COMMENT SARAH SJÖSTRÖM S’EST RÉINVENTÉE

Éric LAHMY

Dimanche 22 Mai 2016

La meilleure façon d’évoquer la Suédoise Sarah Sjöström pourrait bien être, pour commencer, d’afficher le bilan mondial tous temps du 100 mètres papillon dames.

55s64   Sarah Sjöström          Suède      Kazan         3-8-2015

55s68   Sarah Sjöström          Suède      Stockholm 30-3-2016

55s74df   Sarah Sjöström          Suède      Kazan         2-8-2015

55s89   Sarah Sjöström          Suède      Londres      20-5-2016

55s98   Dana Vollmer             USA          Londres     28-7-2012

56s04   Sarah Sjöström          Suède       Rome         12-6-2015

56s06   Sarah Sjöström          Suède       Rome         27-7-2009

56s07   Zige Liu                        Chine        Jinan          18-10-2009

56s12   Sarah Sjöström          Suède       Londres      19-5-2016

56s23   Jessica Schipper         AUS          Rome          26-7-2009

Sjöström, certes, ce n’est pas « que » le 100 mètres papillon. Elle détient la 8e performance « tous temps » du 50 mètres nage libre avec 23s98 (la 5e si l’on excepte les performances polyuréthane, derrière trois perfs de Cate Campbell, 23s84, 23s93 et 23s96, et une d’Halsall, 23s96) ; elle est la 3e nageuse du monde sur 100 mètres libre avec 52s67 derrière les sœurs Campbell, Cate, 52s33 et Bronte, 52s52, ainsi que la plus rapide nageuse d’Europe, polyuréthane excepté, sur 200 mètres libre, en 1 :54s31. Elle détient aussi neuf des dix meilleurs temps sur la distance non olympique du 50 mètres papillon, dont le record du monde avec 24s43.

Mais c’est le 100 mètres papillon qui constitue son royaume

Avec 54s61 en petit bassin et 55s74, puis 55s64 en grand bassin, c’est autant de records du monde battus de la distance pour Sjöström en 2015. Le temps en petit bassin, réussi en décembre, est posé en fait dans la saison 2015-2016, il est donc plus actuel que les 55s64. A Londres, les championnats d’Europe ont été une nouvelle occasion pour Sjöström de bien se positionner comme la maîtresse de la course.

Pour impressionnant qu’il soit, le come-back de Vollmer, même s’il lui a déjà permis de se poser en face entre autres d’une Kelsi Worrell, championne NCAA, laquelle n’est pas encore au point en grand bassin,  ne situe la championne olympique américaine qu’en cinquième position cette année, avec 56s94, derrière donc Sjöström, 55s68, la Chinoise Xinyi Chen, 56s82, Jeannette Ottesen, 56s83, Emma McKeon, 56s89.

EN 2011, SARAH SJÖSTRÖM N’ÉTAIT PLUS QU’UNE HAS BEEN DE DIX-SEPT ANS

Vollmer, on le sait, a battu Sjöström en 2011 (mondiaux de Shanghai), puis confirmé en 2012. La Suédoise, auréolée par ses 56s06, temps record du monde, établis à 15 ans, en 2009, aux mondiaux de Rome dans une combi polyuréthane, un an plus tôt, avait été déjà, championne d’Europe.  Mais depuis l’interdiction de la cape magique, elle n’était plus qu’une finaliste potentielle, de bonne valeur, certes, mais éloignée de son triomphe romain. Aux championnats d’Europe 2010, au Balaton de Budapest, pendant que la natation française domine le vieux continent, elle gagnait à l’arraché le 100 mètres papillon devant Halsall, en 57s32, ce qui en faisait seulement l’égale d’un Coutts, 57s53 aux Commonwealth Games, ou d’une Vollmer, 57s56 aux PanPacifics, mais rien de plus.

Aux mondiaux de Shanghai, Sjöström est 4e de la finale en 57s38, derrière Vollmer, 56s87, Alicia Coutts, Australie, 56s94, et Lu Ying, Chine, 57s06… Elle ressemble déjà à une has-been. Et elle n’a que dix-sept ans! Aux Jeux olympiques, l’année suivante, elle évolue toujours dans ce statut incertain, et confirme son abonnement à la 4e place toujours derrière Worrell, 55s98, Lu Ying, 56s87, et Coutts, encore 56s94, qui ont interverti leurs places. Sarah, sans sa combinaison, est singulièrement diminuée. 14e du 50 mètres et 9e du 100 mètres des Jeux, elle est certes une très bonne nageuse, mais privée du statut d’étoile mondiale !

Mais elle ne s’avoue pas vaincue. Elle doit se réinventer. à force d’essayer, elle apprend à nager TRÈS vite sans combi. Son coach de toujours Carl Jenner, appuyé par Andrei Vorontsov, un Russe qui se pique de science, va développer ses armes, techniques, physiques, physiologiques. Sa puissance, sa taille, sa force, vont faire d’elle une sprinteuse redoutée. Vorontsov a engrangé d’énormes connaissances sur les différents concepts qui fondent une natation haut de gamme. Il est un adepte de la périodisation. Tout est analysé, disséqué, la technique, la physiologie, le travail dans l’eau, le travail au sec. Rien n’est laissé au hasard. Un exemple, à travers ce qu’il appelle la force fonctionnelle et la force stabilisatrice (le gainage, en français) Vorontsov retient quatre sortes de force : force maximum, force vitesse, force endurance, force explosive (impact). De même il évalue les différents affûtages en fonction des tempéraments, des distances de courses, de l’importance des compétitions…

Elle apprend à nager en apnée, à franchir 50 mètres sans respirer, à partir vite, à revenir en accélérant ; on mesure la longueur de son coup de bras, mais aussi l’efficacité de son battement de pieds. Il faut l’athlétiser sans s’alourdir eon se demande si ce n’est pas pour ça qu’un Manaudou ne domine plus au-delà de 75 mètres et que Sarah, comme Cameron Mc Evoy ou chez nous Clément Mignon,  dispose d’un registre qui part du 50 mètres et atteint voire dépasse les deux cent mètres.

Elle est « douée » certes, mais le don sans travail, ça n’existe pas, en sport, aujourd’hui. Elle n’est pas seulement une spécialiste du court, et ses compétences débordent au-delà des 50 et 100 mètres, sur des distances dites moyennes. Sur une course, elle est l’une des toutes meilleures du monde sur 200 mètres (elle en détient d’ailleurs le record du monde en petit bassin), quoiqu’elle ne se risque pas sur la distance, en dehors des relais, dans les grands rendez-vous mondiaux. Ses entraîneurs aimeraient aussi la voir sur 200 mètres papillon, mais elle s’y est refusée pour l’instant, fort occupée d’ailleurs avec son programme de sprint en crawl et en papillon auquel elle ajoute parfois du dos.

Les coaches doivent argumenter pour la faire nager long, pas tant à l’entraînement, elle s’y prête assez bien, qu’en compétition. Un jour, pourtant, elle effectue une démarche personnelle. Apprenant que Katinka Hosszu nageait le 400 mètres, elle décide de s’y essayer, couvre en séries la distance en 4:14s à Amiens, en France, puis demande à Jenner quelques consignes. L’après-midi, elle se remet à l’eau et nage 4:6s04… A la fin de la saison, elle apparaîtra à la 15e place du bilan mondial de la course. C’est toujours le record suédois.

Les années qui suivirent les Jeux olympiques de Londres, Sjöström se maintint plus ou moins au sommet de la hiérarchie, dominant les mondiaux 2013 à Barcelone (victoire en 56s53 devant Alicia Coutts, AUS, 56s97, Jeannette Ottesen Gray, 57s19 et… Dana Vollmer, 57s22. Légers progrès en 2014: on la dirait aussi dominatrice si elle ne se faisait précéder – d’un centième de seconde – par Ottesen (qui a divorcé et perdu perdu le Gray de son nom) en 56s51 contre 56s52, aux Européens de Berlin. Pour l’ensemble de l’année, Sjöström précède Ottesen au bilan, également d’un centième, ayant réussi 56s50 en juin, deux mois avant Berlin.

En 2015, elle s’établit comme la meilleure du monde sur 50 et 100 papillon, et l’une des supers du 100 mètres nage libre. Elle bat deux fois le record mondial du 100 mètres papillon à Kazan, où elle finit 3e du 50 libre, 2e du 100 libre, et nage plus vite, 1:54s31 contre 1:55s16, que Ledecky, la championne du monde, sur 200 mètres, au départ du relais suédois. Après les championnats d’Europe de Londres, comme on le voit plus haut, elle détient sept des dix meilleurs temps jamais nagés sur la distance, dont les quatre premiers !

…On sait moins qu’elle effectue  un 100 mètres en dauphins de nage papillon en une minute neuf secondes!…

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