CONSERVONT-ILS LEUR TITRE OLYMPIQUE (5)

MICHAEL PHELPS ET RYAN LOCHTE: LES PÉPÉS FONT LA LOI

Éric LAHMY 

Dimanche 3 janvier 2016

MALGRÉ TOUS LES DISCOURS DE CEUX QUI PRÉTENDENT QUE L’OR OLYMPIQUE NE REPRÉSENTE PLUS L’ABOUTISSEMENT D’UNE CARRIÈRE DE NAGEUR, LE TITRE OLYMPIQUE RESTE LE GRAAL, L’ACCOMPLISSEMENT SUPRÊME. IL EST PLUS IMPORTANT QU’UN RECORD MONDIAL, PARCE QU’UN RECORD PEUT ÊTRE BATTU, ET LA COURONNE OLYMPIQUE EST TAILLÉE DANS UN OR IMPUTRESCIBLE. SA VISIBILITÉ LE REND DE LOIN SUPÉRIEUR AU TITRE MONDIAL…

 100 mètres papillon. Michael PHELPS, USA, 51.21

Chances à Rio de Janeiro, 50%

C’est un petit Michael PHELPS qui l’emporte à Londres. Chad LE CLOS et Evgueny Korotychkin, ses seconds, sont de très bons nageurs, certes, mais LE CLOS n’est pas un spécialiste et KOROTYCHKIN est un médaillé un peu anecdotique. On est loin de l’affrontement en 2008 contre Miroslav CAVIC qui a forcé PHELPS à sortir le grand jeu et à amener le record olympique à 50.58. CAVIC, sans sa tenue polyuréthane, n’est plus qu’un bon international lambda, qui se « traîne » en 51.81 (et 51.66 en demi-finale). En fait, tout le monde paie le retour au maillot « classique », mais pour résumer Phelps moins que les autres. Depuis, l’Américain a triomphé en 2009, devant Cavic, 49.82 contre 49.94. La fin du polymachin a signé la fin des incursions sous les 50.00 en papillon.

Quelques incidents, dans sa vie privée, ont conduit Phelps à ne pas pouvoir nager aux mondiaux de Kazan, l’été dernier. La course est gagnée le 8 août par Chad Le Clos, qui, fort des temps quelconques signés par l’Américain et très satisfait de ses 50.56, promet de nager plus vite que tout temps que Phelps réussira. Petite imprudence, car le même jour, mais huit heures plus tard environ en raison du décalage horaire, à San Antonio, Phelps gagne le titre US en 50.45, meilleure performance en maillot. A Kazan, le vieux Laszlo Cseh, 50.87, et l’étudiant singapourien Joseph Schooling, 50.96, sont également à prendre en compte pour les médailles à Rio. Bien entendu, si PHELPS maintient sa concentration, chose très difficile pour un garçon qui a tellement dominé et aura nagé à très haut niveau depuis seize ans, les carottes sont cuites. Malgré toute l’amitié qu’on peut avoir pour les outsiders…

A part ça, Tom SHIELDS, 51.03, et notre Mehdy METELLA, 51.24, sont condamnés à progresser s’ils veulent faire entendre leur voix.

 200 mètres papillon : Chad LE CLOS, Afrique du Sud, 1’52.96

Chances à Rio de Janeiro : 20%

Quant Chad LE CLOS surprend Michael PHELPS en finale du 200 mètres papillon, à Londres, il devance un nageur qui a parcouru la distance plus vite que lui à cinq reprises. Mais le Sud-Africain n’est pas un usurpateur. Il établit dans cette course londonienne, officieusement, le record du monde de la distance hors polyuréthane. PHELPS a été devancé par une marge minime, en 1’53.01, mais voilà, il est 2e. Une place inhabituelle pour le « cannibale » des bassins.

PHELPS a beaucoup moins travaillé. Depuis 2008, il nage mais sans âme. Il a répondu à un appel de sa mère, de son noyau familial qui ne s’ennuie jamais de le voir vaincre et dominer. Il aimerait se trouver ailleurs. Il s’absente, prend de longs week-ends. Et après 2012, il devient un officiel retraité. Le 200 papillon aux mondiaux de Barcelone revient à LE CLOS, qui gagne « petit braquet », mais facile, en 1’54.32, devant Pavel KORZENIOWSI et WU Peng, 1’55.01 et 1’55.09… LE CLOS gagne aussi les Jeux du Commonwealth 2014 mais se fait surprendre par Laszlo CSEH, à Kazan, en 2015. 1’53.48 contre 1’53.68.

Mais trois jours plus tard, PHELPS, qui a ramé toute l’année pour revenir signe un temps de 1’52.94. Plus vite, de deux centièmes, que LE CLOS à Londres, trois ans plus tôt… Si l’on excepte une abondance de nageurs entre 1’54.00 et 1’55.00, c’est parmi les nageurs précités qu’il faut trouver le vainqueur. LE CLOS, bien sûr, a sa place. Mais laquelle est-elle ?

 200 mètres 4 nages. Michael PHELPS, USA, 1’54.27

Chances à Rio de Janeiro: 30%

Phelps conserve à Londres son titre olympique de Pékin (en 1’54.23). Il devance Ryan LOCHTE, 1’54.90, qui détient par ailleurs le record du monde, 1’54.00. LOCHTE qui gagne le mondial 2013 largement devant le Japonais Kosuke HAGINO, 1’54.98 contre 1’56.29, et Thiago PEREIRA, 1’56.30… Et aussi le mondial 2015 à Kazan, devant PEREIRA, 1’55.81 contre 1’56.65.

HAGINO, coude cassé suite à une chute de vélo à Vichy où il était en stage en juillet dernier, a raté de ce fait sa saison. Le Japonais, considéré généralement comme le « nageur de l’année » 2014, a dû en outre retarder son retour de deux mois et demi, et repris le collier en novembre. Baratin de communication ou vérité vraie, son entraîneur Norimasa Hirai, de l’Université Toyo, l’a trouvé en progrès après un camp d’entraînement en Espagne où il a nagé 14.000 mètres par jour… On en saura plus aux Super Séries, à Perth, qui devraient marquer le retour de Hagino.

Champion du monde à Kazan, Lochte, lui, a dominé l’olympiade. Mais PHELPS, qui n’a pu s’aligner aux mondiaux de Kazan, a fait mieux que LOCHTE. A San Antonio, aux championnats US, il a signé un temps de 1’54.75.

 400 mètres 4 nages. Ryan LOCHTE, USA, 4’5.18

Chances à Rio de Janeiro: 0% (absent)

Après la course gagnée à Londres, LOCHTE ne s’est plus essayé sur la distance. C’est un Japonais, Daya SETO, qui a assuré la relève, enlevant le titre mondial en 2013, à Barcelone, en 4’8.69. 5 secondes moins vite que Phelps, 3 moins vite que Lochte. En 2014, un autre Japonais, Kosuke Hagino, s’impose à son tour, ainsi aux Jeux asiatiques, autant sur 200 (1’55.34) que sur 400 4 nages (4’7.75), avec des marges « phelpsiennes ». Las, Hagino, alors qu’il annonce une razzia, se blesse avant les mondiaux de Kazan (chute de vélo, coude cassé, comme Meilutyte un peu plus tard). Et Seto gagne encore, en 4’8.50…

Il est quasi sûr aujourd’hui que LOCHTE ne défendra donc pas son titre olympique. Il n’a pas nagé à ma connaissance sur la distance après les Jeux olympiques, se concentrant sur les courses de 200 mètres crawl, dos, papillon et le 100 mètres libre, voire le 100 papillon. Dès lors, de deux choses l’une. Ou Hagino est en grande forme et ses chances de gagner son importantes, ou non, et alors la voie est ouverte pour Seto, l’Américain Kalisz, le Hongrois Verraszto. A moins qu’un « gamin » comme Grieshop (USA) ou Almeida (Brésil), médaillés juniors en 2015, ne secouent le cocotier…

 

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