DE KATIE LEDECKY À LA COMÉDIE DES SPORTIFS DE L’ANNÉE

Éric LAHMY

LUNDI 1er JANVIER 2018

Comme je j’ai écrit hier, c’est-à-dire l’an dernier, « L’Équipe » vient d’attribuer le titre de « championne des championnes » pour 2017 à Katie Ledecky.  C’est la deuxième fois, après 2014.

Ça peut paraître bête d’avoir l’air de s’en plaindre maintenant, mais la natation n’a jamais eu beaucoup de chance avec le quotidien du sport, et entre 1975, année du début de ce palmarès international, et 2014, année où Ledecky est honorée pour la première fois, aucun nageur  n’avait été retenu. Même les quatre médailles d’or individuelles de Michael Phelps en 2004 aux Jeux olympiques d’Athènes, les cinq autres à Pékin, ou celles remportées en 2012, à Londres, n’ont suffi à passer.

Ce genre d’élections de fin d’année a d’ailleurs quelque chose d’incertain, et d’extrêmement subjectif. Comment comparer les envolées d’Usain Bolt, « l’homme le plus rapide du monde », les ippon de Teddy Riner et les revers slicés de Roger Federer ?

Que cela soit clair. Le champion des champions est d’abord le champion des stars du sport. Le vainqueur jouit au départ de la notoriété de sa pratique. Disciplines confidentielles, perdez toute espérance…  Le meilleur plongeur, le plus formidable poloïste n’aura aucune chance. La France a disposé, avec Virginie Dedieu, pendant cinq ans, de la plus grande nageuse synchronisée du monde, laquelle n’a jamais pu se prévaloir d’un seul titre de championne des championnes françaises.

L’ÉQUIPE OU LA FORTERESSE ATHLÉTISME

L’athlétisme a toujours été très vaillamment défendu par « L’Equipe ». C’est le « premier sport olympique » (d’où une bonne visibilité) et il jouit d’une réputation de « sport exact » (parce que mesurable, donc une certaine assise, une impression d’objectivité, comme la natation d’ailleurs). C’est en outre un « sport de base » (ce qui ne présente pas, en soi, un avantage).

Mais pour ce qui concerne L’Equipe, ce journal a longtemps été une forteresse de l’athlétisme. Deux des patrons de sa rédaction, Gaston Mayer et Robert Parienté, plusieurs de ses rédacteurs en chef, Marcel Hansenne, Guy Lagorce, étaient des hommes de stade. Leur influence a fait que depuis 1975, sur les 50 « champions des champions » qui ont été honorés (et un déshonoré, le Canadien Ben Johnson), 23 l’ont été dans l’athlétisme. Soit 46%. Ce qui est très bien servi. Onze d’entre eux sont issus du sprint (100 mètres et 200 mètres), sept autres sont des coureurs de demi-fond, du 800 au 5000 mètres. Ce qui nous conduit à ce constat frappant ; trente-six pour cent des élus champion(ne)s des champion(ne)s de L’Equipe sont issus des courses de vitesse pure ou prolongée. Les cinq autres ? Une sauteuse en hauteur, Rosemarie Ackermann, deux perchistes, Sergei Bubka et Renaud Lavillénie), et un triple sauteur, Jonathan Edwards.

Pas un marathonien, pas un lanceur, pas un décathlonien… Cela s’explique par le contexte dans lequel la désignation se fait. Le Champion des Champions donne parfois plus d’informations sur le jury que sur celui qu’il récompense.

QUAND LE FOOTEUX EST UN MANCHOT ET LE VÉLO UN SPORT ASSIS

L’Equipe a toujours accueilli au sein de sa rédaction diverses idéologies, concernant la valeur respective des sports, et qu’Antoine Blondin évoquait en son temps. On digressait et polémiquait à fleurets mouchetés sur la supériorité de l’athlète ou du footballeur, du cycliste (LEquipe avait les mêmes patrons que le Tour de France) ou du gymnaste, du rameur ou du judoka, etc. Les arguments pouvaient être oiseux ou passionnants, intelligents ou subtils, et chacun, inévitablement, cherchait quand même un peu à tirer la couverture à soi. Les débats entre Gaston Meyer ou Robert Parienté, chantres de l’athlétisme, avec Jacques Ferran ou Pierre Chany, aèdes du football et du vélo, mériteraient peut-être de vivre dans la mémoire du journal. Je crois pouvoir dire que les footballeurs ont été appelés « manchots » à L’Equipe. Gaston Meyer, un jour, dans un billet, traita le cyclisme de « sport assis », ce qui n’était pas un compliment, ce qui eut le don d’enrager Jacques Goddet, patron du journal et co-directeur du Tour de France !

Je n’échappais pas moi-même à la guerre des mots et un jour, ayant subi des mois durant l’humour acerbe de Marcel Hansenne (ancien recordman du monde du 1000 mètres) parce que j’avais défendu un jour dans un article la cause des lanceurs, je finis par lui répondre que la course à pied était un sport de fuyards, ce qui était certes bien envoyé mais à moitié faux…

LE MONOPOLE DU STADE

Les cinq premiers titres de champion des champions de L’Equipe entre 1975 et 1980, revinrent à des athlètes. Bien entendu, chacun des vainqueurs consacrés était de belle qualité, mais il n’en est pas moins vrai que la rédac’ chef du journal, emmenée par Robert Parienté, directeur de la rédaction, était infatuée d’athlétisme. Les vainqueurs de L’Equipe de ces années furent John Walker (1975), Alberto Juantorena (1976), Rosemarie Ackermann (1977), Henry Rono (1978), Sebastian Coe (1979). Alors ? Alors, regardons le palmarès du sport de ces années selon la chaîne de radio et de télévision BBC : 1975 : Arthur Ashe ; 1976 : Olga Comaneci ; 1977 : Niki Lauda ; 1978 : Mohammed Ali ; 1979 : Bjorn Borg, et comparons :

Le Néo-Zélandais Walker, en 1975, année où il est honoré par L’Equipe, a battu le record du monde du mile, et été élu athlète de l’année par la revue US Track and Field News ; cette année, Arthur Ashe, honoré par la BBC, a dominé le tennis mondial, battu Bjorn Borg et Jimmy Connors à Wimbledon et remporté cinq tournois majeurs. Si je devais, 42 ans plus tard, désigner le meilleur choix, je dirais, avantage : BBC.

En 1976, Alberto Juantorena réalise un exploit unique, aux Jeux olympiques, en ce qu’il gagne le 400 et le 800 mètres, à Montréal. Nadia Comaneci, elle, obtient sa fameuse note 10, la première de l’histoire de la gymnastique… Malgré mon respect pour Juantorena, je dirais encore une fois, avantage : BBC.

En 1977, Rosemarie Ackermann, première femme « champion des champions » de L’Equipe, fait passer de 1,95m à 2 mètres le record mondial du saut en hauteur féminin. Niki Lauda obtient son second sacre de champion du monde de Formule 1 et obtient le Grand Prix de l’Académie des Sports. Avantage : BBC.

En 1978, le Kényan Henry Rono s’affirme comme un grand coureur à pied ; il établit quatre records du monde, sur 3000 mètres, 3000 mètres steeple, 5000 mètres et 10.000 mètres, gagne le steeple et le 5000 des Jeux du Commonwealth, le steeple et le 10.000 des Jeux panafricains… Cette année, Mohammed Ali, malgré un net déclin athlétique, reprend le titre mondial des poids lourds à Leon Spinks. Je dirais que c’est un suffrage émotionnel de la part de la BBC, comme l’Oscar d’honneur offert à Cecil B de Mille ou à Alfred Hitchcock en fin de carrière. La direction de L’Equipe, à l’époque, n’aimait pas trop le boxeur. Avantage : L’Equipe.

En 1979, Sebastian Coe réécrit les records du monde du 800, du 1500 et du mile et devient le premier athlète au monde à détenir les trois records. Bjorn Borg, lui, reste le n°1 du tennis mondial pendant toute l’année, remporte ses quatrièmes Roland Garros et Wimbledon d’affilée. Comme toujours, il est difficile de partager de tels exploits, mais il faut admettre que (l’année où Bernard Hinault enlève son 2e Tour de France à la suite), L’Equipe reste fidèle à son instinct pedestrian… Avantage : BBC.

JE NE TROUVE PAS MIKE POWELL, ET CARL LEWIS EST CHAMPION DE L’ANNÉE

Pour parvenir à distinguer, année après année, autant d’athlètes du stade, la direction de la rédaction défendait comme un pré carré l’élection du champion des champions. Vingt années après être entré au journal, je ne savais toujours pas comment était désignée la personnalité récompensée. En 1991, « on » hésitait entre Carl Lewis et Mike Powell, qui s’étaient disputés le titre de champion du monde en longueur et avaient battu tous deux le mythique 8,90m de Bob Beamon, établi vingt-trois années plus tôt, avec 8,91m pour Lewis et 8,95m pour Powell. Je fus chargé, après avoir couvert la traversée du Pacifique à la rame de Gérard D’Abboville,  de les joindre tous deux et assez bizarrement ne pus repérer Powell qui se baladait, me disait-on, entre Philadelphie, la côte ouest et New York. Je coinçai plus facilement Lewis qui vivait et s’entraînait alors à Houston et pus le rencontrer. C’est comme ça que Carl Lewis devint notre champion des champions 1991 (et pas Powell). Mais je ne savais toujours pas qui, et comment, votait…

Des années plus tard, la direction institua que tous les employés du journal s’exprimeraient, ce qui donna un tout autre tour à la votation.

Les différences de résultats entre les palmarès de L’Equipe et de la BBC s’obtiennent après une simple traversée de la Manche. En traversant l’Atlantique, les sports mêmes changent, et on ne s’y reconnait plus. Les stars honorées au cours de ces mêmes années 1975-1979 par Sports Illustrated, s’appellent : Pete Rose (baseball, 1975), Chris Evert (tennis, 1976), Steve Cauthen (hippisme, 1977), Jack Nicklaus (golf, 1978), Terry Bradshaw (football américain) et Willie Stargell (baseball, 1979).

Pas une fois les palmarès entre L’Equipe, la BBC et Sports Illustrated ne se recoupent. On doit signaler que le champion de l’année de Sports Illustrated est ouvert à des non-américains, ce qui reste assez théorique : sur les 80 personnalités sportives désignées de 1954 à 2016, seulement huit sont étrangères, résultat qui illustre bien le degré de chauvinisme sportif des USA.

Une autre idée du sport US est représentée par le Sullivan Award, lequel récompense des athlètes amateurs, et, depuis que l’exigence d’amateurisme a disparu des règlements olympiques, des sportifs « éligibles » aux Jeux olympiques. Plusieurs nageurs y ont eu droit dans le passé, mais il est bon de noter que Katie Ledecky n’a jamais été élue. Un scandale ? Possible, même si la détentrice du Sullivan Award pour 2016, une certaine Lauren Carlini, passeuse dominatrice par sa qualité de jeu, sans être une Katie Ledecky du volley, n’a rien d’une usurpatrice  !

En 2013, le vainqueur du Sullivan est un footballeur américain Canadien, John Urshel. Non content de peser 136kg et d’avoir été un joueur de la NFL, il est considéré, selon le magazine Forbes comme l’un des meilleurs mathématiciens de notre époque. Ce personnage d’exception a récemment co-publié dans le Journal of Computational Mathematics une contribution concernant  « un réseau algorithmique en cascade de calcul du vecteur Fielder des Graphes Laplaciens ». Ne me demandez pas ce que cela veut dire, il parait que cela vaut référence. En 2014, triomphe Ezekiel Elliot, running back des Dallas Cowboys, membre des équipes de foot et de basket et athlète (sprint et haies) en scolaires. En 1975, Keenan Reynolds, football, et Breanna Stewart, basket, se partagent la tiare.

ÉLOGE DE LA SUBJECTIVITÉ

Un autre palmarès américain est offert depuis 1931 par l’agence Associated Press : trois nageurs – Don Schollander, 1964, Mark Spitz, 1972, Michael Phelps, 2008 et 2012 – et huit nageuses –Helene Madison, 1931, Katherine Rawls, 1937, Gloria Callen, 1942, Ann Curtis, 1944, Dawn Fraser, 1962, Debbie Meyer, 1969, Amy Van Dyken, 1996 et Katie Ledecky, 2017, ont été honorés… Comme pour le Sullivan, le palmarès de l’AP est censément mondial (la présence de l’Australienne Dawn Fraser en témoigne) mais presque tous les honorés sont états-uniens…

On a compris que la subjectivité pèse lourd dans ce type d’élection de fin d’année, elle en est même le facteur essentiel. Il fallut que je suive pour la première fois le Tour de France, en 1986, pour prendre la mesure de la démesure de l’effort consenti.

Je sympathisai, entre autres, avec Charlie Mottet et Eric Guyot, avec qui j’essayais d’échanger quelques mots aux départs d’étapes, et je pus mesurer, étape après étape, la dégradation physique que cette course de titans infligeait à ces copains du matin, la lassitude qu’elle inscrivait sur les visages, les épaules, dans la démarche.

Je me souviens m’être mis à relativiser l’aspect moral (ou plutôt : immoral) du dopage dans le Tour. Il m’apparut presque comme un mode de survie, alors qu’il me répugnait d’entendre que tel sprinteur, tel nageur, tel haltérophile se « chargeait ». Mais surtout, il me parut beaucoup plus évident, beaucoup plus concret, en quelque sorte, qu’un Bernard Hinault devienne champion des champions français ou que Greg Lemond soit élu meilleur sportif au monde.

Certes, bien avant 1986, j’avais parfaitement admis la grandeur des Gino Bartali, Fausto Coppi, Louison Bobet, Jacques Anquetil. Mais rendu sur les lieux du crime, je percevais mieux l’incroyable défi que constituait le Tour de France.

QUAND LASHA TALAKHADZE ARRACHE 220 KILOS, TOUT LE MONDE S’EN FICHE

De même, c’est en échappant à la chapelle olympique du journal et en travaillant sur d’autres sports que je pus apprécier pleinement les performances de tennismen, footballeurs, judokas, lutteurs, patineurs, gymnastes, admirer le caractère polyphonique de l’excellence sportive…

En effet, on ne peut se représenter parfaitement la dimension d’un exploit sportif si l’on n’y assiste pas ou, mieux, si l’on ne s’est pas essayé au sport concerné. Les jurys qui président à l’élection d’un champion au sein d’un échantillonnage multisports ont-ils, par exemple, entendu parler de l’arraché à 220kg qu’a réalisé cette saison l’haltérophile georgien Lasha Talakhadze, et pu comprendre seulement ce qu’il signifie ? Même si les pratiques dopantes en haltérophilie préviennent tout excès d’enthousiasme, et si Talakhadze, ayant été « pris » en 2013 la main dans le pot de stanozolol…

Mais passons. En face du dopage, tout le monde ne se trouve pas à égalité. Le sprinteur canadien Ben Johnson (1986) a été barré de la liste de L’Equipe pour s’être dopé en 1988, et Diego Maradona (1987), dont le palmarès de tricheur patenté ne s’arrête pas à l’absorption de stéroïdes et autres produits dopants, puisqu’il utilise « la main de Dieu » pour marquer des buts, restera sans doute inscrit à jamais. Le palmarès des vainqueurs du « sport personality » de Sports Illustrated recèle une fascinante panoplie de dopés et de drogués de la plus belle eau, issus du football américain, du basket et du baseball. Entre le « Walk of Fame » et le « Walk of Shame » athlétiques des USA (et d’ailleurs, malheureusement), la frontière n’est pas nettement tracée.

ON A EU UN PAPE POLONAIS, ET VOICI MAINTENANT UNE PAP POLONAISE

Comme souvent, la lumière nous vient d’un “petit”. L’agence polonaise PAP, n’ayant pas le poids, la réputation d’AP, AFP, ou L’Equipe, a eu l’idée de mettre dans le coup de son élection des champions sportifs, chaque année, toutes les consoeurs, 26 agences sportives européennes. De cette consultation, n’espérez pas une image plus « objective », mais, disons, une intersubjectivité assez intéressante.

  1. Cristiano Ronaldo (Portugal/football), 159 pts
  2. Lewis Hamilton (Grande-Bretagne/ automobilisme/F1), 143
  3. Roger Federer (Suisse/tennis), 124
  4. Rafael Nadal (Espagne/tennis), 113
  5. Sarah Sjoestroem (Suède/natation), 75
  6. Marcel Hirscher (Autriche/ski alpin), 68
  7. Laura Dahlmeier (Allemagne/biathlon), 51
  8.  Mo Farah (Grande-Bretagne/athlétisme), 51
  1. Chris Froome (Grande-Bretagne/cyclisme), 50
  2. Ekaterini Stefanidi (Grèce/athlétisme), 41
  3. Katinka Hosszu (Hongrie/natation), 34.

Les quatre premiers appartiennent aux trois grands sports populaires et professionnels des plus argentés, football, Formule Un automobile et tennis), le premier classé d’un sport olympique est une femme et une nageuse, Sarah Sjöström, et une autre nageuse, Katinka Hosszu se place en 11e position…

On ne sait ce que donnerait un tel sondage si on l’étendait au niveau mondial. J’aime imaginer que Katie Ledecky aurait été bien placée pour triompher, au moins une ou deux fois, ces cinq dernières années…


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4 comments:

  1. o

    Bonne annee

    En 2000 il me semble que Tiger Woods a du etre sportif de l’annee dans la plupart des palmares. D’autant plus remarquable que c’etait une annee olympique.

    1. Eric Lahmy *

      Oui! Il a été mis en lumière par Sports Illustrated, L’Equipe, l’AIPS, le Laureus Sportsman of the World et par Associated Press (comme en 1997, 1999 et 2006 pour cette dernière). Il avait remporté trois des quatre Grand Chelem, US Open, British et USPGA et dominait le golf depuis quelques années. Mais il est possible que Lance Armstrong et Roger Federer aient été distingués eux aussi de cette façon.
      Cela me fait penser qu’à L’Equipe, on n’attribuait pas souvent le titre à un footballeur aussi sans doute parce qu’un autre titre du groupe Amaury, France Football, dotait son footballeur de l’année…

  2. Joseph31

    Je suis toujours surpris qu’on puisse mélanger des sports individuels et ceux qui ne le sont pas, des sports ou les compétitions se font par tableaux, avec ceux dont le résultat se mesure en temps ou en centimètres… Riner doit battre 6 adversaires (je crois) pour être Champion olympique! Vu ainsi cela paraît plus simple, que de nager contre tous ses adversaires en série, demie et finale pour gagner un 400 4n! En athlétisme les séries n’ont plus aucun intérêt et maintenant même pour les JO les stades y sont vides. Il n’y a pas de spectacle car l’effort est coupé (stupide moyen de ne jamais battre sa meilleure perf). Avec des qualifications au temps en série et demie comme en natation au moins on saurait qui est le plus rapide et on aurait de vraies courses.
    Car le ou la championne de l’année c’est quoi? Le, la plus populaire, celle, celui, qui efface le plus vieux record, celle, celui, qui a moins perdu que ses adversaires, ou encore celle ou celui qui tire le meilleur profit de la meilleure voiture moto où du plus gros bateau…
    Ce classement n’a aucun intérêt ! Que chaque discipline honore ses champions ! Sinon il n’y a plus aucune notion – d’entraînement, de style, de progression de courage, de difficulté – qui compte.

    1. Eric Lahmy *

      Je suis d’accord avec vous. Je crois que le champion des champions, la championne des championnes, ce n’est qu’un jeu, une tentative de classer ce qui est plus ou moins inclassable.
      Ce n’est pas seulement une différence entre les sports. Il suffit de voir comment la FINA décerne des titres qui sont différents de ceux des principaux media, de ceux qui s’y connaissent, en fonction de l’idée qu’elle se fait de ses intérêts. Mais là on entre dans un domaine différent, celui de la conception même qu’on se fait du sport, et de l’excellence sportive.
      En revanche, je serais plus prudent que vous dans la comparaison des efforts, comme dans l’exemple que vous donnez du judo, sport de combat, face à la natation, sport en ligne. D’abord, il n’y a pas de demi-finales dans l’épreuve que vous donnez en exemple, le 400 quatre nages, on passe des séries à la finale.
      Ensuite, il n’est pas impossible que le futur vainqueur de la course olympique ou mondiale puisse nager un peu à l’économie en séries avant de se lâcher en finale, alors que la chose peut être plus difficile pour le judoka, lequel, même supérieur, peut être ippon sur une seconde où sa vigilance a faibli. Donc difficile à apprécier.
      Riner n’a combattu que quatre fois à Rio pour enlever l’or, mais je ne crois pas que vous appréciez pleinement l’effort total qu’exige un sport de combat. Vincent Moscato expliquait qu’un round de ring l’avait plus fatigué qu’un match entier de rugby !
      Brigitte Deydier, qui fut classée pendant huit ans la meilleure poids moyens de judo au monde, entre 1980 et 1988 (elle fut battue en finale aux Jeux de Séoul parce que blessée pendant la demi-finale), me racontait que parfois son parcours des championnats de France était plus périlleux que celui des mondiaux pour deux raisons : la première, c’est qu’elle trouvait dans son tableau des filles extrêmement motivées parce qu’elles rencontraient la championne du monde ; la deuxième, qu’elle, la championne du monde en titre, avait beaucoup de mal à opposer à ces filles ultra-motivées, une motivation et un désir d’en découdre équivalents.
      Un boxeur, un lutteur, un judoka qui avance dans son tableau, ne gagne pas des séries. Chaque rencontre est une finale, et des champions qui l’ont oublié ont été sortis prématurément.
      Mais cela ne change rien à votre analyse : chaque sport a son génie, sa façon de fonctionner.

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