à cette famille.

McKeon eut comme Guy le mérité d’essayer, et de mener comme si elle cherchait à rejoindre le record du monde polyuréthane de Federica Pellegrini. Malgré tous ses efforts, il fut clair qu’elle décramponnerait pas Ruck. Les cinquante derniers mètres appartiendraient à la moins fatiguée, et contre les calculs de McKeon, ce fut elle qui n’en put mais. Ruck passa, et Titmus aussi, qui faillit même tromper la vigilance de la Canadienne.

WILBY : LA PRUDENCE RÉCOMPENSÉE

Il est remarquable que l’esprit d’entreprise, voire d’aventure, illustré par James Guy et Emma McKeon, ait perduré toute cette après-midi en continuant à être aussi mal payé. Et combien les courses sages furent récompensées. Le 200 brasse messieurs en fut une nouvelle application. Le vainqueur finale, l’Anglais James Wilby, se contentait d’une modeste sixième place à mi-parcours, alors que l’Ecossais Ross Murdoch, en 1’1s46, et Matthew Wilson, Australie, 1’1s48, se disputaient la tête de l’épreuve. Dans la dernier longueur, il récupérait une seconde et demie sur Murdoch, pour le coiffer sur le mur. Wilby est, si l’on ose dire, un second couteau dans la brasse britannique et son exploit, jusqu’ici, était d’avoir fini 17e des championnats du monde de Budapest. Il prouve là qu’il peut mieux faire et qu’il a pu faire preuve tout à la fois, en une seule fois, du flegme et du finish britannique. Wonderful, n’est-il pas vrai ?

 

MESSIEURS.- 400 mètres: 1. Mackenzie Horton, AUS, 3’43s76 ; 2. Jack McLoughlin, AUS,

3’45s21 ; 3. James Guy, ENG, 3’45s32.

Horton,  26s38, 54s68 (28s30), 1’22s96 (28s28), 1’51s08 (28s12), 2’19s16 (28s08), 2’47s62 (28s46), 3’15s94 (28s32), 3’43s76.

200 m brasse: 1. Andrew Wilby, ENG, 2’8s05; 2. Ross Murdoch, SCO, 2’8s32; 3. Matt Wilson, AUS, 2’8s64; 4. Anrew Willis, ENG, 2’9s31; 5. George Harley, AUS, 2’10s04; 6. Craig Benson, SCO, 2’10s09.

DAMES.-

200 mètres : 1. Taylor Ruck, CAN, 1’54s81; 2. Ariarne Titmus, AUS, 1’54s85; 3. Emma McKeon, AUS, 1’56s26; 4. Eleanor Faulkner, ENG, 1’57s72.

Passages de Ruck, 26s68, 56s04 (29s36), 1’25s67 (29s63), 1’54s81 (29s14).

Passages de Titmus, 27s14, 56s50 (29s36), 1’26s03 (29s53), 1’54s85 (28s88).

Passages de McKeon, 26s45, 55s80 (29s35), 1’25s85 (30s05), 1’56s26 (30s41).  

400 m 4 nages : 1. Aimée Willmott, ENG, 4’34s90 (1’3s55, 2’14s32, 3’31s81, soit 1’3s55, 1’10s77, 1’17s49, 1’3s09); 2. Hannah Miley, SCO, 4’35s16 (1’3s25, 2’14s89, 3’31s99, soit 1’3s25, 1’11s64, 1’17s10, 1’3s17).

JAPON : RIKAKO IKEE REMET ÇA : 56s38 AU 100 PAPILLON. HAGINO FORFAIT SUR 200

Éric LAHMY

Mercredi 4 Avril 2018

Suite, sans soute, à ses déboires du 400 mètres, où il a été battu par un Japonais, chose qui ne lui était pas arrivée depuis des années maintenant, Kosuke Hagino ne s’est pas présenté au départ du 200 mètres, décision qui obère sa sélection sur la distance.

Les demi-finales ont été dominées par Reo Sakata dans un temps moyen de 1’47s80.Comme Hagino, Rikako Ikee ne s’est pas alignée, elle aussi, au départ des 200 mètres.

Mais c’est pour la bonne cause. Elle a battu pour la deuxième fois en deux jours son record japonais des 100 papillon, en 56s38, ce qui la laisse à 9/10e de seconde du record mondial de Sjöström…

A 18 ans, Rikako, l’enfant prodige de la natation nippone, grandit bien, qui continue de progresser Comme Ikee, âgée de dix-huit ans, Suzuka Hasegawa a terminée 3e de la course, mais plus de deux secondes derrière Rikako.

La finale du 100 mètres brasse féminin s’oriente vers un duel entre Reona Aoki, 1’7s63 en séries et 1’6s59 en demi-finale, et Kanako Watanabe, 1’7s30 en séries et 1’7s25 en demi, jokers Runa Imai, 1’7s80, et Satomi Suzuki, 1’7s87.

MESSIEURS.-

100m dos : RYOSUKE IRIE, (25s93) 53s18 ; 2. JUNYA KOGA, (25s43), 53s62; 3. MASAKI KANEKO, (26s71), 54s10; 4. JUNYA HASEGAWA, (25s98) 54s33.100m brasse : 1. YASUHIRO KOSEKI, (27s70) 59s30; 2. HAYATO WATANABE, (28s58), 1’0s18; 3. IPPEI WATANABE, (28s28) 1’0s27.50m papillon : 1. KENGO IDA 23s40 (record national, ancien, 23s45).

DAMES.- 

800 mètres : 1. YUKIMI MORIYAMA, 8’31s44 (1’1s27, 2’5s81, 3’10s20, 4’14s47, 5’19s16, 6’23s75, 7’28s46).

100m papillon : 1. RIKAKO IKEE, (26s12) 56s38 (record national, ancien, 56s58 la veille par la même); 2. YUKINA HIRAYAMA, (27s06) 58s32; 3. SUZUKA HASEGAWA, (27s70), 58s49.

JAPON SWIM : RIKAKO IKEE RECORD JAPONAIS DU 100 PAPILLON DAMES, EN 56s58

Mercredi 4 Avril 2018

Qu’est-ce qui ne va pas chez Kosuke Hagino ? Le « Phelps japonais » gagne-t-il encore ? Pas le 400 mètres messieurs des Japan Swim, qui se tiennent à la piscine internationaleTatsumi, de Tokyo,

, en tout cas, où Naito Ehara, 25 ans, lui a infligé une nette défaite, le devançant d’une bonne longueur de corps, en 3’46s64 contre 3’48s47. Ehara est parti en boulet de canon, passant en 52s80, passage qui pourrait faire croire qu’il nageait un 200. Il a terminé difficilement, mais moins mal qu’Hagino, qui s’est fait remonter et reprendre dans les cent derniers mètres une longueur de corps par le jeune Keisuke Yoshida, né en 2000.

MESSIEURS.- 400 mètres: 1 NAITO EHARA, 3’46s64 (24s93, 52s80, 1’21s38, 1’50s50, 2’19s50, 2’48s76, 3’18s02); 2. KOSUKE HAGINO, 3’48s47 (25s26, 53s34, 1’22s15, 1’51s19, 2’20s44, 2’49s61, 3’19s02). 3. KEISUKE YOSHIDA, 3’48s69 (26s49, 55s13, 1’23s74, 1’52s70, 2’21s83, 2’51s21, 3’20s66). 4. TAKETOMO TANI, 3’50s32 (en séries, 3’50s08) ; 5.SYOGO TAKEDA, 3’50s62; 6. GENTA IMOTO, 3’51s49 (en séries, 3’50s95); 7. YUUKI YAMAMOTO, 3’52s25 (en séries, 3’52s20).

Sur 100 papillon dames, en séries, Rikako Ikee, laquelle ne cesse de s’imposer depuis deux saisons comme la plus brillante jeune ondine japonaise, nage 57s14. En demi-finales, elle améliore le record du Japon, qu’elle détient, en 56s58 (passage en 26s44) contre 56s86. Elle se retrouve à une seconde du record du monde de Sarah Sjöström, 55s48. Personne ne l’approche de moins de deux secondes sur la distance dans la compétition…

Yasuhiro Koseki remporte les demi-finales du 100 brasse messieurs en 58s96, à six centièmes du record national. Ayato et Ippei Watanabe le suivent de loin, 59s97 et 1’0s03.

Satomi Suzuki améliore le record du Japon des 50 brasse dames, 30s64 contre 30s66, à 1s24 du record du monde, en demis, et gagne la finale en 30s95. Au 100 dos messieurs, l’inusable Ryosuke Irie, 28 ans, devance en séries l’encore plus inusable Junya Koga, 31 ans, en 53s39 contre 53s61.

Natsumi Sakai gagne le 50 dos dames en 27s82.

JEUX DU COMMONWEALTH: COMMENT L’ESPRIT VIENT AUX FEMMES

Eric LAHMY

Mardi 2 Avril 2018

Je posais récemment la question de savoir pourquoi on ne trouvait pas plus de femmes entraîneurs. La réponse est à la fois simple et compliquée. Depuis toujours, les hommes ont pris toute la place. Si aujourd’hui, un certain nombre d’entre eux sont d’accord sur le principe, il est plus compliqué de mettre en oeuvre l’application de ces bonnes résolution. Comment faire rentrer plus de femmes et s’assurer que ce soient les meilleurs qui occupent les places?
L’organisation des Jeux du Commonwealth
(GFC: Commonwealth Games Federation) a dû se poser la même question, parce qu’il semble qu’elle tente de se donner les moyens de remédier à une telle carence. 19 coaches féminins en provenance des pays du Commonwealth vont bénéficier d’un programme pendant la tenue des Jeux, lesquels se tiennent ce mois ci, pendant l’été austral, à Gold Coast, grande ville du Queensland, Etat de l’est australien… Ce programme d’enseignement de coaching féminine (Women’s Coaching Internship Programme) est censé répondre à une stratégie d’égalité entre les sexes, qui offrira une formation à des entraîneurs femmes de douze sports et de onze nations (Botswana, Canada, Angleterre, Kenya, Malaisie, Maurice, Mozambique, Nouvelles-Hébrides, Irlande du Nord, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, du 4 eu 11 avril.

Ce programme comprendra des séances d’informations, et des conférences de coachs femmes établies. Les participantes logeront au Village des athlètes. Les organisateurs des Jeux se sont efforcés d’organiser les compétitions les plus équilibrées, puisque, pour la première fois, ils distribueront autant de titres (133) pour les femmes que pour les hommes. Il s’agit d’un précédent pour ce qui est des compétitions multisportives, a assuré Bruce Robertson, le vice-président des Jeux du Commonwealth (un ancien nageur, 2e du 100 papillon des Jeux olympiques de Munich derrière Mark Spitz, champion du monde de la même course à Belgrade, Yougoslavie, en 1973 et aux Jeux du Commonwealth de Christchurch, Nouvelle-Zélande, en 1974, 4e aux mondiaux 1975 à Cali, Colombie et demi-finaliste aux Jeux de Montréal en 1976)…

Les fédérations internationales de basketball, de hockey et de natation ont confirmé qu’au minimum la moitié de leurs officiels seront des femmes.

CHAMPIONNATS DE HONGRIE : KRISTOF MILAK, 51s50 AU 100 PAPILLON

Samedi 31 Mars 2018

4e journée des championnats de Hongrie, à la piscine Szechy Tamas de Debrecen. Kristof Milak a dominé le 100 mètres papillon. Le vice-champion du monde de Budapest, l’été dernier, nagé la distance en 51s50, devançant largement Laszlo Cseh, 52s46.

Le 200 mètres messieurs n’a pas donné lieu à performance exceptionnelle, mais laisse entrevoir un bon relais hongrois, avec Dominik Kozma, 1’47s16,  Kristóf Milák, 1’47s97, Nándor Németh, 1’48s42, Péter Bernek, 1’48s89, soit une valeur de 7’10s. Aux mondiaux, l’été dernier, le quatuor magyar avait terminé 10e en 7’11s10.

Ajna Késely s’avère être la grande nageuse magyare de l’avenir, qui enlève coup sur coup le 200 en 1’59s62 et le 1500 en 16’33s97

Dans le relais 4 fois 100 mètres quatre nages, les meilleures performances individuelles : en dos, au start, Benedek Kovacs, 54s85 ; lancés : en brasse, Tamas Takacs, 1’0s89 ; en papillon, Kristof Milak, 51s73 ; en crawl, Maxim Lobanovszkij, 48s47.

Kristóf Rasovszky gagne le 800 messieurs en 7’56s85.

Au 50 brasse ; Csaba Szilagye, 27s05 (et déjà 27,58 en séries).

Au 50 dos, Kristof Milak, 25s23, devance Bence Szentes, 25s25

KRISTOF MILAK, HONGROIS DE 18 ANS, TOUT PRES DE MICHAEL PHELPS SUR 200 METRES PAPILLON AVEC 1’52s71 CONTRE 1’51s51

Eric LAHMY

Samedi 31 Mars 2018

Aux championnats de Hongrie de natation, marqués par l’absence de Katinka Hosszu et par la nouvelle qu’elle s’est rabiboché avec son coach d’époux ou son époux de coach, comme vous préférez, quelques mois après avoir demandé le divorce, on a pu aussi noter que la natation hongroise était en train de faire peau neuve.

Kristof Milak établit une performance de relief sur 200 mètres papillon, avec 1’52s71. Il approche d’une seconde le record du monde de Michael Phelps, 1’51s51, et d’un centième le record d’Europe et de Hongrie de Laszlo Cseh, 1’52s70. Milak avait nagé l’an passé sur la distance en 1’53s79 aux championnats d’Europe juniors de Netanya.

Déjà, sa performance de l’été dernier indiquait un talent peu commun. Avec 1’53s79, Milak aurait terminé 3e de la course des championnats du monde de  Budapest où seuls l’auraient devancé Chad Le Clos (1’53s33) et… Laszlo Cseh (1’53s72).

Mais ce résultat des juniors avait été réalisé trop tard pour le qualifier pour les mondiaux et ce jeune homme n’avait pas été sélectionné sur 200 papillon pour Budapest, où on lui avait préféré le vieux Cseh et Kenderesi. Il s’était présenté sur 100 papillon, où il avait enlevé la médaille d’argent (avec un record mondial junior, 50s62) derrière Caeleb Dressel, 49s86… et devant le champion olympique de Rio Joseph Schooling et James Guy, ex-aequo avec 50s83. Il avait 17 ans et demi.

Ayant soufflé sur dix-huit bougies le 20 février, Milak a dépassé les performances en papillon de Michael Phelps au même âge, devient l’homme le plus vite du monde « hors-polyuréthane » et s’annonce comme le possible patron de la spécialité… Plus qu’étonnant, car au début de la saison passée, Milak avait été mis au repos en raison de … soucis cardiaques

Cette fois, et quoiqu’il en soit, son temps de 1’52s71 l’impose en effet tout en haut dans le Gotha puisqu’il devance à peu près tout le monde. Michael Phelps, seul, a nagé, à l’époque polyuréthane, en respectivement, 1’51.51, 2009 (record du monde), 1’52s03, 2008, record du monde, 1’52s09, 2007, record du monde, 1’52s20, 2008. Voici donc Milak, arithmétiquement 3e « papillonneur » de l’histoire derrière l’immense Phelps et Cseh, mais techniquement devant !

Entraîné par Attila Selmeci à Uszo Erdi, Milak devance ainsi Laszlo Cseh, qu’on pourrait appeler le Michael Phelps hongrois, de quinze ans son aîné. Lequel Cseh parait toujours être intéressé par la chose, sans pour autant obtenir des résultats équivalents à ceux du passé.

Milak n’est cependant, en 24s04, que 4e du 50 papillon des championnats nationaux, que gagnent ex-aequo Laszlo Cseh et Dominik Kosma en 23s84 devant Krisztián Takács, 23s91.

Performance notable également de Boglarka Kapas, sur 800 mètres dames, à l’issue d’un duel de générations : Kapas, 25 ans, l’emporte d’une seconde et demie après un mano a mano serré, en 8’24s39 contre 8’25s82 à Ajna Kesely, 17 ans. Le lendemain, le 400 dames revienbt à Kesely, en 4’5s61, devant Kapas, malgré un rapproché final de celle-ci, 4’5s92. Le 1500 mètres masculin revient à Akos Kalmar, 18 ans, en 15’3s14, devant Gergely Gyurta, 15’8s74. Gyurta mène jusqu’aux 1100 mètres, puis ne peut maintenir son allure, au contraire de Kalmar, qui équilibre très bien son effort, 4’58s92, 5’4s65 et 4’59s57. Sur 400 mètres, Milak, en 3’48s71, est devancé par Peter Bernek, son aîné de huit ans, 3’48s69. Dans la dernière longueur, Milak, 27s53, reprend un mètre à Bernek, 28s59, mais échoue d’un doigt. Richard Marton, 3e, 3’50s62. Balazs Hollo, 4e, 3’50s94.

NANDOR NEMETH FUTUR GRAND DU SPRINT MAGYAR

Bernek gagne aussi le 200 dos en 1’57s33.

Le 200 papillon féminin a été remportée par la championne d’Europe de demi-fond Boglark Kapas, en 2’9s39 devant Liliana Szilagyi, 2’10s20.

Sur 100 brasse, Csaba Szilagyi, 59s74, et Anna Sztankovics, 1’8s63 ; David Horvath enlève le 200 brasse en 2’11s35. Sur 100 dos, Peter Bernek, 54s83, et Katalin Burian, 1’0s55. Burlan « double » sur 200 dos, en 2’9s58.

200 quatre nages : Peter Bernek, 1’59s67 devant David Verraszto, 2’0s10; ordre inverse sur 400 4 nages, Verraszto, 4’12s98, devance Bernek, 4’14s42 (et Gergely Gyurta, 4’15s12). Dalma Sebestyen, 2’12s84, devant Evelyn Verraszto, 2’13s92, tandis que Boglarka Kapas domine le 400 4 nages dames en 4’38s27.

Dans la course au titre du relais quatre fois 200 mètres, gagné par le club Egri Uszo, quelques performances honnêtes : Dominik Kosma, 1’47s63, et Richard Marton, 1’48s90 au start, ainsi que Nandor Nemeth, 1’47s34 lancé. Toujours Nandor Nemeth (18 ans) se distingue par un 47s49 lancé, qui correspond assez précisément à son temps dans la finale individuelle des 100 mètres, qu’il gagne en 48s31 (23s28 + 25s03) devant Dominik Kosma, 49s05 (23s78 + 25s27), Kristof Milak, 49s49 et Maxim Lobanovszkij, 49s59. Nemeth, qui, il y a deux ans, hésitait entre le 100 mètres et le 1500, n’a plus à hésiter. Il sprintera… Il approche d’ailleurs de cinq centièmes le record hongrois du 100 mètres, 48s26, établi au départ du relais quatre fois 100 mètres hongrois des championnats du monde de Budapest avec 48s26.

200 mètres papillon: 1. Kristóf Milák, 1’52s71 (25s07, 53s92, 1’23s14); 2. Tamás Kenderesi,  1’54s14 (26s02, 55s19, 1’24s74); 3. László Cseh, 1’56s45 (25s93, 56s02, 1’26s24); 4. Bence Biczó, 1’56s69 (26s26, 56s13, 1’26s16).

RETRAITE DE DANIEL GYURTA, HONGRIE, CHAMPION OLYMPIQUE DU 200 BRASSE A LONDRES EN 2012

Eric LAHMY

Mardi 27 Mars 2018

Daniel Gyurta, qui vient d’annoncer sa retraite, a été champion olympique 2012, à Londres, du 200 mètres brasse, huit années après avoir enlevé la médaille d’argent de la course à Athènes.

Comme il était né le 4 mai 1989, cette deuxième place aux Jeux olympiques du 18 août 2004 faisait du Hongrois, à 15 ans et 106 jours, l’un des plus jeunes médaillés olympiques de natation de l’histoire… Pour ce faire, il s’était immiscé dans l’affrontement de deux des plus fameux duellistes des bassins, entre le Japonais Kosuke Kitajima et l’Américain Brendan Hansen. Kitajima l’emporta avec 2’9s44, devant Gyurta, 2’10s80 et Hansen, 2’10s87.

Entre 2004 et 2012, Gyurta s’était un peu raté aux Jeux 2008 à Pékin. Il avait frappé fort en séries, amenant le record olympique à 2’8s68. En demi-finales, Kitajima avait repris la tête dans un temps de 2’8s61 et la finale apparaissait assez dense. Gyurta, 3e de la deuxième demi-finale, avait signé le cinquième temps général, avec 2’9s73. Rarement une course avait paru aussi ouverte.

Finalement, si Kitajima conserva le titre, amenant le record olympique à 2’7s64, tout près de son record du monde, 2’7s51, Gyurta, lui,  avec un bon temps de 2’9s22, resta collé à la cinquième place, étant devancé par l’Australien Brenton Rickard, le Français Hugues Duboscq et le Canadien Mike Brown. Il dut donc attendre quatre nouvelles années pour remonter sur le podium absolu, à la première place cette fois.

Selon son habitude, à Londres, Gyurta ne laissa à personne le soin de mener en séries, où il dut, avec un temps de 2’8s71, difficilement museler le Britannique Michael Jamieson, survolté devant son public, 2’8s98, record britannique. Jamieson enleva la première demi-finale en 2’8s20, autre record national, Gyurta la deuxième en 2’8s32, se défaisant à la bagarre d’un autre Britannique surchauffé à l’enthousiasme national, Andrew Willis, 2’8s47.

La finale se réduisit, pour ce qui est de l’or olympique, à une explication entre les animateurs des qualifications. Cependant, Kitajima, qui ne l’entendait pas ainsi, prit la tête d’entrée, et mena jusqu’au virage des 100 mètres, après quoi Gyurta, qui le serrait de près, parvint à le passer. Il tint bon ensuite quand Jamieson s’élança dans un finish bien évidemment britannique. Au bout du compte, Gyurta l’emporta de quinze centièmes, améliorant avec 2’7s28, les records du monde (Christian Sprenger, Australie, 2’7s31) et olympique (Kitajima, 2’7s64)  lesquels avaient été établis avec des maillots de bain polyuréthane.

Gyurta ne s’en tint pas là. Il gonfla son palmarès d’un nombre élevé de titres mondiaux, européens, en grand et en petit bassin sur sa distance fétiche. En grand bassin, il fut champion du monde en 2009 (Rome), 2011 (Shanghai) et 2013 (Barcelone) et encore médaillé de bronze en 2015 (Kazan) ; champion d’Europe 2010 (Budapest) et 2012 (Debrecen, Hongrie). Toujours sur 200 brasse, il fut champion d’Europe 2006 (Helsinki), 2007 (Debrecen), 2009 (Istanbul), 2011 (Szczecin, Pologne), 2013 (Herning, Danemark), 3e en 2015 à Netanya (Israël). Quoique moins capé sur 100 mètres brasse, il parvint à enlever le titre européen de cette course en petit bassin en 2013.

Depuis quelques années, alors qu’il semblait toujours vouloir rêver de titres et de médailles, Gyurta avait perdu la main. En 2016, aux Jeux de Rio, il nagea seulement le 17e temps des séries et n’accéda pas, à trois centièmes près, aux demi-finales. En 2017, il obtint le même résultat frustrant pour un garçon doté d’un tel palmarès, 17e, à Budapest, où il entendait achever sa carrière sur un coup d’éclat.

Après Rio, il avait mis en cause son trio d’entraîneurs, Sándor Széles, Ferenc Kovácshegyi et Balázs Virth, qui l’avaient suivi pendant toute sa carrière. Pour lui, il s’était surentraîné dans sa préparation des mondiaux 2015 de Kazan et fut très affecté de son résultat, médaille de bronze avec un temps de 2’8s1 alors qu’il attendait un 2’6s. De là, affirme-t-il, tout s’enchaîna. Cet échec, a-t-il expliqué, le rendit en effet revanchard et le conduisit à perpétuer son échec. « On s’est couru derrière nous-mêmes, je ne suis pas allé aux championnats d’Europe pour ne pas rater les entraînements de la période précédant les Jeux olympiques, on les a accumulées, on croyait que c’était de bonnes idées et on a eu tout faux… » Il eut aussi des soucis avec un changement dans son entraînement et dans sa technique.

Il a avoué avoir aussi perdu quelque peu de son enthousiasme et de sa confiance en les valeurs olympiques, après les scandales qui ont émaillé le sport ces dernières années, ainsi l’accusation de viol, ressortie après un demi-siècle, contre Laszlo Kiss, qui, à 75 ans, était le coach en chef de l’équipe hongroise. Il y eut aussi d’innombrables dysfonctionnements et erreurs de management de la Fédération hongroise aux Jeux olympiques de Rio qui conduisirent l’hiver suivant à une révolte de nageurs emmenés par Katinka Hosszu.

LA CONTINUELLE ABSENCE D’ENTRAÎNEURS FEMMES

Eric LAHMY

27 Mars 2018

 « – Depuis quand es-tu devenue cynique ? – Depuis que j’ai saisi la petite différence entre les filles et les garçons ! » (ALL ABOUT EVE, de Mankiewicz)

J’avais préparé cet article en octobre 2016, et parce que je doutais fortement de sa pertinence et de sa « solidité ». J’ai toujours de la peine à publier quand je n’ai pas l’impression d’avoir épuisé un sujet, et en l’occurrence, c’est le sujet qui m’avait épuisé. Depuis, certaines données ont changé, mais je relis ces notes avec un peu plus d’indulgence, et en tout cas le sentiment que je puis les publier avec le seul risque d’ennuyer le lecteur.

Je suis étonné de ne pas trouver dans ces notes une réflexion qui m’avait frappé de Richard Martinez, l’entraîneur de Font-Romeu devenu depuis DTN adjoint chargé de la natation. Il expliquait (en partie du moins) la carence en nombre d’entraîneurs femmes par la plus grande générosité des femmes. « Les hommes sont plus égoïstes, m’avait-il dit en l’espèce, ils peuvent plus facilement fonder une famille est rester concentrés sur leur projet. Les femmes ne fonctionnent pas souvent comme cela. » Je la ressers de mémoire, même si ce n’est pas du mot à mot et si ce n’est pas du politiquement correct !

Je publie cet article tel que je l’avais rédigé à l’époque, sans changer les détails qui le datent. Le fond ne semble pas avoir changé… E.L.

 

 La fédération française de natation a publié récemment la liste des nageurs appartenant au « collectif ‘’excellence’’ ». Détail frappant, au sommet de la hiérarchie, l’excellence « élite » (panachage de nageurs pouvant figurer sur les listes de haut niveau du ministère des sports et identifiés dans le collectif national), compte quatre filles pour treize garçons.

Derrière, les effectifs de « l’élite senior » s’équilibrent entre filles (26) et garçons (25). Les éléments réunis dans « l’excellence relève », sont au nombre de 59. On sait qu’on a des soucis avec cette fameuse relève, elle ne « relève » pas très haut. Moins encore chez les filles (18) que chez les garçons (41). En juniors, le collectif « excellence » compte 7 garçons pour… une fille.

Si la jeune vague donne des inquiétudes, la situation est donc plus précaire chez les filles. On le pressentait quand Camille Muffat prit sa retraite. On en a eu confirmation aux Jeux olympiques de Rio, et l’adieu de Coralie Balmy à la compétition n’arrangera pas les choses.

D’où vient cette faiblesse du secteur féminin ? Les filles sont largement négligées. On fait beaucoup moins pour elles que pour les garçons…

Ce manque d’attention – adorné parfois d’une légère nuance de mépris – des responsables se retrouve à pas mal de niveaux, et entre Luyce, misogyne honteux mais grimé en féministe (voir la composition du comité directeur, empli à parité de femmes dont aucune n’entre dans le bureau, et Jacques Favre, dont je ne dirai trop rien de sa conception de la femme… Le milieu des techniciens français ne me parait pas, en revanche, plus sexiste que ça de nos jours, c’est comme si, pour beaucoup d’entre eux, ils ne font pas de différences entre filles et garçons, et, pour moi, c’est un compliment.

Mais les filles n’en sont pas moins mal barrées compte tenu d’un laisser aller général.

Le Ministère des sports a publié en 2014 des pages intéressantes sur la situation des femmes dans la natation française. Quelques chiffres. Du côté des licenciés, en 2013, les filles représentent 54,5% des effectifs. A dix-huit ans et avant, elles sont 63,5%, et après 18 ans ce sont les hommes qui sont à 63,55%. Pourquoi ça ? Les femmes ne se sentent-elles pas chez elles au sein de la Fédération ? C’est possible. Qu’est-ce qui fait que les filles, qui arrivent plus tard à la natation que les garçons  (elles se trouvent en infériorité en-dessous de sept ans), puis se ruent en force (51,18% à 7-9 ans, 53,72% à 10-11 ans, 54,56% à 12-13 ans et encore 52,4% à 14-15 ans), se retrouvent en infériorité (47,37%) entre 18 et 20 ans ? Qu’est-ce qui les fait se retirer plus précocement ?

La maturité, en natation, d’une fille, arrive deux ans avant. Est-ce une explication suffisante ?

Mais après ça, on constate qu’elles y reviennent. Beaucoup plus tard ? Les nageuses sont en supériorité numérique, au-delà de 21 ans. Statistiquement on n’en sait pas plus, on n’a pas cru bon d’affiner, le chiffre englobe les nageuses en fin de carrière et les populations plus âgées, les masters, les dirigeantes… Il ne s’agit donc plus de la même natation. Dans cette catégorie d’âge fourre-tout, les femmes se comptent 55.153 (en 2013), et représentent 60,68% des licenciés. Le nageur de plus de 21 ans est une nageuse.

Quoi d’autre ? Le ministère faisait le constat que tous les présidents de la fédération avaient été des hommes [Il faut dire que ce sport a raté sous cet angle une belle occasion quand Francis Luyce a devancé Arlette Franco, qui avait une vraie passion pour la natation et le démontra en faisant de Canet un haut-lieu de ce sport]. Qu’aujourd’hui, zéro femme accède au bureau directeur, contre huit hommes, nous montre en quelle estime sont tenues les femmes dans la natation française.

Que le « bureau élargi », instance tout à fait officieuse, sans poids réel, accueille trois femmes pour onze hommes. Le comité directeur est, selon une décision de Luyce (sur une interprétation mal informée de Dominique Bahon, secrétaire de la fédération à l’époque qui aurait mal compris les directives ministérielles) formé d’autant de femmes que d’hommes. Le souci a été qu’appliquée ainsi brutalement, façon « sexisme à rebours » a vu le comité directeur envahi de femmes pas préparées, peut-être trop contentes d’être là par le fait du prince, pour se sentir justifiées et légitimes, ce qui les a contingentées et réduites au silence, et a finalement défavorisé, décrédibilisé la féminisation de la Fédération. Ce fut une de ces solutions à la louche, c’est-à-dire grossière, mal pensée, mal préparée, complètement démagogique et tout à fait contre-productive. Prise dans la confusion et sans esprit de suite. Un gâchis.

D’ailleurs, les femmes d’énergie de la fédération ont été soigneusement écartées. Dans le temps, Suzanne Bentaberry, qui savait parler fort, n’a pas été réélue après les gros succès en natation synchronisée. Henri Sérandour, qui disait « tout lui devoir, » ne put l’empêcher d’être battue. Elle refusa ensuite d’entrer au comité directeur dans le « contingent féminin. » « J’ai travaillé comme un homme, je veux être élue comme un homme », dit-elle alors. Le soir même, elle rentra dans sa région et fit des choses épatantes dans un autre sport, le canoë. Madeleine Bernavon, qui lui a succédé, effacée, a dû sa longévité au fait de ne jamais s’être fait remarquer. Elle se rendit inodore et sans saveur. C’était ce qu’il fallait pour ne pas se faire éjecter. Aujourd’hui, Luyce a écarté Hélène Tachet des Combes des fonctions de trésorière. Il se pourrait qu’elle ait pris sa tâche au sérieux ?

Luyce et autres messieurs croient-ils que la pensée est une vertu virile ? Faudrait leur expliquer qu’il y a autre chose dans la vie…

Même faible féminisation à tous les niveaux : seulement quatre femmes contre neuf hommes parmi les dirigeants « référents », quinze commissions fédérales sur vingt présidées par des hommes. Seulement trois sur les vingt-huit régions présidées par des femmes.

En 2014, la fédération était censée produire un plan de féminisation qu’elle a remis avec deux mois et huit jours de retard (69 fédérations avaient répondu dans les temps) ce qui pourrait bien être le signe d’un faible désir d’améliorer le statut de 55% de ses effectifs, et, de toute façon, a fait qu’elle n’a pu être inscrite dans le « panorama » produit par le ministère. Dans ce plan, la Fédé a inscrit tout un blablabla plein de belles promesses d’actions futures dont on n’a pas vu l’ombre dans les deux années et demi qui ont suivi. La fédé est plus occupée à « communiquer » qu’à travailler sur les questions réelles liées au sport et à l’excellence. Plus on opacifie autour de ce qu’on fait ou ne fait pas, plus on communique c’est-à-dire qu’on cache et qu’on envoie des leurres de toutes parts. 

La liste des  78 cadres techniques fédéraux du ministère des sports : au premier regard, je me persuade qu’elle a son content de femmes. Mais quand je veux m’en assurer et compter, je n’en trouve que  24. Moins de 30%. Puis j’ôte les cadres de la natation synchronisée (elles sont 10, toutes des femmes), il reste 68 cadres hors synchro : 54 hommes pour 14 femmes. Je dois l’admettre, la natation, qui licencie plus de femmes que d’hommes, ne les promeut pas dans ses services.

Il est vrai que pour faire une nageuse, pas besoin d’une femme au bord du bassin. Philippe Lucas (Laure Manaudou, Aurélie Muller), Lionel Horter (Roxana Maracineanu), Frédéric Barale (Coralie Balmy) en France, Todd Schmitz (Missy Franklin), Yuri Suguiyama et Bruce Gemmel (Kathie Ledecky) aux USA, ou Shane Tusup (Katinka Hosszu) en Hongrie, Bill O’Toole (Penny Oleksiak), au Canada, etc. en sont autant de preuves. La question qui se pose est de savoir pourquoi si peu de femmes s’épanouissent dans cette profession.

Le phénomène n’est pas français. Dans l’Université américaine (chiffres publiés par San Francisco Gate), sur les 330 collèges majeurs et universités disposant de programmes de natation, seulement 43 équipes sont emmenées par des coaches femmes. Selon Swimming World en mars 2014,  « sur les 123 écoles qui sont entrées dans la Première Division NCAA femmes, seulement 17, soir 13,8% avaient une femme entraîneur chef.

Kim Brackin, entraîneur femme au Texas (Kirsty Coventry) racontait une anecdote qu’elle trouvait révélatrice. Au début d’un « dual meet », l’organisateur de la compétition demanda une petite réunion des entraîneurs-chefs pour les informer d’un changement de programme. Se retrouvèrent à cette réunion Eddie Reese et… l’adjoint de Brackin. « C’était sans malice, s’en amuse l’intéressée, ils ne pouvaient pas imaginer inviter une femme dans une réunion d’entraîneurs. » Pourtant coach Brackin « pesait » déjà sept médailles olympique dont deux en or !

Souvent, une touche féminine dans la préparation et l’entraînement ne rate pas son effet. Je crois aussi que l’alchimie dans certains couples est à la base de la réussite. Cela éclate de façon évidente entre Katinka Hosszu et Shane Tusup, qui sont mariés et dont l’accord est total, l’un tant l’entraîneur, l’agent, l’homme d’affaires et le mari de l’autre, ce qui les met à part (1). Il y a maintenant trente ans, Vladimir Salnikov décida qu’il ne serait plus entraîné que par madame.  Roland Matthes fut entraîné par une femme et dans les années 1960, l’entraîneur français qui obtint les meilleurs résultats (record du monde, argent olympique, finales olympiques en 1960, 1964 et 1968 – sur 100 mètres dos féminin, championne des USA était une femme (née en 1898 – Suzanne Berlioux.

Mais tout le monde ne peut pas épouser son entraîneur. Et quand Ian Thorpe quitta après six années de carrière au sommet Doug Frost, son coach de toujours pour son assistante Tracey Menzies, surtout connue pour ses capacités de technicienne, c’était en raison de ce qu’elle lui apporterait dans sa vie de nageur.  Fin septembre dernier, le double champion du monde de dos Mitchell Larkin et Thomas Fraser-Holmes ont décidé de s’entraîner cette saison avec Menzies au centre national d’entraînement, à Canberra. Aux USA, le sauvetage de Natalie Coughlin, blessée et en perdition, assura la réputation de Teri McKeever, et fit d’elle la première entraîneur-chef de l’équipe US aux Jeux olympiques 2012, à Londres.

 Revenons en France. On a eu une époque où la natation féminine a plutôt bien marché, et il suffit de citer les noms de Roxana Maracineanu, de Laure Manaudou et de Camille Muffat pour s’en convaincre. Aujourd’hui, Charlotte Bonnet est la chef de file de la natation française. Or son palmarès ne se compare pas à ceux de Solenne Figues, Coralie Balmy ou d’Esther Baron, qui ne semblaient pas « exister » tant Manaudou captait de lumière…

Se pourrait-il que les filles aient besoin d’un petit surcroît d’accompagnement ?

Certaines ont été de brillantes pourvoyeuses de nageuses, sans remonter au déluge, Suzanne Berlioux déjà citée ou plus tard Pierrette Gheysen, et dans le collectif fédéral, je n’ai aucune difficulté à distinguer Frédéric Barale (Coralie Balmy), Marc Begotti (Catherine Plewinski). Sylvie Le Noach a « sorti » sa propre fille, Alicia Bozon, Annick de Susini, Joanne Andraca. Philippe Lucas parait être essentiellement un entraîneur de filles, et ne s’en cache pas, il les dit plus disciplinées que les hommes, Fabrice Pellerin, qui a fourni un énorme travail et depuis plus de dix ans a sous sa coupe la meilleure nageuse française (Camille Muffat d’abord, Charlotte Bonnet depuis) mais qui semble être en fin de cycle à Nice où me dit-on, la présidence du club, concentrée sur le water-polo, a négligé la natation (et vient de perdre ses meilleurs éléments, Marie Wattel, Anna Santamans, Cloé Hache). 

 Selon PATRICIA QUINT, qui fut responsable des juniors entre 1983 et 1995. « Les filles ont été plus ou moins suivies selon les époques. Anne-Marie Agel l’a fait – très peu car elle n’était pas intégrée dans l’encadrement masculin. En 1996, j’ai entraîné avec Gérard Garoff, Patrice Prokop, et Jean-Paul Clémençon a souhaité féminiser l’encadrement de l’INSEP ; Claude Fauquet a adhéré à cette idée.

« Patrice Prokop avait initié cela.

« Claude Fauquet, lui, avait cherché à se reposer sur des expertises, et pour cela mis en place un secteur de recherche, cela allait vers l’alimentation, la technique, la nage, le plongeon.

« Une forte opportunité de développement du sport féminin avait été offerte par la politique de Marie-George Buffet. Cette ministre des sports (d’obédience communiste) a donné une grosse priorité à l’encadrement féminin à l’époque. Un congrès à Tours, un autre à l’INSEP, avaient annoncé ce volontarisme. » Marie-George Buffet a été une grande ministre des sports, elle a été féministe dans le meilleur sens du terme, jamais en opposant ni en stigmatisant, toujours en relevant ce qui devait être relevé, en travaillant. [Elle avait réussi, ce que je considère comme un exploit, par son ouverture d’esprit, à charmer Monique Berlioux, qui avait pourtant une certaine aversion des communistes.]

« Après les projets, continue Patricia Quint, il fallait mettre en place ces choses. On s’est appuyé sur Roxana Maracineanu, sur Solenne Figues, Laetitia Choux, Jacqueline Delors, Malia Metella, et on a eu une période de natation féminine dominatrice, avec Lucien Lacoste directeur des équipes. L’organisation nous a permis de mettre en place des expertises, Laurence Bensimon est venue ainsi travailler avec nous.

« Laure Manaudou a été complètement intégrée au collectif ; ce qu’on ignore un peu la concernant, et Lucas aussi, c’est qu’ils savaient utiliser ce groupe de travail. Laure était timide, mais c’était une leader effective, elle avait de bons rapports avec les autres, elle se plaisait bien. On avait aussi Frédéric Barale, Olivier Antoine, qui avait entraîné Laetitia Hubert et Aurélie Muller. Tout cela faisait qu’il y avait une émulation des entraîneurs au féminin, sont arrivés Martinez et Andraca. Après les Jeux d’Athènes, on a bossé sur les formateurs et on s’est dirigées vers les Jeux de Pékin.

« Auparavant, il y avait toujours eu assez de masculins pour étouffer le féminin, avant Prokop, mais ensuite, avec Clémençon, Fauquet, et Marie-Georges Buffet à l’ouverture, on a marqué des progrès. »

 Anne Riff, contactés par téléphone, n’a pu être jointe. 

(1). Shane Tusup et Katinka Hosszu se sont depuis séparés.

NCAA 2018 (6).- CAELEB DRESSEL A GAGNÉ DES BATAILLES, ET LE TEXAS D’EDDIE REESE A GAGNÉ LA GUERRE

Éric LAHMY

Dimanche 25 Mars 2018

Donc Caeleb Dressel l’a fait. Il s’en est fallu de peu, mais ces dix centièmes de mieux que l’an passé, 39s90 contre 40s, sur 100 yards nage libre, représentent une nouvelle contribution du nageur clé du jour à la progression de la natation. Pourquoi passer les 40 secondes est-il plus remarquable que les 43 ou les 44 secondes ? C’est comme ça ! Tous ceux qui connaissent la natation savent que John Weissmuller a nagé le premier « sous » la minute au 100 mètres, que la première femme à le rejoindre fut Dawn Fraser, mais on ne se souvient pas trop des nombreux autres.

Cela dit, la course en yards petit bassin a surtout la force d’une coutume locale, et je ne saurais d’ailleurs dire si les 39s90 réussis par Dressel hier dans le bassin Freeman de Minneapolis, dans le Minnesota, valent beaucoup mieux que les 44 secondes et 94 poussières de Amaury Leveaux (même bardé de polyuréthane). En valeur, sans doute, mais en vitesse pure ? En combien Leveaux eut-il été chronométré au passage des 100 yards ?

D’une certaine façon, je pensais que Dressel nagerait plus vite qu’il ne l’a fait. Gagner 47/100e de seconde sur 50 yards n’indiquait-il pas un gain d’une pleine seconde sur la distance double ? En fait, je n’en savais rien. Il y avait deux façons de voir les choses, l’une liée au Dressel de 2016, l’autre au Dressel de 2017.

CAELEB DRESSEL 2018 PLUS PRES DE LA VERSION 2016 QUE 2017 ?

Car ce n’était pas tout à fait le même nageur. En 2016, c’était un « pur » sprinteur qui établissait le record des 50 yards qui allait tenir deux saisons, et jusqu’à ce jeudi : 18s20. Cette même année, Dressel nageait ses 100 yards en 40s46. En 2017, Dressel montrait des aptitudes un peu différentes : il s’imposait, outre le crawl et le papillon, ses deux chevaux de bataille, comme un formidable nageur de brasse de circonstance (à la Florent Manaudou, soit dit en passant, ou à la Roland Schoeman) mais aussi un grand « quatre nageur ». Il apparaissait (et était sans doute) plus résistant, parce qu’un 200 yards quatre nages exige quand même un minimum de ressources dans le domaine. D’ailleurs, l’été 2017, aux championnats US, Caeleb nageait un 200 mètres en 1’47s45, une performance hors d’atteinte d’un « pur  » sprinteur, et, 6e de la finale, frôlait la qualification dans le relais US pour Budapest…  Dressel, version 2017, était assez costaud sur les distances moyennes. 

Je ne sais si Dressel a perdu un peu de la résistance démontrée l’an passé, mais en tout cas il n’a pas été utilisé ce week-end sur le quatre nages. On l’a, comme dans son programme de 2016, dirigé sprint-sprint-sprint.

Et ça a payé sur 50 : passer en une journée, par étapes, à 18s11, 17s81 et 17s63 en partant de 18s20, limite absolue d’il y a deux ans, rapporté à son 40 secondes – une telle progression indiquait un possible 39s, voire même un 38s8 ou 38s9. Il n’était pas interdit de rêver. Mais rapporté au 40s46 de 2016, ce surcroit de vitesse de base donnait un possible 39s5 et à tout le moins un passage sous les quarante.

Il est toujours gênant de dire, après un exploit comme celui de Dressel, qu’il aurait pu faire mieux, et de toute façon, ce n’est pas sûr. Cent dix minutes plus tard, il s’élançait troisième relayeur du quatre fois 100 de son équipe. Et réalisait un parcours lancé en 40s25 à fond la caisse, vu qu’il n’était pas en tête et ne parvint pas à remonter à la première place…

Je crois que Dressel, quoique surhumain par certains côtés, commençait à fatiguer…

100 YARDS. – 1. Caeleb Dressel, Florida, 39s90 (18s96 + 20s94); 2. Ryan Held, North Carolina State, 41s08 (19s54 + 21s54); 3. Justin Ress, North Carolina State, 41s49 (19s74 + 21s75); 4. Blake Pieroni, Indiana, 41s51 (19s54 + 21s97); 5. Jacob Molacek, North Carolina State, 41s55 (19s94 + 21s61); 6. Townley Haas, Texas, 41s67 (19s98 + 21s69); 7. Tate Jackson, Texas, 41s81 (20s17 + 21s64); 8. Santo Condorelli, USC, 42s34 (19s59 + 22s75).

Dans sa course individuelle, DRESSEL prenait une avance considérable d’entrée. A son passage en 18s96, son avance était presque incongrue, les autres finalistes s’étageant entre 19s54 (Ryan Held et Blake Pieroni) et 20s17 (Tate Jackson). Et il continuait de s’échapper vers l’avant. Effet de cette supériorité décourageante greffée sur une glisse de loutre ? Trois des finalistes furent moins vite qu’en qualification, où, il est vrai, ils avaient dû s’employer ferme en se disputant les seize places de finalistes (celles qui accordent des points à leurs équipes)…

Autre curiosité ? Zac Apple, vainqueur de la finale B en 41s36, nageait plus vite que le 3e de la grande finale.

 1650 YARDS : 1. Anton Ipsen, North Carolina State, 14’24s43 ; 2. Felix Auboeck, Michigan, 14’29s42 ; 3. Nick Norman, California, 14’30s82 ; 4. Zac Yeadon, Notre Dame, 14’35s98 ; 5. Marcello Acosta, Louisville, 14’38s22 ; 6. PJ Ransford, Michigan, 14’38s23.

Sur 1650 yard, Anton Orskov Ipsen, un étudiant Danois (ingénierie industrielle) en 4e année de North Carolina, s’impose devant Felix Auboeck, un Autrichien de Michigan, déjà 2e de la même épreuve l’an dernier, qu’il parvient à décrocher d’abord difficilement grâce à un train très proche du negative split (course en accélération). Pratiquement ensemble aux 900 et encore aux 1000 yards, les deux hommes sont séparés finalement de cinq secondes. Ipsen a terminé 5e de la même course en 2015 et en 2016…14 nageurs passent sous les 14’45s.

200 YARDS DOS.- 1. Austin Katz, Texas, 1.37s53 [23s01, 47s51 (24s50), 1.12s62 (25s11), 1.37s53 (24.91)]; 2. John Shebat, Texas, 1.37s94 [22s23, 46s42 (24s19), 1.11s63 (25s21), 1.37s94 (26s31)]; 3. Patrick Mulcare, USC, 1.38s43 [23s26, 47s99 (24s73), 1.12s72 (24s73), 1.38s43 (25s71)]; 4. Bryce Mefford, California, 1.38s48 [23s51, 48s03 (24s52), 1.13s12 (25s09), 1.38s48 (25s36)]

Du nouveau sur 200 yard dos, où deux étudiants de première année (freshmen) se placent respectivement premier (Austin Katz, de Texas) et quatrième (Bryce Mefford, de California. Katz, natif de Tarpon Springs, en Floride, 19 ans ce 19 mars, suit comme souvent une tradition familiale, son aînée Taylor (Florida) et son frère Alexander (Michigan) se sont fait payer avant lui leurs études par la natation. Lui-même a été médaillé de bronze aux mondiaux juniors et d’argent aux Jeux universitaires. Eddie Reese réussit à placer ses deux Texans 1 et 2 de la course, soit 36 points précieux pour gagner le classement par équipes !

 200 YARDS BRASSE.- 1. Ian Finnerty, Indiana, 1.51s08 [24s54, 52s30 (27s76), 1.21s08 (28s78), 1.51s08 (30s)]; 2. Andrew Seliskar, California, 1.51s17 [25s01, 53s58 (28s57), 1.22s03 (28s45), 1.51s17 (29s14)]

Ian Finnerty réalise le doublé 100 et 200 yards brasse. Sur la distance la plus longue, il se qualifie en 1’50s78 et ne parvient pas à nager aussi vite en finale, mais 1’51s08 sera suffisant pour la victoire.

Il s’en faut de peu, car après qu’il ait engrangé une longueur de corps d’avance sur Andrew Seliskar au virage de la mi-course, Seliskar revient et lui reprend pratiquement toute son avance, n’échouant qu’à six centièmes pour gagner. 

200 YARDS PAPILLON: 1. Andreas Vazaios, North Carolina State, 1.38s60 [(22s54, 47s95 (25s41),1.13s04 (25s09), 1.38s60 (25s56)]

Le Grec Andreas Vazaios triomphe sur 200 papillon en nageant à l’encontre de la pratique de la spécialité, s’efforçant à l’égalité d’allure. Il n’y parvient pas réellement, mais passe en 47s95 pour finir en 50s65, ce qui est démontrer un équilibre de train nettement meilleur que ses suivants, Switkowski, 47s12 et 52s43, et Vinicius Lanza, 47s47 et 52s28. Le record NCAA et national de Jack Conger, 1’37s35, n’est guère approché. 

4 FOIS 100 YARDS : 1 North Carolina State, 2.44s31 [Ryan Held, 19s51, 41s05; Justin Ress, 1.00s15 (19s10), 1.21s67 (40s62), Jacob Molacek, 1.41s05 (19s38), 2.2s69 (41s02), Coleman Stewart, 2.22s35 (19s66), 2.44s31 (41s62)]; 2. Florida, 2.45s73 [Khader Baqlah, 20s42, 42s28, Jan Switkowski, 1.1s90 (19s62), 1.23s53 (41s25), Caeleb Dressel, 1.42s56 (19s03), 2.3s78 (40s25);Mark Szaranek, 2.23s39 (19s61), 2.45s73 (41s95); 3. California, 2.46s54 [Justin Lynch, 19s88, 41s97; Andrew Seliskar, 1.1s82 (19s85), 1.23s81 (41s84), Ryan Hoffer, 1.43s08 (19s27), 2.5s (41s19); Michael Jensen, 2.24s56 (19s56), 2.46s54 (41s54).

Le record détenu par l’Université du Texas depuis l’an passé, 2’45s39, est battu à deux reprises, par le quatuor de Caroline du Nord, en séries, 2’44s75, et en finale, 2’44s31. Ryan Held est le plus rapide au start avec 41s05 (et 41s09 en série). Toujours pour North Carolina, Justin Ress nage 40s35 lancé en série (et 40s62 en finale). Pour Florida, Dressel nage 40s15 en séries, 40s25 dans la finale. Seul autre sous les 41 secondes lancé, Blake Pieroni, 40s77. Très grande densité, avec six nageurs au start sous les 42 secondes, sept lancés sous les 41s5.

TEXAS ET EDDIE REESE PLUS DIFFICILEMENT QU’EN 2017

Derrière les exploits de tel ou tel, de ce relais ci ou là, un autre match se joue, il est d’ailleurs le vrai match, celui des coaches. Une fois de plus, c’est Eddie Reese qui a gagné, Texas, à la onzième heure, ayant réussi à accumuler le plus de points. Malgré Dressel, Florida est seulement cinquième. C’est le système de pointage qui veut cela, parce qu’il accorde des points jusqu’au 16e classé. Un exemple ? Quand Dressel gagne les 100 yards, il marque 20 pts, et Florida marque 22 pts, ceux de Caeleb et deux de Khader Baqlah, 15e. Cependant, North Carolina marque 47 points en raison des places de 2e 3e et 5e de Ryan Held, Justin Ress et Jacob Molacek, et Texas en marque 30 avec Townley Haas, 6e,Tate Jackson, 7e, et Brett Ringold, 12e.

A l’arrivée, privé de ses plus grandes vedettes, Texas l’emporte quand même, mais moins brillamment qu’en 2017, où l’université, 542 pts, avait largement dominé California, 349pts. Ici, il s’en est fallu de moins de douze points, mais Eddie Reese s’en sort une nouvelle fois vainqueur.

Né le 23 juillet 1941, le vieil Edwin Charles Reese va-t-il rempiler ? Après 14 championnats NCAA, record absolu, il pourra prendre une retraite bien méritée. Dans le cas contraire, il aura toujours deux ans (moins un jour) de moins que le président de la FINA…

CLASSEMENT PAR EQUIPES D’ UNIVERSITES

1. Texas, 449pts; 2. California, 437.5pts; 3. Indiana, 422pts; 4. NC State, 385pts; 5. Florida, 347pts; 6. Southern California, 253pts; 7. Stanford, 205pts; 8. Michigan, 168.5pts; 9. Louisville, 156pts; 10. Georgia, 129pts; 11. Tennessee, 123pts; 12. Auburn, 98.5pts; 13. Alabama, 95pts; 14. Texas A&M, 75pts; 15. Minnesota, 67pts; 16. Arizona, 64pts; 17. South Carolina, 60pts; 18. Harvard, 58pts; 19. Purdue, 54pts; 20. Arizona State, 45pts; 21. Florida State, 42pts ; 22. Denver, 31pts ; 23. Missouri, 29pts ; 23. Notre Dame, 29pts ; 23. LSU, 29pts ; 23. Cornell, 29pts ; 27. Miami, 27pts; 28. Ohio State, 25pts; 29. Virginia, 19pts; 30. Penn State, 14pts; 31. Towson, 11pts; 32. Utah, 10pts; 33. Duke, 9pts; 33. Virginia Tech, 9pts; 35. Grand Canyon, 7pts; 36. U North Carolina, 6pts; 36. Hawaii, 6pts; 38. West Virginia, 2.5pts; 39. Iowa, 2pts; 40. Wyoming, 1pt; 40. Southern Methodist University, 1pt.    

NCAA 2018 (5) CAELEB DRESSEL L’IRRÉSISTIBLE A ENCORE FRAPPÉ

Éric LAHMY

Samedi 24 Mars 2018

Vendredi noir pour Hugo Gonzalez à Minneapolis où s’est achevée la magnifique troisième journée des NCAA 2018. Les séries des 400 quatre nages ont présidé à l’enterrement sans grandes pompes de ce garçon présenté (ici même d’ailleurs, mea maxima culpa) comme peut-être l’un des grands hommes de la compétition et qui termine dans les trentièmes dessous. Je ne lui en voudrai pas. Hugo Gonzalez n’est pas tenu à confirmer mes pronostics ou à tenir mes promesses !

Et ces qualification matutinales promeuvent Andrew Seliskar. Seliskar a été un petit génie des groupes d’âge, et a amélioré plus d’un record US de jeunes au début des années ‘10, ainsi sur 200 quatre nages, 100 et 200 brasse. Il est le nageur le plus recherché des recruteurs, en octobre 2014. Avant cela, il lui a fallu être sauvé par une poussée de croissance, vu qu’il mesurait 1,73m à 17 ans, 1,85 à dix-huit. Au bout de cette année, il a été élu meilleur nageur scolaire de l’année (côté filles, c’était Katie Ledecky) et a soudain entrevu un avenir de nageur.

Et puis, finalement, Seliskar n’est pas devenu le nouveau Michael Phelps.

LE PROGRAMME DE NATATION A CRÉÉ DES NAGEURS TRANSVERSAUX, QUI SONT LA NÉGATION DES SPÉCIALITÉS DANS LA MESURE OU ILS LES MAÎTRISENT TOUTES

Et la finale d’hier dément les pronostics du matin. La course revient à Abraham Devine, de Stanford, étudiant de troisième année comme Seliskar. Autoproclamé « avide jardinier », et 10e des 200 mètres quatre nages des mondiaux de Budapest en juillet dernier, Devine est un quatre nageur chevronné doublé d’un dossiste redoutable, en fait le dernier né d’une engeance qui pourfend notre idée pourtant tenace d’une séparation des différents styles, et nage, partout, très bien. Cette transversalité (couplée hier à une solide préparation) lui a offert un avantage déterminant. Abraham a répondu à l’attaque initiale de Seliskar en papillon, puis a pris ses distances dans un parcours de dos magistral, mettant dans le rouge si ce n’est dans le vent tous les finalistes, et contraignant Seliskar, défendant sa chance avec un cœur énorme, à un colossal effort pour recoller en brasse.

SELISKAR S’APPRÊTAIT À TOUT DÉVORER, MAIS C’EST DEVINE QUI VIENT DÎNER

A l’issue de quoi, Devine pouvait déployer une nouvelle attaque en crawl, déterminante. Seliskar, très fatigué, on imagine, se faisait prendre trois secondes dans le parcours de libre et se laissait piquer (nolens volens) la deuxième place par Nick Thorne, d’Arizona, lequel, étant plutôt un habitué des finales B, n’avait jamais atteint de tels sommets dans sa jeune carrière.

1. ABRAHM DEVINE, Stanford, 3.35s29; 23s03, 49s27 (26s24), 1.16s64 (27s37), 1.43s38 (26s74),2.14s17 (30s79), 2.45s16 (30s99), 3.10s46 (25s30), 3.35s29 (24s83).2. NICK THORNE, Arizona, 3.38s56; 23s11, 49s64 (26s53), 1.18s09 (28s45), 1.45s97 (27s88), 2.16s90 (30s93), 2.48s22 (31s32), 3.13s99 (25s77), 3.38s56 (24s57).3. ANDREW SELISKAR, California, 3’38s73 ; 22s70, 49s29 (26s59), 1.17s29 (28s), 1.44s82 (27s53), 2.14s87 (30s05), 2.45s36 (30s49), 3.12s21 (26s85), 3.38s73 (26s52).

CAELEB DRESSEL EST LE MAÎTRE DU CRAWL, LE PATRON DE LA BRASSE, L’EMPEREUR DES QUATRE NAGES, ET IL A PEUT-ÊTRE BON DOS, MAIS C’EST AUSSI LE PAPE DU PAP’

Caeleb DRESSEL, une fois sur son chemin, ne s’arrête pas. Après avoir réformé les 50 yards, le nouveau monstre sacré de la natation s’est attaqué au 100 papillon, et a pondu un autre chef d’œuvre. Ses 42s80 ne diront rien aux habitués des mètres, mais ils améliorent de façon décisive le record US que Caeleb détenait avec 43s58 et font penser qu’il est près d’améliorer le record du monde de la distance en mètres, et en grand bassin, de Michaël Phelps.

Ils ont été accueillis par un puéril « premier sous les 43 secondes », nous ne raisonnons plus que comme ça, pauvres hommes de statistiques que nous sommes. Ce qui nous intéresse cependant dans ce chiffre, c’est qu’il rapproche le record de nage papillon à 2s58 du crawl. Inusité : autre signe que le record du 100 va exploser à son tour, pour être amené autour de trois secondes, comme il en va d’habitude, par les soins du même Dressel.

À CHAQUE INSTANT DE SON EFFORT CAELEB A CONTINUÉ DE DISTANCER SES ADVERSAIRES

Il est passé en moins de vingt secondes, revenu en 22s81, et à chaque instant de son effort, a continué de distancer les autres finalistes. Que dire de plus ? Dressel représente une classe à part, une avancée dans l’avenir de ce sport, un aventurier du futur, le chaînon manquant entre l’homme et le dauphin, que le grand Murray Rose s’était amusé à envisager avec humour, quand il racontait ses promenades aquatiques et ses glissées bodysurfées sur les vagues de Bondi Beach.

Derrière, on est très loin, et Joseph Schooling, le champion olympique singapourien et « le nageur le plus doué » que son coach, Eddie Reese, n’a jamais vu, s’est retrouvé quatrième dans une finale où six nageurs cassaient les 45 secondes… J’avoue que j’aimerais savoir ce que Schooling pense de ça. L’an passé, après l’ouragan Dressel, il avait expliqué qu’il avait eu tort, après sa saison olympique, d’en avoir pris à son aise alors même qu’il annonçait que son but serait de battre le record du monde de Phelps. Et maintenant ?

1. CAELEB DRESSEL, Florida, 42s80  [19s99, 42s80 (22s81)]2. JAN SWITKOWSKI, Florida, 44s49 [20s85, 44s49 (23s64)]3. VINI LANZA, Indiana, 44s50 [20s81, 44s50 (23s69)]4. JOSEPH SCHOOLING, Texas, 44s68 [20s75, 44s68 (23s93)]5. RYAN HELD, North Carolina State, 44s88 [20s55, 44s88 (24s33)]6. RYAN HOFFER, California, 44s93 [21s05, 44s93 (23s88)]

TOWNLEY, L’AS DES HAAS REPREND SON BIEN A BLAKE PIERONI

Bon, je ne vais pas me jeter des fleurs, et je ne dirai pas que j’avais “pronostiqué” la victoire de Townley Haas devant Blake Pieroni sur 200 yards. Loin de là. Mais je l’avais envisagée en sachant que Pieroni, dans le passé, s’était montré meilleur relayeur qu’individuel… Un lecteur m’avait enjoint hier à une certaine prudence quand j’avais parlé de la 2e place sur 200 de Haas derrière Pieroni (c’était dans le relais). Toujours est-il que Haas a gagné, a battu le record qu’il a repris à Pieroni et que celui-ci, sans vraiment démériter, n’a pas nagé sa plus belle course : au lieu de se lancer carrément devant comme dans le relais, il l’a, semble-t-il, jouée tactique, passant une demi-seconde moins vite que dans son relais aux 100 comme aux 150 et n’a jamais pu revenir sur un Haas qui, tout au contraire, passait plus vite que dans le relais, en 43s12 contre 43s74 et 1’6s18 contre 1’7s06.

1. TOWNLEY HAAS, Texas, 1.29s50 [20s64, 43s12 (22s48), 1.6s18 (23s06), 1.29s50 (23s32)].2. BLAKE PIERONI, Indiana, 1.30s23 [21s05, 44s03 (22s98), 1.6s93 (22s90), 1.30s23 (23s30)].3. ZACH APPLE, Auburn, 1.31s18 [21s22, 44s11 (22s89), 1.7s31 (23s20), 1.31s18 (23s87).

CONNAISSEZ VOUS IAN FINNERTY

Dressel a quand même perdu un record: celui des 100 yards brasse. Mais cela ne peut être compté comme une défaite, car Caeleb n’était pas dans la course. Le vainqueur, Ian Finnerty, un junior d’Indiana, a réussi 49s69 et effacé les 50s03 du Floridien. On a donc fêté le passage d’une nouvelle frontière chronométrique, c’est fou ce qu’il y en a dans ce sport !

Finnerty a été membre de l’équipe US, son record sur 100 mètres brasse est de 1’0s03 (encore une frontière à franchir ?) et n’a jamais fait mieux que 8e aux championnats d’été, sur 100 brasse. A Minneapolis, il a représenté la revanche des spécialistes face aux couteaux suisses, dont Dressel est l’expression la plus aiguisée…

1. IAN FINNERTY, Indiana, 49s69 [23s26, 49s69 (26s43)].2. CONNOR HOPPE, California, 51s16 [23s79, 51s16 (27s37)].3. CARSTEN VISSERI, USC, 51s28 [24s00, 51s28 (27s28)]. 

L’OUTSIDER COLEMAN STEWART GAGNE DEPUIS LA LIGNE N°1

Pas de record sur 100 yards dos, ce qui est une sorte d’originalité. Autre spécificité de cette course, elle est gagnée par Coleman Stewart, un sophomore de 19 ans presque fluet de 75kg pour 1,88m, qui pouvait difficilement éviter la natation, son père, son frère et sa sœur ayant nagé, qui pour Brucknell, qui pour Princeton, qui pour Darmouth.

Ici, Coleman, qui jusqu’alors n’a pas trop fait parler de lui, s’est qualifié avec le septième temps dans des séries très « compactes », chose qui rend les résultats finaux très aléatoires et difficiles à prédire, et a gagné la course, d’un centième de seconde, en évoluant dans sa ligne extérieure. Moins de huit dixièmes de seconde entre le vainqueur et le dernier…

1. COLEMAN STEWART, North Carolina State, 44s58; [21s61, 44s58 (22s97)]

2. JOHN SHEBAT, Texas, 44s59 [21s38, 44s59 (23s21)]

3. ANDREAS VAZAIOS, North Carolina State, 44s81 [21s66, 44s81 (23s15)]

4. AUSTIN KATZ, Texas, 44s99 [21s89, 44s99 (23s10)]

RELAIS 4 FOIS 50 QUATRE NAGES1. USC, 1.21s82 [Robert GLINTA, 21s15, Carsten VISSERING, 43s73 (22s58), Dylan CARTER, 1.3s33 (19s60), Santo CONDORELLI, 1.21s82 (18s49).

2. California, 1.21s88 [Daniel CARR, 20s85, Connor HOPPE, 43s86 (23s01), Justin LYNCH, 1’3s63 (19s77), Ryan HOFFER, 1.21s88 (18s25)]

Les meilleurs temps: en dos, PAUL UNGUR, Utah, 20s64 ; en brasse, CARSTEN VISSERING, USC, 22s58 ; en papillon, DYLAN CARTER, USC, 19s60 ; en crawl, CAELEB DRESSEL, Florida, 17s37).