CHAMPION DU MONDE DES JUNIORS EN EAU LIBRE : LOGAN FONTAINE

UN VIKING PASSE LE CAP HOORN

Éric LAHMY

21 juillet 2016

LOGAN FONTAINE CHAMPION DU MONDE JUNIORS EN EAU LIBRE LA SEMAINE PASSÉE A HOORN, JOLI PORT DE PÊCHE DES PAYS-BAS, IDÉAL POUR L’ENVOI DE CARTES POSTALES. MAIS LOGAN ET SON ENTRAINEUR ÉRIC BOISSIERE N’ÉTAIENT PAS ICI ATTIRÉS PAR LA MAGIE DU LIEU.

Logan avait été l’an passé, à seize ans, champion d’Europe juniors (comme Océane Cassignol chez les filles). Il s’agissait maintenant de se frotter à l’élite mondiale, et, précise Eric, « ils étaient tous là. » Entre-temps, pendant toute cette saison, Logan avait marqué sa progression dans un certain nombre d’épreuves.

Il avait ainsi nagé en Coupe du monde seniors, à Abu-Dhabi, au milieu de quatre-vingts internationaux tous plus aguerris que lui, et s’était permis de terminer 17e, pour le 3e 10 kilomètres de sa carrière. La victoire était revenue à Marc-Antoine Olivier, une autre découverte de Boissière, passé depuis chez Philippe Lucas Un peu plus tôt, en Argentine, à la Patagonas, après s’être asticoté avec le champion du monde, ce qui montre son tempérament, il eut du mal à finir, 26e. Il a aussi gagné le France seniors, laissant sur place au sprint, grâce à sa bonne vitesse de base Axel Reymond.

« A Hoorn, la semaine passée, Logan a nagé dans le paquet de tête pendant un quart de couses, explique Boissière, il trouvait que cela n’allait pas assez vite, il s’est mis sur le dos pour voir ce qui se passait et les autres ont commencé à lui tirer les pieds. Il a attendu un ravitaillement pour partir, et ensuite il a régulièrement augmenté son avance. » A l’arrivée, elle était de deux minutes sur les suivants.

SON COACH, ÉRIC BOISSIÈRE RELANCÉ POUR TROIS SAISONS  

Éric BOISSIÈRE, qui était destiné à partir à la retraite, a vu son statut reconsidéré, exceptionnellement, par le ministère : il entraînera trois ans et demi au-delà de l’âge légal, jusqu’à la fin 2019. Bon réflexe de l’avoir repêché, parce que cet ex-futur jeune retraité est un solide pourvoyeur de l’équipe de France d’eau libre. Il a produit Damien Cattin-Vidal, Christian Corbel, David Aubry, Marc-Antoine Olivier, Logan Fontaine, Corentin Rabier, Valentin Bernard et Claire Lemaire. Cette vocation tardive en direction de l’eau libre constitue en fait un retour à ses anciennes amours, Éric ayant été nageur de papillon et de demi-fond de son père, Guy. Cela après avoir dirigé Fabien Gilot, Grégoire Mallet, Xavier Trannoy, Diane Bui-Duyet, tous sprinters devant l’Eternel. On peut donc dire d’Éric Boissière qu’il a tout réussi en natation.

Fontaine, je l’avais rencontré en octobre dernier à Rouen, à l’occasion d’un événement annuel auquel je connais quelques personnes qui n’auraient pas admis le manquer, et appelée « La Bourse de la Vocation » Guy Boissière, une institution jeune d’une dizaine d’années, dont Catherine Grojean, ex-championne de France, ex-Adidas et Arena, avait eu l’idée, associant le nom de l’entraîneur qui avait été son compagnon de vie et l’un des meilleurs techniciens français, et une « bourse » destinée, chaque année, à aider un nageur de Vikings particulièrement méritant, désigné par Éric.  

Après avoir interrogé les principaux intéressés, j’avais envoyé à Catherine, début octobre dernier, le texte qui suit, concernant le nouveau récipiendaire de la Bourse de la Vocation :

LOGAN FONTAINE NAGE POUR LA GAGNE

« Logan n’est pas tombé dans la marmite. Il est né dedans. Père : Alex, poloïste devenu entraîneur, mère : Anaïs (Grare), nageuse puis maître-nageur, y a-t-il de l’eau chlorée dans son l’ADN ? Mais ça ne suffit pas, il faut aussi vouloir. Sa sœur, Anaïs, préfère le hand et joue en pôle France au Havre. Nageur par destination, il se dirige vite vers le demi-fond et le papillon. Apprend à nager à Argentan où il est né le 25 mars 1999. Après des années à Honfleur, avec Paul Garcia, il passe à Rouen, et Éric Boissière lui vante les mérites de l’eau libre. Le froid des mers et des lacs ne le rebute pas, comme d’autres qui répugnent à quitter l’eau à 26° des piscines. Mais d’ailleurs, l’essentiel de l’entraînement et même des compétitions (le 5 kilomètres en bassin) se passe à couvert. Ce qui le décide définitivement, c’est qu’il obtient de bons résultats. Champion d’Europe juniors cet été à Tenero, en Suisse, coup d’essai, coup de maître. Le même jour, Océane Cassignol gagne la course féminine. Ce jour-là, Logan est parti pour la gagne. Il avait bien marché aux « France », se savait bien placé, et Éric l’avait remonté comme une pendule. Logan s’est glissé dans le groupe de tête, il est parti dans le dernier kilomètre, et a tenu bon ! A l’arrivée, il a hissé sa gentille frimousse éclairée d’un large sourire et ses lunettes sur le podium.

Le voici titulaire de la « Bourse de la Vocation Guy Boissière » pour l’année en cours, et affublé d’un parrain qui  n’est autre que son entraîneur. « Je savais que ça existait, j’avais lu la note affichée à la piscine, et bien entendu, je suis très heureux et flatté. »

La bourse aura, comme pour ses prédécesseurs, pour but de l’aider dans ses projets. A Rouen, comme le lycée est loin de la piscine, les nageurs disposent déjà d’un minibus assure les transitions. Logan compte ses atouts. Les projets ne manquent pas. Et sa double ambition s’élève autour des championnats du monde juniors et des championnats d’Europe en bassin. »

Et comme il s’agissait de la dernière Bourse de la Vocation, laquelle avait perdu une partie de son élan avec la disparition du meeting international de Rouen, j’avais essayé également de résumer l’esprit dans lequel s’était déroulée cette attribution, sous forme d’un hommage à Guy Boissière (1929-2005)…


LA VOCATION DE GUY BOISSIÈRE

« Guy Boissière les faisait nager. Mais ses nageurs n’étaient pas seulement des nageurs et il n’était pas seulement un entraîneur. Il faisait de la natation une chose amusante. Entraîneur de club, il couvait des nageurs de talents variés, et aussi des nageurs sans talent. Les Vikings de Rouen étaient devenus autour de lui un fief du haut niveau. Il avait un regard brillant, un sourire désarmant, et était généreux en amitié. En son temps, les entraîneurs n’étaient pas (ou si peu) des rivaux, mais des potes qui tiraient l’équipe de France. Il m’avait engueulé, quand j’avais égratigné injustement Georges Garret. Il pratiquait l’autodérision, aimait les boutades, prétendait par exemple que sa concierge aurait pu faire aussi bien que lui avec son nageur vedette, Stephan Caron. Il aimait la vie, et les gens aussi. Il avait une façon de raconter qui le rendait passionnant, d’une voix forte. Et son rire était dévastateur. Il savait être simple et intelligent, subtil et direct. Il avait le cœur tendre. Il était indulgent. A son école, son fils Eric a pris la suite, dans le rôle d’un coach hyperfin qui ne se la joue pas. Il connaissait sa technique à fond sans faire étalage de son savoir. Il était à la fois sérieux et farceur. Il était tout à la fois pointu, carré et rond. Il aimait le tennis et le golf.

Il  n’était pas carriériste pour un sou, était resté fidèle à son club normand. Il pratiquait un équilibre qui était dans sa nature. Emotif, passionné, il ne regardait jamais les courses mondiales ou olympiques de Stephan Caron, craignant que son cœur ne le lâche.

Quand il nous a quittés, on a eu de la peine. Des années après, on a été content de l’avoir connu. Catherine Grojean a eu l’idée de la bourse de la vocation – ou de l’évocation ? – de Guy Boissière. Elle mettait en avant, chaque année, un jeune Viking, l’aidait à réaliser son parcours dans et hors de l’eau, dans la ligne de Guy, relayé par Eric. Catherine avait réuni des élèves, des amis de Guy, autour de cette idée. Une affaire d’amour et d’amitié. Ce fut un plaisir, et un honneur, de faire partie de cette famille d’esprit… De son vivant, Guy attirait les gens à lui. Parti, il les a réunis. Il a mérité qu’on se souvienne de lui. »

On était une dizaine, associés à cette modeste aventure. Des amis de Catherine et de Guy, mais aussi les pièces maîtresses, si j’ose dire de l’opération : François Hauguel, président extrêmement présent et généreux des Vikings épaulé par Françoise, son épouse, Eric Boissière, bien sûr, Catherine Grojean, et deux maires de Rouen, Pierre Albertini (professeur d’université), et Valérie Fourneyron (médecin, ministre des sports, et actuelle présidente du comité médical de l’agence anti-dopage), Stephan Caron, Xavier Savin, Christine Mignot-Duperron, Éric Leloup, Gaby Guilho, Liliane Durand, Françoise Benoist-Vissal, Marie-Paule Barré…

Avant Logan Fontaine, les lauréats de la Bourse de la Vocation Guy Boissière avaient été 2006-2007 : Paul Chesnel et Kevin Trannoy. 2007-2008 : Damien Cattin-Vidal. 2008-2009 : Élodie Delamarre. 2009-2010 : Vincent de Raucourt. 2010-2011 : néant. 2011-2012 : Antoine Gozdowski. 2012-2013 : Marc-Antoine Olivier et David Aubry. 2013-2014 : Robin Coquerel. On note qu’Olivier est sélectionné olympique à Rio, que Cattin-Vidal et Aubry compte parmi les meilleurs nageurs de grand fond de France voire du monde.

 

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