CONFÉRENCE DE RENTRÉE DE LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE NATATION, CONTINUITÉ ET RUPTURE

Éric LAHMY

Samedi 21 Octobre 2017

La première conférence de presse de rentrée de la Fédération marque une rupture avec celles de l’ère précédente ; par exemple, on a évité les discours de sous-préfecture et les imparfaits du subjonctif immaîtrisés du personnage qui tenait la place depuis 24 ans. Dire que cela a manqué serait mensonger. Au rez-de-chaussée de l’immeuble où la F.F.N. a installé son siège, rue Scandicci, à Pantin, on a parlé ce vendredi de choses sérieuses.

A l’arrivisme a succédé me semble-t-il une ambition vraie. A l’histrionisme narcissique et amoureux de la formule à l’emporte pièce mais vide, succède avec Gilles SEZIONALE, président depuis le 2 avril dernier, un homme pondéré, qui essaie d’exposer sans effets de manche sa politique et son travail, et dont l’enthousiasme s’enracine dans un solide réalisme et une vraie volonté. L’homme a quelque chose d’apaisant, chose qui convient à la situation. Le pharmacien de profession joue ici l’infirmier, qui panse les plaies de cette natation, tant bousculée depuis la mort de Christian Donzé.

Sezionale, je ne l’avais jamais rencontré, jusqu’à hier. Et je suis frappé, pendant tout le temps où je l’observe, par ses expressions. Souriant, souvent, et alors communiquant une vraie chaleur, mais aussi, par moments, rêveur, comme perdu dans ses pensées – ou encore à la fois  là et ailleurs, comme si, présent en surface, il entrait en lui-même et poursuivait à je ne sais quelle profondeur une réflexion plus ou moins lointaine et vaguement triste. A ces moments, il a l’air de méditer.

Il se présente entouré des personnes-clé de chaque secteur, sur qui il s’appuiera pour mener sa politique : le nouveau directeur général, Laurent CIUBINI, le directeur technique Julien ISSOULIE, et pour la bonne cause, Alain BERNARD, notre champion olympique du 100 mètres des Jeux de Pékin, devenu une sorte d’« ambassadeur de luxe » de la Fédé ; soit, autour du politique, l’administratif, le technicien, le champion.

Notre société a le chic de tout embrouiller, de tout complexifier. C’est l’époque, bas-empire ou moyen-âge, où nous nous trouvons qui veut ça. Une époque qui illustre parfaitement l’idée d’entropie généralisée. A la Fédé, j’ai l’impression que ces dernières années, plus l’on détricotait, plus on embarbouillait. Il ne s’agit pas seulement d’un travers, ou d’un souci avéré de n’importe quoi. Mais affiner le travail, définir de nouvelles pistes, c’est passer d’une géométrie plane à deux dimensions à une géométrie Riemanienne, dans l’espace à quatre, ou dix, dimensions.

Bon, c’est une image. La physique moderne travaille comme ça. La formation du champion de natation aussi. Au siècle dernier, l’aventure sportive, c’était une piscine (pas toujours), un nageur, un entraîneur (parfois). Maintenant, autour du « couple », c’est toute une cohorte, qui pousse dans la même direction, c’est aussi un planning assez touffu, quoique rigoureusement pensé, de déplacements divers, stages et compétitions.

Avec le programme très étoffé, voulu tel à la FINA, briller, pour une nation, au plan international, c’est chercher à piquer des places de podiums un peu partout. Pour obtenir la 4e place au classement des nations des mondiaux de Budapest, en août dernier, la France a dû tout casser en eau libre, grappiller un or inattendu en plongeon, tout en se contentant de la 12e place en natation de piscine (ce qui est faible, mais devance le Japon !) et en prenant, j’imagine, pour un investissement à moyen terme la présence du water-polo (11e) et pour un autre investissement, mais à fonds perdus, celle de la natation synchronisée… Le sport, aujourd’hui, coûte cher.

Il n’est pas certain qu’on puisse définir ce qui a changé à la Fédération depuis le 2 avril. Ce n’est sans doute qu’un état d’esprit, et l’impression de voir the right men (and women), in the right places… ou peut-être tout simplement des personnes de bonne volonté, et un président qui, au lieu de peser pour marquer son territoire, veut jouer un rôle, qui sait, d’animation, et d’impulsion. Et puis aussi qui a des idées…

Une conférence de presse, c’est une auberge espagnole, sans doute beaucoup aussi parce que la presse moderne décide trop souvent à l’avance de ce qu’elle veut y découvrir. La dictature de l’angle fait qu’on ne sait pas trop ce qui sera retenu de ce qu’on dit. L’un des sujets possibles s’était envolé et se situait à 9.713 kilomètres de Pantin, là où se trouvait Stéphane Lecat, actuellement en stage au Japon avec ses filles et garçons de l’eau libre.

ISSOULIE, LECAT, MARTINEZ, THE RIGHT MEN IN THE RIGHT PLACES

Restaient quelques sujets, le DTN Julien Issoulié dont le discours ressemblait bien à ce qu’on nous avait dit de lui, personnage consensuel désireux de travailler en chef d’équipe, de parler et de partager avec tout le monde. Et Richard Martinez, l’entraîneur de Font-Romeu bombardé (enfin) directeur de la natation, qui ajoutait au DTN le poids de son charisme technique incontesté. Martinez désireux de rester quand même installé dans ses montagnes, qui risquait donc d’effectuer ces prochaines années pas mal de va-et-vient à travers l’Hexagone, et qui serait secondé par Denis Auguin et Olivier Nicolas.

La nouvelle nomenclature ne pose pas en soi de problèmes, sauf que, entre autres, Font-Romeu n’a plus d’entraîneur titulaire. Anne RIFF a changé d’orientation ; toujours à Font-Romeu et reliée au CREPS de Montpellier, elle est perdue pour la natation. Une solution était possible avec l’arrivée sur place de Fanny BABOU, que Richard MARTINEZ encourageait. Mais la candidature de l’ancienne championne de France de brasse avait été repoussée par l’ancien DTN, Jacques FAVRE, pour d’obscures raisons. Le départ de FAVRE aurait pu relancer Fanny, mais celle-ci, entretemps, s’est recasée ailleurs avec sa petite famille, a acheté une maison. Adieu Babou ! Aujourd’hui, Robin PLA est aux commandes, mais c’est encore un jeune, formé jusqu’ici au service recherches. Et on entend parler à nouveau de VERGNOUX. « Vergnoux est dans les tuyaux », confirme Martinez. Mais faudrait qu’il en sorte, dans la bonne direction, et il est toujours entraîneur chef de la natation espagnole…

Ce ne sont peut-être que de petits aléas, des soucis à aplanir. Le technique semble être entre de bonnes mains, avec ces personnes ici nommées, incontestables de par leur compétence et leur vision de l’humain. Ce ne sera jamais parfait, mais on va faire pour le mieux. Et les enjeux sont définis par d’autres critères également, par exemple par le fait que les Jeux olympiques de 2024 auront lieu à Paris, que « chez soi, ce n’est pas la même chose, » et que le ministère a déjà annoncé le nombre de médailles qu’il faudrait ramener (c’est-y pas fort ?).

DU PARI AMBITIEUX, REPRENDRE LA GESTION DE LA PISCINE OLYMPIQUE APRES LES JEUX DE PARIS EN 2024, A L’ETAT DRAMATIQUE DU PARC DES PISCINES DE FRANCE

Le passage d’un président à l’autre, dans cette optique olympique, qu’a-t-il changé ? Tout. Sous la précédente présidence, la Fédération avait refusé la gestion du bassin olympique (lequel devrait entrer en fonction un an avant les compétitions, et donc en 2023) après les Jeux. Elle paierait seulement une redevance, pour installer ses locaux sur place et louer quelques lignes d’eau à l’année.

Sezionale a décidé que la Fédération se monterait moins cauteleuse. La fosse à plongeon devait être comblée, ou plutôt rasée ? Il n’en est plus question. La FFN va s’atteler à gérer la piscine, ce qui n’est pas chose facile. « Mais notre idée est d’encourager les clubs à gérer ces outils, quelle valeur d’exemple serait la nôtre si nous nous défilions, pour notre part », explique le président. Il s’agit en l’occurrence d’une décision extrêmement courageuse, et sans doute déterminante pour l’avenir du sport de la natation, face au déploiement des concepts « ludiques », qui le vident de tout son contenu pédagogique, d’apprentissage et de perfectionnement. Enjeu délicat, plus difficile, d’une certaine façon, que de gagner une médaille olympique !

Cela ne concerne qu’UN bassin. Mais Laurent Ciubini avait rappelé, un peu plus tôt, l’état parfois dramatique dans lequel se trouvait le parc des piscines de France, construites dans les années 1970, et qui, ayant considérablement vieilli et ayant été souvent fort mal entretenues, ferment les unes après les autres. Un autre plan piscines s’impose donc, et là encore, Gilles Sezionale a son idée. Il faudra, professe-t-il, dans bien des cas tourner le dos à la « piscine-cathédrale », fort coûteuse, et reprendre ce qui a été fait à Nice, avec ce bassin de dix lignes d’eau inauguré en 2013, utilisé depuis par Fabrice Pellerin, qui revient cinq fois moins cher et peut donc réduire d’autant son budget, son déficit d’exploitation…

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