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MARIE WATTEL ET DAMIEN JOLY CHAMPIONS U.S.

Eric LAHMY

3 Août 2017

Deux Français champions des Etats-Unis, lors de la première journée des compétitions, ce mercredi, à East Meadow (New-York). Marie WATTEL a remporté le 100 mètres libre dames et Damien JOLY le 1500 mètres messieurs.

WATTEL a facilement devancé des adversaires un peu en-dessous de leur valeur. L’ex Niçoise, ayant signé à Montpellier tout en devenant étudiante à Loughborough, en Grande-Bretagne ne s’est pas contentée pourtant d’une victoire au rabais. Elle nage en 54s27, ce qui représente une amélioration de près d’une seconde de son record de la saison, 55s13 aux championnats de France à Schiltigheim, le 27 mai dernier. WATTEL s’était, le matin, qualifiée première, en 55s15.

Dans la finale, WATTEL ne laissait aucune chance à ses sept camarades de jeu. L’une des plus vite en action, elle menait d’une longue coudée sur le mur, atteint en 26s21, sur Amanda KENDALL et Courtney CALDWELL. Il n’y eut de lutte que pour la 2e place, Claire ADAMS, plus connue pour ses talents de dossiste venant titiller KENDALL, mais pratiquement au niveau des hanches de la Française.

L’exploit de Marie WATTEL est d’autant plus satisfaisant que la course-étalon n’était pas son point le plus fort jusqu’ici, puisqu’elle brillait surtout en papillon, voire sur 50. Elle se place en sixième position dans le bilan français tous temps

1.Malia METELLA, 53s49 (2009). 2. Camille MUFFAT, 53s51 (2013). 3. Charlotte BONNET, 53s65 (2017). 4. Céline COUDERC, 53s97 (2008). 5. Béryl GASTALDELLO, 53s98 (2015). 6. Marie WATTEL, 54s27. 7. Mathilde CINI, 54s44 (2016). 8. Alena POPCHANKA, 54s49 (2008). 9. Aurore MONGEL, 54s57 (2009). 10. Anna SANTAMANS, 54s93 (2016).

Damien JOLY n’a pas eu plus de mal à gagner le 1500 mètres. Parti très vite, sur un rythme ambitieux, fort de son état de finaliste olympique, le Français menait de trois secondes, aux 400 mètres, devant Joris BOUCHAUT qui s’était essayé lui, aussi, à un départ rapide. Vers les 500 mètres, atteints en 4’54s78, son rythme ralentit légèrement, passant autour de la minute chaque cent mètres. Son temps final, 14’55s46, lui redonnait la première place cette saison en France, abandonnée aux championnats de France au champion du monde d’eau libre, Marc-Antoine OLIVIER (15’5s08). Deux jeunes Américains, Logan HOUCK (15’1s70) et Andrew BRADY (15’17s90), s’intercalèrent entre Damien et BOUCHAUT (15’18s72), qui eut un mal fou à finir et se fit dépasser, pour la troisième position, avant les 1450 mètres. Mathis CASTERA, 6e en 15’28s05.

Jonathan ATSU, autre membre de la délégation française, eut moins de chance, sur 100 mètres. 13e des séries, puis des finales avec 50s68 et 50s86, il restait à bonne distance du trio de tête, Robert HOWARD, 49s04, Tate JACKSON, 49s11 (série, 48s99), Maxime ROONEY, 19 ans, et BJörn HORNIKEL, Allemagne, 49s25.

Autres courses : 200 mètres papillon messieurs, 1. Gunnar BENTZ, 1’56s34 ; 2. Miles SMACHLO, 1’57s73.

800 dames : 1. Ashley TWICHELL, 8’30s63 ; 2. Ashley NEIDIGH, 8’34s71; 3. Taylor AUGHT, 8’36s26;… 15. Francine LESAFFRE, France, 8’49s03.

200 papillon dames : Ruby MARTIN, 2’10s18.

US CHAMPIONSHIPS 2017 : L’EQUIPE DE FRANCE AUX CHAMPIONNATS US A NEW-YORK, PRIEE DE RAMENER DES MEDAILLES PAR JOLY, BOUCHAUT ET QUELQUES AUTRES

Eric LAHMY

Mardi 1er Août 2017

Demain mercredi débutent à East Meadow, lieu dit du Comté de Nassau, New York, dans l’île extrêmement populeuse de Long Island, et haut-lieu des grands sports populaires américains, les championnats des USA. Dates immuables, quels que soient les événements de la natation, par ailleurs, Jeux olumpiques ou championnats du monde (comme cette année). Comme en 2015, comme en 2016, après les championnats du monde et les Jeux. Pas le choix, se dirigent les dirigeants US, apparemment impavides, vu la structure de la saison US, probablement… Les championnats se concluront dimanche 6…

Pas de LEDECKY, pas de DRESSEL, aucune star, les membres de l’équipe US qui se trouvaient à Budapest ne seront pas là, direction des vacances bien méritées. Bien entendu, la valeur sportive des championnats US s’en trouve considérablement amoindrie.

Quelques Français seront là. C’était prévu. Celles et ceux qui ont raté les minima pour Budapest mais ont réalisé les minima A’ aux championnats de France de Strasbourg-Schiltigheim ont été conviés par la FFN à participer à cette compétition dans une équipe de France A’, finalement réduite à quelques individualités. A noter par exemple l’absence de POTHAIN, lequel aurait certes eu sa place à East Meadow, mais qui a privilégié des vacances, après une saison difficile et frustrante à jongler entre études et entraînements.

Par ordre d’entrée en scène dans les listes d’engagement telles que publiées, Marie WATTEL, placée à une flatteuse 5e place sur 100 mètres, affrontera une cohorte de nationales emmenée par Margo GEER, 25 ans, 54s66, et Courtney CALDWELL, 54s81.

Jonathan ATSU apparait 15e dans les listes, avec 50s61, sur 100 mètres, que domine le très jeune Maxime ROONEY, 49s00, qui pourrait passer pour un futur Caeleb DRESSEL.

Fantine LESAFFRE est enggagée sur 800 mètres, où ses 8’42s98 ne menacent pas, sur le papier, les 8’25s31 d’Ashley TWICHELL, ni même les 8’34s95 d’Erica SULLIVAN, 16 ans.

Damien JOLY pourrait avoir une chance sérieuse d’endosser un titre US, une rareté pour un Français, sur 1500 mètres, avec ses 14’48s90, temps d’engagement, et se situe 4e (en 3’50s43) du 400 mètres, dont le « favori » chronométrique est Matt HUTCHINS, 22 ans. Joris BOUCHAUT, 15’15s67 sur le papier, est 6e. Mathis CASTERA, 8e avec 15’21s71. Sur 400, outre JOLY, on retrouvera BOUCHAUT, 3’50s65 (6e), ATSU, 3’51s71 (7e), et CASTERA, 3’55s05 (13e).

Sur 400 quatre nages, Fantine LESAFFRE est tête de gondole avec 4’9s40, et CASTERA 13e chez les hommes, 4’24s55, trop loin de Gunnar BENTZ, 4’11.

Marie WATTEL, on la retrouvera ensuite dans la 11e course, le 100 papillon, où elle part avec le 3e temps d’engagement, 58s66, derrière la toute jeune Cassidy BAYER, 17 ans, 58s11, et l’expérimentée Amanda KENDALL, 58s27 ; et aussi sur 200 mètres libre, où elle se situe quand même assez loin, 24e, en 2’2s44.

Sur 200 messieurs, c’est Jonathan ATSU, lui aussi crédité du 3e temps d’engagement (1’48s15, derrière l’Italo-Américain Mitch d’Arrigo, 1’47s46, et Maxime ROONET, 1’47s47).

BOUCHAUT part avec les honneurs, sur 800, où ses 7’56s90 dominent les « psych sheets (feuilles d’engagement) juste devant Matt HUTCHINS, 7’56s93, et Damien JOLY, 7’58s96, tandis que Mathis CASTERA pointe à la 8e place avec 8’3s66.

En fin de championnats US, Marie WATTEL devrait nager le 50 mètres ; où elle pointe en 6e position en 25s46, et dont la super favorite est Madison KENNEDY, du Swim Mac Carolina, avec ses 24s39.

SARAH SJÖSTRÖM IMITE UN PEU TROP MARK SPITZ, ET TRÉBUCHE SUR UNE « MANUEL » DU SAVOIR NAGER

Éric LAHMY

Lundi 31 Juillet 2017

Lorsque, le 23 juillet, j’avais salué le record mondial de Sarah SJÖSTRÖM sur 100 mètres nage libre, record par lequel, rappelai-je, elle avait « rejoint Mark SPITZ, quarante-sept années après, « sous » les 52 secondes », j’avais ajouté ce que j’avais appelé « l’anecdote liée à ce record » de SPITZ, qui avait battu le record mondial en séries. « Spitz fut battu, en finale de la course des championnats US, après avoir pris un départ ultra-rapide. Frank HECKL le devança d’un centième de seconde, en 52s48 contre 52s49) ! »

Et vous direz, après ça, que ce qu’il s’est passé à Budapest est sans précédent ? Je vous répondrai, sans nul besoin d’invoquer l’éternel retour de Friedrich Nietzsche : rien de nouveau sous le soleil !

Même si je songeai, en écrivant ces lignes, que l’événement pouvait toujours se reproduire, je n’avais pas le sentiment de tenter une prédiction.  Et pourtant, SJÖSTRÖM s’est mélangée les pinceaux, sur 100 mètres, très exactement comme l’Américain un demi-siècle plus tôt.

Le gag s’est donc reproduit.  Il y a quarante-sept ans, SPITZ avait nagé sa finale du championnat US 0s55 moins vite que dans son record du monde pour se faire détrousser par Franck HECKL ; ce 28 juillet, SJÖSTRÖM a nagé sa finale mondiale 0s56 moins vite que dans son record du monde pour permettre à MANUEL de lui passer devant. Les deux fois, on a pu dire des détenteurs du record mondial qu’ils étaient partis trop vite…

Que s’est-il passé ? On l’imagine. Au lieu d’y aller calmement et de se dire que son potentiel de vitesse lui assurait, après un début de course bien géré, de finir plus fort que l’opposition, elle est partie si vite qu’elle a, en fait, nagé contre le record. C’est une façon de faire dangereuse, parce qu’elle revient à ignorer, à mépriser l’adversaire.

Ce qui lui a coûté cher.

Elle passait en 24s75 (24s83 pour son 51s71), mais peut-être, surtout, a-t-elle nagé plus crispée que cinq jours plus tôt, au départ du relais suédois. Toujours est-il que Simone MANUEL, qui avait été championne olympique, l’an passé, aux dépens, dirons-nous, de l’Australienne Catherine CAMPBELL, a su remettre ça, à Budapest, en face de SJÖSTRÖM.

Il y a deux ou trois ans, Missy FRANKLIN avait noté que la chose la plus frappante, chez Simone MANUEL, c’est qu’elle nageait sans avoir peur, rigoureusement, de personne. Cela devait être bien vu, parce que, dépassée nettement aux 50 par les super-rapides SJÖSTRÖM et BLUME (24s75 et 25s08 contre 25s21), elle les a séchées dans son retour.

MANUEL, c’est du savoir-nager en compétition ! Une Manuel intellectuelle, en quelque sorte. Et grande batailleuse devant l’Eternel. Il y a du Dawn FRASER (1) dans cette grande fille brune…

Mark SPITZ, dans un bouquin publié en 1973, expliquait que personne n’avait gagné un 100 mètres dans les cinquante premiers mètres, et que la course se gagnait, ou se perdait, dans la seconde moitié. Ce savoir, il l’avait appris de la plus cruelle façon. SJÖSTRÖM est priée de se souvenir à son tour de la leçon. Chez MANUEL, il semble que cette science soit inscrite dans ses chromosomes. En faire l’illustration en finale olympique aux dépens de CAMPBELL, puis l’année suivante aux mondiaux au détriment de Sarah SJÖSTRÖM, ce n’est plus nager, c’est collectionner les chefs d’oeuvre.

SJÖSTRÖM a reçu ici son diplôme de meilleure nageuse des championnats. Elle le mérite, je ne discute pas. Mais pour mon argent, la championne de Budapest s’appelle MANUEL.

  1. Simone MANUEL, USA, 25s21+27s06, 52s27; 2. Sarah SJOSTROM, SWE, 24s75+27s56, 52s31; 3. Pernille BLUME, DEN, 25s06+27s63, 52s69; 4. Mallory COMERFORD, USA, 25s60+27s17, 52s77; 5. Ranomi KROMOWIDJOJO, NED, 25s67+27s11, 52s78; 6. Penny OLEKSIAK, CAN, 25s75+27s19, 52s94; 7. Bronte CAMPBELL, AUS, 25s67+27s51, 53s18; 8. Emma MCKEON, AUS, 25s74+27s47, 53s21.

Même sur 50 brasse, Julia EFIMOVA (Russie, 29s57) n’est pas passée. Lilly KING, USA, veillait. Devait-elle battre le record du monde (29s48, de Meilutyte) pour l’emporter ? Elle le fait : 29s40. Katie MEILI, USA, bronze avec 29s99. Et MEILUTYTE est 4e en 30s20. Camille LACOURT a gagné le 50 dos messieurs.

Chase KALISZ, USA, fait fort sur 400 quatre nages, 4’5s90. Personne, même Michael PHELPS (4’6s22), n’avait jamais nagé aussi vite aux championnats du monde. Comme il avait remporté aussi le 200 quatre nages (en 1’55s56), c’est donc le nageur complet par excellence. KALISZ a longtemps maturé, depuis 2011, dans la discipline, physiquement et techniquement la plus compliquée du programme – en fait, à travers le cursus d’un étudiant nageur US. C’est le contraire de ces super-doués, de génération spontanée, à la Michael PHELPS et Kristof MILAK

Vainqueur du 400 yards quatre nages des NCAA quatre années de suite, entre 2013 et 2016, il a été vice-champion du monde 2013 à Barcelone et encore aux Jeux olympiques de Rio. Le voici maintenant devant tout le monde. David VERRASZTO, Hongrie, confirme le statut récent qu’il s’était octroyé sur la discipline, qui souffre d’un manque de profondeur, en arrachant l’argent grâce à sa brasse supérieure en face du double champion du monde Daya SETO, 4’8s38 contre 4’9s14. Le Britannique Max LITFCHFIELD aussi sous les 4’10s.

Quant à Kosuke HAGINO, il est méconnaissable. Il a été dans le coup dans le parcours de papillon, puis a eu l’air de se désintéresser de la victoire….Le champion olympique japonais de Rio, 6e en 4’12s62, était attendu beaucoup plus haut, semble-t-il, au sein même de son équipe. Que s’est-il passé. On a ressorti comme justifications sa vieille blessure – coude cassé – de 2015, mais comme il y a eu les Jeux depuis, peut-on resservir ce genre d’argument ? Peut-être : à Rio, il s’était plaint de souffrir du coude. Il était dans une forme appréciable, comme le démontrent ses 1’56s01, 2e place, sur 200 quatre nages. Et sur 400 quatre nages, il avait certes était battu, au Japon, par Seto, mais d’un centième. Alors ??

Même mésaventure pour Yui HOHASHI, dont on attendait beaucoup mieux qu’une quatrième place à cinq secondes de Katinka HOSSZU qu’elle aurait dû chatouiller sur 400 quatre nages, compte tenu de ses forts progrès sur la moitié de la distance. HOSSZU, en fait, s’est promenée, accumulant presque trois secondes aux 250 mètres et a signé un bon 4’29s33, devant une Mireia BELMONTE qui sort de beaux championnats, 2e en 4’32s17, et la Canadienne PICKREM, 4’32s88.

Sur 1500 mètres, Gregorio PALTRINIERI s’est imposé comme prévu, mais non sans une belle bataille livrée par ce superbe styliste ukrainien qu’est Mykhailo ROMANTCHUK, qui pulvérisait ses records nationaux et n’échouait (on n’ose employer ce terme, tant cet argent constituait un exploit) qu’à une longueur de l’Italien, 14’35s85 contre 14’37s14. Mack HORTON, assez éloigné, enlevait le bronze en14’47s70.

Dans le relais quatre nages, les USA l’emportaient en 3’51s55, record du monde vieux de cinq ans, 3’52s05, établi aux Jeux de Londres, battu.

USA : Kathleen BAKER, 58s54 en dos, Lilly KING, 1’4s48 en brasse, Kelsi WORRELL, 56s30 en papillon, et Simone MANUEL, 52s23 en crawl, signaient l’exploit collectif.

Les plus rapides individualités de la finale : Kylie Jacqueline MASSE, Canada, 58s33 en dos, Yulia EFIMOVA, Russie, 1’4s03 en brasse, Sarah SJÖSTRÖM, Suède, 55s03 en papillon, Simone MANUEL, USA, 52s23 en crawl.

Le relais quatre nages masculin est également revenu aux USA, en 3’27s91, devant l’équipe britannique, 3’28s95, littéralement « dopée » par la présence de Adam PEATY en brasse, qui, dans son exercice de style, a taxé le mieux disant des sept autres finalistes, le Nippon KOSEKI, de une seconde soixante-trois, et récupéré 1s98 sur Kevin CORDES. La Russie est 3e, en 3’29s76.

USA : Matt GREVERS, 52s26 en dos ; Kevin CORDES, 58s89 en brasse; Caeleb DRESSEL, 49s76 en papillon; Nathan ADRIAN, 47s en crawl.

Les plus rapides individualités de la finale : Matt GREVERS, USA, 52s26 ; Adam PEATY, Grande-Bretagne, 56s91 ; Caeleb DRESSEL, USA, 49s76 en papillon ; Vladimir MOROZOV, Russie, 46s69 en crawl.

 (1) Dawn FRASER, triple championne olympique du 100 mètres élue nageuse du 20e siècle, fut invaincue sur 100 mètres libre des Jeux olympiques de Melbourne, en 1956, et ceux de Tokyo, en 1964

LA FONTAINE DE JOUVENCE DE FEDERICA PELLEGRINI OU COMMENT RESTER JEUNE A TRAVERS LES ANNÉES

Éric LAHMY

Dimanche 30 Juillet 2017

 

A lire aussi : l’addition salée des mondiaux de Budapest, un article de Radio France Internationale

http://www.rfi.fr/emission/20170722-budapest-addition-salee-championnats-monde-natation-orban

 

Reçu de Dominik JOSEPH-WLODARCZYK un commentaire de lecteur sur lequel j’aimerais ici rebondir.

« Dire que Pellegrini, m’écrit ce lecteur, à fait des podiums avec 3 française différentes depuis 2005 : Figues, Manaudou et Muffat! » Et de suggérer : « Il faudrait un jour essayer de comprendre le caractère et l’origine des carrières éphémères de nos nageuses dans l’élite ? Et aussi de leurs incapacités à doubler ou tripler leurs nombres épreuves disputées par championnats ou J.O. »

Intéressant et en tout cas très justifié, cher Dominik. Il faudrait creuser plus profond que dans la brève réponse que je vous donne ici, mais, au moins pour commencer, c’est plutôt la longévité sportive de Pellegrini qui pourrait être analysée, parce qu’elle est remarquable.

Comment s’y est-elle pris ? Sur ce que je connais, je vois ça comme ça. Pellegrini, fille très structurée, fidèle, très italienne sous cet angle, après avoir écarté Luca Marin qui l’avait trompée dans une atmosphère de farce à l’italienne [hachez le persil et l’ail, mettez les dans un bol avec le bœuf haché, le parmesan, le jus de citron, le sel, le poivre et l’œuf] avec son ennemie numéro une Laure Manaudou, vit depuis des années avec le même garçon, Filippo Magnini, nageur comme elle, qui comprend donc les exigences du sport.

Solide dans ses affections, elle a vécu aussi depuis ses débuts une relation très riche, très respectueuse, avec son premier entraîneur, Alberto Castagnetti, dont elle a vécu la mort comme une déchirure. Elle a cherché ensuite un entraîneur figure paternelle, a cru l’avoir trouvé avec Philippe Lucas, mais n’a pas réussi à l’attirer en Italie comme elle l’espérait, et elle a donc créé avec l’aide d’une Fédération très à son écoute une cellule sportive et familiale et sur mesure, avec notamment le cousin de son fiancé comme physiologiste, ce qui fait qu’après l’échec de Rio, il a dû lui être facile de rebondir, parce que continuer de nager, c’était retrouver son cocon et continuer la vie de famille!

Le cas Pellegrini me parait d’autant plus à part que la natation italienne n’est pas tellement réputée pour favoriser de longues carrières, et a mérité la réputation de brûler énormément ses jeunes talents…La longueur que je veux donner à cet article ne me permet pas d’approfondir et de nuancer, mais je note des carrières normalement longues dans l’équipe nationale italienne.

Maintenant, en ce qui concerne Camille Muffat, en allant revisiter sa carrière, je constate qu’elle n’est pas courte, puisqu’entre 2005 où elle bat le record de France des 200 quatre nages de Laure Manaudou et sa retraite, se passent 9 ou 10 saisons. Solenne Figues, athlète impressionnante mais moins « nageuse » selon moi, n’avait pas mis tous ses œufs dans le même panier, elle est kinésithérapeute, mariée, etc. Et Manaudou, quoi? Difficile à dire! La fille, trop éparpillée, n’aimait plus nager…

Maintenant (peut-être avez-vous un avis là-dessus) faudrait-il interroger la longévité des nageuses en général ? En me référant aux résultats des mondiaux depuis 2005, si on accepte d’aller plus loin que les seuls podiums, on constate que non seulement Pellegrini rencontre les destins de Figues, Manaudou, Muffat (et Bonnet, bien qu’elle n’atteigne pas les mêmes hauteurs), mais elle se pose en contemporaine de générations :

-d’Américaines, Katie Hoff (2005 et 2007), Whitney Myers (2005), Dana Vollmer (2007 et 2009), Allison Schmitt (2009-2011), Missy Franklin (2013-2015), Katie Ledecky (2015-2017).

-de Chinoises : Yang Yu (2005, 2007, 2009), Zhu Kianwei (2011), Qiu Yuhan (2013), Shen Duo (2015),

-d’Australiennes : Linda McKenzie (2005-2007), Stephanie Rice (2009), Bronte Barratt (2011), Kylie Palmer (2013), Emma McKeon (2017).

Et on peut en faire de même avec les Britanniques, les Japonaises, etc. Il y a donc une longévité exceptionnelle de Pellegrini qui tient à sa personne, à son intelligence très au-dessus de la moyenne, à son histoire, à sa foi dans son entraîneur, à son amour de la natation, à la fidélité qu’elle démontre dans tous les actes. Ex-cep-tion-nelle!

Bien entendu, j’en reviens à votre suggestion de questionner la longévité des nageurs et des nageuses de talent.  

Elle me rappelle un questionnement de mes débuts de journaliste. Entre 1969 et 1974, dernier arrivé au journal, étant versé à la « rubrique olympique », j’étais chargé , entre autres de suivre les équipes juniors d’athlétisme. Jeune et inexpérimenté journaliste, j’écoutais d’autant plus les entraîneurs qui, après une contre-performance ou un résultat de leur équipe nationale, mettaient en avant les brillants résultats des juniors français, qui, à Dole, avaient battu des équipes soviétiques et allemandes. Mais après deux ans, je constatais que les juniors les plus brillants se perdaient dans les sables, l’équipe de France n’avait pas changé de statut et les entraîneurs continuaient à me vanter l’avenir avec de nouveaux juniors doués et ambitieux. Je m’en ouvrais à Jean-Claude Perrin, coach de jeunes perchistes à Colombes qui me dit : « tu as raison. Il ne faut plus les perdre. » Il se tint à sa parole et en quelques années, avec des coaches comme Houvion, Perrin, Ripoll, Collet et autres, la perche française devint l’une des premières du monde, rejoignant l’américaine, la russe, la polonaise et donnant la leçon au reste de l’Europe et du monde !

Bien entendu, de là où je débouche, je ne sais si je puis faire la soudure avec votre riche questionnement. Il y a sans doute quelque chose à faire dans le domaine de la longévité des talents. Regardez ce qui se passe dans notre natation synchronisée, vraiment contre exemplaire, où, à force de perdre ses nageuses d’élite, le groupe ne cesse d’annoncer des lendemains qui chantent, quand les résultats sont de plus en plus modestes, et de se congratuler et de regarder l’avenir sombre avec les lunettes roses.

DRESSELL, NOUVEAU PAPE DU PAP’, REJOINT PHELPS SOUS LES CINQUANTE SECONDES

Éric LAHMY

Samedi 29 Juillet 2017

Bon, décidément, ce sont les championnats du sprint. Avec SJÖSTRÖM. Avec DRESSEL. Le jeune Américain, c’est la classe au-dessus. Il double 100 libre et 100 papillon, et chaque fois avec la manière. Avec 49s86, il devient le 3e nageur au monde à passer la barre des 50 secondes, à quatre centièmes des 49s82 de Michael PHELPS lequel les avait établis à l’issue d’une duel légendaire et si disputé qu’on a pu dire sur le vu de certaines photos que peut-être CAVIC, classé 2e, avait gagné la course.

La différence entre les temps réalisés à Rome en 2009 et celui de DRESSEL tient à l’épaisseur d’un maillot, ce qui n’est pas rien…

Dès les séries, il ne s’était pas épargné, et ses 50s08 le laissaient une grosse seconde devant ses meilleurs suivants. Laszlo CSEH, encore médaillé d’argent l’an passé, prenait un méchant coup de vieux avec ses 51s55, et même LE CLOS, 51s28, ou notre Mehdy METELLA, 51s46, voire même encore Joseph SCHOOLING, champion olympique, 51s21, paraissaient impuissants à circonvenir cette tempête. En demi, DRESSEL avait remis ça, au centième près, avec 50s07. I9l devançait James GUY, 50s67, et un Hongrois de 17 ans, Kristof MILAK, 50s77. SCHOOLING, 50s78, précédait METELLA, 51s06. LE CLOS, géant du passé, perdait pied…

La finale ? DRESSEL de bout en bout. Aux 50 mètres, il menait devant METELLA de 31 centièmes, 23s31 contre 23s62, et 30 centièmes séparaient celui-ci du dernier du peloton. Est-ce d’avoir tenté quelque chose que METELLA dut de se rompre dans le retour, c’est possible, il termina 8e en 51s16. Mais il ne devrait nourrir aucun regret. La tâche était au-dessus de ses forces… Six nageurs firent mieux que 51 secondes et DRESSEL moins de 50 secondes. Il ne cessa d’augmenter son avance, du début à la fin. MILAK fut 2e en 50s62, SCHOOLING et JAMES 3e en 50s83.

L’arrivée de DRESSEL nous instruit (une fois de plus) sur la possibilité toujours à venir d’une évolution, par un talent supérieur, une approche différente. Aussi énorme parut-il, le record de PHELPS était le fait d’un nageur de quatre nages, éclectique, mais capable d’être pointu sur toutes les distances du 100 au 400. DRESSEL est un « pur » sprinteur (les guillemets ont leur importance), pur sprinteur comme on dit pur sang. Un garçon bâti pour la vitesse. Est-il « normal » qu’il arrive ainsi sur le record de PHELPS ? D’abord, il s’est passé huit ans depuis ce record. Ensuite, il y a eu SCHOOLING, l’an dernier, qui noua a fait penser que « c’était possible ». SCHOOLING lui-même y avait songé très fortement, puisqu’il s’était donné pour ambition de battre le temps de PHELPS. Mais peut-être a-t-il un peu temporisé, après RIO et l’énorme fête qui lui a été réservée à Singapour. Il n’est peut-être pas trop tard pour lui, mais c’est DRESSEL qui a un coup d’avance !

Caeleb Remel DRESSEL, USA, 23s31, 49s86 (26s55)

Kristof MILAK, HUN, 23s85, 50s62 (26s77)

Joseph SCHOOLING, SGP, 23s74, 50s83 (27s09)

James GUY, GBR, 23s64, 50s83 (27s19)

Laszlo CSEH, HUN, 24s01, 50s92 (26s91)

Zhuhao LI, CHN, 23s76, 50s96 (27s20)

Grant IRVINE, AUS, 23s92, 51s00 (27s08)

Mehdy METELLA, FRA, 23s62, 51s16 (27s54)

OU L’ON RETROUVE SEEBOHM, LEDECKY ET SJÖSTRÖM (RECORD DU MONDE DU 50 METRES)

Éric LAHMY

Samedi 29 Juillet 2017

S’étant bronzée sur 200 papillon vendredi, Katinka HOSSZU retenta sa chance, samedi, sur 200 dos, et parut à un moment capable de gagner. Sans trop de surprise, pour ceux qui se souviennent que la surprise, l’an dernier à Rio, fut de la voir battue sur la distance par l’états-unienne de service, Maya DI RADO.

Ce ne fut pas une course très rapide. Le 200 dos féminin ne progresse plus, depuis les exploits de Missy FRANKLIN, gagnante en 2’4s06 aux Jeux olympiques de Londres 2012, puis en 2’4s76 aux championnats du monde de Barcelone 2013. SEEBOHM l’avait emporté avec 2’5s81, en 2015, à Kazan, où HOSSZU avait fini 3e en 2’6s84, et DI RADO avait réussi à Rio le casse de l’olympiade en surprenant la Hongroise, avec 2’5s99 contre 2’6s05. Coup d’autant plus fumant qu’HOSSZU, fidèle à sa subtilité de bulldozer, avait écrabouillé les séries (2’6s09, record de Hongrie), puis les demi-finales olympiques (2’6s03, re-record de Hongrie), tandis que DI RADO, genre sous-marin naviguant au périscope, s’était plus modestement contentée de 2’8s60 et de 2’7s53 pour avoir le droit de poursuivre l’aventure.

Ici, à Budapest, la Magyare a fait montre d’une plus grande prudence, avec 2’7s30 en séries, et d’une imprudence en sens contraire, quand elle finit 4e de la première demi-finale, et 7e temps général, laissant SEEBOHM, 2’5s81 et Kylie MASSE, 2’5s97, exhiber leurs prétentions. A l’ultime virage, HOSSZU, qui filait dans sa ligne extérieure, faisait exulter les foules hongroises, parce qu’elle prenait la tête, à l’ouvrage avec Kathleen BAKER, 1’33s34 contre 1’33s65, tandis que dans sa ligne d’eau centrale, SEEBOHM semblait rayée de la carte. Mais c’est la que l’Australienne sortit une accélération assassine et l’emporta d’une main.

SEEBOHM, 29s46, 1’1s72, 1’34s30, 2’5s68 (32s26, 32s58 31s38)

HOSSZU, 29s50, 1’1s04, 1’33s34, 2’5s85 (31s54, 32s30, 32s51)   

BAKER, 29s41, 1’0s97, 1’33s65, 2’6s48 (29s41, 31s56, 32s68, 32s83).

Katie LEDECKY gagnait le 800 mètres en 8’12s68, restant à huit secondes de son record mondial. Son succès sur la distance fut moins solitaire que lors de ses exploits passés. La toute jeune Chinoise LI Bingjie, qui fut obligée jusqu’à mi-course de la laisser partir, parvenant plus ou moins après cela (4’3s41 contre 4’5s90) à faire jeu égal avec la championne olympique. Mais alors, la course était jouée. Temps finaux, LEDECKY, 8’12s68, LI, 8’15s46, SMITH, 8’17s22. On ne sait jamais avec la jeunesse, mais LI pourrait bien constituer à l’avenir une arme anti-LEDECKY.

Sarah SJÖSTRÖM, elle, continuait ses brillants championnats, qui battait le record du monde de Britta STEFFEN sur 50 mètres, avec 23s67 contre 23s73, et devançait Ranomi KROMOWIDJOJO, 24s20. Dans la deuxième demi-finale du 50 libre, tandis que la première demi revenait à la championne olympique Pernilla BLUME avec 24s05, devant Simone MANUEL, 24s12. Bronte CAMPBELL, l’Australienne, championne du monde 2015, 5e, précédait Anna SANTAMANS, 6e qualifiée en 24s54…

Deux Français iront en finale du 50 mètres dos, Camille LACOURT, 1er temps des demi-finales en 24s30, et Jeremy STRAVIUS, 7e en 24s81.

CAELEB DRESSEL NOUVEAU PRINCE DE CENT DEVANCE NATHAN ADRIAN ET MEHDY METELLA

Éric LAHMY

Samedi 29 Juillet 2017

La victoire de Caeleb DRESSEL, 21 ans le 16 août prochain, dans le 100 mètres des championnats du monde de Budapest, dans un temps pour le moins flatteur, 47s17, record US, qui en fait, en outre, en quelque sorte, le recordman du monde « hors polyuréthane », cette victoire ne devrait pas étonner.

Le couronnement du jeune Américain était attendu, depuis l’hiver 2016, quand il commença de faire fort dans les compétitions NCAA. Il y faisait montre d’une supériorité chronométrique qu’on ne voyait plus beaucoup, ces dernières années, avec le nivellement des valeurs qui semble se généraliser quand un leader incontestable ne s’impose pas. L’été venu, il n’avait toujours pas complété sa mue en exposant une maîtrise équivalente en grand bain. C’est chose faite, on peut admirer les dégâts.

Mais, quel que soit le resserrement des valeurs, l’apparition d’un grand patron n’est guère impossible en soi de nos jours, et Adam PEATY, Sarah SJÖSTRÖM, Katinka HOSSZU ou Katie LEDECKY, voire SUN Yang ne cessent d’en administrer la preuve. L’an dernier, le couronnement, champion olympique, du junior australien Kyle CHALMERS, 18 ans, présumait une nouvelle ère du sprint – mais surtout en fonction de l’âge du vainqueur. CHALMERS, blessé, opéré d’une tachycardie supra-ventriculaire et hors-course, reviendra-t-il? Peut-être. Il se pourrait que le colossal Dolphin trouve la place prise…

On me suggère ici que DRESSEL – je résume en caricaturant un peu – est en train de créer une nouvelle façon de nager le 100 mètres. Pourquoi ? Parce que le 100 nage libre autour de 47s exige autre chose qu’à 47s6, « un engagement à très haute fréquence avec des rééquilibrations corporelles autour d’une structure extrêmement docile et dynamique. »

SPRINT PROLONGÉ OU DEMI-FOND COURT: THE NEVER ENDING STORY

Cela suggèrerait que plus le niveau de performance monte, sur 100 mètres, plus le 100 mètres se nagerait comme un 50 mètres et moins comme un 200 mètres, ce qui parait clair pour McEVOY et DRESSEL quand il nagent près de 47 secondes.

On suggère aussi que le raccourcissement de la durée, de 48 (record du monde textile en 2000) à 47 secondes, implique un léger déplacement des contributions métaboliques. L’augmentation de la vitesse implique une augmentation exponentielle des résistances à l’avancement, ce qui rend la propulsion plus difficile, mais augmente aussi les décélérations entre les actions propulsives de chaque coup de bras, ce qui « nécessiterait d’élever la fréquence pour les réduire. »

Comme en outre les coulées de départs et de virages, anaérobies puisqu’en apnées, permettent d’atteindre une  vitesse plus rapide que la nage, elles « impliqueraient aussi la capacité à maintenir cette vitesse en sortie de coulée (et non plus d’en recréer en milieu de longueur). » Et donc l’évolution des records – comme les données techniques de la course – nous projetterait « vers des épreuves à dominante anaérobie et à fréquence élevée. »

Cette analyse, sur le moyen terme, apparait très solide. L’augmentation des fréquences a été recherchée, on le sait, à partir d’une analyse effectuée par Paul BERGEN  des courses de Janet EVANS, dont le style, apparemment « impossible » (et difficilement lisible) d’un petit gabarit qui avait l’air de très « mal nager » mais avançait comme un bolide, a donné lieu, après étude, à l’adoption du retour des bras tendus, lequel facilite une fréquence élevée. On a vu l’Australien KLIM adopter cette technique qui s’est généralisée depuis (Florent MANUDOU, etc).

Elle implique aussi que ce sont, partiellement, les coulées, qui « tirent » le 100 mètres plus vers l’anaérobie. Il ne s’agit pas là, d’ailleurs, d’une évolution si récente, puisqu’elle est en place depuis plusieurs olympiades maintenant… Quoiqu’un DRESSEL l’exécute avec une perfection remarquable.

Maintenant, il est certain que le 100 mètres a presque toujours, au niveau olympique, opposé des nageurs de sprint et des nageurs de demi-fond court. Sans remonter à Mathusalem, on citera le 100 mètres des Jeux d’Athènes en 2004, remporté par Pieter VAN DEN HOOGENBAND. On a plus retenu les affrontements, victorieux ou non, sur 200 mètres, entre VDH et POPOV, THORPE ou PHELPS. On évoque moins son extraordinaire 100 mètres des Jeux d’Athènes, en 2004, qui donna lieu à un duel incroyablement serré contre Roland SCHOEMAN, lequel mena tout du monde et ne fut battu, à la touche, que de quatre centièmes. SCHOEMAN, ce soir là, passa en 22s60, c’est-à-dire qu’il aurait été 4e, avant-hier, derrière DRESSEL, 22s31, MCEVOY, 22s56 et METELLA, 22s58. Et VDH, plus lent à l’action et vainqueur à Athènes, il fut le dernier grand de 200 à imposer sa loi aux sprinteurs sur 100 mètres.

A Budapest, en finale du 100 mètres, avant-hier, on ne trouve qu’un seul nageur de 100-200, et c’est le Britannique Duncan SCOTT (5e du 100 mètres en 48s11, 4e du 200 mètres en 1’45s27). Tous les autres, même MCEVOY, sont nageurs de 50-100 prioritairement. Est-ce à dire que la race des WEISSMULLER, des HENRICKS, des SCHOLLANDER, des SPITZ, des GAINES, des VDH, est éteinte ? SCOTT est jeune, à 20 ans, et apte à reprendre le flambeau. Et, il est vrai, il est bien seul…

Derrière le grand exploit de DRESSEL, qui devance le sprinteur le plus régulier de ces dernières années, Nathan ADRIAN, bien entendu, les Français seront heureux du bronze de METELLA. Le Marseillais a réussi un parcours impeccable : 2e des séries en 48s18 (derrière MCEVOY, 47s97), leader des demi-finales en 47s65 devant DRESSEL, 47s66, 3e en finale en 47s89, juste derrière ADRIAN, 47s87, et devant MCEVOY, 47s92, il n’a réellement été dominé que par un DRESSEL imprenable (et ses 47s17). Le voilà donc homme de bronze et deuxième « podiumisé » mondial de la famille derrière sa grande sœur! En outre, il continue la tradition du sprint français. Bravo donc à lui.

A BUDAPEST, QUAND MISS MASSE MOUSSE, ÇA DONNE UN RECORD DU MONDE DU 100 METRES DOS DAMES

Eric LAHMY

Jeudi 27 Juillet 2017

Passé à la trappe, hier, faute de temps, le record du monde de Kylie MASSE sur 100 mètres dos. Il faut y revenir. Son 58s10 fait date, il y a huit ans que le record polyuréthane de Gemma SPOFFORTH tenait debout. Battu de deux centièmes, par une fille qui doit valoir une bonne seconde de mieux. Gemma, sans son maillot flotteur, battait péniblement la minute…

Coïncidence, les records mondiaux des 100 mètres crawl, dos et brasse sont tombés à Budapest.  Je me suis demandé si on pouvait les classer par ordre de valeur, mais ce à quoi je parvenais m’a semblé finalement assez discutable…

SJÖSTRÖM, auteur de l’exploit en crawl, n’a pas « doublé » avec le 100 papillon (solidement accroché il est vrai) en raison, probable, du tricotage de séries et de finales que lui a imposé le programme concocté de façon très défavorable à ce genre d’exploits par la FINA. L’organe mondial qui avait bidouillé, m’affirme-t-on,  un programme aux petits oignons pour Michaël PHELPS à Pékin en 2008 donne parfois l’impression de faire le contraire. Mais bon, on arrête de critiquer. J’attends seulement ce que va nager Sarah dans le relais quatre nages… si elle se présente dans le parcours de papillon.

Revenons à MASSE, car elle le mérite. Ce printemps, elle avait montré le bout de son nez aux championnats du Canada. Elle y avait réalisé le doublé des courses de dos, battant la recordwoman canadienne Hilary CALDWELL sur 200 en 2’7s23 contre 2’7s29. Médaillée de bronze aux Jeux de Rio, Kylie avait aussi (surtout) archi-dominé le 100 (avant de contrôler le 50 le lendemain). Non seulement, en 58s21, Kylie, ravissante brunette de 1,72m pour 61 kg, dominait alors à 21 ans (elle est née le 18 janvier 1996) le bilan de l’année commençante (de plus d’une seconde), mais elle faisait mieux qu’Emily SEEBOHM quand celle-ci avait établi le meilleur temps de 2016 (58s34), et mieux que Katinka HOSSZU, championne olympique à Rio en 58s45. Son temps frôlait le record du monde, 58s12, de SPOFFORTH, et battait le record américain, 58s33, de Melissa FRANKLIN. Après Katinka HOSSZU, autre format moyen, elle mettait, momentanément, fin au monopole des géantes (SPOFFORTH et FRANKLIN mesurant 1,86m) et rappelait le temps où une « petite », Natalie COUGHLIN, 1,72m ou 1,73m, comme elle, régnait sur le dos…

Son secret ? Kylie s’entraîne avec les garçons dans son groupe, ce qui la force à aller vite !

En février, miss MASSE, jeune universitaire de 19 ans, au nom prédestiné puisqu’elle deviendra kinésithérapeute, un métier qu’elle étudie (en 2e année) à l’Université d’Ontario, où elle est entraînée par Byron MCDONALD, s’illustrait aux championnats universitaires du Canada,  nageait 56.55 sur 100 mètres dos, record du Canada en petit bassin. C’était encore loin des 55s03, record mondial petit bassin de Katinka HOSSZU et 18 temps tous temps. Le lendemain, Kylie MASSE avait nagé le 200 mètres dos en 2’4s44, assez loin du record mondial d’HOSSZU, 1’59.23, ou des 1’59s49 d’Emily SEEBOHM. A Gwangju, elle avait été championne du monde universitaire, en 59s97. Mais, disait-elle, c’était sa médaille de bronze des Jeux olympiques de Rio qui avait relancé son appétit pour la compétition.

Quoi d’autre ? Ah, oui : en 2014, elle était classée 200e nageuse de 100 mètres dos au monde.

PELLEGRINI « LA DIVINA » TOMBE LEDECKY (ET MCKEON) ET LANCE UNE GRANDE JOURNEE DE NATATION ITALIENNE

Eric LAHMY

Jeudi 27 Juillet 2017

Ce mercredi fut une grande journée italienne, inaugurée par une formidable Federica PELLEGRINI, tombeuse de Katie LEDECKY sur 200 mètres, continuée par ce podium du 800 mètres aux deux tiers italien où Gabriele DETTI, vainqueur en 7’40s77, record d’Europe, et Gregorio PALTRINIERI, bronzé en 7’42s44 n’étaient séparés que par un solide Wojciech WOJDAK.

Bien entendu, la tentation de traiter le 200 mètres dames sous l’angle d’une contre-performance de Katie LEDECKY est forte. D’autant plus qu’après ses courses d’avant-hier, entre les séries du 200, la finale du 1500 où elle s’était donnée comme habitude sans retenue, et retour à la demi-finale du 200 mètres, où elle s’était arrachée pour interdire à MCKEON de la devancer, elle s’était montrée aussi peu partageuse qu’à l’habitude.

De ce fait, bien entendu, qu’elle ait connu le lendemain de cette débauche un petit coup de moins bien peut étonner ou pas, selon qu’on considère le comportement aquatique féroce de la demoiselle ou le fait que l’invincibilité est une notion flottante.

Donc, voilà, LEDECKY peut être battue, parce qu’elle est humaine. Et parce qu’elle est humaine elle aussi, Ô combien, mais aussi combative et compétitive jusqu’à l’os, Federica PELLEGRINI a réussi à lui arracher le bout le moins solide de son domaine. LEDECKY peut être battue, mais il fallait une PELLEGRINI pour en administrer la preuve…

L’Italienne, huit années après avoir amené le record du monde de la course en combinaison polyuréthane à un niveau toujours hors de portée aujourd’hui, avec 1’52s98, est redevenu la reine de la course et je crois sincèrement que si je nourris un regret, de ne pas être à Budapest, c’est pour ne pas avoir pu vivre l’événement au milieu des journalistes italiens présents, tant ça devait être joli à voir, à entendre, riche en mouvements et en invocation surnaturelles !

La course, en soi, vu dans la froideur des chiffres, n’a rien d’extraordinaire, si ce n’est que c’est un championnat du monde, avec les enjeux que cela suppose. LEDECKY a suivi les schémas qu’elle respecte, dans une course lancée par une Emma McKEON, toujours aussi intrépide et batailleuse, en 26s55 et 55s83, qui tentait son va-tout et précédait Katinka HOSSZU (27s, 56s32) et Charlotte BONNET (27s01).  PELLEGRINI et LEDECKY suivaient à un mètre, qui viraient dans le même centième au premier virage, 27s22.

L’Américaine passait la vitesse supérieure, lâchait l’Italienne ; à mi-course, c’était McKEON-LEDECKY, 55s83 contre 56s09. PELLEGRINI, qui nageait dans une ligne d’eau adjacente à celle de MCKEON, semblait perdre peu à peu du terrain, 4e en 56s41. Aux 150, LEDECKY continuait de revenir sur MCKEON, et au dernier passage, n’était plus précédée que d’un centième, 1’25s43 contre 1’25s42, par la teigneuse Australienne ! Les haruspices pouvaient alors chanter « alléluia » et attendre l’envolée un peu besogneuse mais fatalement victorieuse de super-Katie, mais ils en eurent pour leur argent, d’abord parce que MCKEON, un peu comme les porosus, ces redoutables crocodiles d’eau salée de son pays-continent qui, une fois mordue une proie, ne desserrent plus les mâchoires, s’accrochait comme une démente ; ensuite et surtout parce que PELLEGRINI, que le mur du dernier virage laissait s’échapper en quatrième position, derrière les deux  susnommées et cette fine ondine russe qu’est Veronika POPOVA (1’25s71), jamais vue à pareille fête, PELLEGRINI donc se souvenait qu’elle était la plus rapide finisseuse du monde.

On se souvient qu’elle était ainsi revenue, aux mondiaux 2013, dans le 200 mètres, brûlant la politesse à tout le monde, y compris Camille MUFFAT, à l’exclusion de Missy FRANKLIN et qu’on s’était dit alors que si elle était partie plus tôt…

Cette fois, reprenant trois quart de longueur à LEDECKY, en 1’54s73, « la divina » déposa tout son monde… L’Américaine dut concéder l’ex-aequo à MCKEON, en 1’55s18, tandis que POPOVA les menaçait de très près (1’55s26) et devançait Siobhan HAUGHEY, une Hongkongaise dont on devrait entendre parler à l’avenir.

Que dire d’autre ? Qu’en demi-finales, LEDECKY et MCKEON avaient nagé, respectivement en 1’54s69 et 1’54s99, mais qu’on ne peut comparer l’état d’esprit d’une qualification et d’une finale !

Le site italien Federnuoto passait hier soir ce qu’il appelle les 7 merveilles, mondiale, de Pellegrini, ses sept places de podium mondial en douze ans. Je ne résiste pas en l’occurrence au plaisir du copié-collé, parce que cette collection de résultat, mieux qu’un long discours, résume la carrière de « la divina » :

Montréal 2005
1. Solenne Figues (Fra) 1’58″60
2.
Federica Pellegrini (Ita) 1’58″73
3. Yang Yu (Chn) 1’59″08

Melbourne 2007
1. Laure Manaudou (Fra) 1’55″52 RM
2.
Annika Lurz (Ger) 1’55″68
3.
Federica Pellegrini** (Ita) 1’56″97
** en demi-finale, record du monde en 1’56″47

Rome 2009
1. Federica Pellegrini (Ita)* 1’52″98 RM
2.
Allison Schmitt (USA) 1’54″96
3. Dana Vollmer (USA) 1’55″64
* en demi-finale record mondial en 1’53″67

Shanghai 2011
1. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″48
2.
Kylie Palmer (Aus) 1’56″04
3. Camille Muffat (Fra) 1’56″10

Barcelone 2013
1. Missy Franklyn (USA) 1’54″81
2. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″14
3.
Camille Muffat (Fra) 1’55″72

Kazan 2015 
1. Katie Ledecky (USA) 1’55″16
2. Federica Pellegrini (Ita) 1’55″32
3.
Missy Frankyn (USA) 1’55″49

Budapest 2017
1. Federica Pellegrini (Ita) 1’54″73
2.
Katie Ledecky (USA) 1’55″18
2. Emma McKeon (Aus) 1’55″18

GOLD SAVE THE KING : LILLY BAT MEILI, EFFACE MEILU(TYTE), SNOBE JULIA, ET AJOUTE L’OR ET LE RECORD MONDIAL A L’OR OLYMPIQUE,

Éric LAHMY

Mercredi 26 Juillet 2017

Beau doublé pour le double affutage version US, avec, dans le 100 mètres brasse féminin, à Budapest,la victoire de Lilly KING (adornée d’un nouveau record mondial), devant sa co-équipière Katie MEILI. KING nage 1’4s13, et prend la suite de Ruta MEILUTYTE, qui avait amené la plus haute marque mondiale à 1’4s35, en finale des mondiaux de Barcelone, le 29 juillet 2013. A deux jours près, ce record aurait eu quatre ans.

MEILUTYTE, avec 1’5s65, a terminé 4e de la course d’hier. Ces deux dernières années, le problème de la Lituanienne tenait à ce qu’elle partait à fond (elle dispose d’ailleurs du meilleur départ de la natation) et ne terminait pas ses courses. Cela s’était vu au mondiaux, à Kazan. Ici, elle a été prise de court et n’a jamais été devant. KING a produit un  effort maximal, du début à la fin, est passée plus vite que tout le monde, seule sous les 30 secondes (en 29s80), tandis qu’EFIMOVA menait la poursuite (30s34) devant Katie MEILI et MEILUTYTE qui viraient dans un seul mouvement (30s47, 30s50). KING n’avait déjà plus qu’une adversaire, la MEILUTYTE d’il y a quatre ans, qui était passée, elle, en 29s87.

Encore fallait-il que l’Américaine tienne. Elle fit mieux que ça, accrût son avance, et signa donc son 1’4s13.

Elle revenait d’une drôle d’aventure, une déprime post-olympique, ne supportant pas la gloire et ses 33.000 followers, ne supportant pas de nager, ne supportant pas ses mauvaises notes en classe, ne supportant pas d’avoir pris du poids… Mais annonçant tout de même qu’après l’or olympique (de Rio), elle partait à la chasse aux records mondiaux. Chose promise… Tout est bien qui finit bien ?

MEILUTYTE PLUS FORTE QU’A LONDRES, MAIS SEULEMENT 4e 

EFIMOVA, qui avait, la veille, dans la première demi-finale, produit la plus grosse impression, nageant 1’4s36, à un centième de la marque de MEILUTYTE, et laissant Katie MEILI (1’5s48) à une longueur, était la grande perdante de la finale. Après son effort, elle aurait toisé KING, et montrant son doigt, s’était désignée comme la première. Chose à ne pas faire forcément en demi-finale en face d’une « tueuse » patentée, dont la férocité de compétitrice ne fait aucun doute, mais les relations de ces demoiselles étant ce qu’elles sont et la pauvre Russe a essayé quelque chose…

Lilly KING avait rétorqué, dans la deuxième demi-finale, avec un très solide 1’4s53, et devançait MEILUTYTE, 1’5s06.

Dans la course pour le titre, EFIMOVA est restée fidèle à sa tactique de réserver quelques forces pour le retour, mais avec cette différence, cette fois, que le dit retour fut moins bon qu’à l’accoutumée et qu’à la bagarre avec MEILI pour l’argent, elle toucha le plus mal, en 1’5s05 contre 1’5s03. Quant à MEILUTYTE, elle n’avait pas nagé aussi fort depuis longtemps, depuis, notamment, septembre 2015, quand elle s’était cassée un coude dans une chute à vélo. Quoique hors du podium, elle semblait satisfaite de son sort, et, encore dans l’eau, félicita la gagnante du jour.