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OURAGAN SUR LES FIDJI : LES USA FONT LEUR RAZZIA AUX PANPACIFICS

Éric LAHMY

Dimanche 26 Août 2018

Les nageurs américains ont archi-dominé le match « pan pacifique » des jeunes, à Suva, dans les îles Fidji du 23 au 26 août.

Deux sœurs, Gretchen et Alex WALSH, 15 et 17 ans, ont remporté des victoires individuelles, la première sur 100 mètres libre, la seconde sur 200 quatre nages. Gretchen est un prototype de nageuse précoce, et améliore des records US de jeunes depuis quelque temps déjà. Elle a nagé 54s38 au 100 mètres à 15 ans, temps qui ne le cède, à 15-16 ans, qu’aux 53s63 de Missy FRANKLIN et aux 53s86 de Simone MANUEL.

Coïncidence : la fille vient de Nashville, qui fut en 1978 la « Mecque » de la natation féminine mondiale, avec Tracy CAULKINS et Joan PENNINGTON en têtes de gondoles. Or, elle ressemble étrangement, physiquement, à ces ondines ultralégères qu’étaient CAULKINS, 1,73m, 53kg, et PENNINGTON, 1’75m, 50kg.

Une autre fratrie est montée sur le podium du 400 mètres quatre nages messieurs. Carson FOSTER, 17 ans, a devancé son frère aîné Jake, 18 ans dans cette course qui délivre le titre officieux de nageur complet (et résistant).

Carson a également gagné le 200 quatre nages et le 200 dos, ce qui en fait le seul auteur de trois victoires à Fidji. Il a également participé au relais quatre fois 200 mètres libre vainqueur, réalisant un temps lancé de 1’49s68. A noter que les FOSTER ont une sœur aînée, Hannah, qui nage également…

Notables aussi, les deux succès sur deux distances reines, 100 et 200 libre, de Drew KIBLER, qu’on retrouve par ailleurs dans les trois relais masculins vainqueurs. Ross DANT gagne 400 et 800 mètres tandis que le Chinois Long CHENG tente de perpétuer la tradition chinoise sur 1500 mètres.

Parfois, cependant, dominer n’est pas facile. Phoebe BACON semblait bien partie pour enlever 100 et 200 dos féminin, mais elle laisse un peu aller en séries du 200, et se trouve reléguée en finale B, tandis que sa compatriote Isabel STADDEN effectue un super-temps pour enlever la grande finale…

On retrouve ici les mêmes façons de dominer qui se reproduisent dans toutes les compétitions de natation. Regardez Lani PALLISTER. Il y a trois ans, Lani – qui est la fille de Janelle ELFORD, double finaliste olympique (400 et 800) à Séoul en 1988 –, aurait gagné le 400 et le 1500 et fini 2e du 200. Aujourd’hui, elle remporte également le 800. Une anecdote ? Sa mère avait fini 6e du 800 mètres olympiques, il y a trente ans, en 8’30s94. Et Lani 8’29s95 pour gagner les PanPacs juniors… Les Australiens la présentent déjà comme la rivale de TITMUS.

Par principe, ces compétitions de « jeunes » comme ces PanPacifics juniors devraient être prises pour ce qu’elles sont avant tout : une attraction pour les jeunes talents, un moyen de rendre intéressantes leurs années de formation. Une façon aussi de se forger aux arcanes de la haute compétition avec ses rites et ses difficultés, d’apprendre à garder sa concentration dans une situation tendue, où la moindre faute menace de tourner au désastre, à la gestion de la fatigue née des déplacements.

Dans la natation de l’ère amateur, des rencontres internationales de jeunes n’auraient paru ni légitimes, ni viables. La haute compétition était dominée par le système américain, lequel se basait sur la double fondation de l’Université et du club. Le professionnalisme n’étant pas toléré, jusqu’à ce que le terme « amateur » disparaisse  (en 1981) de la Charte olympique, le champion de natation type, une fois ses études universitaires achevées, généralement à vingt-deux ans, rangeait ses maillots de bain et entrait dans une autre compétition, celle de la vie active.

Quelques contre-exemples « surnageaient », si l’on ose. Deux Australiens exceptionnels, Murray ROSE et Dawn FRASER, qui battaient encore des records à 25 et 28 ans, un Russe, Georgy PROKOPENKO, recordman du monde à 27 ans, paraissaient extraordinairement vieux à l’époque ! Les Russes, les Allemands de l’Est, étaient dans un autre système, mais, par mimétisme, la natation restait pour l’essentiel un sport des moins de 22 ans…  

Ce fonctionnement, aidé par certaines caractéristiques de ce sport, faisait de la natation – avec la gymnastique – le sport le plus jeune qui soit. C’était parmi les jeunes que se trouvaient les champions olympiques. Parler d’une natation de jeunes était sinon pléonastique, du moins redondant.

De ce fait, l’élite de la natation US, qui représentait une part très importante de l’élite mondiale, passait sans discontinuer des « age-groups » à la lutte pour la médaille olympique, et, selon la précocité des uns et des autres, de la médaille olympique à la retraite sportive.

 

Il ne faut pas prendre trop au pied de la lettre ces résultats, par rapport à un avenir. Je ne veux pas dire par là que ces compétitions ne sont pas sérieuses, tout au contraire. Mais que la « jeunesse » en natation est assez difficile à appréhender. Par exemple, les sexes ne sont pas à égalité au regard de la maturité, et une fille de seize est aussi mature qu’un garçon de dix-huit. Ensuite, à l’intérieur de chaque genre, le chemin qui conduit à l’état adulte n’est pas rigoureusement le même pour tous. Par ailleurs, il est plus difficile pour un jeune de sprinter… Enfin, tel jeune talentueux peut décider qu’il ne nagera pas sérieusement, ou encore qu’il nagera sérieusement seulement pour payer ses études, pendant que tel autre donnera la prééminence sur tout le reste à la natation.  

Le monde de la natation est rempli de ces histoires de jeunes grandis très vite et donnant d’immenses espoirs mais qui ne progressaient plus par la suite. Il y a aussi ces « phénomènes » comme PHELPS, LEDECKY, FRANKLIN, MEILUTYTE ou aujourd’hui KOLESNIKOV ou MILAK qui, encore « cadets » ou « juniors », s’imposent au plus haut niveau (mondial, olympique) et ne le quittent plus.

 

MESSIEURS.- 50 libre : 1. Ashley BRINKWORTH, 18 ans, Australie, 22s72 (en série, 22s68).

100 libre : 1. Drew KIBLER, USA, 18 ans, 49s42.

200 libre : 1. Drew KIBLER, USA, 18 ans, 1’47s65.

400 libre : 1. Ross DANT, USA, 18 ans, 3’52s44; 2. Brendon SMITH, Australie, 18 ans, 3’52s67.

800 libre : 1. Ross DANT, USA, 18 ans, 8’0s51.

1500 libre : 1. Long CHENG, Chine, 18 ans, 15’24s55.

100 dos : 1. Destin LASCO, USA, 17 ans, 55s75 (en séries, 55s57). Finale B : Peter LARSON, USA, 17 ans, 55s55.

200 dos : 1. Carson FOSTER, USA, 17 ans, 1’59s10.

100 brasse : 1. Gabriel MASTROMATTEO, Canada, 16 ans, 1’1s27.

200 brasse : 1. Daniel ROY, USA, 18 ans, 2’11s79; 2. A.J. POUCH, USA, 18 ans, 2’11s80 ; 3. Yamato FUKASAWA, Japon, 18 ans, 2’13s57

100 papillon : 1. Gianluca URLANDO, USA, 16 ans, 52s40

200 papillon : 1. Gianluca URLANDO, USA,  16 ans, 1’56s25 ; 2. Van MATHIAS, USA, 18 ans, 1’57s64 (en séries, 1’56s39).       

200 4 nages : 1. Carson FOSTER, USA, 17 ans, 1’59s86 ; 2. Gianluca ORLANDO, USA, 16 ans, 2’0s60.

400 4 nages : 1. Carson FOSTER, USA, 17 ans, 4’14s73 ; 2. Jake FOSTER, USA, 18 ans, 4’15s78.

4 fois 100 mètres : 1. USA, 3’19s44 ; 2. AUSTRALIE, 3’20s86 ; 3. JAPON, 3’21s32

4 fois 200 mètres : 1. USA, 7’16s42 ; 2. JAPON, 7’21s40 (Taki Ayashi, 14 ans, 1’52s25 lancé) ; 3. AUSTRALIE, 7’26s57

4 fois 100 4 nages : 1. USA, 3’39s04 (Peter Larson, 56s21 ; Daniel Roy, 1’1s57 ; Gianluca Orlando, 52s23; Drew Kibler, 49s03); 2. JAPON, 3’41s95; 3. CANADA, 3’42s05.

 

DAMES.-

50 libre : 1. Maxine PARKER, USA, 16 ans, 25s39.

100 libre : 1. Gretchen WALSH, USA, 15 ans, 54s47; 2. Lucie NORDMANN, USA, 18 ans, 54s74; 3. Elizabeth KING, Australie, 17 ans, 54s92

200 libre : 1. Claire TUGGLE, USA,14 ans, 1’58s58 ; 2. Lani PALLISTER, Australie, 16 ans, 1’59s ; 3. Nagisa IKEMOTO, Japon, 16 ans, 1’59s02.

400 libre : 1. Lani PALLISTER, Australie, 16 ans, 4’7s76 ; 2. Claire TUGGLE, USA, 14 ans, 4’10s31.

800 libre : 1. Lani PALLISTER, Australie, 16 ans, 8’29s65 ; 2. Mariah DENIGAN, USA, 15ans, 8’30s01.

1500 libre : 1. Lani PALLISTER, Australie, 16 ans, 16’8s09.

100 dos : 1. Phebe BACON, USA, 16 ans, 59s72; 2. Katharine BERKOFF, USA, 17 ans, 1’0s16; 3. Madison BROAD, Canada, 18 ans, 1’0s53. Finale B: 1. Alex WALSH, USA, 17 ans, 1’0s23; 2. Lucie NORDMANN, USA, 18 ans, 1’0s88 (en séries, 1’0s30).

200 dos : 1. Isabel STADDEN, USA, 16 ans, 2’9s52 (en séries, 2’8s81); 2. Madison BROAD, Canada, 18 ans, 2’10s73. Finale B: Phoebe BACON, USA, 16 ans, 2’10s65.

100 brasse : 1. Emily WEISS, USA, 17 ans, 1’7s55.

200 brasse : 1. Shiori ASABA, Japon, 18 ans, 2’27s48 ; 2. Ella NELSON, USA, 17 ans, 2’27s83.

100 papillon : 1. Maggie MCNEIL, Canada, 18 ans, 58s38.

200 papillon : 1. Olivia CARTER, USA, 18 ans, 2’9s45    

200 4 nages : 1. Alex WALSH, USA, 17 ans, 2’12s06

400 4 nages : 1. Emma WEYANT, USA, 17 ans, 4’40s64 ; 2. Mariah DENIGANT, USA, 15 ans, 4’41s39.

4 fois 100 mètres : 1. USA, 3’40s10 (au départ, Gretchen Walsh, 54s92).

4 fois 200 mètres : 1. USA, 7’57s93 ; 2. AUSTRALIE, 7’59s97 (au start, Lani Pallister, 16 ans, 1’58s83).

4 fois 100 4 nages : 1. USA, 4’2s33 (Phoebe Bacon, 1’0s49 ; Emily Weiss, 1’8s52; Lucie Nordmann, 58s57; Gretchen Walsh, 54s75); 2. CANADA, 4’0s64

MIXTE, 4 fois 100 4 nages : 1. USA, 3’47s01 (en crawl, Gretchen WALSH, 15 ans, 53s78).

 

 

LES MONOPOLISTES COMPLETENT LEURS EMPIRES: SUN YANG ET WANG JIANJAHE SUR LE DEMI-FOND, YASUHIRO KOSEKI EN BRASSE ET RIKAKO IKEE SUR 50 LIBRE

Eric LAHMY

Vendredi 24 Août 2018

SUN Yang a bel et bien complété le tableau, en remportant le 1500 mètres nage libre. Il détient les quatre courses des Jeux asiatiques 2018 qui viennent de s’achever à Djakarta, en Indonésie, du 200 au 1500 mètres. Pour achever son triomphe, il lui a fallu se débarrasser du Vietnamien  NGUYEN Huy Hoang, une jeunesse de 18 ans et un mois (né le 10 juillet 2000) qui s’entraîne à raison de 20 kilomètres quotidiens au centre national des sports vietnamien de Can Tho (célèbre pour ses marchés flottants) et qui entend faire du dégât à l’avenir.

NGUYEN n’est pas un géant et il n’est pas épais, et ses 56kg pour 1,78m ne font pas le poids face aux 89kg pour 1,98m de SUN, mais il a porté la contradiction, prenant la tête aux 750 mètres atteints en 7’33s66 et attaquant avec conviction. SUN, qui le tenait de près, parfois devant parfois derrière, parvint à se dégager à deux cents mètres du but.

On connait ses qualités de finisseur !

On ne peut pas se rendre compte de chez nous de l’importance que pouvaient revêtir pour SUN ses résultats aux Jeux asiatiques. Pratiquement aucune information ne filtre entre l’est et l’ouest, voire même entre l’équipe et les média chinois.

Mais il suffisait de voir comment SUN se comportait après sa première victoire, en début de semaine à Djakarta, sur 200 mètres, l’émotion qu’il dégageait en allant visiter dans les tribunes un groupe, sans doute d’entraîneurs et de dirigeants, peut-être de journalistes chinois, voir les quelques pleurs qu’il versait, pour comprendre qu’il y avait beaucoup de sentiments en jeu.

Que s’était-il passé ? Quelle avait été la cause de tous ces sentiments ? Avait-il douté, ou été mis en doute, avait-il craint de ne pas être à la hauteur, ou quoi d’autre ?

Les nageurs ne sont pas des machines, et l’anecdote me le démontrait. Venant de SUN, loin d’être le nageur le mieux apprécié, elle n’en prenait que plus de forces…

NATATION SPORT DE CONTACT

En parlant d’émotions, une algarade a fait les choux gras de la presse spécialisée, une KIM coréenne, 5e du 100 dos, a été « agressée » par une nageuse chinoise qu’elle avait accidentellement touchée au visage. Il parait qu’elle s’est excusée mais en coréen, que la Chinoise a cru qu’elle l’insultait et lui a vulgairement parlant mis sur la gueule. Les Chinois ont le sang chaud, il me souvient que SUN, encore lui, avait comme ça châtié une nageuse brésilienne aux Jeux olympiques. Je vous passe la suite de cette histoire d’extrême horion, qui s’est terminée par de courtoises visites de délégations nationales avec excuses, courbettes et autres déclarations d’éternelle amitié entre les peuples…

YASUHIRO KOSEKI GAGNE LE 50 APRES LE 100 ET LE 200 BRASSE : QUI PEUT LE PLUS PEUT LE MOINS

Revenons à la compétition. Yasuhiro KOSEKI enlevait le 50 brasse, victoire ajoutée à celles obtenues sur 100 et 200. Pour rares qu’ils soient, ces triplés démontrent combien le programme de la FINA est une aberration, un non sens dont le seul but est de pourvoir autant ou plus de médailles que l’athlétisme. Les dirigeants internationaux arguent qu’ils offrent ainsi à d’autres nageurs et à d’autres programmes l’occasion de se distinguer, mais c’est une illusion à combattre. KOSEKI a fait le triplé que BALANDIN avait réussi quatre ans plus tôt, et plus on ajoute d’épreuves au programme, plus ce sont les mêmes qui l’emportent…

Ce qui précède est vrai pour SUN, vainqueur sur 200, 400, 800 et 1500 mètres, pour KOSEKI, vainqueur sur 50, 100 et 200 brasse, c’est vrai aussi pour Rikako IKEE, la Japonaise qui a raflé avec le 50 nage libre sa huitième médaille des Jeux, sa sixième d’or et sa quatrième victoire individuelle, avec le 100 crawl, les 50 et 100 papillon – qui aurait pu être sa cinquième si elle s’était présentée au départ du 200 libre…

C’est vrai aussi pour WANG Jianjiahe, qui a gagné le 400 après le 800 et le 1500 mètres, et qui aurait gagné le 900 mètres et le 1150 mètres s’il prenait la fantaisie à la FINA d’instaurer de telles courses, et le 500 mètres aussi quand j’y pense.

Sur 400, WANG n’a pas laissé la moindre chance à LI Bingjie, laquelle n’est techniquement plus à la hauteur de ses prestations 2017. La gamine de seize ans et de haute taille, 1,82m, s’en est allée vers un succès facile, qui a achevé sa course sans être inquiétée par une longueur de bassin exécutée en 29s38. Avec 4’3s18, elle frôle son record de la saison, 4’3s14 au meeting d’Atlanta, et reste en-dessous du record d’Asie, 4’1s75 par… LI Bingjie.

En revanche, Yui OHASHI a été séparée du monopole des quatre nages par une défaite sur 200 quatre nages face à une miniature Coréenne de 1,63m pour 52kg. Seoyeong KIM, à 24 ans, n’est pas une révélation, elle nage depuis dix-neuf ans et a connu des hauts et des bas, comme une blessure à l’épaule qui a entravé sa carrière, en 2011…

OHASHI, après sa victoire sur 400 quatre nages, avait montré quelques déficiences sur 200 mètres nage libre, d’abord dans le relais japonais – mais avec l’excuse qu’il se jouait juste après son 4 nages – puis dans l’épreuve individuelle, où elle ne pouvait pas reproduire à deux-trois secondes près ses temps d’avril dernier, quand elle terminait 2e du championnat national.

Ici, elle n’a pas mal nagé, mais elle n’a jamais pu s’imposer, malmenée de bout en bout. Et une remontée en brasse – en une seconde plus vite que KIM – ne suffisait pas à renverser la tendance.

VERS LA GESTION DES MICRO-DETAILS QUI FONT GAGNER…

Parce qu’ils s’étaient magnifiquement conduits aux PanPacifics, les relayeurs japonais du quatre fois 100 quatre nages étaient très attendus à Djakarta. Ils ont été battus, encore une fois d’une poignée de centièmes, par des Chinois aussi décidés qu’eux. Il est remarquable de noter combien le succès est séparé, désormais, dans la natation actuelle, par une différence anecdotique. Je dirais presque que le vainqueur devient de moins en moins souvent le plus fort, mais celui qui s’est « réveillé du pied droit » le matin de la course.

XU est actuellement plus fort qu’IRIE sur 100 dos, mais dans le relais, celui-ci le précède. D’un rien, mais le précède. En brasse, en revanche, il n’y a pas photo, et KOSEKI domine YAN, quoique de pas grand’ chose, quatre dixièmes. Après cela, KOBORI, le papillonneur japonais, lâche un peu plus de centièmes de secondes en face de son homologue chinois LI. Pour finir, les Nippons comptent sur Shinri SHIOURA, qui a gagné le 100 mètres individuel, et part avec 4/100e d’avance sur YU, qu’il avait laissé derrière lui en finale du 100 mètres. Mais là, c’est YU qui touche devant. Trois centièmes…

Alors ? Alors, c’est désormais sur des détails guère plus importants qu’on comptera de plus en plus pour faire la différence. Le temps des grandes conquêtes chronométriques est probablement achevé – même si nul ne peut prédire l’irruption dans le paysage d’une autre Katie LEDECKY. Sauf changement de « paradigme » au niveau de l’entraînement (la dernière livraison du blog Swimming science évoque « le futur de l’entraînement du nageur » et suggère l’aube d’une révolution technologique qui rationnaliserait, formaliserait et objectiverait la technique du nageur), sauf changement de cet ordre, c’est vers « l’infiniment petit » qu’il faudra se tourner pour gagner. Il y a vingt ans, Claude FAUQUET avait expérimenté la micro-nutrition (et l’avait abandonnée, parce qu’elle coûtait trop cher) ; devra-t-on explorer la micro-gestion des détails qui font gagner ?

Cela a peut-être déjà été fait. Les Français n’étaient pas les plus mal placés dans le domaine de la réussite en compétition dans les douze premières années 2000, à cheval sur les directions techniques Fauquet et Donzé. La recette a été égarée, mais peut-être pas perdue définitivement, et qui sait, les Richard MARTINEZ, Olivier NICOLAS, Stéphane LECAT, voire le service de recherche emmené par Philippe HELLARD, voire Patrick DELEAVAL, le service du haut-niveau et les entraîneurs nationaux entre autres, auraient des choses à dire à ce sujet…

Mais j’imagine qu’ils ne m’ont pas attendu et planchent à l’année sur le sujet.

MESSIEURS.- 1500 libre : 1. SUN Yang, Chine, 14’58s53 ; 2. Huy Hoang NGUYEN, Vietnam, 15’1s63; 3. JI Xinjie, Chine, 15’6s18; 4. Shogo TAKEDA, Japon, 15’17s13; 5. Ayatsugu HIRAI, Japon, 15’24s26; 6. Aflah Fadlan PRAWIRA, Indonésie,15’24s59

50 brasse : 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 27s07 ; 2. YAN Zibei, Chine, 27s25 ; 3. Dmitry BALANDIN, Kazakhstan, 27s46; 4. SUN Jiajun, 27s65; 5. Vladislav MUSTAFIN, Ouzbékhistan, 27s72.

4 fois 100 4 nages: 1. CHINE, 3’29s99 (Xu Jiayu, 52s60, Yan Zibei, 58s86, Li Zuaho, 50s61, Yu Hexin, 47s92); 2. JAPON, 3’30s03 (Ryosuke Irie, 52s53,Yasuhiro Koseki, 58s45, Yuki Kobori, 51s06, Shinri Shioura, 47s99).

DAMES.- 50 libre : 1. Rikako IKEE, Japon, 24s53 ; 2.LIU Xiang, Chine, 24s60 ; 3. WU Qingfeng, Chine, 24s87.

400 libre : 1. WANG Jianjiahe, Chine, 4’3s18 [58s27, 2’0s06, 3’2s49] ; 2. LI Bingjie, Chine, 4’6s46 ; 3. Chihiro IGARASHI, Japon, 4’8s48 ; 4. Waka KOBORI, Japon, 4’11s69.

200 4 nages : 1. Seoyeong KIM, Corée, 2’8s34 [27s31, 59s37 (32s06), 1’37s60 (38s23) 2’8s34 (30s74)]; 2. Yui OHASHI, Japon, 2’8s88 [27s73, 1’0s78 (33s05), 1’38s04 (37s26), 2’8s88 (30s84)]; 3. Miho TERAMURA, Japon, 2’10s98; 4. ZHOU Min, Chine, 2’11s42; 5. YANG Chang, Chine, 2’13s68.

FAUT-IL OUBLIER LI BINGJIE ? LA NOUVELLE COQUELUCHE DU DEMI-FOND CHINOIS, C’EST WANG JIANJIAHE

Eric LAHMY

Jeudi 23 Août 2018

S’il fallait désigner la meilleure course de cette avant-dernière journée des épreuves de piscine des Jeux asiatiques de Djakarta, je proposerais le 200 mètres dos messieurs. Avec un temps de 1’53s99, la qualité technique de la course est indiscutable. Son vainqueur est XU Jiayu, fils d’une nageuse de papillon de niveau national, YU ZhenZhen, le médaillé d’argent du 100 dos des Jeux de Rio, il y a deux ans. XU avait déjà gagné 50 et 100 dos à Djakarta. Il s’éagissait donc pour lui d’achever sa mainmise sur les courses de dos. Sa manière n’a pas manqué de panache : XU s’est élancé dans le double but probable d’écoeurer ses adversaires et de réussir un exploit chronométrique. Il est passé très vite, en 54s57, temps à comparer à celui, 52s34, qui lui a donné la victoire sur 100 dos, puis a été contraint de composer avec la fatigue. Aussi, après deux longueurs en 26s04 et 28s55, il effectue la suivante en 29s58, et repart à fond, 28s02 pour achever son effort.

Le groupe emmené par Ryosuke IRIE finit à une longueur. IRIE, deuxième, est lui-même talonné par le retour de SUNAMA qui, à la différence de XU, s’est montré très prudent, est passé en 27s27 et 57s08 et revient en 58s46…

Le 800 mètres dames a été gagné haut la main par WANG Jianjiahe, dix secondes devant LI Bingjie dont on attendait une plus forte résistance. Mais WANG, qui a réussi un parcours lancé dans le relais quatre fois 200 mètres qui trahissait une grande forme, et qui avait ajusté LI, dans le 1500 mètres, en 15’53s68 contre 15’53s80, est à ce jour plus forte que son équipière. LI Bingjie a été médaillée mondiale de la course derrière Katie LEDECKY, aux mondiaux de Budapest, en 8’15s46 contre 8’12s68 à l’Américaine. Elle avait quinze ans. Un an plus tard, alors que je l’aurais bien vue en train d’asticoter LEDECKY, elle a perdu pas mal de terrain et se trouve dominée par WANG, sa cadette de quatre mois.

LI, après ses mondiaux de Budapest, a été beaucoup vue en grand comme en petit bassin, et a peut-être cédé à la lassitude. Elle dont on disait qu’elle avait LEDECKY en vue en demi-fond a maintenant WANG en vue !

Et WANG est la jeune Chinoise en forme.

Si ce n’était une stratégie d’équipe liée également à l’impossibilité d’engager une nageuse dans toutes les épreuves où elle domine, lorsque le programme, en raison de son développement, ne permet plus de récupérer entre les courses, WANG aurait pu gagner le 200m.

Maintenant, il est possible que ses progrès récents ont surpris ses entraîneurs.

La voici championne asiatique du 800 et du 1500, et elle devrait demain en faire de même avec le 400m.

Les Japonais ont doublé sur 100 mètres nage libre où Shinri SHIOURA a arraché le titre de justesse, d’un centième de seconde devant son équipier Katsumi NAKAMURA. Les résultats ont été techniquement moyens, ni les Japonais, ni les Chinois et aucun autre Asiatique ne se présentant en concurrent sérieux au niveau mondial. Dans un championnat du monde virtuel basé sur les performances réussies dans les championnats continentaux cette saison, SHIUOURA n’atteindrait pas la finale, à une demi-seconde du huitième, le Français Mehdy METELLA, fort de ses 48s24…

Le Japon a remporté le relais quatre fois 100 mètres quatre nages dames. Jusqu’ici, je ne peux vous dire dans quelles circonstances exactes, sauf que les Chinoises ayant été déclassées pour prise de relais incorrect. Il serait intéressant, juste par curiosité, de savoir si elles étaient arrivées devant ou derrière les Japonaises.

Le record du monde féminin du quatre fois 100 quatre nages est détenu par une équipe des USA, 3’51s55 aux championnats du monde de Budapest. Cette saison, l’Australie, 3’52s74, les USA, 3’53s21 et la Russie, 3’54s22 ont fait mieux que les Japonaises.

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Shinri SHIOURA, Japon, 48s71 ; 2. Katsumi NAKAMURA, Japon, 48s72 ; 3. YU Hexin, Chine, 48s88 ; 4. HOU Yujie, 48s95 ; 5. Khader BAQLAH, Jordanie, 49s10; 6. Matthew ABEISINGHE, Sri Lanka, 49s28.

200 dos : 1. XU Jiayu, Chine, 1’53s99 (26s04, 54s59, 1’24s17); 2. Ryosuke IRIE, Japon, 1’55s11 (27s05, 56s41, 1’25s97); 3. Keita SUNAMA, Japon, 1’55s54 (27s27, 57s08, 1’26s62); 4. LI Guangyuan, Chine, 1’57s13.

50 papillon : 1. Joseph SCHOOLING, Singapour, 23s61 ; 2. WANG Peng, Chine, 23s65 ; 3. Adilbeck MUSSIN, Kazakhstan, 23s73

DAMES.-  800 libre : 1. WANG Jianjiahe, Chine, 8’18s55 (28s86, 1’0s03, 1’31s27, 2’2s91, 2’34s36, 3’5s84, 3’37s41, 4’9s, 4’40s56, 5’12s10, 5’43s07, 6’14s53, 6’46s20, 7’17s93, 7’49s48) ; 2. LI Bingjie, Chine, 8’28s14 ; 3. Waka KOBORI, Japon, 8’30s65.

50 brasse : 1. Satomi ZUZUKI, Japon, 30s83 (record des Jeux) ; 2. ; 2. Roanne HO, Singapour, 31s23; 3. FENG Junyang, Chine, 31s24.

Relais 4 fois 100 quatre nages: 1. JAPON, 3’54s73 (record des Jeux, ancien, Chine, 3’57s80 en 2010)  [Natsumi Sakai (59.42), Satomi Suzuki (1:05.43), Rikako Ikee (55.80) and Tomomi Aoki (54.08) ; 2. HONG KONG, 4’3s15 ; 3. SINGAPOUR, 4’9s65. CHINE et COREE DU SUD disqualifiées.

D’UN HEROS OLYMPIQUE AUSTRALIEN A L’AUTRE : JOHN DEVITT REND HOMMAGE A CECIL HEALY

CHAMPION OLYMPIQUE, HEROS DE GUERRE ET MODELE DE FAIR-PLAY DES ANTIPODES, CECIL HEALY MOURUT SUR LES TRANCHEES EN DEFENDANT LA FRANCE

Eric LAHMY

Jeudi 23 Août 2018

John COATES, le président du Comité Olympique Australien, a aidé au lancement d’un livre sur Cecil HEALY, l’un des premiers champions olympiques australiens, ai-je lu sur le site Inside the Games, sous la signature de Duncan McKay.

Ce livre remet en mémoire une très vieille histoire, certes, mais qui mérité sans doute de ne pas être oubliée…

Le livre, écrit bien entendu en anglais, et intitulé Cecil Healy – A biography, a été rédigé par John DEVITT, lui-même champion et médaillé olympique (en 1956 et 1960).

HEALY fut un des concurrents des Jeux olympiques de Stockholm, en 1912. Avec son équipe d’Australasie, il fut champion sur quatre fois 200 mètres. Mais c’est un autre fait qui a retenu alors l’attention en Australie, où l’on apprécia l’humilité, la sportivité et la gentillesse du personnage.

Cecil se présentait sur 100 mètres et savait qu’il ne pourrait devancer l’Américain hawaïen Duke KAHANAMOKU, lequel dominait de façon extraordinaire l’épreuve (de deux à trois secondes, ce qui est bien entendu énorme pour un effort d’une minute environ).

Un erreur de logistique empêcha l’équipe des Etats-Unis de se présenter à l’heure de la course et les officiels, appliquant le règlement, disqualifièrent les absents, dont KAHANAMOKU. C’était offrir une chance d’or sur un plateau à Cecil Healy et à quelques autres. Healy estimait qu’une victoire obtenue en l’absence de KAHANAMOKU n’aurait aucune signification. Il obtint des officiels australiens d’élever une protestation, laquelle fut admise. On attendit les Américains, la course eut lieu en leur présence et Duke KAHAMOKU, 1’3s4, l’emporta devant Cecil HEALY, 1’4s6, et le deuxième Américain, Ken HUSZAGH, 1’5s6.

KAHANAMOKU, on l’imagine, apprécia le geste de sportivité à sa juste valeur. Il leva le bras de Cecil HEALY et le présenta à la foule comme « un vrai champion olympique. »

Lors de la présentation du livre, COATES rappela un autre fait de sportivité qui fut célèbre en Australie, celui du coureur à pied John LANDY (devenu en 2001 gouverneur de l’Etat de Victoria). En 1956, aux championnats d’Australie, qui précédaient les Jeux olympiques, John LANDY disputait le mile et suivait Ron CLARKE, lequel, accroché par un autre concurrent, tomba. LANDY le blessa accidentellement avec ses pointes en le passant, stoppa, se retourna pour s’inquiéter de CLARKE, qui l’enjoignit de repartir. LANDY, dont on estima qu’il perdit sept secondes dans l’incident, refit tout son retard et gagna la course. Quelques semaines plus tard, il enleva le bronze du 1500 mètres olympique.  

Selon John COATES, quelle qu’ait été la portée du geste de LANDY, celui de HEALY est plus significatif : « en termes de sportivité, il est le plus important. »

Malheureusement, HEALY, qui s’engagea en 1915, après avoir servi en Egypte et en France, fut tué dans la Somme, le 29 août 1918, exactement soixante-quatorze jours avant la fin de la Première Guerre mondiale, alors que, sous-lieutenant, il emmenait ses hommes à l’attaque d’une tranchée allemande. Il avait trente-six ans.

HEALY, un homme très attentif à l’autre, était très apprécié et, rapportant son décès, son supérieur hiérarchique, le major Syd MIDDLETON, écrivit les lignes qui suivent : « Par la mort d’Healy, le monde perd un de ses plus grands champions, un de ses meilleurs hommes. Aujourd’hui, après quatre années passées sur le front, j’ai pleuré pour la première fois. »

Comment DEVITT en arriva-t-il à écrire ce livre ? Il fut approché par les responsables du Manly Aquatic Centre, qui voulaient baptiser de son nom le bassin couvert (25 mètres) de huit lignes d’eau qui venait d’être construit (l’ensemble du Centre porte le nom d’un autre héros de la natation australienne, Andrew Boy CHARLTON). DEVITT, depuis toujours, avait fait d’HEALY son héros. Il fit remarquer que le nom d’HEALY s’imposait, et que baptiser ce bassin du nom d’un héros de guerre disparu il y a exactement cent ans doublé d’un champion exemplaire serait une bonne idée. Le bassin portera donc leurs deux noms et John DEVITT, s’étant rendu sur la tombe d’HEALY, en France, y apportant du sable de Manly Beach, se fendit d’un livre coécrit avec Larry WRITER, un écrivain australien reconnu.

JEUX ASIATIQUES: SCHOOLING A MOITIE REMIS EN SELLE

Eric LAHMY

22 Août 2108

Après le 100 mètres brasse des Jeux asiatiques qui se termineront demain pour ce qui concerne les courses en bassin de natation, Dmitry BALANDIN, LE champion olympique de natation du Kazhakstan a parlé de retraite. Après sa victoire surprise aux Jeux où, dernier qualifié à l’issue des demi-finales, il avait gagné la finale depuis la ligne huit, BALANDIN n’a plus rien fait qui soit, de près ou de loin, équivalent.

Aux mondiaux 2017, il avait terminé 26e du 50 brasse (en 27s74), 21e du 100 (en 1’0s25) et était sorti 13e des demi-finales du 200 (en 2’9s68).

A 23 ans, BALANDIN, un grand gabarit de 85kg pour 1,95m, n’est pas menacé par l’âge, mais peut-être par une usure mentale. Il s’était affirmé aux Jeux asiatiques 2014, enlevant les titres du continent autant sur 50, 100 et 200 brasse, défaisant à la bagarre le grand favori japonais Yasuhiro KOSEKI et son compatriote Kazuki KOHINATA, entre autres. Bien avant cela, il avait tracé sa voie, et se plaçait parmi les meilleurs cadets en 2010 et 2011. Moins performant aux mondiaux 2015, où il se contenta de places d’honneur, 4e du 100 et du 200, il se retrouva in extremis aux Jeux. En demi-finales, le Japonais Ippei WATANABE réussit 2’7s22, un temps que personne ne réédita en finale. Les valeurs étaient tellement resserrées que moins d’une seconde, seulement 0s98, séparaient le meilleur du moins bon qualifié !

Il doit être difficile, dans la plupart des cas, quand on est isolé dans sa natation nationale, de conserver son ambition, et il doit y avoir un peu de cela, dans les cas de BALANDIN, de MEILUTYTE ou de SCHOOLING. Bien entendu, l’explication parait courte, n’est que très partielle, et chaque cas est différent. BALANDIN n’a pas nagé à Djakarta le 200, et sur 100, qui n’a jamais été sa meilleure distance, il s’est contenté de la 3e place. Le vainqueur ? KOSEKI, qu’il avait battu il y a quatre ans. KOSEKI, ajouterons-nous, qui avait déjà, quelques jours plus tôt, gagné le 200 brasse…

SCHOOLING, un autre vainqueur des Jeux de Rio de Janeiro, a fait mieux que BALANDIN, car il a gagné le 100 papillon, l’épreuve qu’il avait dominée au Brésil. Son temps est fort éloigné du record mondial qu’il déclare ambitionner depuis deux saisons, et constitue une fort discutable remontée en selle, pour le Singapourien qui, aux mondiaux de Budapest, un an après Rio, avait dû se contenter de la 3e place, mais en 50s83, ex aequo avec James GUY, et derrière Caeleb DRESSEL, 49s86, et Kristof MILAK, 50s62. Aux Jeux de Rio, SCHOOLING avait été chronométré en 50s39, et donc son résultat de Budapest constituait une régression en temps et en place. A Djakarta, hier, SCHOOLING a encore perdu du terrain au plan chronométrique, mais il gagné, ce qui reste l’essentiel. Alors ?

Alors SCHOOLING repart à l’entraînement, et reste une étoile incontestée dans son pays. Et si les choses seront compliquées pour lui, on ne peut l’écarter de la course au titre de 2020, ne serait-ce que parce que DRESSEL n’a pas autant dominé.

Daya SETO a repris le flambeau du 400 quatre nages à un Kosuke HAGINO beaucoup moins flambant et fringant que d’habitude. Mais même un peu en dessous, les deux Japonais ont réussi un doublé or et argent pour le Japon, qui a également, côté garçons, enlevé comme on l’a vu le 100 mètres brasse, ainsi que le relais quatre fois 100 mètres.

Les Chinoises, en revanche, se sont mieux sorties de la journée que leurs rivales. Certes, deux Japonaises ont ravi les deux premières places du 100 dos, où XU, la toute fraîche recordwoman du monde du 50 dos, n’avait pas été engagée… Natsumi SAKAI, jeune espoir de 17 ans, l’a emporté devant son aînée, Anna KONISHI, 22 ans, qui a tiré la quintessence de des 159 centimètres pour ravir l’argent…

Le 200 mètres dames a sans doute perdu un peu de son intérêt, les deux meilleures nageuses asiatiques, attestées par le relais de la veille, la Japonaise Rikako IKEE et la Chinoise WANG Jianjiahe, ne l’ayant pas disputé. A ce jeu, provoqué par le nombre d’épreuves où leur talent les convie, mais que le besoin de parfois récupérer ne leur permet pas de toutes les disputer. Bingjie LI a gagné la course pour la Chine, en 1’56s74, deux dixièmes de seconde plus vite qu’au départ du relais chinois la veille… Le 400 ni le 800 dames ne se sont pas joués et LI pourrait bien devenir la grande nageuse de ces Jeux s’il lui arrivait de les remporter…

MESSIEURS.-

100 brasse : 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 58s86 ; 2. Zibei YAN, Chine, 59s31 ; 3. Dmitriy BALANDIN, Kazhakstan, 59s39; 4. Ippei WATANABE, Japon, 1’0s15.

100 papillon : 1. Joseph SCHOOLING, Singapour, 51s04 ; 2. LI Zuhao, Chine, 51s46; 3. Yuki KOBORI, Japon, 51s77; 4. Zheng Wen QUAH, Singapour, 52s54.

400 4 nages : 1. Daya SETO, Japon, 4’8s79; 2. Kosuke HAGINO, 4’10s30 ; 3. WANG Shun, Chine, 4’12s31 ; 4. Yizhe WANG, Chine, 4’19s61.

4 fois 100 mètres: 1. JAPON, 3’12s68 (Shinri Shioura, 48s85, Katsuhiro Matsumoto, 47s85, Katsumi Nakamura, 48s08, Juran Mizohata, 47s90) ; 2. CHINE, 3’13s29 (Jintong Yang, 49s24, Jiwen Cao, 48s29, Yang Sun, 48s38, Hexin Yu, 47s38) ; 3. SINGAPOUR, 3’17s22 (Schooling, 48s27 lancé) ; 4. COREE, 3’17s92.

DAMES. 200 libre : 1. LI Bingjie, Chine, 1’56s74 ; 2. Junxuan YANG, Chine, 1’57s48 ; 3. Chihiro IGARASHI, Japon, 1’57s49 ; 4. Yui OHASHI, Japon, 2’0s29

100 dos : 1. Natsumi SAKAI, Japon, 59s27 ; 2. Anna KONISHI, Japon, 59s67 : 3. CHEN Jie, Chine, 1’0s28 ; 4. FU Yuanhui, Chine, 1’0s35 ; 5. Dasol IM, Corée, 1’1s08.

200 papillon : 1. Yufei ZHANG, Chine, 2’6s61 ; 2. Sachi MOCHIDA, Japon, 2’8s72 ; 3. Suzuka HASEGAWA, Japon, 2’8s80 ; 4. Sehyeon AN, Corée, 2’8s83.    

MIXTE.- 4 fois 100 quatre nages : CHINE, 3’40s45 (LIU Xiayu, 52s30 en dos) ; 2. JAPON, 3’41s21 (Irie, 52s55 en dos, Rikako Ikee, 55s68 en papillon ; 3. COREE, 3’49s27 ; 4. HONG KONG, 3’50s22.

IKEE PAPILLONNE EN NAGE LIBRE, SE LIBERE EN NAGE PAPILLON

Eric LAHMY

Mardi 21 Août 2018

Donc Rikako IKEE a enlevé son quatrième or des Jeux Asiatiques de Djakarta. Sur 100 mètres papillon. Elle a archi-dominé la course, et établi avec 56s30 un nouveau record de ces Jeux. Cela ne chatouille pas encore le record du monde de Sarah SJÖSTRÖM, qui nagea 55s48 en finale des Jeux olympiques de Rio, mais c’est une performance qui lui aurait donné l’argent à Rio, où elle avait fini 5e en 56s86, record du Japon battu pour la troisième fois après un 57s27 en séries et un 57s05 en demi-finale.  Elle est passée en 26s53, ni trop vite ni trop lentement pour une fille qui avait enlevé le 50 papillon dans cette même piscine, la veille, en 25s55, mais à une vitesse idéale pour faire le ménage de ses adversaires.

Seule Sarah SJÖSTRÖM est capable, au monde, de tenir un tel rythme sans souffrir et comme la Suède ne se trouve pas en Asie…

IKEE menait donc au virage, mais d’une assez faible marge, la Chinoise Yufei ZHANG, 20 ans, ex recordwoman du monde junior (en fait toutes les recordwomen du monde juniors du 100 papillon qui ont été reconnues ne sont pas légitimes, Sarah SJÖSTRÖM ayant nagé plus vite (en 56s06) en 2009, avant que la FINA ne « reconnaisse » ces dits records) et médaillée de bronze des mondiaux 2015 ainsi que redoutable nageuse de crawl, membre du relais quatre fois 200 de l’Empire du milieu, menant la poursuite dans le temps de 26s76.

SUN YANG TOUJOURS SOLAIRE SUR 400 METRES, HAGINO A GENOUX

ZHANG est une fille résistante, mais dans une course, même la plus résistance ne tient pas un rythme trop élevé pour elle. Le régime auquel IKEE la soumit fit son effet. La nage papillon a ceci de redoutable qu’elle est très énergivorace et exigeante en termes de fréquence et de coordination. Quand la fatigue s’installe, la perte de vitesse peut devenir très importants…

C’est sans doute pour cette raison que les pertes de vitesse en fin de course sont parfois désastreuses. ZHANG perdit contenance dans la deuxième longueur et y laissa plus d’un mètre… On la reverra ans doute sur sa distance traditionnelle, le 200…

SUN Yang, pour sa part, gagnait, comme on l’imagine, le 400 mètres. Même en superforme, HAGINO aurait du mal à s’imposer au Chinois, dont la classe est sans égale dans la natation, et qui règne sans autre rival que lui-même (quand il commet des impairs) sur les « distances moyennes » quand cela va mal, dans tout ce qui existe entre 200 et 1500 quand tout va pour le mieux.

La disparition des grands nageurs de 200, l’incapacité, pour tous ceux qui évoluent sur la distance, de « casser » les 1’45s, lui ont facilité la tâche. Cette extinction est aussi incompréhensible que celle des grands dinosaures, mais ne peut s’expliquer par la chute d’un météore dans le Yucatan. Toujours est-il que la race des GROSS, des VAN DEN HOOGENBAND, des THORPE, PHELPS, AGNEL s’est éteinte. SUN profite de cette éclipse.

Sur 400, en revanche, ses succès ne font pas l’ombre d’un doute. Impossible de faire la moue. SUN n’y est pas grand parce que les autres sont petits, mais parce qu’il les ratiboise. Au niveau asiatique le départ de PARK, au contraire, fait qu’il est le seul gros bras de la finale. Et si EHARA tente un héroïque coup de force, menant grand train, cela ne dure que 150 mètres. SUN s’en va dès qu’il le veut. EHARA, 1’51s16 et 1’55s98, finira assez mal et parviendra de justesse à sauver la deuxième place d’un retour d’HAGINO un peu attardé et qui équilibre parfaitement son effort (1’53s13 et 1’54s07). SUN, lui finit par un cent mètres en 54s59. Il avait achevé son 800 mètres vainqueur, la veille, en 54s72 !

Le 200 brasse donna lieu à une de ces grandes courses, qui le sont de par le temps réalisé et par l’intensité de la lutte. KOSEKI y devança WATNABE d’un centième, pour u n doublé japonais tandis que le Chinois Qin finissait à un avant-bras.

LIU Xiang battait pour sa part en 26s98 le record du monde du 50 mètres dos. Un record, 27s09, vieux de neuf années, détenu depuis les mondiaux de Rome 2009 par sa compatriote ZHAO Jing, record polyuréthane et en outre parfumé de stéroïdes. On souhaite – acceptons en l’augure – que LIU soit plus saine. La nageuse chinoise la plus espiègle de l’histoire a dû régaler son public de bonnes blagues qu’il nous faudra traduire du mandarin !

Une autre course qui n’a pas fait un pli. Le quatre fois 200 mètres dames, qui a été gagné par les Chinoises, dans un temps finale de 7’48s61, record des Jeux. Le Japon a terminé à presque huit mètres. Les Chinoises prirent l’avantage dès leur premier relais, LI devançant IRAGASHI d’un mètre environ. IKEE, qui prenait la suite pour le Japon, malgré un remarquable 1’55s27 lancé, meilleur temps absolu réalisé dans ce relais, ne reprenait pratiquement rien sur WANG, qui ne lui rendait que huit centièmes de seconde, une misère.

Le troisième relais fut celui de la déroute nipponne. Yui OHASHI, qui venait de remporter le 400 mètres quatre nages, ne put faire mieux que 2’1s47, elle qui avait nagé la distance, au start, en 1’57s97 lors des championnats du Japon, en avril dernier. Sur sa meilleure forme, elle aurait pu achever de reprendre du terrain sur ZHANG, mais le 400 mètres quatre nages n’est pas considérée pour rien comme l’épreuve la plus épuisante du programme olympique, après le 1500 mètres.

MESSIEURS.- 50 mètres : 1. YU Hexin, Chine, 22s11 ; 2. Katsumi NAKAMURA, Japon, 22s20; 3. Sunichi NAKAO, Japon, 22s46 ; 4. Virdhawal Vikram KHADE, Inde, 22s47.

 400 libre : 1. SUN Yang, Chine, 3’42s92 [26s19, 54s45 (28s26), 1’22s65 (28s20), 1’51s07 (28s42), 2’19s47 (28s40), 2’48s33 (28s86), 3’16s33 (28s), 26s59]; 2. Naito EHARA, Japon, 3’47s14 ; 3. Kosuke HAGINO, Japon, 3’47s20 ; 4. Hojoon LEE, Corée, 3’48s26 ; 5. LI Xinjie, Chine, 3’50s06 ; 6. Hu Kim Sun NGUYEN, Vietnam, 3’51s67.

200 brasse : 1. Yasuhiro KOSEKI, Japon, 2’7s81 (28s51, 1’0s89, 1’33s96) ; 2. Ippei WATANABE, Japon, 2’7s82 (28s96, 1’1s82, 1’34s85) ; 3. Haiyang QIN, Chine, 2’8s07 (29s10, 1’1s98, 1’34s70) ; 4. YAN Zibei, Chine, 2’11s07 (28s94, 1’1s70, 1’35s90) ; 5. Denis PETRASHOV, Kyrgyzstan, 2’12s19 ; 6. Sungiae CHO, Corée, 2’13s86. 

DAMES.- 50 dos : 1. LIU Xiang, Chine, 26s98 (record du monde) ; 2. FU Yuanhui, Chine, 27s68 ; 3. Natsumi SAKAI, Japon, 27s91 ; 4. Anna KONISHI, Japon, 28s37 ; 5. Hanbyeol PARK, Corée, 28s39.

100 papillon : 1. Rikako IKEE, Japon, 56s30 ; 2. ZHANG Yufei, Chine, 57s40 ; 3. Sehyeon AN, Corée, 58s ; 4. Ai SOMA, Japon, 58s68.

400 4 nages : 1. Yui OHASHI, Japon, 4’34s58 (28s56, 1’1s48, 1’36s24, 2’10s80, 2’50s08, 3’29s96, 4’2s64; soit 1’1s48 en papillon, 1’9s32 en dos, 1’19s16 en brasse, 1’4s62 en crawl); 2. Seoyong KIM, Corée, 4’37s43 (1’0s96, 2’10s66, 3’31s54) ; 3. Sakiko SHIMIZU, Japon, 4’39s10.

Quatre fois 200 mètres: 1. CHINE, 7’48s61 (Li Bingjie (1’56s94), Wang Jianjiahe (1’55s35), Zhang Yuhan (1’58s37), Yang Junxuan (1’57s95) ; 2. JAPON, 7’53s83 (Chihiro Igarashi, 1’57s69, Rikako Ikee, 1’55s27, Yui Ohashi, 2’1s33, Rio Shirai, 1’59s54) ; 3. HONG KONG, Chine, 8’7s17.

LES ORS DE RIKAKO RIKEE, OU UN PLUS DEUX FONT TROIS

Eric LAHMY

Lundi 20 Août 2018

Rikako IKEE avait de quoi s’occuper, à Djakarta, dans la piscine (dédiée à l’ancien président Soekarno) où se déroulent les courses de natation des Jeux asiatiques. Elle devait devancer les Chinoises d’abord sur 50 papillon, ensuite sur 100 libre, et s’est parfaitement accomplie de sa tâche. Après l’or du relais quatre fois 100m, la voici qui triple la mise…

Pour la jeune Japonaise, au 100 libre, l’affaire ne fut pas aisée. Les Chinoises ont dominé l’épreuve, grâce il est vrai grâce à une adjonction qu’elles se permettaient, de poudre de perlinpinpin. La poudre ayant été confisquée, les Chinoises ont perdu de leur superbe, mais demeurent parmi les meilleures ondines au monde.

Aux 50 mètres, la championne chinoise, ZHU Menghui, devançait IKEE de presqu’un mètre. Je ne sais trop, bien sûr, ce qui se passait dans la tête de la Chinoise, mais partir très vite et secouer le plus possible, d’entrée, une nageuse qui vient de sortir d’une course, même sur 50 mètres, en tablant sur sa plus grande fatigabilité, me parait représenter une option stratégique assez bien pensée.

ZHU a-t-elle envisagé une telle approche, ou obéissait-elle à l’impératif catégorique qui semble être inscrit dans son patronyme (allez, zou !), elle faillit réussir.

MAITRESSE DU CENT METRES, RIKAKO  IKEE SE JOUE DE ZHU MENGHUI

Cependant, IKEE, laquelle n’est pas seulement talentueuse, mais également une fille très solide, sait, malgré son jeune âge, équilibrer en vieille routière, ses courses à la perfection, et si fatiguée par son 50 mètres papillon, elle n’en laissa rien voir ; elle refit tout le retard dans une seconde moitié de course d’anthologie, et gagna, pour faire bonne mesure, avec une coudée d’avance.

Côté garçons, on a retrouvé sur 800 mètres un SUN Yang capable de finir en bolide. Il s’est contenté de suivre le rythme, en avant de la course, imprimé par le Japonais TAKEDA, puis de se porter en tête, enfin de donner de fortes accélérations pour finir. Son dernier 100 mètres, impressionnant, en 54s72, n’est pas très éloigné du dernier 100 de son 200m en 53s47! Il nous a fait le coup, aux Jeux olympiques de Londres…

Comme on peut l’imaginer, une telle accélération est facilitée par le fait que SUN Yang n’a pas d’adversaires à sa mesure, capables de le soumettre à un train élevé. Son temps final n’a rien d’extraordinaire et ne démontre pas que SUN a trouvé sa plus grande forme.

Troisième de la course, le Vietnamien NGUYEN, 17 ans, dont la biographie explique qu’il commença à nager (à trois ans) pour « aider sa famille à attraper des poissons ». Ces derniers temps, il s’entraînait à raison de 20 kilomètres par jour. Ce garçon ambitionne de grosses prises !

HAGINO MECONNAISSABLE ET SETO EJECTE DU PODIUM

J’imagine que les Japonais ont dû s’étonner de voir leur superstar Kosuke HAGINO se faire devancer sur 200 mètres quatre nages, et sa doublure Daya SETO être éjecté du podium par le deuxième Chinois de service. Mais les deux cracks de l’éclectisme aquatique japonais ne commencent-ils pas à vieillir ? Quant à leurs adversaires, ils ne leur sont pas inconnus. Au mondial de Budapest, il y a juste un an, HAGINO aux taquets arracha l’argent en 1’56s01 devant WANG Shun, 1’56s28, tandis que SETO arrachait la 5e place au détriment de QIN Hayang, 1’56s97 contre 1’57s06.

QIN améliorait alors le record mondial junior reconnu.

A Djakarta, il y a eu seulement une superposition des places. Ce fut un combat incertain. WANG, le futur vainqueur, était 3e après le papillon, 2e après le dos, seulement 4e et viré du podium à l’issue de la brasse mais finit en formidable crawleur, 27s61.

En fait, HAGINO donna, presque tout du long, l’impression qu’il allait l’emporter. Mais s’il virait en tête aux 150, il ne put faire honneur à sa réputation de nageur superlatif de 200 mètres libre (assez écornée, il est vrai, depuis sa septième place sur la distance aux Jeux olympiques de Rio)…

Il est très difficile de dire comment un nageur équilibre sa course dans les quatre nages, car chacun a ses points forts et ses points faibles techniques, et par exemple un 50 brasse en 34 secondes constituera pour l’un un effort excessif, pour l’autre un rythme prudent… Mais on peu croire qu’HAGINO était assez cuit, voire cramé sur les bords, dans son parcours de libre, où il concéda une seconde à un crawleur de valeur inférieure. HAGINO fut débordé par WANG, avec ses 28s69 en crawl, et inférieur à SETO dans un domaine où, pourtant, il le surpasse d’habitude largement.

Je ne sais si la notation qui suit est pertinente, mais je note que les Japonais sont dominés en termes de gabarit. HAGINO, avec son 1,77m, serait d’une belle taille parmi les nageuses, mais parmi les hommes, il est pour ainsi dire surplombé, et SETO est si j’ose m’exprimer encore plus quelconque avec son 1,74m. Les Japonais ont toujours dû faire avec un net déficit de taille dans un sport friand de hautes statures, et su compenser par une technique supérieure, mais il est difficile d’admettre qu’ils n’en restent pas moins handicapés. Mon professeur de géographie du lycée Carnot, à Tunis, avait expliqué (vers 1960) que les Chinois du Nord étaient grands. Ils l’ont montré en présentant quelques basketteurs proprement gigantesques. La natation démontre que là aussi, ils n’ont pas perdu le nord. WANG mesure 1,92m, QIN 1,91m.

LES NIPPONS ARRACHENT LA COURSE DES NATIONS

Gabarit ou pas, la merveilleuse Kaneto WATANABE a sauvé la mise japonaise en projetant ses cent soixante sept centimètres en tête du 200 mètres brasse. D’ailleurs, qu’on se le dise, elle a gagné trois centimètres depuis son titre mondial sur la distance (et l’argent du 200 mètres quatre nages), acquis à Kazan en 2015 (si l’on doit faire foi à sa bio officielle).

Son temps à Djakarta n’est pas sensationnel, 2’23s05 contre 2’21s15 à Kazan en 2015. Mais ce fut superbement joué. Kanako se maintint en 3e position jusqu’aux 150 mètres, puis ramassa la mise dans la dernière longueur.

Le relais quatre fois 200 mètres messieurs a fait l’objet d’un duel serré, dont les Japonais sont sortis vainqueurs. Le système de chronométrage n’ayant pas permis de publier les passages des nageurs (seulement leurs 100 premiers mètres, je me réfère ici aux temps donnés par Swimming World : pour les Japonais, Naito Ehara (1’47s31), Reo Sakata (1’46s51), Kosuke Hagino (1’46s50), et Matsumoto (1’44s85). Pour les Chinois, Ji Xinjie (1’47s58), Shang Keyuan (1’47s15), Wang Shun (1’46s53) et Sun Yang (1’44s19).

On ne peut qu’être frappé par la forme décidément assez vacillante d’HAGINO, qui nage en 3e position, tandis que MATSUMOTO tente d’étouffer SUN par un départ très rapide. Il s’élance avec 0s94 d’avance sur le champion olympique et du monde, mais il sait qu’il ne doit pas attendre un nageur réputé pour son finish. MATSUMOTO passe en 50s14 et SUN, qui a parcouru les cent premiers mètres de son relais sans chercher à le poursuivre, en 51s65, se trouve alors deux secondes et demie derrière. SUN accélère, exécute la seconde moitié de course en 52s64, près d’une seconde plus vite que dans son 200 individuel… MATSUMOTO, de son côté, ne peut maintenir le rythme qu’il s’est imposé, mais il finira devant. Les Japonais précèdent les Chinois, en 7’5s15 contre 7’5s47, et améliorent leur record des Jeux asiatiques, 7’6s74 en 2014. Leur temps les situe en 3e place cette année derrière les USA, 7’4s36, et l’Australie, 7’4s70, et devant la Grande-Bretagne, 4e, 7’5s30. Les Chinois viennent derrière avec leurs 7’5s45, et précèdent la Russie, 6e, 7’6s66, et l’Italie, 7e, 7’7s58.

Pour Singapour, les deux premiers relais effectués par ZHENG Qua, 1’48s31, et Joseph SCHOOLING, 1’46s66, ont permis presque de faire jeu égal avec les ténors de l’épreuve, puis de résister à la remontée des Coréens.

MESSIEURS.- 800 libre : 1. SUN Yang, Chine, 7’48s36 (57s, 1’57s03, 2’57s10, 3’57s10, 4’56s50,5’54s88, 6’53s64, soit 57s, 1’0s10, 1’, 59s40, 58s38, 58s76, 54s72); 2. Shogo TAKEDA, Japon, 7’53s01; 3. Huy Hoang NGUYEN, Vietnam, 7’54s32.

50 dos : 1. XU Jiayu, 24s75; 2. Ryosuke IRIE, Japon, 24s88; 3. Jiseok KANG, Corée, 25s17; 4. WANG Peng, Chine, 25s28; 5. I Gede Suman SUDARTAWA, Indonésie, 25s29.

200 4 nages : 1. WANG Shun, Chine, 1’56s52 ; 2. Kosuke HAGINO, Japon, 1’56s75; 3. QIN Haiyang, Chine, 1’57s09; 4. Daya SETO, Japon, 1’57s13.

WANG Shun, 25s03, 54s65, 1’28s91, 1’56s52

Kosuke HAGINO 24s93, 54s15, 1’28s06, 1’56s75

Relais 4 fois 200 mètres: 1. Japon, 7’5s17; 2. Chine, 7’5s45 ; 3. Singapour, 7’14s15 ; 4. Corée, 7’15s26.

DAMES.- 100 libre : 1. Rikako IKEE, Japon, 53s27 (26s) ; 2. ZHU Menghui, Chine, 53s56 (25s49); 3. YANG Junxuan, Chine, 54s17; 4. Tomomi AOKI, Japon, 54s58.

200 brasse : 1. Kanako WATANABE, Japon, 2’23s05

WATANABE, 32s72, 1’9s31 (36s59), 1’46s08 (36s77), 2’23s05 (36s97).

YU Jingyao, 32s17, 1’8s33 (36s16), 1’45s35 (37s02), 2’23s31 (37s96)

Reona AOKI, 32s03, 1’8s47 (36s44), 1’45s73 (37s26), 2’23s33 (37s60)

50 papillon : 1. Rikako IKEE, Japon, 25s55 ; 2. WANG Yichun, Chine, 26s03; 3. LIN Xintong, Chine, 26s39.

JEUX ASIATIQUES A DJAKARTA : D’ENTREE UN DESACCORD SINO-JAPONAIS

Eric LAHMY

Dimanche 19 Août 2018

Dès la première journée, ce qui était prévu est arrivé, c’est-à-dire que presque toutes les médailles de natation des Jeux asiatiques qui ont débuté à Djakarta sont revenues aux exposants chinois et japonais. Et qu’on se le dise, cela va continuer comme ça. La FINA pourra multiplier les épreuves à l’infini sous le prétexte d’universaliser le sport, elle n’empêchera pas les premiers d’arriver toujours en tête.

Chez les hommes, les Chinois ont gagné deux des trois courses disputées, le 200 libre et le 100 mètres dos, et les Japonais se sont vengés en réalisant un doublé sur la troisième, le 200 mètres papillon.

Côté dames, c’est assez équilibré, quoique là encore, l’avantage doive être donné aux Chinoises, qui doublent sur 800 mètres et remportent le dos. Mais le Japon marque un point en s’appropriant le relais de nage libre.

Connaissez-vous Juoh LEE ? Non ? Ce Coréen est le seul nageur ni chinois ni japonais a avoir atteint un podium aujourd’hui. Sur 100 dos, derrière XU et IRIE. Une médaille sur 18 mises en jeu…

ENTRE WANG ET LI, LE 1500 METRES CHINOIS SE PORTE BIEN

1500 mètres dames : Jianjiahe WANG, un des grands gabarits que la Chine attire à la natation, avec son mètre quatre-vingt-deux, l’emporte en 15’53s68, et ne devance sa compatriote Bingjie LI, Chine, 15’53s80, que d’un rien; toutes les deux sont de 2002, WANG la plus jeune, née le 17 juillet, WANG ayant soufflé ses seize bougies quatre mois plus tôt, le 3 mars… WANG était au départ une petite rondouillarde que ses parents mirent à l’eau pour qu’elle perde du poids et ça a marché. Elle est grande et fine et n’a pas cherché trop loin pour trouver son « idole », puis que c’est Katie LEDECKY. LI, elle, surnommée dans l’équipe « le SUN Yang féminin, en raison à la fois de l’étendue de son registre, brillante autant sur 200 que 1500, et de ses sprints finaux monumentaux, pouvait difficilement échapper à la natation.

En effet, ses parents, LI Jiang et WANG Wei (cette dernière avait été  piquée à la douane australienne avec des diurétiques en 1998, c’est pas bien, ça), étant des « nageurs professionnels », elle n’a pas eu son mot à dire. Comme on fait son LI, on se couche dans l’eau et on nage !

La course a été d’une simplicité rare. LI a mené jusqu’à mi-chemin, WANG est passée en tête aux 800 (8’27s57 contre 8’27s68), puis a creusé un avantage de deux secondes et demie au 1400 mètres. Là, LI a changé d’allure, remonté WANG presqu’invinciblement dans les deux dernières longueurs de bassin, qu’elle parcourt en 58s22, contre 1’0s59, mais trop tard et de trop loin.

SUN YANG COMMENCE SA RAZZIA PAR LE 200 METRES

Comme prévu, SUN Yang a gagné, facile, le 200 mètres messieurs, première étape d’un triomphe annoncé.

La course est lancée sur des bases élevées par le Nippon Naito EHARA, qui passe en 24s47 et 51s58. Ce gabarit léger a montré ses talents de poids plume au Mare Nostrum, cette année, où il a gagné le 400 mètres autant à Barcelone qu’à Canet-en-Roussillon. SUN YANG, lui, nage à sa cadence, qui passe en 25s07 (5e), 51s96, (4e), et 1’18s83 (1er). Autant dire qu’il s’est contenté de garder le train qu’il s’est choisi, avec 26s89 et 26s87 entre 50 et 150… Or EHARA, encore 2e, a perdu une grosse seconde, presqu’une longueur. SUN termine à son allure, en 26s60… Si le temps n’es pas extraordinaire, la course a été parfaitement conduite.

Le 200 mètres dos dames est revenu à Yaxin LIU. Finaliste olympique à Rio, c’est une assez grande fille de 1,78m, qui a été bombardée travailleur modèle de sa province, le Zheijiang. Et cette finale ne dément pas la distinction, car ça a été du travail bien fait. Menée de plus d’un mètre au premier virage, et d’un mètre cinquante au second, par la Japonaise SAKAI, elle « met le paquet » dans l’avant-dernière longueur, remonte l’avance et passe en tête. SAKAI, qui avait laissé filer dans cette troisième longueur, se reprend, mais trop tard. Et elle ne reprendra rien à LIU qui équilibre parfaitement ses deux moitiés de course.

CONTRE LE CHAMPION DU MONDE CHINOIS, IRIE S’EST REBIFFE

Le 100 dos messieurs s’est résumé en un duel serré entre un ancien recordman du monde, Ryosuke IRIE, l’homme qui nage avec une bouteille vide sur le front sans la renverser, lequel, à 28 ans, ne semble pas vouloir raccrocher ses maillots, et XU Jiayu, de cinq ans son cadet, médaille d’argent olympique sur la distance, champion du monde 2017 devant Matt GREVERS et Ryan MURPHY… et IRIE, 4e.

Le « vieux » IRIE, en 25s61, semblait distancé par le Chinois qui virait plus ou moins détaché en 25s16. Ryosuke parvint à effectuer un meilleur retour. Il s’en fallut de peu, mais l’avantage restait au Chinois, dans le bon temps de 52s34 (plus vite que lors de sa victoire à Budapest… en 52s44). IRIE, approche son record du Japon, 52s24 en 2009 dans un maillot désormais prohibé… Bref, battu mais avec les honneurs.

MESSIEURS.- 200 libre : 1. SUN Yang, Chine, 1’45s43 ; 2. Katsuhiro MATSUMOTO, Japon, 1’46s50 ; 3. JI Xinjie, Chine, 1’46s68 ; 4. Khader Ghetrich BAQLAH, Jordanie, 1’46s77 ; 5. Naito EHARA, Japon, 1’47s66.

100 dos : 1. XU Jiayu, Chine, 52s34 ; 2. Ryosuke IRIE, Japon, 52s53 ; 3. Juho LEE, Corée, 54s52.

200 papillon : 1. Daya SETO, Japon, 1’54s53 ; 2. Nao HOROMURA, Japon, 1’55s58 ; 3. LI Zhuhao, Chine, 1’55s76 ; 4. WANG Zhou, Chine, 1’56s75.         

DAMES.- 1500 libre : 1. Jianjiahe WANG, Chine, 15’53s68 ; 2. Bingjieli, Chine, 15’53s80; 3. Waka KOBORI, Japon, 16’18s31

200 dos : 1. LIU Yaxin, Chine, 2’7s65 (30s77, 1’3s41, 1’35s30, soit 30s77, 32s64, 31s89, 32s25); 2. Natsumi SAKAI, Japon, 2’8s13 (29s84, 1’2s45, 1’35s49, soit 29s84, 32s61, 33s04, 32s64); 3. PENG Xuwei, Chine, 2’9s14; 4. Sayaka AKAZE, Japon, 2’10s35.

100 brasse : 1. Satomi SUZUKI, Japon, 1’6s40 ; 2. Reona AOKI, Japon, 1’6s45 ; 3. Jinglin SHI, Chine, 1’7s36 ; 4. Jingyao YU, Chine, 1’7s44. En séries, Jamie Zhen Mei YEUNG, Hong Kong, 1’7s86.

4 fois 100 mètres : 1. JAPON, 3’36s52 (Rikako IKEE, 53s60 (25s68) ; Natsumi SAKAI, 17 ans, 54s81; Tomomi AOKI, 54s21; Chihiro IGARASHI, 53s90); 2. CHINE, 3’36s78 (ZHU Menghui, 54s, WU Yue, 54s67, WU Qingfeng, 54s43; YANG Jungxuan, 53s68); 3. HONG KONG, Chine, 3’41s88 

NAGEURS CHINOIS AU PIED DU MUR

Eric LAHMY

Samedi 18 Août 2018

Dans un article de présentation des Jeux Asiatiques, Nazvi Karim, du South China Morning Post, cite SUN Yang. Le triple champion olympique chinois (400 et 1500 mètres en 2012, 200 mètres en 2016) espère que les semaines de préparation qu’il s’est octroyées à Hong Kong et à Singapour lui auront permis d’enlever cinq courses à Djakarta. Egalement cité, Cheng Hao, le patron de l’équipe chinoise, estime que le travail de SUN Yang va payer, et qu’il n’aura pas trop à s’adapter, le climat de Hong Kong et de Singapour étant assez proche de celui de Djakarta.

S’il parvenait à enlever cinq titres ici, SUN Yang doublerait son capital or deviendrait le 2e sportif chinois le plus médaillé des Jeux asiatiques derrière un tireur « légendaire », WANG Yifu (23 médailles, dont 14 en or), qui fut battu au pistolet de 10 mètres aux Jeux olympiques de Sydney par Franck DUMOULIN. Tout le monde sait le peu d’attrait de Galaxie Natation pour ce genre de comptabilité, laquelle ne signifie pas toujours grand’ chose : il y a des sports qui se prêtent à ces accumulations de breloques, comme la gymnastique, le tir et la natation – n’est-ce pas Michael PHELPS, Ryan LOCHTE et Katinka HOSSZU – et d’autres pas. Mais comme des tas de gens jugent ce genre de faits d’armes importants…

SUN est engagé sur 200, 400, 800 et 1500 mètres et il est prévu qu’il nage un relais (non spécifié, sans doute le quatre fois 200).

Les Chinois comptent aussi sur leur dossiste FU Yuanhui, championne du monde 2015 sur 50 dos et quatre fois 100 quatre nages, laquelle est devenue une vedette dans son pays après sa médaille de bronze olympique sur 100 mètres dos (ex-aequo avec Kylie MASSE), plus, d’ailleurs, en raison de son caractère extraverti et de ses mines, expressives ainsi que de sa spontanéité que pour ses résultats.

Cette funny girl version chinoise avait défrayé la chronique aux Jeux de Rio quand après avoir nagé moyennement dans le relais quatre nages, elle avait expliqué qu’elle souffrait de règles douloureuses, genre de propos tabous dans la prude Chine. Si cette franchise avait choqué, FU triompha sur Internet et il semble que les femmes aient apprécié qu’elle ait brisé les interdits.

Mais bien entendu, on l’attend dans le bassin : ses records personnels, 27s11, 58s72 et 2’8s84, datent de 2015 et de 2016. Et aux mondiaux 2017, à Budapest, elle a moins flambé qu’attendu, battue (d’un centième il est vrai) par Medeiros sur 50 dos, seulement demi-finaliste sur 100 dos et largement devancée dans le relais quatre nages…

Il sera aussi intéressant de voir ce que les Chinoises feront en demi-fond, ou encore en papillon, où elles furent dominatrices… à une époque il est vrai où, pour reprendre l’expression imagée de Jean-Claude PERRIN quand il différenciait ses perchistes de Sergei BUBKA, elles prenaient des petits déjeuner survitaminés quand leurs adversaires en étaient aux céréales !

Mais les performances sont une chose, les résultats en sont une autre, et il faudra à chaque fois venir à bout des adversaires, pour la plupart japonais…

Mais pas seulement. C’est ainsi que Joseph SCHOOLING, le Singapourien champion olympique du 100 mètres papillon de Rio, cherchera une rédemption, après s’être laissé battre sur 100 libre en 50s26 par l’Indien Virahawal KHADE aux championnats de Singapour. Depuis son succès olympique, SCHOOLING a eu tendance à se laisser aller, s’étant occupé ainsi à lancer une école de natation dans son pays. Il aurait minci de 4 kg ces derniers mois, mais il reste assez paresseux pour avoir préféré nager le 50m plutôt que le 200 mètres. Il se présentera aussi sur 50 et 100 papillon et 100 libre. Il espère battre ses records, dit-il, mais ce ne sont peut-être que des effets d’annonce. C’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon !

Au pied du mur de Chine, bien entendu…

A DJAKARTA, LA NATATION DES JEUX ASIATIQUES SE RESUMERA EN UN CLASSIQUE DUEL SINO-JAPONAIS

Eric LAHMY

Jeudi 16 Août 2018

Ayant rencontré Ranomi KROMOWIDJOJO, nageuse néerlandaise d’origine javanaise, Mr Anindya BAKRIE, président de la Fédération indonésienne de natation (PRSI) a pu se convaincre de la capacité de nager vite des enfants de son pays.

Les Jeux asiatiques de Djakarta Palembang se tiendront pour ce qui concerne la natation au Centre Aquatique Gelora Bung Karno de Senayan (quartier de Djakarta), à partir du 19 et constitueront la quatrième et dernière concentration de très haut niveau de la saison, après les championnats des Etats-Unis, les championnats d’Europe et les Jeux PanPacifiques.

Les Japonais, qui ont présenté leur grande équipe aux PanPacifiques, seront à nouveau sur la sellette. Après avoir affronté Américains, Australiens et Canadiens (et dans certains course, Brésiliens), les voici qui vont se mesurer à l’aune des Chinois…

La rencontre est celle de deux styles, de deux histoires, de deux conceptions de la natation. Les Japonais, façon de dire, furent les inventeurs de la compétition en natation, puisque la première course qu’ils disputèrent eut lieu au 16e siècle, dans le Japon impérial. Le meeting dura trois jours.

La natation japonaise était une natation militaire et en eaux vives. Parmi les épreuves, il y avait la nage à cheval, le passage sous un navire et autres formes de nage extrêmement éprouvantes qui préparaient les guerriers japonais aux pires difficultés dans les affrontements.

Invités à changer le moule, les Japonais, désireux de se mesurer au reste du monde, non sans quelques belles chicanes internes, se modelèrent à la façon nouvelle, avec ses maillots de bains et ses lignes d’eau dans des piscines cubiques aux dimensions précises, et, après quelques années de tâtonnements et d’apprentissages, dès les années 1930, se mirent à dominer le monde au plan des résultats comme à celui des techniques.

La Deuxième Guerre mondiale mit entre ses cruelles parenthèses les confrontations pacifiques de la natation olympique, et lorsque la paix revint, le Japon était toujours le premier pays de natation du monde, mais ne put le prouver.

Le pays (comme l’Allemagne) fut interdit de Jeux à Londres. Au pays, dans le même programme et les mêmes journées que les Jeux de Londres, les Nippons infligèrent une sévère correction par performances interposées au reste du monde. Leur étoile Ironoshin FURUASHI, qui allait devenir bien plus tard vice-président de la FINA) nagea son 1500 mètres une minute plus vite que le vainqueur de Londres. Sur 400 mètres, où il nagea plus vite que le record du monde du Français Alex JANY, il aurait laissé le champion olympique à huit secondes !

SUN YANG OU KOSUKE HAGINO ? RIKAKO IKEE OU LI BINGJIE ?

A cette impressionnante et quelque part admirable natation japonaise, les Chinois ont opposé un système plus compliqué, beaucoup moins exemplaire, dans des situations différentes. Après la révolution communiste, la Chine boycotta, des décennies durant, les Jeux olympiques en raison de la présence de Taïwan sous le nom de république de Chine.

Le tardif retour chinois, à la fin du 20e siècle, fut des moins glorieux. Afin de rattraper le temps perdu par un demi-siècle d’isolement, les Chinois importèrent les talents d’entraîneurs d’Allemagne de l’Est que l’écroulement du système soviétique et la disparition de leur pays englobé dans l’Allemagne avaient mis sur le marché. Or ces coaches avaient été formés à doper leurs nageurs avec les produits virilisants, et ces criminels à la petite semaine eurent tôt fait d’enseigner la méthode aux Chinois.

Ces derniers apprirent vite, et la fraude fonctionna à plein. La natation féminine chinoise devint la meilleure du monde et la Fédération internationale ne fit pas grand’ chose pour y remédier… Dans un système où qui n’est pas vu n’est pas pris, la FINA, qui est elle-même un club de fraudeurs, joue un rôle essentiel, vu qu’elle ne regarde pas, donc ne voit pas, donc ne « prend » pas (elle n’est pas la seule).

On souhaite que cet épisode soit dépassé, mais je ne puis affirmer ne ressentir aucune suspicion quand un Chinois ou une Chinoise se met à nager vite.

Mais enfin…  

Tout cela pour dire qu’à Djakarta, l’équipe chinoise constituera une coriace adversaire. On y note le retour de SUN Yang sur 1500 mètres. Le double champion olympique (400, 1500) des Jeux olympiques de Londres, en 2012 avait déserté l’épreuve la plus longue du programme, au profit du 200 mètres dont il a depuis sept ans été l’un des meilleurs exposants : vice-champion olympique en 2012, champion olympique en 2016. Cette année, il est engagé sur toutes les courses individuelles du 200 au 1500 mètres. Et comme il ne manque guère de vitesse, on l’annonce également dans le relais quatre fois 100 mètres libre.

NING ZETAO ENSEVELI PAR SES FOLLOWERS

En revanche, NING Zetao, le champion du monde 2015 du 100 mètres a disparu de la circulation. Sa dernière sortie, aux Jeux olympiques de Rio, s’est soldée par une décevante 12e place sur 100 mètres. Le playboy de la natation chinoise aurait mal digéré la soudaine attention qui a suivi sa victoire à Kazan (de 2,7 à 7,7 millions de « Weibo followers ») ! En 2016, ses 48s37 n’ont pas suffi à l’amener en finale, et à l’époque des sélections chinoises pour les Jeux asiatiques de Djakarta, il s’entraînait à Brisbane, chez son coach australien Matt BROWN.

La vedette chinoise pourrait bien être, outre SUN Yang, XU Jiayu, le champion du monde du 100 dos de Budapest. Issu d’une famille de nageurs (ainsi sa mère et une sœur ainée) il a aussi fini 5e du 200 dos aux mondiaux.

On attend aussi avec un intérêt particulier les performances des trois jeunes nageuses de demi-fond, LI Bingjie, ZHANG Yuhan et YOU Hawen, lancées dans la tâche impossible de recoller à Katie Ledecky. Pour l’instant, les Japonaises n’ont personne à leur opposer

Mais derrière chaque affrontement sino-japonais dans les 41 épreuves que comprend le toujours croissant programme de la FINA, se profile bien entendu pour les observateurs un match collectif dont on ne sait trop qui sortira vainqueur. Il y a quatre ans, à Incheon, en Corée du Sud, la Chine avait ramassé 47 médailles contre 46 aux Japonais, mais surtout enlevé la mise avec 22 médailles d’or contre 12 aux Nippons. Sur le papier, les Chinois devraient l’emporter dans cet affrontement de prestiges nationaux, mais il n’est pas interdit de penser que les étoiles japonaises aient prévu que les Panpacifics constitueraient un marchepied en direction de Djakarta. Ce qui est sûr, c’est que Djakarta sera un marchepied en direction de Tokyo 2020.

Vous avez dit : banzaï ?

Kosuke HAGINO sera engagé sur 400 mètres et les quatre nages, Ryosuke IRIE disputera tout le dos, Yasuhiro KOSEKI toute la brasse, et Daya SETO suivra un programme assez déconcertant : 50 brasse, 200 papillon et les quatre nages. Ippei WATANABE se présentera sur 100 et 200 brasse. Le duel perdu d’un rien face aux USA dans les relais quatre nages a attiré l’attention sur les sprinteurs japonais qui pourraient cartonner face aux Chinois. Côté dames, Rikako IKEE sera très demandée, avec cinq courses individuelles (50, 100 et 200 libre, 50 et 100 papillon) si l’on ajoute qu’elle sera la cheville ouvrière des trois relais – des quatre si l’on ajoute l’absurde relais mixte… Les autres points forts japonais seront le papillon (avec Suzuka HASEGAWA et Sachi MOCHIDA) et surtout le 400 quatre nages avec Yui OHASHI, la double gagnante ses PanPacifics. Mais dans un contexte où les valeurs ne cessent de se resserrer, la préparation et la forme du moment joueront un rôle primordial…