CLARA « CLARE » DENNIS, AUSTRALIE, GOLDEN GIRL DES ANNEES ’30

Eric LAHMY

Dimanche 25 septembre 2016

DENNIS [Clara, « Clare »]. Natation. (Burwood, Nouvelles-Galles-du-Sud, 7 mars 1916-Manly, 5 juin 1971). Australie. Championne olympique du 200 mètres brasse (3’6’’3) aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1932, championne du Commonwealth en 1934, recordwoman du monde du 100 et du 200 mètres brasse, championne d’Australie en 1931, 1933, 1934 et 1935, et recordwoman des Etats-Unis, Clare Dennis nage dans une époque où le programme de natation est balbutiant : pas de championnats du monde (qui débuteront en 1973, deux ans après sa mort, à 55 ans).

Elle constitue aussi à elle seule une époque de la natation australienne. Entre les deux grandes périodes des antipodes, celle qui part des années 1880 et couvre les quinze premières années du 20e siècle, et celle qui va de 1956 à aujourd’hui, il y a un creux que Clara Dennis parait devoir combler à elle toute seule.

Troisième d’une famille de six enfants, elle a sept ans quand ses parents (son père, Alec, est officier de police) s’aperçoivent qu’elle est beaucoup plus intéressée par le sport (ainsi le cricket où elle n’hésite pas à affronter les garçons) que par les études.

C’est un « tomboy », un garçon manqué, pleine d’énergie, et elle veut accompagner son père où qu’il aille. Celui-ci accepte à condition qu’elle apprenne à nager (ils vivent devant la plage de Clovelly, un faubourg de Sydney, autant dire que les plaisirs aquatiques y sont nombreux et les risques de noyade réels). Alec a été un bon nageur. D’entrée, Clara se met à nager en chien. Elle rejoint sa sœur ainée Thora au club féminin, le Sydney Ladies’ Swimming Club [Thora a été sélectionnée pour les Jeux de 1928, mais n’a pu s’y rendre, on a estimé qu’elle était trop jeune pour un si long voyage].

Pour ce faire, Clare a dû suivre l’injonction paternelle, et traverser la baie de Clovelly par ses propres moyens. Clare triche un peu, effectue une partie de la distance avec un pied sur le sol. Une fois au club, on la livre d’emblée à un bassin de 33 yards, où elle patauge et manque de couler après quelques mètres.

Les dix années qui suivent ces débuts on ne peut moins fracassants, Clare gagne de nombreuses courses, et cela toujours en « crawl ». Déclassée pour avoir interféré avec d’autres nageurs pour le titre des Nouvelles Galles du Sud qui se jouait aux Ramsgate Baths de Sydney comme presque toujours au bord de la mer (un courant avait causé une dérive de plusieurs nageurs).

Frustrée, désireuse d’enlever une course, elle s’engage sur un 220 yards brasse, à Bondi, et découvre ainsi par hasard quel est son meilleur  style. Elle touche la première, est encore disqualifiée pour avoir touché le mur d’arrivée d’une seule main, atavisme de crawleuse dont elle devra se débarrasser dans le style des grenouilles. Malgré cela, elle a nagé plus vite que le record de l’Etat, c’est donc un coup d’essai, coup de maître, et la révélation d’un talent spécifique…

Au cours de la saison 1931-32, elle domine les courses de brasse en Australie, et n’a pas encore seize ans quand elle bat, le 18 janvier 1932, le record du monde du 200 en 3’8s4 (en bassin de 25 mètres). Ce fait la qualifie pour les Jeux de Los Angeles. Trois mois plus tard, l’Allemande Lisa Rocke nage la distance en 3’8s2 (mais ne sera pas envoyée aux Jeux de Los Angeles) mais c’est surtout Else Jacobsen qui fait la différence, nageant 3’3s4 à Stockholm  le 11 mai dans un bassin de 25 yards.

Clare se rend aux Jeux sur un fond alimenté par son père et ses collègues de la police locale…

Arrivée sur les lieux, Clare doit guérir d’une balafre à un pied qu’elle s’est donnée en heurtant un plot et qui s’infecte chaque fois qu’elle va dans l’eau. Elle nage pas pendant dix jours, puis reprend sa préparation à raison de deux séances par jour.

Clare bat le record olympique en séries (3’8’’2). Elle a manqué d’un rien la disqualification. On lui reproche de porter un costume de bain (Speedo) qui est jugé non réglementaire, parce qu’il montrerait trop les épaules. Comme quoi, chaque époque a ses soucis avec les tenues de bain…

Après cette qualification facile, Buster Crabbe, le meilleur nageur US de l’époque, champion olympique sur 400 mètres, qui a l’œil, a remarqué cette grande fille, vite célèbre en Australie pour sa beauté athlétique, et noté qu’elle dispose d’une nage rapide mais ignore tout des finesses du départ et du virage, où elle laisse de précieuses secondes. Il la conseille. Après le plongeon, il lui dit d’effectuer trois brasses sous l’eau. Il lui conseille aussi de nager devant, de passer à chaque virage en tête pour impressionner ses adversaires.

La finale se réduit pendant plus de cent cinquante mètres à un duel entre elle-même et la toute jeune recordwoman du monde danoise Else Jacobsen, douze ans, qui restera la plus jeune médaillée de l’histoire de la natation. Dans la dernière longueur, Jacobsen faiblit légèrement, est passée par la Japonaise Hideko Maehata qui attaque.

Clare Dennis l’emporte d’un dixième, 3’6’’3 contre 3’6’’4. C’est la meilleure performance mondiale en grand bassin. En 1933, Clare, qui travaille dans un grand magasin, continue de nager, et bat le record du monde des 100 brasse, le 14 février à Unley (bassin de 33 yards 33), avec 1’24s6, effaçant le temps, 1’26s d’Else Jacobsen, des tablettes.

Elle bat aussi le record australien des 220 yards en 3’9s2. En août 1934, retenue dans l’équipe qui dispute les Jeux de l’Empire britannique, elle domine très largement le 200 yards brasse, en 2’50s2, et devient la première Australienne championne du Commonwealth.

Quoique toujours dans le coup, elle n’est pas retenue dans l’équipe olympique qui dispute les Jeux de 1936 à Berlin, au grand dam de l’opinion. Elle décide alors de devenir entraîneur professionnelle de natation, un métier qu’elle partage avec celui de masseuse ; elle ouvrira  également  deux salons de coiffure, à Clovelly et à Henley.

Le 12 décembre 1942, elle épouse George Golding, un ancien athlète, concurrent du 400 mètres olympique, devenu enquêteur de police, qu’elle a rencontré six ans plus tôt aux Jeux de Los Angeles. Ils n’auront pas d’enfants. Elle disparait précocement, victime d’un cancer.

Clare Dennis est la belle-sœur de Sam Herford, l’un des entraîneurs vedettes des années 1950 (coach de John Devitt et Murray Rose) que sa sœur Thora a épousé en 1939, et la tante de Gary (aviron) et Kim (natation) Herford.

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