DE LA NATATION AU RENSEIGNEMENT, UN CHANGEMENT DE LONGUEUR D’ONDE

Éric LAHMY

Vendredi 18 Novembre 2016

Sergei Naryshkin vient de donner sa démission du Conseil suprême de supervision de la fédération russe de natation (vous saviez que ça existait vous ?) après avoir été désigné en septembre dernier  par Vladimir Poutine comme directeur du renseignement extérieur de la Russie. Naryshkin était auparavant le rapporteur de la chambre basse (Douma). Entre-temps, Vladimir Salnikov, le quatre fois champion olympique de demi-fond des années 1980 a été réélu à son poste de président de la Fédération russe de natation. Autre apparatchik, Denis Mantourov effectuera l’intérim de Naryshkin en attendant les élections au poste, dans un an.

Naryshkin est un drôle de personnage, comme on imagine que le sont pas mal d’amis de Poutine. Interdit d’entrer aux USA par Barack Obama en raison de supposés crimes de guerre en Crimée, il a aussi voulu être reconnu pour ce qu’il n’est pas, un penseur. Il a été convaincu de fraude et de plagiat à hauteur de 40% pour sa thèse de maîtrise et de doctorat sur les investissements étrangers et le développement économique en Russie, présentée en 2010. Mais compte tenu de la façon dont ces choses se traitent, ce n’est pas forcément beaucoup. Quoiqu’il en soit, le scandale (sur Facebook) qui a suivi a au moins eu l’avantage de permettre à un des professeurs d’énoncer cette forte sentence : « l’incident montre que tout député ne peut être professeur, tout général être millionnaire et tout oligarque être sénateur. A chacun son métier, comme dans une société normale. » Essayez de dire ça avec l’accent russe, même si le texte manque de rr, vous allez vous marrer !

Narryshkin, lui, ne manque pas d’air, et il faut croire que son côté fripouille a dû encore plus séduire Poutine, qui l’a plus que jamais reconnu comme l’un des siens. Il doit abandonner sa danseuse, la natation, pour se consacrer à de nobles tâches d’infiltration qui n’auront rien à voir avec l’eau des piscines, mais ceci ne nous regarde pas. L’info vaut ce qu’elle vaut, mais en filigrane, elle nous dit que le sport est inféodé à des gens « importants », dans ce meilleur des mondes.

Avec des personnalités aussi chouettes aux commandes, on se demande encore comment la Russie a-t-elle pu permettre au dopage de prospérer chez elle. C’est presqu’ inconcevable !

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