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NCAA 2018 (6).- CAELEB DRESSEL A GAGNÉ DES BATAILLES, ET LE TEXAS D’EDDIE REESE A GAGNÉ LA GUERRE

Éric LAHMY

Dimanche 25 Mars 2018

Donc Caeleb Dressel l’a fait. Il s’en est fallu de peu, mais ces dix centièmes de mieux que l’an passé, 39s90 contre 40s, sur 100 yards nage libre, représentent une nouvelle contribution du nageur clé du jour à la progression de la natation. Pourquoi passer les 40 secondes est-il plus remarquable que les 43 ou les 44 secondes ? C’est comme ça ! Tous ceux qui connaissent la natation savent que John Weissmuller a nagé le premier « sous » la minute au 100 mètres, que la première femme à le rejoindre fut Dawn Fraser, mais on ne se souvient pas trop des nombreux autres.

Cela dit, la course en yards petit bassin a surtout la force d’une coutume locale, et je ne saurais d’ailleurs dire si les 39s90 réussis par Dressel hier dans le bassin Freeman de Minneapolis, dans le Minnesota, valent beaucoup mieux que les 44 secondes et 94 poussières de Amaury Leveaux (même bardé de polyuréthane). En valeur, sans doute, mais en vitesse pure ? En combien Leveaux eut-il été chronométré au passage des 100 yards ?

D’une certaine façon, je pensais que Dressel nagerait plus vite qu’il ne l’a fait. Gagner 47/100e de seconde sur 50 yards n’indiquait-il pas un gain d’une pleine seconde sur la distance double ? En fait, je n’en savais rien. Il y avait deux façons de voir les choses, l’une liée au Dressel de 2016, l’autre au Dressel de 2017.

CAELEB DRESSEL 2018 PLUS PRES DE LA VERSION 2016 QUE 2017 ?

Car ce n’était pas tout à fait le même nageur. En 2016, c’était un « pur » sprinteur qui établissait le record des 50 yards qui allait tenir deux saisons, et jusqu’à ce jeudi : 18s20. Cette même année, Dressel nageait ses 100 yards en 40s46. En 2017, Dressel montrait des aptitudes un peu différentes : il s’imposait, outre le crawl et le papillon, ses deux chevaux de bataille, comme un formidable nageur de brasse de circonstance (à la Florent Manaudou, soit dit en passant, ou à la Roland Schoeman) mais aussi un grand « quatre nageur ». Il apparaissait (et était sans doute) plus résistant, parce qu’un 200 yards quatre nages exige quand même un minimum de ressources dans le domaine. D’ailleurs, l’été 2017, aux championnats US, Caeleb nageait un 200 mètres en 1’47s45, une performance hors d’atteinte d’un « pur  » sprinteur, et, 6e de la finale, frôlait la qualification dans le relais US pour Budapest…  Dressel, version 2017, était assez costaud sur les distances moyennes. 

Je ne sais si Dressel a perdu un peu de la résistance démontrée l’an passé, mais en tout cas il n’a pas été utilisé ce week-end sur le quatre nages. On l’a, comme dans son programme de 2016, dirigé sprint-sprint-sprint.

Et ça a payé sur 50 : passer en une journée, par étapes, à 18s11, 17s81 et 17s63 en partant de 18s20, limite absolue d’il y a deux ans, rapporté à son 40 secondes – une telle progression indiquait un possible 39s, voire même un 38s8 ou 38s9. Il n’était pas interdit de rêver. Mais rapporté au 40s46 de 2016, ce surcroit de vitesse de base donnait un possible 39s5 et à tout le moins un passage sous les quarante.

Il est toujours gênant de dire, après un exploit comme celui de Dressel, qu’il aurait pu faire mieux, et de toute façon, ce n’est pas sûr. Cent dix minutes plus tard, il s’élançait troisième relayeur du quatre fois 100 de son équipe. Et réalisait un parcours lancé en 40s25 à fond la caisse, vu qu’il n’était pas en tête et ne parvint pas à remonter à la première place…

Je crois que Dressel, quoique surhumain par certains côtés, commençait à fatiguer…

100 YARDS. – 1. Caeleb Dressel, Florida, 39s90 (18s96 + 20s94); 2. Ryan Held, North Carolina State, 41s08 (19s54 + 21s54); 3. Justin Ress, North Carolina State, 41s49 (19s74 + 21s75); 4. Blake Pieroni, Indiana, 41s51 (19s54 + 21s97); 5. Jacob Molacek, North Carolina State, 41s55 (19s94 + 21s61); 6. Townley Haas, Texas, 41s67 (19s98 + 21s69); 7. Tate Jackson, Texas, 41s81 (20s17 + 21s64); 8. Santo Condorelli, USC, 42s34 (19s59 + 22s75).

Dans sa course individuelle, DRESSEL prenait une avance considérable d’entrée. A son passage en 18s96, son avance était presque incongrue, les autres finalistes s’étageant entre 19s54 (Ryan Held et Blake Pieroni) et 20s17 (Tate Jackson). Et il continuait de s’échapper vers l’avant. Effet de cette supériorité décourageante greffée sur une glisse de loutre ? Trois des finalistes furent moins vite qu’en qualification, où, il est vrai, ils avaient dû s’employer ferme en se disputant les seize places de finalistes (celles qui accordent des points à leurs équipes)…

Autre curiosité ? Zac Apple, vainqueur de la finale B en 41s36, nageait plus vite que le 3e de la grande finale.

 1650 YARDS : 1. Anton Ipsen, North Carolina State, 14’24s43 ; 2. Felix Auboeck, Michigan, 14’29s42 ; 3. Nick Norman, California, 14’30s82 ; 4. Zac Yeadon, Notre Dame, 14’35s98 ; 5. Marcello Acosta, Louisville, 14’38s22 ; 6. PJ Ransford, Michigan, 14’38s23.

Sur 1650 yard, Anton Orskov Ipsen, un étudiant Danois (ingénierie industrielle) en 4e année de North Carolina, s’impose devant Felix Auboeck, un Autrichien de Michigan, déjà 2e de la même épreuve l’an dernier, qu’il parvient à décrocher d’abord difficilement grâce à un train très proche du negative split (course en accélération). Pratiquement ensemble aux 900 et encore aux 1000 yards, les deux hommes sont séparés finalement de cinq secondes. Ipsen a terminé 5e de la même course en 2015 et en 2016…14 nageurs passent sous les 14’45s.

200 YARDS DOS.- 1. Austin Katz, Texas, 1.37s53 [23s01, 47s51 (24s50), 1.12s62 (25s11), 1.37s53 (24.91)]; 2. John Shebat, Texas, 1.37s94 [22s23, 46s42 (24s19), 1.11s63 (25s21), 1.37s94 (26s31)]; 3. Patrick Mulcare, USC, 1.38s43 [23s26, 47s99 (24s73), 1.12s72 (24s73), 1.38s43 (25s71)]; 4. Bryce Mefford, California, 1.38s48 [23s51, 48s03 (24s52), 1.13s12 (25s09), 1.38s48 (25s36)]

Du nouveau sur 200 yard dos, où deux étudiants de première année (freshmen) se placent respectivement premier (Austin Katz, de Texas) et quatrième (Bryce Mefford, de California. Katz, natif de Tarpon Springs, en Floride, 19 ans ce 19 mars, suit comme souvent une tradition familiale, son aînée Taylor (Florida) et son frère Alexander (Michigan) se sont fait payer avant lui leurs études par la natation. Lui-même a été médaillé de bronze aux mondiaux juniors et d’argent aux Jeux universitaires. Eddie Reese réussit à placer ses deux Texans 1 et 2 de la course, soit 36 points précieux pour gagner le classement par équipes !

 200 YARDS BRASSE.- 1. Ian Finnerty, Indiana, 1.51s08 [24s54, 52s30 (27s76), 1.21s08 (28s78), 1.51s08 (30s)]; 2. Andrew Seliskar, California, 1.51s17 [25s01, 53s58 (28s57), 1.22s03 (28s45), 1.51s17 (29s14)]

Ian Finnerty réalise le doublé 100 et 200 yards brasse. Sur la distance la plus longue, il se qualifie en 1’50s78 et ne parvient pas à nager aussi vite en finale, mais 1’51s08 sera suffisant pour la victoire.

Il s’en faut de peu, car après qu’il ait engrangé une longueur de corps d’avance sur Andrew Seliskar au virage de la mi-course, Seliskar revient et lui reprend pratiquement toute son avance, n’échouant qu’à six centièmes pour gagner. 

200 YARDS PAPILLON: 1. Andreas Vazaios, North Carolina State, 1.38s60 [(22s54, 47s95 (25s41),1.13s04 (25s09), 1.38s60 (25s56)]

Le Grec Andreas Vazaios triomphe sur 200 papillon en nageant à l’encontre de la pratique de la spécialité, s’efforçant à l’égalité d’allure. Il n’y parvient pas réellement, mais passe en 47s95 pour finir en 50s65, ce qui est démontrer un équilibre de train nettement meilleur que ses suivants, Switkowski, 47s12 et 52s43, et Vinicius Lanza, 47s47 et 52s28. Le record NCAA et national de Jack Conger, 1’37s35, n’est guère approché. 

4 FOIS 100 YARDS : 1 North Carolina State, 2.44s31 [Ryan Held, 19s51, 41s05; Justin Ress, 1.00s15 (19s10), 1.21s67 (40s62), Jacob Molacek, 1.41s05 (19s38), 2.2s69 (41s02), Coleman Stewart, 2.22s35 (19s66), 2.44s31 (41s62)]; 2. Florida, 2.45s73 [Khader Baqlah, 20s42, 42s28, Jan Switkowski, 1.1s90 (19s62), 1.23s53 (41s25), Caeleb Dressel, 1.42s56 (19s03), 2.3s78 (40s25);Mark Szaranek, 2.23s39 (19s61), 2.45s73 (41s95); 3. California, 2.46s54 [Justin Lynch, 19s88, 41s97; Andrew Seliskar, 1.1s82 (19s85), 1.23s81 (41s84), Ryan Hoffer, 1.43s08 (19s27), 2.5s (41s19); Michael Jensen, 2.24s56 (19s56), 2.46s54 (41s54).

Le record détenu par l’Université du Texas depuis l’an passé, 2’45s39, est battu à deux reprises, par le quatuor de Caroline du Nord, en séries, 2’44s75, et en finale, 2’44s31. Ryan Held est le plus rapide au start avec 41s05 (et 41s09 en série). Toujours pour North Carolina, Justin Ress nage 40s35 lancé en série (et 40s62 en finale). Pour Florida, Dressel nage 40s15 en séries, 40s25 dans la finale. Seul autre sous les 41 secondes lancé, Blake Pieroni, 40s77. Très grande densité, avec six nageurs au start sous les 42 secondes, sept lancés sous les 41s5.

TEXAS ET EDDIE REESE PLUS DIFFICILEMENT QU’EN 2017

Derrière les exploits de tel ou tel, de ce relais ci ou là, un autre match se joue, il est d’ailleurs le vrai match, celui des coaches. Une fois de plus, c’est Eddie Reese qui a gagné, Texas, à la onzième heure, ayant réussi à accumuler le plus de points. Malgré Dressel, Florida est seulement cinquième. C’est le système de pointage qui veut cela, parce qu’il accorde des points jusqu’au 16e classé. Un exemple ? Quand Dressel gagne les 100 yards, il marque 20 pts, et Florida marque 22 pts, ceux de Caeleb et deux de Khader Baqlah, 15e. Cependant, North Carolina marque 47 points en raison des places de 2e 3e et 5e de Ryan Held, Justin Ress et Jacob Molacek, et Texas en marque 30 avec Townley Haas, 6e,Tate Jackson, 7e, et Brett Ringold, 12e.

A l’arrivée, privé de ses plus grandes vedettes, Texas l’emporte quand même, mais moins brillamment qu’en 2017, où l’université, 542 pts, avait largement dominé California, 349pts. Ici, il s’en est fallu de moins de douze points, mais Eddie Reese s’en sort une nouvelle fois vainqueur.

Né le 23 juillet 1941, le vieil Edwin Charles Reese va-t-il rempiler ? Après 14 championnats NCAA, record absolu, il pourra prendre une retraite bien méritée. Dans le cas contraire, il aura toujours deux ans (moins un jour) de moins que le président de la FINA…

CLASSEMENT PAR EQUIPES D’ UNIVERSITES

1. Texas, 449pts; 2. California, 437.5pts; 3. Indiana, 422pts; 4. NC State, 385pts; 5. Florida, 347pts; 6. Southern California, 253pts; 7. Stanford, 205pts; 8. Michigan, 168.5pts; 9. Louisville, 156pts; 10. Georgia, 129pts; 11. Tennessee, 123pts; 12. Auburn, 98.5pts; 13. Alabama, 95pts; 14. Texas A&M, 75pts; 15. Minnesota, 67pts; 16. Arizona, 64pts; 17. South Carolina, 60pts; 18. Harvard, 58pts; 19. Purdue, 54pts; 20. Arizona State, 45pts; 21. Florida State, 42pts ; 22. Denver, 31pts ; 23. Missouri, 29pts ; 23. Notre Dame, 29pts ; 23. LSU, 29pts ; 23. Cornell, 29pts ; 27. Miami, 27pts; 28. Ohio State, 25pts; 29. Virginia, 19pts; 30. Penn State, 14pts; 31. Towson, 11pts; 32. Utah, 10pts; 33. Duke, 9pts; 33. Virginia Tech, 9pts; 35. Grand Canyon, 7pts; 36. U North Carolina, 6pts; 36. Hawaii, 6pts; 38. West Virginia, 2.5pts; 39. Iowa, 2pts; 40. Wyoming, 1pt; 40. Southern Methodist University, 1pt.    

NCAA 2018 (5) CAELEB DRESSEL L’IRRÉSISTIBLE A ENCORE FRAPPÉ

Éric LAHMY

Samedi 24 Mars 2018

Vendredi noir pour Hugo Gonzalez à Minneapolis où s’est achevée la magnifique troisième journée des NCAA 2018. Les séries des 400 quatre nages ont présidé à l’enterrement sans grandes pompes de ce garçon présenté (ici même d’ailleurs, mea maxima culpa) comme peut-être l’un des grands hommes de la compétition et qui termine dans les trentièmes dessous. Je ne lui en voudrai pas. Hugo Gonzalez n’est pas tenu à confirmer mes pronostics ou à tenir mes promesses !

Et ces qualification matutinales promeuvent Andrew Seliskar. Seliskar a été un petit génie des groupes d’âge, et a amélioré plus d’un record US de jeunes au début des années ‘10, ainsi sur 200 quatre nages, 100 et 200 brasse. Il est le nageur le plus recherché des recruteurs, en octobre 2014. Avant cela, il lui a fallu être sauvé par une poussée de croissance, vu qu’il mesurait 1,73m à 17 ans, 1,85 à dix-huit. Au bout de cette année, il a été élu meilleur nageur scolaire de l’année (côté filles, c’était Katie Ledecky) et a soudain entrevu un avenir de nageur.

Et puis, finalement, Seliskar n’est pas devenu le nouveau Michael Phelps.

LE PROGRAMME DE NATATION A CRÉÉ DES NAGEURS TRANSVERSAUX, QUI SONT LA NÉGATION DES SPÉCIALITÉS DANS LA MESURE OU ILS LES MAÎTRISENT TOUTES

Et la finale d’hier dément les pronostics du matin. La course revient à Abraham Devine, de Stanford, étudiant de troisième année comme Seliskar. Autoproclamé « avide jardinier », et 10e des 200 mètres quatre nages des mondiaux de Budapest en juillet dernier, Devine est un quatre nageur chevronné doublé d’un dossiste redoutable, en fait le dernier né d’une engeance qui pourfend notre idée pourtant tenace d’une séparation des différents styles, et nage, partout, très bien. Cette transversalité (couplée hier à une solide préparation) lui a offert un avantage déterminant. Abraham a répondu à l’attaque initiale de Seliskar en papillon, puis a pris ses distances dans un parcours de dos magistral, mettant dans le rouge si ce n’est dans le vent tous les finalistes, et contraignant Seliskar, défendant sa chance avec un cœur énorme, à un colossal effort pour recoller en brasse.

SELISKAR S’APPRÊTAIT À TOUT DÉVORER, MAIS C’EST DEVINE QUI VIENT DÎNER

A l’issue de quoi, Devine pouvait déployer une nouvelle attaque en crawl, déterminante. Seliskar, très fatigué, on imagine, se faisait prendre trois secondes dans le parcours de libre et se laissait piquer (nolens volens) la deuxième place par Nick Thorne, d’Arizona, lequel, étant plutôt un habitué des finales B, n’avait jamais atteint de tels sommets dans sa jeune carrière.

1. ABRAHM DEVINE, Stanford, 3.35s29; 23s03, 49s27 (26s24), 1.16s64 (27s37), 1.43s38 (26s74),2.14s17 (30s79), 2.45s16 (30s99), 3.10s46 (25s30), 3.35s29 (24s83).2. NICK THORNE, Arizona, 3.38s56; 23s11, 49s64 (26s53), 1.18s09 (28s45), 1.45s97 (27s88), 2.16s90 (30s93), 2.48s22 (31s32), 3.13s99 (25s77), 3.38s56 (24s57).3. ANDREW SELISKAR, California, 3’38s73 ; 22s70, 49s29 (26s59), 1.17s29 (28s), 1.44s82 (27s53), 2.14s87 (30s05), 2.45s36 (30s49), 3.12s21 (26s85), 3.38s73 (26s52).

CAELEB DRESSEL EST LE MAÎTRE DU CRAWL, LE PATRON DE LA BRASSE, L’EMPEREUR DES QUATRE NAGES, ET IL A PEUT-ÊTRE BON DOS, MAIS C’EST AUSSI LE PAPE DU PAP’

Caeleb DRESSEL, une fois sur son chemin, ne s’arrête pas. Après avoir réformé les 50 yards, le nouveau monstre sacré de la natation s’est attaqué au 100 papillon, et a pondu un autre chef d’œuvre. Ses 42s80 ne diront rien aux habitués des mètres, mais ils améliorent de façon décisive le record US que Caeleb détenait avec 43s58 et font penser qu’il est près d’améliorer le record du monde de la distance en mètres, et en grand bassin, de Michaël Phelps.

Ils ont été accueillis par un puéril « premier sous les 43 secondes », nous ne raisonnons plus que comme ça, pauvres hommes de statistiques que nous sommes. Ce qui nous intéresse cependant dans ce chiffre, c’est qu’il rapproche le record de nage papillon à 2s58 du crawl. Inusité : autre signe que le record du 100 va exploser à son tour, pour être amené autour de trois secondes, comme il en va d’habitude, par les soins du même Dressel.

À CHAQUE INSTANT DE SON EFFORT CAELEB A CONTINUÉ DE DISTANCER SES ADVERSAIRES

Il est passé en moins de vingt secondes, revenu en 22s81, et à chaque instant de son effort, a continué de distancer les autres finalistes. Que dire de plus ? Dressel représente une classe à part, une avancée dans l’avenir de ce sport, un aventurier du futur, le chaînon manquant entre l’homme et le dauphin, que le grand Murray Rose s’était amusé à envisager avec humour, quand il racontait ses promenades aquatiques et ses glissées bodysurfées sur les vagues de Bondi Beach.

Derrière, on est très loin, et Joseph Schooling, le champion olympique singapourien et « le nageur le plus doué » que son coach, Eddie Reese, n’a jamais vu, s’est retrouvé quatrième dans une finale où six nageurs cassaient les 45 secondes… J’avoue que j’aimerais savoir ce que Schooling pense de ça. L’an passé, après l’ouragan Dressel, il avait expliqué qu’il avait eu tort, après sa saison olympique, d’en avoir pris à son aise alors même qu’il annonçait que son but serait de battre le record du monde de Phelps. Et maintenant ?

1. CAELEB DRESSEL, Florida, 42s80  [19s99, 42s80 (22s81)]2. JAN SWITKOWSKI, Florida, 44s49 [20s85, 44s49 (23s64)]3. VINI LANZA, Indiana, 44s50 [20s81, 44s50 (23s69)]4. JOSEPH SCHOOLING, Texas, 44s68 [20s75, 44s68 (23s93)]5. RYAN HELD, North Carolina State, 44s88 [20s55, 44s88 (24s33)]6. RYAN HOFFER, California, 44s93 [21s05, 44s93 (23s88)]

TOWNLEY, L’AS DES HAAS REPREND SON BIEN A BLAKE PIERONI

Bon, je ne vais pas me jeter des fleurs, et je ne dirai pas que j’avais “pronostiqué” la victoire de Townley Haas devant Blake Pieroni sur 200 yards. Loin de là. Mais je l’avais envisagée en sachant que Pieroni, dans le passé, s’était montré meilleur relayeur qu’individuel… Un lecteur m’avait enjoint hier à une certaine prudence quand j’avais parlé de la 2e place sur 200 de Haas derrière Pieroni (c’était dans le relais). Toujours est-il que Haas a gagné, a battu le record qu’il a repris à Pieroni et que celui-ci, sans vraiment démériter, n’a pas nagé sa plus belle course : au lieu de se lancer carrément devant comme dans le relais, il l’a, semble-t-il, jouée tactique, passant une demi-seconde moins vite que dans son relais aux 100 comme aux 150 et n’a jamais pu revenir sur un Haas qui, tout au contraire, passait plus vite que dans le relais, en 43s12 contre 43s74 et 1’6s18 contre 1’7s06.

1. TOWNLEY HAAS, Texas, 1.29s50 [20s64, 43s12 (22s48), 1.6s18 (23s06), 1.29s50 (23s32)].2. BLAKE PIERONI, Indiana, 1.30s23 [21s05, 44s03 (22s98), 1.6s93 (22s90), 1.30s23 (23s30)].3. ZACH APPLE, Auburn, 1.31s18 [21s22, 44s11 (22s89), 1.7s31 (23s20), 1.31s18 (23s87).

CONNAISSEZ VOUS IAN FINNERTY

Dressel a quand même perdu un record: celui des 100 yards brasse. Mais cela ne peut être compté comme une défaite, car Caeleb n’était pas dans la course. Le vainqueur, Ian Finnerty, un junior d’Indiana, a réussi 49s69 et effacé les 50s03 du Floridien. On a donc fêté le passage d’une nouvelle frontière chronométrique, c’est fou ce qu’il y en a dans ce sport !

Finnerty a été membre de l’équipe US, son record sur 100 mètres brasse est de 1’0s03 (encore une frontière à franchir ?) et n’a jamais fait mieux que 8e aux championnats d’été, sur 100 brasse. A Minneapolis, il a représenté la revanche des spécialistes face aux couteaux suisses, dont Dressel est l’expression la plus aiguisée…

1. IAN FINNERTY, Indiana, 49s69 [23s26, 49s69 (26s43)].2. CONNOR HOPPE, California, 51s16 [23s79, 51s16 (27s37)].3. CARSTEN VISSERI, USC, 51s28 [24s00, 51s28 (27s28)]. 

L’OUTSIDER COLEMAN STEWART GAGNE DEPUIS LA LIGNE N°1

Pas de record sur 100 yards dos, ce qui est une sorte d’originalité. Autre spécificité de cette course, elle est gagnée par Coleman Stewart, un sophomore de 19 ans presque fluet de 75kg pour 1,88m, qui pouvait difficilement éviter la natation, son père, son frère et sa sœur ayant nagé, qui pour Brucknell, qui pour Princeton, qui pour Darmouth.

Ici, Coleman, qui jusqu’alors n’a pas trop fait parler de lui, s’est qualifié avec le septième temps dans des séries très « compactes », chose qui rend les résultats finaux très aléatoires et difficiles à prédire, et a gagné la course, d’un centième de seconde, en évoluant dans sa ligne extérieure. Moins de huit dixièmes de seconde entre le vainqueur et le dernier…

1. COLEMAN STEWART, North Carolina State, 44s58; [21s61, 44s58 (22s97)]

2. JOHN SHEBAT, Texas, 44s59 [21s38, 44s59 (23s21)]

3. ANDREAS VAZAIOS, North Carolina State, 44s81 [21s66, 44s81 (23s15)]

4. AUSTIN KATZ, Texas, 44s99 [21s89, 44s99 (23s10)]

RELAIS 4 FOIS 50 QUATRE NAGES1. USC, 1.21s82 [Robert GLINTA, 21s15, Carsten VISSERING, 43s73 (22s58), Dylan CARTER, 1.3s33 (19s60), Santo CONDORELLI, 1.21s82 (18s49).

2. California, 1.21s88 [Daniel CARR, 20s85, Connor HOPPE, 43s86 (23s01), Justin LYNCH, 1’3s63 (19s77), Ryan HOFFER, 1.21s88 (18s25)]

Les meilleurs temps: en dos, PAUL UNGUR, Utah, 20s64 ; en brasse, CARSTEN VISSERING, USC, 22s58 ; en papillon, DYLAN CARTER, USC, 19s60 ; en crawl, CAELEB DRESSEL, Florida, 17s37).

NCAA 2018 (4): CAELEB DRESSEL ET LA LÉGENDE SÉCULAIRE DES 100 YARDS

Éric LAHMY

Vendredi 23 Mars 2018

Caeleb Dressel est sur le point de nager un 100 yards, en petit bassin, en moins de quarante secondes… Ce qui était encore avant-hier une supputation devient une quasi-certitude après ses énormes progrès en vitesse, démontrés sur 50 yards. Soyons clair. Nous serions déçus s’il n’améliorait pas les quarante secondes.

La minute avait été battue sur la distance en 1906, et John Weissmuller avait réalisé 51 secondes en 1927.

Charles Daniels avait été le premier nageur de sprint à utiliser le crawl. Il nageait au début de sa carrière un style primitif appelé over arm stroke où le mouvement de bras, presque crawl, s’appuie sur un ciseau de jambes. Mais il fut convaincu de la supériorité du battement quand il vit un certain Scott Leary progresser énormément en utilisant le tap tap pratiqué par les naturels des îles de la Sonde que des Australiens, les frères Cavill, avaient importé dans la « civilisation » et rebaptisé crawl (ramper) en raison de l’impression de « ramper dans l’eau » que donne cette nage…

Quand Duke Kahanamoku efface le nom de Daniels, c’est dans le bassin de 100 yards d’Honolulu, donc sans virage, mais en eau de mer, ce qui augmente la portance. Il va pousser le record de 54s8 à 53s. Au début, les Américains ne croient pas aux performances que Duke réalise dans son île lointaine, à Hawaii, et qui apparaissent sur les documents officiels. On ne peut pas croire qu’un « indigène » – Kahanamoku est un Noir des îles du Sud.… – puisse nager aussi vite. Comme Daniels, Kahanamoku est aussi un nageur olympique. Il gagnera le 100 libre des Jeux de 1912 et de 1920 et aucun autre nageur mâle n’a gagné le 100 libre aux Jeux olympiques à huit ans de distance…

CE RECORD QUI NE SERA JAMAIS BATTU…

John Weissmuller, qui prend la suite de Kahanamoku, est plus qu’un sprinteur. Il sera élu en 1950 nageur du demi-siècle, sera champion olympique du 100 et du 400 mètres aux Jeux olympiques de Paris, en 1924, battre un record mondial des 800 mètres et sera une année champion américain de grand fond.

Le doublé 100-400 sera renouvelé quarante ans après, en 1964, par Don Schollander, et nul ne le reproduira ensuite, même si, en 1972, Mark Spitz aurait été en mesure de le réaliser et si Ian Thorpe tentera le coup.

Quand Weissmuller nage les 100 yards en 51 secondes juste, en 1927, des observateurs qualifiés affirment que ce temps ne sera jamais battu. Il faudra seize ans pour les contredire.

Ce qu’ils ne savent pas, c’est que les progrès en natation sont la résultante d’une multitude de paramètres divers liés à la fois à des talents individuels d’exception et à des évolutions techniques (technique de nage et conditions de nage).

Et que la nage de Weissmuller, qu’ils croient être au sommet de la technique, est basée sur un nombre d’erreurs de jugement de son coach, liées à énormément d’ignorances de l’époque concernant les paramètres de la propulsion dans l’eau (et notamment l’ignorance des réflexions des coaches japonais, dont, barrage de la langue aidant, les occidentaux n’ont pas idée)…

Les façons d’apprécier les possibilités d’évolution sont très aléatoires. Quand en 1966, Michael Burton améliore le record mondial du 1500 mètres pour l’amener à 16’41s6, le jeune (45 ans) coach James Counsilman apostrophe son aîné, le vieux coach de Yale, alors à la retraite, Robert « Bob » Kiputh, 76 ans, et lui lance « ce record ne sera jamais battu ». La réponse fuse : « bientôt, des petites filles battront ce record. » Kiputh, à ce moment, n’a plus que six mois à vivre, il mourra le 7 janvier 1967. Mais c’est lui qui a raison !

LES NAGEURS COMPLETS ET LES ACROBATES DU PETIT BASSIN

Si le record officiel de Weissmuller reste à 51 secondes, Johnny, devenu professionnel, et interprète de Tarzan à Hollywood, va faire mieux. Vers 1938, il est défié par Walter Spence, alors champion des Etats-Unis, dans un 100 yards. Weissmuller s’est entraîné de façon atypique, en nageant dans des shows à grand succès précurseurs de la natation synchronisée avec une ancienne championne olympique de nage sur le dos, Eleanor Holm. Il enchaîne les shows, plusieurs par jour et parmi les exercices qu’il effectue, il nage tandis qu’Holm a posé ses pieds sur ses épaules : bel exemple de musculation dans l’eau.

La course sera chronométrée par deux spécialistes dont le fameux Buck Dawson, futur créateur du Swimming Hall of Fame. Weissmuller ridiculise le champion en titre et arrête les chronos à 48s2/5. Il faudra attendre un quart de siècle pour que quelqu’un, Jeff Farrell, le grand sprinteur des Jeux de 1960, nage aussi vite…

Après John WEISSMULLER et son tarzanesque 1,91m, arrive le temps d’Alan Ford, aux dimensions plus banales et que la guerre mondiale empêchera d’être champion olympique en 1944. Suit le grand Richard Cleveland, peut-être l’initiateur de la musculation. C’est un squelette de 66,5kg pour 2,04m, et son coach le confie à un parent, enseignant culturiste, pour lui donner la puissance physique qui lui permettra de battre les records des 100 yards et des 100 mètres (Cleveland sera le premier homme sous les 55 secondes)…

Les nageurs qui s’emparent du record se suivent et ne se ressemblent pas. Vous avez les nageurs complets, aussi à l’aise en grand qu’en petit bassin, comme Jeff Farrell, Stephen Clark, Zac Zorn, Andrew Coan, Ambrose Gaines, et les experts du petit bassin comme Ray Padovani, Dave Edgar, Duje Draganja… Et ceux soupçonnés de dopage comme Cesar Cielo et Vladimir Morozov !

 

HISTORIQUE DU RECORD DES 100 YARDS

(en bassin de 25 sauf quand signalé)

1’            Frederick LANE                     1902

57s2      Charles DANIELS                  1906                

56s        Charles DANIELS                  1906

55s4       Charles DANIELS                 1907

54s8       Charles DANIELS                 1910

54s6       Duke KAHANAMOKU          1913 (100 yards)

53s8       Duke KAHANAMOKU           1915  (100 yards)

53s2       Duke KAHANAMOKU           1915  (100 yards)

53s         Duke KAHANAMOKU           1917  (100 yards)

52s6      John WEISSMULLER           1922

52s4      John WEISSMULLER           1924

52s2      John WEISSMULLER           1925 (50 yards)

52s        John WEISSMULLER           1925 (100 yards)

51s        John WEISSMULLER           1927

50s6      Alan FORD                            1943

49s7      Alan FORD                            1944

49s3      Richard CLEVELAND           1952

49s2      Richard CLEVELAND           1952

49s        Rex AUBREY                         1956

48s9      Robin MOORE                       1956

48s2      Jeff FARRELL                       1960

47s9      Ray PADOVANI                      1960

46s8      Steve CLARK                          1961

(Virage culbute sans toucher à la main autorisé)

45s6      Steve CLARK                          1965

45s6      Ken WALSH                           1967

45s3      Zachary ZORN                       1968

(chronométrage électronique)

44s73     David EDGAR                         1971

44s69     David EDGAR                         1971

44s50     David EDGAR                         1971

43s99     Andrew COAN                       1975

43s39     Joseph BOTTOM                     1977

43s25     Andrew COAN                       1979

43s16     Rowdy GAINES                     1980

43s08     Rowdy GAINES                     1981

42s62     Ambrose GAINES, USA,       1981

42s38     Ambrose GAINES, USA,       1981      

42s36     Matt BIONDI                           1985

41s87     Matt BIONDI                           1985

41s80     Matt BIONDI                           1987

41s80     Anthony ERVIN                    2001

41s62     Anthony ERVIN                    2002

41s49     Duje DRAGANJA, Croatie,   2005

41s17     Cesar CIELO, Brésil,             2007

40s92     Cesar CIELO, Brésil,             2008              

40s76    Vladimir MOROZOV, RUS,    2013

40s46    Caeleb DRESSEL,                2016

40s00   Caeleb DRESSEL,                 2017

NCAA MESSIEURS 2018 (3): DRESSEL 17s63 SUR 50 YARDS, REJOINT LA LIGUE DES PHENOMENES, WEISSMULLER, SPITZ, LOCHTE, THORPE ET AUTRES PHELPS…

Eric LAHMY

Vendredi 23 Mars 2018

Vous le savez sans doute aussi bien que moi, Caeleb Dressel a encore frappé hier après-midi (la nuit dernière heure française) et fait passer son record des 50 yards de l’autre côté des dix-huit secondes. Nous l’avions laissé hier alors qu’il venait de faire passer le dit record de 18s20 à 18s11. On songeait voir un chef d’œuvre, mais ce n’était qu’un hors d’œuvre, une « mise en bouche ». Caeleb nageait 17s81, et 17s63!

Plus précisément, Dressel, dans les séries du relais quatre fois 50 yards, avait nagé 17s96 lancé. Puis dans les séries de la course individuelle, 18s11, premier record. Peu après, dans les séries des 4 fois 100 quatre nages, il terminait en crawl et en 40s27 lancé. En finale du relais quatre fois 50 yards, le soir, à 18h7, il passait sous les 18 secondes avec 17s81. A 19 heures précises, il enlevait la course individuelle en 17s63. Enfin, dans le relais de quatre nages, utilisé cette fois en brasse, il nageait en 50s62, et ramenait son équipe de Floride de la 16e place ex-aequo où la situait le parcours initial en dos de Bailey Main en 46s41, à la 5e, où ses équipiers en papillon et en crawl allaient la maintenir finalement…  

Ces perturbations des records montraient de la part de Caeleb Dressel un joyeux et tonique manque de respect vis-à-vis de l’histoire du sprint, où les progrès sont considérés voire admirés quand ils se comptent en centièmes de seconde et se voient à la loupe.

Là c’est 48/100e, une demi-seconde, de gagnés, ce qui est beaucoup sur une distance aussi rétrécie, et évoque un peu ce qu’Usain Bolt a réalisé dans un passé proche en course à pied sur 100 mètres ou 200 mètres plat : une sorte de révolution.

Pour Swim Swam, Coleman Hodges notait hier soir devant ce fait, ce coup double qui consistait à marquer l’histoire de ce sport en « passant sous les 18 secondes non pas une mais deux fois, que cela cimentait l’idée que se faisaient les fans de natation depuis au moins les finales NCAA en 2017, que Dressel était un talent générationnel unique et le plus grand nageur en yards de l’histoire. »

Laisser son second à plus d’une seconde dans une finale de NCAA réunissant tous les meilleurs sprinteurs universitaires, bien entendu, est assez étonnant, quoique cela pose une double question : Dressel est-il tellement supérieur ou bien est-ce que ce sont ses suivants qui sont un peu faiblards.

La réponse n’est pas simple, même si la « grandeur » de Caeleb ne laisse, de son côté, aucun doute… Mais Ryan Held, le deuxième de la finale à 18s64, effectue l’une des courses les plus rapides de l’histoire… Rappelons également qu’Ervin, champion olympique des 50 mètres en 2000 et seize ans plus tard devant Manaudou n’a jamais battu les 19 secondes…

Il est aussi frappant de noter qu’à travers l’ensemble séries-finales de ces 50 yards, la distance qui séparait Dressel d’Held, 1s01, équivalait à celle qui séparait Held de l’auteur du 40e temps enregistré dans cette journée, 19s64, Jack Smith, de l’Iowa !

Si tout le monde se concentrait sur l’idée que Dressel pourrait casser le « mur » chronométrique des 40 secondes aux 100 yards, personne n’aurait imaginé qu’il pourrait nager si vite sur la demi-distance. Ce qui parait sûr désormais, c’est qu’il pourra utiliser ce gros surcroit de vitesse pour parvenir à ses fins sur les 91,44m…

Si vous avez vu cette course en vidéo, vous noterez le vaste ascendant de Dressel sur ses adversaires dans tous les compartiments. S’il parait être avec tout le monde dans sa coulée de départ, le passage de la coulée sous-marine à la nage est l’occasion d’une surprenante supériorité (qui nous rappelle ce que pouvait faire Diane Buy-Duyet, particulièrement impressionnante dans ce secteur). Dressel, comme Buy-Duyet, opère un jaillissement vers l’avant au moment d’émerger, et accélère là où personne d’autre ne sait accélérer. Aussi remarquable, son virage, mais également la trajectoire de son retour aérien à l’« attaque » de bras, qui va chercher l’eau très loin devant.

Je vous recommande aussi la vidéo où Ryan Murphy, le double champion olympique de dos, décrypte Dressel, décrit de façon assez amusante sa conformation physique « d’un trait; l’homme n’a pas de fesses, pas de sinuosités, rien où l’eau peut le freiner » ce qui, toujours selon Murphy, lui permet de trouver facilement le mouvement le plus efficient, alors que lui, Murphy, doit sans cesse se contorsionner pour effectuer le mouvement propulsif et la position la moins freinatrice.

Murphy explique aussi que Dressel combine les éléments de deux différents départs qu’il utilise très bien.

Ce document, publié par le site Flo Swimming, « Why is Dressel so fast ? w/ Ryan Murphy se trouve sur You Tube :

 

Dressel a emmené une équipe de Floride particulièrement inspirée, qui a gagné un relais, le quatre fois 50 mètres, grâce à l’avance initiale que ses 17s81 leur ont donnée. Derrière, les sprinteurs de North Carolina State et de California se sont échinés en vain, finalement battus de 11 et de 17/100e, les 200 yard quatre nages, où Jan Switkowski, vainqueur en 1’39s54, et Mark Szaranek, 3e en 1’40s27, remplaçaient avec talent l’absence de… Caeleb Dressel, vainqueur l’an passé et détenteur du record de la distance, 1’38s13.

Mais le système de points qui préside aux NCAA et attribue des points aux 16 premiers autant en individuel qu’en relais (doubles points pour les relais) n’a pas permis aux Floridiens de mener, comme on aurait pu penser que les exploits de son leader leur auraient permis.

Au plan des équipes, la nouvelle, c’est que Texas aura du mal à l’emporter comme son équipe le fit ces trois dernières éditions. Seul Texan à s’imposer, sur 500 yards, Townley Haas a ajouté à sa 2e place sur 200 une victoire en 4’8s60, tout près du record NCAA, 4’8s42, de Clark Smith, et assez proche du record américain établi en novembre dernier par Zane Grothe, 4’7s25.

Dans le relais quatre nages, Indiana l’a emporté en 3’1s07 devant North Carolina, 3’1s76 et USC, 3’1s83. Les meilleurs nageurs style par style ont été : en dos, Coleman Stewart, NC, 44s74, devant Javier Acevedo, Georgia, 44s90 ; en brasse, Ian Finnerty, Indiana, 50s33, devant Caeleb Dressel, Florida, 50s62 ; en papillon, Ryan Held, North Carolina, 43s88, devant Jan Switkowski, Florida, 44s11, et Joseph Schooling, Texas, 44s33 ; en libre, Blake Pieroni, Indiana, 40s62, devant Justin Ress, North Carolina, 40s82, et Robert Howard, Alabama, également 40s82.

Par équipes, un « match à cinq » se dessine, entre Indiana, 169 points, North Carolina, 165 pts, Texas, 159pts, Florida, 154pts et California, 152,5pts.

NCAA 2018 (2) : CAELEB DRESSEL, SÉRIE GAGNANTE ET 18s11 AUX 50 YARDS, NOUVEAU RECORD, EN ROUTE VERS LES 39 SECONDES AUX 100 ?

Éric LAHMY

Jeudi 22 Mars 2018

Caeleb Dressel va-t-il « casser » les 40 secondes au 100 yards ?

Eléments de réponse très vite ce week-end, au centre aquatique Frreeman de Minneapolis.

Et déjà, dans les séries de qualification des 50 yards des championnats NCAA, Dressel nous donne à croire qu’il PEUT LE FAIRE.

Pourquoi ? Parce qu’il a amélioré le record US, avec un temps de 18s11. Il devance le second, Ryan Held, 18s69, d’une demi-seconde. L’ancien record appartenait à Dressel avec 18s20, depuis 2016. Gagner 0s09 sur 50 garantit-il un gain double sur le distance double ?

Non, mais. Cela facilite l’opération… Quatre-vingt minutes plus tôt, Dressel, partant en deuxième position dans le relais de Florida, avait accompli un 50 yards lancé en 17s96, démontrent là aussi sa différence de classe. Dans cette épreuve, le meilleur temps au start avait été réalisé par Ryan Held, de NC State, avec 18s87, le meilleur temps lancé par Justin Ress, également de NC State, 18s52.

Dressel est-il un nageur d’exception ? La question parait presque outrecuidante. Il n’y a personne aujourd’hui qui l’égale. Même les manipulateurs et les malhonnètes de la FINA n’ont pu s’empêcher de le bombarder nageur de l’année 2017.

Aucun nageur ne domine comme lui. Adam Peaty est hors normes, certes, mais sur une distance moins fondamentale, le 100 brasse. En dos, on avait un patron avec Ryan Murphy au sortir des Jeux olympiques mais il ne domine pas autant qu’Aaron Peirsol avait pu le faire en son temps. Dressel, lui, écrase tout son monde, qui détient non seulement les records du 50 et du 100 yards, mais aussi ceux du 100 yards brasse (50s03) et du 100 yards papillon (43s58), comme celui du 200 yards quatre nages (1’38s13).

A ce sujet, Dressel n’a pas été engagé dans le 200 quatre nages d’aujourd’hui, sans doute en raison de l’abondance d’efforts qu’il a été contraint de produire, peut-être aussi parce qu’il n’est pas aussi travaillé dans le sens de l’endurance qu’en 2017, où il visait, au-delà de la saison universitaire, celle d’été, avec les championnats du monde de Budapest où il s’est imposé au plan mondial.

Il qualifiait aussi en fin de matinée Florida dans le relais quatre fois 100 quatre nages, avec le meilleur temps des participants de nage libre, 40s27. Un seul autre crawleur battait, lancé, les 41 secondes, et c’était Blake Pieroni, 40s95, le tout nouveau recordman des 200 yards, qui dévoilait le surcroît de vitesse qui lui avait valu, la veille, de surprendre Townley Haas.

NCAA MESSIEURS 2018 (1).- BLAKE PIERONI TACLE TOWNLEY HAAS ET LUI SOUFFLE SON RECORD SUR 200 YARDS, 1’29s63 CONTRE 1’30s46

Éric LAHMY

Jeudi 22 Mars 2018

1’29s63 au 200 yards. La performance est presque insolite. Blake Pieroni, un étudiant en dernière année de l’Université d’Indiana, natif de Valparaiso (non pas au Chili mais dans l’Indiana), l’a réalisée au départ du relais quatre fois 200 yards de son équipe des « Hoosiers », ce mercredi, premier jour des NCAA 2018, qui se déroulent ce week-end au Jean K. Freeman Aquatic Center de Minneapolis, dans l’état du Minnesota.

47 ans après que Mark Spitz ait nagé la distance en moins de 1’40s (1’39s5), voici qu’elle est couverte en moins de 1’30s…

Le record, 1’30s46, appartient depuis 2016 à Townley Haas, qui nage pour Texas dans cette même épreuve. Pieroni réussit à le rétrécir de près d’une seconde. Haas a amélioré son temps record de 2016 de cinq centièmes, mais hier, 1’30s41 ne suffisaient pas.

Ces deux nageurs ont eu du mal à parfaitement équilibrer leur course:

Blake Pieroni  20s89, 43s53 (22s64), 1.6s45 (22s92)   1.29s63 (23s18).

Townley Haas,  20s87,  43s74 (22s87),  1.7s06 (23s32), 1.30s41 (23s35).

L’état d’esprit dans lequel les concurrents nagent les relais est moins tactique, plus tourné vers le record, parce que leur distance n’est pas nagée comme un tout, mais comme la partie d’un tout qui est le quatuor auquel ils appartiennent. Il ne s’agit donc pas seulement de gagner, mais de nager le plus vite, faire la plus  grande différence possible, pour faciliter le travail des autres relayeurs. Il en est que le relais transcende… Blake Pieroni doit être de ceux-là. Il a moins faibli sur la fin que Haas et cela a fait la différence entre eux…

Leurs équipes n’ont pas gagné, et c’est celle de la Caroline du Nord qui l’a emporte, grâce notamment à un 1’30s77 lancé de Justin Ress, lequel, quatrième relayeur, part un mètre derrière Ian Finnerty, d’Indiana, lui reprend toute son avance en cinquante yards et le devance à l’arrivée, 6’5s31 contre 6’6s01…

Pieroni ne s’en offusquera pas. « Il n’y a pas que des vainqueurs absolus », expliquait-il en l’espèce avec sagesse dans une interview recueillie par Swim Swam, ajoutant que son équipe avait amélioré son record de cinq secondes et n’avait donc qu’à se féliciter de son résultat collectif…

Dans ce contexte, les courses au start de Andrew Seliskar (Californie, 6e) en 1’31s28 et de Andreas Vazaios, North Carolina, 1ère) en 1’31s32, passaient un peu inaperçues…

Au physique, Pieroni n’a rien d’un monstre, il est seulement un athlète bien balancé, d’1,86m, pour 82kg.  Absolument satisfait de son exploit, il remet à plus tard son désir de fêter. « J’ai encore douze courses au programme » (du week-end), explique-t-il. Mais il a promis de s’extasier ensuite…

Son exploit fait certes de Pieroni le favori de la course individuelle, mais non pas un sûr vainqueur. L’an passé, déjà, il avait réussi en 1’30s87 le meilleur temps au départ du relais quatre fois 200 yards, mais avait été devancé par Haas en finale de la course individuelle. Haas avait nagé 1’30s65, Pieroni, 2e ex-aequo avec Dylan Carter, 1’31s16. 4e Dean Farris d’Harvard, 1’33s05. Pour mémoire, cette année là, Haas, dans le relais, avait été chronométré, lancé, en 1’30s42, ce qui est habituellement traduit par 1’31s12 au start. 

DOUBLE NÉERLANDAIS, ET DAVID AUBRY 2e À DOHA, PREMIÈRE ÉTAPE DES SÉRIES MONDIALES D’EAU LIBRE

Lundi 19 Mars 2018

Le premier marathon des Séries mondiales 2018 de la FINA à Doha, le week-end dernier a été un succès pour les Néerlandais. Les champions olympiques de Rio, Sharon Van Rouwendaal et Ferry Weertman, l’ont en effet emporté.

David Aubry a fini 2e de la course masculine, à 9/10e de seconde du vainqueur.

Cette épreuve débutait avec un départ dans l’eau alors que les filles avaient disposé d’un départ plongé. Très vite, le Français Logan Fontaine lançait la course avec David Aubry.

Selon le compte rendu officiel, la forme en V du peloton à la suite des leaders était un signe que le rythme était élevé. 

Au milieu du premier tour, sept nageurs menaient de front, et l’allemand Marc Herwig partait en avant. Quinze nageurs français se trouvaient dans ce lot, reconnaissables à leur bonnet bleu brillant.

Au début de la deuxième boucle, le Hongrois Kristof Rasovszky se détachait à son tour devant un Logan Fontaine toujours combatif. Puis Marcus Herwig passa en tête, avant que le Brésilien Diogo Villarinho ne se lance à son tour en avant, au début du troisième tour. L’Italien Ruffini, tenant de la course, nageait sagement en 7e position. Weertman, petit à petit, remontait depuis l’arrière du peloton et s’infiltrait en tête pendant que Marcel Schouten et Logan Fontaine menaient tour à tour. 

Fontaine allait finir 9e, et le mieux placé parmi les plus jeunes. Aubry prit le commandement pendant le 4e tour, imitié par Jack Brunell (GBR), Mario Sanzullo (ITA) and Kristof Rasovszky (HUN).
Pendant la cinquième boucle, à une centaine de mètres de la bouée de virage, le champion olympique italien Gregorio Paltrinieri lançait un sprint étonnant d’énergie et se retrouvait pour la première fois en tête de la course, aux prises avec Alex Reymond.

Le sixième et dernier tour voyait Weertman accélérer violemment et donner ce sprint qui lui a valu tant de victoires. Il touchait premier devant Aubry (1h52m42s5) et Ruffini (1h52m24s7). 

C’était la première course de Weertman dans les Séries : « j’ai vu Reymond arriver, et je savais qu’il est un très bon nageur de 25 kilomètres et qu’il allait bien suivre ; je me suis dit qu’il fallait que je reste derrière lui. Puis quand j’ai vu Paltrinieri, sachant qu’il est le plus rapide sur 1500 mètres, j’ai alors pensé que je devais rester avec lui, sachant que j’ai un bon sprint.  

Sharon Van Rouwendaal franchit l’arrivée en 2h2m24s4, devant les Allemandes, Leonie Beck, 2h2m25m2, et Finnia Wunram 2h2m26s7 qui avaient pris très tôt part à la course en tête.

Van Rouwendaal expliquait à l’arrivée qu’elle avait tenté une nouvelle approche tactique de la course, et estimait qu’en-dehors des Jeux olympiques, elle n’avait jamais produit une aussi bonne course.

Les Français classaient Aubry 2e, Alex Reymond, 4e , Logan Fontaine, 9e, Aubin Louis Coccordano, 21e, Alexis Vandevelde, 31e, Enzo Roland Munoz, 32e, Jean-Baptiste Clusman, 38e,  Naïm Mokhfi ; 40e, Hugo Saillard, 42e , Baptiste Colman, 45e, Clément Kukla, 45e, Pablo Le Corre, 52e , Farès Zitouni, 56e, Jules Wallart, 58e, Marin Débril, 64e, et Leo Ouabdesselam, 67e

DAMES.- 1. Sharon VAN ROUWENDAAL, NED, 2h2’24s4 ; 2. Leonie BECK, GER, 2h2’25s2; 3. Finnia WUNRAM, GER, 2h2’26s7; … 8. Océane CASSIGNOL, FRA 2h2’30s8; … 12. Lara GRANGEON, FRA, 2h2’34s1 ; … 15. Adeline FURST, FRA, 2h2’58s7 ; 16. Lisa POU, FRA, 2h3’2s ; … 38. Ilona MAILLE, FRA, 2h14’7s8 ; 39. Claire SIX, FRA, 2h14’11s8.

LES TEMPS FORTS DE STANFORD CONTRE LES PETITES MAINS DE CAL

Éric LAHMY

Dimanche 18 Mars 2018

Les NCAA féminines 2018 ont fourni leur lot de courses extrêmement serrées et intéressantes, et des records US ont continué à être battus. Le nombre d’exploits est tel qu’on ne peut en privilégier un, entre Kathleen Baker qui gagne avec panache son 200 dos, Simone Manuel qui continue de dominer le sprint dans un joli sans faute, Killy King qui ravage la brasse avec talent.

En revanche, il est sûr, avec les nageuses que Stanford a su attirer autour de ses programmes d’enseignement et de sport, son équipe, coachée par Greg Meehan, un ancien nageur de dos et enseignant de mathématiques, transfuge d’UCLA et de Californie,  et par Tracy Slusser, qui ajoute à ses capacités techniques celle de recruteuse hors pair, ne pouvait être battue. Simone Manuel, qui gagne le 50 et le 100, sans coup férir, et se place sur 200 et joue sa partition dans des relais, rétablissant plus qu’à son tour des situations périlleuses, Katie Ledecky, moins incontestable que l’an passé et d’ailleurs moins utilisée, mais quand même extrêmement costaude.  Ella Eastin a été épatante, qui a devancé Ledecky sur 400 quatre nages, et enlevé le 200 quatre nages.

Tery McKeever et Sarah Dunleavy, les coaches de Californie Berkeley, ont été battues, mais avec les honneurs : elles ont fait un bon boulot. L’un des talents reconnus de McKeever, est sa capacité à recruter des nageuses dont personne ne voudrait mais dont elle décèle infailliblement le potentiel, ou encore le fait qu’elles n’ont pas été bien exploitées à l’école secondaire, et permet ensuite un épanouissement inespéré. Mais bien sûr, c’est quelquefois difficile face aux grosses pointures d’en face.

KATHLEEN BAKER DONNE LA LEÇON SUR 200 DOS

200 yards dos.- 1. Kathleen Baker, California, 1:47s30 (record, ancien par Elizabeth Pelton, 1’47s84). 25s17, 52s31, (27s14), 1:19s47 (27s16), 1:47s30 (27s83);

2. Asia Seidt, Kentucky, 1:49s24.  25s90, 53s68 (27s78), 1:21s56 (27s88), 1:49s24 (27s68).

3. Beata Nelson, Wisconsin, 1:49s27.  25s56, 53s20 (27s64), 1:21s13 (27s93), 1:49s27 (28s14).

4. Lisa Bratton, Texas A&M, 1:50s74. 26s50, 54s42 (27s92), 1:22s55 (28s13), 1:50s74 (28s19).

5. Clara Smiddy, Michigan, 1:50s80.26s20, 53s98 (27s78), 1:22s31 (28s33), 1:50s80 (28s49).

Sur 200 yards dos, la lutte semblait incertaine entre Kathleen Baker, Ally Howe et une « sophomore » du Wisconsin, Beata Nelson. Baker, médaillée d’argent olympique sur 100 dos, était bien la seule de ce groupe à mener de front une carrière NCAA et une autre aussi florissante en grand bassin. Mais dans un baquet de 22,86m, la relance du mur, l’importance excessive qu’on prises les coulées sous-marines et la différence dans les distances nagées rendent inadéquates toutes les comparaisons possibles. Impossible de parier sur telle ou telle.

Le verdict de la compétition ? Howe avait annoncé avant la course que ce 200 yards dos serait la dernière course de sa vie. C’est en général un mauvais signe, car c’est déjà s’installer dans l’après, c’est-à-dire un futur déshydraté. Un tel contexte n’a pas empêché une Maia Di Rado, à la veille d’entrer dans sa vie professionnelle, d’arracher de haute lutte un titre olympique à Rio, mais voilà : Ally Howe ne s’est pas qualifiée pour la finale, en héritant du 9e temps des séries.

Du coup, ce fut une des rares courses où Stanford ne présentait pas une fille pour la « gagne ».Baker était débarrassée de celle qui, l’avant-veille, l’avait atomisée sur 100 yards (en 49s70 contre 50s18) mais se trouvait quand même sous la menace de Nelson, qui l’avait elle aussi précédée dans cette malheureuse course (en 49s92).

Nelson, par ailleurs, l’avait devancée en qualification, et une autre étudiante de première année, Asia Seidt, futur médecin, apparaissait pouvoir s’intégrer dans leur duel. Querelle de générations pour trois ans d’écart, entre Baker, 21 ans, Seidt et Nelson, 18 ans.

Baker opta pour lancer sa machine à pleine vitesse. Nelson fit ce qu’on attendait d’elle, et joua la victoire, s’échinant à suivre le train d’enfer. Finalement, Baker ne fut jamais rejointe, et si elle ne respecta pas la moindre égalité d’allure, elle réussit à battre le record de la course, 1’47s30 contre 1’47 par Elizabeth Pelton, 1’47s84 en 2013.

Beata vit son retard augmenter longueur après longueur et sa fatigue la fit devancer d’extrême justesse, à la touche, par Seidt.

SIMONE MANUEL FAIT LA COURSE EN TÊTE, COMERFORD DEVANCE WEITZEIL

100 yards libre.-  1. Simone Manuel, Stanford, 45s65 ( 21s76 + 23s89).

 2. Mallory Comerford, Louisville, 46s20 (22s44 + 23s76).

3. Abbey Weitzeil, California, 46s74 (22s31 + 24s43.)

4. Siobhan Haughey, Michigan, 46s91 (22s63 + 24s28).

5. Béryl Gastaldello, Texas A&M, 46s98 (22s61 + 24s37).

6. Erika Brown, Tennessee, 47s08 (22s68 + 24s40).

La question qu’avait pose, à juste titre, avant la course, Swim Swam, était “Mallory Comerford peut-elle battre Simone Manuel. » Sur le papier, c’est toujours un peu excitant de tordre tous les paramètres possibles, quand l’une, Manuel, est plus rapide, comme son 50 yards en fait foi, et l’autre, Comerford, plus endurante, son succès face à Manuel sur 200 le démontre. Mais le paramètre qui emporterait la décision était la sureté de Manuel, sa capacité de produire la meilleure performance P au jour J à l’heure H et à la minute M. Sur ce plan, elle entre dans la catégorie des Phelps, des Ledecky, des Hosszu, et autres cannibales que frôle aussi une Pernille Blume. Je l’ai déjà écrit quelque part, mais j’ai été frappé par cette réflexion amusée de Missy Franklin, alors au sommet de sa gloire, au sujet d’une toute gamine Manuel : « cette fille n’a absolument peur de personne. »

Ici encore, Manuel a mené sa barque avec la certitude d’une bonne routière. Elle a pris ses distances assez vite, laissant Weitzeil qui menait la poursuite au niveau de ses hanches au virage de la mi-course, et n’a laissé personne revenir. Même le retour solide de Comerford ne la dérangea guère.

Notre Béryl Gastaldello préférée était dans cette finale, et y fit belle mine, et devança la charmante Erika Brown… qui eut cette fois le bon goût de préférer le crawl au papillon pour son parcours de libre.

QUEEN LILLY KING TOUJOURS DEVANT, BETHANY GALAT SOLIDE SECONDE

200 yards brasse.- 1 Lilly King, Indiana, 2:2s60 (26s96, 58s39, (31s43), 1:30s56 (32s17), 2:2s60 (32s04).

2. Bethany Galat, Texas A&M, 2:3s26 (28s63, 1:0s09 (31s46), 1:31s58 (31s49), 2:3s26 (31s68).

3. Sydney Pickrem, Texas A&M,  2:05s79 (28s79, 1:0s76 (31s97), 1:33s07 (32.31), 2:5s79 (32s72).

Lilly King attaqua son 200 brasse comme si elle avait un avion à prendre (le même que Manuel sans doute), ce qui rendit son retour difficile en face de la remontée de Bethany Galat, laquelle lui reprit une demi-longueur de corps. Mais Lilly (la tigresse) grattait une demi-seconde sur son record, 2’3s18, que Galat frôlait. 1650 yards.-  1. G Ryan, Michigan, 15:50s95 L’une des questions qui s’étaient posées avant ces NCAA était de savoir si Kathy Ledecky nagerait son 1650 yards en moins de 15 minutes. Cela n’a pas été le cas…

1650 yards: Katie Ledecky, dont le record US sur 1650 yards est de 15’3s31, nageait 15’7s57, record NCAA, avec un passage aux 1000 yards en 9’5s89. Elle faiblissait après les 1100 yards et laissait ensuite, passant de 54s6 à 55s5 en moyenne par tranche de 100 yards à plus de 56s ses chances de rejoindre son record. Ce fléchissement est dénoncé par ses tranches de 500 jusqu’aux 1500 , en 4’31s87, 4’34s02 puis 4’38s36. Elle améliorait cependant d’un poil son meilleur temps des NCAA établi l’an passé, 15’7s70. Ally McHugh, de Penn State, nageait 15’36s27, mais accélérait en negative split pour prendre quatre secondes à la 3e,  Hannah Moore, de North Carolina State, 15:40s68. Megan Byrnes et Leah Stevens, de Stanford, signaient un 15’43s68 et un 15’49s07.

4 fois 100 yards.-  1. Stanford, 3:7s94 [Janet Hu, 22s75, 47s49, Ella Eastin, 1:10s14 (22s65), 1:34s62 (47s13), Katie Drabot, 1:57s57 (22s95), 2:22s47 (47s85)Simone Manuel (2:44s09 (21s62) 3:7.94 (45s47)] 

2. California, 3:8s05 [Amy Bilquist, 22s68, 47s59, Abbey Weitzeil, 1:9s09 (21s50), 1:33s96 (46s37), Kathleen Baker, 1:56s32 (22s36), 2:21s17 (47s21), Katie McLaughlin,  2:43s23 (22s06), 3:8s05 (46s88].

3. Virginia, 3:10s50 [Morgan Hill, 23s23, 48s23, Laine Reed, 1:11s (22s77), 1:35s63 (47s40), Kyla Valls, 1:58s08 (22s45), 2:23s10 (47s47), Caitlin Cooper, 2:45s30 (22s20), 3:10s50 (47s40)]

4. Louisville, 3:10s53 [Mallory Comerford, 22s53, 46s67, Lainey Visscher, 1:9s15 (22s48), 1:34s81 (48s14), Arina Openysheva, 1:57s38 (22s57), 2:22s60 (47s79), Casey Fanz 2:45s38 (22s78), 3:10s53 (47s93)]

5. Michigan, 3:10s73 [Gabby Deloof, 23s01, 47s91, Catie Deloof, 1:10s74 (22s83), 1:35s66 (47s75), Siobhan Haughey, 1:58s30 (22s64), 2:22s72 (47s06), Daria Pyshnenko, 2:45s27 (22s55), 3:10s73 (48s01)]

Le relais quatre fois 100 yards libre a été gagné, oui, c’est ça, vous l’avez deviné, par Stanford. Devant Cal Berkeley battu de 0s11 !! J’imagine Teri McKeever, la coach de Cal Berkeley en train de manger son chapeau d’avoir vu ses filles se faire devancer à chaque fois d’un rien du tout ! Pas besoin de vous raconter, les temps de passage donnent tout de l’histoire. Simone Manuel prend le relais avec une grosse longueur de retard et récupère tout sur cette pauvre Katie McLaughlin. Le meilleur temps au start de toute la compétition est de Mallory Comerford, Louisville, 46s67.

On peut noter aussi que Stanford a moins utilisé Ledecky que l’an passé, ainsi elle n’est pas dans ce relais. Katie est un petit peu moins vite, moins triomphante qu’en 2017, même si elle reste largement invincible sur les longues distances aux USA.

CLASSEMENT PAR EQUIPES.

  1. Stanford, 593; 2. California, 373; 3. Texas A&M, 299pts; 4. Michigan, 267; 5. Louisville, 232; 6. Texas, 221.5; 7. Tennessee, 180.5; 8. Indiana, 169; 9. Virginia, 161; 10. Minnesota, 157; 11. Georgia, 135; 12. Southern Cal, 127; 13. Ohio St, 123; 14. Kentucky, 97; 15. Missouri, 86; 16. Auburn, 82.5; 17. Wisconsin, 78; 18. NC State, 70; 19. Purdue, 51; 20. Arizona, 46; 20. South Carolina, 46; 22. Northwestern, 40; 23. Arizona State, 34; 24. University of Nevada, 33; 25. UNC, 32; 26. UCLA, 31; 27. Arkansas, 30; 28. Hawaii, 29.5; 29. Penn State, 26; 30. Alabama, 23; 31. Denver, 20; 32. Eastern Michigan, 18; 33. Virginia Tech, 14; 33. Miami University, 14; 35. Nebraska, Florida, 11; 37. Wyoming, 9; 38. Louisiana State University, 8; 39. Akron, Rutgers, 6; 41. Notre Dame, 4; 42. Duke, Florida State, 3; 44. West Virginia, University of Miami, 2.         

NCAA DAMES 2018 (3) : L’ART DE FAIRE LE MÉNAGE, VERSION STANFORD, LILLY KING ET BÉRYL GASTALDELLO Éric LAHMY

Éric LAHMY

Samedi 17 mars 2018

Dernière course de vendredi (2e journée de ces NCAA 2018), Stanford, une fois de plus, l’emporte en relais 4 fois 50 quatre nages et amène le record à 1’33s11. Quand elles font le ménage, les filles de Stanford ne laissent pas de miettes.

Elles devancent comme d’hab’ les California Berkeley girls qui devancent elles-mêmes de quatre centièmes le quatuor d’Indiana boosté par la classique supériorité en brasse de Lilly King, laquelle est, toutes proportions gardées, en train de devenir le pendant féminin c’Adam Peaty.

La brasseuse King Size dézingue l’opposition et lui file une longueur de corps dans la vue en l’espace de vingt-cinq secondes. Dans la natation actuelle où tout le monde se tient par la barbichette, c’est assez atypique…

Pour Texas A&M, Béryl Gastaldello, malade ou pas, file un joli 50 libre lancé en 21s02 et brûle la politesse aux filles de Louisville, de Minnesota et d’USC, et amène sa formation de la septième à la quatrième place…

La bagarre est tellement serrée que certaines frôlent l’élimination. Pour Stanford, Kim Williams a ainsi pris le relais d’Ally Howe dans le centième même de l’arrivée de la dossiste. Ce qui donne un temps de réction de 0s00… Zéro seconde zéro zéro. Voilà un record qui ne sera jamais battue car elle qui fera mieux sera disqualifiée!

4 fois 50 quatre nages.- 

1. Stanford, 1:33s11 (Ally Howe, 23s54; Kim Williams, 26s50; Janet Hu, 22s62; Simone Manuel, 20s45).2. California, 1:33s85 (Kathleen Baker, 23s56; Abbey Weitzeil, 26.68; Noemie Thomas, 22s66; Amy Bilquist,  20s95)3. Indiana, 1:33s89 (Ally Rockett, 23.54; Lilly King, 25.38; Christie Jensen, 23s18 ; Grace Haskett, 21.79).

NCAA DAMES (2). EASTIN BAT LEDECKY, COMERFORD ET LILLY KING DOMINATRICES

Éric LAHMY

Vendredi 16 Mars 2018

Ella Eastin et Mallory Comerford ont réussi deux jolis coups lors de la deuxième journée de finales NCAA dames. Elles ont fait trébucher deux « invincibles », respectivement Kathleen Ledecky et Simone Manuel, dans, il est vrai, des courses qui ne sont pas les épreuves fortes de ces deux ci.

Eastin avait, le premier jour de ces finales NCAA, dominé le 200 yards quatre nages avec à la clé un record US et NCAA, 1’50s67, et devancé Kathleen Baker, qui l’avait battue l’année dernière (Baker est rappelons-le, la médaillée d’argent des Jeux olympiques sur 100 mètres dos). La tâche s’annonçait difficile, sur 400 yards quatre nages, contre Katie Ledecky, mais le suspense n’a duré que pendant la première moitié de course.

La lutte était serrée ; et au départ fracassant d’Eastin répondait une accélération de Ledecky qui passait en tête en papillon. Mais Eastin lui reprenait la tête dans le retour en dos. La brasse fut fatale à Ledecky, qui, à l’issue de cette partie du parcours, avait quatre secondes de retard et était également devancée par la Canadienne Pickrem, sur laquelle elle revint à l’énergie sans reprendre quelque chose de tangible à Eastin qui battait le record… de Ledecky de deux secondes, 3’54s60 contre 3’56s53.

400 yards quatre nages

1. Ella Eastin, Stanford, 3:54s60, 25s78, 54s80 (29s02), 1:24s65 (29s85), 1:53s55 (28s90), 2:26s90 (33s35), 3:0s12 (33s22), 3:27s34 (27s22), 3:54s60 (27s26).

2. Katie Ledecky, Stanford, 3:58s29, 25s90, 54s55 (28s65), 1:24s76 (30s21), 1:54s13 (29s37), 2:28s98 (34s85), 3:4s12 (35s14), 3:31s77 (27s65), 3:58s29 (26s52).

3. Sydney Pickrem, Texas A&M, 3:59s05, 26s02, 56s03 (30s01), 1:26s20 (30s17), 1:56s13 (29s93), 2:29s83 (33s70), 3:3s75 (33s92), 3:32s18 (28s43), 3:59s05 (26s87).

4. Brooke Forde, Stanford, 3:59s34, 26s01, 55s69 (29s68), 1:26s85 (31s16), 1:57s31 (30s46), 2:30s63 (33s32), 3:4s52 (33s89), 3:32s29 (27s77), 3:59s34 (27s05). 

Mais chaque course représentait un concentré d’intensité et de qualité… Sur 100 papillon, Louise Hansson, qui nageait pour USC, réussissait 49s90 et 49s80 en finale, approchant d’assez près la marque de Kelsi Worrell, 49s43, grâce à un retour très réussi qui la mettait à l’abri des velléités d’Erika Brown, de Tennessee, 50s34, et de Janet Hu, Stanford, 50s56. 

Mallory Comerford avait gagné ex-aequo avec Ledecky le 200 yards l’an dernier. Cette fois, elle se jouait de Simone Manuel, qui coince un peu sur la distance. Aux 50 yards, Comerford, Siobhan Haughey et Manuel étaient au coude-à-coude ; après quoi Comerford prenait le commandement sans creuser le moindre écart avant les trois quarts de la course.

A l’arrivée, sous les 1’40s, elle laissait debout le record de Missy Franklins, 1’39s10.

200 yards :

1. Mallory Comerford,  Louisville, 1:39s80 (23s90, 49s42 (25s52), 1:14s55 (25s13), 1:39s80 (25s25)

2. Siobhan Haughey, Michigan, 1:40s69 (23s84, 49s55 (25s71), 1:15s31 (25s76), 1:40s69 (25s38).

3. Simone Manuel, Stanford, 1:41s48 (23s88, 49s60 (25s72), 1:15s22 (25s62), 1:41s48 (26s26).

Last but not least, Lilly King, la championne olympique et du monde, améliorait son record sur 100 yards brasse, avec 56s25 (ancien, 56s30).

Sur 100 yards dos, Ally Howe (Stanford), en 49s70, à un centième de son record NCAA, devançait après un long coude-à-coude la jeune merveille Beata Nelson, qui nage pour le Wisconsin, 49s92, et Kathleen Baker, California, 50s18.