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MICHEL PEDROLETTI TOUS AZIMUTS (1) LES JEUX OLYMPIQUES À PARIS EN 2020, CE SERA TOUT DE SUITE OU CE SERA TROP TARD

MICHEL PEDROLETTI, 67 ANS, ENTRAINEUR DE L’INSEP (1977-1982), ENTRAINEUR NATIONAL DE L’ÉQUIPE DE FRANCE (1977-1988) ET ENTRAINEUR DU CERCLE DES NAGEURS DE MARSEILLE (1984-1995), S’INQUIETE DE LA PRÉPARATION (L’IMPRÉPARATION ?) DES NAGEURS FRANÇAIS À SIX ANNÉES DE L’ORGANISATION DES JEUX OLYMPIQUES DE PARIS. IL A DONC ENVOYÉ QUELQUES MISSIVES SOUS FORME DE COURRIELS À QUELQUES-UNS DES DÉCISIONNAIRES DE LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE NATATION, PRÉSIDENT (GILLES SEZIONALE). DIRECTEUR TECHNIQUE (JULIEN ISSOULIÉ), DIRECTEUR DE LA NATATION (RICHARD MARTINEZ) AINSI QU’ALAIN BERNARD, RICHARD PAPAZIAN, PATRICK DELÉAVAL. IL INSISTE : IL NE DEMANDE RIEN POUR LUI, ET AGIT SOUS LE SENTIMENT D’UNE URGENCE ET LA PRESSION DES ÉVÉNEMENTS. É.L.

 

Michel PEDROLETTI

Samedi 3 Mars 2018

Avec les Jeux Olympiques en France dans  six ans, on devrait être dans l’urgence!

Chaque jour compte et chaque jour passé est un jour de perdu!

Remettre l’action à mener aux « prochains mois », c’est, peut être, passer complètement à côté de ces Jeux !

Les nageurs, quelques filles mises à part, qui devront défendre nos couleurs, sont déjà connus !

Peut-on rester vis-à-vis d’eux dans une gestion habituelle et normale si on a quelques ambitions de briller à ces Jeux Olympiques « à la maison »?

De mon point de vue – mais peut-être ai-je tort (ce dont mon expérience me fait douter) –, on devrait se trouver dans l’urgence maximum, et cela depuis des mois déjà !

Ayant passé ma vie à servir la natation et à penser natation, sans vouloir donner de leçon à quiconque, je pense qu’on devrait au minimum adopter la démarche suivante pour les TROIS MOIS QUI VIENNNENT. Je vous livre mes réflexions pour le cas où elles pourraient vous interpeller:

    1- Définir la problématique et les objectifs à attendre!

        -De mon point de vue, ces objectifs devraient être : TITRES ET MÉDAILLES AVEC LA CAPACITÉ DE PRÉSENTER DES ÉQUIPES COMPLÈTES HOMMES ET FEMMES!

        – La problématique, au niveau des performances à atteindre, doit induire trois types de réflexions:

            * relativement au talent du nageur!

            * aux axes techniques relatifs à ces niveaux de performances!

            *à la capacité musculaire nécessaire!

            *et aux axes d’entraînement indispensables à mettre en œuvre!

        – Mais il convient aussi de se servir de l’opportunité des J.O. et de ce qu’elle peut induire pour jeter les bases indispensables à l’avenir de notre natation au plus haut niveau international!

    2- Effectuer une réflexion en interne relativement à cette problématique!

    3-  Et surtout, en externe, faire appel à une dizaine de personnes reconnues pour leurs vécus, leurs expériences et leurs résultats, et leur poser la problématique, leur demander d’y réfléchir, puis de proposer en réponse à cette problématique, dans les 30 jours, une dizaine de recommandations.

    4- Communiquer sur cette démarche avec l’ensemble des acteurs de notre fédération et leur proposer, s’ils le souhaitent le faire, dans les 30 jours, 3 ou 4 grandes propositions personnelles répondant à cette problématique auprès de la DTN!

    5- A la réception des propositions des experts et des acteurs de notre natation, organiser un séminaire de débriefing réunissant le Président de la FFN, deux ou trois élus qu’il jugerait utile d’intégrer à cette démarche, les experts, la DTN, pour  arbitrer et s’accorder sur une dizaine d’axes prioritaires et sur leurs mises  en œuvre!!

    6- Mise en œuvre immédiate de tout ce qui peut l’être et se pencher sur ce qu’il y a lieu de faire pour la mise en œuvre à très court terme de ce qui doit être fait.

    7- Tous les mois et demi, réunir un comité de suivi des actions mises en œuvre, de résultats qu’elles induisent et du bien-fondé de ces actions pour les affiner, les accentuer ou les alléger relativement au moyens qu’elles exigent !

Par exemple, j’ai un peu de mal à comprendre qu’une action que je propose depuis longtemps pour la recherche de talents, ne soit pas déjà discutée et mise en œuvre si elle peut sembler être utile car, pour  faire faire un 100 mètres en jambes, ciseau de brasse, battement de dos et battement de crawl pour les 8 ans et moins, 10 ans et moins, 12 ans et moins, dans les clubs puis au niveau local, départemental, régional et national, n’implique pas grand-chose en termes d’organisation ou de moyens financier ; et, si elle ne donne pas de résultats elle ne coûte rien!

Pour conclure, j’aimerais insister sur un point : tout comme, dans l’entraînement, la notion de temps est fluctuante, – à certaines périodes, en début de saison, on peut prendre son temps et, plus la saison avance, moins on en a – il en va de même vis-à-vis de la préparation des Jeux Olympiques. Or, de mon point de vue, et on ne doit pas s’y tromper, à J.O. moins six ans, on se situe dans les derniers stades de la préparation !

C’est pour cette raison qu’il me parait urgent d’être sensible à cette question, et que je prends ici le risque de vous importuner.

AUSTRALIE : MITCHELL LARKIN ESPÈRE AVOIR TROUVÉ UN BON RÉMOULEUR

Éric LAHMY

Vendredi 2 Mars 2018

Troisième soirée de championnats d’Australie, à Gold Coast.

Dans les séries du 200 dos messieurs, on voit apparaître du neuf avec Bradley Woodward, meilleur qualifié en 1’59s05, qui devance Mitchell Larkin. Mais en séries, c’est autant l’intention que la valeur qui fait la différence, et Larkin s’est peut-être économisé. Comme quatre nageurs ne sont séparés que de 0s16, les paris demeurent incertains.

La finale délivre son verdict. Larkin l’emporte. Il part vite, mène devant Woodward d’un mètre aux 50 (26s83 contre 27s44), d’une seconde toute ronde aux 100 (56s13 contre 57s13), ne peut ensuite empêcher Woodward de remonter un peu.

Larkin, 1’56s60, l’emporte mais sans répondre aux interrogations le concernant. Double champion du monde 2015, ses records, 52s11 et 1’53s17, sont vieux de 28 mois, et il n’a cessé de voir sa position se dégrader. A Rio, aux Jeux olympiques de 2016, il termine médaillé d’argent du 200 dos derrière Ryan Murphy, en 1’53s96 contre 1’53s62, et seulement 4e du 100 dos derrière deux Américains dont Murphy, vainqueur, et un Chinois ; en 2017, il est éliminé sans gloire en demi du 200 dos, se classe 6e du 100 dos à Budapest, et ne pèse plus au plan mondial, on ne sait trop pourquoi, usure d’un vieux pro ?

Semblant d’explication : déçu par ses résultats olympiques, où finir 2 et 4 ne le satisfait pas, il abandonne son entraîneur de neuf années Michael Bohl, à St Peters, et se confronte à plusieurs entraîneurs avant de choisir Simon Cusack, un coach plus orienté vers le sprint que Bohl et dont il espère qu’il va renouveler son intérêt pour le dos ; mais si Cusack est l’homme qui a « fait » Cate et Bronte Campbell, il pourrait bien être l’homme qui a « défait » Larkin, lequel sombre, très loin de ses succès passés.

Cusack l’a bien averti avant de le prendre sous son aile. Il lui a dit qu’il faudra plus d’un an pour s’adapter à la brutale intensité de sa méthode.

Après réflexion, Larkin prétend que l’approche de Cusack, « trop éloignée dans l’autre direction » de celle de Bohl, ne convient pas à son tempérament. Il insiste sur un point, notamment, celui concernant l’affutage final, avant les mondiaux, trop radical à son goût, qui eut un effet pernicieux sur sa nage : « plus je me reposais, plus je perdais mes sensations dans l’eau. »

Il est assez étonnant qu’aujourd’hui encore, des entraîneurs soient aussi attachés à leurs procédures qu’ils n’adaptent pas en fonction des particularités et des goûts de leurs nageurs quelque chose d’aussi personnel que l’affutage, et ne cherchent pas à individualiser cette étape finale qui précède la compétition.

Larkin est du type de nageur (assez commun en demi-fond) qui doit se soumettre à un fort volume d’entraînement jusqu’au jour J, celui de la compétition, pour des raisons physiques et psychiques. Des nageurs, lorsqu’ils sont mis au repos, perdent leur énergie et leur sommeil ; d’autres, tout au contraire, semblent appeler de leurs vœux ce repos, en rajoutent dans d’énormes siestes, et se mettent à voler le jour de la compétition. Question de tempérament (et de distance nagée). Jonty Skinner gagna près de quatre secondes sur 100 mètres dans le mois qui précéda son record du monde du 100 à 49s44 (1976)…

Après avoir soupesé plus d’une option au cours de conversations, retour de Budapest, avec l’entraîneur national Jacco Verhaeren, Larkin s’en alla rejoindre au collège St Peters Lutheran un ancien assistant de Bohl, Dean Boxall, dont la réputation monte très vite en Australie, vu qu’il entraîne Ariarne Titmus, Jack Cartwright et Clayde Lewis. Boxall, 37 ans, a été élu « coach des jeunes » australien de l’année 2017 A ce moment, Bohl quitta St Peters pour Griffith, à Gold Coast, et Boxall se retrouva head coach.

Sa victoire d’aujourd’hui n’éclaire guère au sujet de Larkin. Son temps de 1’56s60 est pratiquement le même que celui de l’année passée (1’56s66). Il faudra attendre les résultats des Jeux du Commonwealth, en avril, pour savoir s’il a rétabli la situation. Espérons que son nouveau rémouleur sache l’affuter et lui rende son tranchant.

À LA POURSUITE D’EMMA MCKEON, MADELINE GROVES CHERCHE FORME OLYMPIQUE DÉSESPÉRÉMENT

100 papillon : Emma McKeon reste la patronne, tandis que Madeline Groves, la vice-championne olympique du 200 de Rio, après avoir mis, semble-t-il, la pédale douce et nagé, un peu étudié, s’être amusée, aux USA, mais aussi être tombée malade (endométriose, comme Emily Seebohm) et avoir été ratée par un contrôle anti-dopage, – erreur que les contrôleurs s’empressèrent de mettre à son compte, alors qu’elle put faire la preuve que c’était eux qui n’avaient pas bien fait leur boulot – revient. Mais un étage plus bas.

Emma McKeon l’emporte mais un temps éloigné d’une seconde de son record d’Australie. L’an passé, elle avait nagé 56s81 en séries pour ensuite contrôler la finale en 58s11. Ici, elle exécute le même schéma, emmène Groves et Throssel, se détache peu à peu après le virage, termine en 57s13. Throssel la talonne, en 57s42. Groves, larguée en fin de course, 58s45, devance une gamine de 15 ans, Michaela Ryan, de St Peters, issue du néant (elle en était à 1’0s51 en décembre) et qui nage 58s96.

Sur 200 dos dames, Emily Seebohm, bien sûr, affronte ses habituelles Némésis : Hayley Baker et la benjamine de la course Kaylee McKeown, 16 ans. La patronne trébuche, McKeown passe, de rien mais elle passe, 2’8s23 contre 2’8s24. Baker est tout près, 2’8s66 !

Sur 200 4 nages messieurs, Clyde Lewis, 20 ans, lui, reste très seul. Champion du monde junior en 2015, il n’a pas encore totalement effectué sa mutation en nageur adulte. Mais c’est un bon dossiste et crawleur également. Il nage pour Saint Peters (Indooroopily, Brisbane), et l’entraîneur Michael Bohl. En 2017, après une série prometteuse, aux mondiaux, et un temps de 1’58s06, 6e, contraint de viser plus haut, il implose en demi, se retrouve avec 1’59s90, 15e au classement. Et 21e du 400 quatre. Le voici champion d’Australie avec1’58s36, devant… Mitch Larkin, qu’il se permet le luxe de larguer dans le parcours de dos, effectué en 29s25 contre 30s54 pour le champion du monde 2015 ! Lewis s’impose dans la première moitié, papillon-dos, et ne sera pas rejoint.

Sur 200 4 nages dames, on n’a pas remplacé Stephanie Rice, ni même Alicia Coutts; Blair Evans, 26 ans, 2’12s81, et Taylor McKeown, 22 ans, 2’13s55, ne paraissent pas devoir rappeler les neiges d’antan.

50 brasse dames : Leiston Pickett, c’est pas de la piquette ? Gagnante de deux Commonwealth Games sur 50 brasse,  en 2010 à Dehli et en 2014 à Glasgow. Nageuse à plein temps et réceptionniste à mi-temps, 30s60 en finale. Bof !

50 brasse messieurs : records de lenteur pour Jake Packard, 27s33, et Jameson McKechnie, 27s35.

100 papillon messieurs : Irvin Grant est le seul nageur australien de stature mondiale avec ses 51s, mais à 26 ans, il assure sans pouvoir projeter beaucoup plus haut… Des jeunes essaient de secouer le cocotier, McCarthy, Benehoutsos, Temple, Cough, voire Brown, donc du renouvellement mais pas encore mûr.

MEETING TYR AUX USA : SARAH SJOESTROEM ET JACK CONGER, PAPILLON HAUT

AVEC RESPECTIVEMENT 56s62 ET 51s00, LA SUÉDOISE ET L’AMERICAIN SE DISTINGUENT.  ANDREW WILSON AU 200 BRASSE ET JIANJIAHE WANG, 15 ANS, AU 800 DAMES BRILLENT ÉGALEMENT.

Éric LAHMY

Vendredi 2 Mars 2018

Pendant qu’en petit bassin de 25 yards, les équipes universitaires masculines des PAC-12 s’affrontent à Federal Way, près de Portland, dans l’état de Washington, les pros ou supposés tels se rencontrent sous l’égide de Tyr à Atlanta, en Georgie. De bonnes performances ont été enregistrées, notamment par Jack Conger, qui bat son record personnel sur 100 papillon et devient avec son temps de 51s le 2e Américain en activité sur la distance derrière Caeleb Dressel, 49s86. Nathan Adrian a emporté sa énième course de suite sur 100, ne trouvant personne à son niveau. Mais il convient de noter que Conger, dûment qualifié le matin avec un étincelant 48s80, a préférer se préserver pour la course de papillon.

Andrew Wilson a gagné un 200 brasse de haut valeur en 2’8s93 après avoir réalisé 2’9s52 en série.

Sarah Sjoestroem tentait un coup double sur 100 papillon et 100 libre, et si elle écrasait la première finale où Kelsi Dahlia-Worrell finissait 2e, elle était reprise à l’arrivée du libre par Taylor Ruck, sans doute fatiguée de sa journée, les deux finales se jouant en moins d’une demi-heure…

La plus grosse performance féminine était peut-être, à égalité avec Sjostroem, signée par la Chinoise Jianjiahe Wang, 15 ans, 8’18s09 au 800 mètres

MESSIEURS.- 100 libre : 1. Nathan Adrian, California, 48s58 ; 2. Vladimir Morozov, Trojans, Russie, 49s21; 3. Youri Kisil, Thunderbirds, 49s22. En série, Jack Conger, Nation’s Capital, 48s80.

800 libre : 1. Zane Grothe, Mission Vievo, 7’53s88; 2. Andrew Abruzzo, Plymouth, 7’54s51.

200 brasse : 1. Andrew Wilson, Longhorn, 2’8s93 (en séries, 2’8s52) ; 2. Will Licon, Longhorn, 2’9s47; 3. Josh Prenot, California, 2’10s43 (en série, 2’10s21); 4. Chase Kalisz, UGA, 2’11s06; 5. Nick Fink, UGA, 2’11s53.

100 papillon : 1. Jack Conger, Nation’s Capital, 51s00 ; 2. Marius Kusch, 52s22; 3. Tripp Cooper, Longhorns, 52s40; 4. Michael Andrew, Race Pace, 52s57.

DAMES.- 100 libre : 1. Taylor Ruck, Ontario, Canada, 53s37; 2. Sarah Sjoestroem, Suède, 53s43; 3. Mallory Comerford, 54s06; 4. Margo Geer, Mission Viejo, 54s20 (en série, 54s14); 5. Federica Pellegrini, Italie, 54s26; 6. Lia Neal, 54s53. Finale B: Penny Oleksiak, Toronto, Canada, 54s98.

800 libre : 1. Jianjiahe Wang, Chine, 8’18s09; 2. Ashley Twichell, Titans, 8’29s35

200 brasse : 1. Kierra Smith, Victoria, Canada, 2’24s04 ; 2. Julia Efimova, Russie, 2’24s42; 3. Madisyn Cox, Longhorn, 2’25s10; 4. Jinglin Shi, Chine, 2’25s11.

100 papillon ; Sarah Sjoestroem, Suède, 56s62 ; 2. Kelsi Dhalia-Worrell, Cardinal, 57s48; 3. Penny Oleksiak, Toronto, Canada, 58s36; 4. Rebecca Smith, Ontario, Canada, 58s50.

AUSTRALIE : CATE CAMPBELL MAIS AUSSI HORTON, MCLOUGHLIN, TITMUS ET CHALMERS, ON PREND LES MÊMES ET QUELQUES JEUNES ET ON RECOMMENCE

Éric LAHMY

Jeudi 1er mars 2018

Dans cette deuxième journée des championnats d’Australie sélectifs pour les Jeux du Commonwealth qui se tiennent au Centre Aquatique de Gold Coast (ex-Southport Pool), appelé aussi Optus Aquatic Centre, dont le bassin recevra les courses de natation des Jeux, on attendait certaines courses particulièrement intéressantes, et on n’a pas été déçu.

Les 400 mètres étaient très attendus. L’Australie s’est de mémoire d’homme bien comportée sur les longues distances, et, si elle ne domine plus comme il fut un temps, elle reste très attachée à cette tradition d’excellence.

Dans la course masculine, c’est bien le favori qui a gagné. Mack Horton, champion olympique de Rio (devant Sun Yang) et vice-champion du monde de Budapest (derrière Sun Yang) s’est en effet imposé, mais on ne peut dire qu’il a survolé la course. Disons qu’il l’a dominée en rase-mottes. 5e au premier virage, 4e aux 100 mètres, à la lutte pour la 3e place avec le jeune espoir Elijah Winnington à mi-course, il était encore, à l’ultime culbute, un mètre derrière Jack McLoughlin, qu’il réussit finalement à dépasser de justesse à l’issue d’un sprint féroce. Le podium 2018 était le même que celui de l’année précédente, si ce n’est que McLoughlin et David McKeon intervertissaient leurs places et que Horton s’était montré plus rapide en 2017 (3’44s18).

Les passages des deux premiers trahissent l’âpreté de la course. Pour Horton, 55s16, 1’52s90, 2’49s85, 3’45s41, soit 55s16, 57s74, 56s95, 55s56, et un effort en negative split avec une forte accélération finale. Pour McLoughlin, 54s45, 1’51s06, 2’48s55 et 3’45s80, soit 54s45, 56s61, 57s49 et 57s25, course déséquilibrée, peut-être trop ambitieuse? Mais bien souvent cette stratégie de courage a donné la victoire.

McLoughlin, gabarit léger (1,83m, 75kg) coaché par Vince Raleigh à Chandler, a remporté également des championnats australiens sur 5 kilomètres et un bel exemple de nageur fanatique, qui, raconte-t-on, dort avec un métronome qui lui donne, tic tac, le tempo de ses courses, ce qui, prétend-il, le travaille au niveau inconscient. Allons bon! C’est un spécialiste des 1500 mètres, et il pourrait inquiéter encore Horton sur cette distance.

Une petite déception avec Elijah Winnington, un jeune (17 ans) nageur de distances moyennes, entraîné par Richard Scarce au Bond University Swimming Club, que hantent Cameron McEvoy, Alexander Graham et Madison Wilson). Médaillé de bronze des championnats du monde juniors à Indianapolis, avec un temps de 1’46s81, il avait battu, le mois dernier, aux championnats des Nouvelles Galles du Sud, Cameron McEvoy sur 200 mètres (1’48s59) et Mackenzie Horton sur 400 mètres (3’49s96).

La veille du 400, Elijah a terminé 4e du 200 en 1’47s28, et raté de seize centièmes une place dans la course individuelle, son équipier de Bond, Alexander Graham nageant 1’47s13, mais il est entré dans le relais australien… L’an dernier, à seize ans, il n’était que le 13e des championnats en 1’50s40 (1’50s12 en séries). Sur 400, l’an passé, sur cette distance, il avait fini 6e en 3’54s65. Ici, après deux cents mètres de course où il tenta de se mêler à la bagarre des vieux pros qui lui étaient opposés, il a fini comme il a pu. Le voilà rendu à la 4e place avec un temps de 3’50s tout juste. Donc déception d’un côté, mais de l’autre gros progrès.

 CATE REPREND SA QUÊTE: L’AÎNÉE DES CAMPBELL LIBRE COMME UN PAPILLON

Cate Campbell a établi en séries un nouveau record national du 50 papillon dames, avec 25s47 (ancien Marieke Guehrer, 25s48 en 2009), avant de se qualifier haut la main (53s22) dans le 100 devant sa jeune sœur Bronte (53s98), Emma McKeon (54s33) et Emily Seebohm (54s45). Le soir, elle a commencé par empocher le titre du 50 papillon en 25s51, devant la vieille (30 ans) Holly Barratt, 25s94, Madeline Groves, 26s35 et Emily Seebohm qui, n’ayant aucune course en dos cette journée, nageait 26s63 avant de s’aligner au 100 crawl.

Cette seconde épreuve revenait comme la première à Cate, dans un très bon temps, 52s37, ce qui est assez près de son record personnel, 52s06, et pas si éloigné de l’intimidante marque mondiale de Sarah Sjöström, 51s71. Personne ne put la suivre dès le départ, et Campbell, malgré un temps de réaction le plus lent de la finale (en raison de son gabarit, cela parait normal), sans pour autant avoir l’air de se presser, virait nettement en tête (et en 25s40) devant Emma McKeon, 25s79, qui tentait de la suivre, et Shayna Jack, 25s90, à la lutte avec Bronte Campbell, 25s94.

Au retour, on ne vit plus que des Campbell. Cate touchait, donc, détachée, en 52s37, Bronte en 52s96. Troisième, McKeon, en 53s49, était clairement devancée par les « sisters », mais précédait tout aussi nettement Briana Throssel, 54s19, Shayna Jack, 54s20, Brittany Elmslie, 54s43 et Emily Seebohm, 54s69…

Le 50 papillon messieurs revenait à Cameron Jones, 23s74, devant William Yang, 23s86 et David Morgan, 23s94. Jake Packard et Georgia Bohl gagnaient les 100 brasse en 59s74 et 1’7s22.

QUAND LA NOUVELLE LUNE EFFACE LA VIEILLE: ARIARNE TITMUS DOMINE L’ÉPATANTE JESSICA ASHWOOD ET BAT LE RECORD AUSTRALIEN DU 400

Sur 400 mètres, Ariarne Titmus, 17 ans, a gagné le 400 mètres et amélioré son record d’Australie d’une demi-seconde exactement, en 4’2s36. Dès les séries, elle gagne la guerre des générations, en face de Jessica Ashwood, 24 ans. A peine sortie de l’eau avec le meilleur temps, 4’8s35 contre 4’10s22 à Ashwood, Ariarne explique qu’elle s’est réservée pour la finale.

Là, elle part sans trop s’inquiéter des autres. Après 100 mètres prestement enlevés en 57s57, elle s’installe dans son rythme, entre 30s5 et 31s5 par longueur. A l’arrivée, cela donne un train assez déséquilibré, avec deux moitiés de course en 1’58s72 et 2’4s64 et un probable coup de barre entre 200 et 300. Mais une jolie performance, puisqu’Ariarne nage ici deux secondes plus vite qu’à Budapest oiù elle avait fini 4e en 4’4s26.

2e en 4’7s73, Ashwood est un cas clinique, car elle est fortement scoliotique (1). Plus jeune, elle a refusé une opération pour rectifier l’anomalie. Cette colonne vertébrale en S prononcé lui interdit parfois de courir, ou encore d’effectuer un travail au sol comme des mouvements culturistes (musculation) ; mais elle ne l’a pas empêchée de devenir une des meilleures demi-fondeuses du monde. Il lui a fallu s’adapter, ayant quelque peine au départ à nager droit ! Elle a pour cela développé une technique un peu particulière destinée à compenser la disparité de forces entre les appuis du bras gauche et du bras droit et une position forcément hétérodoxe dans l’eau.

Ashwood, native de Sydney mais qui s’entraîne à Chandler, faubourg de Brisbane, avec les sœurs Campbell, doit se rendre, deux fois par semaine, chez le kinésithérapeute afin de réaligner cette colonne récalcitrante. Cette courageuse, qui a détenu les records australiens du 400 et du 800 et qui a étudié la criminologie et la justice criminelle, est une nageuse et une personne exemplaire…

Elle a nagé aux Jeux de Londres et de Rio, été médaillée olympique dans le relais 4 fois 200m (où elle a nagé en séries), a tenu le flambeau du demi-fond australien à Kazan, aux mondiaux 2015, finissant 3e du 400, 4e du 800, 5e du 1500…, et 6e avec le relais quatre fois 200m. Finaliste sur 400 et 800 aux Jeux de Rio, elle n’a pas nagé en 2017, après avoir dû s’absenter aux mondiaux petit bassin, victime d’un virus. Devancée désormais sans appel par Titmus, elle reste un modèle de courage et d’amour de son sport.

Toujours en séries du 400, une très jeune Lani Pallister est d’abord une étonnante surfeuse. A deux reprises, à quatorze et à quinze ans, Lani a tout raflé et enlevé six victoires aux Australian Surf Life Saving dans sa catégorie d’âge : ironwoman, nage, nage par équipe, sauvetage à la planche, relais planches et « cameron event » (relais à quatre avec un surfeur, un nageur et deux coureurs). Lani est bien née ; c’est la fille d’une championne australienne, Janelle Elford (finaliste sur 400 et 800 mètres aux Jeux de Séoul, en 1988, recyclée hôtesse de l’air), et d’un crack de la nage sur vagues, Rick Pallister. Son frère Owen est aussi un surfeur précoce et confirmé. Lani est coachée moitié par sa mère et moitié au centre de haute performance australien par Chris Mooney. La seule menace réelle concernant sa carrière de nageuse vient du fait qu’elle n’a pas encore décidé de choisir entre nager ou surfer… Comme ici elle a été nettement dominée…

En séries du 100, chez les femmes, Cate Campbell a montré qu’elle avait une classe à part, mais côté messieurs, Kyle Chalmers a « frôlé la correctionnelle », septième temps ex-aequo, 49s17. A 49s22 ; il ne serait pas passé !

En finale, il a été le plus rapide, depuis sa ligne extérieure. Quatre hommes viraient dans le même souffle, James Roberts23s18, Chalmers, 23s21, Cameron McEvoy, 23s26 et James Magnussen, 23s27. Puis Chalmers faisait la différence, touchait en 48s16, nettement devant Jack Cartwright, 48s60 et McEvoy, 48s62. L’un des intérêts de cette finale est d’avoir promu les deux benjamins de 19 ans, qui ont devancé des nageurs de 23 ans (McEvoy) et 26 ans (Magnussen en Roberts).

(1). Le plus fameux athlète scoliotique du monde est sans doute Usain Bolt, le multi-champion et recordman du monde du 100 mètres plat. Il a expliqué que cela ne le dérangeait pas, à condition de « rigidifier » son dos pendant la course.

AUSTRALIE : 200 MÈTRES EN VEDETTE : ARIARNA TITMUS DEVANCE EMMA MCKEON, ET KYLE CHALMERS BOUSCULE MACK HORTON

Éric LAHMY

Mercredi 28 Février 2018

Deux deuxièmes places, entre le 200 libre et le 200 papillon, voilà ce qu’a fait Emma McKeon lors de cette première journée de sélections australiennes pour les Jeux du Commonwealth. Il est possible qu’Emma n’ait jamais cherché la gagne à tout prix, vu que les sélections ne donnent pas lieu à l’attribution d’un titre et n’exigent que de finir dans les trois premières pour se qualifier en individuelle, quatrième ou cinquième pour entrer dans les relais. Mais il serait étonnant que ce beau tempérament de battante se soit laissé devancer.

C’était un pari difficile pour McKeon. Il lui fallait nager à quatre reprises, dont deux fois, le matin, à distance proche de sa meilleure valeur, et deux fois l’après-midi, à fond les manettes. D’autant plus rude que le parcours de quatre longueurs en papillon risquait de s’avérer douloureux. En 2017, elle avait gagné les championnats australiens, avec 2’7s37, un temps assez quelconque, mais elle n’avait pas tenté sa chance aux mondiaux.  Le matin, McKeon n’y est pas allée de main morte. En libre, malgré un parcours plus qu’honorable, elle devait céder à deux reprises face à la révélation de la saison passée, la Tasmanienne Ariarne Titmus, qui signait un 1’56s58 en séries, un 1’55s76 en finale. Emma McKeon, toute recordwoman d’Australie et du Commonwealth de la distance avec 1’54s83 et médaillée de bronze mondiale à Budapest l’été dernier, avait trouvé plus forte qu’elle.

Titmus marque aujourd’hui un gros progrès. L’an passé, aux championnats d’Australie, qui s’étaient tenus en avril, elle s’était qualifiée pour les mondiaux avec un temps de 1’58s11, et, à Budapest, pour le sommet de la saison, elle avait nagé ses 200 mètres, lancée dans le relais en 1’56s61 et au start dans la course individuelle en 1’58s79 (17e temps). Le 200 mètres n’était d’ailleurs pas sa meilleure distance : en 2017, elle avait gagné en avril le 400 des sélections avec 4’4s82 et, seize semaines plus tard, à Budapest, réussi aux mondiaux deux fois 4’4s26, temps qui lui avait donné le 3e temps des séries, et le 4e des finales.

Si elle reportait sur 400 ses progrès du 200, Ariane devrait nager autour de 4’2s voire même assez près des 4’ justes. Certes les choses ne procèdent pas toujours d’une arithmétique aussi simple, mais rappelons que le 12 novembre 2017, l’Ariarne en question s’est emparée du record « aussie » de la distance avec 4’2s86…

MITCHELL LARKIN TOUJOURS EN DOS MAJEUR

Pour en revenir à McKeon, elle est tombée sur 200 papillon comme sur 200 libre sur une autre jeune, Laura Taylor, 18 ans, qui a gagné de façon confortable, en 2’6s80, après un fort retour, nageant respectivement ses deux moitiés de course en 1’0s74 et 1’6s06. Cela vous semble une faible égalité d’allure ? Certes, mais McKeon nageait, elle, respectivement en 1’0s43 et 1’7s57. Elle devançait d’un doigt Brianna Throssel, 2’8s11. Madeline Groves, la médaillée olympique de Rio, finissait loin, en cinquième position.

Taylor n’est pas une révélation au sens absolu. D’abord une nageuse de longues distances, elle se sentait barrée et estimait pouvoir trouver une niche en dauphin. L’an passé, elle était 3e des sélections australiennes derrière McKeon et Throssel.

Depuis, McKeon avait battu Taylor aux championnats du Queensland en décembre dernier, mais la cadette avait pris sa revanche au championnat des Nouvelles-Galles-du-Sud. La voici encore devant.

Le 200 mètres messieurs revenait à Kyle Chalmers. Le champion olympique du 100 mètres partait vite, au coude à coude avec les sprinteurs, menait légèrement au dernier virage et résistait à un fort retour de Mackenzie Horton, 1’46s49 contre 1’46s76… L’an passé, aux championnats australiens, c’était Horton, 1’46s83, qui avait devancé Chalmers, 1’46s87. Autre fait notable, la 8e et dernière place de Cameron McEvoy.

Sur 100 mètres dos, Mitchell Larkin restait aussi dominateur que ces dernières années. On ne peut pas dire qu’il ait trouvé un adversaire à sa mesure aux antipodes. Il en va de même d’Emily Seebohm, laquelle a pourtant été assez menacée les saisons passées, et qui a enlevé la distance en 59s15 (58s90 en séries), seule Hayley Baker l’accompagnant sous la minute. En brasse, il est possible que le pays continent ait trouvé enfin celui qui remplacera Christian Sprenger, le médaillé olympique de Londres. A 19 ans, Matthew Wilson n’a qu’un seul défaut, il est assez isolé ; mais il a nagé en 2’8s31 sur 200. Il détient les records cadets d’Australie et dès 2015, Tom O’Keefe, de Swim Swam, l’avait annoncé comme étant la réponse de l’Australie sur 200 mètres brasse. La course féminine est revenue à Taylor McKeown.

AUSTRALIE: ARIARNE TITMUS, 1’55s76 AU 200 METRES, DEVANCE EMMA MCKEON

AVEC CE TEMPS, ARIARNE TITMUS AURAIT ATTEINT LA 5e PLACE DES MONDIAUX DE BUDAPEST, OU MCKEON, 3e, AVAIT NAGE 1’55s18. MCKEON A PEUT-ÊTRE ASSURE LA PLACE EN RAISON DE SES AMBITIONS SUR 200 PAPILLON, UNE HEURE PLUS TARD…

En nageant un très solide 1’55s76 aux qualifications australiennes pour les Jeux du Commonwealth, qui se déroulent à Gold Coast, Ariarne Titmus, 17 ans, s’est qualifiée brillamment, et a devancé une expérimentée routière, Emma Mc Keon. Menée de peu aux 50 mètres, Ariarne a attaqué et s’est détachée peu après le virage de la mi-course pour l’emporter nettement. Les passages des deux nageuses, Titmus, 27s45, 56s86 (29s41), 1’26s50 (29s64, pour 1’55s76 (29s26) ; McKeon, 27s11, 56s95 (29s84), 1’27s16 (30s21), pour 1’56s57 (29s41).

Troisième, Leah Neale, 1’57s68; quatrième, Mikka Sheridan, 1’57s96. A noter que Cate Campbell, le matin, avait réalisé le 9e temps des séries et ne s’était donc pas qualifiée pour la finale.

A GOLD COAST, LES AUSTRALIENS SE QUALIFIENT POUR LES JEUX DU COMMONWEALTH 

Eric LAHMY

Mercredi 28 Février 2018

A quelques semaines des Jeux du Commonwealth, l’élite de la natation australienne est réunie aux Hancock Prospecting Australian Swimming Trials de Gold Coast afin de se qualifier pour l’événement du sommet de la saison.  Sommet d’autant plus sommital que les Jeux, cette année, auxquels les nageurs des nations concernées prêtent plus d’importance qu’aux championnats du monde (!), se dérouleront en Australie et qu’il importe pour des tas de raisons de reluire à domicile.

Si la plupart des media insistent beaucoup sur les mérites de Cate Campbell, la diva locale, et sur ses capacités supposées de casser la baraque, The Courier Mail, quotidien de Brisbane et du Queensland, avait proposé à ses lecteurs « cinq nageurs à suivre » et placé dans l’ordre Emma McKeon, Kyle Chalmers, Ariarne Titmus, Mackenzie Horton et Emily Seebohm, et donné des explications de son choix. Emma McKeon est, à 23 ans, la nageuse ayant connu le plus de réussite de ces deux dernières années, ayant remporté dix médailles aux championnats du monde et quatre aux Jeux olympiques de Rio. Certes, je dirais quant à moi qu’elle n’a jamais GAGNÉ une grande course ni battu un grand record, mais elle est certainement très présente au niveau le plus élevé. Elle est de ce type de nageuses qui ne déçoivent pas.

A Gold Coast, Emma se proposait, aujourd’hui (28 février), un beau défi : deux de ses courses, le 200 crawl et le 200 papillon, se présentent dans la même journée du programme, à une distance d’1h30 pour les séries, et d’autour d’une heure pour les finales. Engagée dans les deux épreuves, Emma, avec son coach, attendait la dernière minute pour savoir si elle nagerait la seconde. Le 200 papillon représente un ajout récent à la panoplie de Mc Keon, qui disputait jusqu’ici 100 papillon et 200m libre, et avait ajouté l’an passé des prétentions sur 100 libre. Le 200 papillon australien, c’était ces dernières années et jusqu’aux Jeux olympiques de Rio, Madeline Groves, laquelle n’avait, au Brésil, manqué le titre olympique (enlevé par l’espagnole Mireia Belmonte) que de quelques centièmes de secondes… Mais Madeline Groves, qui s’entraîne avec McKeon, est du genre à la fois hyper-solide et assez inconstante, alors qu’Emma représente la régularité même de la fille très organisée doublée d’une forte compétitrice… L’idée qui sous-tendait cet ajout d’une distance particulièrement fatigante et difficile à nager, à son registre, serait, nous dit-on, d’égaler un record de médailles gagnées aux Jeux du Commonwealth, six, codétenu par Susan O’Neil et Ian Thorpe…

Bref, elle a au moins à moitié réussi son pari, Mc Keon, puisqu’elle s’est qualifiée avec 1’57s90, le 2e temps, au 200 libre, puis, quatre-vingt-dix minutes plus tard, avec 2’8s50, meilleur chrono des séries sur 200 papillon. Forte de ces données chronométriques, il faudrait une défaillance ou un malaise à l’issue d’un 200 libre qui parait âpre pour l’empêcher de tenter le doublé en finales…

The Courier Mail proposait ensuite comme deuxième nom à suivre Kyle Chalmers, le jeune homme qui a surpris tout le monde en devenant à 17 ans champion olympique du 100 mètres à Rio. Depuis, Chalmers a connu des ennuis avec son cœur, ennuis qui ont exigé une opération, et il n’a pas pu défendre son prestige aux championnats du monde de Budapest, l’été dernier. L’enjeu pour ce surpuissant garçon, n’est pas mince. Le 100 libre est l’épreuve masculine où se concentrent les meilleurs talents de la natation australienne. Au cours de la première matinée des sélections australiennes, Kyle s’est qualifié avec le troisième temps du 200 mètres, 1’47s41. Il devrait gagner en finale sa place dans le relais quatre fois 200 et ses chances de se qualifier dans la course individuelle sont loin d’être négligeables. Le 100, sa course fanion, en revanche, se dispute demain…

The Courier Mail présente ensuite son troisième nageur à suivre, et c’est une nageuse, Ariarne Titmus. Cette blondinette de dix-sept ans représente une espèce rare, la grande nageuse de Tasmanie, une île état isolée à l’extrême sud du pays continent dont elle est séparée par le détroit de Bass. Faiblement peuplée, la Tasmanie n’avait jamais produit de nageurs jusqu’ici ; déjà affublée d’un surnom, Terminator (je ne sais trop pourquoi, peut-être une référence un peu facile à Taz, le Diable de Tasmanie des cartoons hollywoodiens, peut-être parce qu’elle avait « terminé » l’an dernier le relais quatre fois 200m des mondiaux ???), Titmus a fait son entrée à l’international en 2017, et fini 4e sur 400 mètres, et 9e sur 200 mètres aux mondiaux de Budapest où elle a atteint un podium dans le relais quatre fois 200 mètres, avec les deux Emma, Wilson et McKeon, et Kotuku Ngawati. Bien vu, Courier Mail : Ariarne Titmus à dominé les séries du 200 et devancé McKeon avec un temps de 1’56s58…

Mackenzie Horton, à 21 ans, vient ensuite dans la liste. A 21 ans, Horton présente déjà un palmarès de briscard. Champion olympique du 400 à Rio, il a cependant déçu dans la mesure où l’Australie espérait le voir reprendre la couronne mondiale de la course mythique dont les derniers exposants majeurs pour l’Australie ont été Kieren Perkins et Grant Hackett.

Enfin, Courier Mail met en avant Emily Seebohm, la double championne du monde 2015 (100 et 200 dos). A 25 ans, Seebohm n’est plus une jeune nageuse, mais après avoir souffert d’une maladie, l’endométriose, elle a réussi à revenir suffisamment pour enlever le 200 dos des mondiaux de Budapest au nez et oserai-je dire à la barbe de Katinka Hosszu, et terminer 3e du 100 dos…

Cent fois menacée, depuis deux ans, dans sa suprématie aux antipodes (le 100 dos féminin est aujourd’hui après les 100 libre messieurs et dames la course forte des Australiennes), elle continue de tenir le cap.

Ce matin, Emma a archi-dominé les séries du 100 dos, nageant en 58s90 (plus vite que son 58s95 lors des séries des mondiaux de Budapest) et laissé très loin Hayley Baker (à ne pas confondre avec l’Américaine Kathleen Baker, son adversaire des mondiaux) qui n’a pu nager plus vite que 1’0s26, tandis que les jeunes qui lui causèrent quelques misères dans un passé proche, Kaylee McKeown, 16 ans, 1’0s70, et Minna Atherton, 1’1s08, paraissaient dépassées…

Quoi d’autre ? D’avoir suivi le programme de Courier Mail m’a permis de faire l’impasse sur Mitchell Larkin, Cate et Bronte Campbell, Madeline Groves et quelques autres. Mais on pourra, je le sens, revenir dessus.

QUAND IL Y A DE L’ABUS A PARLER D’ABUS

Éric LAHMY

Lundi 26 Février 2018 

Ça y est, c’est lancé, il parait que la natation américaine va essuyer un scandale équivalent à celui qui a sali la gymnastique des cinquante Etats. USA Swimming aurait ignoré ou couvert des centaines de cas d’abus sexuels. Pour l’instant, disons le, l’info du mois n’est que le témoignage direct, d’une bonne nageuse, championne du monde du 200 mètres quatre nages à Rome en 2009 (avec deux records mondiaux, un en demi-finale, l’autre en finale),  Ariana Kukors.

A son cas s’ajoute une enquête journalistique…

Ma source d’information est une récente livraison d’Huffington Post, dont la journaliste, Alanna Vagianos, se contente en fait de reprendre l’enquête menée pour le compte de la Southern California News Group (SCNG) et publiée vendredi dernier par l’Orange County Register.

A en croire l’investigation de ces distingués confrères, USA Swimming aurait, au cours des décennies passées, laissé sans suite des centaines de cas d’abus sexuels.

Après le scandale Nassar [ce docteur de l’équipe et pédophile qui profitait de son statut de médecin fédéral de la gymnastique pour « séduire » (appelons ça comme ça) un certain nombre de petites gymnastes], on pouvait se demander ce qu’il en était de la natation, autre sport qui implique une pratique très précoce…

Dans le cas de la gymnastique, les dirigeants auraient tenté, mauvais réflexe, de « sauvegarder » l’image de leur sport, ce qui était revenu à protéger celui qui avait abusé ces toutes jeunes athlètes. On n’est pas souvent gagnant, au final, lorsque le scandale éclabousse, quand on utilise ce genre de stratégies, même si cela permet de gagner du temps et parfois même d’éviter l’orage…

Citant des documents juridiques et des communications internes, les confrères du SCNG affirment donc qu’USA Swimming (l’équivalent de notre fédération), a, selon la formulation de Vagianos, « laissé la voie libre de centaines de prédateurs, coaches pour la plupart, et permis une culture de la maltraitance dans laquelle des coaches plus âgés pouvaient entretenir des relations sexuelles avec des athlètes mineures. L’article se concentre sur Chuck Wielgus, l’ancien directeur exécutif d’USA Swimming, qui disparut en avril des suites d’un cancer du colon. »

Dans les conclusion de l’Orange County Register, « la F. de natation des USA a manqué de façon répétée les opportunités qui lui étaient données de refondre une culture dans laquelle l’abus sexuel de nageuses mineures par leurs coaches ou par d’autres personnes en position de pouvoir à l’intérieur de leur ressort était un fait banalement commun voire accepté par les dirigeants et les entraîneurs en place, selon les documents issus d’entretiens avec les personnes abusées, anciens olympiens, dirigeants d’USA Swimming, défenseurs d’un sport sans danger et de quelques membres bienfaiteurs d’USA Swimming. »

USA Swimming n’a pas daigné répondre aux demandes d’entretiens de la SCNG ou d’Huffington Post. Selon un ancien membre du Comité directeur de l’institution, Mike Saltzstein, l’attitude d’USA Swimming était d’arranger le coup et de cacher les faits, et sa stratégie de sauvegarder son image à tout prix. Après avoir plongé dans des milliers de mémos, de courriels, de décisions judiciaires, d’entretiens concernant l’application de la loi, de rapports de réunions, les reporters en ont déduit que l’organisation n’avait aucun désir de prendre à rebrousse-poil sa « base de pouvoir », essentiellement les coaches, et s’était montrée obsédée avant tout par la protection de son image et sa marque.

Les conclusions de leur article, assez sévères, se résument en trois points :

  1. Pendant des années, les dirigeants, officiels et entraîneurs savaient que de nombreux prédateurs sexuels se trouvaient dans des positions d’entraîneurs, et n’avaient pas sévi.
  2. Depuis 1997, plus de 590 victimes d’abus sexuels avaient été identifiées dans la natation US. Au moins 252 coaches avaient été arrêtés, accusés ou disciplinés par USA Swimming pour agression ou inconduite sexuelle contre des athlètes de moins de dix-huit ans. Pendant quatre des six dernières années, plus de vingt coaches ont été arrêtés, accusés ou convaincus de délits sexuels divers, viols, agression sexuelle sur enfants de trois et huit ans, détournement de mineur, pornographie enfantine et pédophile ou vidéos volées de jeunes nageurs-nageuses dans leurs vestiaires. Tout un programme.
  3. Au moins trente coaches où officiels, signalés à USA Swimming après avoir été accusés ou arrêtés pour agression sexuelle ou pornographie infantile par l’application de la loi, une fois convaincus d’avoir fauté ont pu continuer à travailler dans la natation. Certains dirigeants également condamnés ne furent pas plus écartés du sport.

Entre 2006 et 2016, USA Swimming aurait dépensé 7.450.000 dollars en frais légaux. Sans trop savoir quelle part de cet argent a été dépensé pour stopper des actions en justice liées à des agressions sexuelles, la SCNG relève que la fédération « a arrangé des accords dans au moins trois états avec des victimes d’agressions sexuelles supposées par des coaches de natation avant que ces affaires n’arrivent en justice. »

590 CAS D’ABUS, C’EST 590 CAS DE TROP, CERTES, MAIS CELA REPRÉSENTE UN RATIO DE 0,3/1000, SOIT UN INCIDENT POUR 3300 NAGEURS. JE NE SAIS DÈS LORS SI L’ON PEUT PARLER DE « CULTURE DE L’ABUS SEXUEL ».

La fédération aurait payé 75.000$ à des lobbys chargés d’empêcher l’adoption d’un projet de loi californien censé faciliter les actions en justice civile de victimes d’agressions sexuelles contre leurs agresseurs et les organisations qui les emploient, continuent les enquêteurs.

Si USA Swimming, comme il apparait et comme des affaires récentes l’ont peut-être démontré, ne s’est pas comportée comme l’aurait dû une institution chargée d’une mission d’éducation, il faut se dire cependant que le phénomène, qui semble prendre d’effrayantes proportions notamment avec ces 590 cas non traités d’abus sexuels, est beaucoup moins dramatique qu’il n’y parait. Dans les dix années que couvre l’enquête, USA Swimming, qui compte 400.000 nageurs, fidélise 62% des 12 ans et 90% des 13 ans. Elle accueille donc entre 25 et 30% de nouveaux membres chaque année, ce qui fait que 1.500.000 nageurs ont appartenu à l’institution.

Alors ? Alors doit-on céder à ce terrorisme statistique ? 590 cas d’abus, c’est 590 cas de trop, certes, mais cela représente un ratio de 0,3/1000, soit un incident pour 3300 nageurs. Je ne sais dès lors si l’on peut parler de « culture de l’abus sexuel ». Mes expériences de la natation américaine commencent à dater, certes, mais chaque fois que, journaliste, je tentai de communiquer avec une nageuse en déplacement, je tombais sur une cerbère fédérale qui se présenterait comme un chaperon (mais ressemblait plutôt au loup de la fable). Les filles étaient bien gardées!

Par ailleurs, quand je lis que ces entraîneurs ont été arrêtés, accusés ou convaincus et disciplinés par USA Swimming, je pense que cette institution, même si elle n’a pas bien fait son travail, n’est pas restée aussi inerte qu’il ne parait à la lecture des gros titres qui accompagnent l’article.

Le témoignage récent le plus dérangeant reste celui d’une nageuse de haut niveau, championne et recordwoman du monde, Ariana Kukors, née le 1er juin 1989. Kukors raconte que son entraîneur, Sean Hutchinson, abusa d’elle pendant presqu’une décennie.

Hutchinson aurait commencé ses approches alors qu’elle n’avait que treize ans, quand il devint son entraîneur dans un club de Seattle, le King Aquatic. « Je n’aurais jamais imaginé que je raconterais un jour mon histoire, a-t-elle expliqué. J’ai réussi à quitter un horrible monstre et construire une vie que je n’avais jamais imaginée pour moi-même. Entre-temps j’ai compris que des histoires comme la mienne étaient trop importantes pour ne pas être écrites. »

Kukors a raconté qu’Hutchinson avait attendu ses dix-huit ans avant d’avoir des relations physiques, et qu’ils cohabitèrent deux ans après, quand elle eut vingt ans. Elle décrit le coach entreprenant comme un manipulateur, jaloux, adepte des violences verbales. Hutchinson a bien sûr nié.

Le Huffington Post cite ensuite Nancy Hogshead, championne olympique du 100 mètres aux Jeux olympiques de 1984. Il est commun, relève-t-elle, que des entraîneurs épousent des nageuses qu’ils ont entraînées. Puis ajoute qu’une telle « culture est diablement problématique. »

Selon Hogshead-Makar, « quand une organisation permet des mariages, quand elle permet à une petite fille de onze ans de voir son équipière de dix-huit ans qu’elle prend comme une égale – elles vont dans les mêmes meetings, restent dans le même hôtel, s’entraînent ensemble – puis quand elle voit la nageuse plus âgée épouser son entraîneur, elle croit que c’est un véritable amour et ne reconnait pas le caractère inapproprié de la situation. »

Donald Trump, le président des Etats-Unis, a signé début février un projet de loi dont on attend qu’il protège les sportifs amateurs des abus sexuels. Les responsables, coaches, dirigeants, sont sommés de rapporter toute allégation d’abus à la police dans une période de vingt-quatre heures, et étend le statut de limitation à dix années après qu’une personne ait réalisé qu’elle a été agressée. Le texte limite aussi la possibilité d’athlètes de moins de dix-huit ans de se trouver seul(e)s avec un adulte qui n’est pas leur parent.

Si les média US sont entrés dans cette saga avec délices, j’aimerais quand même relever quelques zones d’ombre.

Tout d’abord, je trouve très sympathique Nancy Hogshead, avec qui j’ai passé une superbe soirée de cérémonie de clôture olympique en 1996, dans le stade d’Atlanta, mais sa vision des choses n’emporte guère mon adhésion !

Plus sérieusement, dans l’ensemble, il est absolument impossible de dire si toutes les histoires relèvent réellement de l’abus sexuel, de l’abus de position de la part d’un entraîneur adulte vis-à-vis d’une nageuse (en l’occurrence), jeune et donc supposée naïve victime.

LE CARACTÈRE APPROPRIÉ DE LA RELATION AMOUREUSE DE DEUX ADULTES CONSENTANTS NE CONCERNE QU’EUX-MÊMES

Les propos de Nancy Hogshead ne me paraissent pas péremptoires, dans la mesure où le caractère approprié d’un mariage entre deux adultes consentants n’intéresse ni Nancy Hogshead, ni la petite équipière de onze ans, ni la police des mœurs qu’elle semble appeler de ses vœux, en fait personne d’autre que les deux personnes concernées. Quant à évoquer un quelconque caractère d’ « exemple » du mariage d’une aînée sur la fille de onze ans, cela me parait une absurdité. Enfin, deux fiancés doivent-ils attendre l’autorisation de la Fédé avant de convoler? Comme par ailleurs une majorité des unions à notre époque se nouent sur le lieu d’activités, Nancy propose-t-elle d’aller sur des sites de rencontres ?

Il vaudrait mieux couper la télé lors des infos sur le Moyen-Orient et interdire la vente des armes lourdes aux citoyens que de développer de tels enfantillages.

La candeur d’Ariana Kukors peut difficilement être mise en doute, a priori, dans son affaire, parce que, quand une victime supposée accuse un supposé bourreau, on se trouve dans l’écoute et la commisération. Mais tout de même…

Je veux croire qu’elle souffre en revisitant son passé et sa relation… Mais on aimerait savoir si Ariana Kukors avait des parents – il parait que oui, elle avait même deux sœurs qui ont nagé en même temps qu’elle –, si sa famille s’en était détachée, l’abandonnant au club et au bon vouloir d’un jeune et « pernicieux » entraîneur ; elle-même n’avait-elle pas, de par son comportement, laissé au dit entraîneur une trop grande liberté de manœuvre ? On voudrait comprendre ce qu’elle signifie quand elle dit que le coach a commencé à la « draguer » quand elle avait treize ans, puisque, comme on le comprend bien, il n’y a pas eu, pendant les cinq années qui séparent cet âge de sa majorité, quoique ce soit de clairement répréhensible de la part de ce manipulateur.

On aimerait aussi demander si le fait que l’entraîneur ait attendu les dix-huit ans de la jeune fille pour passer à l’acte relève de l’agression sexuelle, étant entendu que cet acte ne peut constituer un détournement de mineur ; et si le fait que ces deux, Ariana et son coach, se soient mis en ménage deux ans plus tard, puisse être la résultante d’une action prédatrice d’un homme « manipulateur, jaloux et verbalement violent » ou la concrétisation d’une rencontre – même si déséquilibrée – entre deux êtres. En lisant son témoignage me revient cette phrase de Jean-Paul Sartre : « à moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde ».

KUKORS: COMMENT J’AI TOUT À COUP PERDU LE FIL D’ARIANE…

La biographie d’Ariana par Wikipedia indique en effet qu’en 2009, l’année de ses vingt ans et de son titre mondial, ayant nagé la saison précédente à l’Université de Washington, dont les programmes de natation furent interrompus par des mesures d’économie du département athlétique, Kukors alla s’installer chez Hutchinson. Toute cette année, ils vécurent en couple. Il avait 37 ans, elle 20.

On peut certes croire que Kukors a aujourd’hui l’impression d’avoir été entre les mains d’un être « éminemment puissant et manipulateur », mais peut-elle se dédouaner d’être retournée, jeune adulte de 20 ans, chez ce « monstre » qui venait d’être bombardé entraîneur en chef du club FAST ? Et, si Hutchinson dit vrai, dans sa défense, est-il plausible que non seulement elle partagea la demeure du coach, mais la sœur de la nageuse vint vivre avec le couple et ses parents leur rendirent visite ? Peut-on croire, si ces détails sont avérés, en dehors d’un maraboutage en règle, d’un envoutement des Kukors, à cette version diabolique qu’elle nous présente, dix ans après, de sa relation ?

Pour finir, j’aimerais être sûr que l’accusation d’Ariana Kukors ne constitue pas un tardif règlement de compte d’amoureuse pour châtier l’homme qui l’a séduite et peut-être abandonnée. Brutalement dit, je ne trouve pas autant de certitudes que j’aimerais dans l’histoire que raconte cette charmante personne. Au point où je me trouve, Ariane, j’ai le regret de vous dire que j’ai perdu le fil.

De la même façon, le fait qu’Hutchinson ait poursuivi une relation huit années de suite sans qu’il n’y ait (jusqu’ici) rien d’autre à lui reprocher avec d’autres nageuses, ne démontre-t-il pas de sa part une fidélité et un attachement ? Si l’Hutchinson en question s’en est tenu à poursuivre une seule et même nageuse pendant cette malheureuse décennie, je ne puis en rien l’accabler au même titre que ce dérangé d’Harvey Weinstein.

Je me demande si l’on ne nous sert pas là, nolens volens, un triste panaché de Portier de Nuit et de Lolita.

APRÈS AVOIR ACCUEILLI AVEC UNE CERTAINE SYMPATHIE CETTE TENDANCE À DIRE LES CHOSES, JE COMMENCE À M’AGACER DES EXCÈS DU MOUVEMENT ME TOO

Mais on devrait en savoir un peu plus, bientôt. Homeland, l’organisme de la sécurité intérieure des USA, s’est emparé de l’affaire… Ils cherchent chez Hutchinson des « preuves. »

Les doutes qui me viennent en lisant cette saga me conduisent à d’autres considérations. On a tous une ou plusieurs histoires à raconter dans le domaine du sexe non consenti, on peut tous avoir vécu des moments désagréables en ce domaine, on n’a peut-être pas toujours été parfait, ni glorieux, nous-mêmes, dans ce domaine. Il est très possible, aussi, que les fédérations sportives, au même titre que l’église catholique, que les campus d’université où l’on viole en moyenne une jeune fille par jour, ou n’importe quel lieu où les deux « genres » cohabitent, soient mal armés pour réagir dans des situations de ce genre, et je ne sais pas trop s’il est licite, hors certains cas limite, de se mêler de certaines affaires qui s’adressent d’une certaine façon à la liberté personnelle.

Je ne sais pas trop non plus si, après avoir accueilli avec sympathie cette tendance à afficher ses déboires née outre-Atlantique, je ne commence pas à m’agacer de ce qui me semble être des excès du mouvement ≠MeToo. La légende selon laquelle l’homme est toujours un prédateur et la femme toujours une victime ? Permettez-moi d’en douter. J’aurais tellement d’exemples inverses dans la natation, des exemples de tentatives de séduction et autres harcèlements opérés par des femmes sur des hommes (principalement), et plus spécialement par des jeunes nageuses sur leurs adultes d’entraîneurs, que je me décourage de les évoquer – d’autant qu’on ne peut citer les noms.

Je vous raconterai seulement que sachant à quelles oiselles il avait affaire, un entraîneur national prenait bien soin, quand il recevait une nageuse dont il avait la charge afin d’évoquer sa situation, d’ouvrir en grand la porte de son bureau situé au fond de la plage de la piscine.

LA DEMOISELLE ME CONVIA À L’ACCOMPAGNER DANS LE VESTIAIRE « POUR GAGNER DU TEMPS » ET À L’INTERROGER PENDANT QU’ELLE SE DÉSHABILLAIT DEVANT MOI, SE DOUCHAIT ET SE RHABILLAIT

Je vous raconterai aussi l’anecdote de ce conseiller technique qui avait prié son épouse de le rejoindre sur le lieu du stage où il se trouvait afin de calmer les tentatives de séductions des effrontées qu’il entraînait.

Je vous conterai aussi cette histoire vécue dans l’hôtel où je me trouvais à la veille d’un championnat de France, d’une nageuse de dix-huit ans qui exigeait de son quadragénaire entraîneur qu’il vienne dans sa chambre la border et lui faire la bise le soir quand elle était couchée – ce sans quoi elle prétendait ne pas pouvoir s’endormir.

Je vous conterai mon histoire personnelle, quand, étant allé à Créteil interviewer cette gamine de quinze ans, la demoiselle me convia à l’accompagner dans le vestiaire « pour gagner du temps » et à l’interroger pendant qu’elle se déshabillait complètement devant moi, se douchait et se rhabillait. Mais est-ce que j’aurais dû m’en plaindre ?

J’ai bien apprécié la position de Catherine Deneuve, qui revendiquait la liberté d’être importunée. Une position mal perçue, parce que ses adversaires, celles et ceux qui l’ont humiliée et insultée pour cette prise de position tellement fine et intelligente, ont feint de ne pas comprendre qu’elle désirait être « importunée » gentiment, vu qu’il y a trente-six façons d’ « importuner » une personne…  

Bien sûr, il y a de désagréables personnages pour qui « non » n’est pas une réponse, et aussi de vilaines habitudes prises pendant les millénaires qui ont formé l’espèce humaine. Entre en compte aussi la différence de force physique entre le mâle et la femelle, qui peut conduire l’homme à en abuser. Il doit être cependant plus facile, il est vrai, d’en imposer à la petite Ariana Kukors qu’à Valerie Adams, la quadruple championne du monde de lancer de poids, 1,96m, 122kg !

L’ÊTRE HUMAIN PROCÈDE A LA FOIS DE LA NATURE ET DE LA CULTURE. LA NATURE EST LE DOMAINE DU LIBRE INSTINCT ; LA CULTURE CELUI DU SURMOI ET DE LA RÉPRESSION. PARFOIS, TROUVER LA BONNE FRÉQUENCE EST UN PEU DIFFICILE.

Bientôt, ces délatrices vont quand même devoir réfléchir à la portée de leurs accusations et admettre que, peut-être, les relations entre les sexes ne peuvent être aussi policées que la circulation en ville, ni réglées que les horaires de chemins de fer. L’être humain procède à la fois de la nature et de la culture. La nature est le domaine du libre instinct ; la culture celui du surmoi et de la répression. Parfois, trouver la bonne fréquence est un peu difficile.

Pour Anna Santamans, avec qui j’ai évoqué cette question, il n’est pas normal que dans la relation entraîneur-entraîné, entre une ambiguïté d’ordre amoureux. A son avis, une toute jeune fille peut avoir du mal à analyser ses émotions, et confondre le respect porté à l’entraîneur avec un émoi amoureux. Dès lors, dit-elle, c’est à l’adulte d’y mettre bon ordre. 

Quand des relations de pouvoir s’en mêlent, cela devient plus compliqué. Le mois dernier, une certaine Cristina Garcia, puissante avocate californienne et porte-parole écoutée de ≠MeToo, s’est trouvée poursuivie par deux de ses employés pour tentatives de « relations inappropriées. » Cette zélée pourfendeuse de l’instinct mâle s’est découverte harceleuse, qui aimait mêler l’excès de boisson et ses plans Q. Retour de bâton !

Mais j’ai depuis longtemps compris que, chez les Américaines – du moins chez celles qui se trouvent en pointe dans ces combats – et chez celles qui chez nous admirent leurs façons, il ne s’agit pas de sexe, ou d’amour, ou appelez cela comme vous voulez, mais de rapports de force entre les deux « genres. »

MANUEL EN AUTOMATIQUE : LA MEILLEURE SPRINTEUSE DE COMPÉTITION DU MONDE

ELLE LAISSE AUX AUTRES LE SOIN DE BATTRE LES RECORDS, MAIS QUAND TOUTES SONT LA ET DOIVENT SE DISPUTER LE GROS STEAK, C’EST SIMONE QUI RAMASSE LA MISE

Éric LAHMY

Dimanche 25 Février 2018

A la piscine de Federal Way, Washington State, zone horaire du Pacifique, le « Pac-12 » féminin, rendez-vous de l’ouest, s’est achevé samedi soir. Simone Manuel a confirmé une nouvelle fois sa suprématie de sprinteuse. La brune étudiante de Stanford est remarquable par la régularité de ses performances et sa capacité d’élever son niveau au prorata de l’enjeu (capacité qui fait d’elle, quelles que soient les hourras – fort justifiés – qui saluent les prestations de Sjöström et de Campbell, la meilleure nageuse de vitesse du monde, et en tout cas la plus capée). Elle a enlevé le 100 yards avec deux dixièmes de seconde d’avance sur Abbey Weitzeil. Il est remarquable qu’à chaque rencontre des deux super-sprinteuses du PAC-12, ce soit généralement Manuel qui soit allée plus vite, parfois d’un rien.

Mercredi, elles auraient pu se retrouver dans le premier relais, quatre fois 50 quatre nages, mais Abbey Weitzeil, pour Berkeley, y fut utilisée en… brasse, où son temps lancé, 26s58, est le meilleur de toutes les séries (meilleur que celui de la brasseuse maison de Cal, Harrison, 26s75, meilleur que les 27s03 de Riley Scott, qui gagnera le 100 yards brasse), tandis que Manuel signe un bon 21s14 lancé…

Leur affrontement commence donc jeudi sur 50. Si, à l’issue des séries, Weitzeil domine, 21s64 contre 21s67, Manuel gagne en finale, en 21s20 contre 21s41.

Leur course suivante est le relais quatre fois 50 libre. Le quatuor de Californie l’emporte, et Weitzeil signe pour finir le meilleur temps lancé, 21s juste, tandis que Manuel, qui a nagé le deuxième relais pour Stanford, réalise 21s22.

Dans le relais quatre fois 100 quatre nages, lancées, Manuel, 45s95, Weitzeil, 46s00.

Course individuelle du 100 yards : en séries, Manuel, 47s14, Weitzeil, 47s43. En finale, Manuel, 46s43, Weitzeil, 46s63. Relais  quatre fois 100 yards : Manuel 46s13 ; Weitzeil, 46s35.

Il n’est pas impossible que lors des finales NCAA, le mois prochain, les duels du sprint se limitent à l’affrontement de ces deux filles, nées la même année, 1996, et de gabarits équivalents, Weitzeil, 1,78m, Manuel, 1,80m. Mais bien entendu, Mallory Comerford pourrait se mêler à l’affaire

Mais jusqu’ici, c’est Manuel qui domine. Celle que les Américains saluent comme « la première Africaine-Américaine qui, etc., etc. », est championne olympique à Rio en 2016 et championne du monde à Budapest en 2017, recordwoman des USA avec 52s27, et elle tient aussi la route sur 50, yards ou mètres, 2e à Rio aux Jeux, 3e à Budapest aux mondiaux. Mais le plus remarquable, c’est qu’elle est bien la seule (quoique Kromowidjojo…) à n’avoir jusqu’ici jamais raté une course importante, et toujours fait au moins aussi bien et souvent mieux que ce qu’on attendait d’elle.

Sur 200 dos, Kathleen Baker a pris sa revanche sur Janet Hu qui l’a devancée vendredi au 100. Baker, partisane des départs rapides, a opté pour une stratégie apparemment assez folle, partant très vite, passant en 25s26, 52s52 (au pied, puisqu’avec le virage, alors qu’elle a nagé 50s13 dans l’épreuve individuelle du 100 yards). Hu est alors pointée en quatrième position avec 54s32, soit une longueur de corps derrière.

Hu a beau larguer Howe et Bilquist dans le troisième quart de la course, elle ne reprend rien à Baker, qui, 27s48 contre 27s56, garde ses distances au 150 : 1’20s contre 1’21s88. Baker signe la 4e performance de l’histoire avec 1’48s27, à quatre dixièmes des 1’47s84 record d’Elizabeth Pelton, record NCAA établi en 2013.

Sur 200 papillon, Louise Hansson (USC) employa la tactique de Baker du départ ultra-rapide, en l’aggravant même un petit peu, passant à mi-course en 51s81 alors qu’elle avait gagné le 100 papillon en 50s17. Mais dans sa seconde moitié de course en 59s32, elle se fit reprendre par Ella Eastin, de Stanford, qui avait, elle, bien équilibré son effort, passait en 53s51 et finissait en 56s justes ! Eastin battait un vieux record d’Elaine Breeden, nageuse olympique en 2008 et diplômée d’histoire ancienne, ce qu’était devenu, d’une certaine façon, son record. Eastin, qui détient déjà le record NCAA du 200 yards quatre nages, est une vraie spécialiste des courses équilibrées, finissant toujours très fort : c’est de cette façon qu’elle remporta l’an passé les titres NCAA des 200 et 400 quatre nages…

DAMES.- 100 yards : 1. Simone Manuel, Stanford, 46s43 ; 2. Abbey Weitzeil, Cal-Berkeley, 46s63; 3. Robin Neumann, Cal-Berkeley, 48s09.

1650 yards : 1. Megan Byrnes, Stanford, 15’49s39 ; 2. Leah Stevens, Stanford, 15’52s54.

200 yards dos: 1. Kathleen Baker, Cal Berkeley, 1’48s27; 2. Janet Hu, Stanford, 1’49s49; 3. Ally Howe, Stanford, 1’50s05; 4. Ami Bilquist, 1’50s23.200 yards brasse: 1. Maggie Aroesti, USC, 2’6s85; 2. Riley Scott, USC, 2’7s29; 3. Brooke Forde, Stanford, 2’7s43.

200 yards papillon: 1. Ella Eastin, Stanford, 1’49s51 (record NCAA, ancien, Elaine Breeden, Stanford, 1’49s92 en 2009); 2. Louise Hansson, USC, 1’51s13; 3. Katie Drabot, Stanford, 1’52s07 (en série, 1’51s99).

4 fois 100 yards : 1. Cal-Berkeley, 3’9s04 (Amy Bilqvist, 47s79, Katie McLaughlin, 47s43, Kathleen Baker, 47s47, Abbey Weitzeil, 46s36); 2. Stanford, 3’9s76 (Janet Hu, 47s57, Katie Ledecky, 48s08, Alex Meyers, 47s98, Simone Manuel, 46s13). Meilleur temps au start, Louise Hansson, Suède, USC, 47s41.

SAUVE QUI PEUT, LES FILLES : KATIE LEDECKY EST DE RETOUR !

MADEMOISELLE CASSE-TOUT A CONSERVÉ SA FAÇON D’EXPÉDIER LES AFFAIRES COURANTES  ET CONFIRME SES EXCÈS DE VITESSE LORS DES PAC 12, TOMBE UN VIEUX RECORD DE KATINKA HOSSZU SUR 400 QUATRE NAGES, DYNAMITE LE 500 YARDS ET FLINGUE SIMONE MANUEL IN-EXTREMIS SUR 200… À L’ORDRE DU JOUR ? TOUTES AUX ABRIS !

Éric LAHMY

Samedi 24 Février 2018

A la piscine de Federal Way, Washington State, zone horaire du Pacifique, le « Pac-12 » féminin, rendez-vous de l’ouest, réunit quelques fleurons de la natation universitaire féminine. On y trouve ainsi Simone Manuel et Katie Ledecky, qui, à elles deux, ont ravagé la nage libre olympique aux Jeux de Rio – tous les titres du 100 au 800 et fait pas mal le ménage aux mondiaux 2017 de Budapest.

Au passage des 200 yards de son 500 yards, Ledecky passait en 1’45s65, qui prenait entre 0s90 et 1s72 par 50 yards sur sa suivante, Elle Eastin, équipières de Stanford, pourtant considérée comme une bonne stayer elle-même. Katie martelait l’élément liquide à sa typique façon, tirant d’avant en arrière comme si elle était en train de pelleter, et maintenait une magnifique égalité d’allure, 51s54, 54s11, 53s62, 53s74, 52s99. Son temps final, 4’26s09, approchait son record US, 4’24s06, établi le 16 mars de l’an passé, et le record de la compétition qu’elle avait porté l’an passé à 4’25s15. On peut donc dire que Ledecky reste égale à elle-même.

Sur 100 yards dos, Kathleen Baker, la vice-championne olympique du 100 mètres dos des Jeux olympiques de Rio, et 2e aussi des mondiaux 2017 derrière Kylie Masse, perdait, devancée par Janet Hu, laquelle approchait le record NCAA, 49s69, d’Ally Howe ! Contrecoup, pour Baker de sa victoire, la veille, sur 200 quatre nages avec une forte avance, dans une course dont les sept premières étaient des étudiantes de Stanford et de Cal après, mercredi, avoir été employée dans les relai de Cal (Berkeley), d’abord dans un 50 yards dos, puis dans un 200 yards libre?

Vendredi, Ledecky signait un de ces doublés qui ont fait sa réputation. Elle commençait gagner le 400 quatre nages, améliorant d’un centième de seconde le record, vieux de six ans, des NCAA, de Katinka Hosszu, de la plus petite marge possible, un centième, 3’56s53 contre 3’56s54. Selon sa technique d’attaquante furibarde, Katie avait attaqué bille en tête et avait mené la danse en papillon, puis en dos où d’étonnante façon, elle prenait le large devant Ella Eastin, pourtant dossiste des plus confirmée (record NCAA du 200 en témoigne). Il fallut la brasse pour qu’Eastin lui repasse devant, mais pas assez pour empêcher, en crawl, Ledecky de la passer… Vingt six minutes après le début de cette course, Katie se remettait à l’eau sur 200 libre et parvenait in extremis à devancer une Simone Manuel qui menait encore d’une demie longueur aux cent cinquante. Les passages ? Ledecky, 24s18, 49s71 (25s53), 1’15s51 (25s80) pour 1’40s71 (25s20); Manuel, 23s43, 48s80 (25s37), 1’14s68 (25s88), 1’40s78 (26s10). Les autres finalistes étaient laissées entre cinq et huit mètres derrière ! Le record de la course reste à Missy Franklin, 1’39s10…

Le tournoi avait débuté mercredi par deux relais, un de quatre nages sur 200 yards, où trois équipes, Californie, 1’34s13, Stanford, 1’34s79, et USC, 1’35s36 ; et le quatre 200 yards où Stanford, 6’53s86, malgré une grande Ledecky pour finir en 1’41s21, mais sans la non moins grande Simone Manuel que la coach avait réservé pour le 50 yards (épreuve qui achevait la session), avait subi la loi du quatuor de Cal, 6’52s62. Avec Manuel, je pense que le résultat eut été inversé.

Jeudi, c’était toujours Cal devant Stanford dans le relais quatre fois 50 où Weitzeil avait terminé en 21s. Et cette fois, la présence de Manuel (21s22) n’avait rien pu changer… Stanford prit une belle revanche dans le relais quatre fois 100 mètres quatre nages, où les deux premières formations, Stanford, 3’25s15, et Californie, 3’25s50, effacèrent le vieux record (deux ans) de la première, 3’26s14 en 2016.

Ce samedi les finales débutent l’après-midi par le 1650 yards. Devinez le nom de la favorite ! Ce ne sera pas Ledecky. Elle a nagé – et gagné – trois courses, et les règlements NCAA ne permettent pas plus de trois engagements en courses individuelles.

 DAMES.- 500 yards : 1. Katie Ledecky, Stanford, 4’26s09 ; 2. Ella Eastin, Stanford, 4’34s04; 3. Lauren Pitzer, Stanford, 4’36s61; 4. Kisten Jacobsen, UA, Arizona, 4’37s47.

100 yards dos: 1. Janet Hu, Stanford, 49s93; 2. Kathleen Baker, Cal, 50s13.

100 yards brasse: 1. Riley Scott, USC, 58s81; 2. Silvia Kansakovski, ASU, 59s04; 4. Kim Williams, Stanford, 59s07

200 yards quatre nages: 1. Kathleen Baker, Cal, 1’52s70.

400 yards 4 nages: 1. Katie Ledecky, Stanford, 3’56s53 (record NCAA, ancient, Katinka Hosszu, Hongrie, 3’56s54); 2. Ella Eastin, Stanford, 3’57s32.