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HUGO GONZALEZ VA-T-IL DOMINER AUX NCAA ?

Un Baléare de dix-neuf ans, attendu comme LE futur grand d’Espagne, pourrait faire la semaine prochaine une entrée tonitruante dans le championnat universitaire US.

Éric LAHMY

Jeudi 8 Mars 2018

Les finales universitaires américaines des NCAA risquent d’être dominées par les performances de Caeleb Dressel. Mais l’étudiant floridien – en quatrième et dernière année (senior) -, dont on espère de grandes choses (ainsi « le » premier 100 yards libre en moins de quarante secondes – il détient le record avec 40s00 juste) ne sera pas seul en piste.

On ne saurait être sûr de rien. Mais parmi les nombreuses individualités qui tenteront de s’imposer et au milieu des duels d’universités qui s’opposeront pour le titre par équipes, un nageur, non-américain, attire aujourd’hui mon attention…

…L’été passé, les championnats du monde juniors, à Indianapolis, consacrèrent, à dix-huit ans, Hugo Gonzalez de Oliveira comme un futur grand d’Espagne. Ibérique par son père qui lui a transmis sa passion de nager, brésilien par sa mère, Nadia de Olivera, natif de Majorque (comme Rafael Nadal), la plus grande des îles Baléares, il avait gagné trois médailles d’or et une d’argent. Le Majorquin avait gagné les 100 et 200 dos et le 400 mètres quatre nages, fini 2e du 50 mètres dos et atteint la quatrième place du 200 quatre nages.

Il avait établi à Indianapolis trois records personnels, avec 25s30 au 50 dos, 1’56s69 au 200 dos et 4’14s65 au quatre nages. D’autant plus prometteur que son année n’avait pas été facile, entre une mononucléose qui l’avait affaibli pendant un trimestre, et un changement de club délicat en termes d’adaptation.

Impressionné par de tels états de service, le quotidien espagnol Marca suggérait que la natation espagnole, d’ici les Jeux olympiques de Tokyo, en 2020, ne serait plus exclusivement représentée par Mireia Belmonte, arbre emblématique d’une forêt hispanique assez effeuillée.

A dix-huit ans, de très rares nageurs sont déjà tout en haut de l’affiche. Mais tout le monde ne s’appelle pas Michael Phelps, et les capacités futures de Gonzalez  devront s’inscrire dans une forte capacité de progrès supplémentaires. Pour ce faire, il a rejoint l’Université américaine d’Auburn où il est entraîné désormais par l’un des coaches les plus pointus de la natation d’aujourd’hui, lui-même ancien médaillé olympique et espagnol, Sergi Lopez.

Méditant sur ce qui fait un grand nageur, le chroniqueur d’El Pais Diego Torres, dans un article du 20 mars 2016, avait rédigé une approche judicieuse : « multiples et non évidents sont les facteurs qui définissent les grands nageurs. Ni la stature, ni la force, ni la coordination, ni la densité moléculaire, ni le caractère, ni la race, ni la culture ne permettent d’appréhender facilement la présence d’un talent unique pour glisser sur l’eau. L’Espagne n’est pas une nation prolifique dans ce genre de sportifs d’abnégation et solitaires qui doivent passer submergés la moitié de leur existence pour savoir s’ils disposent de ce dont il faut disposer. Le dernier exemplaire de ce type d’hommes fut Sergi Lopez. »

Il est toujours intéressant de noter ce qu’un œil neuf peut voir dans un monde où l’habitude finit par vous rendre aveugle à son caractère original, et Diego Torres, branché football, est un journaliste incisif.

Le regard de l’extérieur est déconcerté, déstabilisé, par ce qui, pour ceux qui se situent à l’intérieur de la forteresse (la forteresse natation en l’occurrence), est tout à fait normal, ou, plus encore, banal.

LA NATATION, ACTIVITÉ BRILLAMMENT EXCENTRIQUE

Vu de l’extérieur du bocal à poisson, le sport de haut niveau apparait ce qu’il est : une activité brillamment excentrique. Nager trois heures et passer une heure dans une salle à s’exercer, chaque jour, ce n’est pas une vie « normale » (même si ce n’est pas forcément pour autant une vie « anormale »).

Gonzalez, au physique, possède les attributs qui conviennent, taille, 1,92m, et légèreté. Il est moins « phénoménal » que sa jeune sœur Nadia (ça nage en famille), laquelle, à douze ans, forte de son un mètre quatre-vingts, dézinguait à tour de bras les records de jeunes espagnols, et à treize, raflait des médailles aux Jeux olympiques de la jeunesse…

Mais Nadia ne parait pas tenir ses promesses. Hugo, en revanche, continue de progresser. Le mois dernier, alors qu’il n’avait jamais disputé une course en yards et en petit bassin, il assurait l’actuelle performance qui fait de lui le chef de file dans les « psych sheets », listes d’avant le grand championnat NCAA. Il est n° 1 sur 200 quatre nages avec 1’40s67, sur 400 quatre nages, en 3’35s78, et n°3 du 200 dos, en 1’39s05. La grande finale NCAA se tiendra à l’University Aquatic Center de Minneapolis, dans le Minnesota, du 21 au 24 mars (la compétition féminine, du 14 au 17 au McCord Aquatic Pavilion de Colombus, dans l’Ohio).

Gonzalez est un rare étudiant de première année (freshman) à se positionner en tête de liste (et sur deux épreuves, s’il vous plait). Seul autre dans ce cas, Austin Katz, un freshman du Texas, qui le devance sur 200 dos avec un temps de 1’38s49…  

MIKE ALEXANDROV, UN AN FERME (cocaine).

Mercredi 7 Mars 2018

Mike Alexandrov, un nageur de brasse de 32 ans, qui a représenté la Bulgarie en 2008 et en 2012 et nage depuis pour les USA, a été convaincu de dopage à la Benzoylecgonine et à la methylecgonine, deux métabolites de la cocaïne, suite à un prélèvement opéré le 4 juin 2017 à un meeting de Santa-Clara. Il avait obtenu quelques médailles internationales. Il ne pourra nager jusqu’au 23 août prochain, son interdiction de nager d’un an pour dopage partant du 24 août 2017.

RETRAITE DE KANETO, LA CHAMPIONNE OLYMPIQUE JAPONAISE DU 200 BRASSE : RIE, LA FILLE QUI RIAIT A RIO

Eric LAHMY

Mercredi 7 Mars 2018

On ne peut pas dire qu’elle est la nageuse la plus connue des Français. Mais Rie Kaneto, qui vient d’annoncer qu’elle prenait sa retraite sportive à 29 ans, n’est pas une petite championne. Elle devrait s’expliquer sur les raisons de son abandon de carrière lors d’une conférence de presse programmée pour le 16 mars prochain. Entre-temps, elle a rempli les papiers concernant son adieu au monde olympique – nécessaires en raison des formalités complexes liées au contrôle anti-dopage. On le comprend : plus besoin de se faire réveiller à six heures du matin pour répondre aux passionnantes obligations issues d’un contrôle d’urine ou du sang, ni de donner les lieux où elle se trouve à chaque minute des trois cent soixante-cinq jours de l’année. Ces à-côtés passionnants de la carrière d’une championne lui seront désormais évités…

C’est de façon tardive, dans sa carrière, que Rie Kaneto signa l’exploit de sa vie, enlevant le titre olympique du 200 mètres brasse à 27 ans. Pourtant, elle fut un talent relativement précoce, 2e du 200 brasse des Universiades de Bangkok (2007) à 17 ans, victorieuse de cette même épreuve à Belgrade deux ans plus tard, et sélectionnée pour les Jeux de Pékin (2008). Là, qualifiée pour la finale du 200 mètres brasse, elle termina 7e de la course.

On pouvait remarquer cette fille grande pour une Japonaise, 1,75m et, comme dans l’ensemble, ses congénères, maîtrisant parfaitement sa technique. 5e en 2009 du 200 brasse des mondiaux de Rome, elle établissait au cours de la saison, dans une tenue, interdite depuis, un record japonais à 2’20s72. Mais l’interdiction du polyuréthane dut lui poser quelques soucis, car elle régressait en 2010, seulement 7e des PanPacifics (et 12e sur 100 brasse) ; elle ne montrait aucun progrès, même si elle atteignait la finale de son épreuve fétiche aux mondiaux 2011 de Shanghai (5e). En 2012, elle ne parvenait pas à se qualifier dans l’équipe du Japon, où Satomi Suzuki, médaillée d’argent olympique derrière Rebecca Soni,  et la toute jeune Kanako Watanabe, 16 ans, parurent l’avoir ringardisée.

La course des mondiaux 2013, à Barcelone, fut l’objet d’un fascinant duel entre Julia Efimova et Rikke Moller Pedersen, et on ne remarqua guère trop que, derrière, Kaneto, quoique seulement 4e, réussit là sa plus belle course depuis cinq ans. L’année suivante, elle fut près de l’emporter aux Jeux asiatiques d’Incheon, où Watanabe la devança d’un dixième, 2’21s82 contre 2’21s92. A ces Jeux, où seuls les mauvais esprits diront que les nageuses chinoises, qui firent un ravage de titres, étaient dopées jusqu’au trognon, les Japonaises n’enlevèrent que trois épreuves : celles de brasse. Aux PanPacifics, un mois plus tôt,  Kaneto avait été déjà devancée par Watanabe, en 2’21s41 contre 2’21s90.

2015 fut l’année Watanabe qui, aux mondiaux, à 19 ans, enleva le 200 brasse et fut seconde du 200 quatre nages. Kaneto parvint en finale, mais se contenta d’y figurer, 6e à deux secondes de la gagnante. Elle qui, bon an mal an, était tentée par la retraite, encaissa là une nouvelle frustration et songea faire ses adieux à la natation.

Mais tout à coup, en 2016, elle réussit quelques temps prometteurs et pour ainsi dire inattendus. Tellement qu’elle en fut la première étonnée. D’abord elle effaça en 2’20s04 son vieux record polyuréthane du Japon, établi sept ans plus tôt, à l’occasion des SuperSéries aquatiques opposant à Perth, en Australie, le Japon, la Chine et le pays hôte. Ensuite, début avril, elle enleva le titre des championnats du Japon avec cette fois un temps de 2’19s65. A vingt-sept ans, ragaillardie par ce retour de flamme, elle se donna pour ambition de battre le record du monde en finale des Jeux !

Si, à Rio le record mondial resta debout, Rie Kaneto, en 2’20s30, devança nettement Julie Efimova, laquelle avait été copieusement sifflée constamment pendant la compétition, en raison de ses épisodes de dopage et de la façon honteuse dont elle fut récupérée par la FINA et le CIO, et n’aurait d’ailleurs pas dû se trouver là.

Après cette saison olympique marquée par de tels exploits, Rie Kaneto opta pour une année sabbatique et décida qu’elle ne nagerait dans aucune grande compétition en 2017, ni championnats du monde (de Budapest), ni Coupes du monde, ni même rencontres de l’élite au Japon, et se livra aux délices des hommages qui pleuvaient, médailles d’honneur ou autres, et inauguration de sa statue de bronze dans la préfecture d’Hiroshima, à laquelle elle appartient.

Elle s’amusait encore récemment à évoquer l’idée de continuer encore et de n’arrêter sa carrière qu’après les Jeux de Tokyo, en 2020, et on peut comprendre que ce rêve l’ait habitée. Cinquième championne olympique de l’histoire après Mayumi Aoki, sur 100 papillon, en 1972, Aï Shibata, sur 800 mètres en 2004, et 3e sur 200 brasse après Hideko Maehata en 1936 et Kyoko Iwasaki en 1992, elle imaginait pouvoir conserver son titre à domicile, devant son public. Mais sans doute a-t-elle pensé qu’elle aurait trente deux ans en 2020 et qu’il pouvait y avoir autre chose dans sa vie…

*****Ont également annoncé leur retraite Jennie Johansson, championne du monde du 50 mètres brasse à Kazan en 2015, recordwoman de Suède du 100 mètres brasse, et  Hrafnildur « Hida » Luthersdottir, finaliste olympique islandaise et nageuse étudiante en criminologie des Florida Gators…

EAU LIBRE 2018: LE DOHA DANS L’ENGRENAGE

Mercredi 7 Mars 2018

La Coupe du monde de marathon sur 10 km a changé de nom. La Fédération internationale (FINA) appelle désormais sa série d’événements en eau libre Séries mondiales de Nage de Marathon de la FINA.

Cette année, la Coupe de marathon débutera pas l’étape de Doha, ce 18 Mars, annonce l’organisme mondial, sur le plan d’eau délimité par la Corniche. Neuf étapes, neuf nations hôtes, le Qatar, l’Espagne, les Seychelles, le Portugal, la Hongrie, le Canada, la Chine, Taipei. Et les Emirats arabes unis. Deux étapes dans la péninsule arabe témoignent à nouveau qu’au-delà d’un faible niveau de représentativité sportive, ces nations d’une volonté et d’un fort potentiel d’organisation.

Au total, 72 garçons et 44 filles de 24 pays s’affronteront sur le plan d’eau de Doha. Son annoncés les deux champions olympiques néerlandais, Sharon Van Rouwendaal et Ferry Weertman, notre représentant Marc-Antoine Olivier, ainsi qu’une très forte délégation italienne, les deux vainqueurs de la Coupe du monde 2017, Arianna Bridi et Simone Ruffini, ainsi que le champion olympique du 1500, Gregorio Paltrinieri, et Rachele Bruni, la médaillée d’argent olympique de 2016.

Les premiers nageurs au classement total se verront attribués des pris en dollars représentant dans l’ensemble 125.000$.

1er : 38.000$

2e : 26.000$

3e : 18.000$

4e : 15.000$

5e : 11.000$

6e : 8.500$

7e : 5.000$

8e : 3.500$

LE CAMILLE- MUFFAT 2018, C’EST À SARCELLES, OU CHRISTINE ET GUY CANZANO REÇOIVENT

Éric LAHMY

Mardi 6 Mars 2018

Sarcelles, deuxième étape du « Golden Tour Camille Muffat ». Le Centre Aquatique Christiane et Guy Canzano, inscrit dans le complexe sportif Nelson Mandela, accueillera pendant trois jours, du vendredi 9 au dimanche 11 mars les compétitions et la chaîne BeIn sports a prévu des retransmissions des finales de samedi et dimanche.

Le décor n’était pas prévu dans le film. L’étape du Camille-Muffat, a priori, c’était Amiens. Mais Amiens s’est désisté. Manque de volonté des nouveaux responsables du club et de la région, ou de la mairie, avec le retentissement financier des soucis (tribune du stade de la Licorne) du football ? « Amiens, le président, c’était Henri Wachter ; et Henri Wachter, c’était aussi le président de région et le vice-président de la Fédération. Cela ouvre des portes, conforte une situation, permet d’ambitionner et de réaliser ; Nice, même chose, ils ont avec eux le président de région devenu maintenant président de la Fédération ; Sarcelles, on est loin du compte », explique Guy Canzano, toujours fidèle au poste à 89 ans et qui donc se retrouve avec le bébé sur les bras.

François Detail, le président du club amiénois qui avait décidé d’annuler le meeting est sur le départ ; Amiens Métropole est co-présidé par deux anciens poloïstes, Mélanie de Rycke et Alexandre Cabral, et il n’est pas impossible qu’Amiens reprenne son bien. A suivre…

Mais en attendant…

« Quand Gilles (Sezionale, le président de la Fédération) m’a demandé de remplacer Amiens, j’ai répondu oui parce que j’avais déjà organisé et que je savais pouvoir compter sur les appuis nécessaires », continue Canzano, dont le statut, dans sa ville, atteint au mythe et qui recevra donc le Camille-Muffat dans la piscine qui porte les noms de son couple : Christine et Guy Canzano.

Pour organiser, Guy s’est assuré qu’il pouvait disposer des fonds nécessaires. Si les meetings ne pèsent pas réellement dans un palmarès de nageurs, ils présentent un intérêt professionnel, diverses primes d’un montant global proches des 100.000€ venant récompenser les trois premiers de chacune des 34 courses du programme ainsi que les mieux classés par points du Golden Tour. Les entraîneurs des sont associés à ces gains, et reçoivent 15% des sommes allouées à leurs nageurs. Sur cette somme, l’étape de Sarcelles devait en assurer un tiers. Et 30.000€, par les temps qui courent, ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval !

« Je suis donc allé voir mon maire, un jeune maire plein d’énergie, Nicolas Maccioni , héritier d’une lignée de hauts fonctionnaires, père préfet de la Réunion, de la Haute-Normandie et de Seine-Maritime, grand-père sous-préfet. Prudent, Guy obtient son accord avant de poser un chiffre. Après cela, il faut solliciter des aides à tous les niveaux, sonner d’un côté le comité départemental, la ligue, la fédération, et frapper de l’autre aux portes de la région, du comité d’agglomération, et se mettre au diapason de la compétition : « comme la télé sera là, l’éclairage passe de 800 à 1200 lux, on installe une tribune », etc.

CHAMPIONNES OLYMPIQUES : KROMOWIDJOJO ET BLUME HEEMSKERK ; CHAMPIONS DU MONDE : STRAVIUS, REYMOND, KOCH

Parmi les engagés, trois championnes olympiques, Ranomi Kromowidjojo, Femke Heemskerk (Pays-Bas) et  Pernille Blume (Danemark), les championnes et champions du monde Axel Raymond et Jeremy Stravius, ainsi qu’un fidèle du tournoi, Marco Koch (Allemagne). Et d’autres « noms » de la natation, comme Jazmin Carlin, demi-fondeuse britannique médaillée olympique, Viktor Bromer, champion d’Europe danois du 200 mètres papillon…

Siobhan O’Connor, Grande-Bretagne, vice-championne olympique du 200 quatre nages, ou encore Giedrus Titenis, Lituanie, David Verraszto, Hongrie, qui mène le classement provisoire du Camille-Muffat après la première étape (Nice) le mois dernier.

Ce sont les français, qui, paradoxalement, se sont le moins battus pour nager à Sarcelles, par exemple, Charlotte Bonnet évitera le Camille-Muffat pour s’exhiber à Milan ; choix « régional » certes compréhensible, Milan étant trois fois plus proche, 320km que Sarcelles, 960km, de Nice. Outre les nageurs déjà cités, on trouve les noms de Fanny Deberghes, Thomas Avetand, Maxime Grousset. Ces deux derniers sont amiénois : on n’organise pas, mais on participe.

Quoiqu’elle ne soit pas annoncée sur le programme issu du site fédéral, il semble qu’en revanche notre nageuse britannique préférée, Marie Wattel, nagera à Sarcelles…

NCAA : 45s14 AU 100 PAPILLON, MAIS… LA LOI DE LYNCH, C’EST ETUDES D’ABORD, NATATION ENSUITE

Eric LAHMY

Dimanche 4 Mars 2018

L’équipe masculine de l’Université de Californie-Berkeley a enlevé la compétition universitaire dite Pac-12, avec 971 points, devant Stanford, 769pts et USC, 549,33pts. A noter un rare triplé de premiers dans le 100 yards dos entre un Estonien et deux Roumains dans le même centième de seconde sur 100 dos.

La meilleure performance pourrait bien être celle de Justin Lynch sur 100 papillon avec 45s14. Justin, père noir américain et mère philippine, s’était fait connaître en 2013 en améliorant un record de groupe d’âge de Michael Phelps, sur 100 papillon. Il a certes pas mal progressé, mais pas question pour l’instant de devenir un pro de la natation. Il privilégie les études. Un papillonneur qui ne papillonne pas, en quelque sorte !  

MESSIEURS.- 100 yards: 1. Santo Condorelli, USC et Canada, 41s98.

200 yards: 1. Cameron Craig, Arizona, 1’33s09.

1650 yards: 1. Nick Norman, Cal., 14’39s77.

100y dos : 1. Ralf Tribuntsov, USC et Estonie (45s47 en séries), Paul Ungur, Utah et Roumanie, et Robert Glinta, USC et Roumanie, 45s52.

200y dos : 1. Abrahm Devine, Stanford, 1’40s11.

100y brasse: 1. Connor Hoppe, Cal., 51s91.

200y brasse: 1. Andre Seliskar, Cal., 1’51s30.

100y papillon: 1. Justin Lynch, Cal., 45s14; 2. Matthew Josa, Cal., 45s37; 3. Chatham Dobbs, U. Arizona, 45s40; 4.  Andrew Liang, Stanford, 45s48. FinaleB: Santo Condorelli, USC et Canada, 45s36.

200y papillon: 1. Zheng Qua, Cal., 1’40s24; 2. Justin Wright, U. Arizona, 1’41s26.

400y 4 nages: 1. Andre Seliskar, Cal., 3’38s65; 2. Ogren Curtis, Stanford, 3’40s25.

TAYLOR RUCK ET L’ENVOLÉE DE LA JEUNE NATATION FÉMININE DU CANADA

Éric LAHMY

Dimanche 4 Mars 2018

La Canadienne Taylor Ruck, après avoir, la veille, enlevé coup sur coup 200 dos et 200 libre, à onze minutes d’intervalle, dans des temps mirobolants, dont un record canadien de la première course, avait prévu un double effort (quadruple compte tenu des séries du matin) pour la seconde journée des « Tyr Pro swim series » d’Atlanta. Tyr sans doute, mais pas tire-au-flanc, la demoiselle !

Les choses se sont présentées un poil moins bien pour miss Ruck, et donc, samedi, si « my Taylor » est restée fort riche, c’est un petit peu moins que la veille. Telle qui riait vendredi pouvait sourire samedi.

Sur 100 dos, elle était tombée sur une Olivia Smoliga décidée à ne pas s’en laisser compter. Ancienne reine dominatrice des NCAA, où, selon un schéma désormais classique dans une natation où tous les styles se maîtrisent, elle se débrouille dans plusieurs techniques, crawl, dos, quatre nages, Smoliga, si je puis me permettra un sacré morceau (1,88m) de nageuse d’origine polonaise, a acquis sa réputation en petit bassin où sa stature de Junon (c’est quoi le féminin d’Hercule ?) a dû l’avantager à chaque virage. Mais c’est aussi une solide dans le grand bassin. En 2016, Olivia a gagné le 100 dos des « trials » olympiques US et établi un record personnel en finale de l’épreuve aux Jeux de Rio, au Brésil, où elle finit 6e en 58s95. Elle est même un petit peu championne olympique, par procuration si j’ose dire, ayant nagé en séries du relais de quatre nages vainqueur…

Smoliga attaqua sans complexe ce 100 dos contre sa cadette de six années (17 ans contre 23 ans) la fille en forme de ces dernières semaines, et menait d’un mètre (28s50 contre 29s08) à la culbute, mais miss Ruck s’accrochait, revenait et gagnait de la plus faible marge possible, 59s13 contre 59s14.

A 29 ans, l’étoile italienne Federica Pellegrini réalisait un méritoire 1’0s56 après un coude-à-coude avec la benjamine de la finale Jade Hannah, 16 ans, une autre de ces Canadiennes que produit un système particulièrement riche (surtout côté filles). Jade, brune native des Bermudes et couvée par sa maman, nage aujourd’hui à Victoria, où elle est saluée comme la première nageuse issue du programme Next Gen (prochaine génération) qui est en train de faire de la natation canadienne l’une des forces majeures dans le monde.

La féminine seulement car les mecs, en revanche, traînent un peu. Je soupçonne qu’ils perdent leur temps à hockeyer sur glace !

Si l’on sait que la patronne du dos mondial est une autre Canadienne, Kyle Masse, championne et recordwoman du monde en 58s10, on se dit qu’il va y avoir bientôt des embouteillages aux sélections canadiennes pour les grands rendez-vous, mondiaux et olympiques.

Dieu soit loué, nous n’aurons pas de tels soucis en France !

…L’EXPLOIT RARE DE NAGER BEAUCOUP PLUS VITE QUE TOUT LE MONDE EN PAPILLON, EN DOS ET EN CRAWL… ET DE PERDRE SON QUATRE NAGES…

Taylor Ruck, sept minutes après cette victoire arrachée, se retrouvait à l’eau pour sa seconde finale, le 200 quatre nages, et là, elle réussit l’exploit rare de nager plus vite, parfois même beaucoup plus vite, que tout le monde autant en papillon, en dos et en crawl, et d’être battue. Il faut dire qu’elle laissa presque quatre secondes dans la traversée, manifestement pénible, du 50 brasse. Madisyn Cox la devança clairement.

Temps partiels : Cox, papillon, 28s10; dos, 1’2s46 (34s36); brasse, 1’38s91 (36s45 ; crawl, 2’9s82 (30s91).

Ruck, papillon, 27s96; dos, 1’1s26 (33s30); brasse, 1’41s26 (40s); crawl, 2’11s16 (29s90).

Le dos messieurs donnait lieu aussi à une vigoureuse explication doublée d’une querelle de générations entre Murphy, 22 ans, et Irie, 28 ans. Deux centièmes les séparaient à l’arrivée. Chase Kalisz, après son quatre nages de la veille, enlevait deux autres de ses classiques : d’abord le 200 papillon, aux dépens de Jack Conger, à l’issue d’une dispute de chaque coup de bras et de chaque mouvement de dauphin, où un doigt et dix centièmes les séparaient. 26 minutes plus tard, il réitérait, sur 200 quatre nages, ne laissant aucune chance à Josh Prenot et Will Licon.

MESSIEURS.- 400 mètres : 1. Zane Grothe, Mission Viejo, 3’48s84; 2. Elkamash Marwan, GCU, Egypte, 3’49s17.

100 dos : 1. Ryan Murphy, Cal., 53s24 ; 2. Ryosuke Irie, Team Elite, Japon, 53s26; 3. Jacob Pebley, Cal., 53s93.

100 brasse : 1. Andrew Wilson, Longhorn, 59s49.

200 papillon : 1. Chase Kalisz, UGA, 1’55s78 ; 2. Jack Conger, Nation’s Capital, 1’55s88.

200 4 nages : 1. Chase Kalisz, UGA, 1’5786 ; 2. Josh Prenot, Cal., 1’59s47.

DAMES.- 400 mètres: 1. Jianjiahe Wang, Chine, 15 ans, 4’3s14.

 100 dos : 1. Ruck Taylor, HPC-Ontario, Canada, 59s13; 2. Olivia Smoliga, UGA, 59s14; 3. Federica Pellegrini, Italie, 1’0s56; 4. Jade Hannah, HPC Victoria, Canada, 1’0s60; 5. Alexia Zevnik, Wolfpack, 1’0s83.

100 brasse : 1. Molly Hannis, Tennessee, 1’6s09 ; 2. Julia Efimova, Russie, 1’6s32.

200 papillon : 1. Hali Flickinger, UGA, 2’8s04.

200 4 nages: 1. Madisyn Cox, Longhorn, 2’9s82; 2. Taylor Ruck, HPC Ontario, Canada, 2’11s16.

CHASE KALISZ ET TAYLOR RUCK BALAIENT LA CONCURRENCE

Éric LAHMY

Samedi 3 Mars 2018

Le 400 quatre nages, de par sa difficulté, est une épreuve relativement peu pratiquée dans le monde. Il faut tout savoir nager, le faire vite et bien, et ne pas craindre de se faire très mal… De ce fait, ses meilleurs exposants s’étalent sur des écarts chronométriques importants. Vendredi, au meeting Tyr, qui continue de se tenir à Atlanta, Chase Kalisz effectue une démonstration. Ce diplômé d’histoire et de sociologie nage dix secondes plus vite que Joshua Prenot, qui n’est pourtant pas le premier venu, et termina avec plus de treize secondes sur Andrew Abruzzo. Sa performance est de qualité, puisqu’elle le situe au niveau de la médaille de bronze olympique à Rio, où seuls Kosuke Hagino, 4’6s05, et Kalisz lui-même, 4’6s75, nagèrent plus vite. En 2017, à Budapest, Kalisz avait gagné le titre mondial en 4’5s90 et nettement devancé le Hongrois David Verraszto, 4’8s38. Il a aussi gagné le 200 quatre nages à Budapest…

Kalisz venait de loin. Dès 2013, il finissait 2e des mondiaux de Barcelone sur sa distance fétiche, en 4’9s22, une demi-seconde derrière le Japonais Daya Seto (il n’a pas eu beaucoup de chance avec les Japonais semble-t-il). Aux mondiaux 2015 de Kazan, avec 4’10s05, il était encore une fois devancé par Seto, 4’8s50, et par le Hongrois Verraszto, 4’9s90.

A l’approche de son 24e anniversaire – il est né le 7 mars 1994 – Chase, un gaillard de 90 kg pour 1,93m, pourrait bien tenter de battre l’un des plus intimidants records du monde, le 4’3s de Michael Phelps, dont il a été le jeune compagnon d’entraînement et reste un excellent ami.

On n’aurait pu imaginer que Chase deviendrait l’incontestable champion qu’il est devenu. A huit ans, il se plaignit un soir de douleurs dans les membres. Un ou deux jours plus tard, son état s’aggravant, les médecins diagnostiquèrent un syndrome de Guillain-Barré, un grave désordre dans lequel le système immunitaire s’attaque au système nerveux périphérique, conduisant à de fortes incapacités ainsi qu’à une atonie musculaire. Quand le syndrome s’attaque au système respiratoire, il conduit, si l’on n’intervient pas, à la mort par asphyxie. Chase fut plongé dans un coma artificiel, respiration assurée, pendant une semaine, par un poumon d’acier…

A ce moment, les Kalisz réalisèrent la force de la relation que créait la natation. Le coach de Courtney, Paul Yetter, vint tous les soirs faire du baby-sitting bénévole pendant que les parents veillaient leur fils, les Phelps envoyèrent des colis de soins, et une autre famille des plats préparés… Pendant les longues semaines de récupération, Chase donna son programme : « retourner nager ». Cet épisode douloureux devint avec le temps un sujet de plaisanterie, quand Chase ne pousse pas suffisamment sur ses battements de jambes, Phelps et Bowman l’air contrit remarquant que cela devait être le résultat de sa paralysie infantile !

MAMAN KALISZ ACHETA UN LIVRE GENRE COMMENT NAGER (OU ÊTRE EN SÉCURITÉ, OU ENCORE NE PAS SE NOYER) EN DIX LEÇONS 

Chez les Kalisz, la relation avec la natation est due au hasard et à la nécessité, pour la mère, Cathy, d’offrir à son aînée, Courtney, âgée de dix semaines (!) la sécurité du savoir nager. L’histoire est joliment contée par  Chils Walker pour le Baltimore Sun du 24 juin 2016. Maman Kalisz acheta un livre genre comment nager (ou être en sécurité, ou encore ne pas se noyer) en dix leçons : et à un an, la petite Courtney ne pouvait passer près d’une crique ou d’une fontaine du centre commercial d’Hartford County sans s’évertuer à piquer une tête.

Ainsi débuta une odyssée de vingt années où les quatre enfants de Cathy et Mike tâtèrent de la nage de compétition, tandis que les parents, à l’instar des Phelps s’investissaient dans le groupe de volontaires qui animaient les clubs de Bel Air puis de North Baltimore que coachait Bob Bowman. Le moins qu’on puisse dire que Mike fut pris de court : « aucun de mes enfants, aimait-il dire, ne sera dans l’équipe de natation ; ils joueront au lacrosse. » Aujourd’hui encore, il prétend ne rien comprendre à ce sport…

Courtney, la cheffe de file, fut une enfant prodige de la natation, passionnée et investie et se qualifiant pour les sélections olympiques 2004 et 2008 et enlevant l’argent des 200 mètres papillon aux Jeux Panaméricains 2007 avant qu’une blessure à une cheville ne stoppe brutalement sa progression à 19 ans. Chase, le suivant de la liste, effectue la carrière qu’on sait. Les deux derniers, Connor et Cassidy, nagent et étudient, le premier avec Florida, la seconde à LSU, mais ils ne prennent pas trop la natation au sérieux, et suivent les préceptes coubertiniens selon qui l’essentiel est de participer. Pourtant, on dit dans la natation du Maryland que Connor était, potentiellement, le meilleur nageur de la famille.

UN DOUBLÉ PHÉNOMÉNAL DE TAYLOR RUCK SUR 200 DOS ET 200 LIBRE EN ONZE MINUTES

Le double exploit de la soirée a été réalisé par la Canadienne Taylor Ruck, qui, en l’espace de onze minutes, a remporté deux courses, le 200 dos et le 200 libre, dans des temps excellents, 2’6s36 et 1’56s85, et épinglant par-dessus le marché deux solides internationales, Federica Pellegrini et Jianjiahe Wang. Son 200 dos est considéré comme un record mondial junior par les plaisantins de la Fédération International de Natation, mais Missy Franklin a nagé deux secondes plus vite, 2’4s06, dans la catégorie d’âge, alors qu’elle avait dix-sept ans et 82 jours. Taylor a 17 ans, 9 mois et 5 jours…

Mais bien entendu il s’agit d’une grosse performance pour cette nageuse à la fois grande et légère, 1,80m, 64 kg, qui, ajoutée à son temps sur 200 libre, met en avant sa redoutable endurance. Elle détenait l’ancien record canadien, depuis décembre dernier, avec 2’6s87… Elle pourrait bien être la nageuse à suivre aux Jeux du Commonwealth.

MESSIEURS.- 50 mètres : 1. Michael Andrew, Race Pace, 21s93 ; 2. Nathan Adrian, Cal., 22s09.

200 dos: 1. Ryan Murphy, Cal., 1’55s46; 2. Jacob Pebley, Cal., 1’55s85; 3. Ryosuke Irie, Japon, 1’56s77.

200 mètres: 1. Jack Conger, Nation’s Capital, 1’46s96.

400 quatre nages : 1. Chase Kalisz, UGA, 4’8s92

DAMES.- 50 mètres : 1. Margo Geer, Mission Viejo, 24s78.

200 mètres: 1. Taylor Ruck, Ontario, Canada, 1’56s85; 2. Jianjiahe Wang, Chine, 1’57s60; 3. Rebecca Smith, Ontario, Canada, 1’59s14; 4. Penny Oleksiak, Toronto, Canada, 1’59s32

200 dos : 1. Taylor Ruck, Ontario, Canada, 2’6s36; 2. Federica Pellegrini, Italie, 2’11s28

 400 quatre nages : 1. Madisyn Cox, Longhorn, 4’37s94 ; 2. Melanie Margalis, St Petersburg, 4’38s13; 3. Hali Flickinger, UGA, 4’39s98.

AUSTRALIE : CINQUANTE, NUANCES PLUS CLAIRES, POUR CATE CAMPBELL

Éric LAHMY

Samedi 3 Mars 2018

Petite ultime journée des championnats d’Australie sélectifs pour les Jeux du Commonwealth, marquée cependant par un nouveau record d’Australie et du Commonwealth du 50 mètres crawl féminin par Catherine Campbell. En finale, Cate réalise 23s79 et écrête son ancien record, 23s84 le 24 avril 2016.

Ce faisant, elle approche de 0s12 le record mondial du 50 mètres, que Sarah Sjöström a amené à 23s67 le 29 juillet dernier, dans la deuxième demi-finale des championnats du monde de Budapest . Sjöström, en finale, réalisait ensuite 23s69 et devançait trois nageuses qui amélioraient leur record national, la Hollandaise Ranomi Kromowidjojo, 23s85, l’étatsunienne Simone Manuel, 23s97, et la Danoise Pernille Blume, 24s.

L’aînée des Campbell, retour de son année semi-sabbatique (elle y a quand même quelque peu nagé, quoique sans ambition), a vite repris sa place dans la hiérarchie mondiale, au niveau, en termes de performances, de Sarah Sjöström, dont elle reste la première adversaire. Elle a également totalement repris son ascendant sur sa sœur cadette, Bronté, laquelle s’est systématiquement trouvée devancée dans tous leurs affrontements.

En revanche, rien ne nous dit que Catherine Campbell est plus qu’auparavant une grande compétitrice. Elle a plus qu’à son tour fauté, dans le passé, quand l’enjeu était la gagne. Son vrai titre de gloire est d’avoir gagné le 100 mètres des championnats du monde 2013, à Barcelone (dans le temps de 52s34). En-dehors de cela, elle a surtout collectionné les médailles de bronze, ce qui est certes méritoire mais ne correspond pas à son « statut chronométrique ». Un échec cuisant en finale du 100 mètres des Jeux olympiques de Rio mit cruellement en lumière la difficulté de réussir d’une jeune femme sans doute un peu trop affable, gentille, et impressionnable, quand l’enjeu est au plus haut…

Campbell a devancé deux de ses équipières de Chandler, sa sœur Bronte, 24s22, et Shayna Jack, 24s62.

Le 50 messieurs a vu James Roberts, 21s97, devancer Cameron McEvoy, 22s02, et James Magnussen, 22s17. McEvoy avait nagé 21s87 en séries.

Sur 1500 mètres, Jack McLoughlin, en 14’56s99, a complètement largué Mackenzie Horton, 15’14s67, lequel perdit pied après la mi-course, et fut presque menacé par le retour de Joshua Parish, 15’15s70.

Mitch Larkin enleva le 400 quatre nages en 4’15s68, un temps juste correct pour l’ex-champion du monde du 200 dos ; la course féminine était tout aussi « moyenne », même si, à seize ans, Kaylee McKeown, 2e derrière Blair Evans en 4’39s14 contre 4’38s97, peut, en raison de son âge, représenter un espoir australien sur la distance… Sur les 50 dos, les titres revenaient à Emily Seebohm, 27s76, et Zac Incerti, 24s97.

MICHEL PEDROLETTI TOUS AZIMUTS (2) : L’ÉCOLE DE LA NATATION FRANÇAISE, UNE USINE À GAZ NOCIVE POUR L’AVENIR DE NOTRE NATATION

Michel PEDROLETTI

Samedi 3 Mars 2018

DANS UNE « PETITE NOTE DE RÉFLEXION POUR LA NATATION FRANÇAISE À L’ATTENTION DE MR. JULIEN ISSOULIÉ, DTN, » MICHEL PEDROLETTI, EN SEPTEMBRE DERNIER, PROPOSAIT LES CHANGEMENTS POLITIQUES ET INSTITUTIONNELS SUIVANTS POUR LA NATATION FRANÇAISE. MICHEL PEDROLETTI A ÉTÉ ENTRAINEUR NATIONAL ENTRE 1977 ET 1992, ET IL A ENTRAÎNÉ AVEC FRÉDÉRIC DELCOURT ET CATHERINE POIROT DEUX MÉDAILLÉS OLYMPIQUES DE LOS ANGELES EN 1984.

 Cinq points me semblent importants pour notre natation dans une optique d’avenir et pour les JO de 2024 à Paris :

  1. Adaptation pragmatique de l’ENF afin de ne pas perdre de licenciés et de ne pas voir nos jeunes nageurs partir vers d’autres horizons !
  2. Proposition de la suppression de nos catégories d’âges jusqu’aux championnats de France minimes pour une natation de niveau !
  3. Proposition d’uniformisation des calendriers sportifs départementaux, régionaux et nationaux autour d’une compétition toutes les 4 semaines !
  4. Recherche des talents et parrainage/tutorats de ces talents pour la meilleure évolution et la meilleure compétitivité possible dans une optique Olympique !
  5. Avoir une politique spécifique de développement pour les DOM TOM qui sont une source très riche de talents !

Je voudrais préciser que toutes ces propositions ont été faites en leur temps à Lionel Horter qui m’avait demandé de réfléchir sur les carences de la natation française, et furent transmises ensuite à Jacques Favre.

1. Adaptation de l’Ecole de la Natation Française.

De mon point de vue l’ENF est une usine à gaz nocive pour l‘avenir de notre natation. Empêcher un nageur de s’amuser en pratiquant la compétition avant d’avoir réussi un « 3ème niveau » et un 100 mètres quatre nages, c’est le meilleur moyen de perdre des nageurs, des licences et de faire en sorte que nous restions ridicules en quatre nages au plan international comme c’est le cas depuis de nombreuses années ! C’est un peu à l’image de nos intellectuels de l’Éducation Nationale qui préconisent la méthode globale avec les résultats qu’on sait au détriment de ce qui a toujours bien marché la syllabique !    

Sachant qu’on ne peut rien y changer (ce qui me semble un comble !), je préconise une adaptation au 2ème niveau de L’ENF :

  1. En permettant la pratique de la compétition sur 50 mètres,
  2. 50 mètres crawl (et non pas nage libre !), 50 mètres dos, 50 mètres brasse, à partir du moment où le nageur est capable de faire ces distances en moins de 50’’, les nageurs nageant plus lentement ne pouvant être classés,
  3. 50 mètres auquel on adjoint un 25 mètres technique noté avec une grille de jugement :
    • 5 points sur le départ avec élan des bras, détente, entrée dans l’eau, glisse et reprise de nage,
    • 10 points sur la nage, placement de la respiration, expiration dans l’eau, placement de l’inspiration, retour relâché du coude haut, enchaînement des appuis sans temps d’arrêt devant coordination bras jambes,
  4. Un classement prenant à la fois en compte le temps réalisé et la note du 25m technique imposé permettant le classement des nageurs, temps plus la différence entre la note obtenue et la note maximum de 20. Exemple 36’’ plus 15/20 donnant 41 et, par contre 32’’ et 10/20, 42, donc derrière le premier !

Une telle démarche nous permettrait :

  • De ne pas perdre  nos jeunes nageurs, de les intéresser et de les motiver !
  • Elle aurait un impact important sur les éducateurs mais aussi sur les enfants pour la pratique d’une bonne technique et d’une bonne maitrise des fondamentaux des différentes nages !
  • Elle donnerait du pouvoir et des outils à la formation en renforçant son importance, et cela tant auprès des enfants que des éducateurs !
  • De plus les discussions et les « polémiques » que cela induirait seraient une source de progrès pour nos nageurs et nos clubs en sortant d’un consensus mou, source de stagnation et de régression !

2. Suppression des catégories d’âges jusqu’aux championnats de France minimes et mise en place d’une natation de niveaux.

Les différentes catégories d’âges et les programmes qui s’y rapportent à chacun des niveaux ne sont :

  1. En aucun cas adaptés au développement physique des nageurs à qui ils s’adressent !
  2. Et encore moins à leur niveau technique !
  3. Nous fabriquons une natation de petits gabarits ! En effet les petits sont bien coordonnés et, de ce fait, progressent ! Dans le même temps nous perdons les futurs grands gabarits de talents qui, à cet âge, ne sont pas coordonnés ! Ils éprouvent des difficultés à acquérir une bonne technique, à progresser ! Ils s’écœurent de voir les petits leur tourner autour et abandonnent la natation, pensant n’y avoir aucun avenir ! Ils vont renforcer d’autres sports alors que c’est nous qui les avons en main au départ ! Nos nageurs de talents et de grands gabarits ont tous commencés dans de petits clubs, pour finir, plus tard dans les grands clubs !
  4. Les axes de formation de ces catégories d’âges sont basés sur les quatre nages et le demi-fond depuis plus de 40ans ! C’est sur ces épreuves que nous sommes le moins compétitifs au plan international depuis lors !
  5. De plus, imposer le quatre nages sur la base d’une mauvaise technique comme un 400 ou un 800 mètres avec une technique de « nage plus ou moins libre qui n’a que de lointains rapports avec le crawl » ne peut qu’être source de dégradation techniques et d’abandon de ces distances !
  6. Enfin, il n’y aucune place dans nos programmes et donc dans nos clubs pour des nageurs, peut-être beaucoup plus doués, mais un peu plus âgés de 10 à 14 ans qui souhaiteraient pratiquer la natation ! Si je prends mon exemple, j’ai commencé la natation à 14ans et j’ai été Champion de France et en Equipe de France, cela n’est plus possible actuellement !

Au vue de ces constations, il me semble important de proposer une natation de niveau, locale, départementale, régionale  et nationale commençant à partir des propositions faites ci-dessus pour le 2ème niveau de l’ENF :

  • Des 50m, en crawl, en dos et en brasse dans la mesure où ils sont nagés à moins de 50’’ et un 50m papillon quand on est capable de nager moins de 45’’
  • A partir de 35’’ sur chacun des 50m, on ne propose que des 100m avec obligation de nager moins de 1’30’’ en crawl, en dos, en brasse et en quatre nages.
  • Puis on peut offrir la pratique des 200m à partir de 3’ en crawl, en dos, en brasse et en 4N et 2’45s en papillon.
  • Des 400m à 5’45’’ en crawl mais aussi en 4 nages, des 800m à 11’ et des 1500m à moins de 20’ !

Ces limites de temps peuvent faire l’objet d’une discussion ou d’une réflexion plus approfondie mais, dans tous les cas, le cadre doit être simple et compréhensible !

Le principe de cette réflexion repose sur le fait qu’un niveau de performance doit correspondre à la fois  un niveau technique et un niveau d’entraînement. On commence par le plus simple, le 50m crawl pour aller progressivement vers le plus complexe le 4 nages et les longues distances qui demandent à la fois une bonne technique et un bon niveau d’entraînement ! Ce qui est l’exact opposé de ce qu’on propose depuis plus de 40 ans avec le succès que l’on sait !

 

3. Organiser les différents calendriers sportifs autour d’une compétition toutes les 4 semaines.

Il me semble important que le calendrier sportif, qu’il soit départemental, régional ou national, soit un outil et une aide pour la préparation, pour le développement des capacités et non pas le contraire !

  1. Il est important de donner du temps à la préparation et bien fixer l’objectif de compétition qui va permettre d’évaluer les progrès acquis à l’entraînement.
  2. Il est important d’amener le nageur et bien entendu l’éducateur/entraîneur à répondre présents à un moment donné. C’est l’éducation vers le haut niveau et il faut le commencer le plus rapidement possible.
  3. Un cycle d’une compétition toutes les 4 semaines permet d’avoir 3 semaines d’entraînement pour le développement des capacités qu’elles soient techniques, physiques ou physiologiques, avec une semaine de même volume avec une intensité moindre, un test éventuel en milieu de semaine et la compétition le week-end.
  4. Cette organisation a le mérite de bien fixer les choses tant sur le plan de l’entraînement, de la compétition ou de la détente qu’il ne faut pas oublier et cela pour le nageur comme pour l’entraîneur.

4. Recherche des talents et accompagnement de ceux-ci vers le haut niveau.

Il me semble indispensable d’aller à la recherche des talents ! Pour cela :

  1. Il faut bien comprendre qu’un bon brasseur a un bon ciseau, un bon nageur de dos a un bon battement de dos, un bon crawleur un bon battement de jambes et le bon papillonneur un bon dauphin !
  2. Il faut demander un test sur un 100m battement de jambes à la planche, dans des conditions biens réglementés pour les :
    • 10 ans et moins,
    • 12 ans et moins,
    • 14 ans et moins.
  3. Ce test doit être fait dans un premier temps dans les clubs, puis au plan départemental, régional et national relativement à une grille de temps ou à un nombre de places !
  4. Les meilleurs au plan régional puis national étant regroupés, des observateurs Fédéraux, ayant « l’œil », se rendraient sur place pour les observer et ainsi évaluer leurs capacités et leurs développements physiques.
  5. Il faut rechercher les nageurs ayant la « glisse », le gabarit et une bonne flottabilité pour le meilleur rapport poids puissance.
  6. Les nageurs identifiés, il faut mettre en place un suivi sur le temps :
    • Pour observer leurs évolutions physiques notamment chez les jeunes filles ;
    • Pour prendre contact avec les clubs et les entraîneurs pour leur préconiser des types d’entraînement dans une optique de haut niveau:
      • tant sur le plan technique,
      • que physique (renforcement musculaire, assouplissements, relâchement, travail de concentration et de relaxation…)
      • sans oublier la dimension de l’entraînement : nombre de séances, durée, volume, plan de séance, séries de nage, de jambes et de bras (eh ! oui, ces données me semblent importantes et je crois qu’on les oublie un peu trop actuellement)…
  1. On peut également imaginer mettre en place une évaluation de la puissance au travers d’un 100m de nage avec des plaquettes adaptées (Plaquettes/jambes) en crawl, en dos, en brasse pour tout le monde et en papillon pour les 12ans et moins !

 

Remettre les jambes au centre des choses me semble dans tous les cas, tant au point de vue de l’apprentissage que de l’entraînement être une chose indispensable !

Le mérite de cette proposition est qu’elle aussi est simple et compréhensible par tous.

5. Une politique spécifique pour les DOM TOM doit être mise en place.

Les DODM TOM sont une ressource de talents dont on ne se sert pas assez dans tous les sports en France mais en natation en particulier.

Si j’en juge par les résultats obtenus en très peu de temps par les nageurs guadeloupéens à la suite de la politique que j’ai pu mettre en place entre 2006 et 2011 sur les principes édictés ci-dessus, je pense que nous ne nous intéressons pas suffisamment à ces territoires qui méritent notre attention et une spécificité liée au climat et à l’éloignement et qu’un copié collé de notre programme ne saurait être suffisant !

 J’ai fait en leur temps dans ce domaine également de nombreuses propositions au travers de notes que j’ai pu envoyer à nos différents DTN.