DEMANDEZ L’ANTISÈCHE « PROGRAMME » OU LUYCE VEUT ACHEVER CE QU’IL N’A JAMAIS COMMENCÉ

Éric LAHMY

Montréal, dimanche 26 mars 2017

Pas trop regardé jusqu’ici le programme de Francis Luyce en vue des élections de cette fin de semaine, pour les années à venir.

Dommage, il y a de quoi se régaler. Mais il n’est pas trop tard. Essentiellement, je ne vais pas vous citer autre chose que les déclarations d’intention ; elles m’ont laissé rêveur. Certes, il y a l’envolée initiale, la natation française devenue forte, professionnelle, etc. Tout cela n’est pas faux, il y a eu de bonnes choses, et sous la gouvernance de Luyce, la natation française a atteint son zénith, sans qu’on puisse totalement affirmer que le président y ait joué un rôle moteur essentiel (on ne peut pas non plus dire le contraire). On ne va pas chinoiser sur le fait qu’il était là…

Et ensuite? Voilà ce que j’ai trouvé intéressant de relever et de commenter…

1.)« Des départs brutaux et une désunion insidieuse du bureau fédéral ont rendu la dernière olympiade très instable. Notre fonctionnement solidaire et efficace a été entravé, rendant difficile le pilotage sportif et institutionnel. Certains, en freinant, perturbant la bonne conduite de nos équipes et nos projets, ont démontré un sens des responsabilités incertain. »

On a envie de dire : des noms. Qui a bien pu perturber, par exemple, la sélection des nageurs français aux Jeux olympiques de Rio, les critères aberrants qui ont été choisis, puis l’abandon de ces critères après les championnats qualificatifs pour les Jeux ? Doit-on aussi relire les fameux « passages floutés » du rapport ministériel de 2014, dans lesquels la politique de Francis Luyce et le fonctionnement de Lionel Horter Directeur technique étaient « interrogés »?

2).« Nous avons proposé un calendrier électoral qui permettait pour la première fois aux ligues de se renouveler avant notre Assemblée générale élective. »

Mauvaise mémoire ou mémoire sélective : le calendrier préféré par Luyce était d’élire le président avec les anciens comités, puis après cela « renouveler » les ligues. C’est ce que Luyce et les siens avaient essayé de promouvoir en vain… Se féliciter que ce soit l’autre fonctionnement qui ait prévalu comme si cela venait de lui est fortement culotté. « Si les événements nous échappent, feignons d’en être les instigateurs ».

3). « J’ai proposé d’en finir avec l’hypocrisie de nos systèmes en mettant en place un scrutin de liste, à l’instar de toutes les grandes fédérations. Cela a été refusé. Par ceux qui établissent aujourd’hui une liste. Et parlent de « modernisation ». »

Où est l’hypocrisie qui consiste à ne pas avoir voulu remettre en cause le mode de scrutin actuel à la dernière minute ? Dire que le scrutin de liste est « moderne » parce qu’il est adopté par une majorité de fédérations sportives en France me parait être un excès de langage. Tout au plus, c’est un scrutin dans le vent. Et on comprend pourquoi. Ce système convient aux équipes en place : il est plus facile de monter une liste quand on est au pouvoir, au centre des affaires, quand tout le monde défile dans votre bureau présidentiel, que dans l’opposition, et c’est pour cette raison que Luyce y tenait. Le scrutin de liste est le meilleur moyen, pour un groupe sans scrupules, de se maintenir indéfiniment au pouvoir… D’ailleurs, le scrutin de liste n’a pas que des enthousiastes parmi les dirigeants, et Jean-Luc Rougé, président de la Fédération française de judo, le rejette comme étant « clivant ».

Quant à critiquer l’opposition pour avoir monté une liste, c’est jouer sur les mots, car cette liste n’est pas institutionnalisée : elle ne passera pas en bloc. Luyce a passé sa vie à monter des listes en l’absence de scrutin de liste parce que ces deux choses ne sont pas équivalentes. La liste Sezionale est basée sur des alliances, des affinités, des mots d’ordre, mais chaque candidat, quelle que soit sa liste, sera élu (ou non) individuellement. La liste Sezionale a beau exister, elle n’a rien d’officiel: elle est cimentée par une foi collective (et la discipline de vote).

4.)« Je ne peux rester sur un travail inachevé. J’ai l’expérience et la disponibilité pour organiser les ultimes évolutions dont a besoin la natation française. »

Pour ce qui nous concerne, il n’y a pas autre chose que du travail inachevé. C’est cet inachèvement qui est dans la nature de la vie, des actions humaines. Sezionale et les siens ne sont pas là pour « achever » un travail. Croire qu’on va réaliser les « ultimes évolutions » de la natation française, c’est un tour de passe-passe, une fantasmagorie, un messianisme trompeur,… et la preuve que Luyce ne se rend pas compte de ce que la vie, la société, sont une remise en cause permanente. Ce que doit faire une équipe, selon moi, c’est de réaliser, si possible le jour dit, les réformes nécessaires. Or ces réformes « nécessaires » le sont depuis longtemps et Francis Luyce n’en a pas mené beaucoup.

5).« En me désengageant de tous mes autres mandats fédéraux, j’ai démontré que je sais organiser des transitions réussies et je suis désormais complètement disponible et indépendant. J’ai autour de moi des dirigeants qui ont fait leurs preuves et d’autres qui ne demandent qu’à les faire. Cette mixité de compétences et d’approches apporte une énergie vitale à nos activités. »

Voilà ce que j’appelle une déclaration d’intention peu crédible. Qu’est-ce que des transitions réussies ? L’équipe des dirigeants qui entoure Luyce me parait fourbue…

Je veux bien être pendu si cette partie de son texte n’est pas une pure et simple transposition des déclarations de Sezionale sur son organisation professionnelle en vue de son élection à la présidence de la FFN.

Quoi d’autre?

Luyce évoque l’INSEP et Font-Romeu pour les mettre « au coeur du projet de performance fédérale. » Que ne l’a-t-il fait dans les 24 ans qu’il a présidé, au lieu de négliger ces outils qu’il découvre précieux?

Il entend « simplifier les règlements sportifs au plus près des attentes des clubs »? Pourquoi sont-ils alors devenus ces incompréhensibles « usines à gaz » dont nous parlait un de nos lecteurs?

« Agir au plus tôt sur la reconversion des sportifs de haut niveau » lui tient vraiment à coeur? Pourquoi en 24 ans ne s’est-il intéressé à la reconversion et au bien-être que du seul Francis Luyce?

Veut-il vraiment « réaliser la réforme de la licence dès 2018 »? Pourquoi dès lors s’est-il déclaré opposé à toute réforme de la dite licence encore en ce début de mars 2017, alors que le comité directeur évoquait cette question, Luyce retrouvant là ses vieux réflexes, et sa très vieille politique de licence impôt fédéral sans contrepartie?

S’apprête-t-il à lancer « une tournée des plages valorisant toutes les disciplines de la natation? » Sur le modèle, bien sûr, créé par Gilles Sezionale sur la Côte d’Azur?

Ses mesures de modernisation sont pompées sur les idées du groupe Sezionale, ainsi utiliser les visioconférences. Joli miracle de voir Luyce touché par la grâce du modernisme.

Ce n’est pas un programme, c’est une antisèche!

On le voit, le vrai souci avec Luyce, c’est qu’il n’a jamais vraiment réalisé dans le passé ces évolutions que l’on disait nécessaires. Ce passé plaide contre Luyce. Il a freiné dans tous les domaines qui sont au cœur de son projet actuel. Il y a du pompier pyromane dans sa façon de se mettre à adorer ce qu’il a consciemment brûlé dans le passé. Il n’y a pas photo: pour la modernisation du sport, c’est Sezionale en pointe et Luyce à la traîne…

Il ne s’était pas privé de promouvoir des réformes dans les années passées, quoique seulement en années électorales. Et ce n’est pas le temps qui lui a manqué pour les faire aboutir. Non, ce n’est pas le temps, mais, de quatre en quatre ans, l’envie qui lui a manqué.

Ces articles peuvent vous intéresser:


Also published on Medium.

1 comment:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


8 − = trois