COOPER (Badcock) [Margaret Joyce]

Par Eric LAHMY

COOPER (Badcock) [Margaret Joyce] Natation. (Domaine de Troup, Ceylan, 18 avril 1909-Chichester, West Sussex, 22 juillet 2002). Grande-Bretagne. Joyce Cooper apprend à nager à Ceylan, où son père, connu sous le nom de « Spindles » (broches) en raison de sa haute taille et de sa maigreur, possède une plantation de thé. Il avait étudié à Harrow dont il avait détenu le record du mile en course à pied. La mère de Joyce, nageuse, continuait à se baigner à quatre-vingt-dix ans passés. Joyce est la deuxième de quatre filles, et aime la natation, parce que, expliquera-t-elle, c’est là seulement qu’elle peut battre sa sœur aînée. C’est le seul sport qu’elle pratique aussi parce que, très frêle et on ne peut moins costaude, elle ne peut ni grimper à la corde, ni faire un équilibre sur une barre. De plus, ses jambes n’ont pas de force. Mais il faut croire que cette antiathlète possède une rare affinité avec l’eau. Une fois plongée dans l’élément liquide, ses handicaps disparaissent… Sa famille s’installe dans le sud britannique après la Première Guerre mondiale. Si c’est une époque héroïque pour les nageurs, elle l’est plus encore pour les nageuses. Il est très difficile pour elles de s’entraîner en Grande-Bretagne, les piscines sont pour ainsi dire réservées à une clientèle exclusivement masculine, et les règlements interdisent aux deux sexes de se baigner ensemble. Comme en outre son entraîneur, Howcroft, est un homme, trouver un endroit où ils peuvent se rejoindre représente un tour de force ! Ils y parviennent cependant, en général dans des piscines découvertes. Ce n’est pas tout : les costumes de bain étant strictement réglementés, les sœurs se fournissent dans des surplus américains, où les tenues de bain pour femmes sont beaucoup plus légères. Pour finir, Joyce se retrouve accusée dans un journal britannique de revêtir un costume « indécent » qui est le modèle standard américain. Affiliée au Mermaid Club, elle nage en dos, quand elle voit, en 1925, la championne britannique Vera Tanner nager le nouveau style à la mode, le crawl, et s’y essaie avec la ferme détermination de la battre. Howcroft la soumet à des exercices qui lui permettent de se renforcer physiquement, car, on l’a dit, elle est dotée de la fameuse souplesse de la nageuse, elle ne dispose d’aucune force physique. Lorsqu’elle se présente aux sélections olympiques, elle est effarée par la longueur du bassin de 50 mètres, vu qu’elle n’a  jamais nagé que dans un bassin de 20 yards (18,2 mètres) !  Malgré ça, elle sera quatre fois médaillée olympique : de bronze sur 100 mètres libre (derrière les Américaines Albina Osipovich et Eleanor Garatti-Saville, et sur 100 mètres dos derrière Marie « Zus » Philipsen-Braun et Ellen King, puis d’argent avec le relais quatre fois 100 mètres britannique aux Jeux d’Amsterdam en 1928 ; de bronze sur quatre fois 100 mètres à Los Angeles en 1932, où elle finit aussi 6e sur 100 mètres dos, 4e sur 400 mètres libre et réalise le 4e temps des demi-finales sur 100 mètres, ce qui l’aurait qualifiée à notre époque, mais ne lui permit pas de nager la finale, étant seulement retenues les trois premières de chaque demi-finale. Multi médaillée aux Championnats d’Europe entre 1927 et 1931 (argent sur 100 mètres libre dans la même temps que la gagnante néerlandaise Maria Vierdag, or du 4 fois 100 mètres à Bologne en 1927, argent sur 400 mètres, 100 mètres dos et quatre fois 100 mètres, bronze sur 100 mètres), elle est quatre fois championne de l’Empire britannique (l’ancêtre des Jeux du Commonwealth) en 1930 (sur 100 et 400 yards libre, 100 yards dos, et avec le relais quatre fois 100 mètres – en compagnie de sa sœur Doreen). Au cours de sa carrière, elle remportera 19 titres nationaux anglais. Elle nage également en « eau libre », exécutant le parcours de la course Oxford-Cambridge à la nage. Mariée à John Charles « Felix » Badcock (West Ham, Londres, 17 janvier 1903-Petersfield, Hampshire, 29 mai 1979), médaillé olympique d’aviron (or du quatre sans en 1932, argent du huit en 1928), elle aura deux fils, Felix et David, qui seront des rameurs de compétition. Elle ne disputera plus jamais de courses après son mariage, même si, nageant parfois en présence de son entraîneur, celui-ci lui assure qu’elle n’a jamais nagé aussi vite. Elle racontera, à la fin de sa vie, que deux nageuses françaises de passage à Londres, l’ayant vu nager, l’encouragent vivement à reprendre sa carrière ! En vain : ni l’époque, ni son mari ne la poussent dans cette voie… Une femme mariée se devait de rester à la maison et de dorloter sa famille !

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