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CHAMPIONNATS DES USA : MISSY, RETOUR MANQUÉ

Éric LAHMY

Vendredi 27 Juillet 2018

Missy FRANKLIN, après sa 17e place sur 100 mètres (gagnante de la finale C) et la 18e sur 200 ( et 3e de la finale C), aux championnats US, perd ses chances de qualifications pour les grandes courses internationales de cet été (Pan Pacs) et de 2019 (championnats du monde).

Loi implacable des sélections US, Franklin n’existe plus, au plan international. Son but affiché : les Jeux olympiques de Tokyo, en 2020. Y parviendra-t-elle ?

Missy s’était déclarée choquée de lire l’information selon laquelle la tenniswoman Serena Williams avait « raté son retour à la compétition » [après une grossesse difficile, compliquée d’une embolie pulmonaire ayant nécessité diverses opérations et six semaines de lit] parce qu’elle avait perdu la finale de Wimbledon!

A juste titre, car manifestement, ceux qui donnaient l’information ne connaissaient pas le sens des mots ! Ce n’est pas la première fois que la chambre a échos des médias déraille grave. Serena Williams, à notre sens, avait déjà « réussi » son retour en se présentant au premier tour de Wimbledon. Passer des 32e aux demi-finales et atteindre la finale, victoire ou défaite, était extraordinaire…

…En revanche, on se risquera à dire que le retour de Missy Franklin a été raté, sauf à se satisfaire de revoir son nom apparaître dans les résultats. La meilleure nageuse du monde en 2012 et 2013 a eu son content de tracas : douleurs dorsales intolérables en 2014, reconstruction des épaules opérées en 2017, et gros ennuis psychologiques (dépression et anxiété) sans doute liés à ces soucis et peut-être aussi au fait que, devenue professionnelle, se sentait redevable face à ses sponsors.

Ce « retour » était fortement obéré au départ par le fait que Missy ne pouvait pas se présenter en dos, son style de prédilection, celui qui l’a faite considérer comme la meilleure nageuse du monde. Le passage du bras à l’arrière de l’épaule, nécessité en dos, doit être périlleux dans l’état actuel.

Missy a donc essentiellement nagé en crawl, sur de longues distances, à l’entraînement. Mais elle n’a pas retrouvé son meilleur niveau, d’assez loin. Elle a perdu une grosse seconde sur 100 mètres. En France et dans de nombreux pays, cela aurait suffi à la sélectionner, mais avec la densité de la natation américaine, cette seconde l’a faite glisser d’une potentielle relayeuse à une nageuse de compétition toujours valeureuse certes mais courante, pour ne pas dire quelconque…

Par son engagement, son humilité, sa gentillesse, son rayonnement, son exemplarité, Franklin a montré qu’elle n’était pas qu’une nageuse, et que sa personnalité transcendait les limites du genre. Mais c’est comme nageuse qu’on aimerait la revoir à l’avenir…

NAGEURS PRÉCOCES ET DÉBUTANTS TARDIFS

Éric LAHMY

Vendredi 27 Juillet 2018

La natation nous offre des réflexions divergentes. D’aucuns affirment qu’on ne peut réussir en natation sans des débuts précoces. Contre-exemple ? ZACHARY APPLE, lequel a commencé à nager à 16 ans. Cinq ans plus tard, à 21 ans, le voilà dans le relais 4 fois 100 américain. Compte tenu de la densité de la natation US, on peut être sûr que ce n’est pas un truc à la portée de tout le monde.

Qu’est-ce qui a permis à APPLE de réussir au rebours de la doctrine qui exige la précocité

en natation ? Si APPLE n’a pas nagé sérieusement avant seize ans, il a pratiqué de nombreux sports et il suffit de voir sa planche abdominale et ses épaules pour se convaincre que le gaillard en a.

On en sait assez aujourd’hui pour mesurer la part de l’athlète dans le nageur pour se persuader QU’APPLE, quand il pratiquait les sports co’, fabriquait sans le savoir le nageur qu’il allait devenir.

Il y a un demi-siècle, François OPPENHEIM, qui était au niveau mondial l’un des journalistes de références du sport, différenciait deux types de nageurs, le nageur poisson et le nageur athlète.

Ces deux formats, tels que formulés, apparaissaient contradictoires ; mais ils étaient sans doute plus faciles à concevoir intellectuellement qu’à différencier nettement… Souvent les « nageurs poissons » étaient des « athlètes » ignorés. Une année, Claude MANDONNAUD (championne d’Europe du 400 mètres nage libre en 1966) et son entraîneur d’alors, Heda FROST, disputèrent un cross du Figaro. Elles terminèrent respectivement seconde et quatrième de la course des non-licenciées, une épreuve réunissant plus de mille concurrentes. Jean-Paul BERJEAU, finaliste olympique du 200 mètres dos en 1968, courut au débotté un 1.000 mètres plat en 2’40s (le record de France se situait autour de 2’20s). Quand Catherine POIROT, médaillé olympique du 100 brasse en 1984, effectua un test de Cooper, son résultat fut si probant que Robert BOBIN, directeur de l’INSEP et ancien DTN de l’athlétisme, voulut l’attirer vers son sport de prédilection. Florent MANAUDOU, qui joue au handball après avoir été champion olympique en natation, n’a pas rejoint le même niveau, mais semble se défendre à un niveau proche les professionnels.

Maintenant, certains très bons nageurs ne sont pas des « athlètes » au sens spécialisé du terme. Christine CARON, de par sa souplesse articulaire, détestait courir, et se tordait fréquemment les chevilles en marchant. Sylvie CANET (finaliste olympique du 100 dos en 1968) s’amusait à « désemboîter » ses genoux, et ce n’est pas une blague, elle l’avait fait devant moi. Sylvie était une nageuse athlète sans aucun doute, mais son hyper-laxité (bien utilisée plus tard quand elle enseigna le hata-yoga) faisait merveille dans l’eau…

Je n’ai pas trop d’exemples hors de France, mais Mike BARROWMAN, champion olympique  du 200 mètres brasse, se recycla à 26 ans et devint l’un des meilleurs kayakistes US. Plusieurs grands nageurs furent aussi de bons joueurs de water-polo. L’Allemande de l’Est Roswitha KRAUSE fut médaillée olympique en natation (1968) et en hand-ball (1976 et 1980).

Il n’y a pas eu beaucoup de partants tardifs parmi nos champions, et la natation reste un sport qui avantage la précocité… S’ils avaient démarré tard, jamais Kathy LEDECKY, Missy FRANKLIN, Michael PHELPS n’auraient rejoint les sommets entre quinze et dix-sept ans. Cette évidence une fois établie, seize ans peut être un âge tardif pour débuter en la natation, mais précoce ou « normal » pour se lancer dans la course à pied ou dans n’importe quelle épreuve de l’athlétisme. Mais on ne peut pas dire qu’existe une malédiction… Et d’ailleurs, la part plus importante donnée au sprint ces dernières années pourrait favoriser les éclosions tardives.

KATIE LEDECKY, RYAN MURPHY ET JOSH PRENOT DOMINENT. KATHLEEN BAKER TROUVE UNE ÉGALE AVEC REGAN SMITH)

Éric LAHMY

Vendredi 27 Juillet 2018

Ces championnats US d’Irvine représentent un sésame pour les équipes états-uniennes des deux saisons estivales. Ce qui revient à dire que ceux qui se plantent dans la piscine californienne peuvent s’inscrire au chômage de la compétition internationale – ni PanPacifics 2018 (du 9 au 13 août à l’école internationale de natation de Tatsumi (Tokyo), ni championnats du monde 2019 (Gwanju, Corée du Sud, 12-28 juillet 2019) – en attendant les « trials » pour les Jeux de Tokyo 2020.

Parmi les plus grosses satisfactions, le 200 dos de Ryan Murphy, au vert depuis Budapest, et qui revient en force. A la lutte avec son vieux rival US Jacob Pebley jusqu’à mi-chemin de son 200 dos, il a fait la différence grâce à une énorme coulée de virage à mi-course et réussi un solide 1’54s16, son deuxième temps, derrière son record personnel, 1’53s62, établi aux Jeux olympiques de Rio. En 2017, à Budapest, Murphy avait nagé 1’54s21, pour finir 2e derrière le Russe Evgueny Rylov, 1’53s61 (record d’Europe). Le record du monde est détenu par Aaron Peirsol, 1’51s92, depuis Rome (2009).

Très belle performance également sur 200 brasse de Josh Prenot qui l’emporte avec une longueur d’avance sur Andrew Wilson et Will Licon que sépare un centième. Le médaillé d’argent de l’épreuve des Jeux olympiques de Rio (avec 2’7s53), un gabarit léger (1,80m, 68kg) a retrouvé son meilleur niveau.

Katie LEDECKY, la championne olympique 2016, a gagné le 200 libre devant la championne olympique 2012, Allison SCHMITT, une certaine hiérarchie a donc été respectée. Les deux filles ont conservé leurs places du début à la fin de la course. SCHMITT, qui avait semblé longtemps hésiter entre l’abandon ou la poursuite de sa carrière, est revenue aux commandes avec détermination.

La relative contre-performance de Simone MANUEL sur une distance qui s’est toujours révélée un peu longue pour elle tendrait à faire croire qu’elle est bien préparée sur 50…

Sur 200 dos dames, Kathleen BAKER, 21 ans (médaillée d’argent à Rio sur 100 dos), a trouvé une adversaire à sa mesure exacte avec Regan SMITH, 16 ans depuis février dernier, et de 5 ans moins 19 jours sa cadette, championne du monde junior du 100 dos, qui a réussi l’ex-aequo dans un bon temps, 2’6s43 ! BAKER a raconté après l’épreuve qu’elle était dans un état de nerfs, après avoir déchiré deux maillots de bain à la suite, quand elle endossa le troisième !

Les USA n’ont pas trouvé, sur 200 mètres messieurs, le successeur des très grands du passé qui, depuis un siècle, tenaient les commandes de l’épreuve. SELISKAR, dont on a dit tant de bien depuis quelques années, l’a emporté, et le quatuor US est collectivement fort, mais les performances ne sont pas mirobolantes. C’est solide, sans plus…

MESSIEURS.- 200 libre : 1. Andrew SELISKAR, 1’45s70; 2. Blake PIERONI, 1’45s93; 3. Conor DWYER, 1’46s08; 4. Townley HAAS, 1’46s15; 5. Jack LEVANT, 1’46s46

200 dos : 1. Ryan MURPHY, 1’54s15; 2. Jacob PEBLEY, 1’55s68; 3. Austin KATZ, 1’56s12.

Passages de Murphy, 26s86, 55s83, 1’24s91. Au 100, Pebley passé en tête en 55s76.

200 brasse  : 1. Josh PRENOT, 2’7s28 ; 2. Andrew WILSON, 2’8s71; 3. Will LICON, 2’8s72; 4. Nick FINK, 2’9s24; 5. Kevin CORDES, 2’9s71 (en séries, 2’9s58); 6. Daniel ROY, 2’9s76; 7. Jonathan TYBUR, 2’11s27 (en séries, 2’10s55); 8. Charlie SWANSON, 2’11s63 (en séries, 2’11s07). Finale B: 1. Reece WHITLEY, 2’12s28 (en séries, 2’11s32); 2. Sam IIDA, 2’12s48 (en séries, 2’11s80); 3. Jacob MONTAGUE, 2’12s52 (en séries, 2’12s47); 4. A.J. BORNSTEIN, 2’12s76 (en séries, 2’12s54). En séries, Cody MILLER, 2’10s59, forfait en finale. Benjamin WALKER, 2’12s50.

50 papillon : 1. Michael ANDREW, 22s93; 2. Caeleb DRESSEL, 22s97; 3. Chatham DOBBS, 23s38.

DAMES.- 200 libre : 1. Katie LEDECKY, 1’54s60 ; 2. Allison SCHMITT, 1’55s82 ; 3. Gabby DELOOF, 1’56s55 ; 4. Leah SMITH, 1’56s93 ; 5. Simone MANUEL, 1’57s01; 6. Melanie MARGALIS, 1’57s32 (en séries, 1’56s84); 7. Mallory COMERFORD, 1’58s38 (en séries, 1’57s92).

200 dos : 1. Kathleen BAKER et Regan SMITH, 2’6s43; 3. Isabelle STADEN, 2’8s24; 4. Lisa BRATTON, 2’8s37; 5. Olivia SMOLIGA, 2’8s58: 6. Asia SEIDT, 2’9s20. Finale B: 1. Alex WALSH, 2’9s36.

200 brasse : 1. Micah SUMRALL, 2’22s06 ; 2. Bethany GALAT, 2’23s32; 3. Annie LAZOR, 2’24s42. Lilly KING, 2’25s23 en séries, 5e en 2’25s31 en finale.

50 papillon : 1. Kelsi DAHLIA (ex-WORRELL), 25s48 ; 2. Kendyl STEWART, 25s83.

USA (1): SIMONE MANUEL ET KATIE LEDECKY ASSURENT, CAELEB DRESSEL DÉCROCHE

CHAMPIONNATS DES USA A IRVINE

Éric LAHMY

Caeleb DRESSEL a bien commence son année de professionnel. Il s’est ramassé, 6e, sur 100 mètres, la distance qu’il dominait, l’an passé, de la tête et des épaules. J’aimerais avoir un retour US de cette mésaventure d’un garçon qui a perdu une seconde et quatre sur son record de Budapest, en finale du mondial ! C’est fou ce que la natation pro ne représente pas une voie royale, parfois, et exige des adaptations dont tout le monde ne sort pas indemne. En signant un contrat pro (en l’occurrence avec Speedo), le nageur n’a peut-être pas fait attention aux petits caractères, qui lui demandent de se trouver dans des « coups » qui peuvent aller à l’encontre de sa préparation. Qui sait?.

Un qui s’en sort toujours bien, c’est Nathan ADRIAN. Parcours admirable du champion olympique 2012. Il ne gagne pas toujours, mais, qu’il pleuve ou qu’il vente, il est toujours sur le podium. Cette fois, il fait 2e derrière Blake PIERONI. Jusqu’ici reconnu aux Etats-Unis pour avoir, le premier, « battu » la minute et demie sur 200 yards en petit bassin, voilà de Blake en question qui transcende son exotique record (battu presqu’immédiatement par Townley HAAS) et devient numéro un en grand bassin…

Est-ce que ça le rend invincible sur la distance ? Pas le moins du monde. Pieroni, en l’occurrence, est un poil meilleur qu’il ne l’était aux mondiaux de Budapest, en 2017, quand, dans le relais quatre fois 100 mètres des USA, il avait nagé 48s40 au départ des séries et 48s08 au pied en finale. Il reste à distance respectueuse du meilleur Dressel et se trouve devancé par les leaders mondiaux de la saison. Mais disons qu’il est dans le coup…

Disons aussi que les places de Pieroni et de Haas laissent entrevoir de bons temps sur 200 mètres…

Côté filles, c’est Simone MANUEL qui réussit l’exploit. Chaque saison démontre que la championne olympique de Rio est bel et bien la meilleure sprinteuse du monde. Bien entendu, libre à nous de penser que Cate Campbell ou Sarah Sjöström ont leur mot à dire, mais voilà : championne olympique à Rio, championne du monde à Budapest, championne des USA avec un nouveau record national, la brune Simone est d’une race de championnes à part – pas la race noire, la race des gagneurs, de celles et ceux qui se surpassent au jour J et à l’heure H (comme KROMOWIDJOJO, ou ADRIAN chez les hommes). Mallory COMERFORD détenait le record. Mais en finale, Manuel l’a devancée et a effacé son nom du tableau des records…

Retour d’Allison SCHMITT. La championne olympique (200 mètres) de 2012 (et de 2016 avec le relais quatre fois 200 mètres), après avoir eu l’air de s’éloigner un peu – mais jamais très loin – avait décidé l’automne dernier qu’elle allait remettre ça en grand. « Seulement » 6e du 100 mètres des championnats US, mais l’enthousiasme est revenu et le talent est toujours là…

Si DRESSEL n’a pas réussi son premier 100 mètres libre de professionnel, Katie LEDECKY, également devenue pro, n’a pas transcendé. Neuvième des séries du 100 mètres avec 54s42, elle a déclaré forfait pour la finale B, la seule qui lui était offerte (Melissa FRANKLIN, elle, gagnait la finale C et rentrait par la petite porte dans la compétition après deux saisons de doutes et de blessures). Ledecky, en revanche, demeurait intouchable sur 800 mètres, qui devançait Leah SMITH d’un tiers de bassin. Elle est restée à sept secondes de son record du monde, vieux de deux ans puisqu’établi en finale olympique, 8’4s79. Ce ne fut pas faute d’essayer, à preuve un passage en 4’2s29, près de celui de Rio il y a vingt quatre mois, 4’1s98. Peut-être est-elle partie trop vite, 57s34 et 1’58s24 contre 57s98 et 1’59s42 au Brésil ?

FLICKINGER « EFFACE » LA LÉGENDAIRE MARY T. MEAGHER

Sur 200 mètres papillon dames, Hali FLICKINGER démolit une performance légendaire, les 2’5s96 établis par Mary T. MEAGHER en 1981 ! Le temps de Meagher avait été beaucoup plus tard battu au niveau mondial surtout par des filles dopées jusqu’à la moelle. Il paraissait outrecuidant à l’époque.

L’année suivante, Mary T vint nager en France et je la « coinçai » pour une interview serrée. A part ses qualités de nageuse extraordinaires, et une discipline et un mental dont je ne trouve meilleur exemple que la Katie Ledecky d’aujourd’hui, Meagher était une fille normale, à peine costaude ; si je puis me permettre, je lui trouvai un profil assez romantique à la Joan Baez.

Je me souviens qu’elle me racontait avoir appris à nager dans une piscine assez particulière, qui avait été « taillée » dans un lac, dans sa bonne ville de Louisville, dont je vis des photos incroyablement belles, voire magiques, dans je ne sais plus quelle revue, Sports Illustrated ou Swimming World ! Je me souviens aussi que pendant cet entretien, un nageur français, Pierre Andraca, je crois, m’interpella d’un « alors Lahmy, on ne s’ennuie pas. »

Il devait me prendre pour Pierre Fulla !

 

MESSIEURS.- 100 libre  49s04 : 1. Blake PIERONI, 48s08; 2. Nathan ADRIAN, 48s25; 3. Townley HAAS, 48s30; 4. Zachary APPLE, 48s34 (en séries, 48s06); 5. Michael CHADWICK, 48s44; 6. Caeleb DRESSEL, 48s50; 7. Maxime ROONEY, 48s56 (en séries, 48s27); 8. Ryan HELD, 48s65. Finale B: 1. Tate JACKSON, 48s20; 2. Dean FARRIS, 48s52; 3. Robert HOWARD, 48s67; 4. Justin RESS, 48s74; 5. Michael JENSEN, 48s75. En séries, Daniel KRUEGER, 48s87 ; Conor DWYER, 48s93 ; Ryan MURPHY, 48s98.

200 papillon  1’56s58 : 1. Justin WRIGHT, 1’54s63 ; 2. Zach HARTING, 1’55s11 ; 3. Gianlucca URLANDO et Jack CONGER, 1’55s21; 5. Tom SHIELDS, 1’55s25; 6. Chase KALISZ, 1’55s42; 7. Trenton JULIAN, 1’56s20; 8. Jack LEVANT, 1’56s43 (en séries, 1’55s89). Finale B : 1. Sam POMAJEVICH, 1’56s28. En séries, Mike THOMAS, 1’56s41, Gunnar BENTZ, 1’56s59    

1500 libre  15’10s66 : 1. Jordan WILIMOVSKI, 14’48s89 ; 2. Robert FINKE, 14’55s34; 3. Zane GROTHE, 15’0s85; 4. Nick NORMAN, 15’8s81; 5. True SWEETSER, 15’10s65.

 

DAMES.- 100 libre 54s42 : 1. Simone MANUEL, 52s54 (record des USA, ancien, COMERFORD, 52s81) ; 2. Mallory COMERFORD, 53s09 ; 3. Margo GEER, 53s44 ; 4. Abbey WEITZEIL, 53s56; 5. Lia NEAL, 53s95; 6. Allison SCHMITT, 54s24; 7. Kelsi DAHLIA, 54s41 (en séries, 54s32). Finale B: 1. Katie MCLAUGHLIN, 54s24.

800 libre   8’26s85: 1. Katie LEDECKY, 8’11s98; 2. Leah SMITH, 8’22s79; 3. Haley ANDERSON, 8’24s13; 4. Ally MCHUGH, 8’24s22

200 papillon   2’7s35 : 1. Hali FLICKINGER, 2’6s14 (en séries, 2’5s87, record des USA, ancien, Mary T. MEAGHER, 2’5s96 en 1981); 2. Katie DRABOT, 2’7s18 (en séries, 2’7s30); 3. Regan SMITH, 16 ans, 2’7s42.   

BRUCE HUNTER (1939-2018), LE HÉROS QUI FONÇAIT DANS UN BROUILLARD

Éric LAHMY

Mardi 10 Juillet 2018

Le nageur américain Richard Bruce Hunter, 4e des Jeux olympiques de Rome sur 100 mètres, est mort ce 6 juillet, jour anniversaire de ses 79 ans.

Bruce fut un des rares étudiants champions de Harvard. Il a 21 ans quand il termine 4e du 100 olympique le plus contesté de l’histoire : l’Australien John Devitt est couronné alors que le chronométrage électronique a désigné l’Américain Lance Larson (dont les films de la course montrent qu’il touche devant) ! Mais on sait qu’étant à Rome, et le Chianti aidant (il faisait chaud ce jour là), les juges de la FINA ne pouvaient que rejoindre une infaillibilité papale…

Hunter, comme très souvent les universitaires US, était un vireur exceptionnel, et il eut quelque mal à traduire dans le grand bassin en mètres ses performances réussies en yards et petit bassin. L’année 1960, il termina ainsi 3e du 100 yards des NCAA en petit bassin, mais, avec deux virages en moins, ne parvint pas en finale du 100 mètres des championnats nationaux (AAU). Cependant, lors des sélections olympiques, quoique qualifié difficilement avec le 7e temps des séries, il arracha la 2e place qualificative pour les Jeux de Rome.

Lance Larson, qui était alors le recordman du monde du 100 mètres papillon, gagna cette course des sélections, dont le grand battu fut Jeff Farrell. Farrell, deux semaines plus tôt, avait gagné le titre US avec un record national (54s8). Le lendemain, il avait dû être hospitalisé et opéré d’urgence (appendicite). Les entraîneurs américains, compte tenu des circonstances, proposèrent à Farrell une qualification automatique, sans passer par les sélections. Hors de question, répondit celui-ci. Un jour après l’opération, le ventre saisi par un énorme pansement et suivi par les médecins de l’hôpital, Farrell entrait dans l’eau et préparait les sélections.

Hunter n’était pas satisfait de son exploit. Il avait devancé d’un dixième un Farrell convalescent. Farrell jouissait d’une réputation d’invincibilité méritée parmi les nageurs et les dirigeants US, autant sur 100 mètres que sur 200 mètres, où il chatouillait les records établis pendant l’olympiade par les Australiens Devitt et Konrads et le Japonais Yamanaka. S’il avait perdu les sélections, c’est qu’en raison de la proximité de son opération, il n’avait pas pu plonger correctement et avait effectué un virage de demi-fond au lieu de sa culbute habituelle. Hunter, persuadé que, avec deux mois de convalescence et d’entraînement, Farrell gagnerait la course olympique, s’en alla proposer sa place dans l’équipe américaine à Farrell et à l’entraîneur chef de l’équipe américaine, Gus Stager.

Farrell refusa l’offre de Hunter, qu’il qualifia d’ « extraordinairement généreuse ». Il fut du voyage de Rome au titre des relais. Il aurait, m’a-t-on dit, pendant le stage été chronométré lors d’un test sur 100 mètres en 53s6, soit une seconde et demie plus vite que le temps du vainqueur de la course individuelle ! (1)

IL ÉTAIT A LUI SEUL L’ÉQUIPE DE SON ÉCOLE

Hunter, 1,84m, 79 kilos, montra, dès ses débuts, à onze ans, lors d’un test d’aptitude au YMCA local, une facilité naturelle dans l’eau. Il nagea ensuite pour son école secondaire, Cambridge and Latin High School. Comme Cambridge n’avait pas de piscine, Hunter constituait à lui tout seul toute l’équipe, et parvint à terminer 4e et 5e des rencontres interscolaires. Etudiant à Harvard, il remporta le 50 yards des NCAA en 1960 et améliora deux records universitaires, sur 50 et 100 yards en 21s9 et 48s6. Sur 100 yards, toujours en 1960, il fut disqualifié pour ne pas avoir touché le mur lors d’un virage, rappelle Braden Keith pour Swim Swam.

Ce virage, Hunter le manqua-t-il parce qu’il était fortement handicapé ? Amblyope – « techniquement aveugle » – il devait soit garder ses lunettes, soit être accompagné pour se rendre vers son plot de départ avant chaque course. Ce faible champ de vision lui posait quelques soucis dans les piscines qu’il ne connaissait pas, et l’amena à se casser un bras lors d’une arrivée de course, en 1959.

Le garçon qui nageait dans un brouillard n’en était pas moins joueur, voire casse-cou. Il se fractura un orteil sur un trampoline à la veille d’un meeting et s’arracha l’ongle d’un orteil sur le chemin des vestiaires après sa qualification olympique.

Études achevées en 1961, Hunter s’engagea pendant deux ans dans la marine qui lui offrait des moyens de s’entraîner après l’université, mais il ne put se qualifier pas, comme il l’avait souhaité, pour les Jeux olympiques de Tokyo, en 1964.
 (1) Cette histoire est contée dans un livre que publia Jeff Farrell en 1961, Six Days To Swim.

DE CHARTRES A GLASGOW : NE COMPTONS PAS SUR DES MIRACLES

L’EQUIPE DE FRANCE DE NATATION COMPTE DE RARES ATOUTS EN VUE DES CHAMPIONNATS D’EUROPE DE GLASGOW (5-12 AOUT PROCHAIN) QUI SE DEROULERONT, INNOVATION, DANS LE CADRE DES PREMIERS JEUX SPORTIFS EUROPEENS (AVIRON, CYCLISME, GOLF, GYMNASTIQUE ARTISTIQUE ET TRIATHLON)… MEHDY METELLA, CHARLOTTE BONNET… QUI D’AUTRE ?

Éric LAHMY

Dimanche 9 Juillet 2018

On savait depuis quelques années déjà que les compétitions post-Jeux olympiques de Rio se passeraient difficilement pour l’équipe de France, en raison du départ de ceux qui en constituaient l’ossature. La retraite précoce d’Yannick Agnel précéda ce mouvement de façon dramatique. La saturation mentale atteignit ensuite Florent Manaudou, qui n’aimait sans doute plus dans la natation que l’idée de conserver son titre olympique du 50 mètres acquis à Londres en 2012. Ce n’était pas assez pour aller au-delà des Jeux de Rio, où il manqua son objectif d’un rien.

Les Stravius, Gilot, Lacourt, Mignon et autres furent atteints, eux, par la limite d’âge. Du côté filles, Camille Muffat, après Laure Manaudou, ressentit en 2014 la lassitude où l’avait conduit sa rigueur et sa passion. Une autre grande nageuse s’effaça, avec Coralie Balmy, à l’issue d’une carrière comblée…

On crut, en 2016, qu’au moins chez les hommes, le passage du flambeau avait été effectué. On s’appuyait sur Pothain, Joly et Metella, pour maintenir ce qu’on voulait croire être une « tradition » d’excellence à la française.

Mais on le sait, à notre époque, les traditions se perdent. Après une longue hésitation, Stravius sortit d’une apparente semi retraite, reprit le collier et affirma nourrir de nouvelles ambitions. Tous ces plus ou moins jeunes gens parurent pouvoir assurer une transition.

Côté féminin, on assista à un petit drame dont l’équipe ne s’est pas relevée depuis : le naufrage d’un relais quatre fois 200 mètres qui aurait dû atteindre la finale et pu se distinguer, sauver la mise du collectif, offrir à Coralie Balmy une sortie digne d’elle et sans doute aussi se relancer en tant que groupe vers les Jeux de Tokyo. Mais emporté dans une sorte de salade niçoise, ce quatuor se délita, et ne resta pour assurer l’avenir que le talent à la fois fragile et pugnace de Charlotte Bonnet. Pour finir, une sprinteuse qui n’avait cessé de se bonifier, Anne Santamans, s’est blessée et n’a toujours pas reparu (si ce n’est très jolie quand habillée par Thierry Mugler).

Après le meeting de Chartres, ce week-end, Bonnet demeure, plus que jamais, le seul élément solide de notre natation féminine. Mais elle reste esseulée. Les autres possibles finalistes, voire médaillées, françaises, se situent dans le secteur de l’eau libre. On peut aussi compter sur Marie Wattel, qui a atteint l’an passé un palier auquel elle se maintient. Peut-elle progresser et atteindre la grande classe mondiale ? A elle de le dire.

Hier, on s’est étendu sur le cas de Mehdy Metella. Or on le voit désormais saisi par le doute. Dimanche, sur 100 mètres papillon, il a effectué un beau retour en 27s32 après un passage en 24s70 pour un temps final de 52s02. Il est en papillon plus près de sa meilleure valeur que sur 100 mètres.  

Aux Jeux de Rio, Metella avait fini 6e du 100 mètres papillon en 51s58 (51s71 et 51s73). Il avait aussi nagé deux très bon 47s75 lancé (en séries) et  48s08 au start (en finale) dans le relais. Il a aussi été médaillé de bronze sur 100 papillon aux Europe 2016 (51s70) derrière Cseh et Czerniak.

Barré en 2016 par quatre nageurs, Mignon, Manaudou, Gilot, Stravius, Metella n’est ni des courses individuelles ni des relais en libre aux championnats d’Europe comme aux Jeux. Mais en 2017, l’effacement de ses aînés fait qu’il acquiert une nouvelle dimension. Leader de la course en France, il se distingue, aux mondiaux de Budapest, avec 47s65 en demi finale et le bronze de la finale, derrière les deux Américains : Caeleb Dressel, nouveau monstre sacré, 47s17, Nathan Adrian, 47s87.

Dans une logique de progression, Metella annonce en février dernier qu’il vise le record d’Europe. 47s12 par Alain Bernard. C’est aussi prétendre à la première place au monde, le leader mondial de l’épreuve, Caeleb Dressel, ayant amené le record des Etats-Unis à 47s17. Prétentieux ? Certes, mais d’une prétention saine, logique.

Trente siècles après Achille, Metella va être victime de sa cheville. Vilaine blessure… Sans jeux de mots, les chevilles des nageurs constituent leurs talons d’Achille. Metella fracasse la sienne un an après Nicolas d’Oriano. La jeune sprinteuse Assia Touati subit elle aussi ce désagrément…

Si l’on devait parler de mauvaises nouvelles après ce 100 mètres, elles concerneraient le relais quatre fois 100 mètres ! Mais ceci est une autre histoire…

 Performances de relief du dimanche :

DAMES. 100 mètres : Charlotte Bonnet, Nice, 53s34. 100 dos : Mathilde Cini, Marseille, 1’1s47. 200 brasse : Reona Aoki, Japon, 2’25s01. 400 4 nages : 1. Yui Ohashi, Japon, 4’36s26 ; 2. Fantine Lesaffre, Marseille, 4’41s04.

MESSIEURS.- 50 mètres : Bruno Fratus, Brésil, 21s90. 1500 mètres : 1. Damien Joly, Antibes, 15’7s79. 50 dos : Jeremy Stravius, Amiens, 25s21. 100 papillon: 1. Mehdy Metella, Marseille, 52s02; 2. Iago Moussalen, Brésil, 52s26. 200 4 nages : Jeremy Desplanches, Nice, Suisse, 1’57s77.

CHAMPIONNATS DE SUÈDE : SJÖSTRÖM TOUJOURS TRES SEULE

Dimanche 8 Juillet 2018

Aux championnats de Suède, qui se sont étalés sur cinq journées, entre le 4 et le 8 juillet, à Landskrona, Sarah Sjöström a, bien entendu, dominé de la tête et des épaules. La quadruple recordwoman du monde (50 et 100 crawl et papillon) a remporté ses courses préférées, à l’exception du 100 mètres libre, disputé dimanche et quelle n’a pas honoré de sa présence.

Sjöström n’a pas été très éloignée de ses grands records : elle a nagé 23s96 sur 50 libre (contre 23s67, son record du monde), 25s14 et 56s83 en papillon (ses records étant 24s43 – depuis 2014 – et 55s48).

Sur 50 libre, le temps de Sarah approche le record de la saison détenu par Cate Campbell. L’Australienne a nagé 23s78, début avril dernier aux Jeux du Commonwealth. Son 55s48 améliore les 56s35 en avril à l’open de Stockholm et lui permet de prendre ses distances avec la jeune Japonaise Rikako Ikee (56s38). Au 50 papillon, elle a nagé plus vite cette saison, 25s07, tout comme Ikee, 25s11.

En dehors de Sarah, le niveau de ces championnats est faible. Seul Erik Persson a réalisé une performance notable, sur 200 brasse, avec 2’11s26, mais éloignée de ses 2’7s85 de l’an passé.

Sarah, RM, 23s67 (50) 55s48 (100 pap) 24s43 (50 pap depuis 2014).

DAMES.- 50 mètres : 1. Sarah Sjöström, 23s96.100 dos : Louise Hansson, 1’1s21. 50 papillon : Sarah Sjöström, 25s14. 100 papillon : 1. Sarah Sjöström, 56s83 ; 2. Louise Hansson, 58s08.

MESSIEURS.- 200 brasse : Erik Persson, 2’11s26.

CHARTRES: MEHDY METELLA SE POSE DES QUESTIONS

Éric LAHMY

Dimanche 8 Juillet 2018

Mehdy Metella, entorse à la cheville droite avec arrachement osseux, à l’automne dernier, a nagé pendant dix semaines sur les bras. Résultat : il aurait pris de la viande sur le haut du corps. En février, il dit vouloir battre le record d’Europe du 100 mètres ! A Saint-Raphaël, aux championnats de France, il nage 48s42…

A l’approche des championnats d’Europe, il aimerait bien se rassurer sur ses capacités. Mais voilà, Il se retrouve, samedi, 5e (en 49s56) du 100 mètres devancé par le plus jeune des finalistes du meeting de Chartres, le Brésilien Pedro (Henrique Silva) Spajari, 21 ans, 49s04, le Japonais Shinri Shioura, 49s26, et deux autres Brésiliens, Breno Correia, 49s37, et Gabriel Santos, 49s54.

Metella enrage d’avoir « perdu ses sensations » et trouve sa performance « exécrable », ce qu’on peut comprendre. Le voici tellement éloigné de ses ambitions, et un peu noyé dans une finale monopolisée par cinq Brésiliens. Médaillé de bronze des championnats du monde, et 5e à Chartres, même s’il y a du beau monde il n’y a pas de quoi pavoiser, et le Marseillais d’adoption passe un moment difficile.

Il y en a qui diront au sujet de Metella que « ça se passe dans la tête. » Je dirais que ça se passe aussi dans la tête, ou encore que cela passe par la tête, parce qu’en fait, tout doit passer par la tête, il ,s’agit d’une étape obligée, les cervelles servent à ça.

Mais peut-on en conclure que les soucis de Mehdy sont fictionnels ? Je demande à voir. Une citation, judicieusement empruntée à « Metella », une nouvelle de George Sand, permettrait de répondre à cette question : « Ils prétendent que les blessures vont bien mais que la tête est dérangée. Je dis moi que les blessures vont mal et que la tête va beaucoup mieux qu’on ne doit. »

Je ne prétends pas trouver les réponses aux interrogations de Metella dans une fiction, fut-elle éponyme, de 1833, mais d’ici les Europe, Mehdy peut retrouver ses fameuses sensations égarées.

Si cela peut le consoler, ceux qui l’ont précédé dans cette finale ne sont pas des faire valoir. A commencer par Spajari, 48s71 en séries, le sprinteur de Sao Paulo qui fait les gros titres au Brésil. Champion national, en avril, sur 50 (21s82) et 100 (47s95), il se place 3e au bilan mondial de l’année…

Il représente aussi un cas médical rare, étant porteur du syndrome de Klinefelter, ce qui, en théorie, devrait le rendre incapable d’exploits sportifs (comme d’ailleurs, de faire des études suivies – par déficit d’attention – d’avoir des enfants – infertilité). Manifestement, Spajari n’en a cure. Pour ce qui est des performances sportives, il se pose là ; recordman du monde junior en 2015 avec 48s87, il a nagé 48s25 en décembre dernier aux mondiaux militaires et ne cesse de progresser…

 

Performances de relief.- MESSIEURS. 50 brasse : Joao Luiz Gomez Junior, Brésil, 26s94. 200 brasse : Giedrus Titenis, Lituanie, 2’12s19. 50 papillon : Andriy Govorov, Ukraine, 22s73. 400 4 nages : Kosuke Hagino, Japon, 4’13s50.

DAMES. 50 mètres: Charlotte Bonnet, Nice, 24s66. 200 mètres: Charlotte Bonnet, 1’56s59. 50 dos: 1. Etiene Medeiros, Brésil, 27s96. 2. Caroline Pilhatsch, Autriche, 28s21. 100 brasse: Reona Aoki, Japon, 1’6s61. 100 papillon: Marie Wattel, Glasgow, 58s13. 200 4 nages: Yui Ohashi, Japon, 2’11s65

SÉLECTIONS AUSTRALIENNES : CATE CAMPBELL, MCKEON ET TITMUS EN VERVE

Éric LAHMY

Montréal, le 4 Juillet 2017

Aristote Onassis, l’armateur grec, disait que pour devenir riche, il fallait se frotter aux riches. Beau précepte qui, traduit en sport, pourrait donner : pour devenir un champion, frotte-toi aux champions. Conseil suivi par la brasseuse australienne Jessica Hansen. Elle est partie s’entraîner pendant deux semaines à Bloomington, dans l’Indiana, où Ray Looze, le coach de l’Université d’Indiana, dirige les destinées aquatiques de la championne olympique Lilly King et de Cody Miller. Quinze jours de tortures raffinées, a-t-elle avoué, au bout desquels elle a battu son record personnel du 100 brasse avec 1’6s74 et devancé Leiston Pickett et Georgia Bohl, qui l’avaient précédée en mars dernier, aux sélections australienne pour les Jeux du Commonwealth.

Cette fois, il s’agissait de gagner son visa pour les PanPacifics. Les sélections se sont tenues à Gold Coast, depuis le 1er du mois et se sont achevées aujourd’hui. A dire vrai, ce bon meeting servait surtout à compléter les sélections australiennes pour les PanPacifics (Tokyo) qui ont été entérinées en début d’année, dans les meetings aboutissant aux Jeux du Commonwealth, à Gold Coast en avril dernier. Les divas et ténors de la natation des antipodes n’avaient donc pas à pousser les feux, et  les résultats obtenus ont donc été juste honorables.

Dans ce contexte, Cate Campbell a été la « mieux disant ». 52s61 (25s19 plus 27s42) au 100 mètres, avec une demi-longueur de corps d’avance sur Emma McKeon (53s25), laquelle, déjà qualifiée sur 200 libre, 100 papillon et les trois relais sans compter le redondant relais mixte, continue de montrer son intérêt pour la distance reine…

L’aînée des Campbell a amplement démontré dans le passé l’énormité de sa classe et une certaine fragilité dans la compétition, qu’illustrent une crispation et une dégradation évidentes de sa technique dans la dernière partie de sa course. Cette grande fille part vite (trop vite ?) et revient mal, je ne sais trop dire pourquoi… On ne lui prêtera donc, sur la base de ce dernier temps (remarquable) obtenu à Gold Coast, aucune supériorité vis-à-vis d’une guerrière comme l’Américaine Simone Manuel, championne olympique et du monde sortante, qu’elle devrait rencontrer à Tokyo…

Les autres meilleurs résultats de ces quatre journées de compétition sont à l’actif d’Emma McKeon, sur 100 papillon (56s61), et d’Ariarne Titmus sur 400 mètres (4’1s73). Titmus nage aussi un beau 800 mètres (8’22s82). La jeune Tasmanienne approche là ses records (4’0s93 et 8’20s02). Elle ne se présentait pas au départ du 200 dames, enlevé par Briana Throssel, en 1’58s09, mais signait un bon 1’56s02 (son record personnel : 1’54s85). A noter également le 100 dos dames de Kaylee McKeown, 59s62 devant Minna Atherton, 1’0s43.

Côté masculin, la performance de relief est signée Jack Cartwright. A dix-neuf ans, Jack, jusqu’ici, a joué les doublures de Kyle Chalmers, le champion olympique surprise de Rio, sans oublier de se faire peur, en mars dernier, avec un épisode de tachycardie – au beau milieu du 200 mètres de sélection des Jeux du Commonwealth – qui lui permettait de visiter l’hôpital de Gold Coast. Assez bien remis de ses frayeurs, Cartwright, ici, a laissé trois générations de sprinteurs dans son battement. Au-delà de ses 48s33 de la finale, devant trois générations des meilleurs sprinteurs australiens, Alexander Graham, 23 ans, 49s05, James Roberts, 27 ans, 49s21, Kyle Chalmers, 20 ans, 49s46, Louis Townsend, 20 ans, 49s64, etc., il signait ensuite un solide 48s05 au départ d’un relais de son équipe, Saint-Peters.

Performances de relief :

100 mètres D, Cate Campbell, 52s61, Emma McKeon, 53s25.

100 papillon D, Emma McKeon, 56s61

400 mètres D, Ariana Titmus, 4’1s73, Kiah Melverton, 4’6s25.

100 dos D, Kaylee McKeown, 59s62, devant Minna Atherton, 1’0s43.

100 mètres M, Jack Cartwright, 48s33, et 48s05 au départ du relais de Saint Peters.

100 dos M, Mitch Larkin, 53s66, Bradley Woodward, 53s89.

100 papillon M, Grant Irvine, 51s59, David Morgan, 51s93.

800 mètres D : Ariarne Titmus, 8’22s82.

200 4 nages M, Mitch Larkin, 1’58s42.

400 4 nages M, Blair Evans, 4’37s65.

100 brasse M, Jack Packard, 59s63.

200 mètres D, Briana Throssel, 1’58s09… Au départ d’un relais de Saint-Peters, Arianna Titmus, 1’56s02.

200 mètres M, Eli Winnington, 1’47s01.

200 papillon M, David Morgan , 1’56s98.

400 4 nages M, Mitch Larkin, 4’16s70

JANET EVANS PROPULSÉE VERS LA FINA

Éric LAHMY

Mardi 3 Juillet 2018

L’Américaine Janet Evans, étoile majeure de la natation mondiale à la charnière des années 1980-1990, a été présentée par USA Swimming, la fédération de son pays, au bureau de la Fédération Internationale de Natation (FINA).

Evans, carrière achevée, avait gardé le contact avec le sport à divers titres professionnels et autres, dont celui de dirigeante. Très dynamique, toujours dans le mouvement, dotée d’une personnalité intéressante et d’un sourire irrésistible, elle a servi comme vice-présidente du comité de candidature américaine aux Jeux olympiques et paralympiques de 2028 à Los Angeles (après accord avec Paris 2024). Son apport a été assez apprécié pour qu’USA Swimming décide d’utiliser ses talents à l’international.

Selon le site britannique Inside the Games, Evans pourrait prendre la place, au Bureau de la FINA (25 membres), de l’actuel représentant américain, Dale Neuburger, qui entend se retirer en 2021. Mais ceci à condition de suivre victorieusement le processus d’élection ! Celui-ci est assez encadré : chacune des cinq fédérations continentales de la FINA élit un nombre spécifique de représentants au bureau. Les Amériques, l’Asie, l’Europe et l’Afrique disposent chacune de quatre représentants au Bureau et d’un vice-président choisi parmi ces représentants, l’Océanie d’un représentant.

Logiquement, vu de l’extérieur, les chances de Janet Evans d’accéder au poste sont très fortes. Triple championne olympique au profil charismatique, dirigeante américaine appréciée, élue à l’approche de Jeux olympiques qui se tiendront en Amérique, on pourrait dire que, la concernant, les étoiles sont alignées. A ce poste, souligne Liam Morgan, d’Inside the Games, « elle pourrait jouer un rôle essentiel de coordination dans la préparation des Jeux entre le comité d’organisation et la FINA. »

FANTASTIQUE NAGEUSE, MULTI-CHAMPIONNE OLYMPIQUE ET RECORDWOMAN DU MONDE, JANET EVANS A AUSSI RÉVOLUTIONNÉ LE CRAWL

Il n’y a pas à hésiter. Elle avait beau mesurer 1,65m et peser dans les 46 kilos, Janet Beth Evans, née à Fullerton, en Californie, le 28 août 1971, a été une immense nageuse. L’une des plus grandes en demi-fond de l’histoire, elle a remporté en 1988, à Séoul, les titres olympiques du 400 mètre libre, du 800 mètres libre et du 400 mètres quatre nages ; en 1992 à Barcelone, l’or du 800 mètres et l’argent du 400 mètres (où elle fut surprise par Dagmar Hase).

Autre signe de supériorité : la durée de ses records mondiaux sur 400, 800 et 1500 mètres a été inhabituellement longue : respectivement 18, 19 et 19 ans !

Vers la fin de sa carrière, les douleurs aux épaules qu’a fini par provoquer son entraînement sont telles qu’elle doit limiter le nombre et l’intensité de ses séances ; dès lors, elle montre les premiers signes d’une certaine vulnérabilité en 1995 et doit se contenter de la 6e place du 800 mètres des Jeux d’Atlanta en 1996, où elle ne peut faire mieux que 9e du 400 mètres, temps insuffisant pour la qualifier en finale.

En championnats du monde, elle enlève les titres du 400 mètres et du 800 mètres à Perth en 1991 et du 800 mètres en 1994 (suite à un duel serré avec Hailey Lewis qu’elle bat d’un souffle, en 8’29’’85 contre 8’29’’94).

Janet Evans est petite et surtout très fine quand elle commence d’exercer sa domination sur le demi-fond US. Les défaites qu’elle inflige à Tiffany Cohen, la championne olympique de 1984 à Los Angeles, conduisent celle-ci à prendre sa retraite : Cohen comprend qu’elle ne pourra pas conserver son titre olympique à Séoul en face de cette libellule au style tourbillonnant.

Evans est aussi la première nageuse à accomplir un 1500 mètres en moins de seize minutes. Sa course ? Partir vite et tenir jusqu’au bout. Ce faisant, elle « étouffe » littéralement ses adversaires, détruits d’entrée, au physique comme au mental. Au plan américain, les sept titres nationaux (trois l’hiver et quatre l’été) qu’elle remporte en 1989 lui valent de recevoir le Sullivan Award, la plus haute distinction sportive amateur aux USA. Elle est couronnée nageuse des années 1987, 1989 et 1990 selon Swimming World.

Sa nage est caractérisée par la cadence élevée de ses mouvements de bras (style bras tendus, moulin à vent), un déhanchement très net de gauche à droite qui fait dire que « son bassin n’est pas fixé » et un mouvement de haut en bas du corps selon les phases de sa nage qui vont à l’encontre de l’idée esthétique (comme des préceptes mécaniques) qu’on se fait du style. Janet n’est pas la première à « mal » nager très vite, et on peut retrouver des prémisses du « moulin à vent » dans de vieux films, ainsi avec le Japonais Tsuyoshi Yamanaka, médaillé d’argent olympique sur 400 et 1500 en 1956 ou avec l’Australien John Devitt, médaillé olympique en 1956 et 1960. Je me souviens avoir noté Kristin Otto effectuant dans les années 1980 un retour de bras en crawl bras tendus. Mais aucun de ces nageurs n’a marqué autant qu’Evans…

Malgré ces particularités face auxquelles le réflexe de l’entraîneur aurait pu être de les contrer, son premier coach, Martin Craig, se refusa à réformer sa technique. Pour une raison simple : en nageant comme ça, Janet avançait diablement vite… L’intelligence de Craig fut de respecter, puis d’utiliser le style personnel de cette fille.

Une analyse approfondie de son mouvement (ainsi le travail des jambes, qualifié de « dauphin alternatif » en raison de l’élévation du corps – on pourrait dire me semble-t-il : l’ondulation – qu’il produit et de l’appui qu’il donne à l’attaque de bras) a permis de mettre l’accent sur un rôle mal identifié jusqu’alors des muscles latéraux dans la propulsion du nageur. La réflexion qu’a provoqué l’analyse du style de Janet Evans aboutit entre autres à repenser la musculation du corps et à rechercher un renforcement maximum du « gainage ».

Evans était bel et bien une innovatrice. Sa technique instinctive a influencé le travail de plusieurs entraîneurs de pointe, ainsi Paul Bergen, le découvreur de Tracy Caulkins, qui en fit bon usage dans la préparation (aquatique comme au sol) d’Inge De Bruijn avec les extraordinaires résultats qu’on sait, et Guennadi Touretski, le coach russe d’Alexandr Popov, qui en greffa avec succès des éléments sur un autre de ses nageurs, Michael Klim.

C’est Touretski, à l’époque, qui m’expliqua d’enthousiasme ce que le style d’Evans pouvait avoir d’innovant, et presque, pourrait-on dire, de révolutionnaire: « Il met en avant un autre paradigme de la natation. Oubliez un peu les bras et les jambes. Ce sont les hanches qui font avancer le nageur. Dans le style de Janet Evans, ce ne sont pas les bras, mais les muscles du côté du corps qui, en se contractant, effectuent l’essentiel du travail. » Si je tente de traduire ce qu’il me dit alors, j’aboutis à ceci : lorsque les bras du nageur effectuent leur mouvement d’avant en arrière, outre les abdominaux, dorsaux et pectoraux, effectuent un travail essentiel tous ces muscles qui courent de sous le bras jusqu’à l’articulation de la hanche, qu’on voit mal quand on regarde le corps humain de face : des dentelés supérieurs aux dentelés postéro-inférieurs, et en descendant depuis les latéraux au tenseur du fascia lata en passant par les obliques…

La contraction en chaîne de ces muscles largement ignorés jusqu’à Janet Evans  joue le rôle essentiel dans la propulsion du nageur!!!

Le style innovateur de Janet était tellement singulier qu’il en était perturbant, et je me souviens avoir pensé : « ce que cette fille nage mal. » Je n’étais pas le seul. Mais en même temps, je trouvais réjouissante cette capacité d’avancer dans l’eau à une vitesse folle. Les gros plans de Janet Evans en action ont toujours eu à mes yeux quelque chose de phénoménal par ce qu’ils dégageaient en termes de dynamisme, de dépense énergétique…

Richard Quick disait à son sujet : « regardez un film au ralenti d’une course de Janet Evans. Vous verrez que sa posture, sa ligne et son équilibre sont presque parfaits. Quand vous regardez la technique, regardez différemment, essayez de regarder ce que vous ne voyez pas. »

Anecdote en marge. Intrigué par les déclarations de Touretski, je signai dans L’Equipe un article mi farce, mi technique, dans lequel je tentais d’expliquer le paradigme du nageur selon Janet Evans, où les hanches étaient censées jouer le rôle moteur. Ce texte eut pour effet d’attirer l’attention de Christian Montaignac, grande plume du rugby, qui avait écrit quelques romans et voulait explorer le monde de la natation. Il vint dans mon bureau me demander des éclaircissements sur ce que j’avais pondu là. Quelques mois plus tard, je reçus mon exemplaire dédicacé d’ Une odeur de lilas mouillé, et pus lire à ma grande joie ce coach de fiction inspiré, m’affirma Montaignac, par la personnalité de Lucien Zins, expliquer à sa nageuse qu’elle devait remuer son popotin parce que la propulsion venait des hanches. 

Autre anecdote personnelle. Pendant toutes les années Janet Evans, j’étais condamné aux papiers généraux lors des championnats du monde et des Jeux olympiques que je couvrais pour le quotidien du sport, et, pour des raisons que je ne puis élucider, je n’eus pas autant d’occasions que dans la décennie précédente de rencontrer les grands nageurs. Je ne vis donc pendant tout ce tempsJanet que du haut de la tribune de presse.

Elle avait pris sa retraite sportive quand, à je ne sais quelle occasion, arpentant une plage attenante à la piscine des marbres, je tombais sur l’équipe US. Et parmi ces jeunes, nez à nez, sur Steve Lundquist et Janet Evans.

Ravi d’une rencontre assez inattendue, j’entamais le dialogue : « êtes-vous Janet Evans » ? Elle me répondit par son sourire d’un million de dollars. Janet et Steve, qui avait été, lui, le vainqueur du 100 mètres brasse des Jeux de Los Angeles en 1984, étaient fort étonnés d’être ainsi reconnus, et on se mit à deviser pendant quelques minutes. Je fus frappé par la gentillesse et l’humilité de ces deux champions. Frappé, mais pas étonné : je n’ai pas souvent rencontré de grands nageurs décevants sur le plan humain.