DÉFENSE ET ILLUSTRATION DE LA LICENCE INDIVIDUELLE

Éric LAHMY

Mercredi 7 Juin 2017

Le changement de gouvernance à la Fédération française de natation a éveillé l’attention d’un ancien technicien français – aujourd’hui à la retraite mais toujours en alerte – DTN adjoint en son temps, Jean-Pierre Le Bihan. Installé désormais quelque part sur la route des Pargues, à Avirey-Lingey, dans l’Aube, Jean-Pierre, pendant presque toute sa carrière, a été affilié à la Fédération à titre individuel – ce qui signifie qu’il n’était pas attaché à un club. C’était une originalité, puisqu’on n’en comptait guère plus qu’un sur mille, lorsque la licence individuelle fut supprimée en 2006, par un vote de l’Assemblée générale de la Fédération.

Je ne crois pas exagérer en disant que Le Bihan ne s’en est jamais remis. Je ne garantis pas qu’il en rêve la nuit, mais disons, pour utiliser une métaphore brutale, que la plaie ne s’est jamais refermée. Mercredi, alors qu’en compagnie de Patrice Prokop et d’autres amis, il s’en allait visiter deux cathédrales de Troyes (Saint-Pierre et Saint-Paul et la piscine Lucien-Zins), oasis d’eau bénite puis oasis d’eau chlorée) il m’a rassuré sur un point. Il avait écrit à ce sujet à Gilles Sezionale (à qui il a rappelé malicieusement qu’il avait voté la suppression de la licence individuelle).

UNE GARANTIE DE NEUTRALITÉ POUR LES TECHNICIENS

Pour Jean-Pierre, cet abandon d’une possibilité pour un quidam d’être directement associé à sa Fédération sans passer par un club était et reste antidémocratique. Ayant saisi en vain Jean François Lamour, alors ministre de la jeunesse et des sports, puis la haute autorité de lutte contre les discriminations et l’égalité des citoyens (aujourd’hui dissoute), et encore deux autres ministres des sports, Roselyne Bachelot, puis Bernard Laporte, il avait porté sa cause par une lettre du 30 avril 2009 devant un sénateur, David Assouline. Lettre qui disait notamment :

«  Cette possibilité, inscrite dans les statuts de la FFN depuis 1921, date de sa création, écrivait-il, permettait à des citoyens d’y être licenciés sans appartenir à un club et d’y être élus aux diverses instances dirigeantes. Ainsi, sur les 125 licenciés individuels, on comptait cinq présidents de comités régionaux. L’actualité me rappelle d’ailleurs que Mr René Monory, ancien président du Sénat a été membre du Comité directeur de la FFN étant licencié individuel. Il en a été aussi exclu pour trois absences consécutives non excusées !! » Ce détail pour vous démontrer la connaissance par Le Bihan de son sujet.

Dans sa lettre à David Assouline, il avait insisté sur un a côté peu visible de la licence individuelle, qui est de favoriser la démocratie. 

« En effet, dans quelques semaines, écrivait-il, un nouveau président sera élu au Comité National (Olympique) et Sportif Français par des représentants élus des fédérations sportives et non-sportives, un représentant des athlètes, les membres français du C.I.O., etc. Ces représentants sont eux-mêmes élus par des représentants régionaux, eux-mêmes élus (ou non) par des assemblées générales des clubs de la région. Les 12,5 millions de licenciés de base ne savent pas quels sont les candidats (Jean-Louis Boujon, Guy Drut, Denis Masseglia, Jean-Luc Rougé). Ils ne connaissent pas plus leurs programmes. Cela n’empêchera pas le futur président du C.N.O.S.F. de s’affirmer comme le représentant des 12,5 millions de sportifs français. On finira par regretter l’époque des barons et des comtes qui se cooptaient pour former le C.N.O. en 1894, tout en communiquant leur programme ! »

« Toutes les fédérations sportives, précisait alors Le Bihan, n’ont pas les mêmes modes d’élection ; certaines permettent directement aux clubs de voter, d’autres, aux comités départementaux, d’autres, comme la F.F.N. aux seuls représentants des régions (3 par région, soit 81 personnes s’il n’y a pas d’absents, ‘’pesant’’ environ 900 voix). Parmi ces 81 personnes, certaines sont à la fois candidats et électeurs et… il y a 32 sièges à pourvoir. Madame Marie-George Buffet, alors ministre de la jeunesse et des sports, avait osé lancer le principe : « un licencié, une voix». La plupart des présidents de fédérations sportives ont senti le boulet passer très près et ont vite mis en place l’autre principe : « on ne change pas une formule qui nous sourit. »

CINQ PRÉSIDENTS DE RÉGIONS LICENCIÉS INDIVIDUELS

Jean-Pierre Le Bihan pose sa défense de la licence individuelle sur trois idées et un constat. Les idées : « 1, ce sont les individus qui constituent les clubs et non l’inverse ; 2, l’Etat aide les fédérations sportives en personnel technique et pédagogique, et ces cadres interviennent dans la vie des comités régionaux. Leur statut d’agent de l’Etat devrait, au nom du service public, les obliger à rester neutres et indépendants vis-à-vis des différents clubs de leur région, tout en leur permettant d’être licenciés à la fédération qui utilise leurs compétences ; » 3, même chose pour « les juges, les arbitres, les officiels, les médecins et kinés des équipes de France. » Le constat : « à un moment de l’histoire de la fédération, cinq présidents de région sur vingt-sept étaient licenciés à titre individuel, ce qui leur donnait la liberté de régler les conflits internes à leur région, sans être suspectés de parti-pris en faveur d’un club. »

Rappel historique. Le ministre de la jeunesse et des sports ayant exigé que les licenciés individuels soient représentés à l’assemblée générale de la fédération, le secrétaire général de la fédération de l’époque, Jean Chastagner, peu désireux de respecter cette demande, stoppa leur élection, volontairement mal organisée, au prétexte qu’aucun des 14 candidats n’avaient obtenu 25% des voix.

Que va-t-il se passer maintenant ? La réponse provisoire nous parait pouvoir être empruntée à la conclusion par Marcuse de L’Homme Unidimensionnel : « c’est seulement à cause de ceux qui sont sans espoir que l’espoir nous est donné. »

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1 comment:

  1. LEPAGE

    Je partage tout à fait le point de Vue de Jean Pierre. A titre personnel, j’ai été licencié durant 8 ans à un club avec lequel je n’avais aucune attache pour être membre du C. régional; je trouvais cela grotesque.

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