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RECORD ÉLECTRONIQUE POUR MANUEL: 45s56 AUX 100 YARDS

Éric LAHMY

Dimanche 19 Mars2017

Enfin Kathleen Ledecky n’a pas battu un record de demi-fond. Elle n’a pu faire mieux que gagner le 1650 yards avec ‘seulement’ vingt-et-une secondes d’avance sur Leah Smith, 15’7s90 contre 15’28s89, laquelle n’avait pour sa part que vingt-deux secondes d’avance sur la troisième, Megan Byrnes, 15’50s87.

Lors de cette finale de NCAA, on a eu droit, au fond, à deux démonstrations solitaires, celle de Ledecky et celle de Smith, et, derrière ces extra-terrestres, le « vrai » championnat, celui pour la troisième place, une bataille à six ou sept filles qui s’entrecroisaient, s’empoignaient, se passaient et se dépassaient, et qui finissaient à sept en l’espace de cinq secondes : Byrnes, 15’50s87, Leah Stevens, 15’52s36, Hannah Moore, 15’52s75, Danielle Valley, 15’53s22, Joanna Evans, 15’54s46, etc..

Avec son temps à l’arrivée, Ledecky a établi son 2e temps de carrière, derrière les 15’3s92 nagés à Columbus le 20 novembre dernier. Coïncidence, Leah Smith elle aussi est restée légèrement en retard sur son temps record personnel, 15’25s30, nagé à Greensboro en février 2016.

MINI ÉCHEC POUR UNE TRIOMPHATRICE: LEDECKY « RATE » LES QUINZE MINUTES

Comme d’habitude, Ledecky a nagé sur ses bases hors normes, assez monstrueuses. Au 500 yards, elle touchait en 4’32s10, un temps qui lui aurait donné la 3e place de la course individuelle, deux jours plus tôt, derrière… elle-même et Leah Smith. Ce fut une belle leçon d’égalité d’allure, même si elle faiblit assez nettement dans sa seconde moitié de course (7’30s plus 7’37s). Partie pour taquiner les 15 minutes, Katie est restée un peu en deça de ce qui devait être son objectif.

Ses temps 100 yards par 100 yards, 52s23, 54s87, 54s94, 55s08, 54s96, 54s49, 54s62, 55s04, 55s07, 55s58, 55s55, 56s27, 56s08, 56s09, 55s56, 55s37 et 25s88 pour finir. Après neuf fois 100 yards abattus en 55s, elle nagea six cents yards en 56s et ne put tomber son record…

Rater le quart d’heure pour sept seconde… On peut donc dire que si elle a faibli, la Katie, c’est avec panache!

Si un autre record pouvait être battu, dans cette dernière journée de finales NCAA d’Indianapolis, c’était celui du 100 mètres, par Simone Manuel, et il le fut. La co-championne olympique du 100 mètres fut à peu près sans rivale. Elle partit plus vite que toutes et revint plus vite que toutes, et améliora au bout de cet effort son record américain d’une demi-seconde, nageant 45s56 (contre 46s09 pour l’ancien record).

Nettement devancées, Olivia Smoliga, 46s30 et Mallory Comerford, 46s35, devenaient les détentrices des 3e et 4e  temps de l’histoire derrière Manuel et Abbey Weitzeil, laquelle, peut-être à la suite de son alerte du mois dernier (elle était reste évanouie pendant quelques minutes après une course), a perdu de son tranchant ; Abbey ne pouvait faire mieux que 8e et dernière de la finale, en 47s79, temps bien éloigné de son record, 46s29. Parmi celles qui la précédaient, Béryl Gastaldello, 47s54, 6e ex-aequo avec Chantal Van Landeghem (Canada).

Simone Manuel détient désormais six des 10 meilleurs temps sur 100 yards tous temps : 1. Simone Manuel, 45s56 ; 2. Simone Manuel, 46s02 ; 3. Simone Manuel, 46s09 ; 4. Abbey Weitzeil, 46s29; 5. Simone Manuel, 46s30; 6. Olivia Smoliga, 46s30 ; 7. Mallory Comerford, 46s35; 8. Simone Manuel, 46s36 ; 9. Abbey Weitzeil et Simone Manuel, 46s47.

Sur 200 yards dos, le dernier mot est resté à Kathleen Baker, laquelle, talonnée jusqu’au bout par une meute, fit le trou par un solide troisième quart de course, pour finit avec une demi-longueur sans que Zevnik puisse lui reprendre un « centiyard. »

Trois filles du Kentucky dont deux sœurs, étaient en finale, Seidt fut la mieux disant ; les deux sœurs Galyer, Danielle, gagnante de la course en 2016 et sa cadette Ali, finirent 5e et 8e.

Kathleen Baker, California : 25s59, 53s22, 1’20s87, 1’48s44

Alexia Zevnik,N. Carolina St: 25s78, 53s48, 1’21s52, 1’49s09

Asia Seidt, Kentucky : 26s09, 53s78, 1’21s56, 1’49s63

LILY KING OU L’ART DE PARTIR VITE POUR GAGNER

Sur 200 mètres brasse, Lilly King l’emporta avec un nouveau record, 2’3s18, mais non sans une fière explication avec la Canadienne Kierra Smith, qui, en 2’3s55, battait elle aussi l’ancien record de Lilly, 2’3s59. Smith avait nagé 2’4s56 il y a deux ans.

Lilly King, 27s13, 58s32 (31s19), 1’30s85 (32s53), 2’3s18 (32s33)Kierra Smith, 28s17, 59s79 (31s62), 1’31s54 (31s75), 2’3s55 (32s01)

ELLA EASTIN OU L’ART DE PARTIR LENTEMENT POUR GAGNER

Sur 200 mètres papillon, Ella Eastin illustra la fameuse tautologie de Mark Spitz, selon qui « les courses ne se gagnent pas au départ, mais à l’arrivée. » Est-ce pour avoir oublié ce précepte musclé de l’Obi-Wan Kenobi de la natation que la Californienne Katie McLaughlin, après avoir glorieusement mené pendant cent soixante quinze yards, ne sut résister à l’intraitable leçon d’égalité d’allure de Eastin ? C’est possible.

Mais dans le 200 brasse, Lilly King n’avait-elle pas démontré, en sens contraire, que les courses se gagnent au départ, à condition de ne pas faillir ensuite ?

Le relais quatre fois 100 yards clôturait cette ultime journée de championnats NCAA 2017, et on ne savait ce qu’elle donnerait. Ce fut Stanford qui l’emporta, et pas qu’un peu. Le coup de grâce fut donné d’entrée, par Simone Manuel, avec un temps de 46s02, deuxième temps de l’histoire. Pour Georgia, Oliva Smoliga, 46s70, était déjà menée dune demi-longueur, et Louise Hansson, 47s07, pour la Californie du Sud, d’une longueur. Béryl Gastaldello, qui lançait Texas A&M, signait un 47s83.

Derrière Manuel, on avait mis… Katie Ledecky, qui s’en sortit plutôt bien, 47s59 lancée, ne cédant rien du pécule que lui avait offert Manuel. Janet Hu, 47s63, et une solide Lia Neal, 46s37, clôturaient l’affaire, en 3’7s61, record. L’ancien, était détenu depuis trois semaines par le même quatuor en 3’8s51.

Les meilleurs temps lancés, outre ceux énoncés, de cette finale de relais, furent effectués par Mallory Comerford, Louisville, 46s38, Chantal Van Landeghem, Georgia, 46s73Farida Osman, Cal, 46s88, Abbey Weitzeil, Cal, 46s93.

NCAA A INDIANAPOLIS : SIMONE MANUEL IMBATTABLE CETTE NUIT SUR 100 YARDS ?

Samedi 18 Mars 2017

Les qualifications donnent des résultats très serrés, qui sont une caractéristique constante de la natation américaine. Cette densité ne s’est jamais perdue, du moins depuis que j’observe les nageurs d’outre-Atlantique. On m’a toujours convaincu que ce n’est pas le résultat d’une méthode. Il y a bien longtemps, déjà, alors qu’on évoquait les « systèmes » d’entraînement, et parlait du britannique, de l’allemand, de d’australien, du russe, voire du sinistre allemand de l’Est, je m’étais demandé ce qu’était le système américain. « Il n’y a pas de système américain », me répondit David Dickson, qui était passé du poste de capitaine de l’équipe olympique d’Australie à celle d’entraîneur du club d’Antibes. « C’est des systèmes », et il mimait avec la main de petites explosions, « pop, pop, pop » et il est vrai qu’on ne pouvait pas confondre ce que faisaient Gus Stager, Peter Daland, Sherm Chavoor, Don Gambrill, James Counsilman ou encore le plus fort de tous, George Haines, puis, plus tard, Dick Jochums, Mark Schubert, Paul Bergen, Richard Quick, Nort Thornton, Dave Durden, Bob Bowman, Eddie Reese, Teri McKeever, David Marsh, Bruce Gemmel,  ou Dave Kelsheimer… et ceux qui m’excuseront de les avoir oublié.

J’imagine que cette loi du nombre, et la compétition dans laquelle toutes et tous se trouvent, les tirent vers le haut.

A Indianapolis, ce samedi matin. Sur 200 mètres dos dames, c’est une Canadienne de North Carolina, Alexia Zevnik, qui mène la danse, mais elle aura de quoi s’inquiéter, parce que Danielle Galyer, de Kentucky, tenante du titre, (née d’une mère canadienne et d’un père néo-zélandais, une vraie américaine, quoi) n’est pas devancée de plus de deux centièmes (1’49s71 contre 1’49s73). Kathleen Baker, la gagnante des 100 yards dos, suit (1’49s96), et la jeune sœur de Galyer, Ali, tout juste sortie des rangs juniors et semble-t-il plus forte que sa sœur à son âge, n’est pas très loin, qui devance, 1’50s53 contre 1’50s62, la Canadienne Kennedy Goss.

Sur 100 mètres, trois filles sous les 47s, et aucune surprise, avec Simone Manuel, 46s30, un temps que seules elle-même (46s09) et Abbey Weitzeil (46s29) ont surpassé dans le passé, Olivia Smoliga, la tenante du titre NCAA, 46s87, et Mallory Comerford, 46s89. Mais derrière, c’est tout bon également : Farida Osman, la gagnante du 100 papillon, 47s18, Lia Neal, 47s22, et Abbey Weitzeil, 47s28. Autre qualifiée, Béryl Gastaldello, la Française qui, guère transcendante depuis le début des championnats, nage en 47s34 (à 15/100e de son record personnel, 47s19 l’an dernier), devançant la géante canadienne Chantal Van Landeghem, 47s37.

Sur 200 brasse, quatre filles sous les 2’6s : Kierra Smith, 2’5s50, Sydney Pickrem, 2’5s69, Emily Escobedo, 2’5s72, et Lilly King, 2’5s90. King qui est passée comme une fusée, en 59s08 mais s’est pas mal tassée sur la fin… sans qu’on puisse trop savoir si ce fut par calcul ou un effondrement.

Pour finir ces séries matinales, California, tenante du titre, a amélioré le record du relais quatre fois 50 mètres quatre nages avec 1’34s10 (Baker, 23s62, Weitzeil 26s67 – en brasse ! -, Noemie Thomas 22s70, Farida Osman, 21s11). L’ancien appartenait à Stanford, 1’34s15. La coach de California Berkeley, Teri McKeever, n’a pas perdu la main pour ce qui est de la préparation finale de ses nageuses. E.L.

KATHLEEN LEDECKY ET MALLORY COMERFORD DANS LE MÊME CENTIÈME

Éric LAHMY

Samedi 18 Mars 2017

Ex-æquo. Entre Kathleen Ledecky et Mallory Comerford, sur 200 yards. Le temps ? 1’40s36. Un centième de mieux que le meilleur temps d’engagement, celui de Simone Manuel, réussi lors des PAC-12 il y a trois semaines.

Comerford, sa grande forme était évidente, depuis deux jours, elle alignait des performances comparables à celles de Ledecky et de Manuel. Si, en termes de fonctionnement, la valeur de Manuel s’organise à partir du sprint (victoire sur 50 yards, vitesse pure exigée) et celle de Ledecky s’enracine dans une capacité de résistance hors-normes, on ne sait trop où se trouve leur distance carrefour. Sur 200 mètres, Ledecky domine, c’est sûr. Mais sur 200 yards, avec les virages, on ne savait pas trop…

Le plus impressionnant, chez Ledecky, en dehors de sa supériorité physique évidente en demi-fond, est sa capacité à faire reculer ses limites…

Dans n’importe quel domaine, je n’aimerais pas avoir cette fille sur mes talons, je me sentirais mal barré… Elle me rappelle ce que me racontait le père de Tim Shaw quand ce dernier détenait tous les records du monde du 200 mètres au 1500 mètres. « Vous ne pouvez pas battre Tim. Vous lancez une bataille de polochons, il devra avoir le dernier mot. Gamin, à dix ans, il avait gagné comme ça un concours de manger de pizzas avec sa fratrie et nous ses parents, je ne sais pas comment il a pu distendre son estomac à ce point ce jour-là. »

Cette façon de se transcender de Katie lui a donné, sur 200 mètres, un titre mondial à Kazan et un titre olympique à Rio, sans qu’elle puisse se dire la plus rapide dans cette course (c’était surtout clair à Kazan, moins à Rio, un an plus tard, en raison justement de sa capacité de progresser un peu plus que les autres qui avait permis de faire le ménage entre-temps).

Au niveau où elle se situe, disons le, faire la différence est particulièrement ardu, car en face d’elle, elle trouve de sacrés tempéraments. Tout en haut de la hiérarchie, ce ne sont plus des nageurs qui gagnent, ce sont des bêtes d’entraînement doublées de fauves de bassins !

Manuel en est une, genre lionne. Melissa Franklin racontait l’an passé combien elle avait trouvé d’impressionnante assurance, de certitude, de capacité de se battre, chez la brune championne olympique du 100 mètres nage libre, alors qu’elle n’était qu’une très jeune nageuse en devenir.

La course fut limpide. Manuel la lança à belle allure, estimant sans doute avec raison qu’elle ne pourrait déborder Ledecky en fin de course, et prit l’ascendant. 23s28 au passage des 50 yards, un yard d’avance sur Ledecky et la Hongkongaise Siobhan Bernadette Haughey, 23s71. Fidèle pratiquante de l’égalité d’allure, Mallory Comerford, restait un peu en retrait, en 23s95. Comerford et Manuel illustraient dans cette finale les deux possibles stratégies de filles rapides en face d’une redoutable super-endurante (d’ailleurs elle-même fort rapide) à la Ledecky…

Du 50 au 100, Manuel continuait d’appuyer, 25s18, 48s46, mais ne gagnait plus rien sur Ledecky qui poussait les feux, 25s19, 48s90, pendant qu’Haughey, 25s93, 49s64, perdait deux places et se faisait passer par Comerford laquelle restait fidèle à son plan de course, 25s51, 49s46.

Manuel cependant caracolait toujours en tête aux 150 yards tandis que Comerford était revenue sur Ledecky, lui reprenant un yard, en 25s37 contre 25s84 et n’était plus devancée par elle que de onze centièmes. Mais au sprint, Manuel perdit pied, et Comerford reprit à Ledecky les 11/100e de déficit qui les séparaient. Le record américain de Melissa Franklin, 1’39s10 en 2015, resta debout. A distance respectueuse de ce monument, Ledecky et Comerford partageaient la 2e place du bilan américain en yards avec 1’40s36 ; Manuel, sur son temps de PAC-12, reste 4e en 1’40s37, qui passe Allison Schmitt, 1’40s62 en 2015. Le grand progrès est celui de Comerford, dont le record était de 1’42s54 (en 2016 à Atlanta)…

Ella Eastin remplaçait Ledecky pour Stanford dans le 400 yards quatre nages. Ses bras n’ont pas failli… Elle a gagné la finale, laissé derrière elle, dès le premier parcours de papillon les redoutables Sidney Pickrem de Texas A&M, 3’59s36, et Madisyn Cox, de Texas, 4’0s97, et battu d’une longueur de doigt le très récent record américain de Ledecky, 3’57s57 contre 3’57s68.

Immédiatement après cela, Farida Osman, l’Egyptienne de California, devançait Helene Moffitt, une des stars de Caroline du Nord. Son temps, 50s05, s’inscrit en 3e place dans le bilan américain tous temps derrière Kelsi Worrell – gagnante de l’année passée, seule sous les cinquante secondes de l’histoire avec 49s43 et quatre temps entre 49s81 et 49s88 – et Natalie Coughlin.

Moffitt, 50s37, améliorait son record de l’an passé, 50s67. La victoire d’Osman fut, d’une façon, celle du sang-froid et de la planification de course. Le papillon est de tous temps la nage qui échappe à l’idée d’égalité d’allure. On y part très vite et l’on finit sur un brancard d’ambulance. Michael Phelps fut le premier nageur de l’époque moderne de jouer différemment et de savoir « revenir » dans une course en papillon. Farida est passée en 24s04, en septième position de la finale (et moins vite que quatre nageuses de la finale B) et elle a ramassé tout le monde au retour…

Lilly King, comme prévu, n’eut pas d’adversaire à sa mesure sur 100 yards brasse, et, en 56s71, laissa sa seconde, Lindsey Horejsi, au niveau de son ciseau de jambes. Sur 100 yards dos, en revanche, la grande Olivia Smoliga, dernière année de NCAA, ne put assurer une sortie triomphale de sa saga d’universitaire NCAA ; elle s’est fait proprement sécher par une « sophomore », la Californienne Kathleen Baker – médaillée d’argent olympique du 100 mètres dos derrière Katinka Hosszu -, dont les 49s84 frôlaient son record personnel, 49s80, et aussi le record NCAA et américain d’Ally Howe, 49s69. Ally Howe fut plus que Smoliga la grande battue, car ses 49s69 avaient été établis il y a trois semaines. Ici, elle ne pouvait produire mieux que 50s58. La forme est une donnée instable !

http://www.sidearmstats.com/ncaa/swimming/index.htm

NCAA: SIMONE MANUEL CONTRE KATIE LEDECKY SUR 200 YARDS

Vendredi 17 Mars 2017

Après son succès d’avant-hier aux championnats NCAA 2017, à Indianapolis, Kathleen Ledecky détient les onze meilleures performances sur 500 yards. Elle laisse la 2e nageuse la plus rapide sur la distance, Leah Smith, à 4 secondes 84 centièmes.

Troisième journée. Le choc du jour parait se situer sur 200 yards. Ledecky, là, n’est pas seule. Invincible sur les longues distances, elle est ici menacée. Dans les séries, elle a été devancée par Simone Manuel, 1.41s81. Ledecky a nagé 1.42s02. Suivent deux autres grosses cylindrées, Leah Smith, seconde de Katie sur 500 yards, ce matin auteure d’un 1’42s86, et Mallory Comerford, 1’42s99. Course très dense en perspective, avec une 8e et dernière qualifiée en 1’43s73.

Manuel, aux PAC-12, voici trois semaines, avait précédé Ledecky de 13/100e, en 1’40s37 contre 1’40s50. Voici deux jours, Comerford a nagé, lancée, en 1’40s21 dans le relais quatre fois 200 ; temps qui se compare favorablement au 1’41s41 au start de Manuel et au 1’40s46 lancé de Ledecky. Smith, elle, 1’42s46 lors du même relais, parait manquait un peu de vitesse, et Comerford de résistance. Siobhan Bernadette Aughey, petite nièce d’un ancien premier ministre irlandais, qui nage pour Hong Kong et Michigan, a été championne du monde junior 2013 du 100 mètres, et demi-finaliste olympique sur 200 mètres à Rio, pourrait se mêler à la bagarre… Course ouverte s’il en est.

Sur 100 dos, Olivia Smoliga, Georgia, est favorite, avec son temps des qualifications, 50s31 ; elle devance Hanna Stevens, Missouri, 50s61, Kathleen Baker, California, 50s63, Janet Hu et Ally Howe, Stanford, 50s75 et 50s80, etc. Sur le papier, finale assez indéchiffrable.

Sur 100 brasse, Lilly King parait invincible, qui a dominé les séries en 57s38. Derrière, quatre filles dans 0s42 dont une Lindsey Horejsi qui améliore son record de la saison, 58s90, avec 58s23.

Sur 100 papillon, course également des plus disputées avec en séries 4 filles dans 6 centièmes : Noémie Thomas, California, 50s71, Louise Hansson, Southern California, 50s74, Hellen Moffit, UNC, et Farida Osman, California, 50s77. Toutes à la poursuite du record de Kelsi Worrell, qui est devenue professionnelle et s’est récemment fiancée avec notre brasseur, Thomas Dahlia.

Sur 400 quatre nages, en l’absence de la recordwoman des Etats-Unis (3’57s68), Ledecky soi-même, la voie parait libre pour Ella Eastin, Stanford, qualifiée en 4’3s47, face à Sidney Pickrem, TAMU, 4’3s63 et Madisyn Cox, Texas, 4’4s03.

LES 15 MEILLEURS 500 YARDS DAMES TOUS TEMPS

4.24s06       Katie Ledecky USA Indianapolis 16.3.2017

4.25s15       Katie Ledecky USA Seattle 23.2.2017

4.26s46       Katie Ledecky USA Columbus 18.11.2016

4.26s58 (S) Katie Ledecky USA Boyds 06.02.2015

4.27s21       Katie Ledecky USA Newark 11.7.2015

4.27s54 (S) Katie Ledecky USA Columbus 18.11.2016

4.27s88       Katie Ledecky USA Boyds  6.2.2015

4.28s17       Katie Ledecky USA College Park 12.12.2015

4.28s37 (S) Katie Ledecky USA Seattle 23.2.2017

4.28s37 (S) Katie Ledecky USA Indianapolis, 15.3.2017

4.28s71 (S) Katie Ledecky USA Boyds  5.2.2014

4.28s90       Leah Smith USA Indianapolis 15.3.2017

4.29s54       Katie Ledecky USA Greensboro 4.12.2014

4.30s37 (S) Leah Smith USA Greensboro  19.3.2015

4.30s42 (S) Katie Ledecky USA College Park 12.12.2015

UNE MANOEUVRE BLOQUE LE COMPTE FACEBOOK DE GILLES SEZIONALE

Vendredi 17 Mars2017

En l’espace d’une semaine, le compte Facebook de Gilles Sezionale ouvert ce 7 mars pour présenter son programme à l’élection fédérale, réunissait déjà 312 abonnés. Voici que Facebook l’a bloqué. Pourquoi ? Il a été désigné par des personnes non identifiées comme un compte frauduleux.

On n’imaginera pas un seul instant que ces personnes puissent se situer dans la mouvance de Francis Luyce ou de Louis-Frédéric Doyez, lesquels sont très à cheval sur le caractère loyal d’une élection et ne tenteraient jamais la moindre manœuvre malhonnête, ou tordue. Ce qui, de ce fait, nous laisse perplexe. Ces deux chevaliers blancs étant bien évidemment innocents, à qui d’autre cette mesquinerie profite-t-elle?

Comment fait-on bloquer un compte ? Il parait que c’est assez simple. Il suffit d’envoyer en bloc une dizaine de message à Facebook faisant état de la dangerosité du dit compte. Le système robotique que saturent ces inquiétants messages bloque à un moment de façon automatique le compte, aussi anodin soit-il. Allez expliquer à un robot que le compte n’abrite que les inoffensives publications d’un candidat à l’élection à la présidence de la Fédération française de natation. Dans des temps d’alerte générale face aux attentats, une aussi misérable manoeuvre est chose relativement facile.

Ce genre d’agissement médiocre, mais bien dans l’air du temps et des réseaux sociaux, où la malfaisance se cache derrière un lâche anonymat, est ce qu’il est. Aujourd’hui, les amis de Gilles Sezionale tentent de débloquer leur site, ce qui demande un certain temps, et exige de montrer patte blanche.

Le président de la région Provence Côte d’Azur et ses amis organisaient aujourd’hui une réunion de la Bretagne et des Pays de la Loire et entendaient communiquer à ce sujet. Bien entendu, Galaxie Natation serait heureuse de les aider à ce sujet en passant les messages qu’ils voudront bien lui confier.

Pendant ce temps, me dit-on, les amis de Francis Luyce pourront se régaler sur le site de ce dernier, récemment ouvert. Ils y verront en effet, le président en maillot de bain à côté de Camille Lacourt dans un document qui illustrerait assez bien les aventures de Don Quichotte et de Sancho Pança. Luyce a abandonnée les braies d’Obélix ? Décidément les temps changent. E.L.

KATIE LEDECKY BOULIMIQUE, NE CESSE DE GRIGNOTER : UNE SECONDE PAR-CI, UNE SECONDE PAR-LÀ

Éric LAHMY

Vendredi 17 Mars 2017

Kathy Ledecky continue de progresser. Son nouveau record américain des 500 yards, le démontre. La voici donc à 4’24s06. Dans la finale des NCAA qui s’est déroulée hier soir, une fière combattante, Leah Smith, médaillée olympique du 400 mètres, a bien essayé de combattre – et a amélioré son record personnel de deux secondes. Mais Ledecky, une fois de plus, a montré une classe à part. Ses temps de passage 50 yards par 50 yards : 24s41, 50s65 (26s24), 1.16s83 (26s18), 1.43s49 (26s66),  2.10s07 (26s58), 2.37s07 (27s00), 3.4s11 (27s04), 3.31s14 (27s03), 3.58s03 (26s89), 4.24s06 (26s03), ne diront rien sauf à un habitué de ces distances anglo-saxonnes, mais prennent leur saveur quand on les compare avec l’adversité. Leah Smith, 2e de tous les temps sur la distance avec son 4’28s90, finit à près de dix yards et se fait décrocher longueur après longueur, comme le montrent ses temps de passage : 24s83, 51s42 (26s59), 1.18s19 (26s77), 1.45s34 (27s15), 2.12s62 (27s28), 2.39s89 (27s27), 3.7s28, (27s39), 3.34s57 (27s29), 4.2s00 (27s43), 4.28s90 (26s90). 3e en 4’36s13 et 4e en 4.36s16, Kennedy Goss et Malory Comerford, qui ont bataillé pour le bronze, sont tellement éloignées ! Et pourtant, ces belles nageuses, l’une de dos, l’autre de sprint « prolongé » ne sont pas les premières venues.Si mes calculs sont bons, aujourd’hui, Ledecky détient les huit meilleurs temps jamais réalisés, et Leah Smith le 9e.

La veille, un relais était revenu à Stanford. Non seulement Stanford avait gagné le relais quatre fois 200 yards, mais son équipe avait laissé sa suivante, California, à près de vingt yards… En filigrane, le duel de Simone Manuel et de Kathleen Ledecky. A moins que… Planquée dans le résultat discret de son équipe, Louisville, huitième, Mallory Comerford a nagé, lancée, 1’40s21, un poil plus vite que Ledecky et, a priori, que Manuel au start. Mallory se pose donc en gagnante possible du 200 yards, aujourd’hui, où elle est engagée avec le 3e temps, 1’41s70, derrière Manuel, 1’40s37, et Ledecky, 1’40s50… Cependant, on peut penser aussi que Ledecky ne s’était pas employée à fond, compte tenu de l’avance qu’elle avait au départ de son effort. Par ailleurs, le fait d’avoir fini à douze secondes de Ledecky sur 500 yards n’encourage pas à jouer Comerford sur 200.

Impossible à manœuvrer en demi-fond, Stanford n’était pas imbattable en sprint, et un quatuor de California l’a montré sur quatre fois 50. Abbey Weitzeil, 21s59, Maddie Murphy, 21s83, Amy Bilquist, 21s26, et Farida Osman, 20s91, ont eu raison de Simone Manuel, 21s47, Lia Neal, 21s35, Janet Hu, 21s80, et Ally Howe, 21s29. Béryl Gastaldello avait lancé le relais de Texas A&M en 21s89. Mais dans l’épreuve de sprint individuelle, c’est Simone Manuel qui l’emportait, en 21s17, devant Smoliga et Liz Li tandis que la recordwoman US (avec 21s12) Weitzeil finissait 5e en 21s58. Béryl Gastaldello, elle, égalait en finale B son temps des séries, 21s96 (4e).En fin de demi-journée, Stanford remportait un autre relais, le quatre fois 100 yards quatre nages, devant Texas A&M, où Gastaldello finissait en crawl en 47s12 lancée. Les meilleurs temps, style par style, dans cette finale : Kathleen Baker, California, 49s80 en dos, Lilly King, Indiana, 56s17 en brasse (deux secondes plus vite que n’importe qui d’autres), Louise Hansson, Suède, 49s78 en papillon, Mallory Comerford, Louisville, 46s13 en crawl (à noter Abbey Weitzeil, California, 45s96, mais disqualifiée pour départ anticipé. A l’arrivée, California touche en tête, en 3’26s18, mais est disqualifiée…

50 yards : 1. Simone Manuel, Stanford, 21s17 (record NCAA) ; 2. Olivia Smoliga, Georgia, 21s27; 3. Liz Li, Ohio, 21s29; 4. Farida Osman, Egypte, California, 21s38; 5. Abbey Weitzeil, California, 21s58; 6. Maddie Murphy, California, 21s76; 7. Caroline Baldwin, UNC, 21s82 (série, 21s80); 8. Chantal Van Ledeghem, Canada, Georgia, 21s85 (série, 21s81). Finale B: 1. Lia Neal, Stanford, 21s65.500 yards: 1. Kathleen Ledecky, Stanford, 4’24s06 (record); 2. Leah Smith, Virginia, 4’28s90; 3. Kennedy Goss, Canada, Indiana, 4’36s13; 4. Mallory Comerford, Louisville, 4’36”16; 5. Hannah Moore, NCState, 4’36s854 fois 50 yards: 1. California, 1’25s69 (record); 2. Stanford, 1’25s91; 3. Georgia, 1’26s89; 4. NCState, 1’27s25. 4 fois 200 yards : 1. Stanford, 6’45s91 (Simone Manuel, 1’41s41, Lia Neal, 1’42s15, Ella Eastin, 1’41s89, Kathleen Ledecky, 1’40s46); 2. California, 6’51s42; 3. Michigan, 6’53s63. 4 fois 100 yards quatre nages : 1. Stanford, 3’26s35 ; 2. Texas A&M, 3.27s60 ; 3. Texas, 3’27s74; 4. Louisville, 3’28s05; 5. Indiana, 3’28s58; 6. Georgia, 3’29s10

CHAMPIONNATS NCAA FILLES : LEDECKY, ÇA VOUS ETONNE ?

Jeudi 16 Mars 2017

Séries de la première journée des championnats NCAA féminins, à l’IUPUI (Indiana University – Purdue university Indianapolis) Natatorium d’Indianapolis. On ne s’étonnera pas de voir que Kathleen Ledecky a réalisé, pour se qualifier seulement, la grosse performance de la matinée, 4’28s37. Dans une série précédente, Leah Smith, détentrice depuis l’an dernier du record NCAA avec 4’30s37, avait amélioré le record de la piscine, avec 4’31s30, avant que Ledecky ne fasse sa différence. La troisième des séries, Gillian Ryan, se situe à 4’36s46.

Ledecky détient les 10 meilleures performances jamais réalisées sur 500 yards, et ce 4’28s37 constitue la huitième performance ex-aequo avec le temps réussi en séries des PAC-12. Son record a été amené à 4’25s15, le mois dernier, aux PAC-12, et aucune autre nageuse n’a fait mieux que les 4’30s37 de Leah Smith…

Stanford, l’Université de Ledecky, qui s’apprête à exercer une domination qui pourrait atteindre le monopole, a aussi le meilleur temps des séries du quatre fois 50 yards, 1’26s25. Simone Manuel, Stanford, a réussi le meilleur temps au start, 21s44, Mallory Comerford, de Louisville, le meilleur temps lancé, 21s27. Comerford n’était pas engagée dans la course individuelle, qui se déroulait un peu plus tard dans la matinée, et où la finale s’annonçait chaude entre Liz Li, Ohio State, 21s52, Olivia Smoliga, Georgia, 21s56, Simone Manuel, Stanford, 21s57, et Abbey Weitzeil, California, 21s62. Béryl Gastaldello, France, Texas A&M, a nagé le 13e temps, 21s96. Béryl a aussi nagé 22s07 au start dans le relais. Madysin Cox, de Texas, a réalisé 1’53s58 au 200 quatre nages. Le quatre fois 100 4 nages s’annonce très serré, avec quatre équipes dans un tiers de seconde : California 3’27s97, Georgia, 3’28s, Louisville, 3’28s24 et Texas A&M, 3’28s26, ainsi qu’un Stanford qui a caché son jeu ; Gastaldello a terminé en crawl pour son équipe en 47s59 tandis que Comerford, une fois de plus, était la plus rapide en crawl, 46s18.

JEAN-JACQUES BEURRIER : PAS DE RÉFORME RÉGIONALE SANS UN CHANGEMENT À LA FÉDÉ

Éric LAHMY

Jeudi 16 Mars 2017

Jean-Jacques Beurrier a été élu par 88% des voix à la tête de la Ligue d’Île-de-France. Il attend avec impatience la fin de l’ère Luyce. Une région ne peut se développer sans un étayage fédéral. M. Beurrier est clair sur la question, qui fait un « constat d’immobilisme fédéral. »

Beurrier semble avoir beaucoup hésité avant de prendre – de plus en plus clairement – position en faveur de Gilles Sezionale dans la course à la présidence de la Fédération Française de Natation. L’homme a quelque chose de lisse, de courtois, voire, je soupçonne, de timide, dans sa nature, qui lui rend difficile cette époque de contestations où les forts en gueule n’hésitent pas à donner de la voix.

Ce caractère bonasse a pu faire croire qu’il serait facile à troubler à l’approche des élections dans sa région, mais la stratégie adverse, manigancée par son grand ami Francis Luyce, s’est achevée dans une belle déroute. M. Beurrier a sans doute connu la plus belle élection de ces régionales (quoique le score de David Wagner dans l’Est n’était pas mal non plus).

Aujourd’hui, donc, Gilles Sezionale le cite parmi ceux sur lesquels il appuiera sa présidence, auprès des présidents d’Occitanie et de l’Est, Bernard Dalmon et David Wagner. L’un des atouts de Beurrier, outre qu’il préside une Ligue riche de 58.000 licenciés, est que, l’un des rares Parisiens, il assurerait en quelque sorte la permanence au siège de la fédération. Non seulement Sezionale parle de lui comme son homme de confiance, mais Jean-Jacques Beurrier le représentera quand lui-même sera retenu dans sa nouvelle grande région.

Non seulement M. Beurrier a clairement exprimé ses positions ces dernières années, mais il a sans doute été, depuis deux ans, le membre du Comité directeur fédéral qui a le plus nettement et régulièrement su s’opposer aux décisions les plus discutables de Francis Luyce, non pas de manière aveugle, d’ailleurs, mais toujours explicite. La semaine dernière encore, après que Francis Luyce (le candidat) ait fait connaître son programme par le biais du site fédéral en interdisant à Gilles Sezionale d’en faire autant, Jean-Jacques Beurrier a été le premier à mettre les pieds dans le plat, et à rédiger un courrier des plus fermes adressé au secrétaire général de la Fédération, M. Sauget, pour que le programme de Sezionale ait droit aux mêmes égards.

Lors de la première réunion du Comité directeur de la Ligue de l’Île-de-France, Jean-Jacques BEURRIER  a annoncé tranquillement que les délégués de l’Ile de France soutiendront le programme de Gilles SEZIONALE. 

« En effet, a-t-il déclaré, le programme de Francis LUYCE n’est ni convaincant ni sérieux car tout ce qu’il annonce aurait pu être fait lors de ses 24 ans de présidence ! » On ne saurait mieux dire, tant le « programme » de Luyce, quand on le compare à ses programmes précédents, n’apparait que belles paroles jamais suivies d’effet, enfumage d’un candidat-président hâbleur et aux abois. Avec l’actuel président à la tête de la Fédération, aucun changement ne pourra se faire en profondeur. Aussi vrai que l’Île-de-France, malgré son nom, n’est pas une île. Et que chaque région ne peut éviter d’impacter les décisions prises à Pantin.  

L’image que donne Jean-Jacques Beurrier, généralement, est celle d’un homme qui « ne veut pas de vagues. » Ou encore d’un monsieur serviable, qui « ne voit le mal nulle part » qui, par exemple, je le tiens de l’intéressée, se mettra en quatre pour, avant une réunion de bureau, aller récupérer à la gare une consœur en difficulté parce qu’elle sera en retard et a du mal à se déplacer.  

Jean-Jacques Beurrier est entré en natation au Val Maubuée (une communauté d’agglomération du nom d’un affluent de la Marne) par ses filles, Jeanne et Claire. Et comme elles avaient sept ans d’écart, ce détail augmenta d’autant la durée de sa carrière de parent de nageuses. Aujourd’hui, son aînée a quarante ans et il y a quelque temps que Jean-Jacques ne suit plus ses ondines de filles, mais le virus du bénévolat ne l’a pas quitté : président du club pendant vingt ans, président de la Seine-et-Marne ensuite, et, depuis octobre 2008, de l’Île-de-France.

A partir de 1980, il effectuait sa carrière professionnelle au service d’alimentation énergie électrique de la RATP. « Comme, les quinze premières années, je travaillais selon un trois-huit, j’ai gagné cinq ans d’ancienneté et me suis retrouvé à la retraite à 54 ans. »

Depuis donc, Jean-Jacques Beurrier est devenu en quelque sorte dirigeant à plein temps…

CHANGEMENT DE POLITIQUE, AVEC QUI…

…Un technicien français, qui lui ferait aisément ce reproche de ne pas être très fonceur, note cependant que sa dernière élection (il préside le Comité de l’Île-de-France depuis huit ans) pourrait changer les choses. Il en veut pour preuve les personnalités du bureau et les présidents de commission, « avec lesquels, dit cet entraîneur, on doit pouvoir travailler. »

Qui sont-ils ? Les vice-présidents, Patrick Fradet (pôle développement), Noëlle Hamon (pôle formation), Laurent Viquerat (pôle sport). Les présidents de commissions : Jean Boulanger (officiels), Michel Boussard (plongeon), Sylvie Caudrillier (natation), Gérard Venau (water-polo), Joël Ferry (maîtres), Thérèse Phan (natation santé), Evelyne Ciriegi (éveil aquatique). Mme Ciriegi est par ailleurs la présidente du comité olympique régional de l’Île-de-France, et aussi vice-présidente du pôle animation territoriale. 

On peut donc garder le même président de région et changer de politique ? Allez savoir. Francis Luyce parait croire (ou vouloir nous le faire croire) que la chose est possible au niveau national, en optant dans son « programme », piqué (c’est tellement facile) sur celui de son rival, et qui reprend tout ce que lui-même a promis et n’a pas fait dans ses vingt-quatre, bientôt vingt-cinq années de sa législature.  

On me soumet les « bonnes feuilles » des précédentes présidences du Dunkerquois. 2007, à Saint-Malo, Luyce : « N’est-il pas temps d’imaginer, de dessiner les concours d’une nouvelle gouvernance de la natation. »  Leonard de Vinci a mis quatre ans à peindre La Joconde. Luyce, dix ans pour ne pas tenir sa promesse. C’est donc un artiste dans son genre.

Luyce est conscient d’une chose : l’époque veut que « l’effet d’annonce est plus prégnant que la réalisation. » Il pose quelques questions. Il faut « préparer l’évolution et la révolution de notre mode de fonctionnement. » Et de s’interroger, toujours en 2007 : « quelle licence pour demain qui prennent (sic) en compte la demande sociale… Quelle place pour les associations sportives dans la construction, la rénovation et l’animation des piscines en France ? » La place des clubs ? Toujours à Saint-Malo, le même Luyce forge de belles images : « permettre à chaque maillon de la chaîne fédérale de se sentir acteur du fonctionnement fédéral. » En 2007, Luyce avoue que sa réflexion n’est pas nouvelle : « Les congrès de Dunkerque et Vichy l’ont approchée » en 1999. Il comprend bien, en année électorale, que la fierté d’appartenir à une grande Fédération doive être « assortie de prestations et de mesures d’accompagnement proportionnelles à l’objectif recherché. » Dix-huit ans après ses réflexions de 1999, Luyce continue de promettre que demain, il nous rasera gratis…

Revenons à Beurrier. Compliqué de créer une région active quand la fédé est immobile ? On veut bien le croire…

L’Île-de-France n’est pas une région facile pour la pratique du sport, et si Paris est, avec New York me semble-t-il, la capitale artistique du monde occidental, la ville lumière n’a jamais dominé par la qualité de ses infrastructures et de ses champions (en tout cas au prorata de sa population). Selon M. Beurrier « c’est plus facile dans les communes plus petites… où une vie locale permet de s’appuyer sur l’aide de sponsors et d’avoir une visibilité. » Toujours à son avis,« chaque département n’a pas le même dynamisme. » Et la question du bénévolat se pose, selon son constat, en termes bien connus de l’ensemble du monde sportif. « Nous souffrons d’un manque croissant de bénévoles, il s’agit d’une crise de société : individualisme et goût des loisirs poussent les gens en direction de la satisfaction de leur bien-être personnel. »

A LA RECHERCHE DU BÉNÉVOLE-EMPLOYEUR

L’esprit club se fait rare également, et, précise-t-il, « un peu partout, le président, le secrétaire et le trésorier font tourner la machine à trois. » En outre, le fonctionnement de l’entité est devenu difficile. Connaître des règles qui se complexifient n’est pas à la portée de tout le monde, pas tant, sans doute parce que cela se situe au-delà de la compréhension, mais parce que les appréhender demande du temps. Or, relève encore Jean-Jacques Beurrier, cet animal nouveau qui apparait sous la loi de la contrainte, le bénévole-employeur, n’a pas la vie facile. Il faut bosser comme un vrai professionnel, pour pas un rond et personne pour vous remercier. Ce n’est pas tout : « en tant que patron, le président de club, qui a envie de rester dans la convivialité avec l’entraîneur, doit également se souvenir qu’il ne peut être tout le temps copain-copain puisqu’il est en même temps employeur. »

Pour faire tourner sa boutique et aider à la réinsertion des nageurs, il évoque le monitorat sportif. Ce diplôme créé par la Fédération permet aux clubs de faire travailler contre rémunération et à des nageurs d’entrer dans la carrière. Mais ce moniteur ne peut pas surveiller une piscine. En gros, « cela permet d’embaucher des jeunes quelques heures par semaine avec une formation correcte. » Premier pas vers une carrière d’enseignant, constellée de quelques opportunités professionnelles comme les brevets fédéraux et les formations professionnelles agent de développement régional.

Avec des diplômes, on se situe au cœur de la professionnalisation, point qui interroge Jean-Jacques Beurrier. « Nous avons des nageurs qui sont des amateurs mais nagent en professionnels. Si l’on excepte les cinq ou six qui gagnent bien leur vie avec le sport, tous les autres doivent être aidés. Ça m’a fait mal au ventre de voir Roxana, à peine sortie de la carrière, vendre des maillots Tyr sur les stands. Il faut que nos nageurs finissent leurs carrières la tête haute. On a aujourd’hui, des contrats d’insertion professionnelle, Odile Petit et Nicolas Scherer sont à la mission nationale reconversion des athlètes. Mais on doit aller plus loin. »

L’INSEP, OUTIL REMARQUABLE MAIS LIMITÉ

La question de l’entraînement de l’élite reste vive en Île-de-France où les distances rendent les nageurs tributaires de déplacements parfois longs, toujours fatigants. L’incapacité de bâtir des centres d’entraînement départementaux constitue un échec pour les parties prenantes ; la question de  l’INSEP, qui dispose désormais d’une piscine performante, la Fédération qui sous-utilise cette installation, et la Ligue de l’Île-de-France de natation qui pourrait disposer d’un centre d’entraînement pour ses meilleurs nageurs, cette question reste pendante.

L’un des handicaps de l’INSEP revient à des capacités d’hébergement très limitées. Comment mettre 40 nageurs de haut niveau dans l’eau du bassin (techniquement très possible) quand on ne dispose pas de dix lits pour les accueillir ? Mais aussi, comment attirer des nageurs à l’est parisien alors qu’ils peuvent trouver des conditions équivalentes sur la côte méditerranéenne, sous un climat plus riant et dans des conditions financières bien plus attractives, puisque les clubs n’hésitent pas à les rétribuer ?

A côté de ça, l’Île-de-France a réussi à trouver des moyens pour ses nageurs d’eau libre à Fontainebleau…

Depuis octobre 2015, d’aucuns prétendaient qu’une opportunité se présentait de faire passer la natation de l’INSEP à un niveau supérieur. Fred Vergnoux, qui entraînait en Espagne, paraissait faire acte de candidature. Il devenait particulièrement intéressant à partir du moment où sa nageuse vedette Mireia Belmonte enlevait le titre olympique du 200 mètres papillon. L’idée était que Vergnoux pouvait sur son nom attirer les nageurs ambitieux et les surdoués ! Il fut donc reçu à la Fédération.

Mais il n’est pas interdit de penser qu’il n’était pas si intéressé que ça par les propositions françaises, et que ses va-et-vient entre Sabadell et Paris avaient surtout pour but de faire monter les enchères avec son employeur, la Fédération royale espagnole ! « Lorsqu’on l’a reçu, Vergnoux a fait valoir qu’il préfèrerait un poste à Font-Romeu plutôt qu’à l’INSEP, vu qu’il privilégiait l’entraînement en altitude », raconte M. Beurrier, qui préfère en rire et pour qui l’affaire n’a pas été bien menée. 

« Comme de plus on n’avait averti ni les entraîneurs ni les nageurs de l’INSEP, ce manque de concertation a provoqué une certaine inquiétude des parents, quant à Eric Braize et Eric Rebourg, ils se sont sentis vexés. »

Et le comité de l’Île-de-France ? On lui demandait de passer à la caisse, à hauteur de 50.000€ par ans, pour payer Vergnoux, sans lui offrir une quelconque compensation, se désole M. Beurrier. Assez vite, Vergnoux a signé en Espagne et on n’en a plus reparlé. Les deux Eric qui entraînent sur place sont sur le départ, et Jacques Favre s’est fendu d’un appel à candidatures pour entraîner l’INSEP. Il parait que Michel Chrétien est sur les rangs et selon le DTN, l’entraîneur amiénois constituerait une solution idéale…

 ET UNE DERNIÈRE ÉLECTION MASCARADE

Jean-Jacques Beurrier, on l’a dit, se sent très impliqué, au niveau de la fédération, et par ce qu’il appelle « une gouvernance à changer. » Cette fois encore, entre le 31 mars et le 2 avril, un petit nombre de délégués, 44 en l’occurrence,  voteront pour les élections dans une parodie de démocratie où certains votants, dont Beurrier lui-même, représenteront 19.530 licenciés de la fédé.

Il faudra se prêter à cette mascarade, qui est le système que Luyce a protégé depuis vingt-cinq ans parce qu’il estime plus facile de tenir par des promesses fallacieuses un petit nombre de votants que l’ensemble des clubs…« Est-ce logique », dit le président de l’Île-de-France, qui aimerait bien que tous les clubs puissent voter directement et choisir leurs instances dirigeantes.

Ce mode électif est, dit encore M. Beurrier, le symptôme d’un fonctionnement : « la Fédération s’est trop éloignée de ses clubs. » Pire, on les a abandonnés, et tout ce qui a été dit sur l’aide qu’on devait leur apporter pour rester les maîtres du jeu dans les piscines a été bien négligé. « On a laissé la gestion des piscines leur échapper, pendant des années ; quand le danger a menacé, la Fédération a totalement refusé de s’impliquer. Pourquoi ? Manifestement, la question de la gestion des piscines par les clubs n’est pas dans l’esprit de Luyce. Il fallait investir, et ce n’est pas son genre de fonctionnement… Maintenant, avec l’équipe de Sezionale, c’est l’inverse qui devrait se passer. Mais il ne sera pas facile de changer de direction. Il ne suffit pas de décréter une politique en ce sens : la formation de personnes pour la gestion, c’est compliqué. Pourtant, il faut remettre le pied dans la gestion. »

Un autre point noir de la gestion Luyce serait la façon d’aborder la question des licences. Le président voit dans la licenciation une opération financière : elle fait entrer de l’argent à la Fédération. Or des licenciés en nombre, ce n’est pas seulement un flux monétaire : c’est un signe de vitalité et de bonne santé. 

Là où Luyce ne voit que des rentrées d’argent, Beurrier, comme d’autres dirigeants, envisage une heureuse addition de pratiquants.

FAUT-IL AMENDER LA LICENCE FÉDÉRALE

D’où une stratégie généreuse et inventive : « dans notre programme de labellisation en Île-de-France, on a parfois ristourné la part du Comité. On a appelé cela le coup de pouce licences. Il fait savoir que dans le prix d’une licence à 36€20, on trouve une part fédérale, de 21€60, une part du Comité départemental, 6€55, les 8€05 restants allant à la ligue IDF. On n’a pas fait d’argent sur ces licences, mais on a gagné de trois à quatre mille licenciés. »  

Sous l’autorité de Luyce, la fédération reste accrochée à sa part fédérale comme s’il s’agissait d’un droit divin. Le président, harpagon dans l’âme, défend sa cassette. Cette gestion avaricieuse est vieillotte et finit par être contre-productive. On me susurre de ci de là que les clubs abandonnent la labellisation en laquelle ils voient désormais une ruse d’oncle Picsou. « Quand le club est en difficulté financière, il ne licencie pas, explique encore M. Beurrier. Ce n’est pas tout : cette vision unidimensionnelle de la licence entrée d’argent fait que « la licence dérive. Dans la journée eau libre, dans les journées j’apprends à nager, on ne peut demander comme ça des licences à des prix prohibitifs. Il faut remettre tout ça à plat… »

Bien entendu, on ne remettra rien à plat avec un président Luyce. A la dernière réunion du comité directeur, alors que les participants débattaient sur la réforme de la licence, il n’a pas s’empêcher de laisser échapper : « il n’est pas venu le temps de la réforme de la licence, il faut augmenter le nombre de licences (ce sont ses propos). »

Peut-être faudra-t-il expliquer à Luyce que la réforme de la licence permettra d’augmenter le nombre des licenciés, quand le système actuel, au bout de sa logique, ne pourra que le diminuer ?

LAURE MANAUDOU VUE PAR ELLE-MÊME

LAURE MANAUDOU EST À SON TOUR HONORÉE PAR LE SWIMMING HALL OF FAME. ELLE SERA L’UNE DES DIX-SEPT PERSONNALITÉS DE CE SPORT INTRONISÉES A FORT LAUDERDALE, EN FLORIDE, EN 2017. LA MÊME ANNÉE QU’ALAIN BERNARD ET GEORGES VALLEREY, UN AN APRES CAMILLE MUFFAT. SA VIE EST UN ROMAN. À SUCCÈS. D’AILLEURS, CE ROMAN A ÉTÉ ÉCRIT, PAR ELLE-MÊME, SOUS LE COUVERT D’UNE AUTOBIOGRAPHIE. CE LIVRE M’A DONNÉ QUAND JE L’AI LU L’IMPRESSION D’UNE HONNÊTE CONFESSION. LAURE N’Y A CERTES PAS TOUT DIT, D’AILLEURS ON NE SAURAIT LE LUI DEMANDER. MAIS ELLE A LIVRÉ SES CLÉS AVEC CANDEUR. DE CE LIVRE, J’AVAIS EFFECTUÉ LA CRITIQUE, À SA SORTIE, VOICI DEUX ANS. LA REVOILÀ. E.L.

LAURE MANAUDOU (avec Marion Festraëts). Entre les Lignes. Editeur Michel Laffon. 17,95€

Par Eric LAHMY

Ce n’est pas un livre de technique. Ce n’est pas un livre de people. Ce n’est pas un livre de natation. Mais c’est un livre de Laure Manaudou, et donc susceptible d’intéresser tous ceux que la nageuse a fascinés. Elle règle parfois des comptes, balance sur un de ses ex qui lui intente un procès quoiqu’il ferait mieux d’écraser, n’oublie pas de se malmener et de se balancer des auto-vacheries, reconnait ses fautes sans concessions. Cela a parfois le ton de la confession, et m’a laissé un peu interdit. On ne peut reprendre ici tous les thèmes qu’elle aborde. Après une nuit passée à le lire, voici les quelques thèmes qui me sont venus. Tous concernent avant tout la nageuse et négligent la people…

« JE N’AI JAMAIS AIME NAGER »

Première phrase : « je n’ai jamais aimé nager ». Brandie d’entrée telle un étendard, répétée comme un mantra, dès le premier chapitre, et qu’elle réitère plus loin, des fois qu’on aurait mal compris. Un gag : année après année, les Français élisent la natation comme le sport préféré (devant le foot, il faut le faire). Et Manaudou…

L’info mérite d’être méditée. Est-elle totalement sincère ? Sans doute, puisque, dit-elle, depuis sa retraite, elle n’a plus mis les pieds dans l’eau. Laure Manaudou précise : elle n’aime pas nager, elle aime gagner. Elle n’est pas la seule dans son cas, je pourrais vous citer dix champions olympiques ou recordmen du monde qui ont dit un peu la même chose. Les frères Joe et Mark Bottom, ou Amaury Leveaux par exemple. Seulement, chez Laure Manaudou, c’est différent. Et aggravé. Car tous ces nageurs qui déclaraient ne pas aimer la natation étaient des sprinters. Ça leur permettait d’en faire le moins possible, et de passer plus de temps en salle de musculation qu’avec la tête dans le bouillon. Elle, a hanté les courses de demi-fond. Pas conseillées aux pères la flemme…

Dans un numéro de Sport et Vie, j’ai lu un jour un article sur « ce sport que ses pratiquants champions déclaraient détester » et c’était la natation ! Combien de gens n’aiment dans leur job que le jour de la feuille de paie ? Regardez Amaury Leveaux, dont j’ai lu qu’il était « l’un des plus marrants dans les réseaux sociaux ». Marrant, sans doute, pour ceux qui l’encouragent dans cette direction. Mais le plus futé ? Lui n’aime pas nager. Il n’aime pas la musculation. Il aime boire des canons avec des potes. Et, imbiber ses tweets sur Mandela et Luther King. Il est champion olympique de relais, médaillé d’argent olympique sur 50 mètres, toujours recordman du monde du 100 mètres en petit bassin (dans un temps de fou). Il y a comme ça des gens qui réussissent là où ils ne s’attendent pas. Marie-José Pérec détestait courir. Ça ne lui enlèvera pas son palmarès.

Surtout, il faut faire attention avec ces déclarations. Quand, en octobre 1968, Don Schollander (incontestable meilleur nageur du monde en 1963, 1964 et 1966) prit sa retraite, il annonça la couleur avec humour. Il avait tellement trempé dans l’eau depuis son enfance, disait-il, qu’il ne prendrait même plus de douche. J’étais resté avec cette idée que Schollander avait trop souffert dans l’eau pour y retourner. Mais un jour de 1973 ou de 1974, je rencontre Schollander dans un ascenseur d’hôtel à Belgrade (je crois), où se déroulent les championnats du monde. Il fait partie du premier « Team Arena », un groupe de gloires de la natation réunies pour promouvoir la jeune marque d’articles de bain. Le lendemain, je suis au bord du bassin. Dans les championnats, avec ce fanatisme qui me distingue, je refuse de quitter le bassin sauf pour l’heure du déjeuner entre les séries et les finales, et je passe mon temps à lire les feuilles de résultats, à imaginer ce que seront les finales, à préparer des mini-bios des nageurs en lice. Et voilà que quelques nageurs de l’ARENA Team se mettent à l’eau. Je ne me souviens plus des autres, mais Schollander me scie ! Il effectue une longue série de 100 mètres, développant son immense compas (Schollander mesure un petit 1,78m quoiqu’en disent ses biographies où il se donne 1,83m) mais allongé dans l’eau, sa taille parait être de deux ou trois mètres. Sans plaisanter. Par curiosité, je déclenche mon chrono. Le soir, je raconte au sprinteur italien Roberto Pangaro, toujours en activité, avec qui je dîne en compagnie de mon ami du PUC et du Racing, Marc de Herdt (aujourd’hui président des Internationaux de natation) : « Schollander a nagé des séries de 100 mètres en 1’8’’. » Et Pangaro : « je ne les fais pas. » Pas mal pour un homme qui n’aime pas nager, cinq ou six ans après son arrêt d’activité !

Des vieux de la veille ne s’étonnent guère de ce propos de Manaudou. « C’est normal, me dit  Aldo Eminente, finaliste olympique du 100 mètres en 1952 et en 1956 et ancien entraîneur du Racing. Je n’aimais pas trop m’entraîner, je préférais la compétition. » Et Marc De Herdt : « quand Manaudou dit cela, elle a dix ans de natation, et des heures quotidiennes dans l’eau. Au bord du bassin, les plus vieux nageurs, c’était toujours ceux qui trainaient sur le bord, ils plongeaient toujours les derniers. Mais on aimait la course, gagner. »

Et puis un jour, beaucoup reviennent. Des qui ne pouvaient plus voir l’eau en peinture s’y remettent, et parfois se piquent au jeu des masters. Ne peuvent plus s’en passer. Structurent même pour certains leurs existences autour de la piscine…

« JE NE SAIS RIEN FAIRE »

Qu’une championne comme Laure Manaudou soit aussi peu sûre d’elle et trimballe une aussi mauvaise image d’elle-même a quelque chose de navrant. Je veux tout admettre de ce qu’elle nous dit, que sans Philippe Lucas, elle ne serait pas devenue la championne, qu’elle a tendance à ne rien faire. Il n’empêche, cette image qu’elle se donne de personne pas qualifiée ne me convainc pas tout à fait. Avez-vous entendu Laure Manaudou, dans une ou deux interventions télé ? Ne trouvez-vous pas que la fille a bien évolué ? Elle n’est pas aussi stupide qu’elle veut nous le faire croire. Elle a quelques idées et elle sait les exprimer. Elle trouve que Florent, son petit frère, perd trop de temps dans les jeux vidéo, mais elle l’approuve de prendre de la créatine et le félicite d’avoir le courage de le dire. Bon, il ne s’agit pas là d’une étude comparée des philosophies de Comte-Sponville et de Finkielkraut, et elle peut encore progresser, mais je trouve qu’elle a développé un certain bon sens, et que depuis 2004, elle a appris à réfléchir et surtout à exprimer. Jusqu’ici, je la croyais limitée, je me demande maintenant si son intelligence n’était pas seulement engourdie. Je crois cependant que c’est une fille qui a trop peu d’envies fortes, de désirs vrais, que son idéal de vie est d’une simplicité, d’une modestie très éloignées de son statut ‘’médiatique’’.

« NAGEUSE PROFESSIONNELLE »

Laure raconte que, très jeune, elle veut devenir ‘’nageuse professionnelle’’. Un métier qui n’existe pas. Et qu’elle invente. J’ai envie de dire qu’elle a été la seule nageuse professionnelle française digne de ce nom (au niveau du compte en banque). Ce qui ne l’empêche pas d’illustrer le piège du professionnalisme en natation. Elle est sans doute la nageuse qui s’est la mieux tirée de ce piège fatal. Sa popularité lui a donné le moyen de donner une épaisseur à ce concept vide: Nageur professionnel. Quarante ans après, elle a revécu l’aventure qui donna Christine Caron. Avec une personnalité certes très différente (il y a quelque chose de solaire dans Christine Caron, de lunaire dans Laure Manaudou), elle est la Christine Caron nouvelle vague avec cette autre différence que le professionnalisme en natation n’existait pas alors. Il y a deux ans, dans un marché de Rouen, j’ai pu constater le nombre de gens qui reconnaissaient Christine ! Quarante-huit ans s’étaient passés depuis son record du monde et sa médaille olympique. C’est ce statut d’icône qu’a rejoint Manaudou et je ne crois pas du tout impossible que, malgré les modes qui passent, une maraîchère la reconnaîtra, vers l’an 2050, quand elle achètera sa salade. C’est tout le mal que je lui souhaite.

Mais le plus marrant dans l’histoire, c’est que dans sa vie comme dans son livre, Laure Manaudou donne l’impression d’être une nageuse amateur doublée d’une amoureuse professionnelle !

TELLEMENT TIMIDE

Il y a eu un malentendu Laure Manaudou. Ce malentendu est né de ce qu’on a pris pour de l’arrogance l’incroyable timidité de cette femme. Elle l’écrit, et je la crois très très fort. Je ne l’ai rencontrée qu’une fois. Dans une piscine, bien sûr, elle devait avoir quinze ans et était pilotée par Michel Rousseau. Je ne venais plus que rarement au bord des bassins, n’étant plus depuis des années chargé de la natation à L’Equipe. La fille était adorablement jolie, immense, un visage comme dessiné par la plume exquise d’un calligraphe ; elle avait une ou deux canines manquantes, qui ajoutaient un je ne sais quoi, d’exotique, comme une signature inimitable, à son allure…, et des yeux de biche apeurée. De grandes pupilles noires et une expression un peu affolée. Quand Rousseau me la présenta, je la félicitais. Elle avait nagé le 100 mètres dos en moins de la minute en petit bassin et je lui dis combien cela m’avait impressionné ; elle me donnait l’air à la fois de boire du petit lait et de chercher à s’enfoncer sous terre. Pendant toute sa carrière, à l’admiration sans mélange que faisaient naître les exploits de la championne, s’ajoutait pour moi le souvenir de cette jolie et immense petite fille aux sourires fascinés, silencieuse, réservée au point de paraître craintive. Et ce souvenir me donnait  l’impression de comprendre ses réactions…

PHILIPPE LUCAS

S’il est une personne envers qui la gratitude, l’amitié, de Laure Manaudou, s’exprime spontanément, c’est bien Philippe Lucas. Laure est sûre d’une chose. Sans lui, elle n’était pas. Il s’occupe de tout et il impose ses volontés. Il la houspille. Mais c’est ce dont elle a besoin. Elle le dit. Dans la vie comme dans les bassins, il lui faut un homme à poigne, qui la dirige. Laure est une force, mais déboussolée, un gros moteur auquel il manque le volant. Prenez sa « carrière », ce qu’on a appelé « le système Manaudou ». D’abord un boy-friend qui s’intitule agent et qui tente de gratter des avantages. Ensuite Didier Poulmaire, Pygmalion qui invente un personnage, Laure Manaudou, lointaine, intouchable, une sorte de Greta Garbo. En fait, Poulmaire lui a taillé un costume sur mesure. Laure a du mal à s’exprimer, on va faire de cette carence une arme, inventer qu’elle ne dit rien parce qu’elle atteint au statut des super-stars. On agira de même avec Marie-José Pérec: chaque fois qu’elle l’ouvre, celle-ci déclenche les catastrophes. Donc elle la fermera, ça lui donnera l’air de régner. Quand elle n’en veut plus, Manaudou s’en débarrasse sans qu’il en soit averti, le Poulmaire en question. Elle aurait pu lui dire : on change de stratégie, mais non, elle le plante là… La même façon de fonctionner avec son frère Nicolas quand celui-ci l’entraîne. Elle file à Mulhouse. Pas très courageuse, Laure Manaudou ? En tout cas elle n’a pas ce courage là.

Lucas, c’est autre chose. C’est le coach indépassable. Des tas de gens ont dit qu’ils auraient pu faire mieux que lui avec Manaudou. Vrai ? Faux, très probablement. Vrai : d’autres coaches auraient pu la faire nager « mieux ». Techniquement mieux. Lui donner une « glisse » qu’elle n’avait pas, des virages, dans lesquels elle perdait du terrain sur toutes ses meilleures adversaires, des coulées réduites chez elle à leur plus simple expression. Si on additionne toutes ces scories, Manaudou aurait dû nager le premier 400 mètres en moins de quatre minutes, être championne olympique du 800 mètres loin devant Aï Shibata, battre d’autres records sur 200 mètres et 1500 mètres et effectuer des intrusions sur 100 mètres libre.

Mais bon, citez-moi maintenant le nom des entraîneurs qui auraient pu mieux que Lucas, gérer cette fille au quotidien, la suivre du réveil matinal jusqu’à la fin de son deuxième entraînement, contraindre la nageuse qui n’aime pas nager à bosser à raison de seize kilomètres par jour pendant dix ans, la tenir à bout de bras et à coups d’encouragements et d’insultes, de caresses et de coups de pieds aux fesses à l’entraînement comme à l’approche de la compétition, la remonter comme une pendule avant les finales, lui donner ce masque de guerrière avant la bataille. Si vous avez un nom, je vous félicite, vous êtes beaucoup plus fort que moi, parce que je sèche.

Il est vrai aussi, Lucas n’a pas su négocier l’entrée de sa nageuse dans l’âge adulte. Un peu comme Pellerin avec Agnel puis Muffat. Mais, pour Philippe Lucas, il y a deux énormes circonstances atténuantes. La première, de caractère général, c’est que plus il aime ses nageurs, plus il les engueule. La seconde? Manaudou devient adulte, vit sa vie, s’octroie une vie privée pas si privée que ça, d’ailleurs, qu’elle affiche à coup de tatouages et de peintures sur doigts en plusieurs langues (love, amore, etc.) et, finalement, trahie il est vrai, par les assassines photos sur l’Internet. Mais il ne s’agit que d’une maturation biologique. Cette grande fille n’est grande qu’en partie seulement. Ce papillon est resté chenille dans sa tête. Et ce corps épanoui recèle un cerveau à maturation lente. Elle veut s’élancer dans les airs, mais n’a pas d’ailes, seulement des embryons d’élytres, la pratique intense de la natation y est sans doute pour quelque chose d’ailleurs; il faudra attendre Bousquet pour qu’elle commence à changer de statut. Lentement, douloureusement. Pendant ce temps, c’est Lucas qui lui donne ce qu’il peut…

Elle a bien raison, Laure, de lui dire : merci.

LAURE MANAUDOU A L’INTERNATIONAL SWIMMING HALL OF FAME!

Eric LAHMY

LAURE MANAUDOU ENTRE A L’INTERNATIONAL SWIMMING HALL OF FAME AU TITRE D’ « HONOREE ». ANNEE FASTE POUR LES FRANCAIS, PUISQU’ELLE REJOINT EN L’OCCURRENCE GEORGES VALLEREY ET ALAIN BERNARD, LES AUTRES CHAMPIONS RECONNUS EN 2017 PAR L’ORGANISME DE FORT LAUDERDALE ET DE SANTA CLARA. NOUS CONNAISSIONS DEPUIS PLUSIEURS MOIS CETTE SELECTION, MAIS ETIONS TENU AU SECRET EN RAISON D’UN « SPORT » MEDIATIQUE DIFFICILE QUI S’APPELLE L’EMBARGO SUR L’INFORMATION.

Née à Villeurbanne le 9 octobre 1986, Laure Manaudou est championne olympique, du monde et d’Europe, et recordwoman du monde du 400m. Elle fut sans aucun doute la meilleure nageuse française de tous les temps et peut être considérée comme la première nageuse du monde des années 2006 et2007.

Le palmarès de Laure Manaudou lui assure d’occuper la première place parmi les meilleures nageuses françaises de tous les temps. Elle a marqué sa place par ses triomphes olympiques, mondiaux, européens et ses records du monde du 200m et du 400m. Christine Caron a battu un record du monde, Catherine Plewinski, atteint plusieurs podiums mondiaux et olympiques, Roxana Maracineanu est championne du monde et médaillée (argent) olympique, Solenne Figues est championne du monde. Seule Manaudou a tout eu.

Elle a été élue meilleure nageuse du monde en 2006 en récompense de ses deux records du monde sur 400m et ses exploits à répétition des championnats d’Europe. Quelle sera sa place dans l’histoire. Si, comme on a pu l’espérer, elle avait réussi à conserver en 2008 le titre olympique conquis en 2004, elle se serait trouvée à un niveau que bien peu de nageuses, à travers le siècle, ont pu atteindre, juste derrière Dawn Fraser et Christina Egerszegi, « les » triples championnes olympiques de l’histoire.

Laure, en fait, est sûrement l’une des meilleures nageuses du monde. Qu’elle ait pu gagner les titres européens sur 100m dos, 200m quatre nages, 400m et 800m en 2006 montre l’éclectisme de son talent. Certes, cette capacité de briller dans deux styles et des distances allant du sprint au demi-fond n’est pas chose rare, en natation. Mais elle reste réservée aux meilleurs, aux Phelps, aux Coventry, aux Coughlin.

Peut-être l’héritage le plus précieux de Laure Manaudou est-il, grâce à son entraîneur, Philippe Lucas, d’avoir montré qu’une Française pouvait gagner, et ce, qui plus est, en demi-fond, dans un pays qui n’a fabriqué, jusqu’alors, à quelques exceptions près, que des nageurs de vitesse.

Enfin, au-delà des statistiques de records et de titres, Laure Manaudou a été une vraie star de la natation, un monument. Elle a su plaire aux foules, et faire craquer les limites d’un sport confiné, comme condamné à la discrétion.

En 2004, à Athènes, outre le titre olympique du 400m, elle enleva l’argent du 800m (qu’elle mena de bout en bout avant d’être ajustée par Shibata) et le bronze du 100m dos. Ce triple exploit mettait l’accent sur la diversité de ses dons et le caractère atypique, voire paradoxal (sprinteuse en dos, stayer en crawl) de son registre. Elle conserva en 2005 sa suprématie sur 400m (titre mondial), améliorant le record du monde en petit bassin (3’56’’79) et battant le 12 mai 2006, à Tours, au cours de championnats de France où elle avait pris le départ de dix-sept épreuves et remporté neuf titres, le record du monde de la course, en 4’3’’03 (détenu avec 4’3’’85 depuis 17 ans par Janet Evans). Trois mois plus tard, aux championnats d’Europe, elle gagnait le 100m dos, le 200m quatre nages et le 800m, finissait 3e du 200m et, le 6 août grappillait une seconde sur son record mondial du 400m (4’2’’13), passant en 57’’81, 1’59’’11, 3’1’’16. Installée en septembre 2006 à Canet en Roussillon, avec Philippe Lucas, elle continua de progresser. Encore remarquable deux mois plus tard aux championnats d’Europe en petit bassin d’Helsinki, elle y glana trois nouveaux titres, sur 400m (battant son propre record mondial en petit bassin, 3’56’’09), 800m et 100m dos. L’année 2007 la voit réaliser un doublé mondial, à Melbourne, 200m record du monde, 1’55’’52 et 400, 4’2’’61, et finir 2e du 800m qu’elle a mené tambour battant pour être devancée à la touche par Kate Ziegler, 8’18’’52 contre 8’18’’80. . Sur 100m dos, elle est aussi 2e derrière Natalie Coughlin, 59’’44 contre 59’’87. En revanche, elle est beaucoup moins éblouissante dans le relais quatre fois 200m, où ses équipières Alena Popchanka, Sophie Huber et Aurore Mongel, lui permettent de se lancer en deuxième position. Mais Manaudou, qui a fêté ses courses individuelles, termine à trois secondes, lancée, 1’58’’26, de son tout frais record mondial. Elle a nagé « petit bras » à une fréquence frénétique, sans poser sa nage. Cela ne l’empêche pas de connaître le triomphe d’une élection au titre de meilleure nageuse du monde de l’année. Après 2007, elle quitte Philippe Lucas et connaît une année trouble, s’entraîne en Italie, puis avec son frère, avant de rejoindre Horter à Mulhouse, mais perd toute son assurance en nage libre. Toujours performante en dos, elle amène le record de France du 200m dos (2’9’’59) à 2’6’’64 mais se qualifie de justesse pour les Jeux sur 400m et abdique sa chance sur 200m aux championnats de France qualificatifs pour les Jeux. Elle ne sera pas retenue pour le relais quatre fois 200m. Elle se qualifie de justesse avec le dernier temps pour la finale du 400m en 4’4’’93, et en finale, termine dernière en 4’11’’26, à huit secondes de la gagnante Adlington. Sur 100m dos, elle finit 7e en 1’0’’10.

Ce furent ses parents qui lui apprirent à nager. Entraînée d’abord à Ambérieu-en-Bugey, elle devint en 59’’44, en décembre 2001, aux Interclubs, dans le petit bassin de Dunkerque, la première Française à nager un 100 mètres dos en moins de la minute. Elle s’arrêta un an, puis passa à Melun, où Philippe Lucas la soumit à un énorme volume de travail : six heures de nage et du travail à sec, chaque jour. Deux 2es places aux Championnats d’Europe juniors en 2001 à Malte, championne d’Europe juniors du 100 dos, 2e au 50 dos et au 200 4 nages en 2002 à Linz (Autriche) la lancèrent dans la haute compétition. Le reste appartient à l’histoire.