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À BUDAPEST, TROIS INVINCIBLES CASSENT LA BARRAQUE : ADAM PEATY, SARAH SJÖSTRÖM ET KATINKA HOSSZU

Éric LAHMY

Lundi 24 Juillet 2017

Trois grosses finales, dans ce deuxième jour des championnats du monde de Budapest. Et les victoires de trois super-favoris. Des courses présumées sans surprises, en quelque sorte (à condition que le favori gagne, certes). Je ne sais à qui donne la prééminence. Et donc, on les présente par ordre d’entrée en scène.
Adam PEATY, Grande-Bretagne, sur 100 mètres brasse. Une suprématie incontestée, née de tout un faisceau de qualités. Il a le physique, avec son 1,90m et des muscles tout partout. Il a aussi le technique, avec une façon d’enrouler son mouvement dans un tempo andante qui ne connait pas les temps morts. Il n’a pas eu à se surpasser, le Grand-Breton, dont le record du monde, 57s13, amélioré en finale des Jeux olympiques de Rio, n’a pas été menacé. Avec 57s47, il a quand même pulvérisé le record des championnats établi par ses soins à Kazan, il y a deux ans. C’était 58s18. Il les avait frôlés (en 58s21) dès les séries, dimanche matin, avant de les balayer l’après-midi, en 57s75.

Adam PEATY a donc encore fait mieux en finale, alors que son second, l’Américain Kevin CORDES, n’a pas pu rééditer son temps des demis, 58s64. CORDES a arraché l’argent avec 58s79, devant le Russe Kirill PRIGODA, 59s05, le Japonais Yasuhiro KOSEKI, 59s10, et le second Américain, Cody MILLER, 59s12 (59s08 en demi). Cameron Van Der BURG avait décidé de ne pas nager la course, afin de se dédier aux 50 brasse, aujourd’hui et demain. Ah, les cinquante mètres de spécialités, corral pour les vieux chevaux de retour !

A propos, PEATY est passé au 50 de son 100 en 26s50. Il a nagé 26s48 cette saison, et son record mondial est de 26s42. Ça va être difficile, pour Van Der BURGH… La FINA devrait créer les 25 de spécialités pour les vieux serviteurs !

PEATY était content de son titre, à peine moins de sa performance. Son but actuel, claironné, c’est de devenir le premier nageur de brasse du monde en-dessous des 57 secondes. Il a baptisé cet espoir « projet 56 ». Mais comme il l’a dit avec toute la philosophie nécessaire après la finale : « vous visez les records de monde, mais ils sont records du monde pour une raison. »

PEATY lança une grande journée britannique. Benjamin PROUD, un de ses co-équipiers, enleva l’or du 50 mètres papillon, devant le Brésilien Nicolas SANTOS, l’Ukrainien Andrii GOVOROV, l’Américain Caleb DRESSEL et le Singapourien Joseph SCHOOLING, tous les cinq séparés par vingt centièmes de seconde : 22s75, 22s79, 22s84, 22s89, 22s95. Ces garçons étaient les mêmes qui avaient déjà nagé, en qualification, moins de 23 secondes, dans un ordre différent, DRESSEL menant le bal en 22s76 devant GOVOROV, 22s77, SANTOS, 22s84, PROUD, 22s92 et SCHOOLING, 22s93. C’est ça aussi, le sprint. Au bout du talent, l’aléa reprend ses droits.

Toujours de Grande-Bretagne, les « vainqueurs » des demi-finales du 200 mètres, Duncan SCOTT, lequel s’est farci SUN YANG, dont il sut résister au retour, en 1’45s16 contre 1’45s24 ; et James GUY, qui, opposé à Townley HAAS et à sa mise en action météorique (50s60) nageait 1’45s18 contre 1’45s43 à l’Américain. Avec SCOTT, plus sprinteur, et GUY, plus stayer, la Grande-Bretagne s’offre deux possibilités de podiums sur une des courses reines du programme de natation ! Et SCOTT, on l’attend aussi sur 100.

SARAH « UN PEU FATIGUÉE » PAR SA FOLLE JOURNÉE DE DIMANCHE, RATE SON RECORD DU MONDE

Que dire de la victoire sur 100 papillon de Sarah SJÖSTRÖM ? Retenir qu’elle frôle son record du monde de la distance, avec 55s53 contre 55s48 aux Jeux de Rio de Janeiro ? Qu’elle bat le record des championnats, 55s64 à Kazan ? Doit-on retenir son parcours, ici, 55s96 dès les séries, dimanche matin, puis 55s77 en demi-finales ? Doit-on, comme nous le rappelait Anne Lepesant dans le site de SwimSwam, se souvenir qu’elle a nagé, désormais, les dix 100 papillon les plus rapides du monde, rejetant ainsi Dana VOLLMER, la championne olympique de Londres, à la 11e place ? Doit-on mettre en exergue qu’elle enlève son 3e titre de championne du monde d’affilée sur la distance ? L’intéressée a expliqué l’absence de record : « j’étais un peu fatiguée, après mes courses d’hier. » L’hier en question, SJÖSTRÖM avait rejoint le Mark SPITZ de 1970 sur 100 crawl. Et aujourd’hui, elle a nagé aussi vite que l’Américain, à cette époque, en papillon (55s8). SJÖSTRÖM était bien partie pour battre ce record, passant en 25s67 (contre 26s01 à Rio pour ses 55s48) mais connut ensuite quelques difficultés.

C’est un peu normal, et elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même Sarah. Pour la plupart d’entre nous, le dimanche est fait pour se reposer. Pour SJÖSTRÖM, ca sert à battre des records du monde. Comment voulez-vous qu’elle soit reposée pour reprendre le boulot lundi ?

EMMA MCKEON, LA FILLE QUI N’EN RATE PAS UNE (DE COURSE)

C’est aussi la deuxième de la course qui mérité un coup de chapeau. Emma McKEON, l’Australienne. J’avoue qu’elle m’épate, la petite des Antipodes. Il semble qu’elle soit incapable de rater une course ! Toujours là quand on l’attend. Laissée sur place par la vitesse de base de la Suédoise dans le premier 50 mètres, où elle passait en 26s34, la fille des Antipodes ne baissait pas pavillon, et se battait sur chaque coup de bras. Elle devançait d’assez peu l’Américaine Kelsi WORRELL, 56s18 contre 56s37…

DERRIÈRE HOSSZU, HOHASHI ET UN GRAND COMBAT EN PERSPECTIVE SUR 400 QUATRE NAGES

Katinka HOSSZU, pour sa part, triomphait sur 200 mètres quatre nages, où elle engrangeait une avance déterminante dans ses parcours en papillon (27s07) puis en dos (31s99), ne lâchait rien en brasse (37s33) et finissait correctement (30s61) pour un temps de 2’7s assez proche de son record mondial, 2’6s12,  établi à Kazan en 2015.

HOSSZU, championne olympique du 100 dos, et qui, le matin même, avait établi en 58s80 la 2e performance des séries de la course derrière Kylie Jacqueline MASSE, déclarait forfait pour la finale, laissant une nouvelle fois MASSE mener la danse avec un formidable 58s18, à six centièmes du record du monde (58s12 par Gemma SPOFFORTH). Iron Lady se réservait pour son quatre nages. Bien lui en prit.

Derrière la musculaire Magyare, on trouvait la filiforme Nippone Yui HOHASHI, 2’7s91, vraie sylphide, publicité vivante pour produit minceur (on devrait la fiancer à Chris FROOME), qui produisait son effort depuis la ligne d’eau numéro huit (dernière qualifiée). Avec ce temps, nouveau record du Japon, HOHASHI a-t-elle démontré des progrès, son record personnel étant jusqu’ici 2’9s96, qu’elle pourra reporter sur 400 mètres quatre nages, où elle a amené son record national à 4’31s42 en avril dernier ; et alors Katinka HOSSZU risque d’avoir quelques soucis ; ou bien ne s’est-il agi, à Budapest, pour la Japonaise, que de mettre son 200 au niveau technique de son 400 ? Réponse le 30 de ce mois.

À propos de grosses bagarres, le 100 mètres brasse féminin nous promet un beau crêpage de chignon : Ruta MEILUTYTE et Lilly KING, qui adorent dire tout le bien qu’elles pensent de Julia EFIMOVA et de ses deux affaires de dopage, se retrouvent avec leur idole en finale. KING a dominé les séries, 1’5s20 contre 1’5s60 à EFIMOVA et 1’5s81 à MEILUTYTE ; EFIMOVA a répliqué en demi, frôlant d’un centième le record mondial de MEILUTYTE avec 1’4s36, KING gagnant la 2e série en 1’4s53 contre 1’5s06 à MEILUTYTE. La Russe va se retrouver en finale entre les deux championnes olympiques de la distance. A voir !!

KATIE LEDECKY GAGNE LE 400 MÈTRES, TOUTES DERRIÈRE ET ELLE DEVANT

Éric LAHMY

Lundi 24 Juillet 2017

Ne faites pas la tête parce que Katie LEDECKY n’a pas battu le record mondial du 400 mètres. Il y a des choses plus graves dans l’existence. D’ailleurs l’Américaine a amélioré en série son record « des championnats » sur la distance, qu’elle avait établi à Kazan, le 2 août 2015, avec un temps de 3’59s13. Dès les séries, elle a nagé en effet la distance en 3’59s06, avec comme passages 57s87, 1’58s24 et 2’59s01. Pourtant, elle n’avait aucune raison de se presser. Derrière elle, dans la quatrième série, l’Australienne Ariarne TITMUS, était pointée avec plus de cinq secondes de retard, en 4’4s26. Et dans la troisième série, son équipière des USA, Leah SMITH, avait stoppé le chrono à 4’2s. Donc ce n’était pas la marge qui lui manquait.

Et en finale, elle remit ça : 57s71, 1’57s74, 2’58s40 pour finir en 3’58s34, autre « record des championnats ». Derrière, SMITH, 4’1s54, et la toute jeune Chinoise Bingjie LI, 15 ans, 4’3s25, étaient bien loin. Pourtant, la course se renouvelle. LI, justement, mais aussi TITMUS, 17 ans, 4’4s25, Ajna KESELY, 16 ans, Hongrie, 6e en 4’5s75. Voilà pour les finalistes, qui ont aidé à écarter, entre autres Mireia BELMONTE. Mais cette jeunesse, pour l’instant, est sans arguments en face de LEDECKY, laquelle d’ailleurs, à 20 ans (depuis le 19 mars) n’est pas bien vieille !

RELAIS US A BUDAPEST : UN GRAND MERCI A CAELEB DRESSEL, 47s26 AU « START »

Éric LAHMY

Dimanche 23 Juillet 2017

Les nageurs du relais quatre fois 100 mètres US des mondiaux de Budapest peuvent remercier Caeleb DRESSEL. En lançant le quatuor de son pays avec un temps de 47s26, record national US qui surpasse tout ce qui a été fait cette saison sur la distance, il leur a rendu un fieffé service. Il leur a donné une seconde, quasiment une longueur, d’avance, qu’ils n’ont plus eu qu’à « gérer » dans une incertitude légèrement moindre que celle, à haut risque, que génère habituellement la haute compétition.

La question se pose de savoir si le DRESSEL de grand bassin est en train de rejoindre le formidable nageur de « short course », l’homme des 40 secondes au 100 yards (son exploit historique de la saison d’hiver). On verra, à confirmer. Mais les symptômes paraissent clairs…

En fait, seul le quatuor brésilien se montra capable d’orchestrer une opposition valable, voire menaçante, en face des Etats-Uniens. Après que DRESSEL ait mis le nouvel espoir brésilien, Gabriel SANTOS, à hauteur de son battement, Marcelo CHIERIGHINI se mit en devoir de grignoter cette avance, en face de Townley HAAS, monstre sacré des 200 yards. Il réussit dans son entreprise sinon totalement, du moins aux deux tiers, et récupéra l’équivalent d’un mètre sur de Texan. Après cela, Cesar CIELO, tout recordman du monde qu’il reste, devenu sous cet angle obsolète, ne fit guère mieux que jeu égal avec Blake PIERONI, et si Bruno FRATUS remonta sur Nathan ADRIAN, ce fut de façon tellement marginale qu’il convient tout juste de le signaler.

Les temps individuels des relayeurs témoignent que l’affaire fut chaude : pour les USA, DRESSEL, 47s26, HAAS, 1’34s72 (47s46), Blake PIERONI, 2’22s81 (48s09), ADRIAN, 3’10s06 (47s25). Pour le Brésil, SANTOS, 48s30, CHIERIGHINI, 1’35s15 (46s85), CIELO, 2’23s16 (48s01), Bruno FRATUS 3’10s34 (47s18). Derrière, le quatuor hongrois, 3’11s99, marquait son territoire par une médaille de bronze inattendue et confirmait que les Magyars ont retrouvé après un demi-siècle de disette un sprinteur digne de ce nom : Richard BOHUS, 47s21 lancé. Les Russes, avec MOROZOV, placé en second, 47s52 lancé, suivaient en 3’12s58, et devançaient le Japon, 3’13s65 et le Canada, 3’15s25 tandis que deux fortes équipes, l’Australienne et l’Italienne, étaient disqualifiées.

Et les Français? Bon, ils n’étaient pas là, première depuis longtemps. Aucun regret pour la gagne, ou pour une médaille. Un petit regret cependant. La compétition, c’est comme Dallas, un univers impitoyable…

Adam PEATY, 58s21 en séries du 100 brasse, 57s75 en demi-finales, a montré qu’il continuait de représenter un cas à part dans sa course de prédilection. Les deux Américains, Kevin CORDES, 59s15 et 58s64, et Cody MILLER, 59s14 et 59s08 mènent la danse des qualifications, mais loin derrière le Britannique.

Dans les qualifications du 200 quatre nages dames, Katinka HOSSZU ne s’est pas ménagée, qui a réussi 2’7s49 en série et 2’7s14 en demi, alors que son record du monde est 2’6s12. Melanie MARGALIS, USA, après s’être  baguenaudée en séries (2’11s), a salement appuyée en demi, en 2’8s70. La première demi-finale était revenue à Sydney PICKREM, Canada, en 2’9s17. Seules les Japonaises plaçaient deux filles en finale, IMAI et HOHASHI.    

Sarah SJÖSTRÖM, avant son formidable 100 mètres libre du relais, s’est plus que bien débrouillée sur 100 papillon, gagnant les séries en 55s95 et les demi-finales en 55s77, près de son record des championnats du monde (55s64 à Kazan), et même de son record du monde (55s48 à Rio). Kelsi WORRELL, USA, 56s44 en séries, enlevait la première demi-finale en 56s74, à la lutte avec la jeune Japonaise Rikako IKEE, 56s89. Mais, derrière SJÖSTRÖM, le meilleur temps des demi-finales revenait à Emma MCKEON, 56s23 à la bagarre avec la grande Suédoise.  

4 FOIS 100 METRES A BUDAPEST, SARAH SJÖSTRÖM ENFONCE LE MUR DE SPITZ, EN 51s71.

Éric LAHMY

Dimanche 23 Juillet 2017

N’ayons pas peur du mot: le temps de 51s71 réussi par Sarah SJÖSTRÖM sur 100 mètres nage libre, au départ du relais quatre fois 100 mètres, en finale de l’épreuve, en ce premier jour de courses en piscine, ce temps, dis-je, est historique.

D’abord, la Suédoise passe sous les cinquante deux secondes, chose qui fait date. La limite des 52 secondes fut vaincue pour la première fois par un homme en 1970, et ce n’était pas n’importe qui, puisqu’il fut élu, en 2000, nageur du siècle. Il s’agit de Mark SPITZ, célèbre pour ses sept médailles d’or conquises aux Jeux olympiques de Munich, en 1972. Pour son premier passage sous les 52 secondes, SPITZ avait réussi le temps de 51s94. C’était en séries des championnats US 1970, à Los Angeles.

Ce fut aussi la première fois qu’un record du monde du 100 mètres au centième de seconde fut reconnu. Le précédent record, 52s2, qui datait de la finale des Jeux olympiques de Mexico, en 1968, avait été établi par l’Australien Michael WENDEN).

L’anecdote liée à ce record ? SPITZ fut battu, en finale de la course des championnats US, après avoir pris un départ ultra-rapide. Frank HECKL le devança d’un centième de seconde, en 52s48 contre 52s49 ) !

La Suédoise, une femme donc, 47 années plus tard, a devancé le SPITZ de 1970, et n’est pas loin de celui de 1972, dont le record du monde était de 51s22. Comment cela est-il possible ? Une grande partie de l’explication réside dans la forte progression des records en natation. Il a fallu comprendre et, pour ainsi dire, domestiquer l’élément liquide, pour lequel l’homme n’est pas naturellement fait (même si il a fini par s’y débrouiller honorablement) et cela a pris un bon siècle de progrès techniques. La question qui se pose aujourd’hui est celle liée aux limites de ces progrès techniques.

SJÖSTRÖM a donc « battu » SPITZ un peu (beaucoup) parce que le record du monde messieurs, lui, est passé entre-temps de 51s9 à 47 secondes.

Il y a aussi que, du temps de SPITZ, le professionnalisme n’existait pas. Mark était un étudiant en deuxième année de dentaire et n’avait pas le droit de gagner un centime de son excellence aquatique. A 22 ans, quand il enleva ses sept médailles olympiques, les contrats qui se mirent à pleuvoir le contraignirent à abandonner la natation. Quatre ans après son triomphe de Munich, le record du monde du 100 mètres allait être amené à 49s44 par le Sud-Africain Jonty SKINNER.

D’autres éléments jouent également, comme la musculation (encore que SPITZ l’avait pratiquée notamment avec James COUNSILMAN et était l’un des plus forts nageurs américains dans les mouvements de détente, de vitesse explosive).

Malgré l’extraordinaire qualité de ses ondulations, qui lui permirent de révolutionner les records des 100 et 200 mètres papillon, SPITZ ne put en tirer profit comme les nageurs d’aujourd’hui : les entraîneurs n’enseignaient pas de telles ondulations après leurs départs et virages, ondulations qui furent « créées » et mises au point par le Britannique Gary ABRAHAM, et illustrées dans les courses de dos et de papillon, par celui-ci, aux Jeux de Moscou, en 1980 – comme SJÖSTRÖM et tous les nageurs actuels le font…

Il y a aussi, je crois, qu’on s’est totalement décomplexé au sujet de l’entraînement des filles et qu’elles ont pu se rapprocher des garçons. Je ne sais quelle place donner au gabarit dans cette affaire, mais je note que SJÖSTRÖM, avec son 1,86m, est plus grande que ne l’était SPITZ, dont je ne crois pas, pour l’avoir cotoyé, qu’il dépassait le 1,83m.

Bien entendu, tout ceci n’enlève rien à la grandeur de SJÖSTRÖM, qui a bel et bien remplacé les CAMPBELL au titre de meilleure nageuse de sprint de l’instant. Dans le relais, avec ses 51s71, elle a nettement devancé sa seconde au départ, l’Américaine Mallory COMERFORD, 52s59, ce qui est une très belle performance. Et dans les parcours lancés, on ne trouve rien qui se compare à elle. Celle qui se rapproche le plus d’elle est la Néerlandaise Ranomi KROMOWIDJOJO. Ses 51s98 valent autour de 52s70 lancés. Et les deux championnes olympiques ex-aequo de Rio, Simone MANUEL (USA), 52s14 et Penelope OLEKSIAK (Canada), 52s98, sont, semble-t-il, distancées. Tout comme Bronte CAMPBELL, la championne du monde australienne de 2015, 52s14, et Emma MCKEON, sa compatriote, 52s29…
Maintenant, le titre de ce relais est revenu aux Américaines, en 3’31s72 contre 3’32s01, en face des Australiennes qui pourront regretter la présence de Cate CAMPBELL, et des Néerlandaises, 3’32s64.

LE CHINOIS EST RANCUNIER: SUN YANG DEVANCE MCKENZIE HORTON SUR UN AIR DE REVANCHE 

Éric LAHMY

Dimanche 23 Juillet 2017

A peu de choses près, le 400 mètres des championnats du monde de Budapest ressemble beaucoup à la course olympique de l’année précédente. Le Chinois SUN Yang, battu en 2016 par Mackenzie HORTON, est cette fois vainqueur devant l’Australien. L’Italien, Gabriele DETTI, retrouve sa troisième place de Rio. James GUY, le champion du monde 2015 du 200 mètres (et 2e du 400) à Kazan, en Russie, tellement déçu de sa 6e place à Rio, retrouve cette position qui l’avait frustré, et le 2e Australien, David McKEON, 7e en 2016, perd une place. … PARK Tae-Hwan, qui, après une année troublée par les dégâts liés à son contrôle de dopage positif, n’avait pu atteindre la finale, se retrouve 4e, mais c’est moins une nouveauté qu’un retour pour le champion olympique de Pékin, en 2008, lequel ne retrouve certes pas sa place prestigieuse, mais améliore un peu sa position. L’innovation c’est l’apparition, 5e , de l’Autrichien Felix Otto AUBÖCK, 20 ans (depuis le 19 décembre dernier). AUBÖCK avait fini 25e des séries qualificatives, au Brésil, et un gain de 4 secondes (de 3’49s35 à 3’45s21) a propulsé les 85kg pour 1,98m de cet étudiant (littérature, sciences et arts : freshman) de l’Université d’Etat de Michigan, 2e des NCAA sur 1650 yards, 3e des 500 yards, dans l’élite mondiale. AUBOCK avait d’ailleurs dominé les séries avec un temps qu’il n’a pu rééditer en finale…

SUN n’a pas lésiné sur les moyens. Il avait clairement fait entendre que battre McKEON, qui l’avait snobé aux Jeux de Rio en lui rappelant son épisode de dopage, était une priorité, un compte personnel à régler.

« Le Chinois est rancunier », exposait, dans une bande dessinée de 1976, Peyo, l’immortel dessinateur de Johan et Pirlouit, et des Schtroumpfs !

Quarante ans plus tard, cette allégation s’illustre à nouveau, non par le dessin de Walthéry, mais bel et bien par le dessein de SUN Yang qui se dépêcha de faire craquer la course.

Avec l’âge, YANG a changé de style. A Londres, en 2012, il avait tendance à partir sans presse excessive pour s’imposer dans un sprint ravageur. SUN, devenu un peu plus rapide et légèrement moins endurant, a préféré, cette fois, imposer un train élevé. Mais il lui fallut d’abord répondre à un dynamitage en règle orchestré par PARK, 25s82 et GUY, 25s93 aux 50 mètres. Il rejoignit le Coréen et le Britannique aux 100 (54s11 contre 54s04 et 54s09), puis, après une longueur d’attente avec PARK, GUY et GROTHE, changea de rythme, nageant en 28s24 et en 27s94. A cent cinquante mètres du but, il avait une longueur de corps d’avance sur HORTON, deux sur DETTI. Son finish lui permit de doubler cette avance sur HORTON que DETTI avait rejoint aux 350 mètres, mais ne pouvait passer.

SUN, 26s03, 54s11, 1’22s63, 1’50s87, 2’18s81, 2’47s18, 3’14s77, 3’41s38

HORTON, 26s20, 54s50, 1’23s16, 1’51s83, 2’19s92, 2’48s46, 3’16s97, 3’43s85

DETTI, 26s21, 54s70, 1’23s41, 1’52s31, 2’20s64, 2’48s97, 3’16s97, 3’43s93

QUESTION MÉDAILLES, L’EAU LIBRE A FAIT TOUT LE BOULOT : EN PISCINE, CE SERA LA LUTTE « FINALES »

Éric LAHMY

Dimanche 23 Juillet 2017

Maintenant que l’eau libre (à laquelle s’est ajouté un couple de plongeurs) a sauvé la mise de la délégation française en se hissant au premier niveau mondial et en ramenant 4 des sept médailles d’or mises en jeu, une d’argent et une de bronze, les disciplines de bassin vont pouvoir se dérouler en toute tranquillité, sans aucune obligation de médaille, dans l’espoir de faire de leur mieux, d’arracher si possible des finales et de s’introduire dans un maximum de demis.

Comme on n‘attend plus rien ou pas grand’ chose (en termes de succès, il s’entend) d’une équipe qui, purgée de ses anciens, essentiellement de Florent MANAUDOU et de son relais quatre fois 100 mètres, est sans doute la plus faible depuis des temps immémoriaux (disons depuis 2000), on se donnera le droit, en fin de semaine, de ne pas feindre l’étonnement, de ne pas hurler au scandale, et de ne pas (pas trop) pleurer sur le bon temps des Laure et Florent MANAUDOU, d’Alain BERNARD, de Yannick AGNEL, de Camille MUFFAT, de Jeremy STRAVIUS et autre Camille LACOURT, et de ces beaux relais qu’une génération nous a apportés : la page est bien tournée…

Même si les deux derniers nommés tentent de nous faire croire qu’ils sont toujours là. Ils n’occupent plus qu’un strapontin, celui du 50 mètres dos, course où ils se sont bel et bien qualifiés et vont pouvoir continuer un dialogue dont l’épisode majeur se déroula en 2011, quand tous deux enlevèrent ex-aequo, à Shanghai, l’or mondial du 100 mètres dos.

Ce qu’on trouve de « mieux disant » dans l’équipe 2017 de Budapest, c’est Mehdy METELLA et peut-être Charlotte BONNET !

On pourra surtout se désoler de l’absence du relais quatre fois 100 mètres, mais il n’avait pas réussi les temps décidés par Jacques FAVRE et respectés à juste titre par Laurent GUIVARC’H. La France n’a pu présenter aucun relais à Budapest, au grand dam de tous les entraîneurs intéressés qui ont assiégé la Fédération du tir nourri d’arguments d’ailleurs solides pour sa défense. Je ne crois pas que ces relais (il n’y avait pas, en jeu, que le quatre fois 100 mètres) eussent été déplacés dans les eaux de la capitale hongroise. Mais ne pas les emmener, c’était revenir à ce souci de la règle et de la parole donnée qui avait tant manqué lors des choix précédant les Jeux olympiques de Rio de Janeiro…

AFFUTAGE RATÉ ET DOUBLE AFFUTAGE RÉUSSI : CEST QUOI LEUR TRUC ?

Les championnats du monde de Budapest ne vont pas se dérouler en l’absence des Français. Mais en-dehors de ceux qui ont clos leurs carrières, on note quelques sorties de route malencontreuses chez nos concitoyens. Des gens qu’on attendait le long des rives du Danube. On pensait bien que Jordan POTHAIN et Damien JOLY, les finalistes olympiques de la (relativement) nouvelle équipe de France allaient profiter de ces championnats pour « marquer leur territoire », celui-ci sur 1500 mètres, celui-là sur 400 mètres, mais les championnats de France leur ont été néfastes et ils sont restés au pays. Ils pourront prendre leur revanche s’ils le veulent avec l’importante délégation française qui disputera dans quelques semaines les championnats des USA.

Leurs mésaventures, et une sortie de route collective des nageurs de Mathieu BURBAN, au Cercle des Nageurs de Marseille, ont montré que la gestion de la forme et que la science de l’affutage ne sont pas choses dont il faut se gausser. On en connait aujourd’hui un rayon sur la façon d’approcher la compétition et d’assurer une condition des plus affutées. Les entraîneurs de POTHAIN et du Cercle ont pris certains risques, qui n’ont pas été payants. Le cas POTHAIN parait assez complexe. D’après ce que je me suis laissé dire, le nageur du Nautic Club Alp’38, après les Jeux olympiques, devait entrer dans une formation paramédicale (kinésithérapeute) et était décidé de ne pas s’accorder de facilités dans ce domaine. D’un autre côté, son entraîneur, Guy LA ROCCA, fidèle à une ambition tracée de loin, ne l’a pas épargné (d’ailleurs, en demi-fond, la marge est faible, en termes de kilométrage et d’intensité, le 400 mètres est par définition, la course où il faut nager vite et longtemps et prendre de gros risques entre l’effort aérobie et celui anaérobie : on se met facilement dans le rouge). A l’arrivée, quelque chose a paru manquer et autant avant l’échéance strasbourgeoise que pendant les championnats de France, POTHAIN s’est retrouvé en-dessous de ses ambitions et, plus ennuyeux car définitif, des minima à atteindre…

La mésaventure des Marseillais est, il me semble, plus répréhensible. BURBAN a joué avec les normes, désormais bien définies, qu’il convient de respecter retour d’un stage en altitude. Au lieu de revenir au niveau de la mer et de ralentir dans le laps de temps imparti par les montagnes d’études physiologiques précises étalonnées par un demi-siècle d’expériences de l’entraînement en altitude et à l’altitude, il a choisi de retarder la phase d’affutage. A l’arrivée, ses nageurs sont restés sur le carreau, à l’instar de Clément MIGNON. BURBAN avait tenté ce coup sur deux informations : les Japonais et les Espagnols (Fred VERGNOUX), en effet, ne respectaient pas les chartes et retardaient l’affutage. Mais il semble que cette façon de procéder, qui permet d’accumuler plus de kilomètres parcourus à l’entraînement, soit possible pour les nageurs très longuement habitués au travail en altitude, ce qui était le cas des Japonais et des Espagnols, mais pas les Marseillais.

Il est donc démontré une fois de plus qu’on ne peut trop jouer avec l’affutage, et qu’un nageur fatigué est rarement efficace. On va voir à Budapest une équipe tenter une aventure autrement difficile, celle du « double affutage » (double taper), et c’est l’équipe américaine. Les USA ont conduit ce double affutage avec une réelle maestria l’année de Rio de Janeiro, comme l’a démontré leur triomphe olympique. Ils ont recommencé en 2017, et disputé leurs « trials » du 27 juin au 1er juillet à Indianapolis, trois semaines avant les courses en bassin de Budapest, où on suivra avec attention leur comportement !

Les Américains ont produit une émule : l’Australie, qui a décidé des sélections très rapprochées de l’épreuve majeure en 2018, pour les Jeux du Commonwealth. Les techniciens australiens ont rencontré les Américains afin d’en apprendre le maximum en vue de bien négocier cette méthode. En effet, pour des raisons historiques liées à la géographie, leurs trials ont toujours été très précoces, jusqu’à six ou sept mois avant les Jeux olympiques. Leur problème n’a jamais été le double affutage, mais bien plutôt de savoir comment retrouver la forme entre l’été austral et l’été boréal.

Le double affutage a été imposé aux Américains par le fonctionnement de leur sport, où dominent, l’hiver, les natations scolaire et universitaire. Le respect de la saison hivernale les a amenés à privilégier une sélection tardive de leur équipe nationale pour les événements de l’été. Et ce qui a souvent paru injouable à bien des entraîneurs de chez nous a été pratiqué régulièrement, souvent avec bonheur, de l’autre côté de l’océan Atlantique. La difficulté qu’ont nos entraîneurs de réussir un « double affutage » à quelques semaines de distance mérite d’être questionnée. On a vu les saisons passées comment les Américains en général, Katie LEDECKY en particulier, et Katinka HOSSZU ou Chad LE CLOS, pour ne citer qu’eux, ont multiplié avec brio les exploits dans ce domaine…

Mais l’affutage est une science individuelle, et on a entendu dire, par exemple, que Ryan LOCHTE n’était pas à l’aise dans l’exercice, et que cela expliquait ses derniers Jeux olympiques, plutôt ratés…  Je n’en dirais pas autant de Michael PHELPS, ou, dans le passé, de Mark SPITZ, lequel, en 1972, battit les records du monde des épreuves qu’il nagea (sauf sur 200 libre), puis les rebattit quatre semaines plus tard aux Jeux de Munich, soit neuf records mondiaux dans ce laps de temps !

 

 

BUDAPEST, EAU LIBRE, LA REVANCHE D’AXEL REYMOND

Eric LAHMY

21 Juillet 2017

Avec la victoire d’Axel REYMOND dans le 25 kilomètres, l’eau libre française parachève sa domination des championnats du monde de Budapest. Disons que, sur les résultats d’ensemble, nous avons pris les devants. Or sur 5 kilomètres (Marc-Antoine Olivier) et 25 kilomètres (Axel Reymond) messieurs, or sur 10 kilomètres dames (Aurélie Muller), soit la moitié des titres individuels, or dans le relais mixte. Ajoutez l’argent des 5km dames (Muller) et le bronze des 10 km messieurs (Olivier), cela fait beaucoup pour une seule équipe.

On évoque souvent la « facilité » relative de l’eau libre, par rapport à la nage en piscine. Ce n’est peut-être pas faux. Mais il est toujours délicat de comparer ce qui n’est pas comparable. L’eau libre, il est plus facile de s’y placer pour des raisons intrinsèques à la discipline : son exigence est telle qu’elle empêche de grands (et de moindres) talents de venir d’y frotter. C’est dans ce genre de paradoxe que se trouve le demi-fond. Il est devenu tellement difficile de se frotter aux performances de Sun Yang sur 1500 mètres qu’il ne faut plus s’étonner de voir le navire déserté.

Il faut être extrêmement courageux et discipliné pour se colleter à un travail pareil. Il n’est pas plus « facile » de grimper l’Everest que de varapper à Fontainebleau, mais il est vrai qu’une fois parvenu au camp des 7000 mètres, il est plus « facile » de s’y distinguer que, chaque dimanche sur les pistes noires (35 mètres de hauteur) de la butte aux Dames ou de l’Apremont de Bouligny !

Alors après ça, bien entendu, on peut s’extasier sur le fait que, sans entraînement, Camille Lacourt ait pu nager un 50 mètres dos en 24s7, et se réjouir qu’il puisse réussir dans une semaine, à Budapest, sa deuxième sortie (après celle, approximative, du 100 dos des Jeux de Rio) bravo bravo, mais je ne crois pas qu’il s’agisse du même sport.

A l’évidence, d’ailleurs, le folklore des 50 mètres de spécialités, de par sa facilité, assure un sas d’entrée bien plus large en natation, sport que menacent, justement, ses terrifiantes exigences. Axel REYMOND et son entraîneure, Magali Mérino, sont fameux pour les énormes volumes de travail que celle-ci impose à celui-là et jusqu’à plus ample informer, on doit considérer Mérino comme la technicienne la plus exigeante du monde en termes de kilométrages (particularité qui ne lui a pas valu que des éloges).

S’il est un danger qui menace ce sport, c’est bien le côté rébarbatif d’une activité dont on ne peut dire que le ludique la traverse de part en part. Rien de nouveau sous le soleil, cela fait bien un demi-siècle aujourd’hui que la natation de « hard labour » a envahi la pratique aux USA avant de conquérir le monde. Le professionnalisme, cette peste qui pourrait bien tuer un jour le sport, a fait monter les enchères au point qu’il ne doit pas être un nageur qui atteigne les finales mondiales à moins de huit heures de préparation quotidienne. Cela pour être mal ou pas payé du tout…

Ce qui précède n’empêchera personne de saluer le travail bien fait. REYMOND a fait la course en avant, après une période de décantation illustrée par les courses aux avant-postes du Tunisien ABDELKHALEK, du Tchèque KOZUBEK, suivis par un long relais du Kazakh Vitaliy KHUDYAKOV, leader jusqu’aux sept kilomètres. Là, dans une eau beaucoup trop chaude, à 24°, pour un tel exercice, le Français se portait en tête, en compagnie du Hongrois Gergely GYURTA, jeune frère du champion olympique du 200 brasse de Londres, connu lui-même jusqu’ici pour ses performances sur 1500 mètres, tandis que, selon leurs forces, KHUDYAKOV et d’autres, comme notre jeune représentants Logan FONTAINE, faisaient de l’accordéon, se laissant décrocher puis tentant de douloureux retours. FONTAINE, encore à neuf secondes de REYMOND qui menait l’assaut, autour du quinzième kilomètre, connut alors un vilain coup de moins bien et n’allait pas tarder à abandonner. C’est vers ce moment que l’Etats-unien Chip PETERSON et l’Italien Simone RUFFINI, très présents, surtout celui-ci, se portaient en avant et venaient s’escrimer avec le Clamartois. Mais REYMOND ne lâchait pas ses prérogatives, et poussait les feux, se sachant très solide sur la distance mais assez fragile en termes de vitesse. Il menait constamment, en-dehors d’un court intermède d’Evgueny DRATTCEV. Au passage de la dernière bouée, RUFFINI, 4h46’11s, tenta de décoller, qui prenait trois secondes à REYMOND, 4h46’14, et six à son compatriote italien FURLAN,  4h46’17s1.

REYMOND n’ignorait certes pas, à quelques encablures de l’arrivée qu’aux championnats du monde 2015, à Kazan, où il était présenté comme le favori de la course, RUFFINI, vainqueur en 4h53’10s7, et FURLAN, troisième en 4h54’30s8, l’avaient, en compagnie d’Alex MEYER, USA, 2e en 4h53’15s1, éjecté du podium.

Il y a deux ans, REYMOND, qui inaugurait son titre européen, arraché en 2014 à Berlin, s’était montré très ambitieux, et avait finalement cédé, partiellement en face d’une stratégie de groupe italienne, où RUFFINI, hyper-résistant, menait la danse, et FURLAN, plus capable de changer de vitesse, attendait de sortir comme un diable de sa boîte. Deux ans plus tard, les Italiens intervertissent leurs places, et ils n’ont droit qu’à une médaille, à Budapest. FURLAN, accélérations ou pas, ne put revenir totalement sur REYMOND, qui, trois saisons après l’or européen, complétait sa panoplie de super-marathonien des eaux. Champion du monde !

25 KM, UN PEU LONG POUR MULLER : CUNHA DEVANCE VAN ROUWENDAAL

Aurélie MULLER était au départ des 25 kilomètres dames, une course qu’elle trouve longue (on se demande où elle a pu chercher ça). Cela ne l’empêcha pas de se mêler à la bagarre, et de passer presque toutes les bouées jusqu’aux 18 kilomètres première ou dans le peloton de tête. Peu après, cependant, l’épreuve sortait de son registre physiologique : elle ne parvenait plus à tenir le rythme et perdait le wagon de tête, tandis que sa compagne d’entraînement, Sharon VAN ROUWENDAAL, autre élève de Philippe LUCAS, décidément LE coach mondial de Budapest, appuyait. La championne olympique de Rio, qui avait été sujette à une mononucléose en mars dernier – et qui nourrissait sans doute quelque revanche contre MULLER, qu’elle avait accusée de lui avoir coupé la route d’une médaille sur 5 kilomètres –, était rejointe par la Brésilienne Anna Marcela CUNHA, terreur des marathons nautiques, et à deux mille cents mètres du but, décida de la soumettre à une attaque en règle. En un peu plus de cinq cents mètres, Sharon infligea un déficit d’une douzaine de mètres à CUNHA, qu’elle parvint à maintenir jusqu’au passage de la bouée, et on put croire que la Néerlandaise l’emportait quand CUNHA lança une ultime attaque, parvint à la déborder, et empocha son 3e titre mondial. Derrière ? Deux autres Italiennes, Ariana BRIDI, devant une vieille gloire, Martina GRIMALDI… Les Italiens n’ont pas beaucoup gagné, mais ils ont beaucoup été là. 

BUDAPEST, EAU LIBRE, OLIVIER ET MULLER NE QUITTENT PLUS LE PODIUM

Eric LAHMY

21 Juillet 2017

La débauche organisée de titres mondiaux joués dans chaque discipline de la natation fait qu’à Budapest, tout le monde ne cesse de repasser dans le champ de course, de se réaligner dans des départs et de disputer toujours plus de courses pour récupérer une autre médaille qui traîne. La multiplication des breloques distribuées finit quand même par les galvauder dans ce qui apparait comme un tableau surchargé.

Cette particularité a du bon : les Français en font l’expérience, qui, de par leur présence dans l’eau libre, ont, en collaboration avec nos plongeurs, amassé un joli pécule de breloques et d’ores et déjà sauvé la prestation d’ensemble de l’équipe de France à Budapest. Nos fondeurs, qui faisaient jusqu’ici un peu marginaux de l’entracte, sont désormais au centre des attentions.

C’est toujours délicat de mettre le doigt sur les travers d’un système au moment où celui-ci crée autant d’euphorie chez les nageurs français d’eau libre, qui sont quand même, sans doute, nos représentants les plus méritants, les plus exemplaires (si jamais la valeur d’exemple garde ses vertus dans ce monde).

Si les Jeux olympiques s’étaient déroulés à Budapest cette année, on aurait eu droit à de l’or pour Aurélie Muller et du bronze pour Marc-Antoine Olivier. Or nous voici, après deux médailles pour Aurélie (or du 10.000 et argent du 5km), deux autres pour Marc-Antoine Olivier (or du 5000 et bronze du 10km), devant un nouvel afflux de métal précieux dans cette course née de l’imagination sans faille des concepteurs FINA, le relais 5 kilomètres mixte (quatre fois 1km25). Formée, dans l’ordre, d’Océane Cassignol, 14’28s20, Logan Fontaine (13’21s40), Aurélie Muller (14’7s20) et Marc-Antoine Olivier (12’8s70), 54’5s5. L’équipe de France dut combattre tout du long pour maîtriser la formation américaine. Ils avaient mis un homme au départ, Brendan Casey devança nettement Cassignol, avec un parcours avalé en 14’0s30. Mais derrière, Ashley Twitchell, 14’6s50, toute fraîche championne du monde des 5 kilomètres devant Muller, titre remporté la veille, fut remontée et surpassée par Logan Fontaine. Ce second relais fut le tournant du match, car les Américains ne purent pas revenir. L’avance US de trente secondes s’était muée en un retard de dix-sept secondes.

Haley Anderson,5e des 5km le 19 juillet et, pour l’ensemble de son œuvre sans doute la meilleure nageuse de 5 km au monde, avait en face d’elle la meilleure nageuse de 10.000 mètres de la planète, et elle ne put reprendre plus d’une seconde et demie à une Aurélie Muller qui ne s’en laissait pas conter, et laissa une lourde tâche à son compatriote Jordan Willimovsky, second du 10.000 mètres devant Olivier, qui était de rattraper celui-ci ! La tâche s’avéra largement au-dessus de ses forces, et ses 12’5s50 ne lui firent reprendre que trois secondes au Français. Trois nageurs de Philippe Lucas, un nageur d’Eric Boissière, portaient donc à cinq le capital médailles, à trois le capital médailles d’or des Français.

Les Américains furent suivis tout du long par l’équipe italienne, qui avait pris l’option de faire nager d’abord ses filles. Rachele Bruni, 14’32s70, et Julia Gabbrielleschi, 14’14s80, étaient treizièmes de la compétition après leurs deux parcours, et laissèrent aux garçons le soin de récupérer la grosse minute de handicap qu’elles accumulèrent sur la France après des parcours cependant méritoires. Federico Vannelli, 13’23s, reprit dix places, et Mario Sanzullo, 12’20s50, eut beau s’activer, il resta en troisième position.

Voilà tout ce que je n’aime pas dans ce type de relais : les filles apparaissent à tort, mais apparaissent fatalement quand même comme des handicaps dans l’équipe dont les « messieurs » sont les héros. Les nanas qui taillent en pièce les mecs, c’est bon pour Hunter Games ou Wonder Woman, c’est même jouissif d’une certaine façon à regarder, mais bon, sortis de la fiction, dans la réalité terrestre ou aquatique, il en va différemment, et même Katie Ledecky n’y arriverait pas. C’est dire.

Derrière les équipes médaillées, on trouve tout ce qui étincelle en eau libre en-dehors des Pays-Bas. Malgré leurs deux champions olympiques, Ferry Weertman, et Sharon Van Rouwendaal, et l’excellent Marcel Schouten (plutôt nageur de 25km), ils ne sont pas parvenus à engager une équipe, faute d’une deuxième fille. Finissaient donc dans l’ordre, 4. Australie, 54’42s9 ; 5. Grande-Bretagne, 54’51s1 ; 6. Brésil, 55’19s6 ; 7. Hongrie, 55’23s7 ; 8. Allemagne, 55’41s8.

Pour en revenir à l’équipe de France, elle s’est constituée autour du constat intelligent de quelques entraîneurs qui pensaient qu’il y avait de l’or à prendre dans la pratique hors piscine. Ce qui était un calcul opportuniste est devenu une opération gagnante. On dit aussi que les victoires sont plus faciles en eau libre que dans les courses en bassin. C’est possible. Mais cette « facilité » nait aussi, de manière contradictoire, de la difficulté de l’eau libre, née de la confluence d’un grand nombre d’incommodités, longueur de l’effort, distances énormes parcourues, difficultés de l’entraînement et de la compétition, températures variables de l’air et de l’eau.

Plus facile de trouver des postulants sur 50 mètres brasse coulée, n’est-il pas vrai ?

MONDIAUX 2017. MULLER, OLIVIER, FERS DE LANCE DE L’ÉQUIPE LUCAS

Éric LAHMY

Mardi 18 Juillet 2017

Trois courses, trois podiums pour la France, pas si mal, l’eau libre, n’est-ce pas ? Stéphane Lecat avait demandé à ses nageurs de l’audace, il n’a pas été déçu, parce que dans l’ensemble, ça s’est porté à l’avant des épreuves, et ça n’a pas attendu pour se mêler à la bagarre.

Bien entendu, Aurélie Muller emporte l’adhésion. Il y a deux ans, elle était venue à Kazan pour gagner. A Rio, elle a été salement déçue après son embrouillamini avec l’Italienne Rachele Bruni qui lui a valu une disqualification en lieu et place d’une médaille.

A Budapest, le 16, elle a évité le piège qui menace le champion installé, celui qui consiste à nager, non plus pour vaincre, en conquérante, mais pour ne pas être battue. Un distinguo qui n’a l’air de rien, entre ces deux attitudes, mais qui fait toute la différence. Se trouver en tête, sur dix kilomètres, pratiquement du début à la fin, et trouver les ressources pour contrer toute attaque (notamment celle, aux trois quarts de l’épreuve, de l’Italienne Arianna Bridi), scier une à une les provocatrices (Bridi, mais aussi Bruni), et finalement l’emporter avec quatre secondes, sans nul besoin de photo-finish, voilà qui vous donne une idée de chef d’œuvre.  

Derrière elle, Samantha Michelle Arevalo Salinas, une Equatorienne de 23 ans toute étonnée d’arracher l’argent devant une pléthore de nageuses de haute volée: Cunha, la Brésilienne, double championne du monde sur 25 kilomètres en 2011 et en 2015, qui retrouve d’ailleurs à Budapest la place qu’elle occupait en 2015 à Kazan, derrière Muller et Sharon Van Rouwendaal.

Ici, elle se bronze, Cunha, ex-aequo avec Bridi, laquelle, après s’être entraînée des années en compagnie de Grimaldi, a rejoint Bruni… et lui est passée devant… On n’est jamais trahi que par les siens.

Bruni qui devance de dix secondes l’Américaine Haley Anderson, autre étoile du marathon nautique, tendance 5 kilomètres. Peut-être la plus grosse déception frappe-t-elle Sharon Van Rouwendaal, qui s’est maintenue pendant près des trois quarts de la course en deuxième position, à quelques mètres de Muller, avant de subir un gros coup de pompe, lequel va lui coûter quinze places. La championne olympique va se voir passée par tout ce qui nage un peu vite à ces mondiaux, tandis qu’Océane Cassignol, deuxième Française, passée 22e à la première bouée, tente un retour en tête qui l’amènera en huitième position à la fin du deuxième tiers de course, mais se fera doubler par pas mal de monde et se retrouvera… 22e, comme au départ, ce qui n’apparait pas cher payé, après tous ces efforts.

Aurélie Muller a raconté (dans le Républicain Lorrain) qu’elle était arrivée décontractée, sans trop savoir ce qu’elle voulait. Philippe Lucas, son coach, lui avait donné pour mission de gagner, et lui avait donné quelques repères stratégiques. Mais Aurélie n’en a pas trop tenu compte, non par esprit de contradiction, mais parce que se sentant bien dans l’eau, à l’aise dans son rythme, elle est passée devant et s’y est maintenue : « je menais la course donc j’étais en confiance, mais je savais que les filles allaient accélérer aux 5 km, 7 km… Je sentais les accélérations derrière mais j’ai essayé d’être en contrôle et de garder un peu de jus pour la fin. Ça a vraiment fonctionné. » Quelquefois, il suffit de savoir s’écouter et de ne pas craindre d’improviser. 

Comme en outre, Marc-Antoine Olivier gagne les 5 kilomètres messieurs, et que ce sont les deux premières courses nagées à Budapest, cela fait deux titres aux Français pour deux courses, et l’on se dit que, d’ores et déjà, la bande à Stéphane Lecat a sauvé l’honneur de l’équipe de France. On l’espérait un peu, mais entre espérer et entreprendre, puis entre entreprendre et réussir, il y a des étapes assez compliquées.

On trouve aussi, une nouvelle fois, aux commandes de la réussite, Philippe Lucas, et le site Swim Swam, sous la signature d’Anne Lepesant, lui rend un hommage justifié et mérité, qu’elle intitule « la réémergence de Philippe Lucas ». Je dirais cependant que Philippe ne m’a jamais paru tellement immergé, si ce n’est un peu avant que Federica Pellegrini ne le rejoigne, en 2011, et que depuis ces cinq ans et demi, je le trouve particulièrement haut sur l’eau ! Quand un homme a passé les quarante dernières années de sa vie à se lever à cinq heures du matin pour entraîner ses équipes, sans trêve ni repos, je me dis aussi que cette ligne haute de flottaison qu’arbore Philippe Lucas n’est pas volée !!

Marc-Antoine Olivier, qui a gagné haut la main le 5 kilomètres, a ensuite réussi à enlever le bronze sur la distance olympique, les 10 kilomètres, retrouvant sa place des Jeux olympiques de Rio. Il n’a rien pu faire face au monstre de l’épreuve, le Hollandais Ferry Weertman, et à l’Américain Jordan Willimovsky, qui avaient passé la première partie de la course à somnoler dans les profondeurs du classement, entre la 20e et la 50e place, mais dont les réveils furent terribles… Comme chez les filles, on peut noter, d’une année sur l’autre une certaine ressemblance entre les podiums. Weertman et Olivier retrouvent leurs places de Rio, tandis que Willimovsky, 5e à Rio, passe 3e. Le Grec Giannotis, médaillé d’argent à Rio, a dû prendre sa retraite. A 37 ans, nul ne le lui reprochera ! 

DROITS D’ENGAGEMENTS ET DE TRANSFERT, PÉNALITÉS : SEZIONALE PART À L’ASSAUT DES ABUS LUYCIFÉRIENS

Éric LAHMY

Samedi 8 Juillet 2017

Sous la présidence de la Fédération française de natation qui s’est achevée, après 24 ans, le 2 mai dernier, beaucoup de règlements fédéraux en étaient venus à s’apparenter dans certains cas à des abus, quand ce n’est pas des rackets purs et simples, que s’autorisait la Fédé de Francis Luyce sur les clubs promus au rang de vaches à lait. Si l’on regardait cela distraitement et d’assez loin, cela pouvait n’avoir pas trop l’air choquant d’un impôt fédéral, mais si on approchait et détaillait d’assez près…

…La gouvernance née des dernières élections des 1er et 2 mai avait promis de s’attaquer à ces pratiques qui s’apparentaient à rançonner les clubs. Elle le fait. C’est une bonne nouvelle, à plus d’un titre. Primo, le nouveau président, Gilles Sezionale montre là qu’il tient ses engagements de campagne. Que le président n’ait qu’une parole, et que cette parole correspond à ses actes, voilà qui fait du bien ! Son parler vrai change des baratins fumeux de son prédécesseur.

Ensuite, la nouvelle équipe tourne résolument le dos à toute une politique bravement confiscatoire – dont la tendance ne cessait d’ailleurs de s’aggraver – qui était devenue l’alpha et l’oméga d’un quart de siècle luyciférien…

Passons en revue ces remises en cause, qui feront l’objet, innovation, d’un prochain vote électronique des membres de l’Assemblée générale…

1). Parmi les excès en tous genres, on pouvait lire, dans un texte voté les 31 mars et 1er avril 2017 que les tarifs de droits d’engagement individuels passaient à 9,50€ et ceux des relais, équipes et ballets à 12€. Gilles Sezionale et son équipe proposent de revenir aux tarifs précédents, 9 et 11€.

2). « Tout engagement confirmé sur Extra Nat et non réglé pendant la période d’engagement sera pris en compte, mais sera soumis à une pénalité forfaitaire de 50€ » prévoyaient les mêmes règlements. On propose maintenant d’aménager le texte, et « pour offrir plus de souplesse, il est proposé un allongement du délai de paiement des engagements », explique-t-on, et le nouveau texte qu’on soumet à l’assemblée générale prévoit : « le paiement des engagements  est accepté uniquement par carte bleue jusqu’à quinze jours après la fin de la compétition. Passé ce délai, une indemnité forfaitaire de 50€ sera appliquée. En cas de non paiement, le club ne pourra pas engager ses nageurs à la prochaine compétition. »

3). « Les engagements payés par chèques seront soumis à une pénalité forfaitaire de 50€ » lit-on dans les règlements actuels. Cette disposition est conservée, mais avec l’aménagement et l’explication qui suivent : « un prestataire va être présenté à l’ensemble des clubs afin de souscrire à des cartes bancaires à des tarifs préférentiels. Par ailleurs, les paiements par virement sont sujets à confusion/erreur et donc à perte de temps pour tous. »

4).« À titre exceptionnel, les engagements déposés après la fermeture de la procédure ExtraNat seront enregistrés pendant la réunion technique, et seront facturés à 90,00 € pour une épreuve individuelle, 110,00 € pour une épreuve de relais, » lit-on dans le texte actuel. La proposition de la Fédération prend note du caractère « exagéré » du tarif appliqué, « et comptant sur le civisme de chacun, les montants proposés sont fortement revus à la baisse. Le texte aménagé se lira désormais ainsi : « À titre exceptionnel, les engagements déposés après la fermeture de la procédure ExtraNat seront enregistrés pendant la réunion technique, et seront facturés à 18 € pour une épreuve individuelle, 22 € pour une épreuve de relais. » Ce qui n’est pas rien, puisqu’il s’agit d’un doublement du tarif. Beaucoup mieux qu’une multiplication par dix, appliquée auparavant !

5). La précédente gouvernance avait entériné une hausse des droits d’engagement en water-polo et une hausse des droits de transferts, dont la moitié revenaient à la Fédération et un quart au Comité régional, spoliant aisi le club quitté du fruit de son travail. Les nouvelles règles proposées prévoient un retour aux tarifs de la saison passée, « à l’exception du Championnat de France Interclubs U17 garçons division Honneur qui passe de 3000€ à 1500€. » Pour ce qui est des droits de transfert, on propose au retour aux tarifs de l’année dernière, et « pour les transferts des athlètes en liste élite, 100% des droits seront reversés au club quitté. »