DE TOULOUSE A BAKOU (1) D’ORIANO, STRATEGE D’EAU

NICOLAS DORIANO: LA TÊTE,

LE COEUR, ET LES JAMBES

Eric LAHMY

Mercredi 25 Juin 2015

1500 mètres des Jeux Européens de Bakou ! Nicolas D’Oriano, fort peu satisfait de sa place hors du podium du 400 mètres, gagne une course extraordinaire d’intensité. Si le 100 mètres est la course reine de la natation, le 1500 mètres est, en termes d’exigence, la course des rois. S’y risquer n’est pas à la portée de tous. A Bakou, D’Oriano a démontré dans cette épreuve terrible, où seuls les plus vaillants se risquent, un remarquable sens du train, de la course, d’un opportunisme sans faille, d’un sang-froid épatant. D’emblée, il se détache par un détail  de sa nage, et c’est la précision, le sens du rythme, quelque chose d’arrondi, d’achevé. Tout le monde nage « bien » à ce niveau, et on n’a pas grand’ chose à redire sur chacun des finalistes (encore que), mais il y a une économie dans le style de D’Oriano, qui accroche l’oeil, comme s’il manifestait dans son geste une « logique » supérieure, comme s’il était parvenu à fondre dans son mouvement une forme de perfection  »artistique » à la précision technique. Bien entendu, on doit se méfier de ce genre d’impressions, parfois trompeuses, mais cette élégance est quelque chose qui me frappe dès le début de ce 1500 mètres. Il est beau dans l’eau !

Et ce détail me rappelle pourquoi Lucien Lacoste doit toujours compter parmi nos grands entraîneurs…

Autre chose? Aujourd’hui, même dans une course de « jeunes », et sur 1500 mètres, les jambes jouent un rôle élevé. Et D’Oriano comme Maxumov ne sont pas de reste en ce domaine.

Jusqu’aux 500m, l’élève de Lacoste à Toulouse reste, tout près du colosse Maxumov qui a suivi le baroud initial d’un autre gabarit, l’Israélien Hinawi (27’’34 aux 50 mètres). Le grand « Max » passe follement vite, à la Mack Horton, toutes proportions gardées: 57’’71, 1’58’’60, 2’59’’92, 4’1’’38, et les autres s’énervent un peu ; D’Oriano doit se dire qu’un 1500 mètres ne se gagne pas dans la première longueur, mais il surveille tout ça comme le lait sur le feu, il reste très près de la tête, mais en trois ou quatrième position.

Le Toulousain investit le trio de pointe aux 400 mètres, atteints en 4’2’’49 ; il se trouve presqu’une longueur derrière Maxumov, 4’1’’48. D’Oriano nage à la 3, le Russe à la 6, l’Israélien à la 7. Je l’ai dit, D’Oriano se démarque par l’une des plus belles nages que je n’ai jamais vues, extrêmement coulée, corps toujours dans l’axe, sans que la respiration ne vienne nuire à sa position. Je me dis que ce jeune homme est l’Alexandre Popov du 1500 mètres ! Mais il n’y a pas que ça. D’Oriano, a posé, au-dessus de ce profil de mammifère marin, une tête qui pense, ou un instinct sûr, car il mène une course impeccable de lucidité. Séparé de Maxumov par deux lignes d’eau, il calque sa course sur le leader. Le Russe parait sûr de lui, de sa force; l’énergie de ses mouvements, et la linéarité de sa progression semblent exprimer comme un sentiment d’invincibilité… mais, vers les 900, tandis qu’Hinawi perd de sa superbe et lâche prise, D’Oriano, tout au contraire, prend doucement les affaires en mains; il appuie imperceptiblement ; il est passé d’un 1’2’’ de moyenne à 1’1’’5, et après un couple d’aller et retour, nous sommes aux 1150 mètres, quand le voici devant, en 11’44’’28, un dixième devant Maxumov! Là, sans que rien ne vienne troubler la pureté de son mouvement, le Toulousain passe de la course poursuite à la course devant; il continue d’appuyer avec férocité, le voici à 1’1’’ par 100 mètres. Le Russe ne lâche toujours pas prise. Le Toulousain pousse encore les feux, moins de 1’1’’ du 1200 au 1300, moins de 1’0’’5 du 1300 au 1400m, et là, sans vraiment craquer, mais dans l’incapacité (peut-être mentale plus que physique) de répondre à l’accélération, le Russe cède un mètre. Mais voilà le sprint. Maxumov donne tout, il finit à la Sun Yang ou presque, en 56’’95 ! Mais D’Oriano a gagné !

Les temps de passage du Français après les 300 mètres:

400 mètres, 4’2’’49 ; 500 mètres, 5’3’’90 ; 600 mètres, 6’5’’55 ; 700 mètres, 7’7’’16 ; 800 mètres, 8’9’’16 ; 900 mètres, 9’11’’04 ; 1000 mètres, 10’12’’65 ; 1100 mètres, 11’14’’05 ; 1200 mètres, 12’14’’79 ; 1300 mètres, 13’15’’56 ; 1400 mètres, 14’16’’03 ; 1500 mètres, 15’13’’31.

Soit aussi trois 500 mètres en  5’3’’90, 5’8’’75, 5’0’’66. Et un dernier 400 en 3’59 »26.

A la cérémonie des médailles, entouré des colosses russe et israélien qui lui prennent une demi-tête, Nicolas arbore le sourire satisfait du travail accompli… ou du dompteur de géants ?

 Très belle course, aussi, de Marritt Steenbergen sur 100 mètres. La Néerlandaise, issue d’une natation féminine toujours remarquable à travers le siècle passé, est peut-être l’avenir des Pays-Bas. Elle est aussi un peu le présent. Grande, fine, elle est passée le plus vite, en 26’’28, laissant sa suivante à 0’’42, puis, après un joli virage, continue de se détacher. Autour d’elle, celle-ci nage un peu plus long, telle autre l’égale en termes de moteur arrière (des jambes), mais Steenbergen, très grande vireuse et dotée d’une cadence exceptionnelle mais aussi d’une glisse très convaincante, l’emporte d’une demi-longueur. Le temps final, 53’’97, n’a rien d’étonnant, 53’’97, exactement celui de sa demi-finale. Ses adversaires russes, déçues, prennent la chose sportivement. A 15 ans, 11e performer du monde!

MESSIEURS.- 400 mètres : 1. Paul Hentschel, Allemagne, 3’52’’43 ; 2. Dimitrios Dimitriou, Grèce, 3’52’’57 ; 3. Ernest Maksumov, 3’52’’65 ; 4. Marc Vivas Egea, 3’53’’92 ; 5. Nicolas D’Oriano, France, 3’54’’28.

1500 mètres : 1. Nicolas D’Oriano, France, 15’13’’31 ; 2. Ernest Maksumov, Russie, 15’13’’90 ; Marc Hinawi, Israël, 15’25’’63.

50 mètres dos : 1. Luke Greenbank, GBR, 54’’76 ; 2. Filipp Shopin, Russie, 54’’81; 3. Marek Ulrich, Allemagne, 55’’35.

200 mètres brasse : 1. Anton Chupkov, Russie, 2’10’’85 ; 2. Kiriil Mordashev, Russie, 2’12’’94 ; 3. Luke Davies, GBR, 2’13’’45

50 mètres papillon : 1. Andrii Khloptsov, Ukraine, 23’’92 ; 2. Pavel Sendyk, Pologne, 23’’97 ; 3. Daniil Pakhomov,  Russie, 24’’02.

4 fois 100 mètres : 1. Grande-Bretagne, 3’19’’38 ; 2. Italie, 3’20’’19 ; 3. Russie, 3’20’’22.

DAMES.- 100 mètres : 1. Marrit Steenberger, Pays-Bas, 53’’97 ; 2. Arina Openysheva, Russie, 54’’45 ; 3. Maria Kameneva, Russie, 55’’19.

400 mètres : 1. Arina Openisheva, Russie, 4’8’’81 ; 2. Leonie Kullmann, Allemagne, 4’12’’16; 3. Anastasia Kirpichnikova, Russie, 4’13’’13; … 6. Léa Marchal, France, 4’19’’67.

800 mètres : 1. Holly Ibbott, GBR, 8’39’’02 ; 2. Anastasia Kirpichnikova,  Russie, 8’39’’73; 3. Marina Castro Atalaya, Espagne, 8’45’’51; … 9. Léa Marchal, France, 8’54’’28.

200 mètres dos : 1. Polina Egorova, Russie, 2’11’’23 ; 2. Maxine Volters, Allemagne, 2’11’’38 ; 3. Maryna Kolesnikova, Ukraine, 2’11’’91.

50 mètres brasse : 1.Maria Astashkina, Russie, 31’’58 ; 2. Laura Kelsch, Allemagne, 31’’87 ; 3. Nolwenn Hervé, France, 32’’08.

200 mètres papillon : 1. Julia Mrozinski, Allemagne, 2’11’’19 ; 2. Elisa Scarpa Vidal, Italie, 2’12’’27 ; 3. Boglarka Bonecz, Hongrie, 2’12’’42

400 mètres 4 nages : 1. Abbie Wood, GBR, 4’41’’97 ; 2. Ilaria Cusinato, Italie, 4’44’’01; 3. Anja Crevar, Serbie, 4’45’’84.

4 fois 100 mètres : 1. Russie, 3’43’’63 ; 2. Pays-Bas, 3’44’’10 ; 3. Grande-Bretagne, 3’45’’80.

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2 comments:

    1. admin *

      Sans doute. Disons il est vrai que les 50 mètres dos-brasse-papillon ne m’inspirent pas trop, mais bon cela mérite un coup de chapeau. Je développerai à la fin des Jeux Européens. Pour tout dire, j’ai parfois du mal à suivre les compétitions qui demandent une présence constante et je préfère essayer de développer les analyses dans ce site. Je vous promets quelque chose sur Nolwenn…

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