Catégorie : News

SARCELLES : MARIE WATTEL BATAILLE SUR 50 ET DOMINE SUR 200

ET JEREMY STRAVIUS AFFINE SON 100 MÈTRES

Éric LAHMY

Samedi 10 Mars 2018

Marie Wattel, devait-on l’attendre sur 200 mètres ? Homme de peu de foi, je pensais que non. Et surtout, je ne la voyais pas se mesurer entre autres à Jazmin Carlin, qui, au titre de meilleure nageuse européenne sur 400 et 800, pouvait passer pour imbattable sur la distance « moyenne » du programme, au confluent de la vitesse et de l’endurance. Mais « Jazz » la jouait trop smooth, trop relax, je dirais même trop blues, et se laissait cueillir d’entrée, probable manque de vitesse, malgré cette « rotating action » des bras, ce rythme élevé du haut du corps. Elle finit devancée non seulement par l’ondine de Loughborough (et de Montpellier, please don’t forget), mais aussi par l’Allemande Reva Foos.

Wattel donc survolait l’épreuve pour un temps final à la fois modeste et intéressant pour l’avenir de 2’0s07 après que, fidèle à ses habitudes, elle se soit qualifiée « cool » avec le quatrième temps des séries qu’avait dominé Margaux Fabre. Mais en finale, Fabre, après avoir été dans le coup jusqu’au virage des cents, se délita et fut contrainte de laisser filer.

Marie, elle, battait plus qu’un peu son record personnel sur la distance, 2’1s37 le 20 janvier dernier. En 2017, au sommet de sa saison, pendant l’open US, elle nageait en 2’1s80. Wattel a repris avec panache une progression quasi à l’arrêt depuis deux ans sur la distance (et pas seulement sur la distance)

JEREMY SANS RIVAL ET ÉGAL À LUI-MÊME

En fin de soirée, Marie revenait pour un 50 mètres particulièrement compliqué par la présence de Pernilla Blume, dont il convient de rappeler qu’elle a été championne olympique de la longueur de bassin à Rio de Janeiro. En 2017, Blume a nagé la distance en 24 secondes juste en finale de Budapest (4e  à 3/100e de Simone Manuel). Wattel, qui se découvre dans l’exercice de l’aller simple, en est à 25s06. Elle ne se situe donc pas dans la catégorie de la Danoise, tout comme elle n’approchait pas Anna Santamans. Donc pas étonnant si Pernille l’a emporté, nettement, en 24s48 contre 25s30. Marie a d’ailleurs été beaucoup plus proche de la seconde Danoise Julie-Kepp Zimmermann Jensen, une jeunesse de dix-huit ans depuis le 3 janvier qui a touché en 25s33…

Dimanche, Marie a prévu à son programme de nager le 100 papillon et le 100 libre, en finale à 38 minutes de distance. Ses records sont respectivement 54s27 et 57s53. A voir…

Jeremy Stravius dominait largement le 100 mètres. Performance, 49s60, avec un aller énergique en 23s87. Pas mal sans doute pour la saison, et équivalent des 49s51 qu’il avait réalisés le 18 février…

Dimitrios Negris a remporté le 400 mètres du Camille-Muffat de Sarcelles dans un temps correct, et même encourageant vu la date dans la saison, 3’52s85, et donc ajouté à sa victoire, vendredi sur 1500 mètres.

MIE NIELSEN SOIGNE SON RETOUR SANS TROP SE FAIRE DE MAUVAIS CENT

Mie Nielsen, championne d’Europe 2016, médaillée mondiale de dos (bronze en 2015 à Kazan) et olympique de relais, fille d’un médaillé d’argent olympique sur 200 papillon (Benny) et d’une internationale qualifiée pour les mondiaux en 1978 (Lone Jensen), est une très belle et très grande (1,85m) fille à la fois solide et fragile. Elle souffre en effet d’une maladie de sang dont un effet est d’augmenter les risques de caillots sanguins. Un mal incurable mais qui se contient à coups de vitamines, cette menace dont elle reste, dit-elle, très consciente, lui a peut-être soufflé son mot d’ordre, issu d’une sagesse antique : « carpe diem », jouis du jour qui passe. En avril dernier, elle avait décidé de laisser la natation de côté pendant quelques mois et notamment de faire l’impasse sur les mondiaux de Budapest. Un petit saut « carpe diem » qui lui a fait du bien. Elle semble avoir retrouvé son enthousiasme.

Son entraîneur a donné quelques indications sur le travail technique à laquelle il la soumet, que vous pourrez trouver sur le blog d’Arena et le mot qui revient le plus souvent dans ses explications est : « naturel ». Il ne s’agit pas de contrarier la nature de la nageuse, mais d’utiliser ses atouts (« sa taille, ses épaules, sa puissance de  battement, tout vient naturellement chez elle ») et de la diriger proprement.

www.arenawaterinstinct.com/en_uk/community/elite-team/me-and-the-coach-mie-nielsen-how-a-backstroker-is-made/

(dans l’ensemble, ce blog, quoique commercial, est très intéressant, et il pourrait bien être un des leaders en termes de descriptions et de points de vue techniques – publicité non payée).

A Sarcelles, cela a donné 59s90 au 100 dos… A un peu plus d’une seconde de son record danois et nordique, 58s73. Mie Nielsen a retrouvé la pèche !

Marco Koch a dominé le 200  brasse en 2’11s60, après avoir dès les séries produit un temps de 2’11s74. Autres favoris, mais dans les quatre nages, David Verraszto et Siobhan-Marie O’Connor ne furent pas menacés et signèrent de corrects (et très proches en valeur technique) 2’1s03 et 2’13s54.

MILAN : CHAD LE CLOS ET BENJAMIN PROUD SANS RIVAUX L’APPROCHE DES COMMONWEALTH

Samedi 10 Mars 2018

Avec 51s36 au 100 mètres papillon, devançant de façon décisive le Romain Matteo Rivolta et l’Antibois Nans Roch, le Sud-Africain Chad Le Clos a montré une nouvelle fois sa bonne forme à l’approche des Jeux du Commonwealth, lors de la deuxième journée du meeting italien de Milan. Il a aussi gagné tranquille un 200 mètres en 1’48s32, devant Jordan Pothain, 1’49s96. Benjamin Proud, également dans la perspective du grand rendez-vous de l’ancien Empire britannique, à Gold Coast en Australie, montre une forme hors-saison, qui a, lui, gagné le 50 mètres en 21s61.

A signaler la Tchèque Simone Baumrtova, nette gagnante du 100 mètres dos dames, 1’0s41, devant Georgia Davis, d’Energy Standard, 1’1s08

Charlotte Bonnet a gagné dans des temps assez quelconques le 50 mètres papillon (26s53) et le 100 mètres nage libre (55s32), mais en s’élançant au départ de ces deux finales à quatre minutes de distance. Le matin lors des séries du 100, Charlotte avait signé un temps de 54s66. Eric Lahmy

SARCELLES : MARIE WATTEL, 26s16 AU 50 PAPILLON, JEREMY STRAVIUS ASSURE EN DOS

Eric LAHMY

Vendredi 9 Mars 2018

La première journée du meeting Camille Muffat de Sarcelles était réservée au plus long (800 dames, 1500 messieurs et 400 quatre nages) et au plus court : les 50 mètres de spécialités.

Une qui était attendue avec curiosité, c’est Marie Wattel. Elle a beaucoup progressé et bien mûri depuis qu’elle a décidé de tenter une autre carrière en Angleterre. L’élève de Ian Hulme à Loughborough  a bien commencé son parcours du week-end, sur 50 papillon. Après s’être qualifiée en temporisant comme elle en a tendance (une habitude dont elle s’efforce de se défaire), elle se lâchait en finale, dominait d’entrée, puis de bout en bout, et héritait à l’issue d’un effort magnifique de puissance et d’autorité, d’un temps de 26s16.  Elle laissait à un bon mètre la Grecque Ntountounaki et la Danoise Emilie Beckman qui, sans être des monstres de la spécialité, sont plus que des faire-valoir. Beckman termina 9e et première non-qualifiée en finale des mondiaux de Budapest, en juillet dernier

Après sa course, à l’analyse, la grande Nordiste pouvait se déclarer satisfaite de son temps et de sa nage : « j’ai établi mon record sur la distance à Zurich, avec 26s00. Ici, je nage un petit peu moins vite, mais je suis plus contente de ma course d’aujourd’hui, de la façon dont je l’ai menée. C’est un peu paradoxal, mais si je ne suis pas allée plus vite, c’est sans doute que j’ai un peu moins la pêche. »

C’est donc au niveau du comportement, de la maîtrise, que Marie se plait de noter des progrès. Cette jeune fille reste un vrai prototype de la nageuse, d’apparence à la fois puissante et légère.

De son côté, Jeremy Stravius domptait son monde sur 50 mètres dos. Ses fameuses coulées lui donnait un petit avantage sur le Grec Georgios Spanoudakis et le Britannique Chris Walker-Hebborn, qu’il parvint à conserver jusqu’au bout (25s42 contre 25s51 et 25s71). Après son épreuve, Stravius confirmait qu’il entendait nager au plus haut niveau possible jusqu’aux Jeux de Tokyo avec pour ambition finale d’y nager le 100 mètres nage libre. En attendant, aux Europe, il aimerait jouer avec le 50 dos.

Il y avait de beaux nageurs à Sarcelles, et pour commencer la Britannique Jazmin Carlin qui, privée d’adversaires à sa mesure, mettait un point d’honneur de foncer. A 28 ans, Jazmin, médaillée d’argent olympique sur 400 et 800 (derrière Katie Ledecky, ça vaut des médailles d’or) effectue un retour prometteur après une coupure sabbatique. Après un tout petit coup de moins bien de cinq à sept, elle finissait fort et héritait d’un excellent 8’37s11 (quoiqu’un peu éloigné de son record personnel de 8’15s54) et prenait plus de cinquante mètres à toutes les nageuses au-delà de la quatrième !

La proximité du 1500 et du 400 quatre nages n’empêcha pas David Verraszto de tenter le doublé. Onze minutes après avoir fini (2e) son 1500, en 15’33s82, derrière un Dimitrios Negris (Grèce) imprenable (15’19s45), ce diable de Magyar replongeait aussi sec (si j’ose dire) et enlevait l’épreuve dont il est le vice-champion du monde. Pour sa part, la Danoise Mie Ostergaard Nielssen, en 28S28, dominait une course riche de talents, dont sa seconde, la Néerlandaise Kira Toussaint, 28s50.

MILAN : CHARLOTTE BONNET, 1’56s61 AU 200, CHAD LE CLOS, 1’55s60 AU 200 PAPILLON

Eric LAHMY

Vendredi 9 Mars 2018

Charlotte Bonnet a aisément gagné le 200 mètres nage libre du meeting de Milan, ce vendredi. Elle a signé un temps de 1’56s61, laissant sa suivante, Alice Mizzau, des Fiamme Gialle, à presque quatre secondes. Les temps de passage de l’ondine de l’Olympic Nice, 27s29, 56s73, 1’26s72, signalent une course volontaire, lancée tambour battant. Bonnet remportait aussi le 50 mètres en 25s26.

Une victoire française était enregistrée par Camille Gheorghiu, avec 2’13s76 sur 200 dos dames

La grande performance de la journée a été réalisée sur 200 mètres papillon par le Sud Africain Chad Le Clos, avec 1’55s60, loin devant Jordan Coelho et Arthur Cachot, du pôle France d’Antibes, 3e et 4e avec 2’1s03 et 2’1s18. L’Ukrainien Mykhaylo Romanchuk dominait, lui, le 400 mètres en 3’48s78, et Damien Joly finissait 3e en 3’53s27, Jordan Pothain 6e en 3’56s28.

Autres performances de relief, 27s57 au 50 mètres brasse messieurs par Fabio Scozzoli, d’Imola, 23s27 au 50 papillon pour Benjamin Proud, de Grande-Bretagne57s94 au 100 papillon dames par Ilaria Bianchi, de Fiamme Azzurre, 28s03 sur 50 dos dames par Georgia Davis, d’Energy Standard

NCAA : SIMONE MANUEL ET KATHLEEN LEDECKY EMMÈNENT UNE ÉQUIPE DE STANFORD VIRTUELLEMENT IMBATTABLE

Éric LAHMY

Jeudi 8 Mars 2018

Une des questions qui se posaient ces derniers jours sur les sites américains spécialisés de natation était de savoir si Béryl Gastaldello nagerait à la grande finale NCAA qui clôturera, le week-end du 14 au 17 mars prochain, au McCorkle Aquatic Pavilion de Columbus, dans l’Ohio, la saison universitaire US. Annoncée comme malade, la Française n’avait pas pu se présenter aux rencontres de la South Eastern Conference. Mais elle est bel et bien engagée à trois reprises dans les « psych sheets » publiées par l’Association des collèges. Gastaldello se pointe en 7e position sur 50 libre avec 21s69 (leader Simone Manuel, 21s20), 12e sur 100 yards papillon avec 51s39 (leader Erika Brown, Tennessee, 49s85) et 14e sur 100 yards libre avec 47s77 (leader Simone Manuel, 46s43). Si l’on ajoute les relais, ce sont des points précieux que son équipe attend d’elle…

La star attendue des NCAA est certes Kathleen Ledecky, laquelle ne nagera pas pour son équipe de Stanford le 200 yards, mais sera engagée sur 500 yards, où elle met, sur le papier, neuf secondes à sa suivante Yirong Bi, de Michigan, 4’26s09 contre 4’35s02. Neuf secondes, c’est ce qui sépare Bi de la 53e engagée sur les « psych sheets » !! Sur 1650 yards, les 15’3s31 de son record NCAA la séparent de 40 secondes d’Allyson McHugh, de Penn State, 2e avec 15’43s34. Elle devrait doubler donc toutes ses concurrentes sur la distance, si elle part décidée, comme d’aucuns le prétendent, à battre son record et à nager en moins de quinze minutes !

C’est beaucoup plus serré sur 400 yards quatre nages pour Ledecky, laquelle devance Ella Eastin, deuxième, de moins d’une seconde, en 3’56s53 et 3’57s32. Sa faiblesse en brasse la rendrait presque humaine sur la distance !!

Absente, donc, des 200 yards, Ledecky sera bien remplacée par Simone Manuel, première des « psych sheets » avec 1’40s78, mais qui ne sera pas à la noce, en face de Mallory Comerford, de Louisville, créditée, elle, de 1’41s17. Manuel domine aussi, sur le papier, en face de Zhesi Li, sur 50, en 21s20 contre 21s28, et, sur 100 (46s43), elle devance Abbigail Weitzeil, Californie, 46s63, et Comerford, 46s65. On voit que ces nageuses sont de valeurs très proches, que la forme du jour va compter et qu’aucune faute ne sera tolérée. Mais Manuel, jamais aussi redoutable que quand l’enjeu est élevé, doit être considérée comme la favorite.

L’Université de Stanford, avec Manuel et Ledecky, peut donc enlever tout le programme de libre et on ne voit pas qui pourrait la prévenir de remporter le classement par équipes.

Les autres nageuses les plus attendues sont Sydney Pickrem, Texas A&M (200 brasse, 200 quatre nages), Kathleen Baker, Californie (100 et 200 dos, 200 quatre nages), Erika Brown, Tennessee (100 papillon), Lilly King, Indiana, (100 et 200 brasse), Elizabeth Wilson, Wisconsin (100 dos), Elle Eastin, Stanford (200 papillon). Mais aussi, bien sûr, quelques superbes trouble-fête !

HUGO GONZALEZ VA-T-IL DOMINER AUX NCAA ?

Un Baléare de dix-neuf ans, attendu comme LE futur grand d’Espagne, pourrait faire la semaine prochaine une entrée tonitruante dans le championnat universitaire US.

Éric LAHMY

Jeudi 8 Mars 2018

Les finales universitaires américaines des NCAA risquent d’être dominées par les performances de Caeleb Dressel. Mais l’étudiant floridien – en quatrième et dernière année (senior) -, dont on espère de grandes choses (ainsi « le » premier 100 yards libre en moins de quarante secondes – il détient le record avec 40s00 juste) ne sera pas seul en piste.

On ne saurait être sûr de rien. Mais parmi les nombreuses individualités qui tenteront de s’imposer et au milieu des duels d’universités qui s’opposeront pour le titre par équipes, un nageur, non-américain, attire aujourd’hui mon attention…

…L’été passé, les championnats du monde juniors, à Indianapolis, consacrèrent, à dix-huit ans, Hugo Gonzalez de Oliveira comme un futur grand d’Espagne. Ibérique par son père qui lui a transmis sa passion de nager, brésilien par sa mère, Nadia de Olivera, natif de Majorque (comme Rafael Nadal), la plus grande des îles Baléares, il avait gagné trois médailles d’or et une d’argent. Le Majorquin avait gagné les 100 et 200 dos et le 400 mètres quatre nages, fini 2e du 50 mètres dos et atteint la quatrième place du 200 quatre nages.

Il avait établi à Indianapolis trois records personnels, avec 25s30 au 50 dos, 1’56s69 au 200 dos et 4’14s65 au quatre nages. D’autant plus prometteur que son année n’avait pas été facile, entre une mononucléose qui l’avait affaibli pendant un trimestre, et un changement de club délicat en termes d’adaptation.

Impressionné par de tels états de service, le quotidien espagnol Marca suggérait que la natation espagnole, d’ici les Jeux olympiques de Tokyo, en 2020, ne serait plus exclusivement représentée par Mireia Belmonte, arbre emblématique d’une forêt hispanique assez effeuillée.

A dix-huit ans, de très rares nageurs sont déjà tout en haut de l’affiche. Mais tout le monde ne s’appelle pas Michael Phelps, et les capacités futures de Gonzalez  devront s’inscrire dans une forte capacité de progrès supplémentaires. Pour ce faire, il a rejoint l’Université américaine d’Auburn où il est entraîné désormais par l’un des coaches les plus pointus de la natation d’aujourd’hui, lui-même ancien médaillé olympique et espagnol, Sergi Lopez.

Méditant sur ce qui fait un grand nageur, le chroniqueur d’El Pais Diego Torres, dans un article du 20 mars 2016, avait rédigé une approche judicieuse : « multiples et non évidents sont les facteurs qui définissent les grands nageurs. Ni la stature, ni la force, ni la coordination, ni la densité moléculaire, ni le caractère, ni la race, ni la culture ne permettent d’appréhender facilement la présence d’un talent unique pour glisser sur l’eau. L’Espagne n’est pas une nation prolifique dans ce genre de sportifs d’abnégation et solitaires qui doivent passer submergés la moitié de leur existence pour savoir s’ils disposent de ce dont il faut disposer. Le dernier exemplaire de ce type d’hommes fut Sergi Lopez. »

Il est toujours intéressant de noter ce qu’un œil neuf peut voir dans un monde où l’habitude finit par vous rendre aveugle à son caractère original, et Diego Torres, branché football, est un journaliste incisif.

Le regard de l’extérieur est déconcerté, déstabilisé, par ce qui, pour ceux qui se situent à l’intérieur de la forteresse (la forteresse natation en l’occurrence), est tout à fait normal, ou, plus encore, banal.

LA NATATION, ACTIVITÉ BRILLAMMENT EXCENTRIQUE

Vu de l’extérieur du bocal à poisson, le sport de haut niveau apparait ce qu’il est : une activité brillamment excentrique. Nager trois heures et passer une heure dans une salle à s’exercer, chaque jour, ce n’est pas une vie « normale » (même si ce n’est pas forcément pour autant une vie « anormale »).

Gonzalez, au physique, possède les attributs qui conviennent, taille, 1,92m, et légèreté. Il est moins « phénoménal » que sa jeune sœur Nadia (ça nage en famille), laquelle, à douze ans, forte de son un mètre quatre-vingts, dézinguait à tour de bras les records de jeunes espagnols, et à treize, raflait des médailles aux Jeux olympiques de la jeunesse…

Mais Nadia ne parait pas tenir ses promesses. Hugo, en revanche, continue de progresser. Le mois dernier, alors qu’il n’avait jamais disputé une course en yards et en petit bassin, il assurait l’actuelle performance qui fait de lui le chef de file dans les « psych sheets », listes d’avant le grand championnat NCAA. Il est n° 1 sur 200 quatre nages avec 1’40s67, sur 400 quatre nages, en 3’35s78, et n°3 du 200 dos, en 1’39s05. La grande finale NCAA se tiendra à l’University Aquatic Center de Minneapolis, dans le Minnesota, du 21 au 24 mars (la compétition féminine, du 14 au 17 au McCord Aquatic Pavilion de Colombus, dans l’Ohio).

Gonzalez est un rare étudiant de première année (freshman) à se positionner en tête de liste (et sur deux épreuves, s’il vous plait). Seul autre dans ce cas, Austin Katz, un freshman du Texas, qui le devance sur 200 dos avec un temps de 1’38s49…  

MIKE ALEXANDROV, UN AN FERME (cocaine).

Mercredi 7 Mars 2018

Mike Alexandrov, un nageur de brasse de 32 ans, qui a représenté la Bulgarie en 2008 et en 2012 et nage depuis pour les USA, a été convaincu de dopage à la Benzoylecgonine et à la methylecgonine, deux métabolites de la cocaïne, suite à un prélèvement opéré le 4 juin 2017 à un meeting de Santa-Clara. Il avait obtenu quelques médailles internationales. Il ne pourra nager jusqu’au 23 août prochain, son interdiction de nager d’un an pour dopage partant du 24 août 2017.

RETRAITE DE KANETO, LA CHAMPIONNE OLYMPIQUE JAPONAISE DU 200 BRASSE : RIE, LA FILLE QUI RIAIT A RIO

Eric LAHMY

Mercredi 7 Mars 2018

On ne peut pas dire qu’elle est la nageuse la plus connue des Français. Mais Rie Kaneto, qui vient d’annoncer qu’elle prenait sa retraite sportive à 29 ans, n’est pas une petite championne. Elle devrait s’expliquer sur les raisons de son abandon de carrière lors d’une conférence de presse programmée pour le 16 mars prochain. Entre-temps, elle a rempli les papiers concernant son adieu au monde olympique – nécessaires en raison des formalités complexes liées au contrôle anti-dopage. On le comprend : plus besoin de se faire réveiller à six heures du matin pour répondre aux passionnantes obligations issues d’un contrôle d’urine ou du sang, ni de donner les lieux où elle se trouve à chaque minute des trois cent soixante-cinq jours de l’année. Ces à-côtés passionnants de la carrière d’une championne lui seront désormais évités…

C’est de façon tardive, dans sa carrière, que Rie Kaneto signa l’exploit de sa vie, enlevant le titre olympique du 200 mètres brasse à 27 ans. Pourtant, elle fut un talent relativement précoce, 2e du 200 brasse des Universiades de Bangkok (2007) à 17 ans, victorieuse de cette même épreuve à Belgrade deux ans plus tard, et sélectionnée pour les Jeux de Pékin (2008). Là, qualifiée pour la finale du 200 mètres brasse, elle termina 7e de la course.

On pouvait remarquer cette fille grande pour une Japonaise, 1,75m et, comme dans l’ensemble, ses congénères, maîtrisant parfaitement sa technique. 5e en 2009 du 200 brasse des mondiaux de Rome, elle établissait au cours de la saison, dans une tenue, interdite depuis, un record japonais à 2’20s72. Mais l’interdiction du polyuréthane dut lui poser quelques soucis, car elle régressait en 2010, seulement 7e des PanPacifics (et 12e sur 100 brasse) ; elle ne montrait aucun progrès, même si elle atteignait la finale de son épreuve fétiche aux mondiaux 2011 de Shanghai (5e). En 2012, elle ne parvenait pas à se qualifier dans l’équipe du Japon, où Satomi Suzuki, médaillée d’argent olympique derrière Rebecca Soni,  et la toute jeune Kanako Watanabe, 16 ans, parurent l’avoir ringardisée.

La course des mondiaux 2013, à Barcelone, fut l’objet d’un fascinant duel entre Julia Efimova et Rikke Moller Pedersen, et on ne remarqua guère trop que, derrière, Kaneto, quoique seulement 4e, réussit là sa plus belle course depuis cinq ans. L’année suivante, elle fut près de l’emporter aux Jeux asiatiques d’Incheon, où Watanabe la devança d’un dixième, 2’21s82 contre 2’21s92. A ces Jeux, où seuls les mauvais esprits diront que les nageuses chinoises, qui firent un ravage de titres, étaient dopées jusqu’au trognon, les Japonaises n’enlevèrent que trois épreuves : celles de brasse. Aux PanPacifics, un mois plus tôt,  Kaneto avait été déjà devancée par Watanabe, en 2’21s41 contre 2’21s90.

2015 fut l’année Watanabe qui, aux mondiaux, à 19 ans, enleva le 200 brasse et fut seconde du 200 quatre nages. Kaneto parvint en finale, mais se contenta d’y figurer, 6e à deux secondes de la gagnante. Elle qui, bon an mal an, était tentée par la retraite, encaissa là une nouvelle frustration et songea faire ses adieux à la natation.

Mais tout à coup, en 2016, elle réussit quelques temps prometteurs et pour ainsi dire inattendus. Tellement qu’elle en fut la première étonnée. D’abord elle effaça en 2’20s04 son vieux record polyuréthane du Japon, établi sept ans plus tôt, à l’occasion des SuperSéries aquatiques opposant à Perth, en Australie, le Japon, la Chine et le pays hôte. Ensuite, début avril, elle enleva le titre des championnats du Japon avec cette fois un temps de 2’19s65. A vingt-sept ans, ragaillardie par ce retour de flamme, elle se donna pour ambition de battre le record du monde en finale des Jeux !

Si, à Rio le record mondial resta debout, Rie Kaneto, en 2’20s30, devança nettement Julie Efimova, laquelle avait été copieusement sifflée constamment pendant la compétition, en raison de ses épisodes de dopage et de la façon honteuse dont elle fut récupérée par la FINA et le CIO, et n’aurait d’ailleurs pas dû se trouver là.

Après cette saison olympique marquée par de tels exploits, Rie Kaneto opta pour une année sabbatique et décida qu’elle ne nagerait dans aucune grande compétition en 2017, ni championnats du monde (de Budapest), ni Coupes du monde, ni même rencontres de l’élite au Japon, et se livra aux délices des hommages qui pleuvaient, médailles d’honneur ou autres, et inauguration de sa statue de bronze dans la préfecture d’Hiroshima, à laquelle elle appartient.

Elle s’amusait encore récemment à évoquer l’idée de continuer encore et de n’arrêter sa carrière qu’après les Jeux de Tokyo, en 2020, et on peut comprendre que ce rêve l’ait habitée. Cinquième championne olympique de l’histoire après Mayumi Aoki, sur 100 papillon, en 1972, Aï Shibata, sur 800 mètres en 2004, et 3e sur 200 brasse après Hideko Maehata en 1936 et Kyoko Iwasaki en 1992, elle imaginait pouvoir conserver son titre à domicile, devant son public. Mais sans doute a-t-elle pensé qu’elle aurait trente deux ans en 2020 et qu’il pouvait y avoir autre chose dans sa vie…

*****Ont également annoncé leur retraite Jennie Johansson, championne du monde du 50 mètres brasse à Kazan en 2015, recordwoman de Suède du 100 mètres brasse, et  Hrafnildur « Hida » Luthersdottir, finaliste olympique islandaise et nageuse étudiante en criminologie des Florida Gators…

EAU LIBRE 2018: LE DOHA DANS L’ENGRENAGE

Mercredi 7 Mars 2018

La Coupe du monde de marathon sur 10 km a changé de nom. La Fédération internationale (FINA) appelle désormais sa série d’événements en eau libre Séries mondiales de Nage de Marathon de la FINA.

Cette année, la Coupe de marathon débutera pas l’étape de Doha, ce 18 Mars, annonce l’organisme mondial, sur le plan d’eau délimité par la Corniche. Neuf étapes, neuf nations hôtes, le Qatar, l’Espagne, les Seychelles, le Portugal, la Hongrie, le Canada, la Chine, Taipei. Et les Emirats arabes unis. Deux étapes dans la péninsule arabe témoignent à nouveau qu’au-delà d’un faible niveau de représentativité sportive, ces nations d’une volonté et d’un fort potentiel d’organisation.

Au total, 72 garçons et 44 filles de 24 pays s’affronteront sur le plan d’eau de Doha. Son annoncés les deux champions olympiques néerlandais, Sharon Van Rouwendaal et Ferry Weertman, notre représentant Marc-Antoine Olivier, ainsi qu’une très forte délégation italienne, les deux vainqueurs de la Coupe du monde 2017, Arianna Bridi et Simone Ruffini, ainsi que le champion olympique du 1500, Gregorio Paltrinieri, et Rachele Bruni, la médaillée d’argent olympique de 2016.

Les premiers nageurs au classement total se verront attribués des pris en dollars représentant dans l’ensemble 125.000$.

1er : 38.000$

2e : 26.000$

3e : 18.000$

4e : 15.000$

5e : 11.000$

6e : 8.500$

7e : 5.000$

8e : 3.500$

LE CAMILLE- MUFFAT 2018, C’EST À SARCELLES, OU CHRISTINE ET GUY CANZANO REÇOIVENT

Éric LAHMY

Mardi 6 Mars 2018

Sarcelles, deuxième étape du « Golden Tour Camille Muffat ». Le Centre Aquatique Christiane et Guy Canzano, inscrit dans le complexe sportif Nelson Mandela, accueillera pendant trois jours, du vendredi 9 au dimanche 11 mars les compétitions et la chaîne BeIn sports a prévu des retransmissions des finales de samedi et dimanche.

Le décor n’était pas prévu dans le film. L’étape du Camille-Muffat, a priori, c’était Amiens. Mais Amiens s’est désisté. Manque de volonté des nouveaux responsables du club et de la région, ou de la mairie, avec le retentissement financier des soucis (tribune du stade de la Licorne) du football ? « Amiens, le président, c’était Henri Wachter ; et Henri Wachter, c’était aussi le président de région et le vice-président de la Fédération. Cela ouvre des portes, conforte une situation, permet d’ambitionner et de réaliser ; Nice, même chose, ils ont avec eux le président de région devenu maintenant président de la Fédération ; Sarcelles, on est loin du compte », explique Guy Canzano, toujours fidèle au poste à 89 ans et qui donc se retrouve avec le bébé sur les bras.

François Detail, le président du club amiénois qui avait décidé d’annuler le meeting est sur le départ ; Amiens Métropole est co-présidé par deux anciens poloïstes, Mélanie de Rycke et Alexandre Cabral, et il n’est pas impossible qu’Amiens reprenne son bien. A suivre…

Mais en attendant…

« Quand Gilles (Sezionale, le président de la Fédération) m’a demandé de remplacer Amiens, j’ai répondu oui parce que j’avais déjà organisé et que je savais pouvoir compter sur les appuis nécessaires », continue Canzano, dont le statut, dans sa ville, atteint au mythe et qui recevra donc le Camille-Muffat dans la piscine qui porte les noms de son couple : Christine et Guy Canzano.

Pour organiser, Guy s’est assuré qu’il pouvait disposer des fonds nécessaires. Si les meetings ne pèsent pas réellement dans un palmarès de nageurs, ils présentent un intérêt professionnel, diverses primes d’un montant global proches des 100.000€ venant récompenser les trois premiers de chacune des 34 courses du programme ainsi que les mieux classés par points du Golden Tour. Les entraîneurs des sont associés à ces gains, et reçoivent 15% des sommes allouées à leurs nageurs. Sur cette somme, l’étape de Sarcelles devait en assurer un tiers. Et 30.000€, par les temps qui courent, ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval !

« Je suis donc allé voir mon maire, un jeune maire plein d’énergie, Nicolas Maccioni , héritier d’une lignée de hauts fonctionnaires, père préfet de la Réunion, de la Haute-Normandie et de Seine-Maritime, grand-père sous-préfet. Prudent, Guy obtient son accord avant de poser un chiffre. Après cela, il faut solliciter des aides à tous les niveaux, sonner d’un côté le comité départemental, la ligue, la fédération, et frapper de l’autre aux portes de la région, du comité d’agglomération, et se mettre au diapason de la compétition : « comme la télé sera là, l’éclairage passe de 800 à 1200 lux, on installe une tribune », etc.

CHAMPIONNES OLYMPIQUES : KROMOWIDJOJO ET BLUME HEEMSKERK ; CHAMPIONS DU MONDE : STRAVIUS, REYMOND, KOCH

Parmi les engagés, trois championnes olympiques, Ranomi Kromowidjojo, Femke Heemskerk (Pays-Bas) et  Pernille Blume (Danemark), les championnes et champions du monde Axel Raymond et Jeremy Stravius, ainsi qu’un fidèle du tournoi, Marco Koch (Allemagne). Et d’autres « noms » de la natation, comme Jazmin Carlin, demi-fondeuse britannique médaillée olympique, Viktor Bromer, champion d’Europe danois du 200 mètres papillon…

Siobhan O’Connor, Grande-Bretagne, vice-championne olympique du 200 quatre nages, ou encore Giedrus Titenis, Lituanie, David Verraszto, Hongrie, qui mène le classement provisoire du Camille-Muffat après la première étape (Nice) le mois dernier.

Ce sont les français, qui, paradoxalement, se sont le moins battus pour nager à Sarcelles, par exemple, Charlotte Bonnet évitera le Camille-Muffat pour s’exhiber à Milan ; choix « régional » certes compréhensible, Milan étant trois fois plus proche, 320km que Sarcelles, 960km, de Nice. Outre les nageurs déjà cités, on trouve les noms de Fanny Deberghes, Thomas Avetand, Maxime Grousset. Ces deux derniers sont amiénois : on n’organise pas, mais on participe.

Quoiqu’elle ne soit pas annoncée sur le programme issu du site fédéral, il semble qu’en revanche notre nageuse britannique préférée, Marie Wattel, nagera à Sarcelles…